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Saudade (Portuguese) : the feeling of longing for something or someone that you love and which is lost

Titre : Liberté

 

Genre : Crossover, UA

Crossover : White Collar/Fbi duo très spécial

Mots : 838

Disclaimer : Encore une fois, rien n'est à moi.

Rating : K+


Yuri grognait intérieurement depuis sa sortie de prison mais il savait que s'il voulait sortir de là, le prix à payer était sa liberté… et ce fichu bracelet à sa cheville qui sonnait dès qu'il sortait de son périmètre – bon, il était correct et puis Raven lui avait raconté le cas d'un de leurs collègues qui n'avait pas eu tant de chance et qui devait jouer les équilibristes pour prendre une douche. Devenir consultant était sa meilleure option s'il voulait mettre la main sur celui qui avait probablement enlevé Judith… Même si c'était une grande fille, il avait su dès sa dernière visite que quelque chose clochait et sa disparition subite était suspecte.

Qui aurait cru qu'il serait à présent consultant pour le FBI et qu'il ferait équipe avec celui qui l'avait arrêté ?

« Je suis en train de me demander ce qui est pire : ta voiture ou le fourgon pour les planques ? » lança-t-il à l'agent assit à la place du conducteur qui, en même temps qu'il surveillait l'entrée de la maison de leur suspect dans une affaire d'escroquerie immobilière, mangeait un sandwich à l'odeur suspecte.

« Si tu n'es pas content, je peux toujours demander à te raccourcir un peu ta laisse. »

Bon, en même temps, Yuri savait qu'il aurait pu tomber sur pire. Flynn Scifo était loin d'être un sale type, bien au contraire. Ils s'entendaient relativement bien si on exceptait leurs différences de goûts culinaires et de loisirs – il en avait strictement rien à cirer du baseball donc il fut plus qu'heureux d'entendre la fin du match dans l'autoradio.

« Elle me tire déjà assez comme ça à mon goût… » marmonna le criminel en fronçant le nez face au parfum que cet en-cas dégageait. « Rappelle-moi combien de temps je dois bosser au bureau déjà ? »

« Trois ans, sept mois et dix jours approximativement. » répondit Flynn dont les yeux bleus restaient fixés sur cette porte. « A condition bien entendu que tu respectes la loi jusqu'à ce jour. »

Bon ben il n'était pas près de la revoir sa chère liberté…

« Je te rappelle juste que si tu t'enfuies, je me ferais un plaisir de revenir te chercher. » poursuivit l'agent du FBI en désignant la paire de menottes dans la poche de sa veste. « Ça ne ferait que la troisième fois… »

« Deuxième. » rectifia immédiatement Yuri. « Je t'ai laissé volontairement m'avoir la dernière fois. »

« Ça ne change rien au résultat : je t'ai passé les menottes deux fois et je suis prêt à recommencer encore s'il le faut. »

« Désolé chéri mais je ne suis pas persuadé que ta femme apprécierait que tu scelles à nouveau ton union avec moi. »

Un rire amusé s'échappa des lèvres de Flynn, ce dernier ayant visiblement saisi le sarcasme.

« Estellise ne m'en tiendra pas rigueur je pense. »

Cette fois, l'agent s'était tourné vers lui pour lui répondre, leur permettant d'échanger un sourire.

« Promets-moi que le jour où vous irez en vacances tous les deux, ce ne sera pas Sodia qui devra s'occuper de moi. » lança-t-il avant de faire une grimace. « Elle n'a aucun sens de l'humour. »

« C'est la meilleur de mon équipe et je lui fais entièrement confiance. » répliqua Flynn avec sérieux en regardant de nouveau la porte de la maison de leur suspect. « Et pour le moment, je n'ai pas le temps de prendre des vacances. »

« Vu comme tu te tues à la tâche, ça ne m'étonnes pas ! »

Ils échangèrent un rire avant de se concentrer sur leur objectif : résoudre cette affaire en coinçant le pourri de l'histoire – dans le cas présent, Yuri était d'accord vu que le type aimait voler des personnes déjà dans le besoin mais dans d'autres enquêtes, il trouvait un peu dommage de voir de tels talents de faussaires sous les verrous… jusqu'à ce qu'il comprenne que ça lui faisait moins de concurrence pour lui et le vieux.

Ses pensées dérivèrent à nouveau sur sa liberté perdue et il songea à ces voyages qu'il ne pourrait plus faire… Il aurait bien fait un tour à Paris cet été…

« Il sort enfin. »

Le voleur sortit de sa torpeur pour constater que leur suspect quittait effectivement son domicile avec une mallette qui lui était étrangement familière…

« Ce ne serait pas celle d'un type qu'on a interrogé ce matin ? » demanda-t-il en désignant ce que leur cible avait en main.

« Elle y ressemble fortement. » approuva Flynn en mettant le contact quand il vit leur homme monter en voiture. « On va le suivre et voir où il nous mène. »

« On pourrait aussi rentrer chez lui et… »

« Quand on aura un mandat, ce qui n'est pas le cas. »

Plus libre d'aller où il veut quand il le veut… Pareil pour ses actes. Ô chère et regrettée liberté, comme elle lui manquait en cet instant…


L'idée m'est venue la veille où il fallait le poster... Un moment que j'avais pas écrit un texte (certes court) aussi vite...

 
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Vedriti (Slovene) : to take shelter from the rain and wait for it to finish so you can go on your way

Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas tout comme Ranma ½ (bien que je n'utilise que peu de choses dans ce dernier)

Titre : Jour et nuit

Rating : K +

Mots : 1353

Genre : UA et croosover (humour bien caché tant qu'on y est)

Note : Suite d'un petit texte débile publié sur tumblr il y a un moment. Participait au Fluri week 2015.


Au départ, l'idée d'aller s'entraîner dans les montagnes était excellente. Personne pour les déranger, pas de téléphone qui sonne, pas de stress… Ils étaient totalement coupés du monde et n'avaient aucun élément qui risquait de perturber leur entraînement.

Par contre, le choix de ces sources… sur le papier, le lieu était parfait ! Mais dans les faits, un petit détail non négligeable sur la particularité de cet endroit… dont il avait vite fait les frais en tombant tous les deux dans les eaux magiques de l'une d'elles.

« La pluie n'a pas l'air de vouloir se stopper. » constata Flynn en jetant un coup d'œil par la fenêtre de la cabane où ils s'étaient abrités.

S'il avait eu le temps de rentrer à l'intérieur avant que la douche froide ne se mette subitement à tomber, Yuri n'avait pas eu autant de chance et, en plus de s'être fait trempé de la tête aux pieds – ses longs cheveux noirs étaient encore gorgés d'eau –, la malédiction dont il était victime s'était activée et le jeune homme s'était donc changé en une jeune femme… qui était actuellement entièrement nue le temps que ses vêtements soient secs tandis qu'elle essorait soigneusement sa chevelure sombre.

« C'est dommage que nous n'ayons pas de quoi faire un feu ici. » fit Yuri en se recoiffant à l'arrache. « Je rêve d'un bain chaud ou d'une grosse couverture… »

« Il faudra attendre que ça se calme. » répliqua le jeune homme aux cheveux blonds en gardant obstinément ses yeux tournés vers l'extérieur. « Je doute qu'on retrouve le chemin vers le village avec toute cette pluie. »

Sans avertissement, Flynn vit son ami le rejoindre d'un coup, fixant la météo humide en faisant une moue tout se penchant légèrement en avant, mettant en valeur une partie de son anatomie actuelle que celui au regard azur aurait souhaité ne pas voir d'aussi prêt… Ce dernier quitta immédiatement la place qu'il occupait pour échapper à cette vue qui le gênait fortement.

« Va falloir que tu t'y fasses tu sais. » lui lança son meilleur ami avec un sourire en coin. « Y a pas de remède connu à cette malédiction. »

« Il y a surement une source qui en annule les effets ! » s'exclama-t-il en gardant ses yeux tournés vers le mur. « En cherchant bien… »

« Nos vacances se terminent dans deux jours donc sauf miracle ou coup de génie, c'est mal barré. Faut que tu vives avec ! »

« Moi je ne suis pas comme toi à… à… »

« Un problème Flinnie ? »

Flynn sursauta en sentant le souffle de Yuri contre son oreille, réalisant qu'il avait baissé sa garde et laissé « l'ennemi » entrer sur son territoire. Il s'écarta donc vite du danger mais fut immédiatement suivi – ce qui n'était pas difficile vu la taille de la cabane – et à nouveau nez à nez avec ce qu'il ne voulait absolument pas voir.

« Yuri, laisse-moi tranquille ! » s'exclama-t-il avec force, ce qui ne sembla pas émouvoir son interlocuteur.

« Je m'ennuie et tu es ma seule distraction. »

Sur cette phrase, il recula d'un dernier pas… et eut le malheur de trébucher, ouvrant la porte de la cabane. Il tomba à l'extérieur, dans le sol boueux et sous la pluie glacée, déclenchant ainsi une transformation dont il se serait volontiers passé.

Deux bonnes heures plus tard, la météo ne se décidait toujours pas à se calmer et ils commençaient tous les deux à avoir froid : l'un grelotait car il n'avait plus rien pour le couvrir et l'autre car il avait, pendant tout ce temps, conservé des vêtements mouillés sur le dos.

« Tu vas attraper la mort. » dit Yuri en frottant énergiquement ses mains contre ses bras.

« La faute à qui au juste ? » répliqua Flynn sur un ton acide.

« Tu es tombé tout seul. »

« Parce que tu n'as rien trouvé de mieux à faire que ton intéressant. »

« C'est surtout que tu as clairement un problème avec la nudité. »

« Absolument pas ! »

« Donc tu ne verras aucun inconvénient à aller dans un camp de nudistes un jour ? »

Il marqua un temps avant de répondre, se souvenant que Yuri était tout à fait capable de s'exécuter. Il décida finalement de ne rien dire et l'ignora superbement… jusqu'au moment où ce dernier se colla fortement à lui. Il s'apprêtait à lui lancer une réplique acide quand il le vit trembler puis, se souvenant tout à coup qu'il n'avait pas très chaud lui aussi, laissa passer la chose sans un mot et tous deux attendirent ainsi, dans le silence, que la météo soit plus clémente.

C'est après plus de deux bonnes heures de patience que le ciel se dégagea enfin, les nuages emmenant la pluie avec eux. Yuri s'était rhabillé – Flynn ne s'en était pas plaint, bien au contraire – et ils avaient rapidement reprit la route du retour, le crépuscule étant très proche…

« Tu comptes faire comment donc ? » demanda subitement celui aux longs cheveux sombres, rompant le long mutisme qu'ils avaient entretenu jusqu'à cet instant.

« Déménager peut-être. » répondit-il, ayant eu largement le temps d'y réfléchir durant tout le temps où ils étaient dans la cabane. « Si on ne veut pas finir en bêtes de foires, il va bien falloir en arriver là le temps de trouver un remède. »

« J'ai bien entendu un « on » dans ta phrase ? Qui te dit que ça ne me conviendrait pas de rester ainsi ? »

« Je t'imagine surtout mal enfermé dans une cage et à recevoir de l'eau à différentes températures sans prévenir pour amuser les curieux. Je n'ai jamais douté du fait que tu parviendrais très bien à te faire à cette situation et à en tirer profit de manière plus ou bien louable… »

A cette remarque, Yuri fit une moue boudeuse.

« J'ai passé l'âge d'aller épier le vestiaire des filles tu sais Flinnie… » marmonna-t-il tandis que le village était en vue.

« Ce n'est pas à cela que je pensais… » répliqua Flynn en jetant un regard d'avertissement à son meilleur ami.

De retour au village, ils allèrent vite à l'auberge où ils séjournaient et furent surpris de voir une jeune femme à la chevelure bleutée qui avait une pancarte entre les mains portant leurs noms.

« Vous devez être les nouveaux. » dit-elle avec un sourire mystérieux. « Je m'appelle Judith et je suis votre nouveau guide à partir de maintenant. »

Ils échangèrent un regard intrigué, tous deux se souvenant très bien que leurs vacances se terminaient dans deux jours et qu'ils avaient déjà eu quelqu'un pour les escorter jusqu'aux fameuses sources qui étaient l'origine de leurs malheurs.

« Je m'occupe de ceux qui ont été maudits comme vous. » expliqua-t-elle en voyant leurs airs perplexes. « Il y a un village qui a été construit et où vous pouvez venir vous installer en toute discrétion. Une maison vous est déjà réservée. »

« Plutôt rapide par ici… » lâcha Yuri, impressionné.

« C'est un peu soudain… » compléta Flynn. « Il nous faut du temps pour organiser nos départs… »

« Pas de problème ! » s'exclama Judith en lui tendant une carte de visite. « Dès que vous aurez prit votre décision et réglé vos affaires en cours, passez-moi un coup de fil. »

… Puis elle s'en alla sans un mot, les laissant littéralement en plan et avec une solution potentielle à leur souci majeur…

« On fait quoi ? » demanda celui aux cheveux longs avec un air interrogateur.

« Honnêtement… Je n'en ai aucune idée. » répondit-il, son cerveau encore en train d'étudier cette proposition assez intéressante.

« Bon ben en attendant, moi je vais prendre un bon bain chaud ! »

C'est sur cette phrase qu'ils retrouvèrent leur chambre… et que Flynn dû rappeler à Yuri que lui aussi avait besoin de l'eau chaude car il n'avait aucune envie de rester une fille toute la nuit.


Avais-je bien joué le jeu selon vous ? Je reconnais avoir écrit mieux mais je m'y suis mise un peu tard sur ce texte...

 
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 Note de Kal : Les bizarreries continues avec ce chapitre.

Chapitre 2 : Feu et glace

C'était agaçant d'être coincée ici sans avoir rien d'autre à faire que de chercher des infos sur le climat de ce monde et de récupérer le moindre petit objet qui n'avait rien à y faire.

Zaphias n'était pas différente des autres villes qu'elle avait déjà visité : grande, divers quartiers bien spécifiques à chaque classe sociale et dirigée par un monarque. S'y adapter n'avait donc pas été très difficile et il ne lui avait pas fallu longtemps pour repérer un bon pigeon à plumer parmi la noblesse, lui permettant ainsi d'avoir de quoi se payer une chambre à l'auberge et de quoi manger pour un petit moment. Elle en avait aussi profité pour voir ce qu'était la mode du moment et elle fut enchantée de constater que, là encore, elle était proche de ce qu'elle avait déjà pu voir dans le passé.

Après avoir troqué sa tenue d'assassin contre une robe pourpre partant en évasé en bas ainsi qu'aux épaules dénudées correspondant à la tendance actuelle puis rassemblé ses trois tresses en une seule, elle s'était mise à fureter un peu partout, cherchant quoique ce soit pouvant l'aider à comprendre ce qu'il s'était passé dans cette grotte et, surtout, qui était ce dénommé Flynn Scifo qui n'avait rien à faire sur cette liste.

De plus, elle avait un autre problème et de taille : son chasseur d'aurores était à plat et elle avait perdu son seul moyen de pouvoir contacter quelqu'un de son monde. Elle était donc coincée à Terca Lumireis pour un petit moment…

L'interrogatoire de ce garçon aux cheveux rouges lui avait permis d'apprendre pas mal de choses comme le fait que ce Flynn était le Commandant des Chevaliers Impériaux et que, visiblement, quelqu'un avait profité de sa disparition pour occuper la place qu'il avait laissée, ce qui n'était pas du goût de tous. Comme ce jeune poil de carotte lui avait été utile, elle s'était sentie d'humeur généreuse et s'était contentée de le laisser partir.

De toute façon, personne ne connaissait son nom et quelque chose lui disait que ceux qui l'avait piégée ignoraient qu'elle était une femme vu qu'excepté ce qu'il s'est passé à cette grotte, elle avait plutôt eu une paix royale – sauf peut-être un ou deux malchanceux qui l'avait confondue avec une prostituée et qui n'auront plus aucune possibilité d'avoir une descendance légitime. Mais bien qu'elle était certaine d'avoir perdu cet objet là-bas, elle n'avait pas pu remettre la main dessus.

Où avait bien pu passer cette fichue clé ?

-§-

A Yurzorea, Flynn avait parlé de son intention de partir pour Dahngrest dès le lendemain. Thomas lui avait expliqué qu'il avait environ une journée de marche à prévoir pour rejoindre un embarcadère où il y avait un bateau faisant le trajet régulièrement pour réapprovisionner le village et qui prenait quelques passagers en échange de quelques Galds. S'il avait de la chance, le voyage durerait à peu près trois jours.

« Ce ne serait pas mieux que vous restiez ici encore un peu ? » lui avait demandé Sasha avant qu'il n'aille dormir.

« Non. Il faut que je retourne au plus vite à Zaphias. » répondit-il directement puis, en voyant l'air un peu triste du visage de la jeune femme, il poursuivit. « Mais je promets de revenir très vite une fois les affaires les plus urgentes réglées. »

« Il a raison Sasha. » ajouta Thomas après avoir vérifier que sa lance était à sa place. « Et puis tu sais aussi bien que moi que ce ne serait pas possible qu'il reste actuellement. »

Oui. D'une part, Flynn ne souhaitait pas s'imposer et d'autre part, il craignait de les déranger plus longtemps. Cependant, en apercevant cet air abattu qu'avait celle aux yeux perle, il eut un pincement au cœur.

« Si vous le dites… Bonne nuit. » fit Sasha en montant l'escalier sans leur accorder un regard.

Il voulut lui emboîter le pas mais une main vint se poser sur son épaule, l'empêchant d'avancer. Il se tourna vers le jeune homme aux yeux acier qui lui fit comprendre d'un mouvement de tête de ne pas la suivre.

« Elle ira mieux demain. » lui dit Thomas en le lâchant. « C'est juste qu'elle a du mal avec les promesses depuis la mort de son frère. »

Flynn n'eut pas besoin d'en demander davantage pour savoir que Sasha avait dû aussi mal encaisser que lui le décès de Yuri. Surtout qu'en plus, elle n'avait pas pu profiter de la personne aussi longtemps que lui.

« Pensez juste à me prévenir avant votre départ. » poursuivit le jeune homme aux yeux acier. « Je vous laisserai un bouclier et une épée à ce moment là. »

« Je m'arrangerai pour vous dédommager pour tout ce que vous avez… » commença celui aux yeux azur avant que son interlocuteur ne lui coupe la parole.

« Ça ira. Ce qui m'importe est que vous rentriez chez vous en un seul morceau. »

Il aurait pu insister un peu plus mais Flynn savait que s'il voulait partir au plus tôt, il devait aller dormir. De plus, rien ne l'empêchait de tout de même donner une compensation financière à Thomas une fois qu'il serait revenu à Zaphias.

Après avoir souhaité une bonne nuit à son hôte, il monta dans la chambre qu'il occupait, non sans jeter un coup d'œil du côté de celle de Sasha et constater, grâce à la faible lumière en bas de sa porte, qu'elle devait être encore éveillée. Il se dit qu'il lui parlerait demain et il ferma derrière lui. Une fois sa lampe posée sur la table de chevet, il observa de nouveau cette étrange clé, se demandant quel était son rôle exact. Se disant qu'il aurait peut-être sa réponse à Zaphias, Flynn se coucha puis éteignit sa lampe avant de commencer à laisser venir le sommeil, les yeux toujours fixés sur l'endroit où se trouvait ce curieux objet.

Soudain, il vit une lumière bleutée luire. Il se releva et s'aperçut qu'elle venait de la clé et, plus précisément, du lapis-lazuli qui émettait une lueur bleu roi ainsi que quelques points argentés. Les deux améthystes brillèrent ensuite chacune d'une lueur violette qui s'éteignit quelques secondes après, laissant derrière elles deux papillons d'un violet éclatant.

« Qu'est-ce que… » commença Flynn avant de s'interrompre.

Les deux insectes s'étaient mis à battre des ailes, s'élevant gracieusement en faisant tomber une poussière argentée dans son sillage. L'un d'eux se dirigea vers un des murs de la pièce et, à la surprise du jeune homme, passa au travers. L'autre, quant à lui, vint se poser sur la main du chevalier, laissant ce dernier admirer les élégantes arabesques sur ses ailes de lumière violette avant d'émettre une lueur argentée qui le fit sombrer dans le sommeil.

Les mondes oniriques vous sont à présent ouverts…

-§-

Une odeur de bois brûlé et d'encens le prit aux narines puis vint s'y ajouter le son de flammes qui crépitaient avec allégresse ainsi qu'une chaleur frappant sa peau avec de plus en plus d'intensité…

« Que fait un étranger ici ? » demanda la voix d'un jeune garçon.

« Il va peut-être servir d'offrande pour le rituel… » ajouta un autre, probablement plus âgé de par le fait que sa voix semblait être en train de muer.

Le son d'un violent coup suivi d'un « aïe » fut ce que Flynn entendit juste avant d'ouvrir les yeux et de découvrir deux garçons, visiblement de la même famille de par les quelques ressemblances physiques qu'ils partageaient – à savoir des cheveux d'un noir de jais, des yeux sombres et légèrement bridés, un teint un peu mat -, et une femme, qui lui semblait de petite taille, ayant certainement passé la cinquantaine et dont les cheveux noirs étaient parsemés de quelques fils blancs.

« James Liang Hooks. » fit-elle sur un ton sévère. « Tu es prié de te tenir à carreau dans la demeure de celui qui deviendra notre seigneur et maître. »

« Et pourquoi je dois être son gardien ? » répliqua le dénommé James avec une certaine insolence. « Moi je veux entrer dans l'armée ! Jason serait bien meilleur que moi en nounou ! »

« Les règles sont les règles ! Tu es l'aîné et c'est à toi d'endosser cette lourde responsabilité. »

Alors que le plus âgé des deux garçons poursuivit sa querelle avec la cinquantenaire, Flynn se leva, observant l'endroit où il se trouvait avec curiosité : un sol noir dans un matériau qu'il ne reconnut point, des murs en bois sur lesquelles étaient peintes diverses fresques en rapport avec le feu, une structure en bois soutenant le toit lui rappelant quelque peu celle de Yumanju, diverses vasques d'une dizaine de centimètres de diamètres dans lesquelles brûlaient de vives flammes et, plus loin, une bien plus large au sein de laquelle se trouvait un véritable brasier.

Le plus jeune des enfants, Jason, s'inclina respectueusement devant lui.

« Bienvenue dans l'autel du feu monsieur. » dit-il sur un ton neutre. « Mon nom est Jason Lu-Pan Hooks et voici grand-mère Wong ainsi que mon grand frère James. »

« Enchanté. » répliqua Flynn avant d'imiter le salut de son jeune homologue. « Je m'appelle Flynn Scifo et... je me demandais au juste où je me trouvais exactement. »

« Vous êtes dans les mondes oniriques jeune homme. » lui répondit madame Wong. « D'ailleurs, vous tombez au bon moment car j'étais face à un dilemme suite au manque de sérieux de l'un de ces jeunes gens. »

A cette phrase, elle jeta un regard noir à James qui croisa les bras sur sa poitrine, visiblement de mauvaise humeur.

« Normalement, le rituel doit être accompli par un de nos meilleurs moines mais le concerné a négligé ses devoirs et se voit privé de cet honneur. » poursuivit-elle avant de tourner son regard sombre sur Jason. « Quand à l'autre candidat possible, il n'a pas encore accompli son rite de passage et, n'ayant pas le droit de l'accomplir moi-même pour l'avoir déjà fait il y a quelques décennies, je me voyais contrainte de faire un choix. »

« Mais je peux faire ce combat grand-mère ! » s'exclama l'aîné des garçons avec force. « Et tu verras que ce sera la dernière fois qu'il aura lieu ! »

« Attendez… » les interrompit le chevalier. « Combattre qui au juste ? »

« L'incarnation du feu. » précisa le plus jeune avant de désigner la vasque la plus grande. « Le duel se fait à mains nues et, pour permettre à son esprit de renaître, il faut lui redonner son humanité ainsi qu'un nouveau nom pour cette vie présente. »

« Et je crois bien que l'heure est venue. » constata la femme âgée en fixant le sol.

Tous l'imitèrent et, luisant d'une lumière dorée, un immense cercle apparut à l'intérieur duquel se dessina progressivement une image qui s'avéra être celle d'un immense oiseau aux ailes de flammes. Au moment où Flynn s'apprêtait à se retourner, il reçut un violent coup de bâton dans le dos qui le déséquilibra, le forçant à avancer de deux pas pour retrouver sa stabilité, ce qui l'amena à l'intérieur de cette immense illustration. Juste après, des flammes d'or surgirent du bord du cercle, le retenant prisonnier tandis que le brasier de la plus grande des vasques s'intensifia brusquement.

« Qu'est-ce que… » commença-t-il en constatant qu'il était pris au piège.

« Ce rituel est un combat entre deux adversaires pleins d'ardeur. » le coupa madame Wong. « Montre-nous donc ta valeur jeune Flynn Scifo. »

« Et souvenez-vous que le but n'est pas de gagner ! » s'exclama Jason.

Alors qu'il allait demander où se trouvait son adversaire, l'immense brasier prit la forme d'un oiseau de feu et celui-ci prit son envol. Une fois au-dessus du cercle enflammé, il se posa au sol et ses flammes s'éteignirent, laissant place à une personne portant un masque noir dépourvu d'expression faciale et dont les rares détails étaient soulignés de teintes rouges et or. La tenue de son opposant était dans les mêmes tons et du même style que celles des deux enfants : une sorte de tunique rouge à manches longues possédant trois fermetures noires en tissu au niveau du col, un pantalon noir et des chaussures en cuir souple. Les seules différences, si l'on exceptait le masque, étaient les gants en cuir noir et une sorte de bonnet en soie rouge et noire avec une fine tresse noire qui s'en échappait. Autrement, de par sa taille devant avoisiner le mètre soixante-cinq et de ce lui semblait être une faible carrure, le jeune homme supposa qu'il avait affaire à un adolescent ou peut-être à une femme d'un physique proche de celui d'Estellise.

Lorsque son adversaire s'inclina respectueusement devant lui, Flynn imita le geste puis quand celui-ci se mit dans une posture offensive, il mima de nouveau la chose.

Celui en rouge lança l'assaut avec une série de coups de poings rapides qu'il eut du mal à contrer sans autre moyen de défense que ceux que lui offrait son propre corps, surtout face à une technique de combat qui lui était inconnue. Il fut pris de court quand son opposant lui sauta par-dessus avec une étonnante facilité pour, avec rapidité, atterrir dans son dos puis se retourner tout en lui assénant un violent coup de pied dans le ventre pile au moment où il était en train de se tourner pour se remettre face à lui, ce qui le mit à terre en un clin d'œil.

Le jeune homme, bien que fortement gêné par la douleur qu'il ressentait au niveau de l'abdomen, se releva rapidement et lança sa contre-attaque. Cependant, son poing fut bloqué par la fine main de son adversaire et la deuxième vint attraper le col de sa chemise puis, utilisant l'élan qu'il avait pris pour porter son coup, le projeta au sol en retournant sa propre force contre lui.

« Pff ! C'est qu'un amateur ce type ! » fit James avec ennui. « Faut vraiment être un incapable pour ne pas penser qu'un moine ne saurait pas parer ce genre d'attaq- Aïe ! »

« Laisse-le s'échauffer un peu. » dit sèchement madame Wong. « Ce n'est pas parce qu'il ne se bat pas comme nous qu'il ne sait pas combattre. »

Ça, Flynn espérait bien le leur prouver, surtout après toutes les bagarres auxquelles il avait participé avec Yuri. Tout ce qu'il devait faire était de s'adapter à celui qui lui faisait face, ce qui promettait d'être assez difficile.

Un léger déclic se fit dans son esprit : si le coup de pied qu'il avait reçu avait beaucoup de force, les coups de poings manquaient de puissance et, manifestement, son opposant ne devait pas avoir une grande force physique. Par contre, il était rapide, agile et savait comment retourner la puissance de son adversaire contre lui. En conclusion, il avait affaire à une personne bien entraînée pour le combat au corps-à-corps.

« L'objectif n'est pas la victoire qui plus est mais lui rendre son humanité… » fit Jason sur un ton pensif. « Le but est donc de résoudre cette énigme en plein combat. »

Lui rendre son humanité ? Qu'est-ce que cela pouvait signifier ?

Après s'être relevé et remit en position offensive, Flynn trouva la réponse à cette question : il devait lui ôter son masque dénué d'expression et, ainsi, dévoiler son visage. Cela pourrait même s'avérer plus facile à faire que de gagner s'il calculait bien son coup…

Il tenta d'abord une feinte en faisant croire à une attaque sur la gauche mais son adversaire se baissa rapidement puis effectua un balayage avec sa jambe. Il parvint cette fois-ci à éviter de se retrouver de nouveau allongé au sol en faisant une pirouette tout en s'appuyant par terre sur une main. L'ennemi répliqua rapidement en reproduisant le premier coup qui l'avait mis au tapis mais, sachant à présent où était le danger, il le para en attrapant sa cheville et le tira vers lui. Cependant, il ne s'était pas attendu à ce qu'il lui attrape violemment le bras droit, appuyant fortement avec ses doigts, et le relâche quelques secondes après en lui laissant son membre complètement engourdi…

Flynn dut lâcher sa cheville et il releva la manche de sa chemise pour essayer de comprendre ce qui clochait. Tout ce qu'il put voir, c'était les marques de certains des doigts qui, à ce qu'il lui paraissait, avaient appuyé des points bien précis…

« Ça va passer assez vite. » lui précisa madame Wong. « Il n'aurait pas eu de gants, ça aurait été différent. »

Bon à savoir mais ça n'arrangeait pas ses affaires. Il devait trouver une stratégie pour prendre le dessus ne serait-ce qu'un court instant et, le temps de réfléchir, il se mit en position défensive, laissant son bras engourdi le long de son corps.

Dans ces moments-là, il enviait Yuri et ses aptitudes à assimiler rapidement les techniques de combat qu'il voyait…

Son opposant passa à l'attaque en prenant de l'élan pour lui donner un coup de pied quand Flynn eut une idée.

Au lieu de se préparer à esquiver ou parer le coup, il fonça droit sur son adversaire et, tandis qu'il sentait le pied de celui-ci lui frapper le flanc, il lui donna un violent coup de tête au niveau du front, ses yeux bleus croisant fugitivement le regard embrasé et surpris de celui lui faisant face, ne s'étant visiblement pas attendu à cela.

Après être de nouveau tombé au sol et avoir entendu le son de quelque chose qui se brisait, le jeune chevalier, la tête douloureuse, se releva sous les applaudissements de madame Wong et de Jason. Il se tourna vers son adversaire qui était à terre, son masque noir s'étant brisé en plusieurs morceaux et son bonnet de soie ayant quitté son crâne, révélant sa longue chevelure d'un noir de jais ainsi que ses traits féminins et sa bouche charnue. A vue de nez, il ne lui donnait pas plus de seize ans.

Soudain, la tunique rouge ainsi que les gants prirent feu et, quand les flammes s'éteignirent au bout de quelques secondes en même temps que celles du cercle, la jeune fille portait à présent un haut en soie sans manches de couleur rouge et or ainsi que des mitaines en cuir marron.

« Ce rituel est une réussite ! » s'exclama madame Wong avec une certaine fierté. « Très bien joué jeune homme. »

« J'admets qu'il s'en est bien sorti… » fit James, encore surpris par ce qu'il venait de se passer.

« Ne reste plus qu'à la baptiser pour sa nouvelle vie. »

A cette phrase, la jeune femme se mit à froncer le nez avant d'ouvrir les yeux, son regard sombre aux reflets orangés croisant ses orbes azur quand il s'approcha près d'elle. Elle s'assit au sol, l'air un peu sonnée, avant de secouer vivement sa tête.

« Ouille… » dit-elle en posant sa main contre son front. « J'ai l'impression d'avoir une cloche dans mon crâne… »

« Il se peut que j'y sois allé un peu fort. » déclara-t-il d'un ton désolé.

« Elle a vu bien pire, croyez-moi. » fit madame Wong. « Et bien que la tradition veut que cela soit son gardien qui lui choisisse son nouveau nom pour sa vie actuelle, je propose de faire une petite exception en vous laissant le choix du prénom. »

Devant son air interrogatif, Jason s'empressa de l'éclairer sur le sujet.

« En fait, vous avez accompli le rituel de renaissance qui lui permet de se réincarner après sa mort. A chaque fois qu'elle revient à la vie, il faut lui donner une nouvelle identité pour la protéger de ses ennemis éventuels le temps qu'elle soit prête pour l'éveil final. »

« Encore faut-il que je me fasse pas tuer avant comme à chaque fois… » précisa la jeune femme avec un ton amer avant de se tourner vers lui. « Propose un prénom qui t'inspire de préférence et pas un truc au hasard ou cherché dans un horoscope. »

Plus facile à dire qu'à faire. Un prénom féminin qui l'inspirait… Maintenant qu'il y réfléchissait, il en voyait peut-être un…

« Mélissa… » dit Flynn, d'abord à voix basse puis en reprenant à voix haute. « Pourquoi pas Mélissa ? »

« Il a quoi de particulier ce prénom à part qu'il n'est pas franchement de chez nous ? » demanda James qui s'étirait paresseusement avant de recevoir un coup de bâton sur la tête.

« C'était celui de ma mère. »

« Ah… Je vois » fit madame Wong avec empathie avant de se tourner vers la jeune fille. « Qu'en dites-vous votre Altesse ? »

Le nez froncé, la jeune femme semblait réfléchir intensément. Puis, tout à coup, elle se tourna vers lui, une légère lueur de curiosité dans les yeux.

« Est-ce que tu aimais sincèrement ta mère ? »

« Pardon ? » répliqua Flynn face à cette question plus qu'inattendue avant de se reprendre face au regard insistant que lui lançait sa cadette. « Oui, comme beaucoup de petits garçons. Elle était douce, aimante et… très à cheval sur ses principes. Elle n'a jamais voulu accepter la générosité des autres quand elle savait qu'ils avaient volé pour l'aider. »

Il avait eu du mal à se remettre de la mort de son dernier parent encore en vie. Sans Yuri et les habitants des bas-quartiers, qui sait ce qu'il aurait pu devenir ?

« Alors dans ce cas, j'adore ce prénom ! » s'exclama avec un grand sourire celle qui venait de recevoir son prénom.

« Bien votre Altesse. » fit madame Wong en tapant trois fois le sol de son bâton. « Votre nouveau nom est à présent Mélissa Ando Langlay. Qu'il vous apporte toute sa force et vous offre une longue vie parmi nous. »

Mélissa se leva d'un bond puis étira ses bras vers le haut.

« C'est parti pour attendre le moment de la renaissance et le jour du rituel de l'éveil ! » s'exclama-t-elle tout en se laissant aller en arrière afin de faire une pirouette et de se rétablir adroitement sur ses deux pieds puis elle reprit la parole en regardant les deux jeunes garçons. « C'est lequel qui va me servir de gardien ? »

« Moi ! » fit James en levant la main avec peu d'enthousiasme. « Ce serait pas plus simple que vous reveniez directement sous votre forme actuelle plutôt que de renaître en bébé ? »

« D'accord… Et lui c'est qui du coup ? » demanda Mélissa en pointant Jason du doigt. « Je le trouve vachement plus sérieux à côté. »

« Jason est le cadet et n'a pas encore fini son initiation. » répondit madame Wong avec une pointe de déception dans la voix. « D'ailleurs, il serait temps pour nous d'y aller. »

A cette phrase, Flynn fut assez surpris de voir se dissiper petit à petit les deux garçons ainsi que leur grand-mère. Celle-ci ainsi que le plus jeune des enfants inclinèrent leur tête en signe d'au revoir tandis que l'aîné se contenta d'un geste de la main… qui lui valut un dernier coup de bâton sur le crâne. Quelques secondes plus tard, il ne restait plus que lui et la jeune femme.

« Bon, tu fiches quoi au juste dans les mondes oniriques ? » lui demanda Mélissa de but en blanc en se tournant vers lui.

« Euh… » fit Flynn, pris de cours. « Je ne sais pas moi-même comment j'ai atterri ici… »

« Forte affinité avec le feu je dirais et t'as dû toucher une clé de ce monde, c'est tout. »

Le déclic se fit dans l'esprit du jeune commandant : la clé en argent que Sasha avait trouvé servait en fait à accéder à cet endroit, d'où cette phrase qu'il avait entendu en perdant connaissance. C'était très certainement lors de l'apparition de ce papillon qu'il… Non, il y avait eu deux papillons et le second était allé…

« Attendez… » dit-il en réalisant ce que cette information impliquait. « On a été deux à toucher cet objet et je suis persuadé que cette personne devrait être ici elle aussi. »

« Sauf que je suis certaine que tu es le seul humain à l'autel du feu. » répliqua Mélissa avant de reprendre. « Si ton ami a une affinité avec un autre élément, alors il est à l'autel qui lui est dédié dans les mondes oniriques. »

Le souci, c'était que Flynn ignorait comment cette affinité était déterminée, ce qui signifiait que Sasha pouvait être n'importe où. Surtout qu'en plus, ils ne se connaissaient qu'à peine tous les deux…

« Y a plus qu'à faire le tour donc ! » s'exclama la jeune femme en se dirigeant à l'opposé du plus grand des brasiers, vers ce qui devait mener à la sortie. « Avec du pot, en allant à l'autel de la lumière, la grande prêtresse nous aiguillera ! »

« Ça va prendre combien de temps au juste ? » demanda-t-il en lui emboîtant le pas.

« Ça dépend. Les routes des mondes oniriques changent sans arrêts et la dernière fois que je suis sortie d'ici doit remonter à ma dernière altercation avec Saphir qui s'est encore soldée par ma mort… Tu te bats comment d'habitude ? »

« Avec une épée et un bouclier ? Pourquoi donc ? »

A cette question, Mélissa frappa deux fois dans ses mains et une gerbe de flammes jaillit d'un des brasiers pour atterrir à une dizaine de mètres devant eux, s'éteignant pour laisser place à une épée au pommeau d'or sertie d'un rubis et d'opales de feu ainsi qu'un bouclier circulaire composé de ce qui ressemblait à des écailles rouges.

« Un truc qui cessera de prendre la poussière au moins… » fit la jeune femme en lui désignant les deux objets qui venaient d'apparaître. « Ça t'ira s'il faut se battre ? »

Flynn, une fois remis de sa surprise, examina d'abord le bouclier qui lui semblait particulièrement résistant puis l'épée où il remarqua des mots gravés sur la lame :

Beaucoup de combats se font par l'épée

Mais par ce biais, tous ne peuvent être gagnés

La violence n'est pas toujours une bonne solution

Il y a parfois d'autres options

« Cette épée est la réplique exacte de celle du fondateur du pays du feu. » expliqua la jeune femme avec une pointe de tristesse dans la voix. « Il a fait graver ses mots pour rappeler à ses successeurs sur le trône que faire couler le sang n'est pas la meilleure idée en soi. Malheureusement, je n'ai pas souvenir qu'ils aient tous bien suivi ses conseils dans la branche principale… »

Ils continuèrent leur route jusqu'à parvenir à un mur de flammes qui leur bloquait le passage. Mélissa frappa de nouveau dans ses mains, libérant le chemin… pour révéler une sorte d'énorme serpent aux yeux rouges dont le corps était fait de brume noire et qui enserrait un dragon rouge sombre qui battait vainement l'air de son aile libre pour tenter de se libérer.

« Mais qu'est-ce qu'un cauchemar fiche ici ? » fit la jeune femme avec colère, prenant une posture offensive.

« Il craint les épées ? » demanda Flynn, prêt pour se battre.

« Celle-là oui. Je vais le forcer à lâcher sa proie… »

A ces mots, les deux brasiers les plus proches se mirent à émettre des flammes de plus en plus grandes. Mélissa prit une forte inspiration puis, tandis que le jeune homme se déplaçait pour se préparer à porter ses coups, elle lança ses deux bras en avant en hurlant « CREVE ! », deux puissants tourbillons de feu venant frapper de plein fouet le dragon et le cauchemar qui poussa un cri de douleur avant de relâcher sa prise, sa victime se laissant tomber au sol avant de se relever difficilement en toussant.

Quand la créature brumeuse fut à sa portée, Flynn fonça droit sur elle et planta sa lame dans le corps de celle-ci, ce qui lui arracha un cri perçant. Après avoir ôté sa lame, il lui porta un second coup fatal qui fit se dissiper le nuage sombre enveloppant ce mystérieux monstre, révélant ce qui ressemblait plus à une sangsue et dont le corps sombre était parsemé de veines de couleurs vives. La chose finit par s'écrouler au sol et se désagréger en un tas de poussière sombre qui se dissipa par la suite.

« Je ne sais pas ce qu'il se passe dans les mondes oniriques mais ce n'est pas un très bon présage. » déclara Mélissa en le rejoignant avant de regarder de loin le dragon. « En tout cas, on est arrivé juste à temps. Il devrait s'en tirer sans blessures spirituelles. »

« Des blessures spirituelles ? » demanda-t-il, intrigué.

« Un individu vivant est composé d'un corps, d'une âme et d'un esprit qui fait la liaison entre les deux. Quand ce dernier est endommagé, celui-ci ne peut pas guérir de lui-même et ça peut laisser des séquelles voire entrainer la mort si cela traîne trop longtemps. Dans les mondes oniriques, c'est les cauchemars qui ont tendance à provoquer ce genre de blessures mais d'habitude, ils ne sont pas téméraires au point de pénétrer ici… »

Durant cette explication, Flynn avait pu constater que le dragon s'était relevé et, tels les deux jeunes garçons ainsi que leur grand-mère, il se dissipa, signe qu'il s'était probablement réveillé. Il regarda ensuite autour de lui, admirant le chemin en dalles de pierres grises qui menait jusqu'à l'autel du feu, une bâtisse dont la toiture rouge en pagode lui donnait un côté majestueux et exotique à la fois. Par contre, il avait du mal à se faire à ce ciel mauve parsemé de quelques fines zébrures couleur sang…

« C'est normal que… » commença-t-il en baissant les yeux vers Mélissa.

« Pas vraiment. » coupa-t-elle abruptement. « Mauve oui mais pas comme ça. Et ça à l'air d'être plus prononcé par là. »

Elle désigna du doigt un endroit de la voûte céleste dont les teintes étaient plutôt dans le pourpre voire le carmin. Sans prévenir, elle se remit en marche d'un pas rapide, lui sur ses talons, et s'engagea sur une route de pierres jaunes qui était souillée de quelques tâches bordeaux. A un moment, ils arrivèrent devant ce qui semblait être les restes en partie calcinés d'un arbre à l'écorce de bronze ainsi que d'un panneau indicateur se trouvant au croisement entre quatre chemins et dont seule une direction semblait avoir résisté aux flammes.

« Mais c'est pas vrai ! » s'exclama la jeune femme avec colère en désignant la planche de bois sur laquelle se trouvait un épais cercle noir. « Et il faut que le seul truc qui ait survécu soit celui qui indique la route vers l'autel des ténèbres ! »

« Il suffit tout simplement de choisir un chemin et de revenir sur nos pas si ce n'était pas le bon. » déclara Flynn avec pragmatisme.

« Pas dans les mondes oniriques… A peine on sera arrivé à un endroit que les routes mèneront autre part et ces panneaux sont les seuls qui peuvent nous éviter de nous perdre… »

Ça, c'était un coup dur. S'ils ne pouvaient pas se diriger de façon classique dans ce monde et que leur seul moyen de se repérer n'existait plus, ils ne retrouveraient jamais Sasha…

« Par contre… » fit Mélissa en tournant ses yeux sombres vers le coin où le ciel était pourpre. « Il y a deux lieux où je peux me rendre sans avoir besoin de ces trucs : l'autel du feu et son opposé, l'autel de l'eau. Le hic, c'est que j'ai l'impression que c'est lui qui est sous ce ciel bizarre… »

Ça ne coûtait rien d'aller voir et d'aider quiconque en avait besoin. De plus, peut-être que quelqu'un là-bas saurait où était Sasha.

-§-

Qu'est-ce qu'elle faisait là, occupée à résister à des créatures étranges derrière cette sorte de fort de glace ?

Quand Sasha s'était réveillée, la première chose qui l'avait frappée était la température glaciale du sol puis les sons étranges qu'elle entendait. C'est en se levant qu'elle réalisa ce qu'il se passait : des choses composées de brume sombre et aux yeux luisants étaient en train d'attaquer un groupe de personnes qui ne parvenait visiblement pas à lutter. Avec elle, elle vit, assis avec les genoux maintenus contre lui et vêtu d'habits mêlant turquoise ainsi que quelques pointes de blanc, un garçon aux cheveux blond vénitien qui, si elle se fiait au vide dans son regard vert émeraude, ne semblait pas conscient de ce qu'il se passait.

La situation empira quand elle vit que ceux qui se battaient avaient perdu le combat et que l'une de ces choses, sa forme évoquant celle d'un requin, fonça droit sur elle, le bras de sa dernière proie dans ce qui semblait être sa gueule et tenant encore une dague à la lame argentée en main. Alors qu'elle était paralysée par la peur, elle fut sauvée in extremis par une fillette aux cheveux blancs, visiblement d'une dizaine d'années, qui avait frappé la créature dans le flanc droit avec l'aide d'une énorme hache en métal sombre qu'elle maniait avec une aisance étonnante. La chose brumeuse devint ensuite un être au corps noir parcouru de veines colorées qui, après un dernier sursaut, se changea en un tas de poussière, laissant tomber sa prise au sol.

« La dague, vite ! »

La jeune femme, sortant subitement de son état de stupéfaction, remarqua que l'arme blanche à la lame argentée était à présent juste devant ses pieds. Elle s'empressa de la ramasser, se demandant un instant comment avait pu se former ces petits stalagmites de glace qui faisait un arc de cercle devant elle, et y jeta un coup d'œil rapide. Elle nota que le manche était dans un métal blanc, une grosse émeraude sertie à son extrémité et une série de petites aigues-marines le décorant. Le fait le plus curieux était cette phrase gravée sur la lame :

Quoi de mieux qu'un outil de destruction pour y cacher un pouvoir de création ?

« Arrête de rêvasser et agis bordel ! »

L'une de ces choses était passée à l'attaque, fonçant droit sur elles sous son apparence de squale brumeux. Pendant un instant, Sasha ne sut que faire puis, sur l'impulsion du moment, elle brandit la dague comme on le ferait avec une épée et, à son plus grand étonnement, une douce lumière s'échappa de l'arme avant qu'une lame de glace ne vienne transpercer la créature, lui arrachant un cri de douleur avant que celle-ci ne meure.

Le sens de cette phrase fut limpide à partir de cet instant : la dague cachait une magie créant de la glace suivant ce qu'elle lui dictait via son imagination.

En constatant que les autres monstres avaient été alertés par le cri de leur congénère, elle chercha tout de suite une idée et, face au nombre énorme qui faisait à présent marche vers eux, elle choisit la toute première qui lui vint à l'esprit : une forteresse. La douce lumière s'échappa de nouveau de l'arme puis suivit l'apparition d'une brume blanche qui les entoura tous les trois, se transformant progressivement en un épais dôme de glace qui les protégea de l'assaut de ces étranges créatures.

Depuis maintenant une bonne minute, elles se heurtaient contre la paroi, n'ayant visiblement pas d'autre idée fixe que de passer au travers afin de leur faire subir le même sort qu'aux autres. S'ils restaient aussi têtus, ils finiraient par bel et bien briser la glace…

« Qu'est-ce que c'est que ces choses ? » demanda Sasha, essayant de retrouver son calme.

« Des cauchemars. » lui répondit la fillette aux cheveux blancs en sautillant légèrement sur place pour se réchauffer, ayant très certainement froid avec son short noir et son haut sans manches beige. « Ils pénètrent jamais dans les territoires des autels habituellement mais là… »

Elle tourna son regard sombre vers celui aux cheveux blond vénitien qui n'avait toujours pas réagit.

« Je crois qu'il les attirent. » supposa-t-elle avant de s'agenouiller près de lui, agitant une main devant ses yeux. « Sheen… Hey ! Sheen ! »

« Et ces… cauchemars… » commença Sasha pour essayer d'en savoir plus. « Pourquoi ils seraient attirés par lui ? »

« Vu les rumeurs qui sont parvenues dans mon pays, son frère a été assassiné et il est resté enfermé dans sa chambre depuis ce jour. Ces monstres adorent dévorer les esprits et les âmes fragiles et les repèrent de loin. »

Elles fixèrent brièvement la paroi avec inquiétude, espérant qu'elle tiendrait le temps qu'elles trouvent une idée pour les combattre.

« … ne peux… roi… »

Leur attention se reporta immédiatement sur le garçon, Sheen, quand elles réalisèrent qu'il s'était mis à parler à voix basse.

« Sheen ! C'est moi, Orieul ! » s'exclama celle aux cheveux couleur de neige en secouant l'épaule de celui aux yeux émeraude. « Réponds-moi ! »

« Je ne peux pas devenir roi… » murmura-t-il, le regard toujours vide et semblant toujours déconnecté de la réalité. « Je ne peux pas… »

« C'est pas le moment de ressasser ça ! T'es le fils d'une maîtresse, et alors ? Mais écoute-moi… »

« On dirait qu'il est ailleurs. » fit Sasha qui ne comprenait pas tout ce qu'il se passait mais qui faisait de son mieux pour cela. « On ne pourra jamais se sortir de là s'il reste comme ça. »

La jeune femme, bien que n'ayant jamais combattu de sa vie, n'était pas stupide. Entre ce que lui racontait Thomas et les récits de Yuri, elle savait qu'il était plus difficile de se battre quand l'on devait protéger quelque chose en même temps. De plus, vu le nombre de ces créatures dehors, elles ne tiendraient probablement pas longtemps si elles n'étaient que deux à lutter.

« Même si les lamias viennent à mon secours, elles ne peuvent pas se déplacer sur de la glace, même dans les mondes oniriques. » fit Orieul en se mordant la lèvre inférieure.

« Quoi ? » demanda la jeune femme, ne comprenant pas ce dont parlait sa compagne d'infortune mais y voyant une possible explication sur l'endroit où elle se trouvait, elle enchaina rapidement. « Qu'est-ce que les lamias et ces mondes oniriques ? »

A cette question, son interlocutrice s'apprêtait à lui répondre quand elle se figea, ses yeux sombres la détaillant du regard.

« Une minute… » dit-elle en penchant légèrement la tête sur le côté. « J'ai l'impression qu'on s'est déjà vu… »

« Je pense que je m'en souviendrai si c'était le cas. » la coupa Sasha, jugeant qu'il était difficile d'oublier une enfant à la peau mate et aux cheveux blancs.

« Pourtant ce visage… Ah ça y est ! C'était le mec que Sheen avait amené avec lui deux ans plus tôt et qui cherchait un moyen de quitter ce monde mais comme il ne savait même pas comment il était entré… »

« C'était Yuri ? »

La jeune artiste le savait bien : il n'y avait pas grand monde à sa connaissance qui pouvait lui ressembler et avoir été aperçu à cette période. Ça ne pouvait être que son frère et, s'il était venu ici, c'est qu'il n'était peut-être pas mort en réalité…

« Heu… Je crois que c'était effectivement comme ça qu'il s'appelait. » lui répondit la cadette en fouillant dans sa mémoire. « Mais je ne l'ai plus revu après donc soit il s'est réveillé, soit… »

Elle ne poursuivit pas sa phrase, fixant les cauchemars qui tentaient toujours d'entrer dans leur refuge glacé.

« Ce qui était bizarre par contre, c'était qu'il ne venait pas de notre monde… » poursuivit-elle en reportant son attention sur la jeune femme. « J'ai lu pas mal de bouquins entretemps dont un rédigé par un exorciste et normalement, sans la clé, il n'aurait pas dû atterrir chez nous, ce qui veut dire que les mondes oniriques pourraient souffrir d'une anomalie… D'après le livre en tout cas. C'était surtout des hypothèses et le type doit être mort depuis un bail vu que l'ouvrage était à la cité Mirage… »

« Concernant la clé… » commença Sasha, ayant tiqué sur ce point en particulier. « Elle ne serait pas des fois en argent avec deux améthystes et un lapis dessus ? »

« Donc vous êtes venue normalement vous ! Ça me rassure car là, je me voyais mal tenter de partir à l'aventure vu le bordel actuel… »

Un léger craquement retentit, ce qui était mauvais signe. Elles tournèrent immédiatement leurs têtes vers son origine et virent avec horreur la fissure qui était en train de se créer dans la glace. Elles étaient bientôt fichues.

Orieul se remit tout de suite à la tache de sortir Sheen de sa torpeur, le secouant vivement et lui donnant même des coups de poings mais tout cela resta sans effet. Face à ce constat et à celui que les cauchemars allaient les avoir d'ici quelques secondes, elle finit par serrer son ami dans ses bras, lui répétant incessamment de revenir. De son côté, Sasha avait tenté de réparer les dégâts avec la dague enchantée mais un violent mal de tête la prit, comme si elle tentait d'en faire de trop, et la magie n'opéra pas cette fois-ci. Résignée, elle s'assit aux côtés des deux enfants et, d'instinct, se plaça de sorte à être entre eux et la fissure.

Alors que, en entendant le craquement derrière elle avait fermé les yeux, appréhendant la mort qui venait la chercher, ce fut le cri de souffrance d'une de ces créatures qui parvint à ses oreilles. En se retournant, elle constata que la chose avait à peine pu passer ce qui lui servait de bras que des flammes étaient venues l'attaquer, la dévorant sur place. Ses semblables s'étaient éloignés de la paroi qui se brisa en partie, laissant à leur groupe la possibilité de voir qui était intervenu…

« Putain de glace ! Ça glisse, ça fond et y a que ça ! » vociféra une fille vêtue d'un haut rouge et d'un pantalon noir, une de ses mains gantées tenant une torche dont la flamme avait une forme plutôt étrange. « Je sens que je vais exiger de la part de la grande prêtresse que l'on foute un volcan près d'ici parce qu'il n'y a rien de plus galère que d'être coincée sur ce bout de colonne tout ça car je ne peux pas produire mes propres flammes ! RHA ! »

Les cauchemars s'étaient éloignés d'eux puis, tout à coup, la paroi fut brisée par un coup d'épée et, en voyant que c'était Flynn, Sasha se sentit à la fois soulagée et emplit d'une joie intense que le jeune homme semblait visiblement partager.

Cependant, une des créatures tenta de l'attaquer par derrière mais Orieul, l'ayant visiblement vue venir, lui envoya sa hache de toutes ses forces, l'arme frappant sa cible de plein fouet et la projetant quelques mètres plus loin où elle succomba à ses blessures. Puis voyant qu'ils avaient une chance de s'enfuir, ils quittèrent vite leur refuge, les filles forçant Sheen à les suivre et le jeune chevalier couvrant leurs arrières tandis que celle maniant les flammes attirait l'attention de leurs ennemis au maximum avant de les détruire par le feu.

Une fois tous réunis et leurs opposants les plus proches éliminés, ils firent de rapides présentations.

« Est-ce que quelqu'un ici peut m'expliquer le bordel qu'il y a dans les mondes oniriques ? » demanda Mélissa qui ne voulait pas quitter sa place sur le morceau de colonne qui dépassait de la glace. « Depuis quand ces saloperies s'attaquent aux autels ? »

« Tout ce que je sais c'est qu'il y a eu divers conflits isolés dans notre monde et que l'héritier du royaume de l'eau s'est fait assassiner… » répondit Orieul en jetant un regard inquiet à son ami. « Si Sheen pouvait se réveiller… »

En observant les alentours, Sasha réalisa que quelque chose clochait : les cauchemars restaient à distance et ne cherchaient plus à les attaquer. Pourquoi ?

La réponse ne tarda pas à venir quand l'épaisse couche de glace sur laquelle ils se trouvaient se fissura à quelques mètres d'eux et qu'un gigantesque cauchemar en forme de serpent sortit de l'eau noire. Alors qu'il allait attraper Sheen, Orieul le poussa brusquement sur le côté et fut capturée à sa place, poussant des cris et hurlant à la créature de vite la lâcher tandis que Mélissa pesta sur le fait qu'elle ne pouvait rien faire dans cette situation. Cependant, le jeune garçon sortit enfin de sa torpeur…

« ORIEUL ! » cria-t-il avec effroi avant de froncer les sourcils avec colère en voyant l'état des lieux.

« Enfin l'incarnation de l'eau se réveille ! » s'exclama celle maniant le feu. « Pas trop tôt ! »

Sheen se mit à chanter dans une langue inconnue et, sous les yeux ébahis de Sasha et de Flynn, l'eau noire se mit à enserrer le cauchemar qui commença à pousser des gémissements de douleur. Profitant que la créature ait relâchée sa prise, Orieul s'échappa et vint vite les rejoindre.

« Ils ont pollué l'eau. » constata le jeune garçon avec un ton amer. « Je ne vais pas pouvoir le retenir très lon… »

Il ne put terminer sa phrase car soudain, le son d'une lame sortie de son fourreau retentit suivi du cri d'agonie de la créature qui se désagrégea rapidement, permettant ainsi de voir que derrière elle se trouvait un individu dos à eux, tenant un long sabre dans sa main gauche et portant une peau de loup sur la tête et les épaules, recouvrant en partie ce qui ressemblait à une veste bleu marine à manches amples qui était accompagnée d'un pantalon blanc du même style. Ce qui intrigua le plus Sasha fut le fait qu'il portait des sandales en bois aux pieds.

« Restez tranquilles. » leur déclara l'inconnu – qui était manifestement un homme - d'une voix ferme.

Il se déplaça en un clin d'œil vers les cauchemars qui se tenaient à distance et, en d'habiles mouvements, il les trancha un à un de son sabre sous les yeux admiratifs de presque tous, Mélissa ayant poussé un soupir de frustration.

« C'est de la triche la téléportation… » fit-elle en prenant une moue boudeuse.

« Contrairement à certaines personnes, j'ai pas mal de choses à faire donc c'est plus qu'utile par moments. »

A la surprise générale, l'inconnu était réapparu près d'eux, le sabre rangé dans le fourreau se trouvant contre son flanc droit. De ses yeux cuivrés luisait une étincelle d'amusement qui perçait à travers son visage sévère auquel il était étrangement difficile de donner un âge. Le détail étrange était cet épais trait noir qui barrait son œil droit.

Mélissa s'apprêtait à répliquer mais l'homme vêtu de la peau de loup avait déjà disparu, ce qui lui fit pousser un cri de rage.

« Saleté de roi des démons ! » s'exclama-t-elle avec colère avant de lever son poing vers le ciel. « Reviens ici Baran ! »

« Je suis peut-être plus vieux que vous tous réunis mais j'entends encore très bien. » fit le dénommé Baran en réapparaissant à quelques pas de Flynn, sa main gauche sur son oreille. « Et je te signale que ça doit faire trois jours que je sillonne ces mondes à éliminer des cauchemars que je n'avais pas du tout prévu de combattre dans une telle quantité. »

Mélissa finit par croiser les bras contre sa poitrine, grommelant diverses choses tout en jetant un regard noir à l'épéiste. Ce dernier s'était, de toute façon, totalement désintéressé d'elle, son regard cuivré fixant avec attention Sheen.

« Quant à toi jeune ondin… » commença-t-il d'une voix où transparaissait une certaine empathie. « Même si ton angoisse est légitime, souviens-toi que tu n'es pas tout seul. »

Le jeune garçon échangea un regard avec Orieul – celle-ci lui faisait un grand sourire qui, au plus grand amusement de Sasha, le fit légèrement rougir – avant de se tourner vers Baran et d'hocher la tête pour montrer qu'il avait compris.

« Bien. » fit l'homme vêtu d'une peau de loup avant de s'intéresser à elle et Flynn. « Cela vaut aussi pour vous autres bien que vous le saviez déjà. »

« A ce sujet grand chef… » coupa la fillette aux cheveux couleur neige en levant la main. « Pourquoi depuis deux ans des gens d'un autre monde que le notre viennent ici ? C'est normal ça ? »

La question intrigua fortement Mélissa ainsi que le jeune chevalier et le garçon aux yeux émeraude. Cependant, elle ne sembla pas surprendre leur nouvel interlocuteur… ce qui rappela à la jeune femme un détail non négligeable.

« Ce qu'on désirerait savoir en réalité, c'est si vous connaissez quelqu'un qui… » commença Sasha avant de se faire interrompre d'un signe de la main.

« Je n'ai personnellement pas rencontré ton frère jeune fille mais de par ce que j'ai pu entendre, il est très certainement encore dans les mondes oniriques actuellement. » déclara Baran sur un ton neutre avant de fixer Flynn – celui-ci avait les yeux grands ouverts sous l'étonnement d'apprendre que Yuri n'était pas mort. « Cependant, je peux tenter de le pister en échange d'un message à transmettre à une compatriote… »

« Quel est-il ? » demanda brusquement le chevalier, intriguant la jeune artiste.

« Le prisme s'est fissuré de l'intérieur. »

-§-

Flynn n'eut pas le temps de répondre à ce mystérieux Baran que tout autour de lui était devenu brusquement noir. Puis il perçut le gazouillement des oiseaux à l'extérieur et ouvrit les yeux, réalisant qu'il était dans la chambre qu'il occupait dans ce village à Yurzorea. Encore un peu secoué par tout cela, il se mit en position assise sur son lit, se demandant un instant ce qu'était ce rêve étrange qu'il avait fait durant la nuit avant que ses yeux ne se posent sur cette mystérieuse clé…

Avait-il vraiment imaginé tout ça ?

De légers coups se firent entendre à sa porte puis cette dernière s'ouvrit sur une Sasha qui venait visiblement de se réveiller, sa longue chevelure sombre n'étant pas coiffée et étant simplement vêtue d'une nuisette blanche qui s'arrêtait au milieu de ses cuisses – le jeune homme détourna vite la tête, les joues légèrement rosies, en remarquant la tenue de son hôtesse.

« Désolée d'entrer comme ça… » chuchota-t-elle en refermant soigneusement la porte derrière elle.

« Vous êtes chez vous donc… » commença-t-il avant que la jeune femme ne viennent s'asseoir sur le lit.

Un malaise régna durant quelques secondes puis Sasha fixa la clé en argent de ses yeux perle.

« On a bien rêvé de la même chose n'est-ce pas ? » demanda-t-elle en s'installant en tailleur sur le matelas. « C'était bien réel ? »

« Cela en avait tout l'air… » répondit Flynn, repensant aux combats menés dans ce monde étrange. « Et si c'est le cas… »

« Yuri est là-bas et il faut qu'on le retrouve. »

Au ton employé par la jeune femme, le chevalier eut comme un mauvais pressentiment et, quand il leva ses yeux azur pour rencontrer son regard déterminé, il sut d'instinct ce qu'elle allait lui demander et qu'un refus n'était pas envisageable si elle était aussi têtue que pouvait l'être son frère.

« Je viens avec toi. »


Auteur vs Persos :

Belphégor : Hé ben… Orieul enfant ou comment elle arrivait à perdre son arme en s'en servant comme projectile sans réfléchir…

Asahi : La façon dont tu le dis sent le vécu.

Kaleiya : Je soupçonne qu'il a dû l'aider à en récupérer pas mal vu la force de la bête…

Belphégor : Je préfèrerai une autre partenaire des fois…

Asahi : Je te filerai bien Mélissa mais tu sais aussi bien que moi qu'elle part au quart de tour…

Belphégor : Je n'ai pas ton talent pour la mettre en rogne donc je te la laisse volontiers.

Kaleiya : Pendant que vous parlez « échanges », moi je vais voir si Sheen a fini de faire le dîner.

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 Note : Comme je coince un peu pour Rita, je passe à Karol.

Karol Capel était un jeune adolescent de douze ans qui se fondait facilement dans la masse avec ses cheveux châtain en bataille et ses yeux marron. Cependant, il était très reconnaissable à son gros sac qu'il trimballait en permanence avec lui et qui semblait peser lourd, faisant que beaucoup s'étonnaient de voir un garçon de cette taille arriver à soulever avec facilité un objet qui avait l'air de faire la moitié de son poids. Sa camarade de classe, Patty Fleur, était plus originale avec son chapeau de pirate, la jeune adolescente aux nattes blondes adorant se faire passer pour l'un d'eux quand ils jouaient ensemble.

Quand on y réfléchissait, c'était plutôt étonnant que deux jeunes gens comme eux viennent d'eux-mêmes dans un salon de thé dont la clientèle était généralement des adultes. Mais le hasard faisant parfois bien les choses, c'est Repede, le chien du gérant et leur compagnon de jeu régulier, qui les avaient amenés à cet endroit. Yuri leur avait ainsi fait découvrir le thé sous toutes ses couleurs, à la fois à leur plus grand plaisir et leur regret…

Oui car si Patty n'avait aucune préférence particulière et laissait le jeune homme choisir pour elle le plus souvent, le palais de Karol lui avait vite révélé que le thé vert n'était pas du tout de son goût, faisant qu'il ne demandait quasiment que des thés noirs aromatisés, le plus souvent quand ils avaient des saveurs caramélisées.

Le salon de thé était ainsi devenu leur lieu de rendez-vous favori où ils avaient rencontré beaucoup de personnes intéressantes. Régulièrement, ils venaient faire leurs devoirs là-bas, trouvant cela bien plus agréable que de rester chez eux.

« Vous faites un exposé sur quel sujet au juste ? » leur demanda Yuri après avoir déposé une théière en fonte noire contenant du thé au caramel et une autre rouge qui dégageait une légère odeur de châtaigne.

« On nous a imposé Louis XIV. » soupira Patty avec dépit. « J'aurais voulu Barbe Noire nanoja… »

« Je ne crois pas qu'il était au programme tu sais… » fit remarquer Karol en se souvenant de la tête de leur professeur quand celle aux nattes blondes avait suggéré de faire la biographie de ce célèbre pirate. « Et puis il y a beaucoup de choses à dire sur le roi soleil donc on a de quoi faire. »

« Va falloir bien trier dans ce cas car si ma mémoire est bonne, il a vécu longtemps. » déclara le gérant en jetant un coup d'œil aux livres que les plus jeunes avaient empruntés à la bibliothèque.

« C'est un peu pour ça qu'on est venu le commencer ici car on s'est dit qu'on aurait de bonnes chances de trouver un expert en buvant du thé chez toi. »

Yuri avait parfaitement compris de quel expert ils parlaient mais, ce dernier étant plutôt imprévisible concernant ses visites au salon de thé, il pouvait très bien ne jamais venir ce jour… C'était la raison pour laquelle ils avaient joué la sécurité en faisant un détour par la bibliothèque.

« C'est un scandale que vous ne serviez pas de café monsieur ! »

Les deux adolescents levèrent le nez pour voir que leur aîné et ami était derrière son comptoir, visiblement exaspéré par une cliente un peu bourgeoise.

« J'ai du café mais pas de l'alcool. Nuance. » rectifia Yuri d'un ton glacial.

« Comment pouvez-vous ne pas servir ma boisson préférée ? » s'emporta la femme sans écouter son interlocuteur. « Mais après tout, un établissement bas de gamme comme celui-ci ne peut pas connaître des breuvages qui les dépassent ! »

« Mais quelle cruche celle-là ! » murmura Patty à l'oreille de Karol. « Elle n'a rien de mieux à faire que d'ennuyer les autres ? »

« Je plains Yuri… » dit-il à voix basse à sa camarade. « Il a l'air de se retenir de lui sauter à la gorge. »

Puis la porte d'entrée s'ouvrit sur une femme à la peau bien mate et dont les courts cheveux blancs créaient un fort contraste, accentué avec le pull beige dénudé aux épaules et le jean noir qu'elle portait. Ses yeux sombres s'étaient à peine posés sur la bourgeoise que cette dernière fit demi-tour vers la porte et… semblait attendre quelque chose.

« Eh bien ! » s'exclama celle qui avait fait un scandale. « Ouvrez-moi donc la porte ! »

La nouvelle venue échangea un regard interloqué avec le gérant avant que ses lèvres peintes de noir n'esquissent un sourire moqueur.

« Mais bien sûr madame… »

Elle s'exécuta dans un geste théâtral et, tandis que celle qui l'avait traitée comme une domestique passait près d'elle, sa longue main aux doigts fins se glissa rapidement dans son sac à main pour en ressortir avec un portefeuille de cuir blanc qu'elle fourra ensuite sous son pull. Une fois la voie libre, elle partit dans un grand éclat de rire et reprit en main l'objet du délit.

« Ça lui apprendra à oublier que l'esclavage a été aboli depuis un moment. » déclara-t-elle en posant sur le comptoir un billet venant du portefeuille qu'elle avait dérobé à l'instant. « Et la même chose que d'habitude s'il te plait. »

« Thé à la figue donc. » confirma Yuri avec un sourire complice. « Oh et Orieul, tes services sont demandés dans un autre domaine. »

L'intéressée haussa un sourcil avant que le gérant ne lui désigne leur table. Karol leva la main pour lui dire de venir, ce qu'elle fit avec un plaisir non dissimulé – c'était plutôt logique dans le sens où Orieul Ryo, en plus d'avoir des talents de pickpocket largement reconnus par les habitués du salon de thé et les services de police, était une passionnée d'histoire et n'hésitait pas à partager ses connaissances quand on savait comment le lui demander ou qu'elle était de très bonne humeur.

« Ça sent les devoirs d'histoire ça… » fit-elle en s'installant à leur table avec un grand sourire aux lèvres. « Et aussi la châtaigne caramélisée donc j'imagine que quelqu'un a un thé à la châtaigne par ici. »

« Bien vu nanoja ! » fit Patty en désignant la théière de fonte rouge où se trouvait la boisson que Yuri lui avait choisie.

« On a un exposé sur Louis XIV à faire. » précisa Karol en montrant au passage les livres qu'ils avaient empruntés. « J'imagine qu'il faut forcément parler du château de Versailles… »

« Si tu parles de Versailles, tu dois d'abord mentionner qu'il est inspiré du château de Vaux-le-Vicomte ou bien tu vas passer à côté d'un détail important. » le coupa Orieul tandis que son thé à la figue lui était servi. « Louis XIV l'avait visité et en a été jaloux. C'est ce qui l'a amené à faire construire celui de Versailles. »

Comme espéré, elle connaissait bien le sujet. Elle allait bien les aider donc.

« L'exposé doit durer combien de temps en présentation ? » demanda la voleuse en sirotant son thé.

« Une demi-heure environ. » répondit le jeune adolescent en vérifiant ce qui était noté sur son agenda.

« Le sujet nous a été imposé malheureusement… » s'attrista de nouveau celle aux nattes blondes. « J'aurais voulu faire Barbe Noire… »

« Ah ! L'histoire de la piraterie ! » s'enthousiasma Orieul. « Edward Teach est un des plus connus , c'est vrai, mais il y a eu de sacrés personnages comme Olivier Levasseur dit « La buse », Anne Bonnie, Mary Read, John Rackam, Avery … »

« On pourrait peut-être travailler sur le plan de l'exposé non ? »

Dès qu'on parlait de piraterie, Karol savait que ces deux-là étaient immédiatement à fond dans le sujet donc s'il ne les coupait pas vite, ils en avaient encore pour un bon moment.

« Exact. » admit la voleuse avant de se mettre à réfléchir. « Louis XIV a eu plusieurs maîtresses donc on va juste survoler le sujet en ne citant que les plus connues comme Louise de Lavallière, Françoise de Montespan ou encore Madame Scarron alias Madame de Maintenon… »

« Et n'oublie pas que c'est un exposé présenté devant des gosses de treize ans ! » rappela Yuri alors qu'il passait à côté d'eux pour nettoyer une table.

« Je ne vois pas ce que tu peux sous-entendre mon cher… »

« Que de ce que j'ai pu apprendre via quelques ragots, toi et ton fiancé êtes très portés sur les histoires réservées aux adultes. Et vous ne faites pas qu'en raconter parait-il… »

Karol et Patty échangèrent un regard intrigué à cette phrase, se demandant de quoi leur ami pouvait bien parler tandis qu'Orieul s'était mise à pester au sujet de celui qu'elle appelait communément « le frangin » et qu'il ferait bien, selon elle, de se mêler de ses affaires s'il ne voulait pas voir sortir certains de ses petits secrets un jour.

« Je n'ai pas encore été arrêtée pour exhibitionnisme mon cher donc tut tut ! » fit-elle en lui mimant de fermer sa bouche.

« Vol à l'étalage par contre… » contra Yuri d'un air blasé avant de regarder en direction de la boulangerie. « Le pire est qu'il ne t'empêche pas… »

« Je n'aborderai plus ce sujet en dehors de la présence de mon avocat… »

« Sauf si ton avocate décide de ne plus payer ta caution un jour… »

En entendant cette voix glaciale, Orieul se mit à pâlir d'un coup et découvrit ainsi que, pendant qu'ils discutaient, Salomé était entrée dans le salon de thé. Karol, à cet instant, se demanda pourquoi tant de gens avait peur de cette femme qui était pourtant si gentille avec lui et Patty…

« Patron… » commença la voleuse en tremblant de peur. « Je suis juste en train de donner un petit cours d'histoire à ces deux jeunes gens pleins d'avenir… »

« Cesse ton baratin. » coupa fermement la propriétaire des lieux avant de plisser les yeux avec méfiance. « D'ailleurs, je me demande à présent quel objet a bien pu tomber entre tes mains et dont la disparition ne t'a pas encore été imputée… »

« Je jure que j'ai été sage comme une image ! »

Même Karol n'était pas dupe, lui-même ayant pu voir que leur passionnée d'histoire avait des mains baladeuses qui étaient capables de s'emparer de tout et de n'importe quoi – il se rappelait notamment la fois où son stylo avait mystérieusement disparu de sa trousse alors qu'il venait de l'y ranger et qu'il avait récupéré ce dernier après que Yuri ait forcé celle aux cheveux blancs à le lui rendre si elle ne voulait pas qu'il ordonne à Repede de la chasser dès qu'elle était à moins de deux mètres de la porte d'entrée. Déjà que le chien était très méfiant vis-à-vis d'elle au point de refuser tout ce qu'elle avait tenté de lui donner pour l'amadouer… Quoique le jeune adolescent avait déjà reçu comme conseil de Sheen de ne pas accepter tout plat que la voleuse aurait pu cuisiné.

« Nous règlerons ça plus tard… » déclara Salomé avant de s'installer à leur table et d'arborer un sourire quelque peu… sadique. « J'attendrai que tu ais fini pour ça. »

C'est avec une grimace d'effroi qu'Orieul se remit à les aider pour leur exposé, leur indiquant les points essentiels et ceux dont ils pouvaient amplement se passer – ils avaient ouverts des yeux ronds quand elle leur expliqua que Louis XIV n'avait absolument aucune intimité, y compris quand il s'agissait de satisfaire ses besoins les plus primaires. Elle tenta une ou deux fois de gagner du temps pour retarder l'arrivée de sa « sentence » mais la propriétaire des lieux, voyant venir la chose, émettait un claquement de langue sonore qui la coupa net à chaque fois.

Une fois tout ce dont ils avaient besoin obtenu, ils rangèrent leurs affaires et quittèrent le salon de thé après avoir dit au revoir à tout le monde… en tentant d'ignorer les appels au secours silencieux de la voleuse.


NB : J'ai fais Karol et Patty ensemble vu qu'ils y vont souvent tous les deux et que j'avais moins de choses à caser les concernant.

Auteur vs persos :

Asahi : Je suis le seul à avoir remarqué que jamais la profession d'Orieul n'est mentionnée ?

Salomé : Il vaut mieux qu'elle ne le soit pas, crois-moi…

Kaleiya : En même temps, vu ses compétences, peut-elle vraiment faire un travail honnête et en toute légalité ?

Asahi : … Certainement pas.

Kaleiya : Donc officiellement, de bonnes chances qu'elle soit au chômage.

Asahi : Et officieusement… (regard suspect vers Salomé)

Salomé : Si tu as des preuves, montre-les-moi et on en discutera.

Asahi & Kaleiya : On sait déjà que ça va finir en non-lieu de toute façon…

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 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas

Titre : Qui aime bien châtie bien

Auteur/Cerveau diabolique : Kaleiya Hitsumei

Beta/Complice/Partenaire de crime : Eliandre

Rating : K+

Genre : Humour, Friendship, Romance

Résumé: Judith observe, amusée, Yuri et Sodia qui se disputent et suggère à Flynn un stratagème pour améliorer leur relation.


« Pour la dernière fois Lowell, cesse de te servir dans les cuisines à chaque fois que tu viens ici ! »

« D'une, je ne vois pas pourquoi je suis le seul à m'en prendre plein la tronche et de deux, tu penses vraiment qu'un misérable petit pain au lait va manquer à quelqu'un ? »

Flynn se massa les tempes face à cette énième dispute entre Yuri et Sodia. Aujourd'hui, c'était elle qui l'avait attaqué, ayant pris sur le fait l'épéiste sortir des cuisines avec son butin dont il venait juste d'avaler une bouchée. Il n'était pas le seul à le faire – et honnêtement, par rapport à Raven qui ciblait quasiment toujours les bouteilles de spiritueux, il était plutôt raisonnable – mais à chaque fois, c'était lui qui se faisait crier dessus par la rouquine… ce que le Commandant n'avait plus trop tenté d'arrêter depuis qu'il avait réalisé que ces deux-là se cherchaient toujours mutuellement.

A côté de lui, Judith semblait plutôt amusée par cette scène.

« C'est drôle de voir comment ils communiquent ensemble. » fit-elle avec un sourire. « Un peu dommage qu'ils n'arrivent qu'à exposer le pire de l'autre. »

« J'avoue que je ne sais pas quoi faire pour qu'ils se parlent sans chercher en permanence le conflit. » soupira le Commandant avec dépit. « Je peux toujours user de mon autorité sur Sodia mais pour Yuri… »

« On ne peut pas les contraindre à passer du temps ensemble… Quoique… »

La krytienne réfléchit quelque secondes avant de se tourner vers lui, l'air très satisfaite.

« S'ils doivent travailler ensemble, il leur faudra bien coopérer. » lui exposa-t-elle avec un sourire espiègle. « Un travail conjoint avec l'Empire ne serait pas anormal après tout vu que l'Empereur Ioder veut améliorer les relations avec les Guildes. »

« Ce serait leur forcer la main et je ne suis pas persuadé que son Altesse approuve que l'on se serve de son nom juste pour que deux personnes fassent des efforts entre elles. » déclara Flynn, n'approuvant pas vraiment l'idée de faire cela à deux personnes dont il était proche.

« Oh ? Je serais curieuse de connaître son avis réel mais sache que si tu acceptes… »

Elle se rapprocha de lui et se pencha vers son oreille.

« … Je ne dirai pas à une certaine personne où elle peut trouver la vingtaine de lettres que tu lui as écrite sans les lui envoyer. »

A cette phrase, le chevalier sentit le rouge lui monter aux joues avec violence et se dit qu'il ferait bien de ranger sa correspondance personnelle dans un endroit bien plus sûr – c'est-à-dire loin de son bureau et sous clé.

« D'accord, je marche. »

« Je savais que tu serais de mon avis ! »

Oui… Il ferait surtout n'importe quoi pour que ces lettres ne soient pas connues du public et, encore moins, de Lady Estellise envers qui il n'était pas encore prêt à avouer ses sentiments. Le voilà à présent contraint d'obéir à un odieux chantage…


NB : Pauvre Flynn… Il est mal barré là.

Auteur vs Persos :

Orieul : Mais… Elle a été promue ta beta ?

Kaleiya : Elle l'avait très bien remarqué oui.

Orieul : Attends, mais ça fait des années que je bosse avec toi et j'ai même pas eue d'augmentation !

Kaleiya : Honnêtement, tu augmenterais une personne qui se sert très souvent dans la caisse et dont il faut sans arrêt réparer les conneries parce qu'elle détruit des choses dans des bagarres et vole tout et n'importe quoi ?

Orieul : … J'avoue que…

Kaleiya : Et je suis persuadée qu'à ma place, Salomé t'aurait réduis ton salaire et rétrogradée au plus bas rang possible… J'aurais dû sortir cette menace plus tôt d'ailleurs car t'es bizarrement plus efficace quand tu bosses pour elle…

Belphégor : Globalement oui. Mais quand on regarde le détail, sa performance devient subitement excellente quand la boss la punit en lui donnant des boulots stupides…

Orieul (grogne) : Je vous emmerde tous les deux…

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 Note : Premier chapitre assez déroutant et qui est lié au chapitre 2 d'Aquarelle.

Chapitre 1 : Un monde curieux…

Des rires, le son d'une harpe et une odeur marine…

En ouvrant les yeux, Yuri vit trois visages féminins qui le regardaient avec beaucoup d'amusement.

« On dirait qu'il se réveille. » fit la première d'une voix un peu trop aigüe à son goût.

« Rho… Mais on avait à peine commencé ! » répliqua la seconde en tournant la tête vers sa camarade, faisant tournoyer les boucles blondes qui encadraient son visage.

« Ce n'est pas grave, regardez ! Le jeune prince est arrivé ! » lança la dernière en tournant ses yeux verts sur le côté, un sourire joyeux sur les lèvres.

Il les vit s'éloigner rapidement, pouvant ainsi constater qu'elles portaient toutes trois des tenues légères et colorées… et qu'elles avaient des écailles de poisson sur les jambes ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Une nouvelle mode ? C'est à ce moment qu'il prêta plus d'attention à l'environnement dans lequel il se trouvait, ne reconnaissant absolument rien autour de lui.

Entre le sol en marbre blanc, les colonnes intégralement recouvertes de coquillages, le plafond qui donnait l'étrange impression d'être uniquement fait d'eau, le gigantesque bassin au milieu duquel trônait une statue en pierre blanche représentant une femme jouant de la harpe, trois énormes coquillages ouverts à l'intérieur desquels il pouvait voir plusieurs personnes qui se coiffaient entre elles… Mais il avait atterri où au juste ?

En passant une main dans ses cheveux, Yuri y trouva une résistance anormale et réalisa vite ce que ces trois filles faisaient : elles s'étaient très certainement amusées avec sa chevelure et, en regardant une de ses mèches de plus près, il découvrit qu'il avait eu droit à des tresses, ce qui n'était pas du tout de son goût. Il s'empressa de commencer à les défaire tout en observant les personnes qui se trouvaient dans ce lieu et qui… hein ?

Il dut cligner plusieurs fois des yeux pour s'assurer qu'il avait bien vu et, quand il vit cette queue de poisson de couleur mauve sortir de l'eau puis y replonger aussitôt, il comprit que ce n'était pas son imagination : les jambes de cette fille, une fois qu'elle eut plongé dans l'eau, étaient devenues cette queue de poisson et, de par l'absence de réaction ainsi que le fait que d'autres devenaient ainsi, il semblait que, pour les gens d'ici, ce phénomène était tout à fait normal.

En entendant que la mélodie à la harpe avait changé et qu'elle était accompagnée de sons qu'ils ne parvenait pas à identifier, il tourna la tête dans la direction en question et vit, « assis » sur ce qui ressemblait à divers récifs, quelques hommes et femmes poissons, l'un d'eux jouant de la harpe, d'autres soufflant dans d'énormes coquillages et les derniers semblant attendre, battant leur nageoire en rythme avec la musique. Puis le moment venu, ils entamèrent leur chanson…

Vive notre prince ! Longue vie à son altesse !

Sa simple présence nous emplit d'allégresse.

Vive notre prince ! Bonheur à son altesse !

Honorons le prince ondin et sa grande gentillesse !

Partageons notre joie en chantant !

Montrons notre bonheur en dansant !

La chanson n'était pas riche en paroles mais Yuri devait admettre que le spectacle était beau à voir et à entendre. Même ceux qui ne faisaient pas partis du groupe s'étaient mis à chanter et, étonnamment, ils formaient un chœur harmonieux, sans personne qui ne faisait de fausse note.

Alors qu'il écoutait pour la troisième fois ces même vers, le jeune homme eut la mauvaise surprise de sentir quelque chose le cogner brutalement dans le dos puis le pousser jusqu'à ce que son nez soit à presque moins de cinq centimètres du sol et qu'il se retrouve dans le noir total. A cet instant, il comprit qu'il devait se trouver dans un de ces énormes coquillages et que, trop occupé à regarder les alentours, il n'avait pas fait attention à l'endroit où il était installé, si bien qu'il était fort probable que quelqu'un ait trouvé très drôle de l'enfermer là-dedans.

« Hi hi hi ! Il a rien vu du tout ! » s'exclama une voix qui devait être celle d'un enfant.

« Rien du tout du tout ! » en rajoutant une autre au ton tout aussi juvénile.

« Ha ha ha… Maintenant que vous avez bien rit, vous pourriez me sortir de là peut-être ? » demanda Yuri qui n'avait pas trop envie de rester comme ça dans le noir et dans une position assez inconfortable.

« Hi hi hi ! Non ! »

« Non non non, tu ne sortiras pas ! »

Sales gosses… Puisque c'était comme ça il allait…

« Laissez-le sortir s'il vous plait. » fit une troisième voix d'enfant, celle d'un garçon.

« Mais prince… » répliqua le premier avec un ton suppliant.

« Il serait triste que deux jeunes sirènes me contraignent à les envoyer par le fond, non ? »

Suite à cette phrase, le coquillage s'ouvrit et Yuri revit enfin la lumière. En levant les yeux, il découvrit à quoi ressemblait ce « prince » qui l'avait aidé : des cheveux blonds vénitiens ébouriffés, un regard émeraude, une peau légèrement bronzée, les épaules recouvertes d'une cape en soie vert émeraude et des vêtements aux tons verts… A vue d'œil il devait avoir une dizaine d'années.

« Vous n'êtes pas des nôtres vous… » constata l'enfant aux yeux verts en fronçant le nez. « Je ne me souviens pas avoir vu un mercenaire vous ressemblant dans le royaume de l'eau. »

« Le royaume de l'eau ? » demanda-t-il, sans vraiment comprendre de quoi lui parlait ce gosse.

Le garçon aux cheveux blond vénitien le regarda d'abord avec étonnement puis avec curiosité, le détaillant de bas en haut.

« Se pourrait-il que vous ne veniez pas du même monde que nous ? » fit-il, pensif. « Ce serait bien la première fois que je vois ça dans les mondes oniriques. »

Yuri devait reconnaître que là, il était largué. Entre ces personnes avec une queue de poisson, cet étrange endroit et ce dont lui parlait celui que tous désignait comme étant leur prince ici, il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il se passait ici.

« Ecoutez, je ne pige rien du tout donc je vais sortir d'ici pour essayer d'en savoir plus par moi-même. » dit-il en se levant puis en se dirigeant vers ce qui lui semblait être la sortie.

« Hein ? Mais… » commença le jeune garçon avant de venir immédiatement lui emboîter le pas. « Vous n'avez même pas d'arme pour vous défendre face aux cauchemars ! »

Il allait répliquer en lui démontrant le contraire mais, à cet instant, le jeune homme réalisa que, effectivement, il n'avait pas son épée avec lui. Qu'est ce que ça signifiait au juste ?

« Attendez-moi un instant et je vous promets d'essayer de vous aider. » lui déclara le garçon d'un ton presque suppliant.

Hésitant quelques secondes, Yuri finit par acquiescer et, le sourire aux lèvres, le plus jeune se dirigea vers une statue de marbre blanc représentant une jeune femme jouant de la flute. Il prit un peu d'eau dans une petite fontaine située juste à côté et en jeta sur la statue. Au contact du liquide, l'apparence de la figure de pierre changea : sa chevelure prit une teinte vert clair et ses yeux devinrent vert émeraude. Puis, après cet étrange phénomène, elle pivota sur elle-même, révélant un compartiment secret dans lequel se trouvait une épée dont la lame légèrement bleutée avait des reflets verts.

Le jeune garçon prit l'arme puis revint vers lui.

« Tenez. » fit-il en lui offrant l'épée. « On est plutôt pacifiste ici donc on se sert assez peu de ce genre de choses, surtout à l'autel de l'eau. »

« Merci. » dit-il en prenant la lame en main, admirant les reflets singuliers qu'elle possédait.

« Oh et je ne me suis pas présenté. Prince Sheen mais vous pouvez juste m'appeler Sheen si vous préférez. »

« Yuri. »

Ils échangèrent une franche poignée de main après ces présentations.

« Donc, votre aide se résume en une simple épée ou bien il y avait plus de prévu ? » demanda Yuri avec un sourire en coin.

« Ha ha ! Disons que je comptais moi-même sortir d'ici et que vous risquez d'apprécier ma présence. » lui répondit Sheen tout en se remettant à marcher vers la sortie, le brun le suivant de près. « J'ai un rendez-vous avec une connaissance et il est possible qu'elle ait quelques idées. »

« Du genre ? »

« Disons que je la pense plus apte que moi à savoir vers où vous diriger. De plus, il y a toujours la possibilité de poser la question à ceux de l'autel de la terre en dernier recours… »

Pendant un instant, Yuri vit un léger tremblement saisir le jeune garçon. Quelque chose devait lui faire peur et il était possible qu'il découvre ce que c'était une fois arrivé à destination.

A un moment donné, ils stoppèrent leur avancée, se retrouvant nez à nez avec un mur d'eau qui, pour une raison obscure, restait en place. Derrière, le sol en marbre blanc laissait place à un escalier du même matériau qui montait… vers la surface ?

A sa grande surprise, Sheen fit deux pas en avant, passant de l'autre côté du mur liquide, et son apparence se modifia : ses cheveux prirent une teinte verte et de fines écailles vert clair étaient présentes au niveau de ses mains et de ses pieds. Qu'est-ce que c'était que ça encore ?

Le jeune garçon lui fit signe d'avancer et, après une courte hésitation, Yuri s'exécuta. Etonnamment, l'eau semblait reculer au fur et à mesure qu'il progressait, son guide nageant devant lui. En regardant autour de lui, il réalisa que le liquide reprenait sa place derrière lui, comme s'il avait attendu qu'il se soit suffisamment éloigné pour cela. C'était comme s'il était dans une bulle d'air.

A un moment donné, l'eau se trouvant au dessus de sa tête disparue, lui faisant ainsi comprendre qu'ils étaient proches de la surface. Il n'eut qu'a monter les dernières marches de marbre blanc pour découvrir qu'il était arrivé sur une sorte de plage de sable fin comme il en avait déjà vues à Terca Lumireis… ou presque si l'on prenait en compte les palmiers aux feuilles turquoise qu'il pouvait voir ainsi que la route pavée de pierres jaunes qui traversait une prairie aux teintes roses. En levant la tête, il s'aperçut que le ciel était mauve et que les quelques rares nuages présents évoquaient énormément de la barbe à papa à ses yeux.

« Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? On se croirait dans un… » commença Yuri sans cacher son incompréhension.

« Dans un rêve. » termina Sheen à sa place tandis qu'il reprenait son apparence humaine. « C'est exactement ça. Vous êtes dans les mondes oniriques. »

« Je suis… en train de rêver ? C'est une blague ? »

« Oui et non en réalité. C'est par le biais de vos songes que vous êtes entré dans ce monde, très certainement en utilisant une des clés qui en déverrouille l'accès. »

« Une clé ? Quelle clé ? »

A cette question, le jeune prince eut l'air stupéfait. Qu'avait-il dit d'étrange ?

« Vous ne vous souvenez pas d'en avoir touché une ? » fit-il, ses yeux verts ronds comme des soucoupes. « Une clé en argent avec un anneau en forme de papillon, ça ne vous dit rien ? »

« Absolument pas. »

Yuri état certain qu'il se serait souvenu d'avoir vu un objet aussi insolite, surtout que la dernière chose dont il se rappelait était que Flynn avait tenté de l'empêcher de tomber…

« Bizarre ça… » dit Sheen en croisant les bras, visiblement en train de réfléchir. « Je ne connais que cette méthode pour avoir accès à ce monde mais il se peut que vous en ayez utilisé une autre qui m'est inconnue. Je me demande si elle en sait plus que moi sur le sujet… »

A cet instant, le jeune garçon se dirigea vers la route, son aîné suivant ses pas, et regarda de tous les côtés. Ses yeux verts se fixèrent sur un petit panneau indiquant deux directions opposées qui était caché par un énorme buisson aux feuilles bleues et aux fleurs blanches. En l'observant, Yuri vit que seuls des symboles servaient d'indications : le chemin partant à gauche était désigné par un serpent et celui allant à droite par une tête de mort.

« Chouette ! » s'exclama Sheen avant de partir à gauche. « Cette fois-ci, on est pas loin. »

« Et on va où au juste ? » demanda l'épéiste, souhaitant être éclairé sur la signification de ces symboles.

« A l'autel de la terre. Les routes changent très souvent dans ce monde donc quand on ne connait pas le signe associé à chaque endroit, c'est facile de se perdre. »

« J'en conclus donc que le serpent correspond à là où l'on va. »

« Exact. Pour l'autel de l'eau, c'est un poisson et, concernant la tête de mort, c'est le cimetière de la lune rouge qui est accolé à ce qui équivaut à l'autel du temps. »

« Il y a un cimetière ici ? Etonnant. »

« Quand on sait qui le fréquente, ce n'est pas si surprenant en fait… »

A cette phrase, Yuri crut voir un frisson parcourir l'échine de son guide. Quoiqu'il pouvait y avoir à cet endroit, cela ne lui plaisait visiblement pas.

A un moment donné, la prairie aux teintes roses laissa place à une étendue de sable ainsi qu'à une odeur alcoolisée. La végétation se résumait à d'immenses arbres aux feuilles cuivrées qui ressemblaient fortement à des figuiers. Dans les branches de ceux-ci, en plus des fruits aux teintes argent, il y avait de nombreux serpents de toutes sortes qui semblaient y dormir. Plus loin, il y avait deux petits obélisques de granit encadrant ce qui ressemblait fortement à l'entrée d'un tombeau. A leurs pieds se trouvaient deux statues représentant des vipères. Enfin, devant l'une d'elle, il y avait une fille à la peau mate et aux cheveux d'une incroyable blancheur qui était occupée à compter une série de bouteilles en céramique.

« Orieul ! » appela Sheen.

La dénommée Orieul leva ses yeux sombres vers eux puis, après avoir épousseté son short en lin beige et son haut kaki, vint vite les rejoindre, courant pieds nus sur le sable.

« T'es en avance Sheen ! » s'étonna-t-elle en regardant tour à tour son ami et Yuri. « Et c'est qui lui ? »

« Yuri. Il était à l'autel de l'eau quand je suis arrivé. » le présenta celui aux yeux émeraude en le désignant d'un geste de la main.

« Yo. » fit le jeune homme en saluant celle à la peau mate qu'il estimait être du même âge que son guide bien qu'un peu plus grande en taille.

« Il ne se souvient pas avoir eu une clé pour entrer ici. Tu ne saurais pas des fois s'il n'y aurait pas un autre moyen pour ouvrir les mondes oniriques ? »

« Moi non. » répondit-elle avant de regarder l'entrée de ce qui ressemblait à un tombeau. « Mais elles, ça se pourrait. Par contre, elles ne lui répondront pas gratuitement. »

Après cette remarque, Orieul vint se planter devant lui, les bras croisés sur sa poitrine et ses yeux sombres fixés dans les siens. Puis elle lui fit un sourire qu'il reconnut aisément : celui des petites pestes qui aimaient bien jouer avec les nerfs des adultes.

« Elles aiment les figues donc je pense que si tu en cueilles une toi-même, elles apprécieront le geste et se montreront généreuses. Mais si tu as peur des serpents… » fit-elle sur un ton de défi.

« Aucun problème. » répliqua-t-il en lui rendant son sourire.

Façon de parler… Il avait déjà grimpé à plusieurs arbres dans sa jeunesse mais jamais dans des qui étaient infestés de reptiles ! Il risquait d'avoir des difficultés à ne pas en blesser un accidentellement ou à ne pas se faire mordre…

Repérant un arbre à proximité et un peu moins haut que les autres, Yuri commença son ascension, veillant soigneusement à ne pas poser ses mains ou ses pieds sur quoique ce soit possédant des écailles. Il se hissa sur une branche, attirant sur lui l'attention des serpents les plus proches, et chercha du regard le fruit le plus près de lui… avant de s'apercevoir que celui-ci était farouchement gardé par une vipère aux écailles sombres qui n'avait visiblement aucune envie de le lui céder. Il jeta donc son dévolu sur une autre figue, se penchant le plus possible pour l'attraper.

Une fois en main, il eut à peine le temps de se réjouir de sa réussite qu'il glissa et atterrit brusquement sur le sol, son dos heurtant le sol et ses cheveux s'éparpillant dans le sable. Un rire enjoué parvint à ses oreilles suivi d'un autre, plus discret.

« HA HA HA ! » rit Orieul à gorge déployée. « C'était une belle chute ça ! »

Il se releva en grommelant, secouant sa longue chevelure brune en constatant qu'elle était pleine de sable. Par contre, il était plutôt satisfait d'avoir attrapé ce fruit argent… que cette petite peste aux cheveux blancs s'empressa de lui dérober.

« Merci ! » lui fit-elle avec un sourire narquois qui s'atténua rapidement. « Je vais leur donner cette offrande en ton nom. »

Sur cette phrase, elle se dirigea vers ce qui ressemblait à un tombeau et y entra, descendant les marches puis disparaissant dans les ténèbres. Tandis qu'il se relevait, Sheen vint le rejoindre, ses yeux verts fixés sur l'endroit où son amie avait disparue.

« Les lamias sont probablement de bonne humeur actuellement donc elles devraient nous aider un peu… » murmura le jeune garçon.

« Lamias ? » demanda le jeune homme, entendant encore un mot qui lui était inconnu. « Qu'est-ce que c'est au juste ? »

« Elles ne vivent pas dans mon pays donc je ne sais pas grand-chose sur elles exceptés que ceux de l'empire de la terre leur font régulièrement des offrandes et que les membres de la famille impériale seraient liés à elles par le sang. Je ne sais pas du tout à quoi elles ressemblent. »

Une série de sifflements se firent entendre au bout de quelques secondes. Yuri regarda les serpents situés dans les arbres mais il s'aperçut bien vite que ceux qui s'étaient réveillés durant son ascension s'étaient rendormis et qu'ils étaient parfaitement silencieux. Il reporta ensuite son attention sur le tombeau et fit deux pas dans sa direction avant que Sheen ne l'arrête en le retenant par le bras.

A cet instant, le jeune homme comprit que ces sons venaient de là-bas et, en tendant l'oreille il réalisa que c'était en réalité des voix particulièrement sifflantes.

« Notre chère enfant… » fit l'une d'elle. « Quelle est donc ta demande ? »

Il ne perçut pas clairement ce qu'était en train de leur dire la petite fille, le son de ses paroles étant masqué par les sifflements de ses interlocuteurs… ou plutôt interlocutrices car il avait l'impression que c'était des femmes.

« Intéressant… » répondit de nouveau l'une de ces voix sifflantes. « Laisse-nous donc l'éclairer chère enfant… »

Le silence se fit après cette phrase. Yuri garda ses yeux fixés sur l'entrée du tombeau et, à un moment, il vit une silhouette qui semblait recroquevillée sur elle-même, cachée sous une cape sombre élimée et qui aurait pu être celle d'une personne âgée au dos voûté si elle avait été un peu moins haute. Elle se stoppa en haut des marches puis, à peine une seconde plus tard, elle fut rejointe par Orieul, cette dernière tenant une fiole en céramique entre ses mains.

« Un jeune loup égaré et un petit poisson… » fit la silhouette dont la voix sifflante paraissait être celle d'une femme. « Approchez un peu… »

Les garçons s'exécutèrent puis s'arrêtèrent une fois qu'ils ne furent plus qu'à un mètre de leurs interlocutrices. A ce moment, le jeune homme s'aperçut que non seulement cette étrange femme, bien que se tenant le dos voûté, devait être en réalité plus grande que lui mais, qu'en plus, il ne voyait absolument pas ses pieds ou ses mains, cette cape les masquant entièrement. D'ailleurs, il trouvait anormal qu'elle n'ait pas marché sur le bas de ce vêtement vu sa longueur.

« Les mondes oniriques ne sont pas comme les autres… » poursuivit la femme. « Ceux qui n'en ont pas ouvert la porte via l'une des clés sont souvent de ceux qui ont plongé dans un profond sommeil… Est-ce ton cas jeune loup ? »

« Je me rappelle avoir perdu connaissance après avoir été blessé. » répondit Yuri, cherchant à se remémorer ce qu'il avait vécu dans la grotte.

« Il serait donc dans le coma ? » demanda Sheen, curieux.

« Ou mort… »

Vu quelles étaient les dernières choses dont il se souvenait et si l'endroit où il était tombé était bien celui auquel il pensait, la possibilité qu'il ait perdu la vie était élevée.

« Les morts ne peuvent plus rêver… » coupa fermement celle à la voix sifflante. « Par contre, es-tu seulement de notre monde jeune loup… Car si ce n'est pas le cas, nos réponses risquent fort d'être erronées…. »

Là, Yuri fut légèrement surpris. Il se souvenait avoir vaguement montré à Sheen son incompréhension sur ce qui l'entourait mais pas à son amie aux cheveux couleur de neige. Cette dernière semblait même agréablement surprise.

« Alors ces histoires de chasse au trésor à travers l'univers seraient vraies ? » se demanda-t-elle, une étincelle s'allumant soudainement dans son regard. « Ça me donne encore plus envie d'accompagner cette madame Kingdom dans ses voyages ! Mon père m'avait raconté la fois où ils… »

« Ne me dis pas que tu admires cette folle furieuse qui t'avait servi de garde du corps une fois ? » l'interrompit son ami, l'air estomaqué par ce qu'il venait d'entendre. « Tu réalises quand même qu'elle aurait pu tuer ce type qui a essayé de te toucher si elle l'avait vraiment voulu ? »

Une chasse au trésor à travers l'univers ? S'il avait bien compris, cette personne dont la fillette parlait voyageait de monde en monde…

« Cette femme serait capable de me dire exactement comment j'ai atterri ici à tout hasard ? » demanda Yuri, se disant qu'il avait peut-être une nouvelle piste.

« Tu ne la verras pas dans les mondes oniriques… » répondit sèchement la femme à la voix sifflante. « Par contre, il nous semble qu'elle a quelques accointances avec ces créatures aux cris stridents… »

« Les harpies ! » s'exclamèrent avec surprise les deux plus jeunes.

« Tout le monde raconte des histoires horribles sur elles ! » fit Orieul avec une grimace. « Certains disent même qu'elles mangeraient les entrailles des hommes avec qui elles se sont accouplées ! »

« Ça c'est un mensonge. » démentit immédiatement Sheen. « Par contre, elles et les sirènes se détestent et quand elles se croisent, tu le sais tout de suite. Après, j'avoue n'avoir jamais tenté d'en approcher une mais il me semble qu'elles aiment les hauteurs…»

« En résumé, si je trouve une harpie, je pourrais peut-être avoir la réponse que j'attends. » synthétisa Yuri tout en se posant une question : à quoi ces créatures pouvaient bien ressembler ?

« Possible… » fit celle à la voix sifflante. « Mais rien n'est sûr… Il faudrait te rendre à l'autel de l'air pour le savoir… »

Nouvelle promenade en perspective donc. Il ne lui restait donc plus qu'à savoir quel était le symbole correspondant mais s'il suivait la logique de cet endroit, le signe était en rapport avec le lieu où il souhaitait se rendre.

« Si c'est comme chez nous, il est surement abandonné de tous dans un coin paumé… » déclara Orieul avec un soupir de dépit. « Il n'existe même plus du tout si ça se trouve. »

« Non, je ne crois pas. » contredit Sheen, l'air pensif. « Je me souviens avoir vu un oiseau une fois sur les panneaux donc ça doit probablement lui correspondre. »

« Probablement ? » demanda Yuri en haussant un sourcil face à cette déclaration qui en disait assez long à elle toute seule.

« Ce qu'il veut dire c'est qu'on ne connaît que certains symboles. » expliqua la fillette aux cheveux immaculés. « Quand on ne sait pas à quel lieu un panneau correspond, nous n'y allons pas, surtout si cet endroit est potentiellement lié à un pays ou à un peuple qui peut s'en prendre à nous. »

« Par exemple, le pays d'Orieul a de très mauvaises relations avec celui lié à l'autel du feu. » compléta le jeune garçon aux cheveux blonds vénitiens. « Mais on peut vous aider à trouver les harpies si vous le désirez. »

« Non, ça ira. » fit le jeune homme à la longue chevelure sombre.

Maintenant qu'il comprenait un peu la logique de ces mondes oniriques, il devrait pouvoir se débrouiller seul…

*§*

Avant qu'il ne quitte l'autel de la terre, cette femme – une lamia de ce qu'il avait compris – lui avait remis la fiole en céramique en lui précisant que c'était un puissant contrepoison qui pourrait éventuellement lui être utile. Il sut ensuite par Sheen que les harpies étaient des êtres capables de voler et de rester prudents avec elles car ce n'étaient pas des créatures réputées pour être amicales au premier abord.

Une fois qu'il eut repris la route, il trouva assez facilement un panneau indiquant deux directions différentes mais, en voyant les symboles, il constata que les chemins avaient dû changer : à gauche était indiqué ce que le jeune garçon avait désigné comme un cimetière et le signe correspondant à ce qui se trouvait au bout de la route devant lui ressemblait en tous points à un chat.

Il avait donc le choix entre un endroit qui était manifestement à éviter et un autre dont il ne savait strictement rien. Il opta donc pour ce dernier, prêt à changer de route à la première occasion.

Pendant sa marche, il vit le paysage autour de lui changer, le sable laissant sa place à la prairie aux teintes rosées puis à de multiples fleurs colorées. Il passa au dessus d'une petite rivière aux tons turquoise avant d'entrer dans ce qui ressemblait fortement à un rideau de brume orangé dont il ressortit au bout de quelques secondes… pour découvrir, à une trentaine de mètres plus loin, une haute tour cylindrique qui semblait avoir été taillée dans du cristal. Entre lui et elle, il y avait un portail ainsi qu'une clôture en or massif puis, juste en face, un croisement entre différents chemins des mondes oniriques.

En se rapprochant, il trouva le panneau à côté d'un arbre aux feuilles d'or et à l'écorce de bronze mais celui-ci semblait avait été cassé, une des directions ayant l'air d'avoir été arrachée. C'est en tournant la tête vers un buisson de couleur argent qu'il trouva le morceau manquant… en partie coincé sous le corps d'une jeune femme dont la longue robe bleu pastel avait une grosse tache rouge sombre sur le flanc...

Sans réfléchir plus longtemps, Yuri se précipita à se côtés puis dégagea les longues mèches châtains qui cachaient en partie son visage, posant ensuite sa main au niveau de sa nuque.

« Vous m'entendez ? » tenta-t-il en constatant qu'elle avait un pouls.

Aucune réponse. Il reporta son attention sur la tache rouge au niveau de son flanc droit et, en s'excusant par avance, déchira le tissu pour s'apercevoir qu'elle était effectivement blessée mais que la plaie était assez… étrange. Elle ne saignait pas abondamment et semblait même avoir cicatrisé par endroits mais, ce qui l'interpella, c'était les vaisseaux sanguins autour de sa blessure qui prenaient progressivement une teinte sombre, lui rappelant l'effet de certains poisons des monstres qu'il avait pu affronter.

N'ayant rien à perdre, il prit la fiole en céramique qu'il avait reçue un peu plus tôt et la déboucha, son nez étant immédiatement agressé par la forte odeur d'alcool qui s'échappa du petit récipient. Il en versa quelques gouttes sur la plaie puis, avec un certain soulagement, observa attentivement les veines gorgées de poison reprendre peu à peu une couleur normale.

Par contre, la jeune femme était toujours inconsciente et, fait curieux qu'il n'avait pas noté au départ, son bras gauche était entièrement bandé, ne laissant point entrevoir le moindre centimètre de peau.

« Il me semblait bien avoir entendu un beau vacarme un peu plus tôt. »

Au son de cette voix de femme, il tourna la tête pour s'apercevoir que le portail doré était à présent grand ouvert mais, étrangement, il ne vit personne. Yuri crut l'avoir imaginée quand une silhouette blanche et éclatante fit brusquement son apparition, l'aveuglant au point qu'il dut protéger ses yeux de son bras.

« Tu devrais l'emmener dans ma tour. Elle y sera à l'abri des cauchemars le temps qu'elle récupère. »

Cette voix était aussi douce que celle d'Estelle mais pouvait-il vraiment lui faire confiance ? Il devait cependant reconnaître qu'il ne pouvait pas laisser cette fille ici…

« Qu'est-ce qui me garantit qu'elle y sera en sécurité ? » demanda-t-il de but en blanc, toujours en partie aveuglé par cette forte lumière.

« Oh mais je ne te faisais pas une suggestion. »

A cette simple phrase, un puissant flash lumineux se fit avant qu'il ne sombre dans le noir total…


NB : Les habitués de mes délires de fin et ceux lisant Salon de thé ont dû reconnaître des noms… Pas forcément une bonne nouvelle pour Yuri vous me direz vu les personnages.

Auteur vs Persos :

Asahi : … Il est pas arrivé là où je pense des fois ?

Kaleiya : Possible.

Asahi : … J'ignore quoi penser vu que ça peut vite se retourner contre moi…

Kaleiya : Tu sais, je ne suis pas mieux…

kaleiyahitsumei: (Default)
 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas. Par contre, le reste m'appartient.

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Songes éternels

Rating : T (par précaution)

Genre : Mystery

Note : En parallèle d'Aquarelle. Elle raconte ce qu'il est arrivé à Yuri après sa chute dans l'aer krene. De plus, les personnages y apparaissant évoluent dans leur propre univers en quelque sorte donc on peut dire que c'est une sorte de crossover.


Prélude

« Promets-moi que tu reviendras bientôt ! »

Il n'aimait pas vraiment ne pas tenir ses promesses mais là, vu comment le combat tournait, quelque chose lui disait qu'il ne reverrait plus Sasha ou, du moins, pas avant que son heure n'ait sonnée. Ils étaient tombés dans une embuscade et, s'il ne faisait rien, Flynn allait se faire tuer par un de ces types.

Merde.

« Si tu oses me dire que ce mariage te convient, je te jure que je vais te tuer cette fois ! »

Rita l'avait bien cerné à la longue. Autant l'un que l'autre, ils s'étaient répétés que les fiançailles de Flynn et d'Estelle étaient une bonne chose mais aucun d'eux n'avait vraiment accepté cette union à venir, aussi bénéfique qu'elle pouvait l'être pour l'Empire. Rien ne pourrait plus être pareil et leurs illusions seraient perdues…

A tout jamais.

« Tu devrais être fier de tes origines tu sais. »

Thomas Foehn… Bien qu'il soit un ami de sa sœur et qu'il s'occupait d'elle avec une grande attention, quelque chose chez lui ne lui avait pas plu. Pourtant, rien dans son attitude ou son langage ne lui indiquait que cet homme était un ennemi potentiel. Mais malgré tout, son instinct s'acharnait à lui dire qu'il devait s'en méfier. Il s'était demandé un instant si ce n'était pas le fait qu'il lui parle si souvent de cet homme qui lui disait d'être sur ses gardes. Cependant, d'autres que le jeune homme aux yeux acier vantaient les exploits de cet individu à un point qu'il en avait mal au cœur. Seule Sacha évitait le sujet car elle ne souhaitait pas le contrarier et lui ne voulait pas lui faire du mal en tachant certains de ses souvenirs les plus précieux.

Mais peu importe, jamais il ne pourrait accepter que cet homme et lui étaient du même sang.

« Il y a encore du travail mais bientôt, notre rêve deviendra réalité. »

Oui Flynn. Même si beaucoup de personnes leur mettaient des bâtons dans les roues, petit à petit, les lois injustes étaient remplacées par des plus équitables et les moins privilégiés pouvaient faire entendre leurs voix aux oreilles de l'empereur.

Mais Yuri avait vite compris que, à partir de maintenant, son meilleur ami allait devoir se passer de lui…

Quand il s'était interposé entre Flynn et cette épée, recevant de plein fouet le coup qui était destiné au jeune Commandant, la douleur avait été intense au point qu'il eut du mal à rester conscient. Pendant un instant, au moment où il se sentit tomber, il crut que ses jambes n'étaient plus capables de le porter mais, en réalité, c'était le sol qui s'était dérobé sous ses pieds.

Avant de sombrer, la dernière chose qu'il vit était cette main qui avait tenté d'attraper la sienne…


NB : Très court, je sais. A l'origine, je pensais le faire plus long mais l'idée a changé quand j'ai rallongé ce que j'avais prévu de mettre avec.

Auteur vs persos :

Asahi : … Où sont passés les autres ?

Kaleiya : Ils sont occupés pour un bon moment.

Asahi : On est seuls donc ?

Kaleiya : Jusqu'à ce que ceux qui ont du temps libre viennent le passer ici. Pourquoi ?

Asahi : Parce que j'aimerais beaucoup faire une partie d'Uno et je sais que tu en as un.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Note : Bien bien bien… Il est temps à présent de découvrir ce qu'il est advenu de notre chevalier préféré. Bonne lecture !

Chapitre 1 : L'arbre qui cache la forêt…

Quand il ouvrit les yeux, la première chose que réalisa Flynn était, en voyant le plafond de bois, qu'il n'était très certainement pas dans sa chambre. La seconde fut le mal de tête carabiné qui le fit grogner à l'instant où ses iris azur rencontrèrent la lumière du soleil. Il referma ses paupières puis se mit à réfléchir, cherchant à rassembler ses souvenirs pour comprendre où il était et pourquoi il avait une telle migraine.

Les dernières images de sa mémoire étaient la tombe de Yuri à l'aer krene au sud de Zaphias, ce mystérieux assassin avec ses deux épées courtes qui l'avait attaqué, leurs assaillants invisibles et cette lumière…

Il eut beau chercher plus loin, c'était le trou noir. Cette femme étrange l'avait-elle emmené quelque part ? Cela n'expliquait pas son mal de tête…

Il retenta d'ouvrir les yeux, constatant avec soulagement que la lumière le faisait moins souffrir, puis s'attela à se mettre dans une position assise, ce qui s'avéra un peu moins facile que prévu en réalisant qu'il avait mal un peu partout. Une fois parvenu à son but, il balaya la pièce du regard.

A première vue, il n'y avait rien d'extraordinaire : un lit confortable assez grand pour deux personnes et aux draps blancs recouverts d'une couverture épaisse en laine composée de carreaux colorés, une table de nuit en bois basique sur laquelle se trouvait une lampe à huile, une énorme malle recouverte de cuir sombre et contenant très certainement des vêtements, un grand miroir et une chaise sur laquelle étaient posés des vêtements qui étaient très certainement les siens – en s'observant rapidement, il s'aperçut vite qu'on avait dû le déshabiller puis le rhabiller avec un pyjama bleu pastel. Par contre, il ne voyait pas son épée et son bouclier.

Ce qui sortait de l'ordinaire, c'était ce chevalet sur lequel se trouvait une toile dont il ne pouvait voir ce qui se trouvait dessus, les deux objets n'étant pas placés de façon à ce qu'il puisse savoir cela dans sa position actuelle et le premier étant recouvert d'un tissu beige. Le tabouret qui se trouvait en face lui suggérait que quelqu'un s'était installé ici un petit moment.

Flynn se leva avec précaution, grimaçant légèrement en sortant ses jambes de sous les draps, et se dirigea vers la porte en se tenant contre le mur. Il l'ouvrit, découvrant ainsi qu'il devait être à l'étage d'une maison puis commença à s'avancer vers l'escalier.

Lorsqu'il passa près de la porte entrouverte de ce qui devait être une deuxième chambre, il jeta d'abord un premier coup d'œil rapidement mais, alors qu'il entamait un pas pour poursuivre sa route, il revint en arrière et, cette fois-ci, observa plus attentivement l'intérieur de cette pièce afin d'être certain de ce qu'il avait cru voir.

Oui, il n'avait pas rêvé. Sur le pan de mur qu'il pouvait voir par l'entrebâillement était accroché un portrait, probablement fait au pastel, d'une personne qu'il n'aurait jamais pensé voir ainsi, la dernière fois qu'il avait été dessiné – même Ted aurait fait mieux – étant pour un avis de recherche vieux de cinq ans.

Qui avait réalisé ce portrait si réaliste de Yuri ?

Son intérêt fortement piqué, Flynn entra dans la pièce qui, contrairement à la chambre dans laquelle il s'était réveillé, était un peu plus meublée – il y avait une belle armoire en bois clair et une coiffeuse qui étaient difficiles à manquer – et décorée de différents dessins. Parmi les œuvres les plus frappantes, excepté le portrait de feu son meilleur ami, il y avait une peinture de Repede qui semblait hurler à la lune, une autre d'un jeune homme aux cheveux châtains qui était manifestement en train de faire des exercices de musculation et un dessin à l'encre représentant à nouveau Yuri mais dans une position plutôt… sensuelle vu la façon dont il était allongé sur ce qui devait être des draps.

En observant un peu plus l'endroit, le jeune homme s'aperçut que le lit en dessous de la fenêtre était occupé mais impossible de voir qui était en train d'y dormir, cette mystérieuse personne s'étant cachée sous la couverture de laine mauve. Cependant, s'il se fiait à la robe bleu canard qui était posée sur la chaise, cette chambre appartenait à une femme.

Devait-il la réveiller pour en savoir plus ? Il hésitait, surtout en ignorant ce qu'elle portait actuellement – les convenances voulaient d'ailleurs qu'un homme ne voit pas la chambre d'une femme s'ils n'étaient pas de la même famille ou mariés – mais s'il voulait connaître sa situation réelle, c'était peut-être la meilleure solution.

Le son d'une porte qui s'ouvrait à l'étage du dessous attira son attention, signifiant probablement qu'une deuxième personne y vivait et qu'elle venait soit de rentrer, soit de sortir. Il quitta donc la pièce dans laquelle il était et se dirigea vers l'escalier, percevant le bruit de la porte ayant été fermée suivi de pas, signalant donc que la personne était entrée dans la maison. Il descendit donc les marches pour se retrouver dans ce qui était une pièce commune composée d'une table en bois clair et de quatre chaises du même style, d'un autre chevalet où il lui était possible de voir qu'une toile représentant un paysage avait été commencée, de divers dessins décorant les murs, d'une lance posée sur le dessus de ce qui devait être un large buffet et de deux doubles portes, très certainement battantes, qui possédaient un large espace ouvert en haut et un plus petit vers le bas, lui permettant ainsi de voir que derrière devait se trouver la cuisine et que quelqu'un était à l'intérieur.

Flynn se rapprocha et heurta accidentellement une des chaises, attirant sur lui l'attention du jeune homme aux cheveux châtains. Celui-ci sortit de la partie cuisine, lui permettant ainsi de constater que ce dernier était plus grand que lui, et le fixait de ses yeux acier avec intensité.

« Bien dormi ? » demanda-t-il de but en blanc.

« Heu… oui. » répondit le blond, un peu déstabilisé. « Où je suis au juste et qui êtes-vous ? »

« Vous êtes sur le continent de Yurzorea et vous pouvez m'appeler Thomas… Commandant Scifo. »

… Il était où ?

Comment avait-il pu atterrir aussi loin de Zaphias ? Combien de temps s'était-il écoulé ? Et pourquoi avait-il l'étrange impression que ce Thomas ne l'aimait pas beaucoup ?

Son interlocuteur avait visiblement perçu son étonnement d'apprendre le lieu où il se trouvait, le fixant à présent avec surprise.

« Vous ne vous en doutiez pas ? » demanda-t-il, intrigué. « Vous avez surement dû passer par-dessus bord… »

« Impossible. » coupa Flynn, le teint devenu livide. « La dernière chose dont je me souviens est que j'étais sur le continent d'Illycia. »

Se sentant soudainement fébrile, il fut contraint de s'asseoir sur l'une des chaises de la pièce, se repassant dans sa tête tout ce dont il se souvenait avant son réveil.

Il voyait de nouveau Seconde Etoile enfoncée dans le sol, cette femme combattant avec deux lames courtes, leurs assaillants invisibles et… cette lumière. Après elle, il ne se rappelait plus de rien. C'était le vide total. C'était comme s'il s'était instantanément déplacé d'un point A à un point B sauf qu'il ignorait totalement combien de temps s'était écoulé.

Le cours de ses interrogations fut interrompu lorsque Thomas posa un verre d'eau en face de lui ainsi qu'une pomme bien rouge.

« Je vais expliquer aux autres que vous n'êtes pas un danger pendant que Sasha répondra à vos questions. » déclara celui aux cheveux châtains avant de regarder l'escalier et de hausser un peu la voix. « Et je sais que tu es debout donc pas la peine de te cacher ! »

Sasha ? La supposée jeune femme qui dormait dans la chambre où il avait vu ce portrait de Yuri ?

« T'es agaçant Thomas ! » s'exclama une voix féminine d'en haut.

Sur ces mots, des pas se firent entendre à l'étage du dessus puis, descendant les marches de bois, vint une jeune femme dont il ne vit d'abord que les chaussures en cuir marron ainsi que des collants en laine noire. Apparurent ensuite une jupe évasée s'arrêtant en haut du genou de couleur bleu roi un peu froissée puis un chemisier noir dans un état similaire. Enfin, quand il aperçut ce visage aux traits fins et si familiers encadré d'une longue chevelure sombre nouée en une queue de cheval sur le côté, Flynn crut pendant un instant qu'il voyait un fantôme.

Cette fille ressemblait énormément à Yuri ! Certes, ses yeux étaient plus clairs et sa carrure un peu plus fine mais côte à côte, il était certain que cette jeune femme aurait facilement pu passer pour la sœur de son meilleur ami tellement ils avaient de points communs au niveau physique.

« T'étais vraiment beaucoup plus agréable avant… » se plaignit la dénommée Sasha dont la moue contrariée rappelait étrangement à Flynn celle que faisait feu son meilleur ami dans son enfance quand quelque chose ne lui plaisait pas ou qu'il perdait à un de leurs jeux.

« Et avant tu ne passais pas ton temps à filer en douce et à risquer de te faire bouffer par un monstre tout ça parce que tu cherches un nouveau sujet de dessin. » répliqua Thomas avec fermeté avant de pointer ses cheveux de son index droit. « Ça va bientôt faire deux ans que j'ai des cheveux blancs à cause de toi et de ton attitude. »

« Je prends toujours un répulsif pour les éloigner et ça a toujours fonctionné ! Et puis tu crois que ça m'amuse de rester sagement ici à faire la potiche ? »

« Je te signale que je suis le seul à faire le ménage ici et vu le bazar que tu es capable de laisser derrière toi… »

Alors qu'il suivait cette dispute entre ses deux hôtes avec attention, Flynn se sentit soudainement mal et, juste après qu'un sifflement se fasse entendre dans ses oreilles et que sa vue se brouille, il perdit connaissance.

-§-

Quand ils avaient entendu ce grand bruit à côté d'eux, Sasha et Thomas avait vite stoppé leur querelle, s'apercevant ainsi que leur invité était écroulé au sol, inconscient. Ils l'avaient ramené dans la chambre et le jeune homme aux yeux acier était ensuite sorti, ayant pas mal de travail en perspective.

Pendant son absence, la jeune femme avait repris la place qu'elle occupait : assise sur son tabouret, face à son chevalet mais de sorte à pouvoir observer à loisir le blond. Ainsi, en plus de veiller sur lui, elle pouvait profiter de cette occasion d'avoir un nouveau sujet de dessin… surtout que celui-ci était très certainement celui qui lui avait fait le plus envie depuis environ quatre ans.

Flynn Scifo… Physiquement parlant, Yuri ne lui avait pas menti en le décrivant. Il était vraiment très beau à regarder, ce qui était surement dû à cette mâchoire si bien dessinée et qui rendait son visage très attrayant. Elle aurait eu une autre forme, cela n'aurait certainement pas été pareil.

En l'observant de plus près, Sasha avait pu constater qu'il était aussi très bien proportionné – elle n'avait pas pu vérifier si c'était le cas partout bien entendu, Thomas ne lui en ayant pas laissé l'occasion bien qu'elle ne l'aurait probablement pas saisie – avec un corps ni trop ni pas assez musclé, des épaules un peu carrées et, sur son torse, la présence de quelques poils blonds assez difficiles à distinguer au premier coup d'œil – à contrario, elle avait pu constater que Yuri était complètement imberbe, faisant qu'il aurait pu passer pour un peu plus jeune qu'il ne l'était en réalité s'il l'avait vraiment voulu.

Pour ce qui était du caractère, elle n'avait pas encore pu juger mais si ce que l'épéiste lui avait raconté de son vivant était vrai, tous deux pouvaient très bien s'entendre. Et puis la jeune femme adorerait entendre quelques anecdotes croustillantes sur le brun concernant son enfance…

Cela faisait plus de quatre ans que Sasha avait rencontré Yuri Lowell pour la première fois…

Yurzorea – environ quatre ans auparavant

Quand Thomas lui avait dit qu'il lui avait ramené une surprise de Dahngrest, la jeune femme s'était attendue à des pastels, des fusains, des craies ou tout autre outil permettant de dessiner que le jeune homme aux yeux acier lui ramenait souvent quand il allait à Yumanju ou jusqu'à la ville des guildes. Elle ne s'était absolument pas attendue à ce qu'un jeune homme qu'elle n'avait jamais rencontré entre dans sa chambre accompagné d'un chien borgne au pelage bleu et blanc. De par l'expression qu'elle avait pu lire sur son visage, il avait été aussi étonné qu'elle. Elle se serait volontiers levée de son lit pour aller le toucher pour ainsi savoir si elle ne rêvait pas mais ce jour-là, ses jambes ne la portaient pas, comme bien souvent d'ailleurs…

« Qu'est-ce que… » commença-t-il, son regard onyx la détaillant attentivement. « Non… Il a certainement pas menti… »

Elle aurait volontiers répliqué après ça mais une légère quinte de toux l'en empêcha. Qu'est-ce que c'était agaçant que cela arrive maintenant…

Quand elle cessa de tousser, elle constata que le jeune homme s'était approché d'elle et qu'il lui tendait le verre d'eau qui était présent sur sa table de chevet.

« Merci » lui dit-elle avant de boire une gorgée puis de le fixer intensément de ses yeux perle. « C'est un peu bizarre non ? »

« J'en ai vu d'autres mais je dois admettre que c'est étrange comme rencontre. » fit-il avec un sourire en coin tout en s'asseyant sur le bord du lit. Il tendit ensuite amicalement la mais vers elle « Yuri. »

« Sasha. » dit-elle avant de lui serrer chaleureusement la main. « Ravie de te connaître. »

« De même p'tite sœur. »

Yurzorea – Présent

Un soupir échappa à la jeune femme. Bien que cela fasse deux ans, elle n'arrivait toujours pas à se faire à l'idée que son frère, seul membre restant de sa famille, était décédé. Elle trouvait cela injuste qu'il soit mort alors qu'il avait encore la possibilité d'accomplir bien des choses…

En entendant bouger, Sasha quitta des yeux son dessin au pastel pour se tourner vers le lit. Elle constata ainsi que leur invité s'était réveillé et était en train de se mettre en position assise… ou du moins essayait vu les difficultés qu'il semblait avoir. Elle vint vite l'aider à conserver sa position assise en plaçant derrière son dos des coussins qu'elle avait pris dans sa chambre.

« Merci… » dit-il avant de s'appuyer sur les oreillers.

Il avait vraiment l'air épuisé. Elle se demandait ce qui avait pu lui arriver avant qu'elle ne le trouve sur la plage.

A cet instant, Sasha réalisa qu'il la fixait intensément de ses yeux azur au fond desquels elle pouvait lire de l'étonnement et une certaine incompréhension.

« Comment est-ce… » commença-t-il avant de s'interrompre, tournant la tête sur le côté. « Non, je dois me tromper. »

« Je ressemble à quelqu'un en particulier ? » demanda-t-elle avec un peu d'ironie, se doutant bien de ce qui pouvait perturber le jeune homme.

« Je dois dire que ou… Une minute. Comment est-ce que vous le savez ? »

Elle eut un léger rire en entendant cette question avant de le regarder avec un sourire en coin.

« Disons qu'il se peut que j'ai connu cette personne et que celle-ci m'ait longuement parlé d'un certain ami d'enfance. » déclara-t-elle avec une pointe de malice en se rappelant quelques anecdotes qu'elle avait pu entendre.

-§-

Depuis son réveil, Flynn avait beaucoup de questions en tête et elles étaient de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que le temps passait. Pendant un instant, la plus grande interrogation qu'il avait était comment il avait atterri à Yurzorea mais, après avoir vu Sasha, elle fut balayée par la forte ressemblance que la jeune femme avait avec Yuri.

Il ne tarda pas à obtenir quelques réponses sur ce dernier point ainsi que concernant ces dessins qu'il avait pu voir dans cette chambre.

Yuri et Sasha étaient frère et sœur, très certainement des jumeaux étant donné qu'elle avait le même âge que lui. Ils avaient fait connaissance huit mois après la destruction de l'Adephagos. Le dénommé Thomas avait vu le jeune homme aux longs cheveux bruns à une taverne de Dahngrest et, sous couvert d'un travail pour Brave Vesperia, lui avait demandé de l'escorter. Ce n'est qu'arrivé à ce fameux village qu'il lui avait révélé le pourquoi de ce travail et qu'il l'avait conduit dans la demeure où résidait la jeune femme.

Suite à cela, dès qu'il en avait la possibilité, l'épéiste venait rendre visite à sa sœur, lui racontant ses aventures ou lui servant de modèle pour ses dessins – Flynn avait complimenté Sasha sur ses œuvres après qu'elle lui avait dit qu'elle passait une bonne partie de son temps à dessiner et que tout ce qu'il avait pu voir en peintures ou croquis était d'elle.

« N'exagérons rien. » fit-elle avec une certaine gêne. « Tout ce que je sais faire, c'est reproduire au mieux ce que j'ai déjà vu, rien de plus. »

« Je trouve déjà que c'est, en soi, très impressionnant. »

Cette simple phrase fit se teinter ses joues d'une adorable couleur rosée qu'elle tenta de cacher en tournant sa tête sur sa droite. Elle remit en place derrière son oreille une de ses mèches de cheveux avant de se lever un peu brusquement.

« Je… » commença-t-elle sur un ton un peu hésitant. « Je vais aller te chercher de quoi manger. »

Sur cette phrase, elle se dirigea vers la porte d'un pas rapide. Elle sortit de la pièce et ferma derrière elle… avant de rouvrir la porte pour libérer sa jupe, celle-ci s'étant coincée sans qu'elle ne s'en aperçoive. Flynn se surprit à sourire face à cette scène, quelque peu amusé de retrouver chez Sasha quelques ressemblances avec Yuri bien que, sur le fond, il soupçonnait que la jeune femme soit plus calme et posée que son frère.

Pendant qu'il attendait qu'elle revienne, il se demanda ce qui se passait actuellement à Zaphias et, surtout, depuis combien de temps il avait disparu…

-§-

Ça devait faire un petit moment qu'il était perché dans cet arbre, observant une dizaine d'hommes de la brigade d'Arpagon qui faisaient des manœuvres près du Bastion de Deidon en pleine nuit. Il aurait bien changé de place mais, vu sa chance, il savait qu'il ferait mieux de rester tranquille, surtout que, depuis que la disparition du commandant avait été confirmée il y a un mois, il n'était plus vraiment bien vu chez les chevaliers impériaux. En même temps, à la base, ce n'était pas le cas et il ne devait son poste de sergent dans la brigade de Leblanc qu'à Flynn, ce dernier ayant jugé qu'il avait quelques talents autres que ses perpétuelles maladresses…

Au départ, il avait été assigné – en vérité, il l'avait demandé à son capitaine – à la protection du lieutenant O'Daly après que l'on ait réalisé que quelqu'un s'en était pris à elle alors qu'elle était sous sédatifs. Ce n'était pas facile de la voir ainsi et de se dire qu'il ne la croiserait plus sur le terrain d'entrainement la nuit mais il lui devait au moins ça…

« Halte ! »

Il sursauta en entendant un des chevaliers prononcer ce mot mais réalisa vite, en tournant la tête, que ce n'était pas à son attention mais plutôt à celle de cette femme qui, visiblement, avait voulu s'approcher d'un peu trop près. D'où il était, il ne pouvait pas tout voir mais il lui était possible de dire qu'elle avait les cheveux châtains et qu'elle devait porter une tenue assez provocante s'il se fiait à la posture de certains soldats qui l'encadrait. Par contre, il avait l'étrange impression qu'elle devait tenir un objet faisant de la fumée dans sa main gauche. Etait-ce une pipe ?

« Bonjour à vous aussi messieurs. » dit-elle d'une voix un peu trop doucereuse à son goût. « Je me suis perdue et je cherche un endroit sûr pour passer la nuit. »

« M-Mais nous s-serions ravis de v-vous aider m-ma-madame ! » bredouilla difficilement le premier chevalier.

« L-les nuits sont fraiches q-qui plus est et dans cette tenue, v-vous devez êtes frigorifiée ! » ajouta le second.

« Il est vrai qu'il y un léger souffle d'air frais… » fit la femme en faisant un mouvement de la main gauche, ce qui lui confirma qu'elle devait tenir une pipe. « Je regrette de n'avoir pris aucun châle avec moi… »

Tous les hommes de la brigade avaient interrompu ce qu'ils faisaient, leur attention attirée par cette inconnue qui, de ce qu'il pensait, n'était pas très nette. De ce qu'il avait pu voir en patrouillant avec Adeccor et Boccos dans les bas quartiers, cette personne n'était très certainement pas une prostituée mais son attitude pouvait le laisser penser.

Soudain, il vit cette légère volute de fumée se mettre à entourer tous les soldats présents et ce, sans qu'aucun d'eux ne s'en aperçoive, leur regard étant très certainement fixé sur cette inconnue qui continuait à prononcer des mots sur un ton mielleux.

« Votre sollicitude est touchante messieurs mais il serait temps pour vous d'aller dormir je pense… » déclara-t-elle en mettant le bec de sa pipe dans sa bouche durant à peine deux secondes.

« T-tout ira… » commença le premier chevalier.

Il entendit la femme chuchoter quelque chose mais impossible de savoir quoi exactement. Puis, juste après, tous les chevaliers s'écroulèrent au sol, ronflant de façon sonore pour certains, tandis qu'il crut voir une étincelle bleutée sur cette pipe que tenait l'inconnue.

En tentant de changer de position, il perçut un sifflement qui venait vers lui puis entendit le son typique d'un projectile qui se fichait dans du bois, soit, pour être exact, sur la branche sur laquelle il se tenait. Le son, en plus de le surprendre, lui fit perdre son équilibre et retrouver la terre ferme d'une façon particulièrement brutale via un atterrissage sur le dos des plus bruyants.

« Je me disais bien que j'avais vu un truc rouge dans cet arbre… » fit la voix de la femme qui se rapprochait de lui.

Il avait tout juste commencé à se relever qu'un métal froid se trouvait contre sa gorge, prêt à la trancher au moindre mouvement de sa part, ainsi que la personne qui l'avait en main, soit cette femme aux cheveux châtains dont il pouvait clairement voir le regard bleu acier qui le fixait avec une certaine curiosité.

« Comment vous avez fait ça ? » demanda-t-il, ayant encore du mal à comprendre de quelle manière une dizaine d'hommes avait pu tomber endormi aussi facilement.

« Rien qui te regarde poil de carotte. » répondit-elle avec un léger rire amusé en voyant sa grimace face à ce surnom qui n'était pas du tout de son goût. « Par contre, je suis très curieuse de savoir ce que tu faisais perché là-haut. »

« A votre avis ? »

Une odeur familière commença à envahir ses narines. Il l'avait déjà senti près d'une boutique voisine de celle de sa famille, quand un de ces nobles venait pour en fumer : de l'opium. Cette femme devait avoir de sacrés moyens pour fumer ça…

« Espionnage, c'est évident. » déclara-t-elle en prenant une bouffée dans cette pipe qu'il vit enfin de près et dont il trouva la longueur, ainsi que le style, assez inhabituels. « La tenue de camouflage est bien pensée mais si ces idiots n'avaient pas eu de casques masquant autant leur vision en hauteur, ils auraient déjà remarqué ta charmante couleur de cheveux. »

Vrai qu'avec ses cheveux auburn tirant plus vers le rouge qu'autre chose, il était facilement repérable… Sans son bandeau vert foncé, il les aurait eus sans arrêt dans les yeux, comme quand il avait son uniforme de sergent où il ne pouvait se permettre de le mettre.

« Tu comptes parler ou tu souhaites un peu d'aide ? » lui demanda-t-elle en lui faisant un sourire qui ne présageait rien de bon.

-§-

Après avoir mangé, Flynn ne se sentit pas capable de rester plus longtemps allongé et décida de se lever tandis que Sasha terminait son dessin, s'assurant par de brefs coups d'œil qu'il n'allait pas s'écrouler à nouveau. Il en profita donc par inspecter ses affaires…

« Il n'y avait rien d'autre ? » demanda-t-il, un peu intrigué par le fait que son épée et son bouclier manquaient à l'appel.

« Rien qui ressemblait à ce que vous chercher en tout cas. » répondit la jeune femme en stoppant son activité pour fouiller dans une poche de sa jupe. « Par contre, quand on vous a transporté jusqu'ici, il y avait ceci qui était tombé. »

Le jeune homme haussa les sourcils quand elle lui mentionna cet objet. Il ne se souvenait pas d'avoir eu quoique ce soit dans ses poches à part peut-être quelques galds ou, éventuellement, un papier sans importance mais cela lui paraissait étrange. Qu'est-ce que cela pouvait bien être ?

Il eut sa réponse quand son hôtesse lui montra ce qui ressemblait fort à une clé en argent, à un détail près que le panneton de forme rectangulaire comportait deux petites améthystes en son sein ainsi qu'un lapis-lazuli de même taille et que la forme de l'anneau rappelait celle d'un papillon. L'ouvrage était joli mais l'on pouvait légitimement se demander quel genre de porte pouvait être ouverte avec cette clé.

« Ça ne m'appartient pas. » déclara Flynn en prenant l'objet dans sa main. « Je ne sais même pas si ceci est destiné à être une œuvre de joaillerie ou non. »

« Je doute fort qu'elle puisse réellement correspondre à une serrure. » ajouta Sasha en jouant distraitement une mèche de ses cheveux. « Ça n'a pas vraiment de sens de faire une clé qui ne peut pas ouvrir de porte. Ce n'est pas un objet qui est fait pour être aussi travaillé que ça mais plutôt pour être pratique non ? »

« Cela dépend pour qui. J'ai déjà vu certaines clés du palais impérial qui étaient très travaillées mais je dois bien reconnaître que c'est la première fois que j'en vois une sertie de pierres fines sur la partie qui est censée actionner le pêne de la serrure… Et elle était dans ma poche donc ? »

« Hum… En fait… Je l'ai entendue tomber quand on a commencé à monter l'escalier donc nous avions supposé qu'elle venait effectivement d'une de vos poches. »

Ce qui signifiait qu'elle avait aussi pu se loger dans son armure, comme par exemple lors de cet étrange combat contre ces hommes invisibles et où cette femme lui avait prêté ses lunettes pour qu'il puisse les voir. Cette clé serait-elle en fait à elle ?

Il laissa ce problème pour quand il serait de retour à Zaphias et qu'il aurait les ressources nécessaires pour la retrouver. Même si elle lui avait rendu un grand service et qu'il se devait de lui rendre ce qui était probablement sa propriété, elle avait tout de même tenté de le tuer et il devait découvrir pourquoi. Et puis il avait l'impression qu'elle pourrait peut-être lui permettre de comprendre comment il s'était retrouvé à Yurzorea…

Flynn posa la clé sur la table de nuit pour l'instant puis jeta un rapide coup d'œil par la fenêtre, constatant que le jour commençait à décliner. Il n'allait donc pas pouvoir envisager de se rendre à Dahngrest aujourd'hui et, de toute façon, il ne savait pas dans quelle direction aller pour rejoindre Tolbaccia.

Tandis qu'il revenait vers Sasha pour voir ce qu'elle était en train de dessiner, aucun d'eux ne remarqua les deux améthystes de la clé émettre une brève lumière violette…


NB : Je précise que notre mystérieuse clé n'est pas une Keyblade. Vous aurez la réponse très vite, rassurez-vous. Par contre, pas certains que les concernés vont apprécier ce qu'ils vont découvrir concernant ce petit objet…

Auteur vs Persos :

Asahi : C'est moi ou bien il manque du monde ici ?

Kaleiya : Certains c'est normal mais d'autres…

Asahi : Bon ben tu es partante pour une partie de dominos ?

Kaleiya : Ça me va. Je vais faire chauffer l'eau pour le thé.

Asahi : Je m'occupe du chocolat.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Disclaimer : Tales of Vesperia, ses persos et son univers ne sont pas à moi. Par contre, le reste m'appartient.

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Aquarelle

Genre : Aventure, Major character death, Suspence

Rating : T

Note : Gros projet en perspective. Ayant, comme je le craignais, foiré mon coup avec Memories, je retente ma chance dans les fics à chapitres avec ce nouveau projet mais, cette fois-ci, en y incluant de persos originaux que je n'ai pas créé à la va-vite, ce qui devrait rendre ce projet plus solide je l'espère…

Note 2 : Bonne année 2015 au passage et ayant du taf en perspective, pas la peine de me demander quand je vais mettre la suite car avant, il y aura le prélude de "Songes éternels" qui "complète" cette nouvelle fic on va dire. Je ne sais pas encore quand je vais le mettre car je n'ai pas assez avancé à mon goût sur mes projets et que je ne veux pas poster trop vite puis ne plus rien mettre d'un coup. Donc je vous souhaite une bonne lecture et un peu de patience.


Prologue

Deux ans, jour pour jour. C'était le temps qui s'était écoulé depuis qu'une simple expédition pour étudier l'aer krene près de Zaphias avait tourné au cauchemar lorsqu'un groupe d'extrémistes les avaient attaqués. Sur trente hommes – quinze chevaliers dont lui-même, dix érudits et cinq membres de l'Union -, il y avait eu vingt-deux blessés dont deux dans un état critique ainsi qu'un mort dont le corps n'avait jamais été retrouvé, celui-ci étant tombé dans l'aer krene, rendant impossible toute tentative pour le récupérer et tout espoir de le retrouver en vie.

Flynn avait bien compris que le but de ces individus était de le tuer. Ils étaient trop bien préparés et étaient suffisamment nombreux pour les égaler, ce qui laissait penser que quelqu'un au sein du palais avait dû les renseigner. Cependant, les différentes enquêtes menées n'avaient fournies aucune preuve solide et, de plus, aucune autre attaque à son encontre ou à celle de l'empereur n'avait suivi. L'aide des membres de Brave Vesperia n'avait malheureusement pas été d'un grand secours, ne permettant que de conclure que ces extrémistes avaient comme disparu de la surface de Terca Lumireis, laissant à tous un goût très amer en bouche.

L'image de Yuri qui avait reçu ce coup d'épée à sa place était encore très vive dans sa tête ainsi que le moment où le sol, fragilisé avec le temps, s'était dérobé sous ses pieds. Flynn se souvenait encore très bien qu'il avait tenté d'attraper la main de son meilleur ami mais une seconde trop tard, leur dernier contact se résumant au frôlement de leurs doigts.

Cet évènement avait créé comme un vide en lui et avait eu de multiples conséquences.

La disparition d'un de leurs meilleurs combattants et membre fondateur avait affaibli Brave Vesperia, les forçant à travailler plus dur pour combler une partie du manque à gagner. Raven avait été d'un grand soutien moral à Karol qui avait été celui de la guilde ayant eu le plus de mal à faire son deuil. Le jeune homme, ayant à présent dix-huit ans, en était ressorti plus fort émotionnellement.

De son côté, Rita n'acceptait tout bonnement pas que ceux qui avaient provoqué la mort de Yuri et perturbé ses recherches ne paient pas pour cela. Elle s'était remise à vivre comme une ermite, travaillant sans relâche et chassant quiconque – excepté Estellise – osait la déranger. Elle était littéralement devenue une recluse.

Quant à lui, avant cet évènement, ses projets d'avenir sur le plan personnel – et indirectement professionnels – étaient plutôt radieux suite à ses récentes fiançailles avec Estellise, moyennement approuvées par la noblesse et le Conseil. A son départ, la jeune femme était très occupée à planifier tous les détails de leur mariage, souhaitant que ce jour soit absolument parfait. Mais à son retour, face à son regard vert qui, après avoir remarqué les nombreux blessés, cherchait avec inquiétude le jeune homme aux longs cheveux bruns, il dut lui annoncer la triste vérité. Il y eut quelques secondes de déni avant qu'elle ne fonde en larmes dans ses bras. Les préparatifs de leurs noces furent d'abord retardés puis, face à la dégradation de leur relation, définitivement annulés une fois les fiançailles rompues.

Estellise avait besoin d'aller de l'avant et elle avait compris que ce ne serait pas avec lui qu'elle pourrait faire cela. De plus, elle était la seule qui pouvait raisonner Rita quand celle-ci devenait littéralement folle de rage au point d'en détruire tout ce qui avait le malheur d'entrer dans son champ de vision.

Flynn avait eu un peu de mal à encaisser cette rupture et s'était encore plus plongé dans le travail qu'à son habitude, au point que Sodia avait dû à plusieurs reprises le freiner jusqu'au jour où, en ayant probablement assez de le voir s'épuiser ainsi, elle lui avait remis les idées en place avec une violence particulièrement surprenante venant d'elle. Elle s'était ensuite excusée de lui avoir hurlé dessus puis giflé mais il ne lui en voulait pas, bien au contraire. C'était exactement ce dont il avait besoin et cela lui avait permis de commencer à pouvoir tourner la page.

Seulement, il y a quelques jours, le cauchemar recommença.

Qui avait mis au point ce piège ? Il l'ignorait mais ce qui était certain, c'était que c'était lui la cible et que son lieutenant ne méritait pas d'être dans l'état dans lequel elle était actuellement. Certes, sans elle, c'est lui qui aurait subi le plus de dommages dans cette explosion et qui serait allongé dans un lit, gravement brûlé sur une bonne partie du corps et avec d'autres blessures dues aux objets projetés et aux meubles s'étant effondrés.

Sodia avait remarqué avant lui que quelque chose n'allait pas dans la bibliothèque, la domestique qui en était sortie avant eux ayant une attitude étrange. Elle comprit quelques secondes avant le drame qu'ils ne devaient pas rester là et l'avait poussé à sortir de la pièce. Seulement, l'explosion eut lieu et si lui fut projeté à l'extérieur, sa subordonnée se retrouva envoyée contre un mur avant qu'une énorme pile de livres ne lui tombe dessus et qu'un incendie ne se déclare. Le choc l'avait sonnée et, le temps que les hommes de Leblanc n'arrivent sur les lieux, le feu l'avait atteinte. Ses cris de douleurs résonnaient encore dans ses oreilles et sans cela, ils ne l'auraient pas trouvée à temps. Mais bien qu'elle ait survécu, les dommages que son corps avait subis étaient lourds autant physiquement que mentalement.

Le dos de la jeune femme ainsi qu'une partie de sa jambe gauche étaient les parties de son corps qui souffraient des plus graves brûlures. Sa tresse avait pris feu elle aussi et Flynn, devant agir très vite, l'avait coupée. Elle allait très certainement garder des cicatrices sur la joue et ce, même si cette partie n'était pas aussi brûlée que les autres.

Bien qu'Estellise était à Halure lors de cet incident, les médecins étaient rapidement intervenus et lui avaient confirmé que si elle était restée plus longtemps dans la pièce, elle serait morte brûlée de par le fait qu'elle était allongée au sol et que le feu se propageait essentiellement par projections de diverses braises. Lui ainsi que les hommes de Leblanc furent gardés en observation afin de s'assurer qu'ils n'avaient pas respiré trop de fumées. De ce qu'il sut par la suite, l'incendie fut vite maîtrisé et ce, grâce à une pompe à eau (1) basée sur le mana qu'avait mise au point Rita ainsi que le fait qu'ils avaient agi très vite et qu'excepté les meubles et leur contenu, les murs et le reste de la bibliothèque étant fait de matériaux comme le marbre ou le grès et les portes, bien qu'en bois, étaient épaisses (1).

De par la douleur qu'elle ressentait, Sodia avait dû être mise sous sédatifs pour lui permettre de récupérer et la gravité de ses blessures lui promettaient une longue convalescence avant de pouvoir revenir à son poste. Flynn ainsi que l'empereur Ioder avaient été mis sous protection pour prévenir une éventuelle nouvelle tentative d'assassinat et le capitaine Leblanc avait mené les recherches dans tout le palais pour retrouver le coupable et aussi s'assurer qu'il n'y avait pas d'autres dangers possibles qui avaient été placés.

Seulement, personne n'avait jugé nécessaire d'assigner un garde à la jeune femme autre que des médecins car, celle-ci étant maintenue endormie, elle était devenue une proie très facile.

C'est une infirmière, qui était chargée de vérifier chaque matin ses pansements, qui réalisa que celui qu'elle avait à la jambe avait été défait puis mal refait. Elle avait immédiatement alerté un médecin qui était à proximité, occupé à discuter avec le conseiller Maxwell, qui avait d'abord dit qu'elle se faisait des idées mais face à son insistance et au fait que le membre du conseil avait cru bon de lui rappeler que le père de Sodia était une bonne connaissance à lui, il vérifia les dires de l'infirmière, ne pouvant que constater, après avoir ôté le bandage, qu'elle disait vrai, ayant découvert une incision suspecte, refermée à la hâte avec des points de suture particulièrement mal réalisés.

De ce que Flynn avait pu comprendre, quelque chose avait été sectionné dans sa jambe, plusieurs nerfs apparemment, et ce n'était pas réparable. Le coupable avait fait cela sciemment car rien de par ses blessures ne nécessitait une intervention chirurgicale. L'auteur des faits était peut-être un médecin ou même tout simplement une personne avec assez de connaissances en anatomie. Donc même si les blessures de Sodia dues au feu guérissaient, elle ne pourrait jamais reprendre son poste de lieutenant, ayant perdu l'usage de la jambe gauche.

Après avoir ordonné à un de ses chevaliers de confiance d'assurer la sécurité de sa subordonnée jour et nuit dans le cas où un évènement de ce genre risquait de se reproduire – il en doutait mais mieux valait la mettre sous protection –, Flynn avait discrètement quitté le palais pour se rendre à ce fameux aer krene où son meilleur ami avait perdu la vie.

Ce n'était pas très agréable de se tenir ici, devant l'épée de Yuri, Seconde Etoile, plantée dans le sol depuis le lendemain de ce jour fatidique. Il pouvait constater que, de par la présence des nombreuses fleurs laissées au pied de ce qui servait de pierre tombale, quelqu'un était très certainement passé avant lui.

« Hey… » commença-t-il avec difficulté. « Je sais que j'aurais dû venir plus tôt mais… J'imagine que tu es déjà au courant. »

Le silence fut sa seule réponse. En même temps, il s'y attendait un peu.

« Je ne comprends pas ce qu'il se passe. Il y a deux ans, ils nous ont attaqués et ont disparus juste après… ta disparition. Cette fois-ci, il y a eu cet attentat dans la bibliothèque qui m'était très certainement destiné. Si j'étais leur cible, pourquoi revenir s'en prendre à Sodia ? »

Ce n'était pas logique. C'était comme si ce mystérieux ennemi s'était volatilisé à chaque fois en ne laissant quasiment aucun indice de son passage. Avaient-ils accompli leurs objectifs ou non ? C'était impossible à dire.

Flynn s'apprêtait à faire demi-tour quand il eut soudain un mauvais pressentiment. Son instinct lui hurlait de prendre son épée, comme s'il était menacé d'une façon ou d'une autre. Il prit donc rapidement son arme en main et se retourna rapidement… pour se retrouver nez à nez avec un étrange individu se tenant à environ cinq mètres de lui.

Il lui était difficile de dire si c'était un homme ou une femme, ses vêtements gris et kaki étant assez amples pour dissimuler ses formes, la capuche assortie masquant ses cheveux et son visage étant caché par d'énormes lunettes aux verres sombres et par une espèce de masque de métal sombre parcourue de diverses fentes au niveau de ce qui devait correspondre au nez et à la bouche, faisant qu'il entendait distinctement sa respiration calme et lente. Ses seules certitudes étaient que cette personne était plus petite que lui et qu'elle tenait une dague dans sa main droite. Par contre, elle avait aussi l'air d'avoir un autre objet dans la main gauche mais il n'était pas certain de ce que cela pouvait être.

Le jeune homme se mit en garde tandis que son mystérieux adversaire pencha sa tête sur le côté, rangeant au passage ce qu'il tenait dans sa main gauche dans une poche de sa veste. Il plaça ensuite la dague à l'intérieur d'une de ses bottes, ce qui intrigua quelque peu Flynn. Allait-il se rendre car il l'avait découvert avant qu'il n'ait pu passer à l'acte ?

Il comprit que non quand, il ne sut pas vraiment comment, son adversaire sortit de ses manches deux épées à lame courte qui ne devaient pas dépasser les cinquante centimètres de longueur.

Le mystérieux ennemi fut le premier à lancer son attaque, comblant si rapidement la distance entre eux que Flynn ne parvint que de justesse à parer le coup avec son bouclier. Il riposta presque immédiatement mais son épée fut arrêtée par celles de son adversaire, celui-ci les ayant croisées de sorte à bloquer l'avancée de son attaque. Lorsqu'il tenta de forcer pour lui faire lâcher ses lames, l'ennemi recula aussitôt d'un bon mètre avant de foncer sur lui à nouveau, visant son flanc droit. Ce ne fut qu'en pivotant sur lui-même que le jeune homme parvint à réussir une nouvelle parade avec son bouclier, ce qui fit à nouveau se reculer son opposant.

Flynn s'apprêtait à lancer une nouvelle riposte quand un léger bruit le fit se stopper. Son adversaire l'avait manifestement entendu lui aussi car il avait cessé de bouger, scrutant rapidement les alentours. Ce son se fit à nouveau entendre et son mystérieux opposant se mettait à présent à fixer un point derrière lui.

Puis, sans prévenir, il lança avec force une de ses lames dans la direction en question et le jeune homme, après avoir senti le sifflement de la lame près de son oreille gauche, perçut à peine une seconde après un son étranglé puis le bruit typique d'un corps qui s'écroulait au sol.

En se retournant, il put voir un homme allongé au sol, l'épée plantée entre ses deux yeux et ses bras bougeant encore faiblement avant de tomber raides, lâchant au passage le poignard qu'il avait en main. Le plus étrange était le bracelet qu'il avait à son poignet et qui ressemblait fortement à un blastia encore en état de marche.

« Reste pas comme ça beau gosse car ils sont encore onze. » fit une voix féminine à côté de lui.

Cette personne était donc une femme.

Un autre bruit suspect s'approcha de lui et, sans réfléchir, il donna un grand coup d'épée dans ce qu'il voyait être du vide et fut très surpris de sentir que sa lame s'était enfoncée dans quelque chose. En la retirant, il fut stupéfait de voir apparaître un homme, tenant lui aussi un poignard dans la main et possédant un bracelet semblable à celui qui avait été tué par la femme mystère, tomber au sol.

Ce fut là que Flynn réalisa qu'il venait d'avoir une réponse à l'une des nombreuses questions qu'il se posait depuis deux ans : pourquoi l'ennemi avait subitement disparu. Il était tout simplement devenu invisible…

Si le Commandant ne pouvait percevoir ses adversaires qu'aux sons qu'ils émettaient en se déplaçant, il soupçonnait fortement que cette étrange combattante pouvait les voir d'une manière ou d'une autre vu qu'elle avait été capable de lui dire combien ils étaient en tout.

Juste après avoir pensé cela, la femme fonça sur lui et, d'une pirouette, lui sauta par-dessus tout en lui mettant sur le nez les énormes lunettes qu'elle portait jusqu'ici.

Si, jusqu'ici, il ne voyait que la grotte contenant l'aer krene, à présent, il percevait d'étranges formes blanches et brillantes qui se dirigeaient vers lui et vers la femme, manifestement avec des intentions hostiles.

« Comme ça, ce sera plus facile pour toi. » déclara-t-elle en se plaçant à côté de lui pour trancher le bras d'un de leurs assaillants avant de lui planter son autre lame dans le ventre.

« Qui sont ces hommes au juste ? » demanda-t-il en parant un coup avec son bouclier avant de riposter d'un coup d'épée mortel.

« Tout ce que je sais, c'est qu'ils se tenaient en embuscade quand je suis arrivée et que je n'ai pas compris tout de suite que c'était moi qu'ils attendaient. »

Ils continuèrent d'éliminer leurs opposants un à un jusqu'à ce qu'ils furent tous à terre, morts ou agonisants. Flynn ôta cette étrange paire de lunettes tandis que la femme enlevait son masque et sa capuche, lui permettant de constater qu'elle avait un regard bleu acier rempli de dureté et de colère, de longs cheveux châtains aux reflets chatoyants coiffés en trois tresses qui avaient été faites à partir d'une même queue de cheval et une peau claire sans imperfection.

Elle marcha vers l'homme le plus proche, mort après avoir eu le cœur transpercé, et se pencha pour regarder à l'intérieur de sa bouche.

« Tss. Il a la langue coupée. » déclara-t-elle avec un agacement très prononcé avant de se relever et de balayer les autres du regard. « Et ça doit être pareil pour les autres donc inutile d'essayer de les interroger. »

Elle passa ensuite à la fouille du cadavre tandis que Flynn se rapprocha pour observer ce qu'elle faisait. Son regard se fixa sur le bracelet que portait l'homme lorsqu'elle s'attela à le lui ôter.

« Est-ce que c'est un blastia ? » demanda-t-il avec curiosité.

A sa question, la mystérieuse femme se tourna vers lui, ne comprenant visiblement pas de quoi il parlait.

« Blastia ? » répéta-t-elle, ses yeux bleus remplis d'incompréhension avant de désigner le bracelet. « C'est ça que tu appelles ainsi ? »

« Euh… Oui. » dit-il, assez étonné de par ses réactions. Ne saurait-elle pas ce qu'est un blastia ?

« Hum… Ça fonctionne comment un blastia exactement ? »

Exact, elle ne savait pas ce que c'était. Il lui expliqua rapidement le principe et leur conception en précisant que, normalement, ils ne pouvaient plus fonctionner depuis la destruction de l'Adephagos cinq ans plus tôt.

« Alors non, ça ne correspond pas mais j'admets qu'il y a des similitudes frappantes… » déclara-t-elle fermement en regardant le bracelet doté d'une pierre d'un jeune très clair en son centre encadré de quatre pierres, plus petites, d'une couleur laiteuse. « Pour être honnête, ça ne vient même pas de ce monde et il ne devrait pas s'y trouver. »

Flynn haussa les sourcils à cette phrase, intrigué. D'un autre monde ?

« Qu'est-ce qu… »

L'inconnue posa brutalement sa main sur sa bouche, l'empêchant de poursuivre sa réplique. Elle le regarda avec un sourire en coin qu'il trouvait particulièrement malsain.

« Ça ne te regarde pas beau gosse. » fit-elle sur un ton mêlant malice et menace. « Tu devrais plutôt te… »

Elle s'interrompit brutalement lorsqu'un son étrange se fit entendre, semblable à un grondement. Elle s'écarta subitement de lui, juste à l'instant où un rayon de lumière s'apprêtait à la toucher. Flynn se retourna pour en chercher l'origine mais un autre le frappa de plein de fouet, lui coupant le souffle avant qu'il ne perde connaissance…

-§-

Elle avait eu du mal à s'éclipser du village sans être repérée par un garde. Certes, elle aurait pu poser son chevalet pour peindre chez elle mais elle se lassait d'avoir toujours les mêmes sujets. La plage était un endroit où elle cherchait sans cesse à se rendre cependant, elle s'était faite attraper par Thomas la dernière fois, ayant perdu une de ses ballerines en marchant dans un sol un peu boueux – elle avait ainsi retenu qu'elle avait intérêt à mettre d'autres chaussures si elle passait par la forêt.

Ce coup-ci, elle avait pris cette paire de bottes de rechange dans le peu d'affaires qu'il avait laissé – elle avait dû retenir un cri de joie en s'apercevant qu'elles étaient pile poil à sa taille – puis avait déclaré qu'elle était fatiguée afin de pouvoir gagner un peu de temps. Quand elle fut certaine que la voie était libre, elle ouvrit la fenêtre de sa chambre et s'éclipsa. Elle récupéra ses affaires de dessin dans le buisson où elle les avait cachées et traversa les bois jusqu'à la plage. Après avoir trouvé un coin qui lui convenait, elle s'était installée et avait commencé à peindre le paysage.

« SASHA ! »

Surprise, Sasha lâcha son pinceau qui laissa une tache de peinture verte sur la longue jupe beige qu'elle portait avant de tomber au sol. Elle se retourna rapidement, se doutant très bien que ses yeux gris perle allaient rencontrer la haute silhouette de Thomas qui se rapprochait rapidement d'elle en la fixant de ses yeux bleus aussi durs que l'acier.

N'ayant guère envie de voir son escale se terminer aussi vite, la jeune femme préféra abandonner tout son matériel de peinture et prendre la fuite tant qu'elle le pouvait encore, attrapant juste ses bottes avant de foncer sur la plage de sable fin. Elle aurait bien aimé pouvoir prendre le temps de savourer ces sensations sur ses pieds nus mais là…

« REVIENS ICI SASHA ! »

… Quand Thomas laissait tomber les formalités et les politesses avec elle, c'est qu'elle n'aurait aucune chance de pouvoir discuter avec lui. Chance pour elle qu'il n'ait pas enlevé ses lourdes bottes car tandis qu'il s'enlisait dans le sable, elle pouvait prendre un maximum d'avance.

Ce n'est qu'après quelques minutes de course que, à bout de souffle, Sasha s'arrêta enfin et ôta sa jupe beige, révélant le bermudas de toile marron qu'elle portait en dessous, en dénouant le lacet noir qui servait à la fermer puis, une fois le vêtement changé en une simple pièce de tissu, elle mit ses chaussures à l'intérieur et replia le tissu de sorte à en faire un sac de toile. Elle jeta ensuite un rapide coup d'œil par-dessus son épaule, en profitant pour remettre en place une mèche brune qui avait dû s'échapper de son chignon improvisé, avant de repartir d'une allure plus tranquille, les cheveux châtain foncé de Thomas n'étant plus en vue.

Elle respira à pleins poumons l'air marin, savourant cette liberté si longtemps désirée et qui, elle le savait, ne durerait probablement pas éternellement. Sasha aurait volontiers enlevé sa chemise blanche pour piquer une tête et se rafraîchir un peu, ayant plutôt chaud après être restée un moment à peindre au soleil puis après sa course.

Cependant, quand elle remarqua que quelqu'un était allongé dans le sable, les vagues venant lécher son corps, elle accéléra son allure puis se remit à courir jusqu'à l'atteindre. Elle s'agenouilla près de lui et écarta des mèches blondes humides de son front.

« Tout va bien ? » demanda-t-elle en lui passant la main sur le visage.

Il était brûlant de fièvre mais il respirait. Par contre, elle ne pouvait pas le laisser seul ici et sans défense.

« SASHA ! »

La jeune femme grinça des dents en entendant la voix de Thomas. Il l'avait rattrapée… sûrement en passant par les bois afin de ne pas avoir à enlever ses bottes et ses jambières.

« Si tu t'avises encore de me… » commença le jeune homme qui s'interrompit une fois arrivé à sa hauteur, son regard d'acier se fixant sur celui qui était allongé sur le sable. « Qui est-ce et que fait-il par ici ? »

« Aucune idée. Je viens de le trouver. » déclara-t-elle en commençant à le fouiller. « Vu sa tenue, on dirait que c'est un chevalier. »

« Aide-moi à le tirer loin de l'eau. »

Habituellement, elle ne le laissait pas lui donner des ordres mais là, la situation était différente. Ils le tirèrent plus près des bois puis le brun l'examina plus attentivement, s'intéressant surtout à son uniforme.

« Il doit être gradé, ça c'est certain. » constata Thomas en poursuivant son examen. « Au moins Capitaine je dirais. »

« Il a l'air d'avoir notre âge non ? » demanda Sasha, curieuse.

« Parce que c'est certainement le cas. Par contre, je doute que qui que ce soit le reconnaisse au village. »

Le jeune homme commença à lui ôter son armure avec l'aide de la jeune femme puis il commença à ouvrir le haut de son uniforme, dévoilant ainsi une chaîne sur laquelle se trouvaient deux médailles en argent (3).

« C'est normal qu'il en ait deux ? » se demanda celle aux yeux perle.

« S'il avait un proche parmi les chevaliers qui est mort, il a pu récupérer la sienne. » lui répondit celui au regard acier avant de froncer les sourcils en lisant les noms sur les médailles. « Et on va avoir un problème si on le ramène avec nous. »

« Comment ça ? »

Thomas lui montra les deux médailles sur lesquelles elle put lire les noms suivants : Finath Scifo et Flynn Scifo.


1 : Ce feu ayant eu lieu dans une bibliothèque, il était évident que le combustible serait principalement du papier, ce qui le plaçait dans les feux dit de classe A (solides braisant) qui peuvent être éteints avec de l'eau ou avec ce qu'on appelle de la poudre polyvalente (attention car c'est toxique). Evitez les extincteurs à CO2 dans ces cas-là. Ils sont généralement réservés pour des feux d'origine électrique car contrairement aux autres types d'extincteurs, ils ne font pas de dégâts supplémentaires et étouffent le feu en supprimant le comburant (l'oxygène) mais ne restez pas trop près car vous risqueriez d'être asphyxié. Si vous ne savez pas à quel type d'extincteur vous avez affaire, il suffit de regarder ce qui est écrit dessus. Généralement, c'est indiqué ainsi que les types de feux qu'ils peuvent éteindre.

Dans notre contexte, l'intervention avec la pompe à eau a dû être très rapide car autrement, il devenait hors de contrôle et c'était tout le palais qui pouvait brûler. Donc à ce niveau, ils ont eu de la chance et, de plus, on peut aussi supposer que le feu avait déjà consommé une grosse partie du combustible qu'il avait à sa disposition et que, bloqué par des portes (je ne parle pas des fenêtres car, dans ce contexte, nous allons supposer qu'il n'avait pas de quoi les atteindre comme des rideaux ou des meubles en bois) trop épaisses pour lui, il s'était retrouvé piégé dans la pièce. Cependant, cela n'exclut pas qu'il ait pu se propager d'une autre manière…

2 : Un feu peut se propager de quatre façons : par projection de particules incandescentes, par rayonnement de chaleur, par conduction de la chaleur des flammes au niveau du sol et par convection de la chaleur des fumées au plafond. De par le lieu, la propagation par projection était la plus logique et le papier est un matériau ayant une réaction au feu rapide et produisant des braises. Le bois, bien que pouvant lui aussi prendre feu, met plus longtemps à se consumer suivant son épaisseur (si vous avez déjà fait du feu, vous devez savoir que les grosses bûches sont plus difficiles à enflammer que du petit bois).

Sodia a été malchanceuse sur ce coup car si des livres ne s'étaient pas effondrés sur son corps, le feu ne l'aurait pas atteinte et, confiné comme il l'était, elle serait probablement morte en respirant les fumées dégagées par les flammes et ce, même si elle se trouvait au niveau du sol. Ses meilleures chances de survie était soit de vite sortir de là, soit d'ouvrir les fenêtres (mais logiquement, si les flammes étaient assez chaudes, les carreaux ont dû éclater et permettre ainsi d'évacuer les fumées qui auraient pu descendre au niveau du sol.)

3 : Petit ajout de ma part concernant les chevaliers : une médaille en argent sur laquelle se trouve leur nom. Ça aura son importance par la suite.

Auteur vs persos :

(Suite à une pénurie assez grave de thé chez Kaleiya, tout le monde est allé en chercher avant qu'un désastre ne se produise... Signé Belphégor, actuellement en train d'écouter les CD de sa créatrice pendant que personne n'est là pour le déranger)

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 Note : Encore FF V mais vu que j'y joue actuellement, c'est assez peu étonnant. Quand je suis arrivée de nouveau à cette scène, je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer un certain duo à la place des gardes de la citadelle de Bal…

Après être revenu du Val des dragons, le groupe ne prit pas le temps de se reposer à Quelbe, n'ayant guère le temps de s'accorder ce luxe. Ils étaient partis en quête de l'herbe aux dragons, seul remède permettant de soigner les blessures de ces créatures, et avaient ainsi découvert la raison de leur disparition dans le monde de Raven : cette plante était devenue un monstre redoutable qui avait, de par les multiples ossements qu'ils avaient pu voir, dû occire bon nombre de ces majestueuses créatures.

A présent arrivés devant les portes de la Citadelle de Bal dont leur aîné était le seigneur, il ne leur restait qu'à les franchir afin de rejoindre Patty et ainsi soigner le dragon de la jeune fille…

« Ouvrez les portes ! » ordonna Raven aux gardes de la porte.

Sauf qu'avant de partir pour le Val des dragons, le seigneur de Bal leur avait ordonné de n'ouvrir à personne suite aux nombreux assauts des monstres qu'il y avait à ce moment-là et qu'il avait quelque peu oublié à qui il avait confié cette tache…

« Bien essayé Monsieur le monstre mais vous ne nous aurez point ! » s'exclama un des gardes, un certain Adeccor.

« Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie ! » ajouta le second, un dénommé Boccos.

A la suite à ces réponses, Raven afficha une mine dépitée face à cet excès de zèle – ou d'idiotie suivant le point de vue – qui aurait grandement fait rire Yuri si Flynn ne lui avait pas marché sur le pied afin qu'il se taise.

« Comment faire pour entrer à présent ? » demanda candidement Estellise.

« On passe au plan B ! » s'exclama le plus âgé après avoir poussé un soupir d'exaspération.

Il se dirigea vers les douves et sauta dedans, faisant que les trois autres constatèrent ainsi que le niveau de l'eau n'était pas aussi haut qu'il y paraissait, Raven n'étant immergé que jusqu'à la taille. Yuri l'imita et attrapa Estellise dans ses bras quand elle fit de même afin d'amortir sa chute. Flynn, un peu hésitant à l'idée de plonger dans cette eau, les rejoignit. Ils suivirent ensuite le plus âgé jusqu'à un passage secret qui menait à un bassin à l'intérieur de la Citadelle – le jeune homme aux cheveux blonds avait dû subir quelques moqueries du pirate sur son attitude de tout à l'heure.

C'est ainsi qu'ils arrivèrent, trempés, devant les deux gardes qui constatèrent vite leur méprise…

« Seigneur Raven ! » s'exclama Adeccor avec étonnement. « Nous ne savions pas que c'était vous… »

« La prochaine fois, nous ouvrirons la porte pour être certains de ne pas nous tromper ! » ajouta Boccos face à un Raven qui se massait les tempes.

« De vrais nigauds ces deu- AIE ! » commença Yuri à voix basse avant de se prendre un violent coup de coude de la part de Flynn. « Quoi encore ? »

« Tu crois vraiment que c'est le moment ? » demanda celui au regard azur avec un ton sévère.

« Moi au moins je n'essaie pas de me sauver quand il faut voyager à dos de dragon. »

« J'ai VRAIMENT le vertige ! Je dois te le dire comment à la fin ? »

« Calmez-vous ! » les coupa brusquement Estellise avant de se diriger vers le château. « Il faut vite rejoindre Patty si l'on veut sauver le dragon. »

Ils se toisèrent du regard encore quelques secondes avant d'emboîter le pas à leurs compagnons, se souvenant que leur combat primait sur les rivalités qu'ils avaient entre eux.


NB : Bien que Yuri ait le rôle de Faris, je garde son caractère et sa relation amitié/rivalité avec Flynn mais pour ceux qui connaissent le jeu, il est évident que j'ai gardé les liens de parentés entre les personnages. La scène ici n'est pas celle d'origine dans son intégralité. Seul le début est à peu près conforme.

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 Note : Je pensais faire quelqu'un d'autre au départ mais face à une brusque hésitation de ma part, Raven s'est imposé donc c'est à son tour.

 

Schwann Raven Oltorain – pour faire plus simple pour tous, il se faisait appeler « Raven » -, de son vrai nom Damuron Altomais, était un homme célibataire se rapprochant de plus en plus de la quarantaine et, profitant du fait qu'il logeait seul dans son appartement, vivait sa vie comme cela lui entendait. Entre ses cheveux bruns qu'il gardait attachés la plupart du temps – il ne les détachait que quand il devait soigner son apparence pour une occasion particulière -, sa barbe de trois jours, ses yeux bleus et sa tenue souvent débraillée – il portait souvent soit une vieille cravate violette, soit une ancienne veste sans forme dans les mêmes tons -, il faisait négligé mais restait un assez bel homme malgré tout. Mais, dans le quartier, presque personne ne savait que, contrairement à ce qu'il laissait paraître, il venait d'une famille fortunée et qu'il pouvait, s'il le désirait, se payer bien mieux que le simple deux pièces dans lequel il logeait.

A l'origine, il avait été contraint de rejoindre les forces de l'ordre, son père en ayant plus qu'assez de le voir courir après toute représentante de la gente féminine et espérant qu'il deviendrait assez sérieux pour prendre sa suite. Raven y avait rencontré la seule femme dont il tomba vraiment amoureux : Casey. Mais la vie étant ce qu'elle était, lors d'une arrestation, ils n'avaient pas vu que leur homme avait un complice et, qui plus est, armé. Sa coéquipière avait pris le coup à sa place, s'étant interposée pour le protéger.

Si le coupable avait fini par être arrêté puis jugé, elle par contre était morte sur le trajet de l'hôpital, ce qui l'avait profondément affecté au point qu'il avait décidé de tout plaquer pour recommencer une nouvelle vie ailleurs et se reconstruire, changeant au passage son nom pour ne pas être retrouvé.

Arrivé dans cette ville, il avait vite trouvé cet appartement dans ce quartier qui était à un prix intéressant, s'était dégoté un travail lui permettant de payer ses factures et avait définitivement coupé les ponts avec sa vie passé ainsi que sa famille. Il sortait de temps en temps avec des femmes rencontrées dans un bar mais rien de sérieux.

Un jour, en rentrant chez lui la tête pleine d'idées noires, il avait reçu un violent coup dans le dos et, en se retournant, il avait été un peu surpris de se retrouver nez à nez avec la vieille madame Smith qui habitait l'immeuble en face du sien. L'air visiblement très contrariée, elle lui avait ordonné de rentrer dans son salon de thé. Il avait d'abord poliment refusé puis, quand elle le frappa de nouveau avec son balai, il se dépêcha d'y entrer et s'installa sur la première chaise libre à sa portée, ce qui avait énormément fait rire celle qui était assise en face.

« Mais qu'est-ce que j'ai bien pu lui faire ? » avait-il demandé à celle aux longs cheveux châtain et aux yeux aciers en face de lui.

« Qui sait ? » lui avait-elle répondu avant de repartir dans un éclat de rire tandis qu'il vit soudainement apparaître une théière en fonte noire avec la tasse qui allait avec devant lui.

C'est donc en cette fameuse fin d'après-midi qu'il avait, pour la première fois de sa vie, bu du thé, chose qu'il n'aurait jamais pensé faire auparavant, lui qui carburait surtout au café noir. Il avait aussi rencontré Salomé Kingdom, une femme séduisante qui l'avait superbement éconduit en déclarant qu'il gaspillait ses talents, puis celui qui devint l'actuel gérant du salon de thé ainsi que son voisin, Yuri Lowell. Il n'aurait pas connu le jeune homme à l'époque, il était quasi certain qu'il aurait pu le confondre avec une femme et le draguer… puis se prendre un bon coup de poing dans la mâchoire pour la peine.

Il avait, depuis, pris l'habitude de s'y arrêter assez souvent le matin pour prendre le petit déjeuner et de passer au moins une fois lors de ses jours de repos pour y trouver un peu de chaleur humaine à l'époque où madame Smith était encore vivante. Après que Salomé Kingdom en soit devenue la propriétaire et qu'elle ait placé Yuri comme gérant, il venait plutôt dans le but de passer un peu de bon temps et faire d'intéressantes rencontres, au point que le jeune homme aux longs cheveux bruns s'amusait parfois à lui lancer quelques piques.

Ce matin-là, comme bien souvent, il était le tout premier client du salon de thé et, comme à son habitude, il avait demandé un thé Assam qu'il partageait avec celui qui, avec le temps, était devenu un ami. Avant de venir s'installer, il avait eu la bonne idée d'acheter des croissants dans la boulangerie voisine et avait amené le courrier reçu, ayant croisé le facteur en sortant.

« Si je me fis à cette carte postale, Judy est au Pérou. » fit Yuri en lui montrant la photo du Macchu Pichu qui se trouvait dessus.

« Judith chérie… » se lamenta le trentenaire en pensant à la jeune femme aux courbes de rêve qu'il n'avait pas revue depuis un bon moment. « J'ai hâte qu'elle revienne enfin ! »

« Tu sais que ça ne fais que deux semaines qu'elle est partie en voyage le vieux ? »

« Seulement ? Je croyais que cela faisait déjà deux ans ! »

Le jeune homme soupira de dépit face à cela puis lui tendit la carte postale. Raven la prit et remarqua vite la petite ligne que la jeune femme avait laissée à son intention :

Et j'espère que tu te portes bien Raven.

Cette petite attention suffit à lui réchauffer le cœur et, très certainement, à le faire sourire bêtement vu la grimace qu'était en train de faire Yuri.

« Ouvre plutôt ton courrier le vieux au lieu de fantasmer sur quelque chose que tu n'auras jamais. »

Ah oui, c'est vrai. Sauf que vu la tête de l'enveloppe, il était quasi certain que ce n'était pas une facture ou la lettre d'une admiratrice – d'ailleurs, il fallait absolument qu'il demande à Sheen comment il faisait pour en recevoir une telle pile chaque jour. Il avait un mauvais pressentiment…

En entendant la porte s'ouvrir, il leva les yeux et vit entrer Salomé Kingdom, vêtue d'un chemisier blanc à manches courtes ainsi que d'un pantalon droit noir et de ballerines en cuir sombre. Par contre, malgré ses lunettes de soleil, son visage trahissait une légère contrariété.

« Tiens ? Je croyais que vous ne veniez que demain ? » s'étonna Yuri en voyant sa propriétaire.

« Je sais mais j'ai eu comme un imprévu… » fit-elle en regardant avec méfiance du côté de la rue.

« Vous voulez boire quelque chose ? »

« Un thé fort serait parfait. Je sens que la journée va être assez rude. »

Tandis que le jeune homme emporta la théière en fonte pour refaire du thé Assam, celle aux longs cheveux châtain vint s'installer sur un pouf pourpre, posant ses lunettes de soleil sur la table avant de se masser les tempes.

« C'est toujours plus agréable de voir une belle femme le matin quand on se lève ! » fit-il sur un ton léger en regardant cette femme qui, étrangement, n'avait pas pris la moindre ride depuis qu'il la connaissait.

« Je croirais entendre Sheen parler à ses clientes… » commença-t-elle avant de poser son regard acier sur l'enveloppe qu'il n'osait pas ouvrir. « Je vois que le facteur est passé. »

« Ah oui… Certains ont été gâtés par la gente féminine de ce que j'ai pu voir, au point qu'il y a de quoi être jaloux ! »

« Et qu'est-ce que le grand baratineur qui sous-exploite ses talents a bien pu recevoir ? Une lettre de menace ? »

Raven fit une légère grimace à cette question. Il ne souhaitait pas vraiment savoir ce que cette enveloppe pouvait contenir et espérait que c'était juste de la pub… sauf que vu l'apparence du contenant ce qu'il avait reçu, peu de chances que ce soit le cas car généralement, ceux qui envahissaient sa boîte aux lettres de prospectus inutiles ou d'offres d'abonnement à divers magazines faisaient toujours au moins une faute à son nom de famille et n'étant pas du genre à perdre leur temps à écrire son adresse à la main.

Tandis que Yuri revenait avec du thé pour Salomé, avant qu'il n'ait pu l'en empêcher, la propriétaire du salon s'empara de l'enveloppe et l'ouvrit sans lui demander son avis.

« Hey ! C'est privé ! » s'exclama le plus âgé en tentant de récupérer ce qui lui appartenait, sans succès car celle aux longs cheveux châtain adopta une position couchée afin de pouvoir lire le mystérieux courrier tout en lui mettant son pied en pleine figure pour le tenir à distance.

« Plus maintenant ! » déclara-t-elle en déchirant l'enveloppe, lui permettant ainsi de récupérer la carte se trouvant à l'intérieur.

« On dirait un faire-part. » fit remarquer le plus jeune en fixant la carte qui possédaient un joli dessin de fleurs blanches.

Une seconde après l'avoir ouverte, Salomé reprit une position assise, permettant à Raven de pouvoir se tenir le nez et vérifier ainsi qu'elle ne le lui avait pas cassé. Elle termina de lire la carte puis la lui tendit, son visage ayant pris un air grave. Intrigué à la fois par l'expression de celle possédant le salon de thé et par ce qu'il avait reçu, il prit ceci dans sa main et posa ses yeux sur le texte se trouvant à l'intérieur.

« Monsieur Zacharia Atomais et Madame Léonore Delatour ont le regret de vous annoncer le décès de leur oncle Spaido Atomais… »

… Quoi ? Son père était… mort ? Et comment ses cousins avaient fait pour le retrouver au juste ? Personne ne savait qu'il vivait ic…

Non… Il y avait bien quelqu'un qui pouvait le savoir…

Il interrompit ses interrogations en entendant la porte s'ouvrir et, à son plus grand étonnement, ce ne fut pas en voyant cette personne de son passé mais plutôt en constatant que cet air contrarié était réapparu sur le visage de Salomé. Est-ce que le fameux imprévu qu'elle avait mentionné était en fait cet homme aux cheveux rebelles d'un noir profond, les yeux sombres cachés derrière des lunettes d'aviateurs, la mâchoire carrée, la carrure accentuée par une veste en cuir brun, la peau mate et, si sa mémoire était bonne, avait tout juste été promu sergent la dernière fois qu'il l'avait vu ?

« Bonjour monsieur. » fit Yuri qui s'était levé pour accueillir son client. « Que voulez-vous ? »

« Tu lui sers du thé à l'arsenic à ce crétin ! » s'exclama subitement Salomé sur un ton venimeux à l'attention de son employé tout en jetant un regard noir au nouveau venu.

« Je vois qu'une certaine avocate au beau cul n'a pas changé… » déclara ce dernier en grimaçant. « Je reste persuadé que tu aurais eu un mari, il serait déjà six pieds sous terre. »

« J'approuve totalement pour la partie sur la courbe de son fessier ! » lança Raven tout en faisant un salut amical à son ancien collègue de travail, Yannick Hunter ou Yann pour les intimes.

La propriétaire du salon de thé grogna et se leva de sa place pour aller dans la petite cuisine où Yuri préparait ses boissons chaudes, non sans oublier de violemment écraser le pied des deux hommes au passage, leur faisant pousser à tous deux un petit cri de douleur.

« Voyons le bon côté : elle a l'habitude de viser plus haut quand elle est énervée donc elle va vite se calmer. » déclara en s'installant face à lui tout en ôtant ses lunettes, dévoilant ses yeux noirs comme du charbon.

« Tu es sorti avec elle toi… » conclut Raven, se souvenant que son ex-collègue était un collectionneur de rendez-vous avec des femmes.

« Couché avec serait plus exact et, vu que j'ai failli pas me réveiller après, je ne renouvellerai jamais l'expérience… » confia Yann avec une certaine terreur. « Même si elle est super bonne au lit. »

Cette phrase déclencha le vol plané d'un couteau depuis la petite cuisine qui, si le sergent Hunter n'avait pas eu le bon réflexe de décaler sa tête sur le côté, aurait fini planté dans son crâne. C'est ainsi que celui à l'habituelle cravate violette ajouta un nouvel adjectif à la belle Salomé : vénéneuse.

« Pour changer de sujet… » commença Raven en montrant le faire-part à son ancien collègue. « J'imagine que c'est toi qui leur a donné mon adresse actuelle. »

« Ils ne t'en voudront pas si tu refuses de venir. » déclara Yann, compréhensif. « Mais pense que légalement, c'est à toi que revient l'affaire familiale et de ce qu'ils m'ont dit, ils ne se voient pas trop le faire à ta place. »

« C'est dommage car je n'en ai jamais voulu donc ils vont devoir envisager de la vendre… »

« Une minute… » fit Yuri qui venait de sortir pour apporter sa consommation au sergent Hunter et qui le fixait à la fois avec étonnement et suspicion. « T'as de l'argent le vieux ? »

Mince… Lui qui avait pris l'habitude de laisser une ardoise ici sans avoir besoin de donner d'excuse ou de recevoir quelques réductions venait de perdre en quelques secondes son petit avantage… Et vu le sourire mauvais sur les lèvres du jeune homme, il était bon pour payer la totalité de sa dette en sortant.

« Elle vaut cher cette entreprise familiale ? » demanda Salomé, faisant mine de compter la caisse au comptoir.

« Une certaine somme. » répondit nonchalamment Raven en prenant une gorgée de thé.

« Alors je sortirai une de mes robes noires pour l'enterrement de ton père. »

A cette phrase, il faillit avaler de travers et se mit à tousser, croyant avoir mal entendu durant un instant. Mais en voyant que la propriétaire des lieux notait soigneusement la date sur son téléphone, il comprit qu'il n'avait pas rêvé.

« Et l'empire des forces du mal vient de s'agrandir… » soupira Yann avec dépit tout en esquivant un nouveau projectile qui lui était destiné.


 

NB : Un peu galéré avec celui-là étrangement mais au moment où je me suis assise à une table d'un salon de thé que j'adore, je me suis demandé pourquoi j'ai bloqué car mes doigts tapaient d'eux-mêmes sur mon clavier. Comme quoi, quand on est dans la bonne ambiance…

Auteur vs Persos :

Mélissa : Y a les malfaiteurs habituels qui ont disparu bien vite…

Asahi : Je soupçonne qu'ils ont senti le vent tourner.

Kaleiya : Je doute que cela dure car j'ai cru comprendre qu'ils avaient du travail et que Salomé les attend de pied ferme…

Mélissa : Pourquoi ai-je des doutes sur la légalité dudit travail ?

Asahi : Parce qu'on parle d'une association de malfaiteurs.

Kaleiya : Et moi je trouve bizarre que vous soyez si sages en étant tous les deux dans la même pièce…

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 Disclaimer : Tales of Vesperia n'est pas à moi

Titre : L'eau miraculeuse

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Rating : T (pour cause d'insultes et d'incitations à frapper une certaine catégorie de personne de la part d'un des protagonistes…)

Genre : Humour, Romance, Friendship, Crossover

Arc UA : Fées

Note : Présence de personnages de Tales of the Abyss.


 

L'eau miraculeuse

Le lendemain de leur retour à Zaphias, Yuri avait accompagné Flynn jusque chez la sorcière Rita Mordio. Comme il n'était guère tenté de s'approcher d'elle pour l'instant – toute fée qui se respecte savait ce qu'elle pouvait risquer comme mésaventure face à ce genre de personnage -, il préféra rester dans la rue marchande, regardant les différentes boutiques et flânant un peu.

C'est en passant devant la librairie – la plus grande de la ville – qu'il s'arrêta, son regard onyx attiré par un livre à la couverture bleu foncé présent sur un étalage et dont le nom de l'auteur était incrusté en fines lettres dorées sur la partie basse.

Jade Curtiss.

Cela devait bien faire plus de cinquante ans qu'il n'avait pas vu ou entendu ce nom ainsi que le personnage qui allait avec – pas qu'il s'en plaignait dans un sens mais vrai que lui et sa langue acérée manquaient un peu parfois. Depuis le temps, il était probablement mort, ayant laissé à titre posthume de rares ouvrages témoignant de ses différents travaux.

Les expériences scientifiques de ce type n'intéressaient en rien Yuri, surtout quand il se remémorait la façon dont sa route avait croisé celle de cet homme…

-§-

Empire de Malkuth, Grand Chokmah – Plus d'un demi-siècle auparavant

A l'origine, le plan était simple : quitter Egothor juste une journée de façon à ce que la reine des fées ne le remarque pas et revenir tout en faisant comme si de rien n'était. Elle savait que la plupart des autres jeunes fées ne poseraient aucune question mais elle devait aller dans un endroit suffisamment éloigné de la forêt pour limiter les risques d'être découverte – quoique vu son jeune âge, elle était encore considérée comme une novice et n'était donc pas très connue de ses aînés. Le fait que ses pouvoirs ne s'étaient pas encore manifestés avait contribué à son anonymat.

Par contre, il y avait une chose qu'elle n'avait pas prévu avec cette fichue graine de coquelicot : l'atterrissage. Elle avait certes pu parcourir une très grande distance en peu de temps mais se retrouver les quatre fers en l'air dans une fontaine, ce n'était pas franchement agréable… Avoir ses cheveux, ses vêtements et ses ailes trempés était très agaçant.

La jeune fée se disait qu'elle avait eu de la chance d'être arrivée de nuit et qu'il n'y ait eu personne pour voir son atterrissage calamiteux… jusqu'à ce qu'elle se retrouve piégée dans une sorte de prison aqueuse. Elle tenta de s'en extirper mais, rapidement, se retrouva à court d'air. Avant qu'elle ne perde connaissance, elle sentit que l'entrave liquide qui l'avait capturée s'était dissipée et vit une silhouette vêtue de bleu.

A son réveil, elle eut la très mauvaise surprise de constater qu'elle était à l'intérieur d'une fiole de verre et que sa taille n'était plus celle qu'elle avait avant de s'être évanouie. Elle observa plus attentivement sa prison et, voyant qu'elle était sur une étagère qui devait être à plus d'un mètre du sol, elle eut une idée pour se sortir de là. Avec ses ailes mauves et argent translucides dont la forme était identique à celle d'un papillon, elle prit autant d'élan que possible et fonça sur la paroi transparente une première fois. Le récipient ayant à peine vacillé sous l'impact, elle tenta une deuxième fois en y mettant plus de force.

Ce fut à son troisième essai que le flacon bascula sur le côté et qu'elle en profita pour l'aider à rouler jusqu'au bord de l'étagère.

Cependant, elle ne s'était pas du tout attendue à ce que, dans sa chute, elle soit rattrapée par la personne vêtue de bleu qui l'avait capturée…

« Tiens tiens… Qu'avons-nous là ? »

A travers la paroi de verre, elle put voir que son geôlier était un homme dont les cheveux châtain clair lui tombaient un peu en dessous de ses épaules et dont le regard brillant d'intelligence – voire de sadisme vu le sourire en coin qu'il avait – était caché derrière une paire de lunettes à fine monture.

« Laisse-moi sortir de là quatre yeux ! » hurla-t-elle avant de poser ses mains sur ses oreilles, ayant découvert que sa voix avait fortement résonné contre les murs translucides de sa prison.

« Hum… J'ai bien peur que non. » lui répondit avec un faux sourire désolé ce type qu'elle commençait déjà à détester.

Connard… Si elle pouvait lui foutre son poing dans sa gueule d'intello, elle ne s'en priverait pas…

« Cependant, j'admets ne porter qu'un intérêt très limité aux gens de votre espèce donc… » commença-t-il avant d'ôter le bouchon de liège qui fermait la fiole de verre.

… Bon, peut-être pas un type si détestable finalement. Elle eut quelques secondes d'hésitation avant de sortir de cette fichue bouteille mais, au lieu de se dépêcher de quitter cet endroit comme elle aurait pu le faire, elle choisit de reprendre sa taille normale pour constater que cet homme n'était pas, de tant que ça, plus grand qu'elle.

« Si je ne vous intéresse pas, pourquoi vous m'avez capturée ? » demanda-t-elle, sa tempe gauche battant de colère d'avoir été enfermée dans un si petit endroit.

« Pour éviter à une fée ignorante comme vous d'attirer inutilement l'attention. » lui répondit l'homme en remettant ses lunettes en place.

Son poing alla de lui-même frapper le visage de son interlocuteur… qui avait dû voir le coup venir, l'ayant paré d'une main à la plus grande fureur de la fée.

« Quelle violence envers un pauvre homme sans défense ! » déclara-t-il sur un ton ironique qui montrait clairement qu'il était en train de se moquer d'elle.

Manifestement, elle allait devoir changer de plan car il était nettement plus fort qu'il ne le laissait paraître. Il avait en tout cas l'air de bien s'amuser à lui lancer ces piques comme si de rien n'était… ce qui correspondait à peu près au seul domaine où elle pouvait peut-être le battre.

« Sans défense ? J'aurais pourtant juré que vous m'aviez enfermée dans ce flacon mais j'imagine que j'ai été victime d'hallucinations. » lança-t-elle, jouant à son tour la carte de l'ironie.

« Ou peut-être était-ce un sosie de ma personne. » répliqua l'homme en réajustant ses lunettes d'une main, un léger sourire aux lèvres. « Vous seriez surprise d'apprendre que cela n'est pas si rare de trouver une personne qui nous ressemble comme deux gouttes d'eaux. »

« Oh ? Mais c'est bien étrange car il m'a semblé vous entendre dire il y a peu de temps que vous m'aviez capturée car je n'étais qu'une idiote de fée. »

« 'Ignorante' était le terme exact. »

« Ça revient au même pour moi. » déclara-t-elle, ne pouvant s'empêcher de sourire en coin.

« J'aurais cependant dû ajouter le mot 'impolie' vu le temps depuis lequel nous parlons et le fait que vous ne vous soyez toujours pas présentée. »

Là, elle ne l'avait pas vu venir mais il marquait un point. Et puis maintenant, elle était certaine qu'il n'était pas dangereux… du moins pour elle.

« Lily est le nom qu'on m'a donné là d'où je viens. » répondit la fée avant de croiser les bras sur sa poitrine. « Et quel est le vôtre ? »

Pile au moment où il s'apprêtait à parler, les portes derrière lui furent violemment ouvertes et un animal rose entra à toute vitesse, forçant l'homme à lunettes à se décaler et elle avec. Sauf que la bête, qui s'avéra être un porc, rebroussa chemin vers elle en grognant affectueusement et en tentant de lui grimper dessus, ce qui n'était pas du tout de son goût.

« Mais… Mais lâche-moi et… » commença-t-elle avant de remarquer que l'animal tirait sur sa longue robe noire. « Non non non ! Tu vas me la déchirer si tu continue ! »

Pour son plus grand malheur, Lily constata que son agresseur ne semblait pas du tout vouloir lui obéir, comme un peu tous les autres animaux à qui elle avait déjà eu affaire avant. Elle les aimait bien mais parfois, ils le lui rendaient un peu trop…

« Saphir ! »

Un homme aux longs cheveux blond cendré entra dans la pièce et prit l'animal dans ses bras, ce dernier lâchant sa robe en poussant comme un grognement de dépit. La fée ne cacha pas sa joie d'être enfin tranquille tandis que le nouvel arrivant était visiblement en train de parler au porc d'une manière… affectueuse qui dérouta quelque peu Lily.

« Ça ne va pas de me faire des frayeurs comme ça ? Je sais que tu voulais bien faire en retrouvant mon petit Jade mais qu'est-ce qu'il t'a pris d'aller embêter cette jolie demoiselle ? »

En entendant cela, l'homme à lunettes pousser un soupir de dépit face à cette scène, elle devina que « mon petit Jade » devait faire référence à lui.

« Votre Majesté avait-elle besoin de me voir ? » demanda Jade avec une légère pointe d'agacement.

Majesté ? Lily dut regarder plus attentivement cet homme et se remémorer certaines de ses conversations avec Aube quand elle venait à Egothor pour réaliser qu'il était Peony IX, l'empereur de Malkuth.

N'ayant pas suivi leur conversation, la fée ne comprit pas tout de suite qu'elle était à présent le centre de leur attention. Ce fut lorsque celui aux longs cheveux blond cendré vint vers elle en la détaillant du regard qu'elle s'en aperçut.

« C'est bien la première fois que je vois une fée ! » s'exclama-t-il avec un certain enthousiasme. « Jamais je n'aurais imaginé me retrouver face à une aussi belle créature… »

« Votre Majesté… » commença Jade en remettant ses lunettes en place. « Croyez-vous qu'il soit vraiment très approprié de reluquer une jeune femme que vous venez à peine de rencontrer ? »

Ça, elle avait bien remarqué qu'il avait, en un coup d'œil, détaillé sa longue robe noire sur laquelle étaient peints des lys blancs et roses, dont le bas était fendu sur les deux côtés jusqu'à mi-cuisse et dont le haut était fermé sur un côté par des boutons en argent en forme de fleurs de lys. Sa longue chevelure noire était agrémentée d'une couronne de lys blancs et coiffée en une tresse sur le côté droit tandis que ses chaussures se résumaient à de simples sandales noires.

Est-ce que ça la gênait ? Pas vraiment. C'était même plutôt amusant de voir cette fascination qu'elle provoquait chez un humain qui, soit dit en passant, n'était pas laid à regarder.

« Il peut continuer s'il en a envie. » déclara-t-elle en s'assurant que le porc n'allait pas de nouveau lui montrer à quel point il l'aimait, les grands yeux noirs de l'animal étant amoureusement fixés sur elle.

L'empereur s'apprêtait à dire quelque chose quand le bruit de quelques coups frappés à la porte attirèrent leur attention suivi d'un « Votre Majesté ? Vous êtes-là ? » prononcé par une femme. Peony soupira légèrement d'avoir été interrompu et se dirigea à contrecœur vers la porte.

« A tout à l'heure j'espère ! » lança-t-il en lui faisant un sourire séducteur avant de sortir de la pièce avec son animal de compagnie, Jade refermant la porte derrière lui.

« Pour un roi, il est… un peu spécial non ? » demanda-t-elle en repensant à la reine des fées qui était plutôt stricte comparée à cet homme.

« Ah ? Je n'avais rien remarqué de tel. »

Ce type se foutait de sa gueule encore une fois… Manifestement, si elle restait dans le coin, elle avait vite intérêt à faire avec.

Par contre, elle n'aimait vraiment pas la façon dont il la regardait… Surtout ce sourire particulièrement malsain qui lui faisait froid dans le dos.

-§-

Si un jour elle avait l'occasion d'étrangler Jade Curtiss avec des lianes, elle le ferait volontiers… quand il dormirait le plus profondément possible.

Elle était une fille, MERDE ! Alors pourquoi la forcer à se transformer en garçon pour circuler dans le palais et en ville ? Bon, avoir un pantalon était plus pratique pour marcher et elle arriverait bien à demander à une autre fée de lui refaire sa tresse quand elle rentrerait à Egothor. Au pire, elle pouvait toujours prétexter qu'elle avait eu envie de changer de coiffure, ce qui pouvait passer très facilement.

Mais il aurait au moins pu lui demander son avis avant de la présenter sous le nom de « Yuri » à tous ceux qui posaient la question. Pas que ça lui déplaisait mais bon…

« Je suppose que tu reconnais ceci. »

Elle tourna la tête vers la direction indiquée par Jade et reconnut la fontaine dans laquelle elle s'était retrouvée à son arrivée. Contrairement à cette nuit, il y avait pas mal de personnes qui se trouvaient autour : des enfants qui jouaient, des adultes qui étaient assis sur des bancs en pierre à proximité et une ou deux personnes qui remplissaient un seau d'eau.

En soi, rien d'extraordinaire, même pour elle.

« Oui… et ? » demanda-t-elle sans cacher son désintérêt de la chose.

« Et vu que tu ne sembles pas intéressée par cette information, je vais me la garder pour mon seul bénéfice. »

« Dans le cas où je manifesterai une certaine curiosité, aurais-je cette réponse avec laquelle tu es en train de me narguer ? »

Elle eut un rire en guise de réponse et, haussant un sourcil face à cette scène, vit le magicien remplir une fiole de verre avec l'eau de la fontaine. Il lui fit signe ensuite de la suivre et après quelques minutes, ils furent de retour dans ce qui servait de laboratoire à cet homme où elle remarqua, sur une des tables, la présence de trois pots en terre cuite qui ne s'y trouvaient pas au départ.

« On m'a informé tôt ce matin, pendant que tu dormais, d'un petit miracle. » déclara-t-il en s'avançant vers l'endroit où se trouvaient les trois pots, la fiole d'eau en main. « Un vieil homme a utilisé l'eau de la fontaine pour arroser un plant de basilic qui était presque entièrement desséché dans l'espoir qu'il repartirait peut-être. Il a été extrêmement surpris de voir celui-ci revivre en quelques secondes et s'épanouir encore plus qu'auparavant… »

A ces mots, Jade versa une partie du contenu de sa fiole dans l'un des pots et, au bout d'un très court laps de temps, une tige se mit à sortir de terre, se couvrant progressivement de feuilles jusqu'à devenir un magnifique plant de sauge d'une quinzaine de centimètre de hauteur. La fée ne cacha pas sa surprise devant ce phénomène et vint observer de plus près le végétal tandis que son hôte alla refermer la porte.

« C'est depuis que je suis tombée dans cette eau que… » commença-t-elle avant d'être brusquement coupée.

« Cela ne fait pas le moindre doute. » confirma l'homme en redressant ses lunettes. « C'est pour cela que j'ai fait amener ici trois pots contenant chacun une graine et une terre différente afin de réaliser une petite expérience. »

Là-dessus, il vint verser le reste de l'eau dans le deuxième pot et, cette fois-ci, ce fut un pissenlit qui en sortit. Il fit un geste de la main vers le pot restant, invitant Lily à s'y intéresser.

« Si mon hypothèse est juste, en tombant dans la fontaine, tes pouvoirs de fée l'ont en quelque sorte contaminée et elle possède à présent des propriétés magiques. »

En regardant le contenu du dernier récipient en terre cuite, elle vit tout de suite que cette terre était stérile et que, normalement, rien ne pouvait y pousser. Mais si elle voulait savoir quels étaient ses pouvoirs de fée, c'était le moment idéal pour ça.

En inspirant puis en expirant, elle plaça ses mains de chaque côté du pot et se concentra sur la graine qui devait s'y trouver. Elle ne put retenir son air surpris en voyant la terre stérile devenir fertile avant que, progressivement, de la menthe pousse avec ardeur et, de par son parfum, n'embaume toute la pièce.

-§-

Zaphias - Présent

C'est comme ça que Yuri avait connu Jade Curtiss et découvert une partie de ses pouvoirs de fée. Bien entendu, il avait participé à d'autres expériences de ce genre et tout se passait à merveille : il testait les limites de ses capacités et apprenait à les contrôler. Il y avait aussi une autre personne dont il avait pu faire la connaissance à cette époque…

« Yuri ! »

Il sortit de ses pensées en entendant la voix de Flynn. Il se tourna dans sa direction et le vit arriver en compagnie d'une jeune adolescente aux courts cheveux châtain, pas bien grande et dont les yeux verts brillaient à la fois d'intelligence et de colère. Vu la tenue un peu étrange qu'elle portait – c'était rare des filles de cet âge qui portaient une veste rouge et noire trop large ainsi qu'une seule chaussette – et le léger frisson qu'il ressentit en la regardant, c'était sans aucun doute la sorcière Rita Mordio.

« Vous avez du nouveau ? » demanda-t-il en comblant la distance qui les séparaient tout en restant instinctivement sur ses gardes.

« A part que le responsable s'y est pris comme un sagouin, pas encore. » fit la plus jeune qui, visiblement, fulminait intérieurement. « Mais ça doit être un vieux croulant à présent car ça doit bien dater de plus de vingt ans vu comme c'est mal fait ! »

« Peut-être que ma tante ou mon oncle aurait une idée du responsable. » suggéra Flynn, pensif.

« Pas certain pour ton oncle. » coupa Yuri. « Il n'était pas maudit contrairement à ta tante qui en avait des traces. »

« Donc ce serait la famille de ma mère qui serait maudite… Peut-être que mon grand-père saurait quelque chose avec un peu de chance mais j'ignore s'il est encore en vie. »

Oh que si il était vivant… Il avait dû déménager une ou deux fois suite à une « expérience » un peu ratée mais il se portait comme un charme. Et le jeune homme à la longue chevelure sombre n'avait jamais trouvé le courage pour aller le voir une dernière fois, surtout après avoir eu le choc de sa vie en rencontrant Flynn…

-§-

Empire de Malkuth, Grand Chokmah – Plus d'un demi-siècle auparavant

Quand trois coups furent frappés à la porte, la fée s'éloigna vite de la table, mettant ses mains dans son dos tandis que Jade se tourna vers la porte, précisant à celui qui se trouvait derrière que c'était ouvert.

« Désole de te déranger Jade mais l'empereur Peony aimerait te voir. » fit le jeune homme qui venait d'entrer, ses yeux bleus venant ensuite se fixer sur elle. « Oh mais j'ignorais que tu avais un invité. »

Il vint vers la fée et, ôtant le gant qu'il avait à la main droite, tendit amicalement cette dernière.

« Je suis le comte Gailardia Galan Guardios mais pour les amis, c'est Guy. »


 

NB : Pour ceux qui ne savent pas à quoi ressemble Guy, cherchez « Guy Cecil » du jeu Tales of the Abyss et comparez-le avec Flynn.

Auteur vs Persos :

Kaleiya : Bon… c'est lequel qui a piqué les lots pour notre version de « Questions pour un champion » ?

Orieul&Belphégor : C'est pas moi !

Sheen : Ils sont d'accord…

Kaleiya : Je présume donc qu'Orieul est celle qui a piqué les bouquins d'histoire…

Orieul : Mais j'avais rien sur les guerres napoléoniennes dans ma bibliothèque !

Kaleiya : Et Bastien a dérobé les valises…

Belphégor : Besoin de transporter un truc et je comptais les rendre.

Kaleiya : Ravie de savoir que ce n'était pas un corps… Y reste plus que ce truc pour faire soi-même ses sodas donc…

Kal, Orieul & Belphégor (regards suspicieux vers Sheen)

Sheen : … Il se pourrait que j'ai voulu l'essayer…

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Disclaimer : Tales of Vesperia et Final Fantasy V ne sont pas à moi

Titre : Croisements

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Genre : drabble, humour, crossover

Rating : K

Note : Divers crossover avec TOV. Ici, c’est un croisement avec Final Fantasy V et, plus particulièrement, une scène concernant Faris que l’on peut voir à Tule si l’on a la bonne idée de passer par la taverne avant d’avancer dans l’aventure…

 


 

Ils avaient obtenu un bateau – d’une façon un peu inattendue - et étaient fraîchement arrivés à Tule, première étape avant le temple de l’air, quand les pirates se mirent à foncer à la taverne de la ville, leur capitaine suivant calmement derrière. Flynn n’appréciait pas vraiment le personnage, n’ayant pas bien digéré d’avoir passé la nuit attaché dans la cale du navire, mais reconnaissait qu’il aurait très bien pu les tuer s’il l’avait désiré. Estellise y était très certainement pour quelque chose mais la jeune femme ne savait pas ce qui avait pu faire changer d’avis Yuri bien que Raven ait soupçonné qu’il ait eu en tête de se servir d’elle comme otage.

Après avoir pris quelques renseignements sur la localisation du temple où se trouvait le cristal du vent, ils se rendirent à la taverne où ils purent constater que les pirates avaient pillé toutes les réserves d’alcool à eux seuls. Leur capitaine n’étant pas en vue, ils apprirent par l’un des matelots qu’il était dans une des chambres à l’étage en train de dormir…

« On devrait peut-être attendre qu’il soit réveillé… » fit Estellise en triturant nerveusement ses doigts. « Après tout, c’est lui qui possède le navire. »

« Et c’est aussi lui qui a insisté pour nous accompagner. » rappela Flynn tout en frappant à la porte de la chambre occupée par Yuri. « N’oubliez pas que nous sommes pressés. »

« Il a pas tort. » souligna Raven. « Il est plus que temps de réveiller la marmotte ! »

S’étant porté volontaire et n’ayant eu aucune réponse, le jeune homme aux cheveux blonds entra dans la pièce, éclairée par la lumière du jour qui passait à travers la fenêtre. Il n’eut pas de difficulté à trouver le jeune capitaine des pirates : celui-ci était étendu sur le lit, les draps blanc le couvrant jusqu’au milieu du torse qui, lui, était caché sous une chemise sombre dont les deux boutons du hauts étaient ouverts.

Flynn s’approcha pour le réveiller mais il se stoppa, ses yeux azur ne pouvant s’empêcher de détailler ce visage aux traits fins et à la peau claire qui était encadré par de longues mèches de cheveux sombres, éparpillées sur le matelas et sur les épaules de Yuri, certaines d’entre elles étant d’ailleurs piégées sous son bras gauche qui était plié près de sa tête. La respiration calme du dormeur passait à travers ses lèvres légèrement entrouvertes, complétant ce tableau plein de sensualité auquel son cœur fut charmé, battant fortement dans sa poitrine.

Quand Yuri émit un léger gémissement dans son sommeil, il sortit précipitamment de la chambre, le visage complètement rouge, ce qui intrigua fortement les deux autres.

« On peut savoir pourquoi tu tires une tronche pareille ? » demanda Raven en haussant les sourcils, intrigué.

« Euh… Ce n’est rien… » bredouilla Flynn qui avait du mal à se remettre de cette magnifique vision. « J’ai… juste dû imaginer des choses… »

« Comment ça gamin ? Fais-voir… »

Le plus âgé rentra dans la chambre tandis que le jeune homme essayait encore de comprendre comment il avait pu trouver Yuri aussi… attirant. Pas que le pirate était laid – il reconnaissait même volontiers qu’il était doté d’un certain charisme – mais il ne s’était pas attendu à éprouver une telle attraction pour un homme et, qui plus est, le trouver bien plus séduisant que la princesse Estellise.

Tout à coup, Raven sortit précipitamment de la pièce et avait l’air émerveillé, comme s’il avait vu la plus belle chose existant au monde – Flynn comprenait très bien ce sentiment tandis que la jeune femme était un peu perdue.

« Nom de… » commença le plus âgé avant de prendre une profonde inspiration. « Quelle créature exquise… C’est à en oublier comment respirer tellement… »

« Mais que se passe-t-il au juste ? » les questionna Estelle en les regardant tour à tour. « Vous êtes devenus rouges ! »

Ils n’eurent pas vraiment l’occasion de lui expliquer –aurait-elle seulement compris leur dilemme – car des sons provenant de la chambre se firent entendre puis Yuri en sortit en remettant sa longue chevelure en place, venant visiblement de se réveiller, avant de les regarder d’un air curieux.

« Qu’est-ce qu’il se passe ici ? » demanda-t-il avant de se rapprocher d’eux en n’obtenant qu’un haussement d’épaules de la part de la jeune femme. « Hé oh ! La terre à Flinnie et au vieux ! »

Il accompagna son exclamation d’un claquement de doigts qui les fit immédiatement atterrir, leur faisant oublier la vision enchanteresse à laquelle ils avaient assisté à peine deux minutes plus tôt. Face à ça, le capitaine des pirates soupira et retourna dans sa chambre.

« Je vous retrouve à l’entrée de la ville dans une dizaine de minutes. » déclara-t-il avant de refermer la porte derrière lui.

 

NB : Cette scène peut aussi avoir lieu après être allé au temple du vent. En tout cas, j’avais bien ris en la voyant dans le jeu, surtout qu’à l’époque, je ne savais pas le petit secret de Faris…

Auteur vs persos :

Orieul : T’as pas eu peur là…

Kaleiya : Yuri était le seul qui convenait pour Faris, faisant que pour Bartz, il ne restait que Flynn.

Belphégor : On s’occupera de ton enterrement.

Kaleiya : Merci…

Off OS2

Sep. 25th, 2014 05:11 pm
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Disclaimer : Tales of Vesperia n’est pas à moi

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Off, the retour ! XD

Rating : T

Note : Idée trouvée en regardant scènes de ménage et où Fabien s’enregistrait pour s’encourager à courir… puis qu’Emma a profité qu’il s’absente pour elle aussi ajouter un petit message pour motiver son compagnon.

Playlist :

- Piano Guys – Peponi

- Piano Guys – Michael meets Mozart

- Piano Guys – Don’t you worry child

- Theory of a deadman - Bad girlfriend

- Lindsey Stirling feat Pantatomix – Radioactive

- Adam Lambert – For your entainterment

 


 

Lorsqu’il ne travaillait pas ou n’avait rien d’important à faire, Flynn aimait aller courir un peu, se levant souvent tôt le matin pour faire le tour du parc – c’était généralement aussi le jour où Yuri faisait ses plus longues grasses matinées en prenant toute la place dans son lit – répétant cet exercice physique en cours d’après-midi, seul ou accompagné par Sodia – son ex-copine qui était aussi sa collègue et une bonne amie à lui -, Judith – sa voisine d’en face était très sportive – et, parfois, Raven – généralement, il se pointait quand une des deux filles était là pour la suivre le plus près que cela lui était possible avant de finir par s’écrouler de fatigue dans un coin.

Ce jour-là, un dimanche vers trois heures de l’après-midi, il venait tout juste de commencer son jogging dominical dans le parc, vêtu d’un marcel bleu avec un short beige et d’une paire de baskets blanches. Il avait aussi une ceinture qu’il avait achetée spécialement pour cette activité afin de pouvoir transporter facilement son téléphone portable, son portefeuille et une gourde. Le soleil étant au rendez-vous, il avait aussi prévu les lunettes de soleil et, ses écouteurs sur les oreilles, il lança la lecture de ses musiques.

Durant les dix premières minutes, il avait pas mal zigzagué entre des groupes d’enfants ou de personnes qui ne faisaient pas attention à lui, tout cela sur le rythme des Piano Guys. Une fois passé les plus gros obstacles, il put enfin commencer à savourer sa course ainsi que l’harmonie entre les notes de piano et de violoncelle auxquelles s’ajoutaient parfois un vocaliste, l’ensemble lui donnant comme un étrange sentiment de légèreté qui lui permettait d’oublier les soucis du moment.

Puis son voyage fut brusquement victime de violentes turbulences quand le son bien violent d’une guitare électrique vint à ses oreilles, lui faisant vite comprendre que quelqu’un avait touché à son téléphone et que, vu la chanson, cette personne était très certainement son cher colocataire qui avait un goût prononcé pour le hard rock voire le métal… Dans le cas actuel, il semblerait que c’était une chanson, aux paroles assez crues, de Theory of a deadman qui parlait d’une fille particulièrement… attractive.

Il s’était arrêté pour voir l’étendue des « dégâts » que son meilleur ami avait infligé à son téléphone portable quand il vit passer en sens inverse Judith qui le salua d’un signe de main… et qui était suivie par une dizaine d’hommes qui peinaient visiblement à garder le rythme s’il se fiait à leur façon de souffler – Flynn remarqua d’ailleurs que Raven était en tête de peloton, les yeux fixés sur le mini short blanc de la jeune femme. Elle s’arrêta à proximité d’un banc dont elle se servit pour faire quelques étirements, permettant au groupe qui la suivait de se reposer un peu.

« Belle journée pour courir n’est-ce pas ? » lui demanda-t-elle quand il s’approcha tandis qu’elle remettait en place la visière blanche qu’elle avait sur la tête afin de protéger ses yeux du soleil.

« Idéale oui. » approuva-t-il tout en se joignant à elle dans son étirement des jambes. « Pas de séances de photos en ce moment ? »

« J’en ai une de prévue mardi qui promet d’être longue vu que c’est pour la nouvelle collection de lingerie pour un site de vente en ligne. »

« Je peux t’y emmener sans problème ! » s’exclama Raven qui avait fait un véritable bond en avant pour les rejoindre en entendant cela. « Le vieux Raven n’a rien de prévu ce jour-là et serait enchanté de te servir de chauffeur. »

Flynn soupira intérieurement face à cela, surtout en remarquant la petite dizaine de regards qui fixait le trentenaire avec jalousie puis le débardeur bleu roi de Judith, laissant bien voir sa poitrine généreuse. A chaque fois c’était pareil…

« Tu risques de t’ennuyer tu sais. » déclara la jeune femme en sortant des écouteurs de la sacoche beige qu’elle avait avec elle.

« Mais non mais non ! » contra immédiatement le trentenaire en accompagnant ses paroles de gestes de ses bras. « Vous savez très bien que le grand Raven ne s’ennuie jamais ! »

« Bon alors rendez-vous chez toi mardi à sept heures pour le café. »

Alors qu’un cri de joie s’échappa de la bouche de leur voisin, les autres hommes qui formaient auparavant le peloton affichèrent des moues dégoûtées, deux d’entre eux choisissant de s’en aller pour probablement rentrer chez eux prendre une bonne douche – il suffisait de voir l’état de leurs T-shirts pour constater qu’ils en avaient sacrément sué.

« Et tu faisais quoi tout à l’heure avec ton téléphone ? » lui demanda Judith avec curiosité. « Un coup de fil du travail ? »

« Non, juste Yuri qui a dû s’amuser avec ma playlist. » répondit Flynn en montrant l’objet du délit à sa voisine d’en face. « Il a ajouté des musiques à lui apparemment. »

« Oh. On peut échanger pour le reste du trajet si tu veux. J’écoute Lindsey Stirling en ce moment. »

Il accepta la proposition de la jeune femme et, après échange de son smartphone blanc avec celui bleu – la coque représentait un superbe dragon chevauché par un chevalier avec une lance – de sa camarade sportive, ils reprirent leur jogging ensemble, Raven suivant de près – très certainement boosté par le fait qu’il espérait assister à une belle séance de photos de lingerie féminine prochainement – et, un peu plus loin derrière, le groupe d’hommes qui était derrière l’endurante joggeuse depuis un moment déjà.

Habituellement, quand ils couraient, ils discutaient un peu en même temps, parlant de choses et d’autres. Cependant, Flynn s’estimait plutôt heureux que chacun écoute de la musique car dernièrement, Judith s’intéressait un peu trop sur la raison pour laquelle Yuri et lui avaient opté pour une sorte de relation libre ou de sexe entre amis pour être plus exact. Il n’avait pas vraiment envie d’en parler et laissait généralement la jeune femme – ainsi que Raven car lui aussi était curieux sur ce sujet – émettre ses hypothèses sans jamais rien en dire bien que souvent, elle était proche de la vérité.

Cette situation existait – et était tenue secrète auprès du grand public – car le grand-père de Flynn, actuel dirigeant d’une grande entreprise dans laquelle le jeune homme travaillait, n’était pas du tout un grand partisan des couples homosexuels au point qu’il avait déshérité l’un de ses petits-enfants en découvrant qu’il était en ménage avec une personne du même sexe. De plus, d’autres membres de sa famille n’étaient pas très ouverts sur le sujet eux non plus et, n’ayant plus ses parents depuis maintenant pas mal d’années, il ne souhaitait pas vraiment être en froid avec ce qui lui restait de famille.

Pour faire bonne figure au départ, il avait tenté de sortir avec des femmes mais cela ne marchait jamais et c’était au lycée, quand il était avec Sodia, que celle-ci lui fit comprendre la raison de ses échecs répétés avec la gente féminine : d’un point de vue physique, il n’était pas du tout attiré par elles et ce, quelque soit leur morphologie. Ce constat fut particulièrement ennuyeux pour lui, surtout qu’il en avait eue la preuve lors d’une nuit avec la rousse où il avait été incapable d’avoir la moindre érection, un moment qui fut particulièrement honteux et que son amie avait juré de garder pour elle jusqu’à la fin de ses jours.

Après cette nuit, il avait tenté de donner au maximum le change mais Yuri l’avait vite percé à jour et, une fois chez ce dernier, il dut lui avouer la vérité. Il fut étonné que son meilleur ami ne le mette pas en boîte et, qu’au lieu de ça, il lui demande de but en blanc s’il ne voulait pas coucher avec lui ce soir et voir ce que ça donnait. Flynn avait pris quelques minutes pour y réfléchir, pesant le pour – il savait que ceci ne se saurait jamais vu comme le brun pouvait être discret quand il le voulait – et le contre – son ami d’enfance avait une forte tendance à multiplier les coups d’un soir, que ce soit avec des hommes ou des femmes, et connaissant l’individu, il était probable qu’il ne se protégeait pas à chaque fois.

Toujours est-il que son meilleur ami lui en voulait encore pour avoir été forcé de faire une prise de sang le lendemain ainsi que plusieurs tests de dépistages – tous négatifs heureusement -, tout ça parce qu’il avait eu le malheur de confirmer qu’il n’utilisait pas à chaque fois un préservatif. Suite à ça, il avait tout de même compris la leçon.

Après avoir planifié une semaine de soi-disant vacances au bord de la mer, ils s’étaient retrouvés à partager une chambre d’hôtel durant toute la durée de leur séjour – au départ, chacun était censé avoir sa chambre mais en voyant le prix, Yuri esquissa une grimace qui fit tout de suite comprendre à Flynn que, bien que ce ne serait pas lui qui allait payer la note, c’était bien trop cher à son goût. Ils n’avaient pas beaucoup vu la plage mais concernant le plafond au dessus de leur lit, c’était tout le contraire. C’était comme un très long cours pratique d’éducation sexuelle mais en bien plus passionnant.

Ce fut lors du dernier jour de leurs « vacances » que leur accord fut mis au point, son meilleur ami restant ainsi un esprit libre – avec l’assurance d’avoir un toit le temps qu’il le souhaitait – et lui sauvait les apparences auprès de ses proches.

Mais avec les années de colocation dans cette situation plus que particulière, ils étaient tous deux entrés dans une certaine routine, presque comme s’ils étaient un couple normal – si l’on exceptait qu’ils ne se comportaient ainsi que chez eux. Flynn se sentait bien avec Yuri et se voyait très mal avec quelqu’un d’autre dans sa vie. Cependant, comment demander à une personne qui ne souhaite pas vraiment s’engager que l’on désire une véritable relation avec elle et non basée essentiellement sur le sexe ?

Brusquement, alors qu’ils venaient de dépasser le carrousel, Judith stoppa net, ses yeux grands ouverts d’étonnement. Tandis qu’il enlevait ses écouteurs pour demander ce qu’il se passait, la jeune femme attrapa Raven et, tout en faisant une manipulation sur son téléphone, lui mit un de ses écouteurs à elle dans l’oreille. Au bout de quelques secondes, le trentenaire eut une expression de surprise sur le visage qui, après un échange de regards avec sa comparse de crime habituelle, parti avec elle dans un léger rire.

« Qu’est-ce qu’il a mis de si drôle dans mon téléphone ? » questionna Flynn qui n’appréciait pas vraiment d’être mis à l’écart.

« Tu ferais mieux de l’écouter toi-même. » répondit Judith en rendant son bien au jeune homme tout en récupérant le sien au passage.

« Et tu risques d’être pressé je crois. » ajouta Raven avec un sourire en coin qui n’inspirait rien de bon.

Intrigué, il regarda l’écran de son téléphone et, au lieu de voir le titre d’une chanson ou son artiste, il lisait « projet sans titre », ce qui laissait penser que c’était un enregistrement audio. Il plaça ses écouteurs dans ses oreilles et entama la lecture de ce fichier.

« Flynn, si tu rentres avant dix-huit heures, tu auras droit à une surprise dans ta chambre. Autrement, je t’attendrai nu sous les draps avec de la chantilly et du chocolat fondu. Rentre vite…»

… Vu que Yuri avait, en plus, pris une voix suave en enregistrant ce message et qu’il l’avait fini en simulant un léger gémissement, il n’en fallait pas plus pour comprendre ce qui y était sous entendu.

Tout en s’excusant auprès de ses voisins – il eut un mal fou à ignorer les regards qu’il recevait -, il fonça vers la sortie du parc et rentra le plus vite possible chez lui. Un coup d’œil à sa montre lui indiqua qu’il était dix-sept heures trente, soit bien plus de temps qu’il ne lui en fallait pour faire tout le chemin en sens inverse. Cela fut prouvé quand, au bout d’à peine dix minutes, il fut devant la porte de son appartement, insérant la clé dans la serrure tout en restant le plus calme possible…

… Sauf que dès qu’il ouvrit la porte, de la musique se fit entendre tandis qu’il découvrit Yuri, les cheveux attachés dans un chignon décoiffé et vêtu d’une chemise noire qu’il avait nouée sur le devant ainsi que d’un court short bleu marine en train de se déhancher d’une manière très sensuelle sur la chanson – pour dire, il avait du mal à quitter des yeux ce fessier qui se balançait de gauche à droite et qu’il était très tenté d’attraper…

Mécaniquement, Flynn ferma la porte derrière lui et, le cerveau s’étant comme mis sur « OFF », il prit son colocataire par la taille et l’embrassa fiévreusement. Ensuite, dans une hâte absolument non maîtrisée, les vêtements furent sauvagement ôtés puis, tandis que cette même chanson tournait en boucle, ils entamèrent une longue gymnastique sur le sofa, changeant assez souvent de position, jusqu’à finir par s’endormir dans un entremêlement de bras et de jambes.

 


 

NB : Plus léger celui-là mais je voulais surtout me sortir l’idée du crâne et la coupler avec Off me semblait le plus logique.

Auteur vs Persos :

Orieul : T’aurais pu pousser le vice…

Kaleiya : Non. Et puis celles qui auront la bonne idée d’écouter Adam Lambert sur la fin comprendront que je ne voulais pas en rajouter…

Belphégor : Je ne sais pas s’il faut s’inquiéter de tes écoutes ou non…

Kaleiya : Ben il m’est revenu par hasard en tête et quand je l’ai vu dans mes suggestions…

Belphégor : Minute… Comment il a pu atterrir dans tes suggestions ?

Kaleiya : … Parce qu’il se peut que j’écoute certaines chansons en version nightcore car autrement, je ne les supporte pas… Et cette chanson existe en version nightcore, avec une charmante image je dois dire.

Orieul : Hein ? Fais voir ! (fonce sur l’ordinateur de Kaleiya)

Belphégor : Je suis entouré de yaoistes décidément…

Off

Aug. 30th, 2014 10:13 pm
kaleiyahitsumei: (Default)
Disclaimer : Tales of Vesperia n’est pas à moi

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Off

Genre : Romance, PWP, humour

Rating : M (langage très… familier dirons-nous)

Note : Idée qui m’est venue après… un mode OFF de ma part. Je précise que j’ai joué à tous les jeux que j’ai cité (mais pas forcément terminés pour certains comme Remember Me). Par contre, même si c’était prévu en PWP dès le départ, je ne pensais pas dériver autant… L’abus de yaoi est dangereux pour les cerveaux de yaoistes en manque… Je vous conseille de prévoir une poche de sang (de votre groupe sanguin) ainsi que de la glace car je ne vous ai pas habituées à ça…

Note 2 : J’ai mis Romance en genre mais dans les faits, j’ignore si l’on peut qualifier cela de romantisme… Y a des fois où je m’aperçois que j’aime bien tuer le romantisme à grands coups de couteau…

Note 3 : Laissez-moi le temps de me cacher…

 


 

Après une semaine d’absence, la première chose qui frappa Flynn quand il ouvrit la porte de son appartement fut cet abominable parfum de renfermé mêlé à une odeur de renard, lui faisant d’abord se demander si un rat n’avait pas rendu l’âme il y a peu. Puis il vit le désordre régnant : la pile de vaisselle menaçant de s’effondrer dans l’évier, les cartons de pizzas et les bouteilles de bières vides éparpillées au sol…

En apercevant une silhouette bien familière assise n’importe comment sur le sofa et avec une manette de jeu en main, il sut ce qu’il s’était produit : Yuri avait passé tout son temps à jouer sur la console. D’ailleurs, s’il se fiait au fait qu’il était simplement vêtu d’un boxer noir partiellement caché sous un t-shirt kaki deux tailles trop grand pour lui ainsi qu’au parfum ambiant, il ne s’était pas changé et douché depuis un moment…

Il était plus que temps d’agir.

Après avoir ôté ses chaussures et sa veste, Flynn alla s’asseoir à côté de son colocataire, fronçant le nez face à la mauvaise odeur que ce dernier dégageait. Il remarqua ainsi, posée sur la table basse, la demi-douzaine de boîtes de jeux-vidéo, celle du dessus étant « Remember Me » et probablement le jeu auquel il était actuellement en train de jouer. Ne constatant aucune réaction de la part du brun, le blond appuya sur le bouton start de la manette, ce qui eut l’effet de faire enfin réagir celui qui l’avait en main.

« Que… » commença Yuri, surpris, avant de se tourner vers Flynn en lui jetant un regard noir. « Tu te rends compte que je suis en plein combat là ? J’étais en train de les massacrer ces fichus Leapers ! »

« Tu réalises que je reviens d’une semaine d’absence pour retrouver l’appartement dans cet état ? » répliqua-t-il sur un ton sec, ne cachant pas son agacement.

« J’ai dix jours de congés à tuer donc je m’occupe comme ça me chante Flinnie ! »

Argument identique à la fois où le brun avait passé cinq jours à jouer au dernier Tomb Raider, ce dont les oreilles du blond gardaient un très mauvais souvenir - les boules Quies avaient été d’un grand secours – et à la période de deux semaines qu’il avait occupée sur Magna Carta 2, perdant au passage les trois kilos de trop qu’il avait pris le mois précédent après avoir bien profité d’un buffet à volonté – ce dont il se souvenait le plus était les défis improvisés de celui qui mangera le plus vite le contenu de son assiette, un spectacle assez répugnant à voir…

Flynn jugea préférable de ne pas répliquer. Il était épuisé après cette semaine composée surtout de conférences interminables et se prendre la tête avec Yuri n’était pas sa priorité. Cependant, il se voyait mal supporter un désordre pareil et un parfum aussi désagréable jusqu’au lendemain.

Ramasser ce qui jonchait le sol ne lui prit que cinq minutes et il put ainsi s’apercevoir du fait que son colocataire avait très certainement dormi dans cette pièce durant ces derniers jours, découvrant la présence d’une couverture au pied du sofa. Par contre, trouver un moyen de décoller son cher meilleur ami de cet écran risquait d’être un peu compliqué et de provoquer quelques dommages collatéraux. Il avait donc fortement intérêt à trouver un moyen de limiter les dégâts.

Ce fut lorsqu’il qu’il fit le geste pour dénouer sa cravate qu’une idée lui vint à l’esprit.

Constatant que Yuri avait changé de position, très certainement dans l’idée de l’empêcher de revenir s’asseoir à côté de lui, Flynn guetta le bon moment puis, quand il vit que sa cible était très concentrée sur l’écran de la télévision, il s’approcha silencieusement de lui. Avec le plus de délicatesse possible, il entoura les chevilles du brun avec sa cravate bordeaux et fit un nœud. Ce fut quand il serra ces liens improvisés que son colocataire réalisa que quelque chose n’allait pas.

« PUTAIN FLYNN ! » hurla celui aux cheveux longs, gardant la manette dans sa main droite pour tenter de se libérer.

Le blond n’attendit pas et attrapa le brun par le bras puis le tira tant bien que mal jusqu’à la salle de bain, ce dernier le traitant de tous les noms lui passant par la tête et tentant même de le mordre à un moment. Arriva enfin l’instant où il se tint en face de la cabine de douche et que, avec un petit plaisir sadique qu’il eut toutes les peines du monde à dissimuler, il ouvrit l’eau froide et jeta littéralement Yuri en dessous du pommeau de douche. Celui-ci, une fois ce torrent glacé l’ayant frappé de plein fouet, se tut et posa une main sur la paroi afin de ne pas tomber.

« Tu sauras utiliser le savon tout seul ? » demanda celui aux yeux azur en cachant difficilement sa colère.

Son colocataire, visiblement d’assez mauvais poil après avoir été jeté sous l’eau froide encore habillé, lui jeta un regard noir et se permit de lui faire un doigt d’honneur, traduisant ainsi le fond de sa pensée.

La suite ne se fit pas attendre : Flynn, n’étant vraiment pas d’humeur à supporter ce genre de chose de la part de Yuri, n’eut aucune hésitation à le rejoindre sous la douche, se protégeant des coups de poings de son meilleur ami. Il le plaqua de toutes ses forces contre le mur carrelé et attrapa le savon d’une main, l’autre étant utilisée à repousser les assauts d’un brun pas du tout coopératif.

« MAIS MERDE ! » hurla celui aux cheveux longs, face contre la paroi après avoir été maîtrisé par le blond. « OCCUPE-TOI DE TON CUL ET FOUS-MOI LA PAIX ! »

« JE NE SERAIS PAS OBLIGE D’EN ARRIVER LA SI TU T’ETAIS BOUGE LES FESSES EN MON ABSENCE ! » répliqua Flynn avec force.

« VA CHIER ! »

Il aurait pu répondre à Yuri mais à part alerter les voisins, ça n’allait rien faire de plus. Sur le coup, il n’avait pas compris pourquoi il avait forcé le brun à lui faire face. Très certainement car celui-ci était en train de l’insulter et qu’il voulait absolument qu’il se taise car il n’avait pas envie d’attirer l’attention. Mais était-ce une si bonne idée que ça de l’embrasser à pleine bouche ?

Il aurait peut-être dû y réfléchir avant au lieu de laisser son cerveau se mettre sur « Off » comme cela…

Le contact n’avait pas duré plus de dix secondes, le temps que chacun réalise ce qu’il se passait et que son meilleur ami le repousse d’une main, le visage complètement rouge et n’osant pas le regarder droit dans les yeux. De son côté, il n’en menait pas large non plus s’il se fiait à cette intense chaleur qu’il sentait au niveau de ses joues et à cette vision hypnotique qu’il avait actuellement du jeune homme face à lui, ses longs cheveux noirs gorgés d’eau et son T-shirt kaki plaqué contre son torse, soulignant ainsi chaque détail qu’il était censé cacher.

« Heu… » commença-t-il, cherchant désespérément quelque chose à dire pour dissiper le malaise qui était présent. « Je… Je vais… »

« Coupe l’eau. » l’interrompit Yuri, évitant toujours de croiser son regard.

Réalisant soudain que cela devait bien faire cinq minutes qu’ils étaient dans la cabine de douche, Flynn s’exécuta – principalement parce qu’il ne tenait pas vraiment à faire gonfler encore plus la facture de consommation d’eau.

« … C’était comment ton… truc où t’es allé ? » demanda le brun, triturant d’une main le bord de son T-shirt tout en le tirant vers le bas.

« … Intéressant par moment mais surtout épuisant. » répondit le blond, détournant ses yeux bleus de ces longues jambes fines et claires qui étaient des plus attrayantes. « Comme j’étais venu seul, j’ai eu pas mal d’invitations mais les personnes ne se sont pas révélées être toutes très… agréables je dirais. »

Une dizaine de jeunes femmes lui avait proposé soit de boire un verre le soir, soit de manger ensemble. Il était resté poli mais il devait reconnaître qu’il n’avait pas passé de bons moments avec elles. Trop de conversations puériles, trop de battements de cils, trop de manières… Il serait venu accompagné à l’hôtel, il n’aurait peut-être pas eu droit à tout cela.

« Le tombeur de ces dames a encore frappé… » le taquina Yuri, le malaise s’étant visiblement dissipé. « Je regrette un peu de ne pas avoir pu voir ça. »

Ça aurait été amusant oui… Enfin, si l’on exceptait le fait que Flynn était quasi certain que son cher colocataire se serait endormi sur son épaule durant les conférences, comme il le faisait déjà si bien au collège et au lycée. Mais l’avantage aurait été que les risques de se faire harponner auraient été grandement réduits.

« Et tu devrais enlever ta chemise car là, elle cache plus grand-chose. »

Cette remarque lui fit reporter son attention sur sa chemise blanche… devenue quasiment transparente après que le coton ait absorbé l’eau. Le tissu s’était plaqué contre son torse, le moulant d’une façon qui le gênait quelque peu et qui, s’il se fiait à cette lueur brillant dans ce regard gris, intéressait beaucoup Yuri.

Par contre, l’idée de l’ôter devant lui le gênait quelque peu…

« Tu sais Flynn, je t’ai déjà vu à poil par le passé donc… »

Suite à cette phrase, son colocataire leva une de ses jambes, lui montrant ainsi qu’il était parvenu à libérer ses chevilles, et d’un geste, envoya valser hors de la cabine la cravate. Il réduisit ensuite l’écart entre eux puis il déboutonna avec grand soin chaque bouton de sa chemise, frôlant parfois – volontairement ? – sa peau et lui envoyant comme de légères décharges électriques dans son corps. Quand il eut achevé sa tâche, il mit ses mains dans son dos et recula d’un pas.

« Yuri, qu’est-ce que tu… »

Jamais il ne termina cette phrase, ses yeux bleus ayant été brusquement attirés par le sous-vêtement noir qu’il vit glisser le long de ces jambes blanches et qui fut jeté sans ménagement sur le carrelage de la salle de bain. Le peu de raison qui lui restait encore le poussa à tourner la tête de côté et à ignorer le fait qu’il se sentait de plus en plus à l’étroit dans son pantalon, ce qui n’était très certainement plus à cause de l’eau à présent…

« T’es pas obligé de faire ta prude tu sais. » lui fit le brun avec cette lueur lubrique qu’il avait dans le regard. « Et je te signale que tu devrais apprendre à mieux planquer tes vidéos pornos car je les ai trouvées vachement vite. »

« Attends… J’ai un mot de… »

Flynn s’interrompit en réalisant son erreur et le sourire victorieux de Yuri. Maintenant, son meilleur ami savait qu’il avait des films pour adultes sur son ordinateur personnel… Il avait été perturbé au point de baisser sa garde et forcément, celui aux cheveux longs avait foncé droit dans la brèche. Il devait impérativement se reprendre ou sinon…

« Si tu me dis qu’actuellement, un plan cul ne t’intéresse pas, je ne te croirais pas. » lui lança son colocataire en essorant sa longue chevelure.

« Tout ce que je veux c’est que tu te laves, point. » trancha-t-il, ses yeux bleus fixés sur la porte de la salle de bains. « Je viens juste de rentrer, je suis crevé donc je n’ai pas de temps à perdre dans ce genre d’activité. »

« Dans une douche, on peut faire facilement les deux à la fois tu sais et vu le chapiteau qui est en train de se monter de ton côté… »

« Je peux m’en occuper seul donc si tu permets… »

Ecoutant sa raison, Flynn sortit de la cabine de douche, plutôt soulagé à l’idée de pouvoir enfin échapper aux avances de Yuri. Cependant, à peine eut-il posé sa main sur la poignée de la porte qu’un gémissement le figea sur place. Lorsque qu’un second parvint à ses oreilles, il tourna légèrement la tête et découvrit que son cher colocataire avait passé une main sous son T-shirt et que l’autre était…

« Oh… Ah ! »

… Nom de…

« Oui… Oh OUI ! »

… Sale petit allumeur… Il simulait certainement en partie mais vu où se trouvaient actuellement ses doigts, il avait la garantie qu’il devait prendre son pied… Et cette vision particulièrement érotique ne faisait rien pour arranger son problème qui devenait de plus en plus dur…

« J’ai envie de toi Flynn… »

Ce coup-ci, sa raison se mit automatiquement sur « Off », incapable de résister à ces mots remplis de désir et cédant à son instinct. En un instant, il avait plaqué Yuri contre la paroi carrelée, l’embrassant à pleine bouche tout en passant l’une de ses mains derrière une de ses cuisses. Il colla ensuite son bassin à celui du brun puis mima un mouvement de va-et-vient, les faisant tous deux gémir dans le baiser.

Celui aux cheveux longs passa ses longs doigts fins dans la tignasse blonde puis les laissa descendre le long de sa nuque, poussant vers le bas la chemise blanche qui était complètement trempée et qui commençait sérieusement à l’agacer. Il se mit donc à tirer sur ce vêtement, cherchant à l’écarter de cette peau très légèrement bronzée.

Comprenant le message, Flynn rompit le baiser et se débarrassa rapidement de ce tissu devenu encombrant tandis que Yuri tenta d’ouvrir ce pantalon gris clair à l’origine et qui collait fortement à la peau de son partenaire. Bien qu’il vînt à bout de ce bouton et de cette braguette, le tissu, étant très humide, rendait le vêtement plus difficile à enlever, faisant qu’il ne retint pas un grognement face à ce constat.

« T’aurais pu l’enlever avant ce truc… » râla celui aux cheveux longs.

« Tu aurais pu être plus coopératif aussi. » répliqua le blond avant de s’appliquer à faire un suçon dans le creux de la nuque du brun.

« Connard… »

Il préféra ne pas relever la chose verbalement et se contenta donc de mordiller le morceau de peau sur lequel il était si concentré, faisant pousser un petit gémissement surpris à son partenaire. Il l’empêcha de répliquer en laissant sa main passer sous le T-shirt kaki puis il lui pinça la fesse droite. Il ne fut guère étonné de se prendre un coup dans le bras.

« Mais ça va pas toi ! »

« Je suis en droit de tester la qualité de la marchandise. »

« Tu sais ce qu’elle te dit la marchandise ? Que tu devr…»

Yuri ne termina pas sa phrase, sa bouche ayant été capturée dans un baiser langoureux auquel il se fit une joie de participer. Flynn le plaqua encore plus contre la paroi carrelée, ce qui ne sembla pas déranger le brun qui noua ses bras autour de son cou et, d’un geste, vint enserrer sa taille avec ses jambes.

« Je n’ai pas bien compris ce que tu essayais de me dire tout à l’heure… » taquina le blond une fois leurs bouches séparées.

« Je me demandais quand tu allais te décider à passer à la partie où tu fourres ta b… »

Encore une fois, il l’interrompit en l’embrassant, ce qui, ce coup-ci, fit grogner son partenaire. Tout en maintenant ce dernier en place avec une main sous ses cuisses, il baissa suffisamment son pantalon gris et son boxer blanc de sorte à être plus à l’aise.

« Ça t’amuse hein… »

« J’ignore de quoi tu me parles Yuri. » répliqua-t-il en arborant un faux air innocent.

« Ben voyons… Surtout, fous-toi de ma gueule… »

Le brun reposa sa jambe gauche au sol, se tenant toujours au blond pour ne pas glisser dans la douche. Durant l’action, le regard de ce dernier se posa sur ce T-shirt kaki…

« Enlève cette chose. » dit Flynn.

Les yeux gris de son colocataire lui lancèrent des éclairs, montrant qu’il se souvenait très bien qu’il détestait ce vêtement.

« Nan. » fit Yuri avant de lui tirer la langue tout en le regardant avec un air de défi.

… Il le prenait comme ça ? Il allait amèrement le regretter…

Tandis qu’il repassa à la partie où il faisait taire son partenaire, il attrapa un flacon de gel douche qu’il avait déjà prévu de prendre depuis un petit moment puis, après s’être assuré que son compagnon était suffisamment distrait, il l’ouvrit et versa un peu de son contenu dans sa main gauche. Il passa les doigts de sa main droite dans la noisette de gel puis les dirigea vers une certaine partie du corps de son compagnon…

« C’est quoi cette od- Ahhh ! » fit Yuri après avoir rompu le baiser puis s’être agrippé à Flynn en sentant que ce dernier avait inséré son index et son majeur dans son anus.

« Rose et Mimosa si j’ai bien lu le flacon. » répliqua le blond comme si de rien n’était, se concentrant sur la préparation de son partenaire.

« Put-aiiinnn ! T’aurais pas p-pu prendre a-autre chose q-que cette s-saleté qu’a oublié E-Estelle ? »

« C’est toi qui étais pressé donc je n’ai pas fait attention. »

Gros mensonge là mais en choisissant de faire ça dans la douche, il aurait dû se douter que le choix de lubrifiant serait différent… Et puis il doutait fortement qu’Estellise revienne pour récupérer un flacon de gel douche plus qu’à moitié vide donc autant s’en servir.

« Je te jure que si mes pets sentent bizarres après ça… » commença le brun d’un ton faussement menaçant et sous lequel il percevait un amusement difficilement contenu.

« Au moins, on ne pourra pas te reprocher qu’ils ne sentent pas la rose. » termina Flynn avant d’éclater de rire, vite imité par Yuri qui commençait à s’agiter contre lui.

Tous deux n’étaient pas en couple l’un avec l’autre. Le terme exact serait « sex-friend » ou amis et plus si affinités. Ça n’empêchait aucun des deux d’aller voir ailleurs vu qu’officiellement, chacun était célibataire. Mais entre l’un qui se lassait très vite de ses relations soi-disant amoureuses et l’autre se contentant souvent de flirter à tout va, cet arrangement n’était pas prêt de se terminer, surtout qu’aucun d’eux ne s’en plaignait, bien au contraire.

Alors qu’il entraînait le brun dans un nouveau baiser, celui-ci rouvrit l’eau avec la main qui ne lui servait pas à rester en équilibre, poussant un gémissement particulièrement audible quand il sentit que le blond avait trouvé ce fameux endroit sensible à l’intérieur de lui.

« AH ! » s’exclama Yuri en brisant le baiser, les yeux à demi-fermés. « Flynn… »

« Je sais. »

Ce n’était pas difficile de deviner que le jeune homme aux cheveux longs voulait passer à l’étape suivante, surtout lorsqu’il était en train de s’empaler sur ses doigts avec une ardeur non contenue. Il le força à décoller un peu son bassin de la paroi, le laissant de nouveau entourer sa taille de ses jambes, puis après avoir ôté ses doigts, s’attirant un grognement de mécontentement de la part de son partenaire, il se hâta de les remplacer par quelque chose de plus… intéressant pour chacun d’eux.

« Pas trop t- ARGH ! »

A être trop pressé, on en bâcle certaines étapes non négligeables dans une bonne partie de jambes en l’air improvisée… Du coup, quelqu’un était obligé de prendre un peu de temps pour que son corps s’ajuste correctement au membre de son partenaire.

Un mouvement de bassin indiqua à Flynn qu’il pouvait y aller. Il entama donc un lent mouvement de va-et-vient, observant attentivement les expressions présentes sur le visage de Yuri. Quand il constata que la grimace de douleur avait laissé place à une bouche légèrement entrouverte qui laissait s’échapper des soupirs de plaisirs de plus en plus sonores, il se permit d’accélérer un peu le rythme.

« Plus fort Flynn ! »

Cette requête fut vite exaucée et, s’il se fiait au long gémissement de son partenaire, il avait visé juste. De plus, celui-ci n’avait guère envie de rester passif en restant plaqué contre le mur carrelé à subir les va-et-vient de son amant, entraînant ce dernier dans un baiser ardent tout en accompagnant les coups de reins qu’il recevait de mouvements du bassin.

Quand il sentit que la température de l’eau qui ruisselait sur leurs corps baissait de façon assez significative, il ne lui en fallut pas plus pour conclure qu’ils avaient déjà utilisé toute l’eau chaude et qu’il ne serait pas une mauvaise chose de vite finir leur affaire avant d’être frigorifiés.

Au moment où Yuri planta ses ongles dans ses épaules, il comprit que la fin était proche. Puis vint l’instant où il poussa un cri de pure jouissance qui résonna contre les parois de la douche, signifiant que leur étreinte ardente allait cesser très vite, ce qui se confirma quand, dans un dernier coup de rein, Flynn se fit submerger par ses sens et dut forcer sa prise pour ne pas lâcher son partenaire, ce dernier se laissant glisser contre le mur carrelé.

Après une minute où chacun reprenait à la fois son souffle et ses esprits, ils se séparèrent puis se débarrassèrent de leur vêtements mouillés avant de se sécher les cheveux, l’un avec une simple serviette qu’il frotta avec vigueur sur sa tête et l’autre en les essorant pendant un bon moment pour en ôter le plus d’eau possible. Ils allèrent ensuite se coucher, chacun dans son lit respectif – Flynn avait bien précisé à Yuri qu’il ne tenait pas à dormir dans des draps humides toute la nuit.

Le lendemain, ils se levèrent à peu près en même temps, l’un frais comme un gardon et l’autre se demandant pourquoi son fichu réveil avait décidé de sonner aussi tôt…

« Qui est le con qui m’a privé d’au moins une heure de sommeil ? » demanda le jeune homme aux cheveux longs tout en se dirigeant vers la cafetière.

« Toi-même vu que je n’ai pas touché à tes affaires. » répondit son colocataire, l’air de rien, alors qu’il regardait ce qu’il restait dans les placards. « Et quand est-ce que tu comptais racheter des biscottes ? »

« J’sais pas vu que j’en mange pas. »

Celui aux yeux azur soupira de dépit face à cela et, alors qu’il s’apprêtait à répliquer, la sonnette de l’appartement retentit. Intrigués par cette visite matinale, ils allèrent tous les deux ouvrir la porte et y trouvèrent leur voisine d’en face – cette chère Judith, très reconnaissable à ses cheveux d’une couleur bleuté attachés en chignon ainsi qu’à la nuisette sexy qui laissait bien entrevoir les nombreux avantages qu’elle avait en sa possession – tenant une assiette de crêpes entre ses mains et celui occupant le logement à gauche du leur – Raven, un trentenaire un peu pervers sur les bords qui était repérable avec sa veste sans forme de couleur violette et qui gardait toujours ses cheveux bruns attachés ainsi qu’une barbe de trois jours.

« Bonjour les garçons. » fit Judith sur un ton qui ne présageait rien de bon. « On s’est dit que vous deviez avoir faim après vos performances de la veille. »

« Au passage, si vous pouviez crier un tout p’tit peu plus fort, ce serait mieux. » ajouta Raven sur le même ton, y ajoutant un sourire limite démoniaque. « Ça nous éviterai de devoir garder nos oreilles contre le mur et de rester dans une position très inconfortable. »

« Et si vous envisagez de faire un petit film amateur prochainement, sachez que j’ai tout le matériel pour faire ça chez moi et que je serai plus qu’enchantée d’être votre réalisatrice. »

« Sur ce, bonne journée les jeunes ! »

Après que Judith ait laissé l’assiette entre les mains d’un Flynn médusé, elle rentra chez elle très fière d’elle, Raven faisant de même de son côté. Une fois le choc passé, les deux colocataires échangèrent un regard inquiet puis s’empressèrent de refermer la porte de leur appartement derrière eux tout en se disant intérieurement que, la prochaine fois, ils ne feraient plus l’erreur de baisser leur garde…

 


 

NB : Enfin fini… Je remercie au passage celui qui a créé un blog recensant divers mots laissés par les voisins car ça m’a bien débloquée sur la fin. D’ailleurs, ça vaudrait le coup que j’écrive la partie où Raven et Judith écoutent aux murs un de ces jours…

Auteur vs persos :

Belphégor (a une tête de déterré) : Mais pourquoi j’ai oublié ces fichus boules Quies…

Mélissa (mal réveillée) : J’savais pas que c’était possible d’être aussi bruyant aussi longtemps…

Asahi (au radar complet) : Rien de plus chiant que des coups répétés contre le mur…

Kaleiya : Houlà… Pour une fois que c’est pas moi qui ait mal dormi… Dois-je en demander la cause ?

Asahi, Belphégor & Mélissa : Y a les deux autres qui n’étaient pas fatigués du tout…

Kaleiya : J’en conclus qu’Orieul et Sheen se sont bien amusés donc…

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Note : On commence le bal de nos habitués du salon de thé avec une de nos princesses préférées.

 


 

Estellise Sidos Heurassein était une jeune fille sage et d’une grande gentillesse qui faisait des études de littérature. Elle était très facile à reconnaître de par ses cheveux roses coupés en carré qui lui allaient à merveille – ils étaient blond cendré à l’origine mais elle les avait teints à l’adolescence et, se préférant ainsi, elle avait décidé de les garder avec cette couleur peu commune –, se mariant très bien à ses grands yeux turquoise, sa peau claire et son cœur en or. Venant d’une famille aisée, elle était toujours très bien habillée dans un style certes classique mais qui lui correspondait parfaitement et avait reçu une éducation basée sur la politesse et le respect.

La première fois qu’elle était entrée dans ce salon de thé fut lors de ses années de collège où elle avait voulu prendre un raccourci pour rentrer chez elle. La rue était calme et ne comportait que peu de commerces : une boulangerie, une petite épicerie et le fameux lieu qu’elle fréquenta régulièrement par la suite.

La vieille dame qui tenait cet endroit à l’époque balayait devant sa porte et, curieuse, Estellise lui avait demandé quel genre de magasin elle pouvait bien gérer. La propriétaire de ce lieu l’invita donc à entrer pour le découvrir et elle fut surprise d’y découvrir des fauteuils qui lui hurlaient de venir s’y asseoir, des poufs dans lesquels elle aurait pu s’enfoncer avec plaisir, des chaises qui semblaient être plus que confortables et des tables en bois clair, tantôt basses, tantôt hautes pour s’adapter aux divers sièges présents. Elle vit ensuite les étagères sur lesquelles se trouvaient des boîtes en métal avec différents noms marqués dessus.

Quand elle lui demanda quel thé elle désirait boire, la jeune fille avait instinctivement demandé un thé au goût dit russe, étant une amatrice d’agrumes, et elle alla s’asseoir en face du jeune homme aux longs cheveux bruns qui était le seul autre client présent ce jour-là.

C’est ainsi qu’Estellise et Yuri s’étaient rencontrés. La première avait apprécié cette compagnie si différente de celle à laquelle elle était habituée et le second s’était laissé charmer par ce personnage rempli de générosité et de gentillesse. Le salon de thé était devenu leur lieu de rendez-vous et, de temps en temps, l’un des deux amenait quelques gourmandises, soit achetées dans une pâtisserie, soit faites maison, tout cela pour le plaisir de les partager autour d’une bonne tasse de thé.

C’était d’ailleurs le jour de leur rencontre qu’elle avait gagné le surnom « d’Estelle » auprès du jeune homme et qu’elle se faisait appeler ainsi par ses amis les plus proches.

Même aujourd’hui, ce rituel se faisait encore bien qu’à présent, ils n’étaient plus de simples clients et que leur petit cercle s’était bien étendu au fur et à mesure de leurs rencontres. L’autre détail qui avait changé était dans la rue elle-même où la boulangerie avait changé de propriétaire, l’actuel proposant à présent de délicieux gâteaux que la jeune femme venait parfois acheter pour renouveler cette tradition qui existait entre elle et un de ses amis les plus chers. D’autres commerces étaient aussi en train de se monter, quelques locaux vacants ayant trouvé preneurs, ce qui promettait d’amener un peu plus d’animation dans ce quartier.

« Y a pas à dire, cette tarte aux pommes est une tuerie ! » fit Yuri en engloutissant le dernier morceau de sa part.

« Et avec un thé à l’orange, c’est parfait ! » s’exclama Estelle après avoir savouré avec délice ce qu’elle avait en bouche.

« Juste dommage que l’autre ténor chante parfois en travaillant. Pas qu’il chante faux mais ça surprend quand ça lui prend. »

« Moi je trouve que c’est justement ce qui lui donne son charme à ce boulanger. Sa voix te transporte directement à l’opéra quand tu l’entends. »

« Oh ? C’est très agréable d’entendre ce genre de compliments ! »

Ils se tournèrent vers la porte du salon pour voir qu’un jeune trentenaire venait d’entrer avec un carton à pâtisseries vert anis dans les mains. Il avait des cheveux blond vénitien qui dépassaient de son bandana blanc, des yeux vert émeraude qui pétillaient et un grand sourire aux lèvres, dévoilant ses dents blanches qui tranchaient avec sa peau légèrement bronzée. Son habillement se résumait à un jean classique et un tee-shirt bleu ciel ainsi qu’à un tablier blanc portant le logo de la boulangerie voisine.

« Ça y est… Les chevilles vont en prendre un coup là… » fit Yuri avant de voir apparaître le fameux carton de pâtisseries sous son nez. « … Mais c’était sincère ! De quoi tu as besoin Sheen ? »

« Ha ha ha ! J’aimerais faire des tiramisus au thé Matcha donc si ce petit échange te convient… » proposa le dénommé Sheen en ouvrant la boîte, révélant quatre éclairs au chocolat.

« Je vais te chercher ça ! »

« Oh j’y pense ! » s’exclama Estelle pendant que Yuri allait fouiller dans ses boîtes de thé. « Ce sera l’anniversaire de ma mère ce week-end et elle aime beaucoup la pâte d’amandes. Qu’est-ce que vous pourriez me proposer comme gâteau ? »

« Avec de la pâte d’amandes… » réfléchit le pâtissier. « Si elle aime les fruits confits, je peux te proposer un Ambassadeur. Faudra juste me préciser la couleur que tu veux sur le dessus. »

« Ce serait parfait ! Et du blanc serait idéal. »

« C’est noté ! Il sera prêt pour ce samedi très chère et fidèle cliente au joli sourire... »

« Merci de ne pas tenter de draguer ma clientèle… » lança Yuri en fermant le paquet de thé Matcha qu’il avait fini de remplir. « Surtout que t’es fiancé il me semble. »

« J’ai le vague souvenir d’une fois où je suis entré ici et où tu étais très occupé à faire des câlins à la gente féminine… J’étais limite jaloux ! »

Estelle rit à la mention de ce souvenir. Cette humeur « câline » du brun aux cheveux longs venait d’un petit pari qu’il avait fait avec Raven et qu’elle avait habilement réussi à détourner en un concours de celui qui aurait enlacé le plus de femmes, ce qui avait fait rager le trentenaire. Il faut dire que Yuri n’avait essuyé absolument aucun refus contrairement à son aîné.

« C’était un p’tit défi qu’un vieux pervers m’avait lancé. » déclara le concerné en donnant son paquet à Sheen. « Ça te suffira ? »

« Je pense que oui. » fit celui aux yeux émeraude en soupesant ce qu’il avait en main. « Merci pour tout et à la prochaine ! »

« Au revoir ! »

Le trentenaire aux cheveux blonds vénitiens fut à peine sortit que Duke entra calmement dans le salon, tenant deux livres dans une main. La jeune femme lui fit signe de venir s’installer à sa table quand elle croisa son regard.

« Bonjour Duke. » dit-elle une fois qu’il prit place dans un fauteuil pourpre. « Cela faisait un moment que je ne vous avais pas vu. »

« J’étais en Islande ces derniers jours. » déclara-t-il en posant sur la table les deux livres qu’il avait avec lui. « Ma chance a été que l’activité solaire de cette année m’a permis d’assister à un superbe spectacle de lumières dans le ciel. »

« Whaou ! J’adorerais voir des aurores boréales ! C’est juste dommage qu’elles n’apparaissent qu’en hiver. »

« Le froid est supportable en Islande et puis, grâce à vous, j’avais de quoi m’occuper durant le voyage. »

Il poussa vers elle les deux livres qu’il avait amenés avec lui, deux ouvrages qu’elle lui avait prêtés trois semaines plus tôt après qu’elle lui ait emprunté son exemplaire des Misérables. Depuis que tous deux avait fait connaissance et s’étaient découverts une passion commune pour la lecture, ils avaient pris l’habitude de s’échanger des livres pour faire d’intéressantes découvertes ou pour débattre de leur contenu autour d’une tasse de thé.

« Merci beaucoup ! » dit-elle tout en les mettant dans son sac. « Oh et servez-vous ! J’ai amené cette tarte pour qu’elle puisse être mangée après tout. »

Tandis que Duke prit une part de tarte aux pommes, Yuri vint poser une tasse en céramique noire ainsi qu’une théière en fonte rouge près du dernier arrivé avant de reprendre sa place.

« Rita ne vient pas aujourd’hui ? » demanda le jeune gérant en reprenant avec gourmandise une part de ce dessert aux pommes.

« Non, elle travaille sur un nouveau projet dont elle ne m’a donné aucun détail. »

Estelle était un peu triste au départ quand sa meilleure amie avait refusé de lui en dire en plus mais elle comprenait que sa cadette veuille garder le secret sur certaines choses tant qu’elles n’étaient pas finalisées. Cependant, elle devait admettre que, parfois, elle était un peu inquiète pour elle…

« J’en connais un qui va être ravi de constater son absence aujourd’hui. » fit Yuri avec un sourire amusé en coin. « Pour une fois qu’il n’aura pas mal à la tête après avoir fait ses devoirs ici… »

Un rire échappa à la jeune fille ainsi qu’un rictus amusé à Duke. C’est vrai qu’on était mercredi, ce qui signifiait qu’il allait forcément venir et peut-être pas tout seul suivant si sa camarade de classe n’avait pas d’autres activités de prévues.

En parlant du loup, ils entendirent la porte s’ouvrir ainsi qu’un aboiement bien familier…

« Bonjour tout le monde ! » firent deux jeunes adolescents en entrant dans le salon de thé, Repede les accompagnants.

Karol et Patty, deux collégiens qui venaient souvent les mercredis après-midi pour faire leurs devoirs ici. Le jeune garçon était reconnaissable avec ses cheveux châtain désordonnés ainsi que son énorme sac qu’il avait toujours avec lui et la jeune fille avec son chapeau de pirate ainsi que ses jolies tresses blondes. D’ailleurs, le premier regardait la salle avec inquiétude…

« Elle est où Rita ? » demanda Karol, dissimulant très mal son angoisse de voir débarquer d’un coup celle au caractère explosif.

« Elle ne viendr… » commença Estelle avant d’être subitement interrompue par Yuri.

« Je crois que c’est elle que je vois arriver. »

A cette simple phrase, le visage de Karol se décomposa, au plus grand amusement du jeune gérant du salon qui ne put retenir un éclat de rire. Ayant pitié du jeune adolescent, la jeune femme rétablit vite la vérité.

« Rita a du travail donc tu ne la verras pas aujourd’hui. »

Le jeune garçon aux cheveux châtain poussa un grand soupir de soulagement face à cette nouvelle tandis que sa camarade aux cheveux blonds alla prendre place sur un pouf noir, Repede venant s’installer à côté d’elle.

« C’est pas cool de me faire ça Yuri ! » fit Karol en allant chercher une chaise pourpre. « J’ai cru voir ma vie défiler devant mes yeux ! »

« Qu’est ce qu’il y a dans cette boîte nanoja ? » demanda Patty qui avait remarqué le carton de pâtisseries vert anis amené par Sheen.

A cette question, le jeune homme quitta très vite son siège pour s’emparer de l’objet en question.

« C’est pas pour vous ! » s’exclama-t-il en disparaissant vite dans sa cuisine.

« Mais… Y a quoi dans ce carton ? » demanda le jeune garçon aux cheveux rebelles.

« Des éclairs au chocolat. » l’éclaira Estelle avec un sourire amusé. « Sheen les a amenés tout à l’heure. »

« Et il se les garde pour lui ? Non mais il pourrait les partager ! »

A cette réplique, Yuri sortit sa tête de sa cuisine, regardant son cadet en haussant un sourcil.

« Cap’tain Karol, rappelle-moi combien de consommations tu as payé depuis que tu viens ici ? »

Le jeune adolescent fit la moue en entendant cela, ce qui amusa beaucoup sa camarade.

« Aucune… » répondit-il en s’asseyant sur sa chaise.

« Nous sommes d’accord. » fit Yuri avant de porter son attention sur Patty. « Tu veux quelque chose en particulier ? »

« Hmm. » réfléchit celle aux tresses blonde. « La même chose que Karol, ça m’ira bien nanoja. »

Tandis que le gérant disparu de nouveau pour préparer du thé, Duke tendit à chaque adolescent une part de tarte, chacun le remerciant avant de goûter le dessert avec gourmandise. Ils sortirent ensuite leurs agendas respectifs, montrant à Estelle ce qu’il leur restait à faire pour le lendemain et lui demandant si elle pouvait leur donner un coup de pouce. Celui à la chevelure immaculée proposa lui aussi son aide, jetant un œil au livre que les deux jeunes gens devaient étudier. Puis revint Yuri avec une théière en fonte noire qui contenait du thé noir au caramel que les plus jeunes accueillirent avec grand plaisir.

Tous prirent leur temps, comme souvent, et se dirent au revoir au moment de partir, se promettant par un échange de sourires qu’ils s’y retrouveraient de nouveau dans un très proche avenir…

 


 

NB : Petite précision concernant Patty : elle dit souvent « nanoja » à la fin de ses phrases, qui est un terme intraduisible. Je ne pensais pas au départ la montrer maintenant mais vu qu’elle proche de Karol niveau âge, ça aurait été bizarre que je ne le fasse pas.

Auteur vs Persos :

Sheen (prépare le repas du soir)

Kaleiya : C’est dingue comme ça sent bon quand il cuisine…

Belphégor : Pas comme avec d’autres qui font des mélanges pas nets ou qui ne savent pas faire bouillir correctement de l’eau…

Asahi & Orieul (jettent un regard noir à Belphégor)

kaleiyahitsumei: (Default)
 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient nullement…

Titre : Senteurs d'Iris

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Genre : UA, Romance, Humour

Rating : K + car c'est plutôt des sous-entendus

Arc UA : Langage des fleurs

Note : Je reprends ce petit arc fleurit dans le but de le terminer. Donc ce petit OS sera l'avant-dernier et, honnêtement, je suis quasi certaine que vous devinerez tous ce qu'il y aura dans le dernier x)


Senteurs d'Iris (1)

Quatre ans qu'ils étaient en couple, trois qu'ils avaient emménagé ensemble dans le même appartement après qu'il ait fini sa formation et trouvé un poste de commis de cuisine, lui permettant de quitter son emploi de barman. Son compagnon avait travaillé dur pour son concours et, à son plus grand bonheur, l'avait réussi avec brio. Par contre, il était toujours aussi assidu à la tâche, au point que par moment, cela l'agaçait un peu de ne pas pouvoir passer un moment tranquille en amoureux.

Yuri savait très bien dans quoi il s'était engagé avec Flynn. Ce n'était un secret pour personne dans leur bande d'amis qu'il était un véritable bourreau de travail au point qu'il pouvait parfois en négliger le reste. C'était bien pour cette raison qu'il ne se gênait pas de temps en temps pour user de divers stratagèmes afin qu'il ait son quota d'heures de sommeil ou pour passer un peu de bon temps à deux.

Bizarrement, le jour où il s'était juste vêtu d'un tablier blanc pour faire le dîner, il avait senti comme un regard très intéressé dans son dos… Ce fut l'une des rares fois où il fit brûler le repas.

Bien entendu, ils leur arrivaient de se disputer plus ou moins violemment sur des sujets complètement anodins comme qui allait sortir les poubelles ou le choix des programmes télévisés quand ils se faisaient un plateau télé.

Par contre, leur dernière querelle en date avait été plus sérieuse.

Avec son excellente mémoire, Yuri avait vite enregistré l'emploi du temps de son compagnon et, quand il lui avait demandé s'ils pouvaient occuper leur prochaine après-midi de libre dans une activité en plein air, il fut assez surpris que Flynn décline sa proposition mais moins quand il lui déclara qu'il avait du travail à finir.

Il s'était donc rabattu sur Judith et Estelle qui, à son plus grand désespoir, avaient envie de faire un karaoké. Il avait réussi à s'éclipser assez vite en proposant d'aller chercher de quoi grignoter… ce qui lui avait permis d'apercevoir son petit ami en grande conversation avec une jeune femme qu'il n'avait jamais vue auparavant et dans un secteur plutôt éloigné de son lieu de travail. Il n'y aurait pas prêté plus d'attention que cela si la distance les séparant ne lui avait pas semblée aussi mince et s'il ne l'avait pas vu prendre son compagnon par le bras d'une façon qui lui paraissait plus qu'amicale.

Le soir venu, il lui avait innocemment demandé comment s'était passé sa journée et, en entendant sa réponse évasive, cela lui mit la puce à l'oreille : il se passait quelque chose et quoique ce soit, Flynn cherchait à le lui cacher.

Sa méfiance s'accentua à chaque trou qu'il remarquait dans l'emploi du temps de son compagnon et à chaque fois où il apprenait via la vieille commère de l'immeuble qu'il était rentré plus tard qu'à son habitude. Il ramenait parfois, pour s'excuser, un petit bouquet de Soucis (2) où se cachait un brin de Coucou (3) mais ça ne suffit pas pour lui faire oublier ses doutes.

Ce matin-là, Yuri s'était, pour une fois, levé le premier et était bien décidé à tirer les choses au clair et, si nécessaire, mettre fin à cette relation. Il avait tout préparé pour le petit-déjeuner et une fois Flynn installé, il passa à l'attaque.

« Je t'ai vu avec une blonde l'autre jour. » déclara-t-il de but en blanc en mettant quatre sucres dans son bol de café avant de mélanger avec sa cuillère. « Il me semblait que tu m'avais dit que tu travaillais. »

Un court silence se fit, suffisant pour lui faire comprendre que son compagnon cherchait quoi répondre à ça.

« C'est une histoire un peu compliquée dont je ne peux pas te parler. » finit par répondre Flynn avec un brin d'hésitation dans la voix.

« Ah… Donc je dois m'attendre à quoi ? Une rose jaune (4) posée sur la table ou des Ancolies (5) sur ma table de nuit ? »

Cette remarque fit se figer son conjoint qui, malencontreusement, lâcha le couteau avec lequel il était occupé à beurrer sa tartine, le couvert tombant au sol dans un bruit métallique. Yuri savait très bien que le blond connaissait la signification de ces fleurs et il était à la limite de devenir dingue en imaginant que ses soupçons soient fondés.

« Attends. » fit Flynn en posant sur la table tout ce qu'il avait entre ses mains. « Explique-moi en quoi je t'aurais été infidèle car je ne comprends pas ce qu'il se passe au juste. »

« Pardon ? Ça fait deux semaines que tu rentres plus tard et que tu n'as soi-disant plus aucun moment de libre donc excuse-moi d'avoir ce genre de pensées quand je t'aperçois juste avant avec une blonde décoloré au bras ! »

« Ce n'était absolument pas ce que tu crois ! »

« Ah oui ? Parce que je la trouvais plutôt… proche de ce que j'en ai vu donc si tu as une explication à tout cela, je serais ravi de l'entendre. »

Flynn s'apprêtait à répliquer quand, soudainement, il se stoppa, l'intriguant quelque peu. Puis il se mit à rire, ce qui agaça fortement Yuri.

« Qu'est-ce qui te fait rire au juste ? » demanda-t-il avec un ton agressif.

« Toi. » fit son compagnon en le regardant avec un sourire idiot. « Je ne te pensais pas capable d'être jaloux jusqu'à aujourd'hui. »

… Jaloux ? Il l'accusait d'être… Oh merde, il avait raison.

« Et je ne suis pas du tout intéressé par cette fille. » ajouta Flynn avant de se lever et de venir s'agenouiller à côté de lui, posant sa main sur sa cuisse. « C'est la sœur d'un de mes collègues et elle avait accepté de me donner un coup de main pour préparer quelque chose. Je n'avais pas prévu qu'elle se montre un peu trop entreprenante ce jour-là et j'ai fini par lui expliquer que j'étais déjà avec quelqu'un. »

« Ah… » fit Yuri en réalisant qu'il s'était peut-être un peu trop précipité sur ce coup. « Et elle t'aidait en quoi au juste ? »

Un soupir de dépit s'échappa des lèvres du blond à cette question. Il se leva et se mit à hausser les épaules.

« A organiser une petite surprise pour toi mais vu ta réaction, je vais devoir… » commença-t-il tout en reprenant sa place.

« Whoa ! J'ai jamais dit que j'étais contre ! » coupa le jeune homme à la longue chevelure sombre. « Mais… C'est censé être quoi au juste ? »

En guise de réponse, il eut droit à un rire amusé et à un « tu verras ce soir en rentrant » qui éveilla grandement sa curiosité. Autant dire que, pour une fois, il était plus que pressé de finir son service et espérait vraiment que ce qui l'attendait allait lui plaire – à trois reprises il s'était fait réprimandé pour avoir raté un plat car il était dans la lune.

Vers onze heures et demie du soir, ravi d'avoir enfin terminé le travail après une soirée plus animée que prévu, il sortit de l'ascenseur et, alors qu'il fouillait dans la poche de sa veste pour prendre ses clés, il entendit la porte en face de chez lui se fermer précipitamment, ce qui lui fit hausser un sourcil d'étonnement. Habituellement, la commère de l'immeuble n'était pas debout aussi tard…

Il ouvrit sa porte et entra dans son appartement… où il découvrit assez vite qu'une série de bougies était allumée, éclairant son chemin d'une douce lumière. Amusé par cela, il s'avança jusqu'à la pièce à vivre où, sur la table qui leur servait à partager leurs repas, était posé d'autres bougies ainsi que, dans un vase en verre, un bouquet de lilas blanc (6) ainsi que, posés juste devant, quelques brins de lilas mauve (7) sous lesquels semblait se cacher quelque chose…

Humant le parfum entêtant de ces fleurs, il chercha son compagnon du regard et, en se retournant, le vit adossé contre la porte de la chambre à coucher, simplement vêtu de sa chemise blanche ainsi que d'un pantalon gris foncé, ses yeux azur fixés sur lui. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'il venait le rejoindre.

« Juste des bougies et une nouvelle déclaration d'amour florale ? » demanda Yuri avec une pointe d'amusement dans la voix. « Je m'attendais à quelque de plus conséquent. »

« Vraiment ? » répliqua Flynn sur un ton similaire, sa main gauche venant attraper sa main droite avec une certaine tendresse. « Tu es certain d'avoir compris tout le message ? »

« Vu la signification du lilas, oui. »

« Alors que signifie-t-il quand il est de couleur mauve selon-toi ? »

C'est à cet instant qu'il réalisa son erreur : le sens de certaines fleurs changeait suivant leur coloris, comme cela est le cas pour la rose, de façon légère ou radicale et, manifestement, le lilas en faisait partie. Que pouvait-il bien exprimer quand il était de cette teinte ?

Reposant ses yeux sur ceux-ci, il se demanda sur quoi ils pouvaient bien être posés et les déplaça légèrement… pour découvrir un simple écrin noir qui, jusqu'ici, était soigneusement caché.

Durant un court instant, Yuri n'osa pas toucher à cette petite boîte, ne voulant pas croire qu'elle représentait ce dont il était en train de penser mais, quand il l'ouvrit et qu'il découvrit cet anneau d'or incrusté d'un simple rubis en forme de losange, il sut que c'était bien ça.

Il reporta son attention sur Flynn quand il l'entendit se racler la gorge.

« Si tu t'agenouilles, je te jure que je te frappe. » dit celui à la longue chevelure sombre sans réfléchir, se mordant les lèvres après coup.

« Ha ha ! Je m'en doutais un peu. » fit son compagnon avec un rire amusé avant de reprendre, une légère appréhension dans le son de sa voix. « Yuri Andrew Lowell, après toutes ces années d'amitié sincère puis d'une formidable relation de couple, acceptes-tu de m'épouser ? »

« Flynn Joël Scifo, tu n'es pas prêt de te débarrasser de moi ! »

Une fois que celui qui était à présent son fiancé lui ait passé l'anneau à son annulaire gauche, il l'entraîna dans un baiser passionné auquel il répondit avec une ardeur non dissimulée. Quand ils se séparèrent, ils échangèrent un regard particulièrement lourd de sens…

« Au passage… » fit le blond avec un sourire en coin. « J'ai précisé par avance à notre voisine d'en face qu'il se pourrait que l'on fasse un peu de bruit cette nuit… »

« Vraiment ? » demanda innocemment celui à la longue chevelure sombre en défaisant les boutons du haut de la chemise de son fiancé. « Mais maintenant que tu me le dis, je me sens soudainement plein d'énergie… »

Ils échangèrent de nouveau un baiser emplit de passion et d'ardeur avant de se diriger vers leur chambre, là où leur nuit à deux ne fit que commencer…


1 : l'Iris est généralement synonyme de bonne nouvelle ou d'un message. Cette symbolique est liée à la mythologie grecque où la nymphe Iris était la messagère des dieux.

2 : Le souci signifie ici que la personne aimé nous manque.

3 : Le coucou, ici, est utilisé pour demander pardon d'être en retard.

4 : Offrir une rose jaune à son conjoint signifie qu'on lui avoue avoir été infidèle.

5 : L'Ancolie a une double signification mais ici, Yuri sous-entend celle de l'adultère. L'autre signification de l'Ancolie est celle de l'amour fou et de la folie qui peut d'ailleurs coller à ce que ressent notre beau brun.

6 : Le lilas blanc symbolise la déclaration d'amour. Pourquoi je ne l'ai pas utilisé avant ? A cause de la signification d'une autre couleur de cette plante… Par contre, en Grande-Bretagne, le lilas blanc symbolise plutôt la mort et le deuil, un peu comme le chrysanthème en France.

7 : Si le lilas blanc exprime la déclaration d'amour, le mauve symbolise… une demande en mariage !

Auteur vs Persos :

Asahi : ATCHOUM !

Orieul & Kaleiya : A tes souhaits.

Mélissa : A ta mort.

Asahi : Merci… Et c'est trois éternuements pour la mort.

Mélissa : Toi arrête de ram… Aaa… ATCHA ! ATCHA !

Orieul & Kaleiya (avec un grand sourire) : A vos amours !

Asahi & Mélissa : VOS GUEULES !

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Note : On va parler un peu de notre cher gérant et de comment il s’est retrouvé à gérer un salon de thé.

 


 

Yuri Lowell, un jeune homme ayant passé la vingtaine et sur lequel très peu de personnes auraient parié. Sa longue chevelure sombre, ses yeux gris et ses traits fins lui avaient souvent valut d’être confondu avec une fille mais ceux qui firent cette erreur apprirent bien souvent à ne plus la refaire, découvrant qu’ils avaient en face d’eux un habitué des bagarres qui avait un bon crochet du gauche quand il le fallait. Seulement, il avait, suite à ces altercations et d’autres délits mineurs, gagné une réputation de mauvais garçon et de voyou après de multiples séjours au poste de police où il était connu depuis son enfance.

Ayant perdu très jeune ses parents, il avait vécu à l’orphelinat durant toute son enfance – il avait failli être adopté à plusieurs reprises mais son caractère rebelle avait rebuté plus d’une famille, aucune ne s‘estimant capable de le mater et lui préférant un de ses camarades plus calme – et son adolescence jusqu’à ce qu’il  se fasse émanciper une fois ses seize ans passés.

Grand habitué des fugues, il avait une fois réussi à s’enfuir de l’orphelinat sans que personne ne s’en aperçoive, profitant d’une certaine agitation qui régnait ce jour-là. Il n’avait que huit ans à l’époque et avait donc bien profité de cette petite sortie improvisée pour se promener. Puis ses pas le menèrent par hasard devant ce salon de thé…

Au départ, il s’était demandé ce que cet endroit pouvait bien être et il avait hésité un petit moment avant de daigner y entrer. Il avait été assez surpris d’être accueilli par une gentille vieille dame qui lui avait demandé ce qu’il désirait boire comme thé – il faut dire aussi qu’en ce temps-là, il ne connaissait que le très répandu Earl Grey et que le thé se résumait à cela pour lui. Quand elle lui avait montré toute les variétés qu’elle possédait, il avait eu du mal à cacher son étonnement face à cette découverte mais lui précisa qu’il n’avait pas de quoi payer. La vieille dame lui dit aussitôt que c’était un cadeau de la maison et il se laissa tenter par un thé Oolong aromatisé au caramel.

Le lendemain, il y retourna et testa un autre thé, puis le cycle recommença…

Le salon de thé était devenu l’endroit où il était le plus facile à trouver. Le premier à le comprendre fut Flynn Scifo, un de ses camarades de classe avec qui il lia une amitié sincère au fil du temps. Puis il y eut le lieutenant Leblanc, un policier particulièrement dévoué à son travail et qui avait l’habitude de ramener de force Yuri à l’orphelinat après lui avoir fait un sacré sermon au commissariat.

Un jour, à l’époque de ses dix-sept ans, pour la toute première fois où il entrait dans ce lieu, il ne vit pas madame Smith, la propriétaire des lieux. Au lieu de cela, il trouva, derrière le comptoir, une femme d’une trentaine d’années aux longs cheveux châtains coiffés en une queue de cheval sur le côté et dont les yeux bleus cachés derrière une paire de lunettes étudiaient avec attention ce qui ressemblait fort à un registre. Il lui demanda donc qui elle était et, au lieu de se présenter, elle lui précisa que le salon était fermé pour une durée indéterminée.

Têtu comme il pouvait l’être, il insista et elle lui apprit la triste vérité : madame Smith avait fait un arrêt cardiaque hier soir et était décédée. La nouvelle lui fit un choc et, après quelques échanges de paroles – il put ainsi savoir qu’il avait affaire à une certaine madame Kingdom qui avait racheté l’endroit quelques semaines auparavant après un accord qu’elle avait passé avec la propriétaire, cette dernière n’ayant pas d’héritiers – il était retourné chez les Scifo, là où il habitait depuis son émancipation.

Après l’enterrement, quelques jours étaient passés et il eut la surprise de recevoir un coup de fil de cette fameuse madame Kingdom qui lui donnait rendez-vous devant le salon de thé. Une fois sur place, ils étaient entrés dans l’immeuble correspondant et étaient montés au premier étage, dans un appartement qui devait être juste au-dessus du salon. Il était plutôt prévu pour un couple sans enfants, ne possédant qu’une seule chambre, mais il était plus grand que les chambres d’étudiants qu’il avait pu voir avec Flynn.

De but en blanc, elle lui avait demandé si, une fois le lycée fini, il prévoyait de faire des études. Quand il lui répondit que non, n’ayant pas les moyens financiers pour cela, elle lui proposa de devenir le gérant du salon de thé à sa majorité…

« Que je… Quoi ? » dit-il, ayant encore du mal à réaliser. « Vous êtes sûre que vous allez bien là ? »

« Certaine. » fit son interlocutrice avec un sourire en coin. « Bien entendu, le temps que vous ayez fini l’école et vos dix-huit ans, l’endroit sera tenu par moi-même ou par un de mes subordonnés et vous serez libre de venir à votre guise pour apprendre tout ce qu’il vous faudra savoir… »

« J’ai déjà aidé plusieurs fois madame Smith à faire des inventaires et j’ai déjà dû tenir une caisse lors d’un job d’été. »

« Ce qui me confirme que vous êtes le meilleur choix disponible si je souhaite garder le salon de thé ouvert, ce qui est le cas. Ma proposition inclus aussi cet appartement. Quelques petits travaux sont prévus et il sera à votre disposition une fois ceux-ci terminés. »

Elle lui avait ensuite remis un contrat écrit qui précisait tous les détails de cette offre et elle lui avait donné sa carte de visite pour qu’il puisse lui donner sa réponse.

Une fois chez les Scifo, Yuri avait étudié attentivement ce document ainsi que Flynn et tous deux étaient d’accord pour dire que tout cela était très avantageux pour le jeune homme en apparence. Sur conseil de son meilleur ami, il était allé voir Estelle chez elle le lendemain – ce fut la toute première fois qu’il lui rendait visite à son domicile – pour qu’elle montre ces papiers à son père, celui-ci étant notaire, et qu’il lui donne son avis professionnel dessus. Monsieur Sidos Heurassein trouva lui aussi ce contrat très avantageux pour Yuri et était même étonné de voir que cette madame Kingdom lui fasse une pareille proposition.

Le jeune homme appela donc cette dernière pour qu’ils se retrouvent au salon de thé et dès qu’il fut en face d’elle, il lui demanda pourquoi elle lui faisait une telle offre. Sa réponse fut simple : elle voulait parier sur le garçon rebelle sur lequel personne n’aurait osé miser autant.

Le contrat fut signé dans les deux minutes qui suivirent.

A présent, Yuri était plutôt satisfait de cette association. Il ne vivait pas dans le grand luxe et ne gagnait pas une fortune mais il avait au moins eu une occasion de prouver sa valeur et il l’avait saisie. Bien entendu, s’il lui prenait l’envie d’aller voir ailleurs, il savait qu’il devrait automatiquement retrouver un logement  mais il n’aurait pas autant de difficultés qu’il aurait pu en avoir quelques années auparavant. Surtout qu’il avait plusieurs personnes qui étaient prêtent à appuyer sur le fait qu’il était digne de confiance, y compris le lieutenant Leblanc qui s’était gentiment plaint de ne plus autant le voir qu’avant.

« Et voici votre thé chocolat » dit-il en servant un jeune client aux cheveux blonds et dont les yeux violine étaient fixés sur un bouquin sur les stratégies du go.

Yuri continua de faire le tour de ses clients du moment, servant chaque personne présente jusqu’à parvenir à la table d’un de ses habitués, un homme d’une trentaine d’années à la longue chevelure blanche et ondulée qui, comme à son habitude, lisait tranquillement un livre, assis dans un fauteuil pourpre.

« J’ai supposé que tu prendrais encore un Darjeeling. » déclara le jeune gérant en posant la théière en fonte verte ainsi que la tasse en céramique noire sur la table. « Tu veux autre chose Duke ? »

« Ce sera parfait comme cela. Merci. » lui répondit Duke de sa voix grave et profonde, son regard rouge se reposant sur les pages de son livre.

Il entendit la porte d’entrée s’ouvrir et, en tournant la tête, il reconnut madame Kingdom qui était accompagnée d’une autre personne qui fréquentait assez souvent les lieux : Mary Kaufman, une commerçante à la longue chevelure rouge qui possédait divers magasins florissants en ville et qui aimait faire fructifier son argent.

« Alors comme ça vous êtes aussi la propriétaire de ce salon de thé ? » demanda la rousse à celle aux cheveux châtains. « Vous investissez beaucoup dans ce quartier dites-moi. »

« Comme vous dans d’autres. » répliqua son interlocutrice en l’invitant à s’installer à une table libre. « Vous m’excuserez deux minutes le temps que j’aille m’occuper de nos boissons ? »

« Allez-y. »

Pendant que Kaufman était occupée à consulter ses messages sur son téléphone, Yuri était revenu derrière son comptoir, vite rejoint par sa propriétaire.

« On est là pour les affaires visiblement. » remarqua-t-il en allant mettre les tasses et théières sales à la cuisine.

« Oui et non dans le sens qu’elle et moi sommes intéressées par le même local commercial et que j’aimerais m’assurer que, si jamais elle met la main dessus, on puisse ne pas se faire trop de concurrence dans ce quartier. » déclara madame Kingdom en le suivant.

« Je comprends maintenant pourquoi elle venait tous les jours depuis le début du mois. »

« Elle prend quoi généralement ? »

« Toujours du thé à la menthe ou un Yunnan avec du sucre. Je vais préparer ça. »

« Merci. Et je prendrais… »

« La même chose, je m’en doutais. »

Sa propriétaire eut un léger rire amusé à cette réplique de sa part puis posa ses yeux sur une assiette bien garnie.

« Et tu ajouteras quelques-uns des financiers aux amandes que je vois là. » dit-elle avant de retourner en salle.

« Bien chef ! »

Yuri alla chercher la boîte contenant le thé à la menthe tandis que l’eau était en train de chauffer. Il aurait pu prendre deux théières comme il l’aurait fait habituellement mais vu que chacune aurait la même boisson, il en sortit une en porcelaine qui était réservée à ce genre de cas et y plaça un filtre à thé avec le thé correspondant à l’intérieur. Il termina de prendre ce dont il avait besoin puis, une fois l’eau à la bonne température, il la versa dans la théière  avant d’apporter le tout en salle.

« Ah ! Enfin une belle vue ! » s’exclama Kaufman en lui jetant un regard appréciateur. « Si cela peut t’intéresser, je peux te payer le double de ce qu’elle te donne si tu viens travailler pour moi. »

« C’est plutôt gonflé de tenter de me dérober aussi ostensiblement l’un de mes subordonnés. » répliqua avec amusement madame Kingdom.

« Je peux dire sans problème que ce n’est pas la pire façon dont j’ai été approché jusque-là. » fit-il avec un sourire en coin. « J’ai déjà eu droit à deux ou trois mains aux fesses depuis que je m’occupe du salon de thé. »

« Tu porterais autre chose que des pantalons serrés, ça t’arriverais moins fréquemment. »

« Ah ? Dommage. J’aime bien ce genre ce fringues. »

« J’approuve moi aussi. » fit Kaufman en admirant sa tenue vestimentaire. « Ces vêtements mettent merveilleusement bien ta silhouette en valeur. »

« Je constate que certaines personnes aiment les petits jeunes… » coupa la trentenaire aux cheveux châtains. « Surtout quand elles sont censées s’intéresser à tout autre chose dans le cas présent. »

Profitant de cette interruption, Yuri s’éloigna et alla derrière son comptoir pour encaisser les consommations de quelques clients avant de faire le tour de la salle pour nettoyer les tables. Pendant qu’il ramenait des tasses et théières sales à l’arrière, la porte s’ouvrit et Repede, parti une heure plus tôt faire un tour, entra et vint le rejoindre.

« La promenade était bonne ? » demanda-t-il à son fidèle compagnon à quatre pattes.

Le chien émit un bref aboiement en guise de réponse. Apparemment, c’était le cas.

Yuri prit une petite minute pour le gratter derrière les oreilles et le laissa ensuite retourner en salle. Une fois qu’il eut vidé son plateau, il fit de même et constata au sourire de sa patronne qu’elle avait réussi à négocier avec Kaufman dans un sens qui lui convenait. La tête de Repede était posée sur ses genoux et, d’une main, elle lui caressait doucement le crâne.

A une autre table, il y avait toujours Duke, son regard rouge encore fixé sur son livre et, à la façon dont la théière en fonte verte était tournée, le jeune homme pouvait dire sans trop se tromper que celui aux cheveux immaculés n’allait pas tarder à partir et qu’il attendait probablement d’avoir fini son chapitre ou sa page pour s’exécuter. Une fois qu’il serait parti, il commencerait probablement à s’atteler à la vaisselle en attendant que les derniers clients s’en aillent ou que d’autres, de dernière minute, n’arrivent. Après, il n’aurait plus qu’à fermer, finir ce qu’il avait à faire puis monter dans son appartement pour que lui et Repede dînent en tête-à-tête avant de se regarder un film à la télé.

Et puis demain matin, il ouvrirait à nouveau le salon de thé.

 


 

NB : Et c’est ainsi que s’achève la partie de Yuri. Les prochains chapitres s’intéresseront à la clientèle du salon de thé.

Auteur vs persos :

Asahi (lit un livre sur le Monopoly)

Kaleiya : Toi, tu révises des stratégies de jeux…

Asahi : Je vois ma mère demain et c’est à son tour de choisir le jeu donc je me prépare en conséquence.

Belphégor : Marrant que tu veuilles gagner à ce point.

Asahi : Le perdant paye le dessert choisi par le gagnant.

Kaleiya (à Belphégor) : Je crois que quelqu’un veut son gâteau au chocolat…

Belphégor : C’est peu de le dire…

 

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Disclaimer : Tales of Vesperia n’est pas à moi (j’attends impatiemment une vente aux enchères pour remédier à cela…)

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Salon de thé

Genre : Tranche de vie

Rating : K+

Note : Mon amour du thé a fini par me perdre et produire la naissance de ce projet. En espérant que cela vous plaise.

 


 

Métro, boulot, dodo. C’était ce qui résumait le plus rapidement le monde moderne où régnait bien souvent la course contre la montre. Tous ne subissaient pas ce phénomène avec la même intensité mais, face à ce stress, il était des fois de bonne augure de trouver un moment et un endroit où décompresser.

Yuri Lowell n’allait pas dire le contraire, lui qui, depuis son enfance, avait pris l’habitude de s’arrêter chaque jour dans ce petit salon de thé, se coupant ainsi brièvement du monde tout en savourant une boisson chaude qu’il apprit très vite à apprécier. Par contre, si on lui avait dit qu’il deviendrait le gérant de cet endroit à sa majorité, il aurait eu du mal à y croire. En même temps, il n’avait jamais vraiment su quoi faire comme métier et il aimait ce lieu donc c’était, pour lui n’étant pas un amateur de stress et de bureaux, un petit paradis où il y passait volontiers des journées entières.

Aujourd’hui, le calme régnait et, comme à son habitude, il sirotait une tasse de thé derrière son comptoir, son chien Repede allongé dans son panier situé près de la porte d’entrée.

Son compagnon à quatre pattes était lui aussi très bien dans ce lieu, laissant certains clients venir le caresser ou, dans le cas des plus jeunes, allant jouer avec eux dans un petit parc situé à une dizaine de mètres. Les enfants l’adoraient et c’était réciproque. Autrement, étant assez indépendant, l’animal se gérait presque entièrement tout seul, ayant vite compris comment ouvrir une porte pour pouvoir sortir faire ses besoins ou aller se promener dans le quartier. Yuri ne s’occupait, au final, que de lui donner à manger et, quand il le fallait, lui donner un traitement antipuce.

Le jeune homme termina son thé genmaïcha – c’était l’un de ses favoris avec celui au jasmin – puis il entendit s’ouvrir la porte du salon suivi du bruit d’une paire de talons qu’il reconnaitrait entre mille.

« Bonjour Yuri ! » s’exclama la nouvelle venue avec enthousiasme, ses courts cheveux roses coupés en carré encadrant son visage clair et souriant ainsi que ses yeux turquoise et pétillants.

« Hey ! Salut Estelle. » fit-il avec un sourire en coin en se tournant vers la jeune fille. « Toute seule aujourd’hui ? »

« Oh, Rita ne devrait pas tarder. Elle m’a dit que ce serait plus simple que je l’attende ici. »

Estelle et Rita, deux filles – qui étaient aussi deux de ses amies à force de discuter – faisant parties de sa clientèle régulière. De plus, la première était, comme lui, une habituée de cet endroit depuis quelques années et, malgré leurs différences de statut social, ils s’entendaient à merveille.

Tandis que la jeune fille alla s’installer à sa place favorite – un fauteuil bordeaux faisant face à une petite table basse et à un pouf pourpre –, une autre figure connue entra dans le salon de thé alors qu’il venait de quitter sa place derrière le comptoir.

« Yo la jeunesse ! » fit un homme, la trentaine passée, dont les cheveux bruns étaient attachés en queue de cheval et ayant une barbe de trois jours.

« Bonjour Raven. » salua Estelle en faisant un petit signe de la main à son aîné.

« Salut vieillard. » déclara Yuri en allant poser un pot contenant du sucre de canne à la place occupée par son amie. « Toujours pas passé par-dessus ton balcon ? »

Le jeune homme logeait dans le studio situé juste au dessus du salon et Raven, quant à lui, habitait l’immeuble d’en face, au troisième étage. En plus d’être un client régulier, le trentenaire était aussi un de ses voisins qui avait la fâcheuse habitude de mater les filles qui passaient sous sa fenêtre durant ses jours de congés.

« Hey ! Tu m’prends pour qui au juste ? » répliqua Raven, quelque peu outré, alors qu’il déplaçait un fauteuil pour s’installer à la table de la jeune fille.

« Pour le pervers que tu as toujours été. » déclara Yuri en toute franchise, ce qui fit soupirer de dépit son aîné et rire son amie. « Et je présume que je te sers un thé Sencha avec beaucoup de sucre ? »

« Hein ! Mais ce truc a aucun goût ! T’es… »

« Je rigole le vieux. Je vais te faire un thé Assam. Estelle ? »

« Hm… » fit la jeune fille tandis que Raven s’installait tout en rouspétant contre le jeune homme. « Je serais curieuse de tester ce nouveau mélange agrumes et ananas que tu as. »

« C’est parti ! »

Pendant que le plus âgé entamait une discussion avec sa cadette, Yuri mit de l’eau à chauffer dans une casserole tout en remplissant sa bouilloire. Ça pouvait paraître étrange mais entre le mélange fruité d’Estelle à base de thé vert et le thé noir de Raven, il ne pouvait pas faire chauffer toute l’eau au même endroit : le thé noir infusait sans problème dans une eau à 90°C alors que le thé vert était généralement meilleur s’il avait infusé dans une eau d’environ 70°C. Du coup, il avait pris l’habitude de faire chauffer l’eau pour le thé vert dans une casserole, ce qui était plus facile à contrôler pour lui.

Il sortit ensuite quatre théières, deux en fonte noire, une en fonte rouge et une porcelaine, dans lesquelles il mit un filtre à thé. Dans la dernière, il plaça dans le filtre le mélange à base de thé vert d’Estelle puis, dans une de celles en fonte noire, l’Assam de Raven. Dans les deux autres, il mit respectivement un thé noir au réglisse et à l’anis dans la rouge puis un thé de Ceylan dans celle qui restait avant d’ajouter l’eau chaude correspondante à chaque théière.

Il entendit vaguement la porte s’ouvrir mais en conclut vite que ce n’était pas Rita, celle-ci ayant l’habitude de claquer les portes, quand il entendit un aboiement joyeux de Repede. Il mit quatre théières sur son plateau ainsi que deux petites cuillères, ignorant celui qui passait derrière le comptoir au même instant.

« Besoin d’aide ? » lui demanda le nouvel arrivé.

« Les clients sont censés aller s’asseoir et prendre leur thé Flynn ! »

Le dénommé Flynn croisa les bras contre son torse à cette phrase en haussant les sourcils.

Le jeune homme aux cheveux blonds en bataille était son ami d’enfance et un vrai bourreau de travail. Yuri le voyait souvent à son salon de thé avec son ordinateur portable, terminant un dossier pendant sa pause déjeuner ou après le travail, ce qui signifiait généralement que le brun était bon pour l’héberger pour la nuit. Mais même s’il avait une grande confiance en son ami, il préférait qu’il reste loin de sa cuisine…

« Ça a quand même l’air lourd ce que tu t’apprêtes à porter. » fit remarquer Flynn en posant son regard sur ce qu’il y avait sur le plateau.

« Tu sais où sont les tasses. » répliqua Yuri, laissant son meilleur ami prendre quatre tasses avant de le suivre jusqu’à la table occupée par Estelle et Raven.

Tandis que le blond s’installait à côté de la jeune fille sur un pouf noir, le brun plaça la théière correspond aux goûts de chacun à la bonne place : celle en porcelaine contenant le thé vert aux agrumes devant celle aux cheveux roses, celle contenant le thé Assam devant le trentenaire, celle avec le thé de Ceylan devant son meilleur ami et la dernière, celle en fonte rouge dans laquelle infusait le thé noir au réglisse et à l’anis, devant un fauteuil noir qui attendait que vienne enfin celle qui avait l’habitude de l’occuper.

D’ailleurs, en parlant d’elle, Yuri entendit la porte du salon de thé s’ouvrir brutalement…

« Rha ! Qui sont ces abrutis qui ont rangé des livres de chimie avec des bouquins de philosophie ? Saleté de bibliothèque ! »

Rita Mordio, petit génie en sciences et connue pour sa grande susceptibilité. Entre ses courts cheveux châtains, ses yeux verts et sa tenue vestimentaire où il était aisé de remarquer qu’elle se fichait complètement de la façon dont elle arrangeait ses chaussettes, il était difficile de ne pas se souvenir d’elle et de ses colères.

Par contre, Yuri retint un soupir de soulagement en voyant que sa cadette venait directement s’asseoir à sa place habituelle, cessant de malmener cette pauvre porte comme elle le faisait à chaque fois – il envisageait de plus en plus de mettre une porte blindée mais il doutait que sa propriétaire soit de cet avis…

« Bonjour à toi aussi Rita… » dit-il tout en allant poser son plateau sur le comptoir tandis que Repede fermait la porte d’un coup de patte arrière avant d’aller poser sa tête sur les genoux de Flynn.

« Non faut être un vrai idiot pour pas être capable de ranger un livre au bon endroit ! J’ai perdu une heure pour le trouver ! » continua la plus jeune, ses yeux verts bouillonnant de rage.

« Ho ho ! Notre Rita nationale est en forme aujourd’hui ! » s’exclama Raven avec un sourire amusé.

En entendant cette phrase, la plus jeune lui jeta un regard noir et, si Estelle n’avait pas eu la bonne idée de vite décaler la théière en fonte rouge, le trentenaire l’aurait déjà reçue en plein visage.

« Oh Yuri ! » fit celle aux cheveux roses en veillant à ce que son amie ne fasse pas de casse. « Tu n’aurais pas quelque chose pour accompagner le thé ? »

« J’ai fais des madeleines tout à l’heure. Ça vous ira ? » demanda-t-il tout en retournant dans la cuisine qui lui servait essentiellement à faire chauffer de l’eau et faire quelques gourmandises simples et rapides.

« Ce sera parfait ! »

En entendant que Flynn et Estelle essayaient de convaincre Rita de laisser un sursis à Raven, il eut un sourire amusé. Ça promettait d’être une bonne journée.

 


 

NB : Début court mais pour introduire le lieu, je ne vois pas ce qu’il est nécessaire de faire de plus. En faire de trop casserait ce que je prévois pour la suite.

Auteur vs persos :

Kaleiya (boit un thé à la menthe) : Vous savez tous ce que nous allons devoir faire très prochainement j’imagine.

Belphégor (sirote un thé Earl Grey) : Refaire les réserves de thé.

Sheen (termine son thé au citron) : Et veiller à ce que tu ne sois pas dérangée dans ta pause thé.

Kaleiya : Pour une fois messieurs, je ne regrette pas de vous avoir demandé votre aide sur ce projet.

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 Note : Dernière partie et aussi la plus longue. On va ainsi voir qui a bien deviné et qui s'est planté. Et selon , ceci est un des plus longs chapitres que j'ai pi faire, voir même LE plus long.

Un peu de musique :

Kamelot – Torn

Kamelot – Veritas

Kamelot – Silverthorn

Krypteria – Time to bring the pain

Heavenwood – Her Lament

Kamelot – Forever


Nouvelle Lune

Il avait été stupide et il allait le payer très cher. Alexei avait commis une grave erreur et il ne l'avait compris que trop tard. Il avait failli à sa tâche et, si son instinct ne le trompait pas, il ne verrait jamais la prochaine pleine lune.

Comment allait-il mourir ? Il l'ignorait encore mais il était certain que ce ne serait pas avec une balle en argent.

Mais s'il avait réalisé bien plus tôt que reformer une meute était une mauvaise idée, tous ces sacrifices n'auraient pas été vains. Ceux de Cumore et de Zagi n'étaient pas de grandes pertes, tous deux n'ayant guère apporté autre chose que du malheur à Aspio. Cependant, concernant Flynn, c'était une toute autre histoire.

Il avait pensé que le jeune homme ferait un parfait loup-garou, qu'il serait apte à se contrôler plus facilement que d'autres. Il ne s'était pas trompé et son protégé avait même dépassé ses espérances quand il remarqua à quel point il était parvenu à se maîtriser en peu de temps.

Seulement, en le transformant, il avait, sans le savoir, causé leur perte à tous les deux pour la simple et bonne raison qu'il avait oublié de tenir compte du passé.

-§-

Cela devait bien faire cinq jours que Yuri et Flynn étaient introuvables. Judith avait eu beau chercher une piste, avec Repede qui était souffrant depuis qu'il avait été drogué, elle ne faisait aucun progrès. Excepté Rita, personne au village n'acceptait de l'aider, tous étant trop effrayés à l'idée de s'enfoncer dans ces bois où la mort avait régné durant des lunes. Elle était donc contrainte de s'aventurer seule dans la forêt, son sac sur une épaule et son fusil sur l'autre.

Quelle heure était-il à présent ? La jeune femme était partie à l'aube et avait marché dans la même direction depuis son départ, cherchant un indice quelconque pouvant lui indiquer qu'elle était sur la bonne route. Son estomac lui laissa penser qu'il devait à présent être midi passé, l'épaisseur de la cime des arbres ne lui permettant pas de voir où se situait le soleil.

Soudain, la chance sembla enfin lui sourire quand elle remarqua, en passant près d'un arbre, un morceau de tissu accroché aux branches d'un roncier. Mais ce qui l'intrigua le plus fut le fait que ce buisson avait certes quelques parties arrachées mais d'autres avaient, il y avait un petit moment à présent, très certainement été soigneusement coupées. Quel intérêt pouvait-on avoir à couper des ronces en pleine forêt ?

Si elle se rappelait bien ce que lui avait précisé sa cadette une fois, cette plante avait quelques propriétés médicinales mais, de mémoire, seules les feuilles étaient intéressantes.

Mais si c'était la raison pour laquelle ce roncier avait été taillé, Judith n'y voyait qu'une explication : quelqu'un vivait près d'ici ou, du moins, dans les bois.

Etait-ce ou non ou bonne nouvelle ? Elle avait du mal à le dire pour le moment. Cependant, quand elle s'avança dans la clairière que masquait ce buisson, elle remarqua rapidement le sang séché au sol, l'herbe arrachée par endroits, les morceaux de fourrure noire et blanche ainsi que de longs morceaux de tissu gris.

Quoiqu'il s'était passé lors de la dernière pleine lune, cela s'était très certainement produit ici et, de par l'absence de corps humain ou animal, elle en conclut que les différents protagonistes étaient partis ou bien avaient été emmenés loin d'ici.

Un examen plus approfondi de l'endroit lui permit constater qu'une partie du sang au sol formait comme une ligne, ce qui lui laissa penser que quelqu'un, blessé plus ou moins gravement, avait été traîné au sol dans la direction opposée à celle d'où elle venait, lui confirmant qu'au moins deux personnes étaient ici à un moment donné.

Judith analysa à présent tous les éléments à sa disposition ainsi que tous les évènements ayant eu lieu au village.

Actuellement, ceux qui manquaient étaient Flynn et Yuri et, excepté le fait que Repede soit drogué et cette tasse brisée au sol, rien ne laissait penser qu'il y avait eue lutte. Le problème demeurait dans le fait que le chien n'acceptait pas de nourriture de la part d'inconnus et, de par le sachet de valériane trouvé dans la chaumière, seuls les garçons pouvaient avoir, volontairement ou non, mélangé quelques extraits de la plante à la nourriture de l'animal et ce, sans qu'il ne se méfie. Elle n'excluait cependant pas le fait que, à un moment donné, une tierce personne ait pu ajouter cet ingrédient à l'insu de tous car elle ne comprenait pas pour quelle raison Flynn ou Yuri feraient cela.

A présent, en observant la clairière où elle se trouvait et en prenant en compte le fait qu'il y avait au moins deux personnes ici lors de la dernière pleine lune, il ne lui était pas difficile de deviner qui cela était et que l'un d'eux était très certainement un loup-garou. Seulement, la présence de liens et de deux types de fourrures différentes lui laissa penser qu'il y avait probablement un troisième protagoniste et, si elle visualisait bien la scène, un combat avait eu lieu ici entre deux animaux tandis qu'une personne, très certainement ligotée, les observait tout en tentant de se libérer, ce qu'elle avait visiblement réussi à faire.

La question restait de savoir qui, de ses deux amis disparus, pouvait être un loup-garou… Son intuition lui laissait penser que Flynn était le plus suspect, surtout quand elle se souvint de cette croix en argent qu'elle avait remarquée une fois autour de son cou. De plus, il y avait aussi le fait que lors de chaque attaque nocturne, il était, normalement, en train de patrouiller seul dans le village ou avec Repede, ce qui ne lui fournissait pas d'alibi, en particulier si le chien avait protégé son maître.

Mais bizarrement, elle avait l'impression que le blond, jusqu'à ce fameux soir, avait tout fait pour les protéger. Cette nuit où il lui avait remis une de ses balles en argent était un bon exemple car, sans cela, elle n'aurait pas pu tuer Cumore et elle serait morte. Et puis, après leur séjour à Torim, Yuri était devenu étrange et Rita n'avait rien voulu lui dire quand elle lui avait posé la question.

Plus elle y pensait, plus elle était certaine que Yuri, d'une façon ou d'une autre, était la clé pour résoudre une bonne partie des mystères entourant actuellement Aspio.

Soudain, elle eut comme un mauvais pressentiment… Elle réalisa que cela devait faire un petit moment qu'elle était ici, complètement à découvert et faisant d'elle une cible facile pour quiconque venait des bois. Il fallait impérativement qu'elle bouge.

Cependant, quand elle sentit un léger sifflement suivi d'une violente douleur dans son bras droit, elle comprit que c'était déjà trop tard. Le son d'un coup de feu retentit mais, s'étant laissée tomber à genoux après avoir reçu le premier projectile, elle évita la balle qui se logea dans un arbre, pile à la même hauteur où se trouvait sa tête quelques secondes auparavant.

Ils étaient deux… L'un, celui qui avait tiré la flèche, devait se trouver derrière elle et l'autre, celui qui avait manifestement tenté de l'abattre, était vraisemblablement quelque part sur sa gauche.

Un nouveau sifflement se fit entendre puis fut suivi par un son de fuite qu'elle perçut sur le côté.

Judith se releva tant bien que mal, la douleur dans son épaule étant extrêmement gênante. Elle voulut quitter ce traquenard mais un gémissement lui échappa quand quelqu'un lui attrapa le bras gauche. Alors qu'elle s'apprêtait à donner un coup de pied à celui ou celle se trouvant derrière elle, elle sentit un violent choc contre sa tête puis après, ce fut le noir total…

-§-

La première chose qui le frappa lors de son réveil était cette odeur de mort qui régnait dans la pièce. Elle était supportable mais même une légère fragrance de cette fleur lui donnait mal au cœur. Flynn voulut ouvrir les yeux mais s'en trouva incapable.

Qu'est-ce que cela voulait dire ?

En tentant de bouger son bras droit, il sentit comme une résistance au niveau de son poignet ainsi qu'un contact métallique. Ce fut ainsi qu'il comprit : il était menotté et avait un bandeau qui lui masquait la vue. Il n'avait pas de bâillon au niveau de la bouche mais vu comme il avait la gorge sèche, il risquait plus de pousser un cri étouffé qu'autre chose, surtout que, si sa mémoire était bonne, il se trouvait probablement au milieu des bois et donc avec peu de chances que quelqu'un puisse l'entendre.

Flynn fit donc la seule chose qui lui était possible de faire : ouvrir grand ses oreilles car son ouïe était le seul de ses sens qui n'était pas perturbé.

Les premiers sons qu'il perçut fut celui d'une eau ou d'un liquide qui était vraisemblablement en train de bouillir et ceux bien spécifiques d'un couteau qui tranchait quelque chose. Les « Tac tac tac » étant plutôt rapprochés, il en conclut que la personne tenant cet objet était occupée à couper un aliment, peut-être même un légume. Cela lui rappelait vaguement quand Yuri débitait en petits morceaux des poireaux…

Le son produit par le couteau cessa et de par les bruits de frottements qu'il put percevoir, il supposa que ce qui avait été découpé avait été mis dans le liquide qui était toujours en train de bouillir. Il entendit ensuite des sons lui évoquant des objets que l'on déplaçait, certains étant probablement en verre, puis des mouvements… des bruits de pas qui venaient vers lui.

Il sentit le matelas sous lui s'affaisser, signe que la mystérieuse personne qui était avec lui venait de s'y asseoir. Quelque chose passa sous sa tête, certainement une main, et le contraignit à la redresser légèrement. Quand il perçut contre sa lèvre inférieure la texture du verre, il s'obstina à garder la bouche fermée, comprenant que l'on cherchait à lui faire boire un liquide et, vu dans quelle position il se trouvait actuellement, il avait des doutes sur ce qu'on essayait de lui faire ingérer.

Pendant un instant, Flynn crut que cet individu avait laissé tomber son idée, ce dernier ayant retiré sa main. Seulement, quand il sentit qu'on lui tenait la mâchoire, il comprit que non et alors qu'il s'apprêtait à serrer les dents, il ne put s'empêcher de laisser échapper un hoquet de surprise quand il perçut le contact de lèvres ayant été posées contre les siennes. Ayant involontairement ouvert la bouche, il sentit un liquide au goût amer se glisser à l'intérieur puis couler dans sa gorge, le faisant tousser après coup.

Quand cessa ce contact physique un peu trop intime à son goût, un sifflement commença à lui brouiller son ouïe puis fut suivi par une sensation d'engourdissement dans ses membres. Il ne lui fallut que peu de temps pour sombrer dans les méandres du sommeil…

-§-

Rita n'avait pas cherché à dissuader son amie d'aller dans la forêt. Elle savait que Judith irait et ce, peu importe ce qu'on lui dirait. Cependant, le fait que Repede ait été drogué était particulièrement troublant et problématique. Il s'en était remis mais vu comme l'animal avait du mal à manger, la jeune fille comprit qu'il n'y avait pas eu que de la valériane dans sa nourriture, ce qui la poussa à réexaminer ses réserves.

Quelque chose la titillait depuis un moment et elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Elle était certaine que l'on s'était servi parmi ses ingrédients mais les quantités n'étaient pas facile à remarquer, comme si elles avaient été minutieusement calculées. De plus, certains n'avaient même pas été touchés, comme si le voleur savait parfaitement ce dont il avait besoin.

Alors qu'elle marchait de long en large, Rita heurta accidentellement Repede, allongé au sol pour dormir, et, déséquilibrée, se rattrapa à la nappe de sa table, ce qui fit qu'elle tomba au sol avec tout le bazar qui se trouvait sur le meuble de bois.

« Manquait plus que ça… » marmonna-t-elle en se relevant puis en ramassant ce qui était à présent par terre.

En voyant un vieux livre à la couverture de cuir noir sur laquelle était écrite en lettres d'argent « Breuvages sombres », un déclic se fit dans son esprit. Rita avait trouvé par hasard ce bouquin le mois dernier, mélangé maladroitement avec les affaires de Cumore. Elle était certaine qu'il n'appartenait pas à feu l'antiquaire car ceci était un ouvrage de magie noire et il aurait dû être caché en lieu sûr et non rangé parmi les autres livres de la bibliothèque.

La jeune fille feuilleta rapidement le grimoire et stoppa quand elle vit la recette d'une double potion, les dessins associées représentant une fiole contenant une fleur fraîche et une seconde fiole contenant un serpent. En lisant la liste des ingrédients, elle constata que cela correspondait en grande majorité à ce qu'on lui avait volé.

« Mais pourquoi vouloir faire cette potion ? » se demanda-t-elle à voix haute tout en continuant sa lecture. « La potion d'échange vital nécessite environ un mois de préparation avant d'être séparée en deux récipients bien distincts. Le premier doit contenir une fleur fraîchement coupée et non fanée tandis que le second doit posséder en son sein une vipère, de préférence morte pour éviter tout accident. Ces deux breuvages fonctionnent en réalité en une seule et unique potion : une fois un des deux utilisés, l'autre doit impérativement l'être lui aussi dans les quinze jours qui suivent sous peine de perdre ses pouvoirs voire d'annuler les effets de toute la potion si c'est la fiole de vie qui a servi en premier. La fiole de vie ressuscite une personne récemment décédée et celle de mort prend le souffle vital de celui qui sera sacrifié pour ramener définitivement le défunt parmi les vivants. »

Pas bon… Pas bon du tout… La fiole de mort – très certainement celle contenant la vipère – devait certainement être un poison mortel et, de par le fait qu'aucune mort par empoisonnement n'ait encore été signalée à Aspio, Rita avait toutes les raisons de penser que son voleur ne s'en était pas encore servi…

-§-

Le bras douloureux et la tête dans un état similaire, Judith se réveilla difficilement, ne comprenant pas tout de suite pourquoi elle n'était pas chez elle. En réalisant à quel point son bras lui faisait mal, elle se souvint qu'elle était dans la forêt et que, alors qu'elle se tenait au milieu d'une petite clairière, elle avait été prise pour cible par deux personnes se cachant dans les bois.

Elle analysa l'endroit où elle se trouvait ainsi que son état général. Elle était dans un abri improvisé manifestement, le sol étant composé de grosses branches qui avaient été sciées puis attachées ensemble tandis que le toit était une sorte de tenture en peau d'animaux. Elle avait d'ailleurs l'une d'elle en guise de couverture et son bras droit avait été soigneusement bandé. Le bandage fait d'un tissu qui devait probablement être blanc à l'origine commençait tout juste à rougir.

La jeune femme se releva doucement, grimaçant face à la douleur. Elle poursuivit son observation et autant le sac de cuir sombre ne lui parut pas étrange, autant l'échelle de corde était des plus singulières, tout comme le sol de cet abri.

Une idée lui vint soudain et elle releva suffisamment l'un des pans de cette drôle de tente pour glisser sa tête en dehors, ce qui lui permit de confirmer ce qu'elle pensait : cet endroit avait été installé dans un arbre, suffisamment bas pour pouvoir descendre facilement si nécessaire et assez haut pour ne pas risquer qu'un prédateur puisse y venir.

Qui que soit celui qui avait construit cela, il avait visiblement peu envie qu'on ne le trouve et comptait rester un petit moment.

« Quand vous aurez fini de jouer les curieuses, vous pourriez m'envoyer cette fichue échelle que je puisse enfin grimper ? »

Judith, en entendant cette phrase, remarqua l'homme en bas, son visage en grande partie couvert par une épaisse écharpe de laine sombre et qui portait un sac de toile sur une épaule ainsi qu'un carquois et un arc sur l'autre. Elle obéit sans hésiter, se doutant que ce type était celui qui, bien que douloureusement, lui avait évité de finir avec des plombs dans le corps.

L'individu monta avec un peu de difficulté, grognant à chaque fois qu'il appuyait sur son pied gauche. Elle s'écarta pour le laisser rentrer dans la tente et poser ses affaires, lui permettant ainsi de voir que cet homme devait avoir au moins la quarantaine, ses cheveux brun clair étant parsemés de touches de blanc et ses yeux d'un gris anthracite étant marqués par de légères pattes d'oies. Sa peau n'était ni claire ni foncée, plutôt intermédiaire, mais ce qui était surtout remarquable était la cicatrice qu'il avait près du coin droit de sa lèvre supérieure et la balafre qui parcourait toute sa joue droite, en partie cachée par une barbe de trois jours.

Il posa assez brutalement le sac avant de l'ouvrir, en sortant du pain, un jambon et des carottes.

« J'ai rien de chaud à te proposer aujourd'hui donc je te conseille de faire avec en attendant demain que mon pied aille mieux. » déclara-t-il avant de sortir un couteau et de commencer à découper une tranche de pain suivi d'une de jambon.

Jugeant qu'il n'était pas dangereux pour elle, Judith prit la nourriture que lui tendait cet étrange homme des bois et mordit à pleine dents dedans. Elle le regarda ôter sa botte gauche ainsi que la chaussette de laine recouvrant son pied et pu voir que ce dernier avait des marques rouges sur la cheville, typiques de celles que l'on pouvait avoir lorsqu'on avait le malheur de poser son pied sur un piège à renard ou un vieux piège à ours. Pas étonnant qu'il ait mal…

« J'ignorais que quelqu'un vivait dans ces bois. » fit-elle remarquer innocemment afin d'engager la conversation. « En même temps, plus grand monde ne s'aventure aussi loin en forêt à présent. »

« Ça ne fait que quelques jours que je suis revenu dans le coin. » précisa l'homme tout en soignant son pied blessé. « Sauf que j'avais pas prévu que l'on m'aurait piqué ma cabane en mon absence. En même temps, après tout ce temps, ça devait bien arriver. »

« Une cabane ? Je ne savais pas qu'il y en avait une dans la forêt. »

« Il faut bien quatre heures de marche pour la trouver et encore, il faut passer aux bons endroits. Autrement, le trajet se rallonge de beaucoup car le terrain est moins facile à aborder. »

Pas étonnant qu'elle n'en savait rien jusque-là. Si cette cabane se trouvait au fond des bois, l'accès n'y était pas évident à cause du fait qu'il y avait une grande paroi rocheuse assez difficile à escalader et que le reste de la forêt était au-dessus de celle-ci. Comme la route pour aller à cet endroit demandait déjà plus de trois heures de marche depuis Aspio, personne n'avait vraiment cherché à grimper là-haut. Cependant, si cet homme disait vrai, il devait y avoir un moyen d'y parvenir sans devoir faire de l'escalade et ce, dans un temps correct.

Par contre, si cette cabane se trouvait à cet endroit, qui d'autre avait réussi à y aller ? Se pourrait-il…

« Qui exactement y a élu domicile ? » demanda-t-elle sans cacher sa curiosité. « J'imagine que vous avez dû le voir. »

« Juste de loin mais… » commença à répondre l'homme avant de s'interrompre, pensif. « Maintenant que j'y pense, y en avait pas autant de cette fichue plante à l'époque. La bruyère, je veux bien mais ça, à moins que le terrain soit devenu plus humide, c'est pas très net. »

Il la fixa brusquement de ses yeux gris, fronçant les sourcils d'une façon qui était étrangement familière à la jeune femme. Manifestement, il commençait à se méfier et elle ne pourrait plus rien tirer de lui comme informations. A contrario…

« Tu sais ma jolie, maintenant, j'aimerais beaucoup savoir ce que tu foutais dans ce coin de la forêt et pourquoi mon squatteur a tenté de te buter. » déclara-t-il avec un sourire presque carnassier. « T'as intérêt à me dire la vérité car même si mon pied me fait mal, vu ton état, j'arriverai sans problème à te régler ton compte s'il le faut. »

« Je cherchais des amis à moi qui ont disparus lors de la dernière pleine lune. » répondit-elle avec franchise, estimant qu'elle n'était pas en position de bluffer actuellement.

Le sourire de prédateur de son interlocuteur se changea en une expression d'inquiétude mêlée à une profonde curiosité. Il était manifestement très intéressé par ce qu'elle venait de lui dire mais, derrière cela, se cachait une certaine crainte qui lui laissait penser que cet homme savait peut-être quelque chose et que ceci, d'une certaine façon, lui faisait peur.

« Y en a encore qui sont venus à Aspio foutre leur nez pour chercher cette chose ? » demanda-t-il, une lueur de crainte au fond du regard.

« Cela fait un moment qu'il n'y a pas eu d'étrangers au village. » fit-elle remarquer sans dissimuler son étonnement, ce qui laissa perplexe son interlocuteur.

« Mais qu'est-ce-que c'est que ce bordel… »

Il marmonna quelque chose qu'elle ne parvint pas à comprendre, ses paroles ressemblant plus à des grognements canins qu'à des mots. Manifestement, quelque chose dans ce qu'elle venait de lui déclarer semblait ne pas être normal du tout à ses yeux. Pourquoi donc ?

Soudainement prise d'une sensation de vertige, Judith détourna son attention de l'homme pour la reporter sur son bras blessé, constatant que le bandage était plus rouge qu'il ne l'était tout à l'heure. Elle vit les mains de l'inconnu défaire le morceau de tissu, dévoilant une plaie maintenue fermée par des points de suture. Cependant, un des points n'avait apparemment pas tenu.

« Je m'occupe de ça et on reprendra cette discussion plus tard. » fit-il avant de lui glisser ce qui devait être un morceau de tissu plié plusieurs fois sur lui-même entre les dents tout en la poussant à se rallonger.

-§-

Quelle heure et quel jour était-il quand, pour la troisième fois, il se réveilla dans ce lieu qui sentait la mort ?

Cette fois-ci, Flynn n'entendait aucun son lui indiquant que quelqu'un était en train de faire quoique ce soit ou que quelque chose était en train de cuire. Excepté sa propre respiration, il ne percevait rien d'autre, ce qui tendait à lui laisser penser qu'il était seul à présent.

Il profita donc de l'occasion pour tester ses libertés, constatant que si ses poignets étaient entravés à la tête de lit, ses chevilles étaient juste attachées ensemble avec une corde, faisant qu'il pouvait plier ses jambes et, s'il se débrouillait bien, déplacer ce bandeau qui lui masquait la vue.

Il exécuta donc son idée et, avec ses genoux, poussa vers le haut de sa tête ce tissu lui cachant les yeux avec succès.

Enfin, il y voyait de nouveau ! Mais de par la pénombre ambiante et le peu de lumière que laissait passer la fenêtre, il en conclut qu'il faisait nuit. Il voyait les dernières braises d'un feu de cheminée qui luisaient très faiblement, signe que la personne qui l'avait allumée n'était plus présente pour l'entretenir depuis un bon moment. Le vase était, semblait-t-il, toujours à sa place mais, sous la fenêtre, il lui semblait discerner une forme plutôt massive. Le manque de luminosité ne lui permettait pas de deviner ce que cela pourrait être et il reporta donc son attention sur ce qui lui entravait les poignets.

Malheureusement pour lui, il était littéralement enchaîné à la tête de lit et cette dernière était, elle aussi, faite de métal. Par contre, la texture peu régulière de cette surface contre sa peau lui laissa penser qu'elle était peut-être rouillée ou, du moins, en partie.

La tache risquait d'être fatigante et il n'avait aucune idée de l'endroit où se trouvait la personne qui le retenait prisonnier donc autant mettre à profit le temps qu'il avait pour tenter de faire céder ses chaînes. Avec de la chance, en tirant assez fort dessus, il parviendrait à se libérer.

-§-

Le monde de grisaille était de retour. Yuri ne l'avait pas tout de suite remarqué qu'il n'était plus dans cette pièce où il était retenu prisonnier, ses pensées toujours focalisées sur ce qu'il s'était passé lors de cette nuit de pleine lune.

Il ne réalisa le changement de décor que quand il vit passer la silhouette bien familière d'Alexei Dinoai, affairé à lire ce qui ressemblait fort à une lettre. De par le mobilier, il en conclut assez facilement qu'il voyait le bureau du chef du village avec une petite bibliothèque parfaitement rangée et un guéridon près de la fenêtre sur lequel étaient posé une carafe d'eau et un verre.

Jusqu'ici, excepté son aîné très concentré sur sa lecture et les rideaux qui bougeaient légèrement, il ne se passait rien d'extraordinaire.

Cependant, lorsqu'Alexei tourna le dos à la fenêtre, une main surgit de derrière le rideau. Elle tenait une fiole à l'intérieur de laquelle se trouvait une vipère baignant dans un liquide que Yuri ne pouvait pas définir et dont elle versa le contenu dans la carafe avant de retourner là d'où elle venait.

Un éclair de compréhension saisit le brun et, par réflexe, il voulut renverser la carafe mais, n'étant pas dans la réalité, il ne fit que passer au travers, tel un fantôme.

Puis vint le moment où son aîné se servit un verre d'eau.

Ne pouvant rien faire d'autre, Yuri garda ses yeux fixés sur le visage d'Alexei, voyant son expression neutre se muer, après avoir avalé la dernière gorgée du breuvage empoisonné, d'abord en une légère grimace de dégoût puis, au bout de quelques secondes, se transformer en un air de pure stupéfaction.

Manifestement, il venait de réaliser que quelque chose n'allait pas mais c'était trop tard, sa respiration étant devenue plus difficile et des perles de sueur commençant à apparaître sur sa peau.

Il s'écroula au sol à un moment, entraînant avec lui le guéridon et faisant se fracasser par terre la carafe ainsi que le verre. Sa main droite vint enserrer sa gorge, la gauche venant se poser sur son torse tandis qu'il cherchait à aspirer de l'air, n'y parvenant visiblement pas.

Lorsque la personne cachée derrière le rideau se décida à se montrer à sa victime, Alexei la regarda avec une expression de surprise moins forte que ne l'aurait pensé Yuri, comme si son aîné s'attendait à mourir mais, visiblement, il n'aurait pas imaginé que cela se passerait ainsi.

Quand enfin le chef du village rendit son dernier souffle, le jeune homme put voir que les traits de son visage n'exprimaient qu'une seule chose : une souffrance extrême.

Il leva les yeux vers la silhouette de son assassin et réalisa qu'elle était enveloppée d'une cape noire qui, de par ce qu'il voyait en bas, devait dissimuler une robe rouge sous laquelle se trouvait un jupon blanc et qui lui était horriblement familière.

-§-

Depuis combien de temps tentait-il de faire céder ses chaînes ? Un bon moment s'il se fiait au fait que la pénombre se faisait petit à petit chasser par la lumière du jour.

Après de multiples essais infructueux, Flynn ne put que constater qu'il n'y parviendrait pas, ses forces n'étant plus ce qu'elles étaient avant la pleine lune et ses entraves étant plus résistantes qu'il ne l'avait imaginé. Il n'avait donc aucun moyen de se libérer.

Il parcourut la pièce des yeux, profitant qu'il puisse à présent mieux distinguer ce qui s'y trouvait, quand il réalisa que la masse étrange sous la fenêtre était en fait une personne dont la tête était recouverte d'un large sac de toile et dont le corps, probablement en position assise, était en grande partie recouvert par une couverture de laine sombre.

Cela pouvait être n'importe qui au premier abord mais en voyant cette longue mèche de cheveux noirs, Flynn n'avait aucun doute sur l'identité de ce qui semblait fort être un autre prisonnier : c'était Yuri.

« Yu… » commença-t-il avant de se stopper, prenant conscience que sa voix était pratiquement éteinte et sa gorge sèche.

Il fallait impérativement qu'il trouve un moyen pour faire du bruit mais, avec ses mains enchaînées à cette tête de lit en métal, il ne pouvait utiliser que ses jambes. Le pied de la table était trop loin pour qu'il puisse la faire tomber mais peut-être que la chaise…

Il tenta le coup, tendant au maximum sa jambe pour atteindre le meuble de bois. Quand ses orteils entrèrent en contact avec, il s'avança encore plus, tirant sur ses chaînes pour gagner quelques centimètres. Puis il la poussa brutalement contre la table, parvenant à la faire bouger suffisamment afin que le vase se trouvant dessus chute puis roule jusqu'au sol, faisant un son bien métallique qui le fit sursauter.

En entendant une sorte de grognement, Flynn sut qu'il avait réussi.

L'autre personne se mit à bouger et, réalisant très certainement que quelque chose n'allait pas, elle se débattit et sortit de sous la couverture ses mains liées pour ôter le sac de toile se trouvant sur sa tête, révélant ainsi le visage mi-endormi et mi-paniqué de Yuri.

« Qu'est-ce que… » fit-il avant de remarquer la présence du blond. « Flynn ? Mais… »

Le brun s'interrompit de nouveau, visiblement occupé à observer les lieux ainsi que leurs conditions respectives de détention : si Flynn était actuellement enchaîné au lit sur lequel il avait certainement dû rester allongé un bon moment, Yuri avait ses poignets maintenus ensemble par une corde et, de ce qui était à présent visible après que la couverture soit tombée, sa cheville droite reliée à une espèce de crochet rouillé au mur par une chaîne qui devait faire trente centimètres de longueur tout au plus.

Son premier réflexe fut de tirer brièvement sur le lien métallique qui réduisait ses mouvements. Celui-ci, au dernier coup, se brisa net, le fer n'étant manifestement plus en assez bon état à cet endroit. Il se releva rapidement et vînt immédiatement vers lui, essayant de faire de même avec ses liens à lui.

« Hngh… Cette saleté est pas assez rouillée. » ne put que constater son ami avant de reporter son attention sur lui. « Ca va Flynn ? »

Il voulut lui répondre mais sa gorge étant sèche, sa réponse ne fut pas des plus claires. Yuri sembla comprendre le problème et se mit à chercher de quoi boire. Il le vit mettre la main sur ce qui ressemblait manifestement à une bouteille de vin rouge puis il versa une partie du contenu dans un gobelet avant de le sentir. Il revint ensuite vers lui et l'aida à se relever.

« C'est pas de l'eau mais ça devrait faire l'affaire en attendant. »

Honnêtement, il n'était vraiment pas habitué à boire du vin et il n'avait jamais vraiment su l'apprécier mais là, bien qu'il savait que la soif allait bientôt le reprendre, il accueillit avec bonheur cette boisson qui lui permettrait enfin d'assécher le désert qu'était devenu sa gorge.

« Merci… » fit Flynn une fois qu'il eut terminé. « Faut que tu t'en ailles avant que celui qui nous a fait ça ne revienne. »

Pendant un instant, il crut, en n'entendant aucune remarque, qu'il allait être écouté du premier coup mais en réalisant que Yuri s'était mis de nouveau à fouiller les lieux, il comprit que ce n'était pas le cas…

« Mais qu'est-ce-que tu fiches au juste ? » demanda-t-il avant de réprimer une grimace de dégoût, l'aconit que contenait le vase étant tombé plus près de lui qu'il ne l'avait cru.

« Je cherche la clé. » lui répondit le brun tout en grognant, gêné qu'il était par ses mains encore attachées. « Y en a forcément une… »

« Si tu ne t'en va pas tout de suite, on sera tous les deux coincés ici ! »

« Et tu penses sérieusement que celui qui nous a amenés ici va te garder en vie en voyant que je me suis tiré ? »

« Au moins, tu seras en sécurité ! »

« Et tu crois vraiment que ça va me plaire de me retrouver dans une maison vide après ! »

Son ami s'étant retourné, il put constater que ses yeux gris luisaient de colère. Il le vit ensuite tenter de se libérer les poignets avec le couteau qui était sur le plan de travail, près de ce qui ressemblait fort à un chaudron.

Le brun ayant réussi à trancher la corde, il s'apprêtait à reprendre sa recherche de la clé quand il remarqua que son regard s'était fixé sur le mur derrière la tête de lit. Flynn dût se contorsionner un peu pour faire de même et il vit, au-dessus de lit, un bouquet de fleurs séchées fixé au mur et qui, avec la lumière s'étant légèrement intensifiée, possédait un étrange point brillant.

Yuri alla décrocher cette vieille composition florale du mur – le blond eut la nausée quand il réalisa quelles fleurs c'était – et la défit, dévoilant une petite clé en fer qui était cachée à l'intérieur. Il se dépêcha de la tester et, avec joie, constata que c'était la bonne. Il l'inséra ensuite dans la serrure de la chaîne qu'il avait à la cheville et celle-ci s'ouvrit sans opposer de résistance.

« Faut pas qu'on reste là ! »

Ils se précipitèrent vers la porte d'entrée mais, une fois celle-ci ouverte, Flynn fut submergé par des vertiges, accompagnant cette sensation de malaise qu'il avait déjà au départ. Son ami s'en aperçut, constatant qu'il s'appuyait sur la vieille rampe de bois.

« Qu'est-ce-qu'il y a Flynn ? » lui demanda le brun, ne comprenant apparemment pas ce qu'il lui arrivait subitement.

« Aconit… » fut le seul mot qu'il parvint à prononcer avant d'être de nouveau victime de nausées.

Après deux secondes de latence, il vit Yuri examiner rapidement la flore près d'eux puis, sans prévenir, il lui attrapa le bras et le passa autour de sa nuque.

« Appuie-toi sur moi le temps qu'il faut. Je m'occupe de te sortir de là. »

Le blond aurait aimé lui répondre mais l'odeur de l'aconit lui montait de plus en plus à la tête, au point qu'à un moment, il perdit complètement connaissance…

-§-

Quand il fut réveillé par la main d'Estellise sur son épaule, Duke remarqua que le jour s'était levé depuis un bon moment et qu'ils n'étaient qu'à quelques mètres d'Aspio. Encore une fois, il ne put que constater qu'il n'aurait pas son quota d'heures de sommeil et il doutait fortement de pouvoir dormir tranquillement durant leur séjour.

A l'instant où la charrette de Raven se stoppa, il en descendit et tendit sa main à la jeune fille pour qu'elle puisse en faire de même.

« Et vous voici dans notre humble hameau… » lança le trentenaire en observant les alentours avec un certain étonnement.

« Ça m'a l'air assez… calme je dois dire. » déclara celle aux cheveux roses en constatant le peu d'activité à cette heure de la journée.

« Bizarre… D'habitude il vient tout de suite me voir… »

Duke haussa légèrement un sourcil en entendant cela. Manifestement, quelque chose clochait et son instinct lui disait que cela ne s'arrêterait pas là.

Il repéra, en train de marcher à côté d'un chien au pelage bleu et blanc, la petite silhouette de Rita Mordio, très reconnaissable à ses courts cheveux châtain et à sa veste rouge vif. Visiblement, elle semblait perdue dans ses pensées et l'animal la suivait comme son ombre.

« Ohé Rita ! » fit Raven une fois descendu de sa charrette, agitant sa main au-dessus de sa tête.

Si la jeune adolescente ne semblait pas l'avoir entendu, son compagnon à quatre pattes, lui, avait bien remarqué que la jeune fille était appelée. Il attrapa dans sa gueule un des pans de sa veste et tira dessus jusqu'à ce qu'elle sorte de son intense réflexion.

« Que… Mais lâche-moi Repede ! » râla-t-elle en tirant sur son vêtement pour que le chien lâche sa prise. « Tu ne vois pas que je n'ai pas envie de jouer ? J'essaie de comprendre ce qui est arrivé ces derniers jours ! »

« Mademoiselle Mordio. »

Pendant qu'elle tentait de se libérer, Duke s'était rapproché d'elle jusqu'à ce qu'environ un mètre les séparent. Quand elle l'entendit, elle se tourna vers lui, son visage trahissant l'étonnement qu'elle avait de le voir ici.

« Vous ? Mais… » commença-t-elle avant de se reprendre. « En fait, vous tombez au bon moment. Je crois que nous avons fait fausse route depuis le début ! »

« C'était justement la raison de notre venue. » dit-il en désignant Estellise d'un signe de tête qui, étrangement, avait le regard fixé sur une chaumière qui possédait deux étages. « Un problème Estellise ? »

Sa compagne de voyage ne répondit pas. Elle se rapprocha de quelques pas de la maison en question, Repede l'imitant. Puis soudain, le chien se mit à grogner tandis que la jeune femme serra ses bras contre sa poitrine, le corps tremblant manifestement de peur. Duke alla la rejoindre, suivi de Raven et de Rita, pour comprendre ce qu'il se passait.

« La mort… » prononça-t-elle d'une voix blanche. « Quelqu'un est mort ici… »

« Maintenant que j'y pense, je n'ai pas vu Alexei… » réalisa la plus jeune.

D'un commun accord, les deux hommes tentèrent d'entrer dans la demeure du chef du village mais la porte était fermée à clé. Leur seule solution fut de l'enfoncer jusqu'à ce qu'elle finisse par s'ouvrir, cédant face à leurs assauts. Raven s'attela à fouiller le rez-de-chaussée tandis que Duke monta à l'étage où, étrangement, la température était plus basse.

Quand il ouvrit la porte de ce qui devait être à la fois une chambre et un bureau, il ne fut guère surpris d'y trouver le cadavre d'un homme mais, ce qui l'intrigua, c'était la position du corps, comme s'il avait eu une mort particulièrement douloureuse. Un examen rapide de la pièce l'aida à comprendre ce qui devait être la cause du décès : les morceaux de verre au sol ainsi que le guéridon renversé et l'absence de sang pointaient vers l'empoisonnement. Il remarqua aussi que la fenêtre la plus proche était mal fermée, expliquant ainsi pourquoi il faisait plus froid ici que dans le reste de la demeure.

Puis, en baissant de nouveau les yeux, il vit, à demi-cachée par les longs rideaux sombres, une fiole de verre qui était intacte. Il la ramassa et nota ainsi qu'exceptée la vipère morte qui se trouvait à l'intérieur, elle était vide mais que, très certainement, c'était elle qui devait avoir contenu le poison qui avait tué cet homme.

En entendant que l'on montait les marches, Duke se retourna et vit Rita et Raven venir le rejoindre. Quand ils aperçurent le corps du chef du village, aucun ne cacha sa surprise mais la cadette avait l'air particulièrement choquée de voir ce qu'il tenait dans sa main.

« Où avez-vous trouvé ça au juste ? » demanda-t-elle, une lueur inquiète au fond de ses yeux verts.

« Derrière le rideau. » répondit-il en toute neutralité.

C'était clair et net : cette fiole la dérangeait bien plus que le cadavre. Et quelque chose lui disait qu'il n'allait pas tarder à savoir pourquoi.

-§-

Celui qui avait fait d'un de ses maîtres un loup-garou avait trouvé la mort, il le sentait. Et vu que tous deux manquaient encore à l'appel ainsi que Judith, Repede savait qu'il devait récupérer ce livre mais pas certain que Rita comprenne à quel point cet ouvrage était important vu comme il leur était difficile de communiquer.

Cependant, cette fille avait une odeur qui lui rappelait celle de cet homme et de son maître. Il ne l'aimait pas vraiment mais peut-être que…

Profitant que tous les autres étaient entrés dans la demeure du chef du village, il lui demanda de but en blanc si elle le comprenait. Elle tourna la tête vers lui.

« Parfaitement oui. » lui répondit-elle, l'air un peu surprise par cette question. « Y-a-t-il un problème ? »

Il lui expliqua rapidement que le propriétaire de cette chaumière lui avait confié quelque chose au cas où et qu'il devait à présent le récupérer. Par contre, étant un chien, il ne pouvait pas en lire le contenu et il sentait que c'était très important.

La jeune fille hocha la tête pour lui montrer qu'elle avait bien compris. Il lui demanda ensuite de le suivre, ce qu'elle fit sans hésiter. Ils contournèrent quelques bâtisses puis passèrent l'entrée du village menant à la forêt. Ils n'eurent pas à beaucoup s'enfoncer dans les bois pour retrouver le trou dans lequel il avait caché le livre avant de le reboucher.

A eux deux, ils creusèrent jusqu'à pouvoir récupérer l'ouvrage à la reliure abîmée. Il lui expliqua ensuite tout ce qu'il savait sur les évènements d'Aspio, précisant que, pour protéger le secret de son maître, il avait volontairement ignoré les autres loups-garous et ordonné aux autres animaux de faire de même. Il lui parla aussi de ses inquiétudes et de ce qui lui était arrivé.

« Hmm… » fit-elle, réfléchissant. « Je n'ai connu que Flynn donc je ne peux pas vraiment me prononcer concernant Yuri. Je sais que Duke l'a rencontré mais il pense à présent s'être trompé dans son analyse. Et si tu me dis qu'il n'a pas une odeur de loup-garou pour toi, c'est que c'est très certainement vrai. Après, je sais qu'il a pris de l'élixir tue-loup dans sa jeunesse mais j'en sais peu à ce sujet. »

Elle commença à feuilleter le livre, le lisant très certainement en diagonale. Soudain, elle stoppa, quelque chose l'ayant frappée. Elle sortit de son sac de toile un carnet et en tourna les pages jusqu'à trouver celle qu'elle recherchait pour ensuite la comparer avec celle du livre.

« Duke avait raison pour Tarquaron mais jamais nous n'aurions pu… » commença-t-elle, visiblement en train de mettre bout à bout les différentes informations qu'elle avait. « Non… Son analyse était bonne de par les informations qu'il avait mais si ce qu'Alexei a écrit dans ce journal est vrai, elle était en fait juste en partie erronée. »

Repede ne lui demanda pas de précisions. Il se doutait bien qu'il n'allait pas tarder à savoir ce qu'elle avait découvert et il lui montra le chemin de la demeure de Rita, certain que tout le monde allait se réunir là-bas.

-§-

Plus il y réfléchissait et plus il ne voyait qu'une chose qui avait pu tuer Alexei : l'aconit. Cependant, Yuri ne parvenait pas à comprendre comment un loup-garou en pleine possession de ses moyens avait pu ne pas sentir l'odeur d'une plante qui avait un parfum de mort pour lui.

C'est en se souvenant de la vipère dans la fiole qu'il eut le déclic : le serpent avait dû en annihiler l'odeur, faisant qu'il ne pouvait pas savoir qu'il allait mourir d'un poison qui n'était pas réputé pour agir en un éclair mais plutôt pour faire souffrir intensément quiconque en ingurgitait.

Par contre, pour faire cela et assister à l'agonie de la victime, cette femme devait vraiment détester Alexei. Qu'avait-il pu lui faire ou qu'est-ce qu'elle pouvait bien haïr le concernant pour choisir une mort pareille ? Et pourquoi ne voyait-il jamais son visage ?

« Un problème Yuri ? »

La grisaille… Encore une fois, il ne s'en était pas aperçu et il était à présent dans les bois, envahis de couleurs ternes, faisant face à cette mystérieuse femme, seul élément qu'il voyait en couleur. Sa cape couvrait moins bien sa longue robe rouge et le jupon blanc qui se trouvait en dessous. De plus, il voyait ses mains très blanches qui tenaient un bouquet d'aconit.

« Qui êtes-vous ? »

Il ne s'attendait pas vraiment à avoir une réponse vu comme elle l'avait fui depuis le départ. Cependant, quelque chose lui disait qu'il allait enfin savoir à qui il avait affaire…

Il entendit un léger rire qui lui fit froid dans le dos. Puis, laissant tomber le bouquet au sol, elle vint prendre délicatement les pans de sa capuche et lui dévoila enfin son visage… qu'il aurait honnêtement préféré ne jamais voir.

-§-

La douleur était encore présente mais elle arrivait à faire avec. Par contre, sans aide, elle ne pouvait pas descendre de cet arbre, raison pour laquelle elle dut laisser l'homme des bois la ramener sur la terre ferme quand il eut allumé un feu de camp et rapporté du gibier. Durant leur repas, elle lui raconta tout ce qu'il s'était produit à Aspio.

« … Et comme personne ne souhaitait tenter sa chance dans les bois, j'ai décidé d'y aller seule. » termina-t-elle en dévorant un morceau du lapin qu'avait fait cuire l'homme. « Puis vous connaissez la suite… »

« Ouais… C'est pas net ça… » dit-il en mâchant un bout de pain. « Tu m'assures que y a que des gens de ton village qui se sont fait tués et ça, c'est pas normal. Logiquement, ça aurait dû être les étrangers qui auraient dû se faire bouffer mais là, c'est qu'il y en a un qui a fait une sacrée connerie… »

« Qui donc ? »

« Alexei bien entendu. Je lui ai dit il y a plus de vingt ans de la buter mais à tous les coups, il m'a pas écouté ce crétin… »

Elle ? Judith ne connaissait pas beaucoup de femmes dans le village qui pourraient avoir l'âge d'Alexei et sa santé. Se pourrait-il que ce soit la personne qui habite à présent la cabane dont il lui a parlé la veille ? Cela expliquerait tout.

« Avant que j'oublie ma jolie, t'as un nom ou je t'appelle selon mon envie du moment ? » demanda-t-il de façon brusque.

« Oh oui. » réalisa-t-elle, se souvenant qu'ils ne s'étaient pas présentés. « Appelez-moi Judith. »

« Judith ? Un peu chiant à prononcer je trouve mais je m'y ferai. »

… Elle avait déjà entendu cette phrase quelque part et dans la bouche d'une autre personne. La fin n'était pas la même mais c'était presque comme si elle avait fait un bon de plusieurs années en arrière. Cette coïncidence était très troublante mais vu ses déclarations et l'âge qu'il semblait avoir…

« De mon côté, j'en ai pas vraiment à l'origine. Après qu'ils m'aient trouvé dans les bois de Tolbaccia gamin, ils m'ont ramené à Danghrest et j'en ai reçu un sans trop qu'on me demande mon avis dessus. Donc pour faire court, tu peux m'appeler Adam. »

Un authentique homme des bois et, vu la ville qu'il avait mentionné, probablement mercenaire. Pas tous les jours que l'on pouvait croiser ce genre d'individu.

« Pour en revenir au sujet précédent Adam… » fit Judith pour retourner au sujet initial, bien qu'elle était très curieuse de confirmer son intuition sur cet homme. « Cette femme dont vous parlez, qui est-ce au juste ? »

« Elle ? » dit-il, cette lueur craintive étant revenue au fond de ses yeux gris. « Une chose que j'ai eue la mauvaise idée d'amener ici après que ce salopard de Ragou lui ait fait je ne sais quoi ! Et dire que je la croyais seulement malade au départ… »

« Ragou ? Qui est cet homme ? »

Adam semblait réfléchir à s'il devait lui répondre ou non. Il hésita un moment avant de faire un geste vif de la main.

« Un type pour qui j'ai bossé il y a plus de vingt ans. » dit-il en lui faisant un signe pour lui indiquer qu'il n'avait pas terminé. « Au départ, je gardais juste sa piaule et, comme avec tous ses hommes de main qu'il avait sur place, il nous payait avec les filles qu'il forçait à se prostituer. Personnellement, je choisissais toujours la même car elle était un peu plus jeune que les autres et qu'elle m'apprenait à lire. Puis un jour, il m'a demandé de faire du repérage près d'Aspio pour trouver des traces d'un truc bien précis en échange d'un petit pactole. Ce qu'il a pas prévu, c'était que je lui demande la fille en paiement. »

« Généralement, les mercenaires aiment bien l'argent. » remarqua Judith. « Sauf que j'imagine que pour quelqu'un capable de survivre en pleine nature, c'est un peu superflu. »

« T'auras beau avoir tout l'or du monde, si t'es paumée au milieu de nulle part et que t'as que ça, ça sert à rien. Je crache pas complètement dessus non plus mais à ce moment-là, la fille avait plus de valeur qu'un bon paquet d'oseille. »

« Donc si j'ai bien compris votre histoire, cet homme n'a pas apprécié votre proposition. »

Un grognement échappa à Adam à cette phrase.

« Sur le coup, oui. » dit-il avant d'avaler la dernière bouchée de son repas. « Sauf qu'il s'était étrangement adouci le lendemain. J'ai fait mine de quitter Capua Nor et je suis revenu à la nuit tombée. C'est comme ça que je l'ai surpris en pleine pratique de la magie noire… »

Visiblement, ce type avait cumulé les crimes. Déjà qu'entretenir un réseau de prostitution était très mal perçu, s'il pratiquait en plus des arts interdits, c'était la mort assurée.

« J'ai pas bien saisi ce qu'il faisait exactement ce soir-là mais ce dont j'étais certain, c'était que je l'avais interrompu et qu'il n'en était pas très content. » continua Adam, un léger sourire satisfait aux lèvres qui se fana vite. « Il a tenté de me tuer avec sa magie et il aurait réussi si la fille n'avait pas planté cette dague dans sa nuque. »

« Attendez… » le stoppa Judith, souhaitant mettre un point au clair. « C'est celle dont vous parlez depuis le début ? Qu'est-ce qu'elle faisait là ? »

« Comme je l'ai dit, je ne sais pas ce qu'il cherchait à faire exactement et comme je l'ai interrompu, je serai pas étonné que j'ai fait foirer son truc. Sauf que quoi qu'il lui ait fait ce soir-là, ça devait être assez violent… »

La peur était revenue dans ce regard gris. A présent, elle savait quelle en était la source mais restait à comprendre ce qui, chez cette fille, avait pu le pousser à autant la craindre.

« Déjà avant il lui arrivait d'avoir des rêves bizarres. » déclara-t-il. « Suite à ça, elle en a eu plus qu'auparavant qui la faisait des fois hurler dans son sommeil et puis… elle faisait des choses inhabituelles dont elle ne se souvenait plus ensuite. Un jour, je l'ai enchaînée dans la cabane et j'ai attendu jusqu'à ce que… cette chose se montre. »

Judith, bien que curieuse, comprit qu'il valait mieux ne pas chercher à en savoir plus sur ce point. Cependant, un détail la titillait fortement…

« J'ai fini par faire un marché avec Alexei : je faisais croire que j'étais mort et elle venait à Aspio en prétendant qu'elle était veuve pour démarrer une nouvelle vie. Cependant, si le moindre truc louche se produisait la concernant, il devait la tuer sans chercher à savoir si elle en était bel et bien la cause ou non. » acheva l'homme des bois, terminant ainsi son récit. « Sauf que s'il a pas fait son boulot, elle doit toujours être dans le coin et elle a dû réaliser que j'étais vivant vu où était ce fichu piège… »

« Comment s'appelait-elle au juste ? » demanda la jeune femme, se doutant déjà de la réponse qu'elle allait recevoir et que ce qui allait suivre n'allait pas plaire du tout à Adam…

« Iris. Pourquoi cette question ? »

« Parce qu'en fait, elle est morte… En donnant naissance à son fils unique il y a vingt et un ans, au mois d'août. »

Judith, comme elle s'y attendait, vit son interlocuteur se figer, ne s'étant manifestement pas douté de cela. Il se mit ensuite à compter rapidement sur ses doigts avant de se lever subitement.

« Dis-moi une chose. » dit-il en serrant fortement ses poings. « Il serait pas des fois l'un de tes deux amis que tu cherches ? »

Au regard qu'il avait, elle savait qu'il avait compris et qu'il n'allait pas du tout aimer qu'elle le lui confirme. Mais elle n'avait pas le choix au vu des derniers évènements…

« Son fils unique s'appelle Yuri. Yuri Lowell. »

-§-

Il se réveilla, adossé contre un arbre, se demandant un instant ce qu'il faisait là avant de se souvenir qu'il avait perdu connaissance en s'échappant de cette cabane avec l'aide de Yuri.

D'ailleurs, Flynn se demandait où était son meilleur ami…

Il se redressa et le vit une dizaine de mètres plus loin, visiblement occupé à ramasser du bois. En observant un peu autour de lui, il vit une gourde à ses pieds et que l'emplacement pour faire un feu de camp avait été parfaitement préparé avec des pierres. Quand il vit que l'air qu'il expirait était parfaitement visible, il en conclut qu'il devait faire assez froid, ce qu'il ne ressentait pas de par sa nature de loup-garou.

Il attrapa la gourde, se demandant un instant d'où elle pouvait bien venir, puis but quelques gorgées de son contenu, pas mécontent de pouvoir étancher sa soif. Il reporta son attention sur le brun, ce dernier s'étant un peu rapproché, quand il nota un détail qu'il n'avait pas remarqué quand ils étaient dans la cabane : l'écharpe rouge. C'était pourtant quelque chose de voyant, surtout sur une veste gris sombre comme celle qu'il portait.

Et puis depuis qu'ils se connaissaient, jamais Flynn n'avait vu Yuri mettre une écharpe ou même un simple foulard. Le plus souvent, il avait la nuque dégagée.

« Ça va aller ? »

Son ami avait visiblement remarqué qu'il s'était réveillé et le regardait d'un air un peu inquiet.

« Juste un peu affamé, c'est tout. » répondit-il en se servant de l'arbre pour s'aider à se relever. « Il y a de quoi manger ? »

« Pas eu le temps de m'en occuper encore. » lui lança le brun en le rejoignant, une bonne quantité de bois sec dans les bras. « Je peux le faire si tu as besoin de te reposer. »

« Ça ira. J'ai besoin de me dégourdir les jambes. »

Bien qu'il semblait dubitatif, Yuri ne fit aucune remarque, ce qui fut assez anormal pour Flynn mais, de par le stress dans lequel ils étaient auparavant, cela pouvait ne pas être si étrange.

Sans fusil, chasser risquait d'être un peu compliqué mais il avait encore son couteau de chasse dans sa botte – étrangement, celui qui l'avait retenu prisonnier ne le lui avait pas pris - et, avec l'odorat de loup-garou qu'il possédait, il lui serait facile de repérer un animal qu'il pourrait tuer sans que celui-ci ne risque de lui échapper. Ça éliminait tout ce qui était faisans et petits animaux rapides mais il savait que s'il se débrouillait bien, il allait trouver de quoi manger avant la nuit.

Sa marche fut assez courte au final, le parfum fort d'un sanglier ayant attiré son attention… et ce dernier ayant visiblement eu très envie de lui foncer dessus. Cependant, l'animal ne comprit que trop tard son erreur quand sa cible s'écarta au dernier moment de l'arbre devant lequel il se tenait, s'assommant lui-même et permettant à son prédateur de l'achever sans se fatiguer.

Pendant un instant, Flynn se demanda pourquoi ce sanglier s'est montré si agressif quand il remarqua la présence d'un large ruisseau dont le courant rapide était bien visible. Certains chasseurs avaient mentionné que, en amont de ce cours d'eau, ces animaux avaient une tendance à attaquer quiconque s'en approchait. Quelques habitants d'Aspio avaient été blessés suite à une rencontre avec ces bêtes qui semblaient farouchement défendre leur territoire.

Un autre détail interpella le jeune homme : la présence au sol de ce qui ressemblait à des dalles de pierre.

Lors de ses nuits passées dans la forêt en tant que loup-garou, il avait déjà noté la présence de pavements similaires à divers endroits, laissant penser que quelque chose avait dû se trouver ici avant les bois. Il avait posé la question à Alexei et celui-ci ne lui avait pas répondu, se contentant juste de confirmer ses impressions.

Cependant, ici, il réalisa que les dalles étaient gravées de motifs assez difficiles à distinguer, ceux-ci ayant été très certainement effacés avec le temps et les intempéries, ce qui n'était pas le cas de celles qu'il avait vu auparavant qui étaient vierges. Amusant cette différence…

Jugeant qu'il avait perdu assez de temps, il embarqua sa prise et retourna au campement improvisé. Il constata que Yuri avait allumé le feu et qu'il était assis dos à lui, ce qui lui rappela ce détail étrange qu'était cette écharpe.

Un autre le frappa quand il fut assez proche et qu'il réalisa que son odorat n'était plus perturbé par quoique ce soit : l'odeur de la mort, au fur et à mesure qu'il s'approchait de son ami, s'intensifiait.

« Déjà de retour ? » lui demanda le brun en se tournant vers lui.

« J'ai trouvé de quoi manger plus rapidement que prévu. »

Troisième anomalie. Chasser un sanglier avec un couteau de chasse pour seule arme n'était pas recommandé pour un homme normal. Cependant, pour un loup-garou, même non transformé, ce n'était pas si difficile d'attraper une proie tant qu'elle ne s'envolait pas.

Logiquement, son ami aurait dû manifester au moins de l'étonnement à le voir rapporter ce genre de prise qui, en plus, pesait un certain poids.

Après avoir dépecé la bête, ils en firent griller les morceaux et les mangèrent en silence, ce qui laissa tout le loisir à Flynn d'assembler les différentes pièces du puzzle qui avait commencé depuis sa transformation en loup-garou.

Si certaines, comme la raison pour laquelle Alexei l'avait choisi, ne semblaient liées à aucune de celles qu'il avait en sa possession, d'autres, comme le mystérieux individu qui avait emprunté le passage du moulin et qu'ils avaient pensé être Cumore au départ, s'emboîtaient à présent très bien entre elles.

L'odeur qu'il avait senti à cet endroit était, après qu'il en eu confirmation en examinant l'herbier chez Hanks, celle de l'aconit, signifiant donc que cette personne en avait probablement sur elle ou que le parfum est resté imprégné sur elle jusqu'à ce qu'elle lave ses vêtements ou ses cheveux. Au village, excepté le vieil homme, Yuri était le seul à savoir à quoi ressemblait cette plante et Flynn se souvint que, le lendemain où il avait senti cette fragrance pour la toute première fois, la chevelure sombre de son ami était humide, comme s'il l'avait lavée dans la nuit.

Ce premier assemblage lui confirma ce dont il se doutait déjà : le jeune homme aux longs cheveux bruns était celui qui avait emprunté le passage du moulin et il avait réussi à le faire à l'insu de tous… ou presque.

Repede avait manifesté son inquiétude concernant son maître mais Flynn n'avait pas pu lui accorder plus de temps pour en savoir plus. A présent, il se demandait si, à tout hasard, le chien n'avait pas repéré Yuri sortir en cachette de chez eux dans la nuit, ce qui était fort probable. Mais dans ce cas-là, avait-il continué à le faire durant la chasse aux loups-garous ?

Le fait que Patty avait pris l'énorme risque de s'aventurer seule en forêt lui laissa penser que, peut-être, elle aussi avait remarqué que le jeune homme sortait durant la nuit et, si ça se trouve, à l'origine, elle cherchait en réalité à savoir pourquoi il faisait cela. Sauf qu'au lieu de trouver Yuri, elle avait découvert un groupe de loups-garous qui se réunissait les soirs de pleine lune pour éviter qu'on ne les perce à jour. Mais si elle savait cela et qu'elle ne lui en avait pas parlé, c'est qu'elle avait probablement deviné qu'il était un des loups-garous. Cependant, concernant cette hypothèse, il lui serait impossible de la vérifier.

Pour ce qui était de la raison pour laquelle son ami s'aventurait en forêt, il n'en voyait qu'une : la cabane dans laquelle il avait été retenu prisonnier. Tout autour, il y avait une quantité énorme d'aconit, suffisante pour que l'odeur tienne à distance n'importe quel loup-garou de cet endroit. Il doutait fortement que cette plante ait poussé ainsi à l'origine, laissant supposer qu'elle ait été plantée volontairement, ce qui expliquerait que celui empruntant le passage du moulin en ait l'odeur sur lui.

Sauf que, au final, cette cabane avait servi à le retenir prisonnier et, en se rappelant de la différence entre ses entraves et celles de Yuri, il ne put en conclure qu'une chose : c'était ce dernier qui l'avait enfermé puis enchaîné.

La raison lui échappait encore mais son ami en lui-même n'avait aucune raison de faire tout ça. Ça ne lui ressemblait absolum…

Un déclic se fit dans l'esprit de Flynn à cet instant. Cette hypothèse lui paraissait un peu folle mais quand il repensa à cette écharpe et à ces réactions particulièrement calmes, c'était la plus logique.

Cette personne qui était avec lui n'était pas Yuri… Elle lui ressemblait physiquement, avait la même voix mais sa façon de se tenir et son attitude ne correspondaient pas.

« Un problème Flynn ? »

Le jeune homme le fixait avec un air interrogatif, ayant dû remarquer qu'il était observé. Il se leva, vite imité par son interlocuteur qui semblait ne pas comprendre ce qu'il se passait.

« Oui… » finit-il par répondre, ses yeux bleus concentré sur ces orbes sombres. « Depuis quand portes-tu une écharpe ? »

Yuri le regarda avec étonnement, ne s'étant apparemment pas attendu à cette question.

« Tout simplement parce que j'ai froid. » répondit-il comme si c'était une évidence.

« C'est étrange car, aussi loin que je me souvienne, tu n'as jamais eu froid en décembre. » répliqua Flynn d'un ton ferme.

Cette fois-ci, il perçut de l'irritation chez son interlocuteur mêlée à un sentiment qu'il ne parvenait pas à définir. De plus, il avait vu la façon dont sa main s'était serrée, trahissant ainsi ses émotions.

« L'hiver doit être plus rude que les années précédentes… » tenta-t-il, assez peu convaincu de son argument.

« Non, pas du tout et tu le sais très bien Yuri. » lança Flynn qui n'avait plus envie de tourner autour du pot à présent. « Mais en réalité, vous n'êtes pas Yuri n'est-ce pas ? »

Là encore, il avait pris de court la personne lui faisant face. Cependant, celle-ci parvint à se reprendre…

« Tu es complètement dingue Flynn ! » s'exclama-t-il, l'air outré en faisant un pas vers lui. « C'est moi ! Qui veux-tu que je… »

« Qui êtes-vous ? »

Il se devait de tenir bon, de ne pas céder à cette expression blessée et suppliante qui lui faisait face tandis qu'il voyait que son ami avait mis sa main dans sa poche, poursuivant son avancée avec prudence.

« Je t'assure que c'est moi Flynn… » dit-il d'une voix implorante avant de venir s'agripper à sa veste avec désespoir. « Ne me fais pas ça je t'en prie… »

« Qui êtes-vous ? »

Pendant quelques secondes, rien ne changea puis, enfin, le masque tomba : le regard sombre n'exprimait plus rien d'autre que de l'agacement, renforcé par le léger tremblement présent au coin de ses lèvres. Sa main droite vint se poser sur sa hanche dans une pose plus féminine que masculine.

« Bien joué… » admit son mystérieux interlocuteur. « Moi qui pensais qu'exploiter le désir que tu avais pour ce corps serait suffisant, je vois à présent que je t'ai mal calculé Flynn Scifo… »

Quand il fut saisi d'une violente nausée, il n'eut pas besoin de baisser les yeux pour savoir que cette personne avait sorti de l'aconit de sa poche.

« Si j'étais toi, je coopérerai bien sagement… » fit celui – ou plutôt celle car il avait l'étrange impression de faire face à une femme – face à lui.

« Et pourquoi donc ? » répliqua-t-il en s'appuyant contre un arbre pour ne pas tomber.

« Parce que je sais que tu veux récupérer le vrai propriétaire de ce corps et que sans mon aide, tu n'y parviendras pas. »

-§-

Quand ils furent sortis de la demeure d'Alexei Dinoai, Duke s'était demandé un instant où avait pu aller Estellise mais, dans le fond, il ne s'en faisait pas trop pour elle, surtout que le chien avait lui aussi disparu. Après avoir précisé à Raven et à Rita qu'elle les retrouverait, ils s'étaient rendus à la demeure de la plus jeune qui leur montra le grimoire qu'elle avait trouvé et, plus particulièrement, la recette de la potion d'échange vital.

Le doute était impossible : le chef du village avait été tué avec la potion de mort, signifiant que, peut-être, celle de vie avait servi. Mais si c'était le cas, qui avait été ramené à la vie ? Seules deux personnes étant manquantes à Aspio depuis la dernière pleine lune, la probabilité que cela soit l'un d'eux qui en eut besoin était très élevée.

Restait à savoir qui l'avait préparée…

En entendant quelques coups à la porte d'entrée, Rita alla ouvrir, laissant entrer Repede puis Estellise qui semblait assez agitée.

« Je crois que je sais ce qu'il se passe ici ! » s'exclama-t-elle en lui tendant le livre de compte de Ragou ainsi qu'un carnet, tous deux ayant au moins une page marquée avec l'aide d'une feuille morte.

Duke prit les deux ouvrages et les regarda chacun à leur tour. Le carnet était en fait une sorte de journal intime de par la façon dont son contenu était rédigé. En lisant les premières lignes, le mot « Iris » lui sauta aux yeux. En regardant dans le carnet de Ragou, il tomba sur la page consacrée aux filles qu'il avait achetées pour en faire des prostituées et l'une d'elle se nommait Iris. Il relut plus attentivement cet extrait du journal :

« Bien que j'ai du mal à le croire, j'ai décidé de le laisser partir. Il a déjà réussi à se faire passer pour mort donc si l'on retrouve son corps alors qu'il est déjà censé être enterré, c'est Iris qui va devoir en assumer les conséquences. Cet Adam la décrit comme une créature malfaisante alors qu'elle a l'air complètement perdue à Aspio. Cependant, s'il s'avère que ce qu'il me dit est fondé, je suivrai ses instructions et ce, même si cela me déchirera le cœur de le faire. »

« Etrange… » commença-t-il, mettant bout à bout tous les éléments qu'il avait en sa possession. « Si l'on ajoute ce que l'on savait déjà au grimoire et à la fiole ici présents… »

« Il y aurait une sorcière à Aspio. » termina Estellise. « Ou du moins, il y en aurait eu une si l'on se fie à ce journal mais sa mort aurait dû tout faire s'arrêter. »

« Sauf que nous avons un loup-garou tué par une potion bien particulière et que peu de personnes, même avec la recette, parviennent à la préparer correctement sans connaître la magie noire. »

La meute actuelle était tombée dans un piège… Cette femme, Iris, avait dû avoir tout le temps nécessaire pour le préparer avant de mourir, au cas où il lui arriverait quelque chose. Seulement, Yuri n'aurait pas dû être capable de prendre la suite de sa mère vu qu'il ne l'a jamais connue. La seule explication serait qu'en réalité, cette femme était possédée et que, pour survivre, l'esprit ait pris ce qu'il avait à sa disposition pour continuer sa tâche sans être inquiété.

Après, quel genre d'esprit pouvait connaitre la magie noire ? Celui d'une sorcière serait logique mais à moins que la sorcière elle-même n'ait préparé le transfert de son vivant, c'était impossible. De plus, il doutait fortement qu'un homme comme Ragou ne se soit pas assuré avant qu'il ne risquait pas de se faire voler Tarquaron.

Non… Iris devait être possédée par un esprit bien particulier mais dans la liste des esprits féminins, il y en avait beaucoup qui connaissaient la magie mais aucun n'irait jusqu'à tuer. Sauf s'il y est contraint peut-être mais de ceux qu'ils lui venaient en tête, les banshees étaient les plus proches de la mort. Cependant, bien qu'elles soient d'excellentes magiciennes, elles n'avaient pas pour habitude de tuer, leur rôle étant plutôt de pleurer les âmes des défunts et d'avertir des morts à venir, ce qui en faisait des êtres très solitaires…

Il regarda les autres pages de ce journal qui était marquées :

« Ce n'était pas elle, j'en suis persuadé. Tout ce venin qu'elle m'a craché au visage me fait encore mal au cœur, surtout en pensant que c'était la dernière fois que j'ai pu entendre sa voix. Quelque soit cette chose qui l'habitait, j'espère qu'elle est bien morte avec elle. Par contre, je ne pourrais jamais regarder cet enfant en face sans voir le visage d'Iris… »

« Plus les années passaient, plus Yuri ressemblait physiquement à sa mère et plus je me sentais mal à l'aise en sa présence. Il avait quitté la demeure de Hanks pour habiter avec son ami d'enfance. Leur cohabitation était assez houleuse, chacun ayant son caractère et tous deux étant encore des adolescents, mais il suffisait de voir le regard que jetait Yuri aux filles qui tentaient un peu trop de s'approcher de Flynn à son goût pour savoir que ces deux-là n'allaient très certainement pas se séparer de sitôt. Avaient-ils conscience de cette alchimie qui existait entre eux ? »

« J'aurais dû le transformer en loup-garou, je le sais à présent. Mais ma culpabilité d'avoir provoqué la mort de sa mère m'en a empêché. L'attitude qu'avait Zagi à son égard était pourtant très révélatrice : quelque chose n'était pas normal chez Yuri. Cette chose est dans son corps et si je ne m'en débarrasse pas très vite, c'est moi qui vais me faire tuer et elle va se servir de Flynn comme elle devait penser le faire avec moi quand elle était dans le corps d'Iris. Ce coup-ci, je doute fort qu'elle puisse s'échapper mais j'espère honnêtement ne pas avoir à tuer Yuri. Il faut que je le transforme car du coup, cette créature ne pourra plus utiliser sa magie. Cependant, j'ai perdu la confiance de Flynn et il risque fort de réagir comme moi à l'époque si je lui dis la vérité. Si je parviens à mon but, elle pourra peut-être entrer dans Tarquaron mais ne pourra pas s'en servir. »

La dernière phrase du journal fit hausser un sourcil à Duke. Que signifiait cette phrase ? Tarquaron aurait une protection pour empêcher les magiciens d'y entrer ou bien était-ce plus complexe que cela ? Dans tous les cas, il n'y avait pas une minute à perdre.

-§-

Il avait compris à présent ce qui lui arrivait. Maintenant qu'il avait vu son visage, il savait ce qu'elle était : un démon qui s'était servi de lui pour parvenir à ses fins. Cependant, Yuri était son prisonnier et elle avait l'air de beaucoup apprécier le fait qu'il ne parvienne pas à reprendre le contrôle de son corps.

« Vous avez tué Flynn… » dit-il en la regardant avec rage.

« Si tu m'avais écoutée, c'est Alexei qui serait mort cette nuit-là. » répliqua-t-elle avant d'émettre un léger rire qui lui glaça le sang. « Tu as de la chance que j'avais prévu un plan de secours… »

Oui… Il avait eu des bribes d'image où il avait assisté à la préparation d'une sorte de potion. C'était très certainement de cela dont elle lui parlait.

« J'avais planifié quelque chose de magnifique ce soir-là… » poursuivit-elle sur un ton moqueur. « La belle et courageuse princesse, dans sa témérité, se fit capturer par le vilain grand méchant loup. Il l'emmène au loin et attend son réveil pour lui montrer ce qui l'attend. Puis, soudain, le vaillant prince vient à son secours et entame une lutte acharnée contre le méchant pendant que sa belle, ne voulant pas fuir, le sauve en tuant son ravisseur… Mais comme tu es une vraie tête de mule, ça ne s'est pas fini ainsi et j'ai perdu du temps à rectifier le tir. »

Elle avait prévu que Flynn interviendrait ? Qu'avait-elle pu faire qui aurait pu le pousser à agir ou qu'avait-elle vu et qu'il avait manqué ?

« J'aurais pu tuer ce chien qui me regardait de travers mais vu comme il était méfiant, ça aurait tout de suite éveillé les soupçons s'il était mort par empoisonnement… »

Cette chose avait drogué Repede. Pas étonnant du coup que son meilleur ami ait voulu venir à son secours. Mais encore fallait-il qu'elle soit certaine qu'il revienne à temps à la chaumière pour constater sa disparition… ce qui lui rappela ce baiser qu'il ne se souvenait pas d'avoir initié. Et connaissant Flynn, il a très bien pu vouloir revenir pour en parler.

« A présent, ce connard d'Alexei n'est plus là pour me mettre des bâtons dans les roues. Il reste quelques obstacles mais aucun d'eux ne m'empêchera d'atteindre Tarquaron… »

La haine qu'elle éprouvait pour Alexei était palpable. Seulement, il sentait quelque chose d'étrange chez elle, comme si elle cherchait à se contenir s'il se fiait au tremblement de ses mains.

« J'ai pris du retard mais seul le résultat compte… »

Quelque chose n'était pas net chez cette femme, Yuri en était certain. Les apparences sont souvent trompeuses après tout…

-§-

Après avoir demandé à Hanks de convaincre les habitants de quitter Aspio pour se rendre à Halure, ils étaient partis dans les bois, suivant Repede qui avait trouvé une piste intéressante. Cependant, la nuit était rapidement tombée, ralentissant grandement leur avancée. Derrière le chien, Estelle et Rita tenaient chacune une lampe à huile pour éclairer la route, Raven les suivait avec son arc prêt à tirer si jamais et Duke fermait la marche.

Plus ils avançaient et plus l'homme aux longs cheveux blancs percevait ces voix venues d'outre-tombe qui, habituellement, venaient plutôt lui rendre visite dans son sommeil. Pour qu'elles soient présentes alors qu'il était pleinement éveillé, c'était que la situation était grave.

« Pourquoi marchaient-ils dans cette direction ? »

« L'un des deux était un loup-garou, j'en suis certain ! »

« Ne me dites pas qu'ils comptent briser le sceau de Tarquaron ! »

Comme souvent, Duke dut reconnaître que les esprits des défunts étaient une incroyable source d'informations. Il n'avait pas de dons de voyance et ne pouvait donc pas les voir. Tout ce qu'il lui était possible de faire, c'était de les entendre, ce qui était des fois bien plus clair qu'une vision.

« J'en ai vu deux autres aller vers la cabane ! »

« Je les aient vu aussi ! Mais ils ne rattraperont pas les deux premiers à temps… »

« Ils doivent les arrêter ! Autrement, qui sait ce qu'il se produira… »

La fameuse cabane dont les esprits parlaient était en vue et, à proximité, deux personnes semblaient examiner les lieux avec grande attention. Quand ils les remarquèrent, ils se mirent d'abord en position défensive avant que l'un des deux ne se détende et que Repede fonce vers cette personne en poussant un aboiement joyeux.

« Judith ! » fit Rita en se rapprochant de la jeune femme aux cheveux bleus. « Que s'est-il passé ? »

« Je pourrais te demander la même chose. » répliqua-t-elle avec un sourire amusé avant de prendre un air grave en voyant l'expression de son amie. « J'ai été attaquée et il m'a empêchée de me faire tuer. Nous sommes venus ici pour trouver le responsable de tout ce qu'il s'est passé dernièrement. »

« Sauf que la personne que l'on cherche n'est plus ici depuis un bail… » grogna l'homme à la balafre.

« Whoa ! Vous êtes qui vous ? » fit brusquement la plus jeune.

« Je t'en pose des questions la crevette ? »

« La QUOI ? »

Avant que la situation ne dégénère, Estellise se mit entre eux deux et leur fit signe de se calmer.

« Nous n'avons pas le temps pour ça ! » s'exclama-t-elle avec force, surprenant quelque peu Rita. « Nous avons des amis qui ont besoin de notre aide et le plus vite sera le mieux ! »

« La princesse a pas tort. » ajouta Raven en se rapprochant d'eux. « Moins on traîne, mieux c'est. De plus, on dit que l'union fait la force, nan ? »

-§-

Jamais Flynn n'aurait imaginé trouver ce qui ressemblait fort à l'entrée d'un caveau. Il était entièrement fait en une pierre noire comme la nuit, faisant que sans la lampe à huile et son guide, il ne l'aurait jamais remarqué. Il était fermé par une lourde porte de métal sur laquelle se trouvait un étrange heurtoir à tête de loup.

« Ouvre la porte. » lui ordonna la personne qui habitait le corps de Yuri, se tenant à quelques pas derrière lui.

« Et pourquoi ne le faites-vous pas ? » répliqua-t-il un peu sèchement.

Cette alliance ne convenait pas du tout à Flynn mais s'il voulait sauver Yuri, il n'avait pas le choix. Cette personne lui avait promis qu'une fois qu'il aurait fait tout ce qui lui était demandé, son ami serait libéré définitivement. Il n'avait pas accepté parce qu'il craignait pour sa vie mais parce qu'il ne voulait pas perdre l'être qui lui était le plus précieux au monde.

Un soupir agacé fut lâché par son mystérieux compagnon. Il prit le couteau de chasse qu'il lui avait ôté de sa botte avant qu'ils ne reprennent la route et le plaça sous sa propre gorge.

« Répète ce que tu viens de dire car je pense avoir mal compris… » lui fit cette personne avec un sourire malsain, appuyant la lame contre sa peau.

« … Je n'ai rien dit. »

Flynn détestait vraiment cette situation. Si seulement Yuri parvenait à reprendre le dessus sur cette chose qui l'habitait…

Il frappa à la porte avec le heurtoir. Trois coups forts qui résonnèrent tout autour d'eux. Il attendit quelques secondes puis elle s'ouvrit, dévoilant un escalier de pierres brutes qui s'enfonçait sous terre.

« A toi l'honneur. »

Il s'exécuta de mauvaise grâce, ouvrant la voie en tenant bien en avant sa lampe, histoire de voir où il mettait les pieds. Bien entendu, il faisait noir comme dans un four et il dut avancer avec une extrême prudence pour ne pas risquer de rater une marche.

Combien de temps mirent-ils pour toutes les descendre ? Difficile à dire. Il y en avait tellement…

En bas de cet escalier, il y avait une autre porte du même style que la précédente mais avec un heurtoir bien plus imposant. Flynn n'avait pas besoin de poser la question pour savoir que c'était encore à lui d'ouvrir ceci et, après avoir posé la lampe au sol, il prit l'énorme anneau de métal de ses deux mains et s'en servit pour frapper à trois reprises.

Quelques secondes s'écoulèrent avant que les yeux du loup de métal ne se mettent à briller d'une lueur argentée. Le son d'un verrou que l'on ouvrait se fit entendre puis la porte bougea d'elle-même.

Ils s'avancèrent dans l'ouverture et découvrirent rapidement que leur lampe ne leur serait plus utile, une douce lumière éclairant les lieux. Ceux-ci se composaient d'une sorte de grande place sur laquelle ils venaient d'entrer, menant à un escalier de pierres noires qui menait à une sorte de piédestal sur lequel se trouvait une sphère de cristal et entouré de deux autres escaliers et d'un chemin menant à un mur gravé de signes étranges. L'endroit était éclairé par de petites pierres brillantes dans la paroi, certaines ayant une lueur blanche et d'autres une lueur bleutée.

En montant l'escalier, Flynn découvrit que les deux autres menaient à ce qui ressemblait fort à une ville en ruine au vu du nombre de bâtiments et du peu d'entre eux qui semblaient être intacts. Qu'est-ce que c'était que cet endroit au juste ?

Il reporta son attention sur celui qui l'avait capturé. Celui-ci semblait étudier avec grande attention les signes sur le mur.

« Où sommes-nous ? » demanda le blond, ignorant s'il obtiendrait une réponse.

« A Tarquaron… » commença à lui répondre l'inconnu avant de se tourner vers lui, ou plus précisément le piédestal à côté duquel il se trouvait. « Ou du moins ses ruines qui s'étendent sous toute la forêt et sous Aspio. »

Ce mystérieux individu vint ensuite se placer face à la sphère de cristal, la regardant en fronçant les sourcils. Il examina de plus près le piédestal, Flynn remarquant au passage les différents signes qui y étaient gravés puis, sans le moindre signe avant-coureur, donna une violente gifle sur l'orbe translucide, lui faisant quitter son emplacement pour chuter en bas de l'escalier menant à la place, se brisant en plusieurs morceaux. Après cet acte, les symboles sur le piédestal se mirent à luire avant que celui-ci ne s'enfonce dans le sol et que les caractères gravés sur cet étrange mur ne s'illuminent à leur tour.

« Que… » commença Flynn, ne comprenant absolument pas ce qu'il venait de se produire.

A sa grande surprise, une bouche vint brusquement se plaquer contre la sienne et une main se plaça derrière sa tête, l'empêchant de briser ce contact. Alors qu'il comptait s'écarter, une douleur violente le saisit au ventre. Quand le baiser fut rompu, il baissa les yeux et découvrit son couteau de chasse, la lame entièrement enfoncée dans son abdomen.

« Merci beaucoup pour ton aide. » lui fit celui ayant pris le corps de son meilleur ami, le fixant avec ce sourire malsain. « A présent, je n'ai plus besoin de toi. »

A cet instant, la lame fut brusquement retirée de son corps puis il fut poussé avec force, le faisant chuter au sol…

-§-

« FLYNN ! »

En arrivant devant ce qui ressemblait à un caveau, Estellise et Repede étaient passés devant, ayant plus de facilité à se déplacer dans les endroits sombres. Puis tout à coup, de multiples petites pierres dans la paroi illuminèrent l'escalier, leur faisant ainsi comprendre qu'ils devaient se hâter. La jeune femme et le chien étaient déjà loin devant à ce moment donc quand ils l'entendirent crier peu de temps après, ils comprirent tous que la situation était très grave.

Judith et le reste du groupe parvinrent très vite au bout de ces marches pour atterrir sur ce qui ressemblait à une grande place et où Repede poussait des aboiements enragés tandis qu'Estellise enfilait à son auriculaire une bague avec une pierre blanche. En face, se tenant en haut d'un escalier, il y avait Yuri, un couteau ensanglanté en main, qui la regardait à la fois avec surprise et colère ainsi que Flynn, gisant au sol avec une tache de sang qui s'élargissait de plus en plus au niveau de son abdomen.

Soudain, à son plus grand étonnement, la jeune femme aux cheveux roses devint telle une silhouette argentée qui changeait de forme. Lorsque cette lumière se dissipa, elle fut stupéfaite de voir, à sa place, un loup-garou au pelage gris perle.

« Qu'est-ce que… » fit Rita après avoir vu cette transformation. « Ce n'est pas la pleine lune ! »

« La pierre de lune de sa bague joue le rôle de la pleine lune. » expliqua rapidement Duke pendant que Raven et Adam préparaient leurs arcs.

La louve gronda, manifestement furieuse que son ami ait été blessé, avant de sauter en direction de Yuri, la gueule ouverte et prête à le mordre à pleines dents. Cependant, sa cible parvint à l'esquiver et riposta en tentant de lui planter le couteau de chasse dans le flanc. Estellise fit juste à temps un pas de côté tandis qu'une flèche vint se planter entre elle et son ennemi alors qu'une seconde se serait fichée dans le cœur du brun s'il n'avait pas roulé sur le côté.

Judith, pour l'avoir vu viser délibérément son ami, savait qu'Adam avait tenté de le tuer. Même si cet homme savait très bien que Yuri était sa chair et son sang, il n'avait eu aucune hésitation à vouloir lui prendre la vie. Il avait manifestement senti qu'elle le regardait et tournait ses yeux sombres sur elle, la fixant d'un air qui lui fit rapidement comprendre qu'il ne changerait pas d'avis.

Tout à coup, alors que la louve allait enfin réussir à atteindre sa cible, un éclair la frappa de plein fouet, la projetant quelques mètres plus loin. Le jeune homme aux longs cheveux bruns eut un rire à faire froid dans le dos en fixant la lycanthrope, un faible arc électrique visible dans sa main droite.

« Vous avez vraiment cru m'avoir si facilement ? » s'exclama-t-il avec un sourire particulièrement malsain. « Comme si j'allais de nouveau laisser un loup-garou se mettre en travers de ma route… »

Un nouvel éclair apparut et Judith ne réalisa que trop tard qu'il fonçait droit sur elle…

« JUDITH ! » hurla Rita, serrant quelque chose dans ses mains.

La jeune femme aux cheveux bleus, s'était attendue à finir elle aussi projetée au loin mais, sans comprendre comment, l'éclair fut dévié, comme s'il avait ricoché sur quelque chose. Si elle était plutôt ravie d'avoir échappé à cette attaque, Yuri lui, était particulièrement surpris de constater qu'il avait raté son coup.

« Que… » déclara-t-il avant que ses yeux gris ne se posent sur Rita, la fixant avec rage. « C'est toi… »

La plus jeune afficha un sourire victorieux et ouvrit sa main, révélant un morceau de bois blanc sur lequel étaient gravés quelques symboles.

« Ce charme m'a été donné par celui qui m'a légué sa chaumière. » dit-elle en serrant de nouveau son talisman dans sa main. « Jusqu'ici, je ne pensais pas qu'il fonctionnait. »

Profitant que Yuri était distrait, Judith vit Adam tenter de nouveau de lui ficher une flèche dans le cœur mais, à la surprise générale, elle ricocha de la même façon que l'éclair avant elle, ce qui sembla beaucoup amuser le jeune homme aux cheveux longs.

« Tarquaron est activé et il utilise sa magie. » constata Duke, resté lui aussi en tant que simple observateur jusqu'ici. « Maintenant qu'il a repoussé Estellise, c'est trop tard pour le stopper. »

Non, ce n'était pas trop tard. Elle voulait le croire mais cette barrière de lumière pourpre qui s'était dressée entre eux et le jeune homme balaya cet espoir, surtout quand la louve, après s'être difficilement relevée, avait essayé, en vain, de la traverser, se faisant à nouveau projeter en arrière par un éclair, tout comme Repede qui avait voulu faire de même.

Yuri ne pouvait pas être sauv…

A ce moment, Judith réalisa que Flynn était à quatre pattes… et qu'il était lui aussi de l'autre côté de la barrière ! Seulement, avec sa blessure et sans pierre de lune pour lui permettre de se transformer, il ne ferait absolument pas le poids.

-§-

Il n'était pas encore mort. Jamais il n'aurait dû laisser cette… ce monstre qui s'est approprié le corps de Yuri atteindre cet endroit. Mais il aurait tant voulu pouvoir le sauver et maintenant, il savait que cette chose n'aurait absolument pas tenu parole. Tout ce qu'elle avait voulu était qu'il ouvre ces portes…

… Car elle ne le pouvait pas.

Flynn avait à présent compris que tout ce dont cet usurpateur avait besoin, c'était d'un loup-garou pour lui ouvrir le chemin vers ce lieu. Mais quel était son but ensuite ?

« C'était très amusant de jouer avec vous tous. » fit la voix de Yuri sur un ton ironique et malsain. « Cependant, j'ai déjà perdu pas mal d'années à trouver cet endroit et comment y entrer donc vous m'excuserez… »

« Tu comptes donc te défiler ? » coupa la voix de Judith, pleine de provocation. « Ou bien n'as-tu pas le cran de tous nous tuer ? »

Durant un instant, il se demanda ce que pouvait fabriquer son amie à lancer cette phrase puis, en relevant la tête, il comprit : elle cherchait à attirer l'attention de leur ennemi sur elle pour qu'il ne remarque pas qu'il était encore en vie.

« Même Yuri aurait eu plus de tripes que tu n'en as ! » s'exclama à son tour Raven, ayant visiblement compris le manège de la jeune femme. « A moins que tu ais peur qu'on gagne ? »

L'usurpateur grognait de colère, son regard fixé sur ceux présents sur la place, faisant que Flynn put jauger la situation rapidement.

Judith et Raven étaient à proximité l'un de l'autre, placés assez loin pour pouvoir tirer à l'arc ou au fusil mais, si ses yeux ne le trompaient pas, son amie avait été blessée au bras, ce qui pouvait expliquer pourquoi, contrairement à son aîné, elle n'avait pas son arme prête à faire feu. Plus près de lui, il y avait Repede, assez bancal sur ses pattes, et Estellise sous sa forme de loup-garou, l'air très mal en point avec Rita à ses côtés qui tentait de l'aider à se relever. Dans un coin plus éloigné, il y avait cet homme au visage balafré qui, lui, observait attentivement la situation tandis qu'un autre aux longs cheveux blancs bouclés était étrangement occupé à regarder sa montre à gousset.

Pourquoi regarder l'heure à un moment pareil ?

« Vous êtes à la fois agaçants et stupides ! » fit l'usurpateur en provoquant une onde de choc qui déséquilibra tous ceux lui faisant face. « Vous avez déjà perdu et en aucun cas vous ne m'empêcherez de détruire le sceau de Tarquaron ! »

Beaucoup étaient surpris d'apprendre cette nouvelle, cela se voyait sur leur visage. Le seul qui ne parut pas étonné était cet homme à la chevelure immaculée qui, impassible, fixa leur ennemi, rangeant sa montre dans sa poche.

« En réalité, nous n'avons pas encore perdu. » déclara-t-il calmement. « Votre ignorance concernant les loups-garous en est d'ailleurs la cause. »

« Mon ignorance ? » demanda l'usurpateur avec surprise avant de se reprendre. « Comment croyez-vous que j'ai pu me débarrasser des effets de cette morsure qu'a reçue cette idiote avant qu'elle ne m'atteigne ? »

« Je ne remets pas en cause vos connaissances en magie et en botanique mais plutôt celles concernant les loups-garous en eux-mêmes… »

Que cherchait-il à dire et qu'est-ce que cette personne ayant volé le corps de Yuri pouvait potentiellement ignorer sur les loups-garous ? Elle savait qu'ils détestaient plus que tout l'aconit et qu'ils ne se transformaient que les nuits de plei…

Le déclic se fit soudainement dans l'esprit de Flynn. Le mois de décembre était donc déjà si avancé ? Dans ce cas, si cet homme regardait sa montre et qu'il essayait visiblement de gagner un peu de temps, c'était que minuit était proche ainsi que le premier jour de l'hiver…

… et les dix derniers jours de décembre.

-§-

Manifestement, cette chose ne devait plus être très concentrée à le garder captif car depuis quelques secondes, Yuri entendait clairement tout ce qu'il se passait dehors. Après avoir pesté contre des intrus se mettant en travers de sa route, il s'était retrouvé de nouveau seul, isolé du monde extérieur d'un point de vue spirituel. Puis il a commencé à percevoir des sons d'abord étouffés puis devenant de plus en plus identifiables, au point qu'il reconnut la voix de Judith puis celle de Raven. Il n'avait pas tout comprit mais au ton de leurs voix, ils cherchaient visiblement à faire de la provocation. Vint ensuite la voix profonde de Duke Pantarei, reconnaissable entre mille et dont les mots l'interpellèrent grandement.

Alors comme ça, selon lui, son cher colocataire des plus indésirables ne savait pas tout sur les loups-garous ?

Yuri se remémora rapidement son entretien avec l'homme à la longue chevelure immaculée. Le point sur lequel il n'avait pas donné beaucoup de précisions concernait la raison pour laquelle les loups-garous étaient plus actifs au mois de décembre. Il avait d'abord supposé que cela était simplement dû au fait que c'était le moment où avait lieu des chaleurs pour eux mais il se demandait à présent s'il n'y avait pas autre chose. Fin décembre correspondait à la période où, à chaque fois, il avait souffert des plus violentes bouffées de chaleur, ce qui signifiait qu'il devait forcément se passer quelque chose à cette époque de l'année mais quoi ?

« Savez-vous ce qu'il se passe réellement lors des dix derniers jours de décembre ? » demanda la voix de Duke.

Bingo. C'était bien sur ce point qu'il y avait un problème.

« Vous l'aviez dit vous-même à mon hôte ! C'est la période la plus favorable pour que les loups-garous se reproduisent ! » s'exclama l'indésirable avec rage.

Yuri réalisa que plus elle était en colère et plus elle devait lâcher prise sur lui, ce qui se confirma quand il vit que la porte de la pièce où il était retenu prisonnier s'était déverrouillée puis légèrement entrouverte. Il tenta de l'ouvrir encore plus mais n'y parvint pas, ayant juste la place de passer ses doigts. Par contre, il pouvait à présent voir d'un œil ce que regardait son locataire avec ses yeux…

« Vous ne vous êtes pas demandé pour quelle raison ? » questionna Duke son visage ne montrant aucune émotion particulière.

Soudain, un tintement ressemblant à celui que pouvait faire des cloches se fit entendre. Celle lui ayant volé son corps regarda vers un mur couvert de symboles et certains d'entre eux brillaient. Puis elle tourna la tête pour voir Flynn, se tenant difficilement sur ses deux jambes et dont la main gauche était fermement pressée contre son abdomen tandis que la droite tenait une croix en argent.

En réalisant que le blond était blessé, Yuri comprit tout de suite qui était la cause de cela. Elle avait osé toucher de nouveau à Flynn…

« Durant les dix derniers jours de décembre… » commença son meilleur ami, respirant avec difficulté. « … les loups-garous n'ont pas besoin de la pleine lune pour se transformer. »

Quand le son des cloches se stoppa, celles-ci ayant comme sonné les douze coups de minuit, le jeune homme lâcha le pendentif. Après que le bijou en argent ait heurté le sol, une lumière blanche l'enveloppa puis laissa place à un loup-garou dont le pelage de neige était souillé par une grande tache rouge au niveau de l'abdomen.

La porte s'ouvrit un peu plus, lui permettant de passer son bras à présent. Mais Yuri n'avait pas dit son dernier mot. Il comptait bien récupérer son corps et aider Flynn à les débarrasser de cette chose avant qu'elle ne parvienne à ses fins.

-§-

Vu l'expression sur le visage de cet usurpateur, il était très surpris de le voir se transformer une nuit où la lune n'était pas pleine. Flynn lui-même avait été étonné quand Alexei lui avait expliqué les effets des dix derniers jours de décembre sur les lycanthropes et était du coup enchanté qu'Estellise lui ait donné cette croix en argent.

Cependant, l'effet de surprise ne dura pas et son opposant se reprit en pointant la lame du couteau contre sa gorge.

« Je n'ai plus besoin de ce corps tu sais. » lui lança-t-il avec une assurance retrouvée. « Avance et il meurt ! »

Donc Yuri ne lui est plus utile non plus ? Sauf à le tenir éloigné visiblement. Il n'avait pas peur de tuer son hôte mais il avait peur de lui à présent. Pourquoi ?

« On hésite hein ? » lui fit cet imposteur avec son sourire mauvais. « Reste bien sage et vous vivrez tous les deux… »

Mensonge. C'était clairement un mensonge et il savait qu'il n'était pas le seul à l'avoir senti.

« Ecoute pas ces salades Flynn ! » lui hurla Rita en aidant Estellise à se relever.

« Ce n'est pas un être humain que vous avez en face de vous. » ajouta l'homme à la longue chevelure blanche. « C'est une créature qui a peur que vous lui fassiez perdre sa magie. »

Sa magie ? Alexei lui avait dit quelque chose à ce sujet… Ah oui ! Magie noire et lycanthropie ne peuvent pas cohabiter. Et son mentor étant très certainement mort à l'heure actuelle, Flynn était devenu le chef de la meute, ce qui signifiait que s'il mordait Yuri, il le transformerait en loup-garou.

Bien que cela ne lui plaisait pas, si c'était le seul moyen de sauver son meilleur ami, il le ferait. Le souci était de le faire avant que cette saleté ne le tue et qu'il ne finisse par s'écrouler à cause de sa blessure.

Soudain, l'expression du visage de l'usurpateur changea quand son bras gauche se mit à trembler puis à tirer le couteau loin de sa gorge.

« Qu'est-ce que… » commença-t-il avant d'attraper son poignet gauche de sa main droite pour ramener l'arme à sa place initiale.

Cependant, il y avait visiblement un problème, comme si son bras gauche était doté de sa propre volonté. Il commença à faire apparaître un éclair dans sa main droite mais celui-ci se dissipa aussitôt. Puis il poussa un grognement de douleur et lâcha le couteau pour se tenir la tête des deux mains.

« Reste… à ta… PLACE ! » fit l'imposteur avec rage. « Aussi chiant… que ta pute de mère… quand elle a compris pour… l'Adephagos ! »

« Il semblerait que monsieur Yuri Lowell en ait assez de se faire contrôler. » déclara l'homme à la chevelure immaculée.

« Vas-y Flynn ! » lui hurlèrent Rita et Judith.

Bien que ses forces diminuaient de plus en plus, il savait que c'était sa seule et unique chance et qu'il devait la saisir. Il combla le plus rapidement possible la distance entre lui et Yuri puis, profitant que son bras gauche s'était tendu vers lui, il le mordit au poignet jusqu'à sentir le goût de son sang sur sa langue.

A cet instant, un grand cri strident sortit de bouche du jeune homme à la longue chevelure brune, au point qu'il se demanda si ses tympans allaient y résister tellement c'était un son puissant. Par contre, la voix qu'il avait perçue avant de perdre connaissance n'était pas celle grave de Yuri mais celle assez aigüe d'une femme…

-§-

Ce cri avait été assourdissant mais suffisant pour Duke pour enfin savoir à quoi ils avaient réellement affaire : une banshee. A tous les coups, elle s'était fait piéger à l'origine dans le corps de cette Iris et elle a dû pousser un cri très similaire à celui-ci quand elle a été mordue par Alexei, sentant qu'elle risquait de mourir. De plus, les banshees faisaient partis des esprits capables d'utiliser la magie. Par contre, pour faire tout cela, ce Ragou avait dû l'enfermer d'une façon très brutale car il était rare pour ces créatures d'être remplies d'une telle haine. Quoiqu'elle ait pu subir, cela l'avait rendue folle de rage et rien ne semblait parvenir à l'apaiser.

Mais maintenant que Yuri avait été mordu par Flynn, elle était en train de mourir, la sorcellerie ne pouvant cohabiter avec la lycanthropie. Sa seule échappatoire était d'utiliser Tarquaron avant qu'il ne soit trop tard.

Elle finit par sortir du corps de son hôte, apparaissant sous la forme d'une jeune femme aux longs cheveux blonds vêtue d'une robe rouge. Sa peau, comme celle de toute les banshees, était blanche et ses yeux verts étaient entourés d'immenses cernes noirs. Cependant, ce qui clochait, c'était ces marques sombres sur son visage et qui prenaient de l'ampleur. On aurait dit comme… des tentacules.

Les étranges marques disparurent et une créature sortit du corps de la banshee, la projetant contre la paroi la plus proche comme si elle n'avait été qu'une vulgaire poupée. A première vue, cette chose ressemblait à une sorte de raie mais son corps était d'un bleu translucide, elle n'avait pas d'yeux et elle possédait en son sein un orbe qui ne lui inspirait aucune confiance.

Ce qui inquiétait fortement Duke, c'était que cela était étrangement similaire avec ce dont un vieil ami lui avait parlé…

Les esprits étaient très agités, il le sentait. Cette créature en était très certainement la cause.

« C'est un de ses serviteurs ! »

« Qu'est-ce qu'un Briseur faisait dans le corps d'une banshee ? »

« Il faut être vraiment tordu pour faire ça ! »

Sur ce point, il n'allait pas les contredire. Ragou avait été complètement fou de faire cela. Avait-il seulement mesuré les conséquences que ses actes auraient ou était-il un véritable ignorant ?

Manifestement, ce Briseur pouvait passer la barrière créée par Tarquaron. Ce n'était pas plus mal car Yuri était manifestement incapable de combattre et Flynn, vu ses blessures, n'étaient pas dans un meilleur état. Par contre, de leur côté, Estellise risquait de ne pas tenir très longtemps…

La chose fonça sur la jeune femme, actuellement transformée en loup-garou. Elle parvint à l'esquiver une fois mais la seconde, elle se fit projeter contre la paroi. Repede vint à son aide et tenta d'attaquer cette créature en lui sautant dessus mais cela n'eut aucun effet.

Soudain, l'orbe au sein du Briseur sortit et il se mit à s'en servir pour attaquer Tarquaron. Il entendit Judith charger son fusil mais le temps qu'elle parvienne à tirer avec son bras blessé, l'orbe était de nouveau au sein de cette chose.

« C'est son point faible ! »

« Il va la tuer ! »

Cette chose avait changé de cible et comptait achever Estellise mais, à la surprise générale, Rita vint s'interposer.

« Laisse-la tranquille saleté ! » hurla-t-elle tandis que le Briseur lui fonçait dessus.

Quand une sorte de bouclier transparent apparut, empêchant cette chose d'atteindre sa cible, Duke profita que le Briseur tentait de le traverser pour voir ce qu'il se passait de l'autre côté de la barrière. Si les deux jeunes hommes étaient toujours hors d'état de se battre, la banshee, elle, était en train de se relever et ses yeux verts desquels coulaient des larmes pleines de tristesse étaient fixés sur cette chose qui l'avait parasitée.

A nouveau, l'orbe sortit du corps du Briseur mais, avant qu'il n'ait eu le temps de s'en servir contre Rita, la banshee poussa un cri strident et, de par la réaction de la créature, elle n'avait visiblement pas apprécié. Mais quand il remarqua qu'une fissure était apparue sur l'orbe, Duke sut qu'ils avaient une chance de réussir.

La chose tenta de récupérer son bien pour le protéger mais une flèche vint se ficher dedans, suivit par une autre qui élargit la fissure et en créa une nouvelle. Enfin, l'orbe se brisa quand cette fois-ci, Judith parvint à tirer avec son fusil, poussant après un gémissement de douleur. Le Briseur émit un son pouvant s'apparenter à un cri de douleur puis il finit par disparaître dans une lumière rouge.

« Ils ont réussi ! »

« Attendez… La barrière est toujours là ! »

« Et c'est quoi ce bruit au juste ? »

Un craquement sonore… Se pourrait-il que…

« Tarquaron va s'effondrer ! »

« Sortez de là ! »

Il se dépêcha d'aller récupérer Estellise tandis que Raven essayait d'emmener Judith vers la sortie.

« Il faut aller les aider ! » cria-t-elle en tentant d'échapper à la prise de son ainé, sans succès.

« Si on ne se tire pas d'ici maintenant, on y passe tous ! » contra Adam, tirant sur le bras de la jeune femme pour qu'elle le suive.

A contrecœur, elle se décida à aller vers la sortie avec les autres. Duke leur emboîta le pas, Estellise dans ses bras et Rita sur ses talons avec Repede. Dès qu'ils eurent monté les premières marches, la porte qui bloquait l'accès à Tarquaron se referma derrière eux…

-§-

La douleur commençait enfin à s'estomper quand il reprit ses esprits. Son bras lui faisait toujours extrêmement mal mais ce qu'il ne parvenait pas à comprendre, c'était pourquoi il ne s'était pas transformé après avoir été mordu.

Ce fut en posant ses yeux sur sa main droite que Yuri réalisa qu'il avait une bague en argent à son annulaire. Vu son allure, cela devait être une bague de fiançailles et, de par ses doigts qui étaient plus fins que ceux de la plupart des femmes d'Aspio, elle était visiblement à sa taille.

D'où venait-elle ?

Il eut comme un flash où il se vit, après avoir tué Alexei, prendre une petite boîte dans un des tiroirs de son bureau puis s'enfuir avec. Ce bijou devait certainement avoir été dedans mais dans ce cas, à qui était-il destiné à l'origine ?

Ses interrogations cessèrent quand en commençant à se relever, il remarqua Flynn, allongé au sol sous sa forme humaine et la tête posée sur les genoux de la femme à la robe rouge. Cette dernière prononçait des paroles incompréhensibles, ses yeux verts tournés vers le haut et desquels se déversait des larmes de cristal.

En voyant que la poitrine du blond ne se soulevait pas, son cœur rata un battement.

« Flynn… »

Il se traîna jusqu'à son ami puis, une fois à ses côtés, posa une main sur son front. Pas de froncement de sourcils, pas de paupières qui s'ouvraient, pas de bouche qui lui disait quoique ce soit… Aucune réaction. Même le reste de son corps ne bougeait pas et son teint était plus pale que d'ordinaire.

Flynn était mort.

Son meilleur ami avait perdu la vie, la personne la plus chère à son cœur n'était plus de ce monde… et c'était en partie sa faute.

« Tu n'y es pour rien… » fit la voix éteinte de la banshee. « C'est moi qui ait été incapable de lutter contre lui… »

Yuri avait compris tardivement qu'il n'était pas le seul à avoir été manipulé. S'il s'était aperçut plus tôt du problème, il aurait pu empêcher tout cela mais maintenant…

« Pourquoi ces imbéciles veulent-ils tant son retour… » poursuivit la femme d'un ton monotone. « Ont-ils donc oublié les leçons du passé… »

« Qui ? » demanda-t-il avec colère. « De qui vous parlez au juste ! »

« L'Adephagos… et ces idiots qui pensent pouvoir devenir ce qu'ils ne peuvent pas être… »

Elle baissa les yeux sur Flynn, faisant tomber sur son visage quelques-unes de ses larmes.

« Je suis si fatiguée… » dit-elle, sa voix ayant faibli. « Tant d'âmes à pleurer mais si peu de temps… »

D'abord intrigué par ces paroles, Yuri compris leur sens quand il vit que les jambes de la banshee devenaient transparentes. Etait-elle en train de disparaître ?

Elle leva de nouveau ses yeux vers le haut et se remit à parler dans une langue qu'il ne comprenait point. Le seul mot qu'il reconnut fut « Tarquaron », lui laissant donc penser qu'elle parlait de ce lieu.

Il reporta son attention sur le corps du blond. Voir ce visage endormi à jamais lui faisait mal au cœur, comme si on lui enfonçait un couteau dans la poitrine. Flynn ne méritait pas ça… Non… Il aurait dû vivre et devenir quelqu'un de respecté, voire peut-être le prochain chef du village.

Quand il réalisa que la tête du jeune homme allait passer à travers les jambes de la banshee, il passa sa main en dessous, la posant délicatement contre le sol de pierre. Pendant un instant, Yuri ne comprit pas d'où venaient ces gouttes d'eau qui tombaient sur ce visage plongé dans un éternel sommeil puis il réalisa : il était en train de pleurer cette personne qui lui était si chère et dont la mort était une pure injustice à ses yeux.

« Ne retiens pas ta peine… » murmura la femme dont les jambes avaient presque entièrement disparues. « Les lamentations ne ramènent personne mais elles apaisent… »

Il n'avait aucune intention de se laisser submerger par la tristesse et le désespoir. Mais il n'était pas sourd : Tarquaron s'effondrait et il allait très certainement finir enterré vivant. A quoi bon manifester son désarroi s'il allait bientôt rejoindre Flynn là où il se trouvait à présent ?

Yuri se pencha sur ce si beau visage et scella leurs lèvres dans un simple baiser, exprimant ainsi tout ce qu'il regrettait d'avoir enfermé au fond de son cœur. Il s'allongea ensuite aux côtés de son compagnon et prit sa main dans la sienne avant de fermer les yeux, attendant que la mort vienne enfin le chercher lui aussi…

-§-

Elle allait mourir et ce, peu importe ce qu'elle ferait. Aria n'était qu'une banshee après tout, un esprit solitaire qui ne pouvait que pleurer les défunts. Toutes ces années où elle n'avait pas pu assumer son rôle lui pesaient énormément. Le pire pour elle restait le fait d'avoir provoqué des morts, ce qui lui était tout bonnement insoutenable et contre sa nature.

Sa disparition n'était qu'un faible prix à payer pour ces crimes qu'on l'avait forcée à commettre. Mais en tant que banshee, elle ne pouvait s'empêcher de se demander qui allait pleurer sa mort.

Tarquaron était encore actif et, avec la magie qui lui restait, elle pouvait au moins réparer une des erreurs qu'elle avait commise avant de s'éteindre à tout jamais…

-§-

Cela faisait presque trois mois que, suite à la menace concernant Tarquaron, tous ceux d'Aspio s'étaient déplacés en catastrophe vers Halure. Hanks avait magnifiquement bien gérée l'évacuation et, le hasard faisant bien les choses, avait négocié avec un vieil ami à lui qui s'avérait être le maire de la ville afin que tous ceux qui le souhaitaient puissent rester au moins durant l'hiver.

Seul Adam, une fois qu'ils furent tous sortis de Tarquaron, n'avait pas souhaité rester. Dès le lendemain de leur arrivée à la ville fleurie, il était parti vers la colline d'Ehmead, très certainement pour rejoindre Capua Nor.

Duke avait fait un voyage jusqu'à ce qu'il restait d'Aspio en compagnie de Rita. Selon eux, si Tarquaron est encore utilisable, son accès n'était à présent plus possible et nécessitait un énorme travail de fouille. Cependant, d'autres lieux du même genre existaient et avaient peut-être rempli eux aussi un rôle dans l'emprisonnement de l'Adephagos, une créature qui, d'après les livres d'Estellise, avait été scellée pour protéger le monde. Il fallait donc rapidement s'assurer que personne ne chercherait à les détruire eux aussi.

Ce fut l'une des raisons qui poussa Judith à aller voir Raven un jour pour qu'il lui explique comment rejoindre Danhgrest et se faire ainsi mercenaire.

« Tu veux vraiment faire ça ? » lui demanda-t-il une dernière fois alors qu'elle montait dans la charrette de son aîné.

« Si je peux éviter d'autres drames que celui d'Aspio, alors oui, j'en suis sûre. » répondit-elle avec assurance, faisant soupirer le trentenaire.

« Je te garantis pas qu'il t'accepte Judith chérie mais pour toi, j'arriverai bien à tirer quelques ficelles. »

Ça l'embêtait de laisser Rita et Estelle en arrière mais elle voulait un maximum de liberté dans ses mouvements. Et puis la plus jeune avait vraiment l'air de bien s'entendre avec la fille aux cheveux roses.

Alors qu'ils commençaient à s'éloigner d'Halure, un aboiement familier se fit entendre derrière eux puis ils ressentirent une légère secousse. En se retournant, Judith ne fut guère surprise de voir Repede qui la fixait d'un œil sévère.

« Ha ha ha ! On dirait bien qu'on a un passager clandestin ! » s'exclama joyeusement Raven en frappant sur sa cuisse.

L'animal bailla et se roula en boule dans un coin de la charrette pour faire une sieste, ce qui fit sourire Judith en réalisant qu'elle n'était pas la seule à ne pas vouloir rester sans rien faire. Elle leva ensuite les yeux vers le ciel bleu en espérant que ses amis d'enfance étaient dans un endroit meilleur et qu'ils n'auraient plus à souffrir comme à Aspio.

-§-

« GYAAHHHHHH ! »

Courir, courir, il devait courir pour échapper à cet ours qui n'avait visiblement pas apprécié de le voir si près de cette ruche. Seulement, avec ses petites jambes et son énorme sac, il doutait fort qu'il parvienne à lui fausser compagnie.

Soudain, il vit un pelage blanc le frôler et, en se retournant, un énorme loup blanc faisait face à l'ours, montrant les crocs et prêt à lui sauter à la gorge si nécessaire. L'omnivore hésita face à cet adversaire inattendu puis décida de faire demi-tour, jugeant probablement que ce combat risquait de tourner en sa défaveur.

Quand il se fut assez éloigné, le loup blanc mit fin à sa posture agressive et ôta une bague se trouvant à sa patte avant-droite. Une lumière blanche l'enveloppa puis il prit l'apparence d'un jeune homme aux cheveux blonds en bataille.

« Merci Flynn… » soupira le jeune garçon en se laissant tomber au sol. « J'ai cru qu'il allait me bouffer. »

« De rien Karol. » lui dit son aîné en lui ébouriffant encore plus ses cheveux châtains.

« Hey ! »

Le cadet se releva aussitôt afin d'échapper à ce geste affectueux qui le gênait énormément. Il tenta ensuite de remettre sa tignasse en place, en vain vu que, de toute façon, elle n'en faisait qu'à sa tête.

« Essaie d'être plus prudent la prochaine fois. » lui conseilla Flynn. « Je ne serais pas toujours dans les parages tu sais. »

« Je sais bien mais elle avait besoin de miel et comme personne veut lui donner quoique ce soit… »

Karol savait que Flynn comprenait très bien la situation. Après tout, il devait la vie à la jeune femme qui vivait au sanctuaire de Baction et eux deux étaient parmi les seuls à savoir qu'elle ne voulait aucun mal au village d'Aurnion. C'était juste que les habitants étaient trop superstitieux…

Comme il s'y attendait, son aîné voulut l'accompagner au lieu de rentrer directement au village. La route qu'ils avaient à faire n'était pas très longue, à peine dix minutes de marche. Seulement, le jeune homme ne pouvait pas pénétrer dans le bâtiment, l'odeur de l'aconit se trouvant près de son entrée le gênant fortement.

Excepté lui-même et peut-être la jeune femme vivant en recluse, seul Ioder, nouveau chef du village, savait pour la lycanthropie de Flynn. Karol l'avait découverte par accident et avait juré de garder le secret, ce qui lui avait permis de lier une amitié avec le blond qui, à l'époque, était très renfermé sur lui-même. Ils avaient fait de multiples choses ensemble en peu de temps.

Arrivés devant les piliers en ruine marquant le début du territoire du sanctuaire, ils virent une jeune femme aux cheveux roux noués en une natte sur le côté qui semblait les attendre, sa fine silhouette cachée sous une cape sombre.

« Sodia ! » fit le plus jeune une fois qu'elle les eut rejoint, lui tendant le pot dans lequel il avait récupéré du miel. « Ça te suffira ? »

Elle prit le récipient et en examina attentivement le contenu.

« Je pense oui. » dit-elle avant de refermer le pot. « Tu n'as pas eu d'ennuis ? »

« Juste un ours. » résuma simplement Flynn. « Chance pour lui que j'étais dans les parages. »

« Tu t'es battu ? » lui demanda Sodia en fronçant le nez.

« Il lui a juste fait peur mais t'aurais dû voir ça ! » s'exclama Karol avec allégresse. « Ce gros ours mal léché faisait pas le fier ! »

« D'ailleurs, ça ne te ferais pas de mal de te débarbouiller un peu. » fit le blond en lui touchant la joue d'un doigt.

-§-

Taquiner Karol amusait beaucoup Flynn. Avec Ioder, il était un des seuls au village à ne pas l'avoir mis à l'écart et c'était grâce à eux deux qu'il avait pu surmonter tout ce qui lui était arrivé.

Ses derniers souvenirs étaient à Tarquaron, lorsque Yuri avait réussi à reprendre brièvement le dessus et qu'il lui avait donné l'opportunité de le mordre. S'il avait su que faire cela le sauverait, jamais il n'aurait arrêté Alexei cette nuit-là mais ce qui était fait était fait et, bien que l'idée ne lui avait pas vraiment plu, il n'avait pas eu d'autre choix. Il ignorait totalement ce qui s'était passé après ça, ses oreilles vrillant encore du cri strident qui lui avait fait perdre connaissance avant qu'il ne se réveille dans une cabane à Aurnion, Ioder assis à son chevet. Le jeune chef lui avait dit que Sodia l'avait trouvé dans la forêt, blessé, et l'avait soigné avant de le ramener au village. Flynn avait, à tout hasard, demandé si un autre inconnu était apparu en même temps que lui dans les environs mais la réponse fut négative. Il était seul.

Qu'était-il arrivé aux autres ? Qu'était-il advenu de Yuri ?

Ces questions le hantaient encore et il avait encore l'espoir de retrouver un jour le brun, bien que cela paraissait de plus en plus improbable. Il savait qu'il devrait très certainement tourner la page sur cette personne qu'il avait tant aimée mais c'était très difficile à faire.

Une nouvelle vie s'offrait à lui sur le continent d'Hyponia mais était-il seulement prêt pour ça ?

-§-

Note pour la prochaine fois : ne plus emprunter ce chemin à l'aveuglette s'il ne voulait pas finir trempé. Le temps qu'il revienne au campement, il avait choppé un rhume, ce qui avait, bien entendu, fortement exaspéré sa colocataire. Yuri avait toujours détesté se retrouver cloué au lit et il savait que cette peste de Sodia avait dû mettre quelque chose dans sa part de nourriture pour qu'il reste tranquille. Mais il n'allait pas se plaindre de trop car autrement, il allait devoir envisager de trouver un autre endroit où se cacher de Flynn.

Quoique la banshee ait fait ce jour-là à Tarquaron, cela leur avait sauvé la vie à lui et au blond. Ils s'étaient retrouvés près de l'entrée de Baction et, en constatant que son meilleur ami respirait de nouveau, il voulut le serrer dans ses bras avant de se raviser, réalisant que sa blessure à l'abdomen était toujours présente. La rousse était venue à son aide et, bien que chacun ait eue une mauvaise impression de l'autre, elle avait accepté de soigner Flynn du mieux qu'elle le pouvait. Ils l'avaient ensuite laissé près d'Aurnion afin que les villageois le trouvent et s'occupent de lui.

Après cela, Yuri s'était longuement disputé avec Sodia, celle-ci insistant pour qu'il aille lui aussi au village alors que lui ne le voulait absolument pas, estimant qu'il avait assez causé d'ennuis à Flynn comme cela. Elle avait finalement accepté qu'il s'installe avec elle à Baction à la seule condition qu'il l'aide à en explorer les souterrains, ceux-ci s'avérant être semblables à un immense labyrinthe.

Leur cohabitation commença donc ainsi, rythmé par des querelles plus ou moins violentes, leurs découvertes respectives et diverses discussions au cours desquelles Yuri appris que la jeune femme, de part sa couleur de cheveux, était considérée comme une sorcière maléfique par ceux d'Aurnion, expliquant ainsi qu'elle vivait seule dans un sanctuaire en ruine.

Aujourd'hui, ils s'entendaient un peu mieux qu'au départ bien que, des fois, il aimerait qu'elle ne teste pas certains remèdes de son grimoire sur lui…

« C'est quoi ce coup-ci que tu vas essayer ? » demanda-t-il, la voix rauque à cause du mal de gorge dont il souffrait depuis sa mésaventure dans les souterrains.

« J'hésite entre un remède et un somnifère. » répondit-elle en lui jetant un regard noir. « La deuxième option me tente beaucoup… »

« Quoi ? Je sors la nuit pour, justement, ne pas te réveiller quand tu dors vu que, selon toi et ta mauvaise foi, je ronflerai… »

« Sauf que si tu m'avais écoutée jusqu'au bout, tu saurais que c'est APRES que tu ais consommé une boisson alcoolisé que tu tends à ronfler. Nuance. »

Au final, elle lui avait préparé un remède pour sa gorge qu'il accueillit avec scepticisme avant d'accepter de le prendre, n'ayant guère envie qu'elle ait une idée très désagréable la prochaine fois...

« Je suis certain qu'il y a une salle secrète dans le couloir que j'ai emprunté avant de me faire tremper. » expliqua-t-il tout en dessinant sur le sol de pierre, avec une craie blanche, un symbole. « Et j'ai vu ce signe et plusieurs autres contre un mur. Tu connais sa signification ? »

« Hmm… » fit la jeune femme en observant attentivement le dessin. « Si je me souviens bien ce que me disait ma mère, ce symbole désigne l'Adephagos. »

« Le sanctuaire de Baction aurait donc l'un des sceaux ? »

« Pas forcément. Il me faudrait voir le mur en question pour ça mais je doute de pouvoir tout déchiffrer. »

Sa collaboration avec Sodia n'aurait jamais pu se faire s'il ne lui avait pas raconté les évènements d'Aspio. Jusqu'à ce moment, elle n'avait pas imaginé que l'Adephagos était réel et ne s'était jamais soucié de le savoir, le reléguant aux histoires que l'on racontait aux enfants pour leur faire peur. Mais après qu'elle en eut pris connaissance, elle lui proposa une sorte de pacte : il l'aidait pour explorer Baction et à trouver certains ingrédients, elle cachait son existence aux villageois et le laissait dormir dans son campement.

« L'ennui, c'est que s'il y a un sceau ici… » commença la rousse avec inquiétude.

« Quelqu'un va très certainement chercher à le briser lui aussi et ce, sans même savoir ce qu'il va provoquer. » termina Yuri, l'air grave.

A cause de cette saleté, Aspio avait été détruit, des vies avaient été prises et Flynn avait été manipulé. S'il y a bien une chose dont il était certain, c'était qu'il ne laisserait pas des évènements de ce genre se reproduire…


NB : Point final… Quoi ? Oui, la fin est ouverte et c'est voulu car je voulais me laisser la latitude nécessaire pour faire une suite si l'envie m'en prenait. Donc c'est plutôt normal si certaines questions restent sans réponses. Et merci de ne pas me tuer si vous espérer que je fasse une suite un jour et que je réunisse enfin nos deux tourtereaux préférés.

Rôles de chacun par rapport au jeu des loups-garous de Tiercelieux :

Loups-garous : Zagi, Cumore, Estelle

Voyante : Yuri

Chasseur : Judith

Villageois-villageois : Raven

Loup-garou Blanc : Flynn

Infect père des loups : Alexei

Salvateur : Rita

Chien-loup : Repede

Enfant sauvage : Adam, le père de Yuri

Sorcière : Aria, la banshee

Petite fille : Patty

Chaman : Duke

Simples villageois (dans cette fic du moins) : Karol, Ioder, Sodia

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