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 Disclaimer : Tales of Vesperia et Cinderella Phenomenon ne sont point à moi…

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Maudite

Note : Après que nous ayons toutes deux fini le jeu « Cinderella Phenomenon », ma comparse et moi-même avons échangé nos opinions respectives et l'idée d'un crossover avec Tales of Vesperia est vite venue. Mais par manque de candidats, nous avons dû piocher les rôles manquants dans d'autres jeux. Je précise que le texte en italique au début est une traduction allégée du début du jeu.


Il y a longtemps, dans un très lointain royaume, il y avait deux cristaux. Le premier était le Cristallum Lucis, protégé par la dirigeante des fées. Le second était le Cristallum Tenebrarum, surveillé par le plus grand chef des sorciers. Si le Lucis se nourrissait de la joie, du bonheur et de l'amour, le Tenebrarum, lui, se nourrissait de la peur, la haine et la colère. Les fées et les sorciers vivaient en harmonie avec les humains de ce royaume et régulait le pouvoir des cristaux pour maintenir l'équilibre entre la lumière et les ténèbres…

Mais un jour, un barde itinérant décida d'écrire des histoires qu'il nomma « Contes de fées », des récits où les fées étaient toujours du côté du bien et où les sorcières représentaient le mal. Personne ne put prévoir l'impact de ses histoires sur le royaume. Ses habitants se mirent à penser qu'elles étaient vraies et se mirent à traquer et à éliminer les sorciers… Cet évènement fut appelé « la Chasse aux Sorcières. »

En colère contre ceux qui exterminait les siens, le dirigeant des sorciers créa la malédiction des Contes de fées, plongeant le royaume dans le chaos et les ténèbres. La dirigeante des fées souhaitait rétablir la paix mais les sorciers étaient aveuglés par leur haine des humains qui étaient responsables du massacre de leurs congénères. La Grande Guerre débuta…

Un jour, le porteur du Tenebrarum, le leader des sorciers, fut vaincu et le Tenebrarum fut perdu. La guerre terminée, la paix put être rétablie et la lumière régna à nouveau.

Mais les ténèbres ne disparaissent pas à jamais… Elles attendent, patiemment, le moment pour réapparaître…

-§-

Au sein du royaume d'Angielle, les habitants vaquaient à leurs occupations habituelles : travailler pour ramener de l'argent à leur foyer, acheter de quoi manger, flâner dans les quelques boutiques de la ville, regarder les spectacles dans la rue… mais aucun d'eux ne se souvenait d'elle depuis ce matin, elle, la princesse Sodia et héritière du trône d'Angielle. Elle était cachée dans une ruelle, vêtue des haillons dans lesquels elle s'était réveillée après avoir été victime de cette fichue malédiction et portant à son cou ce collier avec l'une des pantoufles de verre de Cendrillon, le conte sur lequel était basé ce qui l'avait plongée dans ce véritable cauchemar.

Sa journée d'hier avait pourtant commencé comme les autres…

Comme souvent, elle avait surpris des domestiques en train de bavarder au lieu de travailler, parlant du fait qu'un autre habitant du royaume avait succombé à la malédiction. Elle les avait réprimandé comme il se devait avant de repartir vers la salle à manger, entendant vaguement murmurer des « Princesse au cœur de glace » sur son passage – elle se doutait bien que c'était à elle que l'on faisait référence mais elle avait l'habitude que les gens la détestent depuis toujours, surtout depuis la mort de sa mère. Elle avait retrouvé son père, le roi Peony, ainsi que sa belle-mère et ses demi-frères, Sorey et Mikleo. Si elle tolérait Mikleo – celui-ci était muet et usait d'une peluche pour s'exprimer –, ce n'était pas le cas de Sorey qu'elle détestait au même titre que sa belle-mère, une femme qui n'était même pas issue de la noblesse et que son père avait épousé il y a un an. Ils n'étaient pas sa famille et ne le seraient jamais, tout comme son père qui ne l'avait jamais aimée…

Ce jour-là, Sorey avait remercié le roi pour le livre de contes qu'il lui avait offert avant de demander pourquoi la bibliothèque du palais n'en comptait aucun, ce à quoi Sodia lui avait sèchement répondu que sa mère les avait tous brûlés car elle les détestait avant d'ajouter que ces histoires ne faisant que laisser penser aux hommes qu'ils pourraient obtenir des choses qu'ils n'auraient jamais. Quand elle avait commencé à déclarer que les sorciers n'étaient pas responsables des malheurs des hommes et que c'était ces derniers les responsables de leurs propres malheurs, son père se mit à la réprimander. Lorsqu'il avait parlé de sa mère, elle avait quitté la table, cette conversation lui ayant coupé l'appétit.

Depuis la mort de sa mère quatre ans plus tôt, elle était seule…

—Tout va bien princesse ? Vous semblez contrariée.

Errant dans les couloirs du palais, elle n'avait pas réalisé que quelqu'un l'avait rejointe. Elle s'était donc tournée vers ce jeune homme aux yeux azur et aux cheveux d'or qui avait été assigné à son service il y a trois ans comme son chevalier : Flynn Scifo, fils adoptif du Commandant Alexei Dinoai et membre de l'Ordre de Caldira. Il était probablement la seule personne qu'elle tolérait à ses cotés.

—Qu'est-ce que tu fais ici Flynn ? lui avait-elle demandé en continuant de marcher.

—Mon père m'a demandé de faire une course pour lui, lui avait répondu le chevalier en marchant à ses côtés. J'imagine que vous avez parlé avec le roi ou…

—Oui. Et tu devrais plutôt te rendre à la salle du trône au lieu d'être ici.

—Mon travail est d'assurer votre protection et puis souvenez-vous de quel jour nous sommes aujourd'hui.

Elle avait cherché dans sa mémoire avant de se rappeler en grimaçant que le roi voulait qu'elle aille en ville avec ses demi-frères pour qu'elle essaie de mieux s'entendre avec eux, surtout avec Sorey. Elle n'était pas sortie du palais depuis des années et aurait aimé éviter de le quitter, même pour peu de temps, après ce qui était arrivé la dernière fois.

—Je m'en souviens, avait précisé Sodia sans cacher son mécontentement. Je préfèrerais de loin rester ici.

—Ce ne sera pas aussi mauvais que vous le redoutez princesse, lui dit Flynn avec un sourire amical. Les habitants d'Angielle ne sont pas de mauvaises personnes.

—En es-tu certain ?

Elle lui avait demandé cela en le fixant froidement, comme elle le faisait toujours avec les autres. Mais contrairement aux autres, son chevalier n'était jamais effrayé par elle et ne semblait pas la détester. Il soutenait son regard et son expression devenait plus triste… Pourquoi était-il toujours ainsi avec elle ?

—Les temps ont changé princesse, lui répondit Flynn calmement. Les personnes aussi peuvent changer.

—C'est justement là qu'est le problème, répliqua-t-elle sèchement en repensant à sa mère, la seule personne qui l'avait toujours aimée.

—Le changement n'est pas toujours une mauvaise chose. Vous le verrez probablement tout à l'heure.

Flynn l'avait ensuite laissée devant ses appartements avant de partir, lui promettant de la retrouver à dix heures pile. Sodia était ainsi restée seule dans sa chambre jusqu'à cette heure qu'elle redoutait tant, ses poupées pour seule compagnie – elles avaient toujours été ses seules amies, ne l'ayant jamais trahie ou blessée contrairement aux humains. Elle s'occupait plus particulièrement de la dernière poupée que son père lui avait offerte pour ses dix-sept ans : Judith, une poupée plus réaliste que les autres et qui avait vivement piqué son intérêt.

Seulement, le roi avait demandé à la voir, la contraignant à sortir de sa chambre où elle se sentait tant en sécurité. Sur le chemin vers la salle du trône, elle avait croisé Cumore, le conseiller de son père, qui la salua respectueusement, complimentant le fait qu'elle ressemblait de plus en plus à sa mère – Sodia ne savait pas pourquoi mais elle ne pouvait s'empêcher d'être tendue en sa présence, raison pour laquelle elle n'aimait guère être en présence de cet homme.

Face au roi Peony, elle avait, sans réelle surprise, encore eu droit à ses sermons sur le fait qu'elle devait essayer de faire des efforts avec Sorey, ce à quoi elle ne put s'empêcher de demander à son père où il était le jour où elle avait perdu sa mère – jamais il n'était venu vers elle pour la consoler, la laissant seule dans son chagrin et lui prouvant que sa mère avait raison sur la nature humaine. Son père s'était excusé, la suppliant de faire un effort avec sa belle-famille et lui montrant que, encore une fois, il se souciait plus d'eux que d'elle…

Cette sortie en ville avait été un vrai supplice pour elle : tous la fixaient avec dégoût, peur ou haine. Le pire restait la librairie où Sorey avait mis des heures avant de choisir un livre d'histoire, le tout en bavardant avec le libraire qui était manifestement une connaissance à lui. Cela l'avait tellement agacée qu'elle avait été à deux doigts de sortir en claquant la porte du magasin mais l'entrée d'une femme magnifique aux longs cheveux roux et bouclés venue chercher un paquet lui avait un instant fait oublier tout ça – seul Mikleo avait semblé insensible à sa beauté, restant le nez devant une étagère de livres anciens. Cette inconnue, pour une raison obscure, lui avait fait un sourire limite charmeur avant de repartir avec ce qu'elle était venue chercher –il semblerait qu'une rumeur courait disant qu'elle était une fée mais Sodia était sceptique, surtout parce que les fées n'avaient rien fait pour empêcher la malédiction de se propager.

Une fois de retour à l'extérieur du magasin, elle s'était à nouveau sentie oppressée par les regards des habitants et avait ardemment désiré rentrer au plus vite au palais. Sorey avait essayé de lui faire croire que ceux qui la fixaient étaient juste surpris de la voir en ville mais elle n'était pas dupe. Elle dut prendre sur elle quand celui-ci repéra un spectacle de rue et qu'il entraîna Mikleo avec lui, la contraignant à les suivre avec Flynn – elle s'était bien gardée d'admettre qu'elle était un peu curieuse de voir en quoi cela consistait, n'en ayant jamais vue un seul de toute sa vie. Debout sur une caisse en bois, il y avait un garçon d'une dizaine d'années aux cheveux de jais et aux yeux anthracite.

—Bonjour à vous tous ! lança-t-il à la foule avec un grand sourire. Mon nom est Yuri et je viens vous apporter un peu de joie… et de magie !

Il claqua des doigts et, soudain, une pluie de pétales colorés tomba du ciel. La foule, visiblement impressionnée, applaudit, dont Sorey qui semblait beaucoup apprécier cette vision. Sodia, elle, ne comprenait pas cet enthousiasme et, si ses oreilles ne la trompaient point, Flynn non plus n'avait pas applaudi.

—Il en fait un peu trop aujourd'hui, commenta le chevalier dont elle avait remarqué un léger sourire en coin. Peut-être parce qu'il vous a vue dans l'assemblée.

Ridicule. Sodia allait détourner la tête de cette scène quand elle croisa le regard du garçon. Celui-ci fit un nouveau tour de magie, faisant cette fois-ci apparaitre un magnifique lys entre ses mains avant de descendre de son piédestal improvisé pour s'approcher d'elle.

—Princesse, lui dit-il en lui tendant la fleur. Je vous prie d'accepter ce modeste présent.

—Il est superbe ! s'exclama Sorey dont le regard vert semblait fasciné par le blanc des pétales.

Si son demi-frère était en extase devant cette prouesse, Sodia restait de marbre, faisant que le sourire du garçon s'effaça et que le regard de celui-ci devint plus difficile à déchiffrer. Espérait-il qu'elle allait réagir à son cadeau ? Il finit par lâcher un soupir avant de claquer de nouveau des doigts, faisant apparaître dans sa main une pomme rouge qu'il lança à Flynn.

—Peut-être à une prochaine fois, fit-il en retournant sur la caisse de bois, retournant distraire la foule avec ses tours de magie.

Ils s'éloignèrent et Sorey se remit à essayer de discuter avec elle sur la route.

—J'espère que nous aurons l'occasion de voir d'autres spectacles, lui dit son demi-frère avec grand enthousiasme. J'adorerais voir des acrobates ou encore des mus-

—Je ne compte pas quitter le palais de nouveau, avait-elle répliqué sèchement, en ayant plus qu'assez d'être ici.

—Que… Tu n'aimes pas cet endroit ? Nous y avons grandi avec Mikleo et puis cette ville est la partie que je préfère du royaume ! Je voulais vraiment que tu le vois et même si je sais que tu ne voulais pas venir, je suis ravi que tu sois quand même ici avec nous ! Merci pour ça !

—Je ne suis pas venue pour te faire plaisir mais parce qu'on me l'a ordonné.

A l'entente de ces mots, le sourire de Sorey se volatilisa, remplacé par une expression de pure tristesse.

—Je voulais juste que l'on soit un peu plus proches toi et moi, lui dit-il avec un léger sourire. Qu'on soit amis…

—Nous ne serons jamais amis, le coupa froidement Sodia. Peu importe ce que tu feras, nous ne serons jamais de la même famille. Souviens-toi bien de cela.

Son demi-frère s'était décomposé et alors qu'il allait répliquer, Mikleo s'interposa brutalement entre eux, la foudroyant du regard.

—Arrête tout de suite, lui dit le garçon aux yeux violines via cette peluche sur son épaule, montrant pour la première fois une vive hostilité à son égard.

—Mikl- commença Sorey.

—Allez au diable, le coupa-t-elle avant de s'en aller.

D'un pas rapide, elle s'éloigna de cet endroit, ordonnant à Flynn de la laisser tranquille. Les regards hostiles à son égard étaient pesants et à force d'errer dans les rues, elle finit par se perdre et se retrouva sur une place vide où, en son centre, trônait une fontaine. Sodia prenait bien garde à ce que la capuche de son manteau cachait bien son visage, ne tenant pas à supporter tout cela plus que nécessaire. Elle entendit le bavardage de deux femmes parler d'un domestique qui avait été renvoyé du palais – la princesse se souvint de lui comme étant celui qui avait abîmé la robe de Judith, ce qui justifiait pleinement son renvoi. Elles continuèrent ensuite en déversant leur venin sur elle, finissant par lui confirmer que « Princesse de glace » était bien le surnom qu'on lui avait donné. Quand elles se mirent à faire les éloges de son demi-frère Sorey, elle quitta cet endroit, ne pouvant supporter d'en entendre plus – c'était elle l'héritière et pourtant, depuis qu'il était arrivé, elle avait été reléguée au second plan…

Flynn finit par la retrouver, visiblement mort d'inquiétude, et l'avait reconduite au palais où elle s'enferma dans sa chambre avec ses poupées. Cette sortie l'avait épuisée mentalement et physiquement, faisant qu'elle n'avait pas tardé à aller se coucher en espérant ne plus jamais avoir à retourner en ville.

—Qu'est-ce que j'ai fais pour qu'ils me haïssent comme cela ? se demanda-t-elle en regardant ses poupées avant de lâcher un soupir en repensant à tout ce qu'elle avait entendu. Si seulement Mère était encore là…

Epuisée, elle avait souhaité une bonne nuit à ses poupées et s'était couchée… jusqu'à…

Brille, brille, petite étoile…

Je me demande bien qui tu es.

Qui chantait cette comptine ? Cette chanson douce et légère était devenue bien différente avec cette voix…

Tout en haut au firmament,

Tu as l'éclat d'un diamant.

Brille, brille, petite étoile…

Sodia ouvrit les yeux, cherchant qui pouvait bien chanter cette comptine. Mais personne n'était là… excepté sa poupée Judith qui, étrangement, était à coté de son oreiller au lieu d'être à sa place habituelle. La lumière de la lune l'éclairait, soulignant le bleu de sa chevelure et de sa robe.

Je me demande bien qui tu es…

—Ju… dith ? se demanda la princesse, pensant être en train de rêver.

—Il était temps.

En entendant cette voix émaner de sa poupée, Sodia sursauta et se pinça les joues… réalisant ainsi qu'elle était bel et bien réveillée.

—Encore dix minutes avant que l'horloge ne sonne minuit, déclara la poupée sur un ton quelque peu malicieux.

Un bref éclat de lumière apparut, laissa la place de sa poupée une femme qui lui ressemblait en tous points. Celle-ci lui souriait d'une façon assez… étrange.

—J'espère que tu es prête pour ce qui t'attend princesse, lui dit Judith en la fixant de son regard violine.

—Quoi ? répliqua Sodia qui ne comprenait pas comment sa poupée avait pu devenir humaine. Qui êtes-vous ?

—Tu sais très bien qui je suis. Je te surveille depuis le jour où ton père m'a offerte à toi.

—Que se passe-t-il ?

Jamais elle n'avait été aussi confuse de toute sa vie, ce qui semblait bien amuser cette femme. Comment cela avait-il pu se produire ?

—Tu sauras tout en temps voulu, lui répondit Judith dont le sourire s'élargit. Mais avant, je dois te donner un petit quelque chose…

Une lumière violine apparut entre les mains de cette femme puis, quand elle disparut, elle laissa place à une magnifique pantoufle de verre. Si Sodia fut d'abord impressionnée par la beauté de cette chaussure, elle déchanta très vite quand lui revint en mémoire le seul conte de fées qu'elle avait pu lire dans son enfance.

—Vous êtes une sorcière ! s'exclama-t-elle en ayant un mouvement de recul.

—Je me doutais que tu comprendrais toute seule, lui confirma Judith avant que ses yeux ne se mettent à luire de malice. Il est maintenant l'heure de dire adieu à ta précieuse couronne…

Sodia allait lui demander pourquoi quand résonnèrent les douze coups de minuit. Une étrange torpeur se saisit d'elle et elle sombra de nouveau dans le sommeil.

—Fais de beaux rêves… Cendrillon.

Quand elle se réveilla au matin, Sodia n'était plus dans sa chambre au palais royal mais dans la rue vêtue de haillons et d'un collier représentant la pantoufle de verre de Cendrillon. Elle avait tenté de faire valoir son rang mais elle réalisa avec horreur que plus personne ne savait qui elle était, pas même son père le roi qui, la prenant pour une simple mendiante, lui offrit une bourse contenant des pièces d'or afin qu'elle puisse se nourrir. Les habitants l'évitaient à cause de sa tenue et les nobles se moquaient d'elle…

Elle avait finit par se cacher dans une ruelle en espérant que tout cela n'était qu'un rêve… mais elle ne tarda pas à se rendre à l'évidence : elle était maudite.


NB : Bien... Ca, c'était surtout pour introduire le tout. Par contre, vu que Yuri et Flynn se connaissent dans Vesperia, faudra s'attendre à ce que je prenne des libertés les concernant dans cet univers.

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Note : Pas pu tenir le délai voulu… Je poste du coup plus tard que la date où je poste habituellement car j’ai fini d’écrire ce chapitre trop tard pour qu’Eliandre puisse le corriger (ma faute donc…) Bonne lecture !

Playlist :

- Nightwish – Dark Chest of wonders

- Lindsey Stirling – Shatter me

- Battle Beast – Angel cry

- Caleb Hyles feat Myu – Numb (Linkin Park tribute)

- Imperia – Secret Passion


Partie 5

Cela faisait déjà un petit moment à présent que Rita s’était plongée dans de vieux ouvrages avec Estellise, espérant y trouver des réponses à ses questions.

S’il y avait bien une chose qu’elle appréciait grandement à Séléné, c’était cet accès libre à la connaissance avec cette immense bibliothèque qu’il y avait à Tsuki ainsi que les savants qui n’étaient pas contraints d’être affiliés à un temple. Que cela faisait du bien de ne pas être obligée d’entrer quelque part par effraction ou de trouver quelqu’un pour le faire pour elle – une fois, elle avait eu la chance de tomber sur le seul prêtre de Sol qui ne semblait pas voir d’inconvénient à ce qu’elle consulte certains documents et qui avait été jusqu’à faire le guet le temps qu’elle puisse lire ce qui l’intéressait et ainsi s’apercevoir qu’elle n’aurait jamais ce qu’elle désirait dans ces écrits.

Elle se demandait d’ailleurs pourquoi Hélios réservait tant d’activités aux élites au lieu d’instruire un minimum son peuple qui, bien souvent, était obligé de recourir à un scribe pour pouvoir lire certains documents – dans le cas de Rita, elle devait son savoir au scribe qui l’avait prise sous son aile quand elle était toute petite et qui, voyant son immense désir d’apprendre, avait décidé de lui enseigner la lecture et l’écriture, deux choses qui avaient grandement été utiles aux habitants de son village.

A présent, il lui fallait trouver un indice qui pourrait la mener vers ce lien entre les évènements à Hélios et ceux des Terres des Nyx… si possible avant que Yeagar ne retourne à Némésis car, même si elle était terrifiée par le personnage, il était le seul qui pouvait les aider dans l’immédiat – si seulement elle avait un moyen de contacter Judith… mais il n’y avait que Raven dont elle connaissait l’emplacement et il n’avait pas encore répondu au seul message qu’elle avait pu lui envoyer, ce qui n’était pas très bon signe…

« C’est incroyable tout ce que vous possédez ici ! » s’était exclamée Rita en repérant un ouvrage d’astronomie qui la tentait grandement. « Jamais je n’ai vu ça à Hélios ! »

« Nous sommes pacifistes donc au lieu de fabriquer des armes, nous préférons nous cultiver et vivre en paix avec nos voisins. » avait expliqué la princesse en prenant un livre de contes et légendes sur une étagère. « Hélios commerce beaucoup avec nous, surtout depuis quelques années. »

C’était logique : le royaume de Sol devait compenser la baisse constante de ses réserves de nourriture en exportant ses autres ressources, principalement minières, et en important des produits venant des pays voisins. Or, cette solution ne pouvait pas durer éternellement, surtout si la prochaine crue du Neilos était encore inférieure à la précédente. La famine menaçait les terres d’Hélios et les Nyx risquaient d’aggraver le problème…

« Et avec les Nyx ? » avait questionné Rita, curieuse. « Je sais via des registres que j’avais lu ce qu’exportent Séléné et Myorzo mais pas les Terres des Nyx. »

« C’est assez compliqué depuis plusieurs années avec l’Alliance de Sang… » lui avait répondu Estellise, visiblement pensive. « Je me rappelle vaguement que, du temps de l’impératrice Belius, ils nous vendaient beaucoup de vin, de tissus épais comme la laine et quand nous avions eu une année une surpopulation de sangliers, leurs chasseurs avaient obtenu le droit de venir les traquer chez nous. Cela devait être il y environ cent cinquante ans je crois… Nos archives ou l’un de nos historiens devraient pouvoir répondre précisément à cette question. »

L’érudite était impressionnée : à Hélios, le peu qu’elle avait appris sur les précédents dirigeants de son pays était via le bouche à oreille et le scribe qui l’avait formée – grâce à ses multiples effractions, elle avait ainsi pu dater plus précisément la période de règne du roi Phareoh qui avait été le dernier souverain à commercer avec les Nyx bien que ses rapports avec Gussios puis Astal étaient tendus.

Après avoir pris les quelques ouvrages qui leur avaient semblés pertinents, les deux jeunes filles s’étaient installées à une table pour les consulter – si la princesse avait opté pour des biographies des précédents empereurs de Séléné et un livre retraçant la mythologie de Luna, Rita avait choisi une traduction de divers poèmes et textes sur Umbra puis tous les manuscrits qui pouvaient évoquer les autres dieux.

L’adolescente avait très vite constaté à quel point la mythologie de Topaze avait souffert en Hélios : la déesse du foyer était à l’origine une musicienne vivant dans un village nommé Parques et qui était situé dans les Dents de Cerbère. Visiblement, vu la nature de certains vers, le dieu des ténèbres s’était beaucoup intéressé à elle et lui avait enseigné bien des choses mais leur relation avait visiblement tourné court quand la divinité de la nuit l’avait rejetée et, manifestement, pratiquement poussée dans les bras de son frère Sol.

Pourquoi cacher cela au peuple ? C’était absurde !

Elle avait aussi trouvé pas mal de chansons et de berceuses Nyx ainsi qu’une peinture d’Umbra particulièrement saisissante – si l’on exceptait les yeux rouges, la ressemblance de la divinité avec Yuri était incroyable ! A croire qu’il était sa réincarnation physique…

« Rita, je pense que j’ai quelque chose. » déclara Estellise en lui montrant la page qu’elle lisait. « Ce passage relate le mariage de Luna avec Océan. Il y a aussi la liste de leurs invités ainsi que les cadeaux qu’ils ont amenés avec eux. »

Intriguée, l’érudite y jeta un œil. Sans surprise, elle y lut les noms de Sol et d’Umbra – à priori, les deux frères avaient fait une trêve dans leurs querelles pour ne pas perturber les noces de leur sœur, allant jusqu’à éviter de s’asseoir trop près l’un de l’autre pour ne rien gâcher des festivités. Celui de Topaze était lui aussi présent, la déesse du foyer ayant offert à sa belle-sœur une magnifique composition à la lyre tandis que…

« Hein ? » tiqua l’adolescente en voyant un nom qui ne lui disait rien. « Qui est-ce au juste ? »

-§-

L’aube s’était levée sur Aurum et, après vérification, Narcisse était encore vivant… mais il n’en avait plus pour très longtemps, le laurier rose l’ayant grandement affaibli à défaut de l’avoir tué – rien qu’à l’odeur de sa cellule et à l’état de sa personne, il était clair que personne ne pourrait envier son sort. Autant dire que le décapiter ne pouvait que lui rendre service en abrégeant ses souffrances…

Vu qu’Orpin était instable depuis hier soir et que Yuri n’était pas du tout en état de se montrer en public, Lucrèce était le seul pensionnaire du harem qui assisterait à l’exécution. Qui plus est, Garista était lui aussi absent, sa présence étant requise au temple de Sol, ce qui était parfait pour Raven : il allait pouvoir s’occuper du cas de l’érudit sans risquer d’éveiller les soupçons du sorcier solaire.

Qui plus est, depuis que le roi Thar avait vu Flynn, quelque chose le titillait…

A l’instant même où il avait vu le regard plein de rancœur et de défi du soldat, l’espion avait craint le pire vu l’humeur de son souverain. Mais à sa grande surprise, le roi d’Hélios l’avait longuement dévisagé et son expression était devenue difficile à déchiffrer jusqu’à ce que Yuri finisse par s’interposer entre eux, fixant de ses yeux anthracite ceux mordorés du dirigeant d’Hélios… et le suppliant du regard de laisser son garde tranquille.

Le Nyx était encore fébrile suite à cette soirée bien trop agitée pour lui et ce fut probablement cela qui poussa le roi à quitter la pièce, non sans recommander à l’érudit de se lever à l’aube car il assisterait seul à l’exécution de Narcisse.

De ce que Raven avait pu voir tout à l’heure, Yuri n’avait pas dû dormir de la nuit, ayant probablement pleinement pris conscience de la situation dans laquelle il se trouvait. Le favori avait besoin de temps pour s’en remettre et faire son deuil… Il ne pouvait que compter sur Flynn et Rowen pour le surveiller afin de s’assurer qu’il ne fasse pas de bêtise.

A présent, il était sur la terrasse surmontant la grande cour où serait décapité Narcisse et jusqu’où il avait escorté l’érudit, à présent adossé à un mur et le regard suivant soigneusement tout ce qu’il se passait en bas.

« A quel jeu joues-tu exactement Lucrèce ? » questionna le capitaine, profitant qu’il était seul avec le favori en attendant l’arrivée du souverain.

« Je pourrais vous retourner la question. » répliqua l’érudit en haussant un sourcil. « A part vous, je ne vois pas qui aurait pu fournir un masque à Yuri. »

Prendre Lucrèce à rebrousse poil n’était pas une bonne idée, un peu comme avec Rita mais en moins explosif. Cependant, la flatterie ne le mènerait à rien du tout, surtout si celui-ci était un allié de Garista. Il allait donc devoir avancer avec prudence…

« Un arrangement entre moi et le gamin. » répondit Raven, sachant pertinemment que révéler cela n’aurait pas d’incidence. « Toi par contre, je ne m’attendais pas à ce que tu ais besoin de tant de temps pour dresser une simple liste. »

Ses subordonnés chargés de surveiller le palais avaient été clairs : le favori taciturne avait accès à la réserve du sorcier solaire quand bon lui semblait et avait été vu plusieurs fois au temple de Sol. De plus, sa rancœur à l’égard de Narcisse était visible donc il devait déjà avoir réuni toutes les preuves qu’il lui fallait pour s’en débarrasser. Il avait donc menti sur ses activités réelles avant sa venue au banquet…

« J’avais oublié que vous étiez un espion à l’origine… » déclara Lucrèce en fronçant le nez avant de lever la tête, fixant à présent les murs du palais et les quelques toits des habitations de notables que l’on pouvait distinguer. « Mais vous n’avez pas accès à tout il me semble, comme le temple de Sol. »

« Quelqu’un comme moi n’a aucun droit d’y entrer, effectivement. » confirma le capitaine, ses yeux bleus observant attentivement son interlocuteur qui, à chaque mention de ce lieu de culte, avait grincé des dents. « Le sorcier solaire en pense quoi de ton entrée au… »

« Abattons notre jeu. Nous ne sommes pas ennemis vous et moi. »

Le regard de l’érudit se braqua sur lui avec un certain agacement.

« Jamais je ne serais l’allié de Garista ou de quiconque qui restreint autant l’accès à la connaissance. » poursuivit Lucrèce sur un ton acide. « Je ne suis au harem que dans l’espoir de détrôner ce traître à Hélios de son poste et de lui prendre sa place. Lui ôter quelques appuis au sein du palais est un bonus non négligeable… »

En prononçant ces derniers mots, le favori avait fixé l’emplacement où aurait lieu l’exécution avec satisfaction.

« Narcisse travaillait donc pour Garista ? » questionna Raven, peu étonné par cette information à la vue des derniers évènements.

« C’est le seul qui pouvait lui fournir les poisons qu’il a utilisé au sein du harem. » répondit l’érudit en se tournant vers le soldat. « Je pense qu’il a utilisé du venin de scorpion pour tuer Thot, mon oiseau. De plus, vu les morts des différents rats que j’ai vu agoniser ces cinq dernières années, je suis certain qu’il a forcément eu accès à la réserve du sorcier solaire. Quant à l’objectif initial… cela devait très certainement être ma mort. »

Cela était plutôt logique : si Garista avait compris que Lucrèce en voulait à sa fonction, il avait tout intérêt à se débarrasser de lui dans un lieu où l’on ne pourrait pas l’accuser directement… comme le harem. Qui plus est, l’arrivée de Yuri qui était très demandé par le roi avait dû attiser fortement la jalousie de Narcisse qui en avait oublié la raison de son alliance et expliquerait ainsi que le sorcier solaire ait contribué à sa perte lors du banquet. Par contre, il y avait un détail qui ne collait pas…

« Bien que je sois très enclin à croire cette histoire, une chose n’y est pas cohérente. » souligna l’espion en se souvenant du rapport fait par ses hommes après la fouille totale du harem. « Si, effectivement, du laurier rose a été trouvé chez Narcisse, rien n’indique qu’il ait usé de cactus Peyotl. »

« Vraiment ? » demanda l’érudit, très surpris. « C’est vrai que cet empoisonnement-ci avait été très différent des autres mais cet imbécile n’était pas malin au point d’avoir pu cacher toutes les preuves. »

« Nous sommes d’accord. Aucun de ses serviteurs n’a été aperçu près de la réserve de Garista avant cette histoire, ce qui est d’autant plus troublant. »

Qui était donc le coupable pour cela et dans quel but ? Le sorcier solaire aurait-il soudoyé un serviteur ? C’était une question à laquelle il leur fallait impérativement trouver la réponse…

-§-

La nuit avait été compliquée pour Flynn, principalement suite à ce qu’il s’était passé entre Yuri et le roi. Il ne pouvait le nier : il avait ressenti une rage folle à l’égard de son souverain et, s’il ne s’était pas retenu, il l’aurait certainement frappé au lieu de le défier du regard comme il l’avait fait.

Cependant, pour une raison qui lui échappait, le roi Thar s’était contenté de le dévisager… avant de quitter la pièce suite à l’intervention du Nyx. Après cela, un silence pesant avait régné dans la chambre et ce jusqu’à ce que Lucrèce leur ait rappelé qu’il leur fallait dormir – les deux favoris avaient partagé le lit et lui s’était installé dans un des fauteuils.

Au lever du soleil, le soldat n’avait eu besoin que d’un coup d’œil pour comprendre que jamais Yuri ne serait en état d’assister à l’exécution : tout indiquait qu’il n’avait pas fermé l’œil et que, quoiqu’il se soit passé sur la terrasse, cela avait eu un tel impact sur lui qu’il n’avait même pas l’air de réaliser ce qu’il pouvait bien se passer autour de lui – la force avec laquelle il avait sursauté quand l’érudit lui avait touché l’épaule était la preuve qu’il n’était plus très attentif à son environnement. Lucrèce était donc parti seul avec Raven, non sans lui conseiller d’appeler Rowen en cas de besoin.

A présent qu’ils étaient seuls avec le serviteur, Flynn essayait de déterminer comment il pourrait être en tête à tête avec le Nyx afin de mieux comprendre la gravité du problème et espérait pouvoir le sortir de cet état au plus vite…

« Si je puis me permettre. » déclara le vieil homme en désignant une porte derrière lui. « J’avais pris la liberté de préparer les bains dans le cas où l’un d’entre vous aurait souhaité se rafraichir un peu après le banquet. »

Pour le coup, le soldat devait reconnaître que cette information tombait à pic ! Qui plus est, le favori avait bien besoin de changer de vêtements vu l’état dans lequel étaient les siens – tout indiquait qu’il avait dû se retourner une bonne centaine de fois dans le lit, ses habits de lin s’étant bien froissés et étant imprégnés d’une odeur de vin peu agréable.

« Merci pour cela. » remercia-t-il son aîné avec respect. « Je vais l’aider moi-même à s’y rendre si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »

« Absolument aucun. » déclara Rowen avec un sourire amical. « Je m’assurerai que personne ne vienne vous déranger. »

Il remercia à nouveau le serviteur puis, prudemment, il s’approcha du lit, là où était assis Yuri depuis un bon moment déjà, les yeux dans le vague. Il posa sa main sur l’épaule du favori, le ramenant brusquement à la réalité.

« Ce n’est que moi. » le rassura Flynn en se baissant pour être à son niveau. « Est-ce que ça te gêne si je m’occupe de toi à la place de Karol ? »

Face à ce regard vide, il crut un moment ne pas recevoir de réponse mais contre toute attente, le Nyx secoua négativement la tête. Le soldat s’écarta un peu pour le laisser se lever et lui prit doucement la main, sentant les longs doigts fins trembler contre sa paume – en constatant cette réaction, il avait instinctivement commencé à passer son pouce sur cette main tout en la serrant avec le plus de délicatesse possible.

Calmement, le garde conduisit le favori vers les bains, peu attentif au couloir qu’il empruntait jusqu’au moment où ils arrivèrent devant les portes des bains royaux. Il les ouvrit, découvrant un bassin un peu plus grand que celui du harem et mieux éclairé grâce aux nombreuses ouvertures qui y laissaient entrer la lumière. Il y avait aussi, dans un coin, une table sur laquelle avait été soigneusement disposés des accessoires pour les cheveux, des pagnes en lin blanc impeccablement pliés et deux paires de sandales. A côté, il y avait une chaise en bois sombre dont les pieds sculptés évoquaient des pattes de lion.

Comme promis, personne n’était présent ici et ils étaient donc seuls en ces lieux.

« Est-ce que tu veux que je t’attache les cheveux ? » proposa Flynn en désignant d’un signe du menton les bandeaux en lin présents sur la table. « A moi que tu ne veuilles les laver ? »

Yuri lui répondit d’un hochement de tête négatif, son regard anthracite dirigé vers le sol carrelé, puis il libéra sa main de celle du soldat avant d’essayer de défaire sa tresse qui ne ressemblait plus du tout à ce qu’elle était hier soir.

Pendant ce temps, le garde repéra où étaient les pots d’onguents et d’huiles parfumées ainsi que les jarres contenant de l’eau pour se rincer. Se fiant à son odorat, il choisit uniquement des senteurs qui n’imprégnaient pas trop ses narines et opta pour une huile parfumée au lys – Karol aurait probablement choisi autre chose, le jeune serviteur ayant à la fois le nez et l’œil pour s’occuper de celui qui était à la fois son maître et ami.

Un coup d’œil vers le favori lui permis de constater que celui-ci avait fini de défaire sa coiffure, peignant à présent sa longue chevelure sombre d’un geste moins vif qu’à son habitude – le matin au réveil, il l’avait souvent vu user d’un peigne en os pour remettre ses mèches désordonnées en place, le tout avec un mouvement qu’il trouvait élégant à voir. L’habit de lin noir qu’il n’avait pas quitté depuis leur départ du harem était plus ouvert qu’à l’origine, probablement parce que la ceinture d’origine avait été troquée contre une autre en lin sombre pour une question de confort et que le vêtement n’avait pas été correctement mis en place, dévoilant plus largement le torse qu’il ne le devrait.

Face à cette scène, Flynn prit place face à Yuri et entreprit de le déshabiller, chose que ce dernier ne semblait qu’à peine relever bien que ce geste était hautement inhabituel entre eux. Il essayait de résister à l’envie de toucher cette peau d’albâtre, faisant en sorte que ses doigts ne la frôlent pas plus que nécessaire tandis qu’il ôtait le tissu sombre qui la cachait.

Une fois l’habit en lin sombre au sol, le soldat s’attaqua à ses propres vêtements en se mettant dos au favori – jamais il ne se présentait nu devant lui au harem, à la fois par pudeur et aussi parce qu’il savait ce que certaines mauvaises langues pourraient faire courir comme rumeurs sur leur relation, faisant que la seule fois où cela s’était produit était lors de cette fameuse nuit où Umbra s’était montré dans les bains. Il garda son bracelet au poignet – Lucrèce le lui avait rendu peu avant de partir ce matin – puis se passa une main dans les cheveux avant de jeter un coup d’œil sur son camarade, remarquant que celui-ci avait la tête tourné sur le côté et les oreilles plus colorées que d’ordinaire…

Soudain, une des images montrée par le dieu de la nuit lui revint en mémoire : celle qui se passait aux bains et où tous deux étaient dans une position loin d’être innocente… Il avait été tellement préoccupé par l’état du Nyx qu’il en avait oublié ces visions.

« Je… pense qu’il faudrait que l’on parle de ce… baiser. » estima Flynn en essayant de dissimuler sa gêne avant d’entrer dans le bassin. « Sauf si… »

« Non ! » répondit brutalement Yuri, son visage ayant pris une bonne teinte carmine.

Rapidement, le favori entra à son tour dans l’eau et lui tourna le dos en ramenant ses cheveux sur le côté, dévoilant une partie du tatouage de scorpion qu’il avait derrière la nuque.

Voyant qu’il était à présent ignoré, le soldat soupira de dépit et commença à se laver la tête, frottant bien l’huile parfumée sur ses épis blonds avant de se rincer avec une jarre d’eau claire. Il eut comme une sensation d’inconfort au niveau de son épaule droite, probablement suite au fait qu’il avait un peu trop forcé dessus ou parce qu’il avait encore dormi dans une mauvaise position cette nuit. Par réflexe, il la fit rouler une ou deux fois pour essayer de faire passer cela mais cela ne changea rien.

Alors qu’il envisageait de prendre un pot d’onguent, il entendit bouger dans l’eau puis sentit deux mains se poser dans son dos et commencer à masser doucement la zone concernée. Contrairement à hier, les mouvements avaient moins de vigueur et étaient plus hésitants, comme si le Nyx n’était pas concentré sur ce qu’il était en train de faire. Il allait lui demander pourquoi il faisait cela quand…

« Tu te souviens quand je t’ai dis que je n’avais aucune famille ? » le questionna Yuri, sa voix quelque peu tremblante.

« Oui… » répondit Flynn, se remémorant le jour où il lui avait dit de qui il tenait son bracelet. « Tu me disais que tu ne pouvais pas comprendre ce que je ressentais. »

Il entendit déglutir difficilement derrière lui tandis que les doigts qui étaient sur sa peau bougeaient plus lentement.

« Je n’ai jamais connu mes parents. » déclara le favori, le son de sa voix trahissant le fait qu’il cherchait à cacher ses émotions. « Ils ont été tués avant que je ne puisse me souvenir de leurs visages, leurs odeurs… Beaucoup ont connu ça parmi mon peuple et dans ces cas-là, les orphelins rejoignent bien souvent un clan en perpétuant ce cycle sanglant. »

« D’où les histoires horribles que l’on entend en Hélios sur le peuple de la nuit… » supposa le soldat, se souvenant de quelques récits où l’on racontait que les Nyx enlevaient les nouveau-nés et les jeunes filles en âge de se marier.

« Entre autres… Dans mon cas, j’ai échappé à ça car le… sage nocturne m’avait recueilli. Je suis devenu son apprenti… même si je n’étais pas trop… d’accord pour ça. »

Un rire étrange échappa au Nyx, ce qui inquiéta le garde. Les mains sur son épaule ne bougeaient plus et étaient à présent juste posées contre celle-ci. Doucement, il les ôta puis se tourna face à son ami… pour constater que le visage aux traits fins qui, habituellement, affichait plutôt une expression moqueuse, était à présent voilé par une profonde détresse.

« Je ne l’écoutais qu’à moitié » poursuivit Yuri, les yeux dans le vague. « Je préférais aller dans les montagnes chasser des lièvres ou… sortir de cette fichue caverne où ça empestait la mort… Il m’avait grondé je ne… sais combien de fois… et je m’en moquais. Puis un… un jour, il m’a dit… de m’enfuir, de quitter Némésis. Il m’a… couvert et… je ne l’ai plus jamais… »

La voix du favori mourut dans sa gorge dans un son étranglé. Les lèvres fines s’étaient mises à esquisser une grimace et les dents qu’elles dissimulaient grinçaient avec violence. Délicatement, Flynn posa ses mains de chaque côté du visage du bel éphèbe, sentant clairement les tremblements qui secouaient son corps tout entier.

Il avait déjà vu et ressentit cela… quand son père était mort alors qu’il était encore un enfant. Il avait essayé de toutes ses forces de dissimuler sa tristesse pour que personne ne voit à quel point il souffrait intérieurement et il était allé jusqu’à se cacher dans un bosquet de papyrus. Sauf que Sodia, qu’il rencontra ce jour-là, l’avait trouvé. Il avait craint qu’elle ne se moque de lui mais celle-ci lui avait dit qu’elle ne le jugerait pas et qu’il avait tout à fait le droit de pleurer s’il le voulait. Alors il avait cessé de retenir ses larmes, déversant sa peine tandis que celle qui allait devenir son amie était restée à ses côtés pour lui tenir compagnie et aussi éloigner des garçons plus âgés qui venaient pour se moquer de lui – elle avait réussi à les tenir en respect en leur jetant des cailloux et en frappant l’un d’eux d’un coup de pied pile au niveau de l’entrejambe.

Il avait rendu la pareille à la rousse des années plus tard quand elle avait perdu sa mère, lui permettant d’apaiser discrètement son chagrin sans montrer celui-ci à tous les curieux du village.

A présent, il devait à nouveau aider quelqu’un à apaiser sa douleur et ce fut donc avec la plus grande délicatesse qu’il lui leva la tête et attendit que ce regard anthracite, voilé par un tourbillon d’émotions, vienne se fixer dans le sien.

« Il n’y a que nous ici. » lui dit Flynn avec calme. « Tu peux hurler, crier ou autre, cela restera entre nous. Je t’en fais la promesse. »

Les yeux gris s’agrandirent d’étonnement en entendant ces mots puis parcoururent chaque morceau de son visage, cherchant, certainement par réflexe, le moindre signe de mensonge. Soudain, des larmes, jusqu’ici difficilement contenues, vinrent les embuer avant de glisser le long des joues pâles, frôlant la bouche tremblante dont les lèvres étaient serrées l’une contre l’autre. Sans autre avertissement, Yuri se jeta dans ses bras et extériorisa toute sa souffrance.

-§-

Quand était-ce la dernière fois qu’il avait pleuré ? Il se rappelait vaguement avoir versé une larme en épluchant des oignons à plusieurs reprises mais cela ne comptait pas, tout comme les fois où il s’était accidentellement piqué un doigt en essayant de faire de la couture. Il n’avait pas non plus réagi quand les autres enfants avaient commencé à l’embêter à Némésis… ce qu’ils avaient amèrement regretté par la suite.

Non, Yuri avait beau réfléchir, il n’avait aucun souvenir d’une douleur aussi profonde que celle qu’il ressentait actuellement…

Certes, il avait déjà vécu des instants de deuil mais la majorité du temps, ce n’était pas des personnes qu’il avait eu le temps de connaître. Qui plus est, il avait vu défiler tellement de cadavres durant son enfance que cela l’avait habitué à la mort, quelque chose qui, sous le règne de tyran de Barbos, était malheureusement normal. Il avait vécu dans une sorte de cocon, la peine suscitée par la perte d’un proche ne pouvant l’atteindre… mais pas la colère des survivants qui réclamaient vengeance.

Le sang appelle le sang. Voilà ce qui résumait bien la société des Nyx telle qu’il la connaissait. Il n’y avait pas de place pour les émotions, la paix, la famille, l’amour… tout cela volait vite en éclats avec l’Alliance de sang qui avait changé Némésis en une cité à l’ambiance lourde et où l’odeur métallique du sang régnait.

En venant à Hélios, il n’aurait jamais imaginé voir une telle insouciance parmi les habitants. Aucun ne semblait craindre de se faire égorger sans prévenir à tout moment du jour ou de la nuit, les enfants jouaient sans crainte, les couples se dissimulaient à la vue des autres pour obtenir un moment d’intimité… C’était la première fois qu’il voyait quelque chose ressemblant à la paix… même s’il avait découvert plus tard que ce pays était lui aussi tourmenté, ce qui l’avait poussé à ne pas se laisser faire, n’ayant aucun désir de voir à nouveau défiler les cadavres de personnes qui n’auraient pas dû mourir.

Bien qu’il en ait longtemps voulu au sage nocturne pour l’avoir assommé et mis dans cette barque, il lui était reconnaissant pour lui avoir fait voir ce qu’il y avait au-delà de la cité sanglante.

Ce fut pour cela que lorsqu’Umbra lui annonça la mort de cet homme à qui il devait tout, Yuri avait refusé d’y croire car il savait que son mentor était quelqu’un de robuste et la maladie le fuyait. Mais quand le roi Thar lui confirma cette information en lui précisant que c’était l’œuvre de Barbos, il avait senti son monde s’écrouler comme s’il venait de se faire planter un poignard en plein cœur. Bien entendu, il avait nié cela avec force, refusant d’admettre la vérité, mais le regard mordoré du souverain n’avait trahi aucune once de mensonge…

Incapable de fermer l’œil, Yuri avait passé sa nuit à se maudire lui-même pour avoir été un élève aussi peu attentif, surtout quand il avait réalisé qu’il ne se souvenait pas de la moitié de ce qu’il était censé savoir, faisant qu’il s’était mis à angoisser à l’idée même que son propre peuple risquait de disparaître par sa faute. Comment pouvait-il leur expliquer qu’il était bien incapable de réaliser certains rituels car il n’en connaissait pas le contenu ? Et puis il se savait mentalement incapable de retourner à Némésis, pas tant que les eaux de l’Érèbe étaient souillées par le sang des enfants d’Umbra…

Au matin, Lucrèce avait tenté de le convaincre de boire une infusion d’herbes préparée par ses soins mais le Nyx avait refusé, n’ayant pas oublié les évènements de la veille. Il était plutôt soulagé que l’érudit soit parti seul assister à l’exécution car il n’aurait certainement pas supporté cela, même si c’était la tête de Narcisse qui allait être séparée de son corps. Il se sentait complètement… vide, épuisé par son angoisse qui l’avait maintenu éveillé et qui l’empêchait encore de trouver le sommeil.

La patience dont Flynn faisait preuve à son égard le touchait, même s’il avait été contrarié et… très gêné qu’il lui rappelle qu’Umbra avait pris un malin plaisir à lui piquer son corps pour assouvir certains… fantasmes cachés…

Non, Yuri savait qu’il ne pouvait pas se permettre ce genre de désirs, surtout maintenant qu’il savait qu’il était certainement le nouveau sage nocturne, ce qui lui imposerait de rentrer à Némésis et de rester sur les Terres des Nyx jusqu’à sa mort. Entretenir une relation avec quelqu’un n’était peut-être pas prohibé chez le peuple de la nuit mais à cause des guerres de clans et du fait que celui qui porte la parole d’Umbra doit rester neutre, cela était hautement complexe car il y avait le risque que cela soit vu comme un moyen de favoriser un clan plutôt qu’un autre. Il en voulait au dieu des ténèbres pour lui avoir fait faire cela… et il s’en voulait de ne pas avoir détesté cela.

Il avait voulu chasser ce souvenir gênant mais cela avait ravivé ses angoisses et le favori luttait intérieurement pour essayer de se calmer, ce qui ne fit que lui rappeler à quel point cela lui faisait mal d’avoir perdu la seule personne à laquelle il tenait dans son pays d’origine.

Quand il avait noté que Flynn avait encore une fois des soucis avec son épaule, il avait commencé à lui faire un massage mais il n’arrivait pas à se concentrer et, sans trop savoir pourquoi, il s’était mis à lui parler de ce qu’il ressentait actuellement… faisant remonter tout ce qu’il s’était évertué à refouler pendant des heures. L’hélien l’avait écouté et, par son regard azur qui exprimait toute l’empathie qu’il avait à son égard, le Nyx sut que cette promesse serait tenue… et il avait cessé de contenir sa peine, la laissant s’exprimer par des larmes et des cris de désespoir.

Il avait longuement pleuré sur l’épaule de son ami, extériorisant toute sa douleur tandis que des bras le serraient avec douceur. Durant tout ce temps, il ne l’entendit à aucun moment dire quoique ce soit mais il avait bien senti ces mains sur son corps et la chaleur de celui contre lequel il s’était lové. Cette étreinte l’apaisait et était réconfortante, comme s’il était dans une sorte de cocon protecteur. Ce geste, à ses yeux, valait mille fois plus que de simples paroles.

Après que ses larmes se soient taries, Yuri réalisa à quel point il était fatigué. Ses jambes le supportaient à peine et s’il n’était pas appuyé contre ce torse chaud, il n’était pas certain qu’il tiendrait debout. Il avait vraiment besoin de dormir.

« Tu veux que je t’aide ? » lui demanda doucement Flynn qui avait légèrement resserré sa prise, comme s’il avait senti ce qui clochait.

Le favori écarta sa tête de cette épaule réconfortante pour se retrouver très près du visage de son garde. La distance entre eux était plus qu’indécente car avec le peu de centimètres – non, c’était plutôt des millimètres vu qu’il était quasiment collé contre lui – qui les séparaient, il lui était difficile de ne pas détailler chaque parcelle de son visage, allant de ses yeux bleu azur qui lui rappelaient la couleur des eaux du grand lac Lymna durant les étés ensoleillés à ses lèvres abîmées par la chaleur d’Hélios et qui s’étaient réhydratées il y a peu, révélant leur teinte légèrement rosée. Tout comme sa vue, son odorat était lui aussi accaparé par ce jeune homme aux cheveux d’or, distinguant parfaitement son parfum musqué à travers les différentes fragrances qui régnaient dans les bains.

Il sentit son rythme cardiaque s’accélérer quand il posa à nouveau son regard sur cette bouche qui lui rappelait ce baiser qu’Umbra avait initié. Même s’il haïssait la divinité pour avoir osé faire ça, il mentirait en disant qu’il avait détesté ce contact et qu’il ne souhaitait pas le renouveler. C’était perturbant pour lui d’avoir un tel désir d’embrasser quelqu’un et, inconsciemment, il mordilla légèrement sa lèvre inférieure… avant de se souvenir que le soldat pouvait voir toutes ses réactions, ce qu’il réalisa en sentant un léger mouvement de recul chez ce dernier.

« Pardon. » fit le Nyx en détournant légèrement la tête, honteux de s’être fait prendre en flagrant délit. « Je repensais à… ce qu’a fait Umbra. Désolé pour ça.»

« Ce n’est pas ta faute » lui répondit son ami en relâchant sa prise pour poser ses mains sur ses épaules. « C’est juste que… je n’ai jamais été habitué à ce genre de… contact. »

En entendant ces mots, Yuri eut beaucoup de mal à ne pas réagir et à ne pas se sentir encore plus coupable. Il n’avait jamais abordé ce sujet avec Flynn mais il aurait vraiment préféré qu’il ait déjà eu quelques expériences amoureuses au lieu de s’être fait dérober son premier baiser par ce pervers de dieu des ténèbres ! S’il pouvait étrangler cette fichue divinité qui s’amusait à lui piquer son corps…

« Ah… » fut la seule parole du Nyx qui ne se sentait pas du tout d’humeur à rester sur ce sujet ou à taquiner qui que ce soit.

« On devrait sortir d’ici. » lui fit remarquer le soldat avec douceur. « Tu as besoin de dormir. »

Oh oui, il en avait besoin… vu qu’il comptait bien profiter de la nuit pour régler ses comptes avec ce fichu dieu pervers et essayer de trouver une solution au fait qu’il n’était pas du tout prêt à être sage nocturne.

Aidé par le soldat, il quitta le bassin puis chacun se sécha de son côté avant d’enfiler un des pagnes prévus à cet effet. Plusieurs mèches mouillées vinrent le déranger et il dut s’appliquer à essayer d’essorer au mieux sa chevelure, le poids de celle-ci commençant à tirer sur sa nuque. A un moment, il perdit l’équilibre, son pied ayant glissé sur une flaque d’eau, mais il fut rattrapé de justesse par son ami qui lui évita une rencontre brutale avec le sol. Seulement, la fatigue et le fait qu’il n’avait rien mangé commençaient à le rattraper, lui donnant l’impression d’avoir reçu un violent coup de massue. Sans réelle surprise, il eut un moment de faiblesse, sa vue se brouillant, et encore une fois, il évita de peu la chute grâce à la vigilance de son gardien.

« Tu tiens à peine debout. » lui fit remarquer Flynn avec inquiétude.

« J’avais vu oui… » grogna Yuri en sentant son estomac lui rappeler qu’il n’avait rien avalé depuis la veille. « Je peux tenir jusqu’à la chambre. »

Sauf que, visiblement, son ami en doutait fortement car à peine eut-il prononcé ces mots que le favori sentit quelque chose derrière ses jambes et tomba en arrière… du moins il le crut avant de réaliser qu’il était fermement tenu par un bras dans son dos et un autre sous ses genoux. Par réflexe, il s’était raccroché à ce qui était à sa portée et cela avait été le cou du soldat qui, à présent, le portait d’une manière qui le gênait fortement…

« Pose-moi par terre ! » s’exclama le Nyx, absolument pas ravi d’avoir été soulevé comme s’il était une jeune mariée. « Je peux marcher ! »

« Permets-moi d’en douter. » répliqua l’hélien en le fixant en fronçant légèrement les sourcils. « Rappelle-toi que mon travail est aussi de veiller sur toi donc s‘il t’arrive quoique ce soit… »

« Juste pour cette fois. Après, tu ne t’avises plus de me porter sans mon accord… »

Sans attendre de réponse, Yuri se colla autant que possible contre Flynn pour faire en sorte qu’il n’ait pas à trop forcer sur ses bras – quoique vu leurs différences de carrure, il y avait de bonnes chances pour que son ami ne le trouve pas si lourd que ça. Ses yeux avaient du mal à rester ouverts mais il se garda bien d’admettre qu’effectivement, il n’aurait pas été capable de retourner seul dans la chambre, ayant tout de même un minimum de fierté. Par contre, sa gêne concernant leur proximité était toujours bien présente et il espérait sincèrement que cela s’estomperait car à la fois à cause de son statut au harem et de ce qu’il était à présent aux yeux du peuple de la nuit, il ne pouvait absolument pas se permettre d’être attiré par quelqu’un.

Arrivés près des portes de la chambre de la reine, celles-ci leur fut ouvertes par Rowen et le soldat entra… avant de brutalement s’arrêter, interpelant le Nyx qui leva les yeux vers ce dernier. En constatant que celui-ci avait la mâchoire crispée et qu’il regardait fixement devant lui, le favori chercha ce qui pouvait tant le contrarier… et sentit toute fatigue le quitter pour être remplacée par une profonde terreur quand son regard tomba sur l’un des fauteuils qui était occupé par le roi Thar qui les avaient manifestement bien vu entrer.

-§-

Lui qui pensait pouvoir enfin permettre au favori de se reposer, il constata que cela ne serait pas possible quand il vit que le roi était présent, probablement en train de les attendre. Flynn retenait difficilement sa colère, surtout en sentant que Yuri n’était pas tranquille en présence de cet homme, mais il n’allait certainement pas baisser les yeux, même s’il était son souverain.

« Pose-moi sur le lit. » lui souffla le Nyx à voix basse. « Tout de suite. »

Le soldat s’exécuta, brisant le contact visuel avec le roi pour se concentrer sur sa tâche. Il croisa le regard anthracite de son ami qui le suppliait de ne pas défier le maître des lieux avant de se mettre à l’ignorer, mettant ainsi un minimum de distance entre eux. Il s’écarta ensuite du favori, laissant sa place à Rowen qui vint s’enquérir des désirs du bel éphèbe.

Calmement, Flynn se positionna près de l’ouverture de la terrasse, lui permettant d’avoir une bonne vue sur la porte d’entrée de la chambre ainsi que celles menant aux bains mais aussi d’être bien placé pour voir toute la pièce, ce qui lui permit de constater qu’ils n’étaient que quatre et que, sur la table basse, se trouvait une pile de rouleaux de papyrus ainsi que de quoi écrire.

« Il n’est pas très sage votre Altesse de venir travailler ici. » fit remarquer le vieux serviteur après avoir parlé avec Yuri. « Vous seriez plus à l’aise dans votre bureau. »

« Rowen, cette pièce prendrait la poussière si je n’y venais pas de temps en temps et toi avec. » répondit le roi en reportant son attention sur le contenu d’un rouleau. « Si tu n’avais pas demandé à rester ici, je t’aurais envoyé avec les autres serviteurs de cette partie du palais à Azurapolis profiter de la brise marine au service de cette vieille folle. »

« Dois-je vous rappeler que la reine Invidia, votre belle-mère, n’a toujours eu que très peu d’égards pour son personnel ? »

« Je le sais oui. Bérénice était sa copie conforme… »

En prononçant ces mots, Flynn remarqua que la mâchoire du roi Thar s’était crispée et que ses mains tenaient plus fermement le rouleau de papyrus, comme s’il était contrarié par ce sujet de conversation. Le souverain ne se calma que lors du départ du vieux serviteur mais il était clair qu’entendre parler de la dernière reine d’Hélios ne lui avait pas du tout plu.

Soudain, il croisa de nouveau le regard mordoré qui, cette fois-ci, le détailla des pieds à la tête, marquant quelques arrêts pour scruter plus attentivement certains détails de sa personne. Le soldat se garda bien de lui rendre la pareille, surtout que contrairement à lui, le souverain portait une coiffe et un habit de lin blanc qui dissimulaient ses cheveux et une bonne partie de son corps.

« Quel est ton nom ? » lui demanda le maître des lieux, visiblement curieux.

Au mouvement qu’il perçut sur le côté et au son des draps froissés, il sut que cette question avait fait réagir Yuri qui devait être en train de se préparer à intervenir d’une manière ou d’une autre.

« Flynn. » répondit froidement le jeune homme, provoquant un léger rire amusé chez son interlocuteur.

« Je vois que tu me détestes. » fit le roi Thar avec un léger sourire avant de fixer son favori. « Cela me rappelle des souvenirs… »

Vu la façon dont le Nyx serrait les dents, le soldat supposa qu’il parlait de leur première rencontre… ainsi que des premiers jours de captivité de son ami – jamais ce dernier n’avait voulu en parler en détail mais il se doutait que cela avait été loin d’être agréable.

« On ne peut pas dire que vous soyez doué pour vous faire apprécier. » lança le bel éphèbe sur un ton acide.

« Vraiment ? » répliqua le souverain qui perdit son maigre sourire. « Cela se voit que tu n’as pas connu la reine Invidia ou Bérénice. »

Après avoir prononcé ces mots, le maître des lieux quitta le fauteuil qu’il occupait et marcha d’un pas vif jusque devant la grande broderie au mur représentant des femmes semant le blé. Il passa ses doigts dessus, faisant bouger celle-ci… et révélant brièvement le bas d’une alcôve qui était cachée derrière.

« Quand j’ai pris possession des lieux, j’ai personnellement examiné chaque pièce du palais. » leur expliqua le roi en attrapant fermement un morceau du tissu accroché au mur. « J’ai fais ajouter ceci par Rowen en découvrant ce que ma chère belle-mère avait osé faire… »

D’un geste, le roi Thar tira sur la broderie, l’arrachant du mur… et dévoilant la fameuse alcôve où se trouvait un autel probablement dédié à Topaze mais qui avait vraisemblablement été vandalisé, des traces de chocs étant visibles sur la pierre ainsi que sur les gemmes colorées qui étaient soient cassées, soient manquantes dans les emplacements qui étaient prévus pour elle. Il y avait aussi des morceaux de pierre plus claire qui étaient probablement les restes de la statuette représentant la déesse du foyer…

Face à cette découverte, Flynn se sentait mal à l’aise, surtout en pensant au fait que Topaze était une divinité importante en Hélios, surtout pour les femmes. Comment quelqu’un, qui plus est la reine de ce royaume, aurait pu oser commettre un tel sacrilège ?

« Je présume qu’elle a fait cela en apprenant que mon père préférait le fils qu’il avait eu d’une de ses maîtresses au harem à sa fille Bérénice pour lui succéder sur le trône. » leur exposa le souverain en reprenant place dans le fauteuil. « Cette femme a toujours détesté celles qu’elle voyait comme ses rivales… »

Pourquoi leur racontait-il cela ? Le soldat cherchait à comprendre cette bizarrerie quand, soudain, le roi lui envoya un rouleau de papyrus qu’il rattrapa au vol. Intrigué, il regarda l’objet avant de lever les yeux vers le maître des lieux qui le fixait de son regard mordoré.

« Qu’attends-tu donc ? » fit le roi Thar en haussant un sourcil, l’air agacé. « Lis-le ! Et parle de façon intelligible. »

En grinçant des dents, Flynn s’exécuta, lisant à haute voix chaque ligne. Il ne tarda pas à comprendre qu’il avait entre ses mains une liste recensant la production minière d’Hélios : Albâtre, Marbre, Granit, Rubis, Grenat… ainsi que d’autres pierres de taille ou pierres précieuses. Il ne pouvait pas dire si les quantités qu’il voyait étaient aussi élevées qu’elles lui semblaient être mais lire cela lui rappela son père qui travaillait dur dans les Dunes, tantôt dans les carrières, tantôt dans les mines, afin qu’ils puissent manger à leur faim. Il n’avait qu’une dizaine d’années quand son cher parent était mort suite à une maladie grave, le laissant seul avec sa mère qui le quitta brutalement quand il eut quatorze ans.

« Pas de surprises… » déclara le souverain, le regard dans le vague, avant de lui lancer un deuxième rouleau. « Continue ! »

Cette fois-ci, le soldat eut une liste de toutes les récoltes du pays et, ayant déjà travaillé dans les champs quand il était plus jeune, il trouvait ces chiffres faibles, une impression qui se confirma quand il repéra une annotation d’un scribe qui signalait une baisse inquiétante des réserves de céréales suite à des crues trop faibles du Neilos.

« C’est encore pire que l’année précédente. » grogna le roi Thar en regardant le contenu d’un autre rouleau.

Pendant que le souverain était occupé, Flynn reporta son attention sur Yuri et constata que le sommeil avait pris le dessus : le Nyx était allongé sur le ventre, un bras sous sa tête, et dormait paisiblement, ses longs cheveux de jais éparpillés sur le lit. A tous les coups, la lecture de ces listes l’avait endormi, ce qui n’était peut-être pas plus mal vu qu’il n’avait pas été capable de fermer l’œil de la nuit.

En jetant un coup d’œil vers les différentes portes existantes, il réalisa que cela faisait un moment que le vieux serviteur s’était absenté. Que faisait-il au juste ?

« Si tu cherches Rowen, je l’ai envoyé faire quelque chose pour moi. » déclara le maître des lieux avant de lui lancer un dernier rouleau. « Lis-le si tu y arrives. »

Se demandant pourquoi le roi lui faisait faire cela, il s’exécuta, lisant soigneusement chaque ligne de ce qui était une lettre de l’empereur Ioder de Séléné qui, visiblement, acceptait un échange commercial : contre certaines pierres précieuses, il était prêt à offrir bon nombres de fruits et de légumes afin de nourrir le peuple d’Hélios. Le dignitaire étranger avait terminé son message en souhaitant que la situation chez son voisin s’arrange.

Sa lecture finie, le soldat leva les yeux vers le roi Thar… et constata que celui-ci le fixait avec grand intérêt. Cela lui fit réaliser l’objet de ces lectures : il se faisait tester.

« Excellent niveau pour un simple soldat. » le complimenta le souverain avec un sourire en coin. « Peu de scribes au palais arrivent à lire aussi bien l’écriture de l’empereur de Séléné... »

Flynn reconnaissait que l’empereur Ioder avait une écriture assez inhabituelle mais cela restait lisible pour lui – Sodia lui avait prêté quelques récits quand ils étaient plus jeunes et certains avaient été très mal recopiés, faisant qu’il s’était habitué à devoir faire du déchiffrage. Cependant, il n’avait pas conscience qu’il avait un si bon niveau en lecture…

Un grincement se fit entendre et, en tournant la tête, ils virent entrer Rowen avec un plateau de nourriture entre les mains, suivi de Lucrèce qui, lui, avait amené avec lui une palette de scribe. Le son de la porte avait vraisemblablement réveillé Yuri, ce dernier ayant déplacé ses jambes et ayant entrouverts ses yeux.

« Ce que vous m’avez demandé votre Altesse. » déclara le favori taciturne en posant ce qu’il tenait entre ses mains à côté des rouleaux. « Vous avez encore besoin de moi ? »

« Tu peux retourner au harem. » lui répondit le souverain avant de faire signe au soldat de venir vers lui.

L’érudit s’inclina avec respect puis, après un signe de tête vers le garde, quitta la chambre de la reine. De son côté, le serviteur avait doucement achevé de réveiller le Nyx qui essayait tant bien que mal de dissimuler un bâillement tandis que Flynn s’installa avec méfiance dans le fauteuil qui lui était désigné.

« Je vais te dicter ma réponse à l’empereur de Séléné. » lui expliqua le roi Thar en lui remettant un morceau de papyrus vierge. « Elle sera brève mais tu es prié de t’appliquer. »

Même s’il était quelque peu tenté de faire des fautes, le jeune homme savait qu’il n’avait pas intérêt à saboter ce test car c’était à la fois un document destiné à une personne importante qu’il devait écrire mais aussi une occasion unique de montrer ce dont il était capable. Pour ces raisons, il se montra méticuleux en préparant soigneusement le matériel qui lui avait été fourni : il vérifia qu’il avait bien un pain de couleur noire à sa disposition ou de quoi en faire un, il aplatit avec soin le papyrus sur lequel il devait écrire, il inspecta les trois calames à sa disposition puis choisit celui qui lui semblait le mieux adapté et, enfin, il trempa son calame dans un gobelet d’eau puis le passa sur sa couleur afin de commencer à retranscrire ce qui lui était dicté.

Au début, il avait peur d’être maladroit, n’ayant pas eu l’occasion d’écrire depuis un bon moment, mais ses craintes s’estompèrent vite et son geste devint plus précis au fur et à mesure qu’il traçait les différents mots qu’il entendait. Quand il eut fini, le souverain se pencha vers lui pour relire son travail, imité par le Nyx qui semblait essayer de comprendre ce qu’il avait bien pu rater durant sa courte sieste.

« Très intéressant… » fit le roi avant de se réinstaller correctement dans son fauteuil. « C’est assez curieux que tu n’ais pas fait le même métier que ton père. »

« Comment cela ? » demanda Flynn, intrigué par cette remarque. « Jamais je n’ai mentionné ma famille… »

Il aperçut Yuri qui voulait manifestement intervenir mais Rowen l’en empêcha, lui intimant d’un geste de rester tranquille.

« Avant de monter sur le trône, j’avais un scribe qui était très travailleur et avec qui je m’entendais bien mieux qu’avec ceux que j’ai actuellement. » expliqua le souverain dont il surprit le regard mordoré s’arrêter sur son bracelet. « Il a dû quitter Aurum suite à des changements dans l’administration et j’ai perdu le contact avec lui. J’ai espéré pendant des années avoir un jour de ses nouvelles mais… »

Un soupir de dépit échappa au roi Thar dont les yeux affichaient à présent une certaine tristesse.

« Tu ressembles beaucoup à ton père Flynn. » lui déclara le souverain, le prenant de court. « Finath t’a très bien transmis son savoir. »

Le calame qu’il tenait encore dans sa main glissa entre ses doigts, tombant sur le sol de pierre dans un son creux. Sa surprise était immense : son père avait donc travaillé au palais ?

-§-

Entre cette lecture ennuyeuse et la fatigue, Yuri n’avait pas tardé à s’endormir, ne comprenant absolument pas à quoi pouvait jouer le roi Thar – il savait que ce type avait forcément une idée derrière la tête mais il était trop épuisé physiquement et moralement pour mettre le doigt dessus. Quand il fut réveillé par le retour de Rowen, il avait l’impression d’avoir manqué quelque chose d’important… et il se sentit pâlir en notant que le souverain avait tendance à beaucoup baisser les yeux sur le bracelet de Flynn.

Seulement, à aucun moment il ne s’était attendu à entendre cela : le père de son ami avait été scribe au palais, une chose que même le soldat ignorait vu l’expression qu’il affichait. Ses sens de Nyx étaient certes engourdis par la fatigue mais à première vue, ce n’était pas un mensonge…

« C’était pour savoir qui il était que vous lui demandiez tout cela. » en conclut le favori quand il constata que le garde était trop surpris pour répondre. « Par contre, rien ne pouvait vous indiquer qu’il avait transmis son savoir à son fils… »

« Et il ne travaillait pas en tant que scribe… » ajouta Flynn qui semblait plongé dans ses souvenirs. « Mais il avait toujours insisté pour que je sache tout ça. Il voulait que j’ai toutes mes chances… »

C’était assez logique : un poste de scribe demandait de savoir bien lire et écrire mais en contrepartie, cela donnait accès à beaucoup de lieux différents, notamment dans les bâtiments administratifs, et un très bon scribe pouvait toucher un excellent salaire. Seulement, la mentalité machiste dans pas mal d’endroits d’Hélios, plus particulièrement dans les temples, fermait pas mal de portes aux femmes, ce que son amie Rita avait toujours grandement regretté car elle était dans l’incapacité de postuler là où elle le désirait.

Toutefois, Yuri trouvait très étrange qu’un homme qui, manifestement, occupait une position importante lui accordant des avantages non négligeables ait choisi de changer de travail, à priori pour pourvoir un poste moins prestigieux, seulement pour les raisons évoquées. Cela mériterait qu’il y réfléchisse une fois qu’il aura dormi une heure ou deux…

« J’imagine qu’il n’est plus de ce monde. » devina le roi Thar en se levant de son fauteuil. « C’est bien dommage… »

« C’est très regrettable oui. » ajouta Rowen en récupérant les rouleaux de papyrus de son maître tout en fixant Flynn. « Je n’ai pas beaucoup connu votre père mais je me souviens qu’il était quelqu’un de très humain. J’ai cependant peur d’être le seul parmi le personnel à l’avoir connu… »

« Quelles étaient ses fonctions exactes ? » demanda le favori, concentré sur les expressions faciales du souverain. « Il vous servait juste de secrétaire ? »

A cette question, le maître des lieux haussa un sourcil, l’air un peu amusé.

« Si tu suspectes que Finath et moi avons pu être amants, tu te trompes lourdement. » répondit le roi en croisant les bras contre son torse. « Nous étions amis et il s’occupait aussi de faire des inventaires au sein du palais. »

Pas de relation romantique, c’était vrai… mais ce léger tressautement qu’il perçut au niveau de la lèvre supérieure lui indiquait qu’un mensonge s’était glissé dans ces mots, plus particulièrement dans la partie concernant le travail du père de Flynn. Vu ce qu’il avait supposé sur un certain bijou, cela vaudrait le coup de creuser…

« Ce n’était pas ce que je sous-entendais. » déclara Yuri qui perçut un certain soulagement chez son ami. « En fait, je me demandais s‘il n’avait pas déjà officié dans un temple. »

En entendant cette phrase, le regard mordoré du roi Thar s’agrandit, visiblement surpris, avant de se reposer sur le bracelet de cuir, ce qui confirma les hypothèses du favori sur l’origine de ce bijou.

« Je constate que vous vous entendez extrêmement bien tous les deux… » fit le souverain sur un ton que le Nyx n’arrivait pas à déchiffrer. « Je présume que certains secrets ont été partagés durant le temps que vous avez passé ensemble… »

Le favori grinça des dents face à cela et espéra intérieurement que le maître des lieux n’allait pas chercher à creuser pour en savoir plus. Il chercha un moyen de contourner un éventuel problème quand le soldat se leva de son fauteuil.

« Vous savez ce que c’est. » dit Flynn en levant sa main devant son visage, montrant le bracelet qu’il avait au poignet. « Depuis tout à l’heure, vous n’arrêtez pas de le regarder. »

Pendant quelques secondes, un silence pesant régna, rythmé par des yeux azur remplis d’un éclat hostile vis-à-vis du roi d’Hélios. Le regard mordoré soutint celui du jeune homme avant de glisser sur le bijou… dont la turquoise s’était mise à émettre une faible lumière bleutée. Qu’est-ce que…

« Cela fait longtemps. » déclara la mystérieuse divinité, surprenant presque tout le monde dans la pièce. « La dernière fois, c’était il y a au moins vingt ans… »

« Oui Cyan. » lui répondit le souverain avec nostalgie. « C’est bien cela… »

-§-

Son père… Flynn se rappelait encore très bien de lui et du temps qu’il prenait chaque jour pour lui enseigner ce qu’il savait. Il se souvenait encore des leçons d’écriture qu’il lui donnait, tantôt en écrivant avec un bâton dans la poussière, tantôt sur des morceaux de papyrus que le scribe du village avait accepté de lui céder en échange de quelques services.

Quand celui-ci fut décédé, le jeune homme avait continué de s’appliquer pour lire et écrire, le tout aidé par Sodia qui avait plus facilement que lui accès à des rouleaux de papyrus et à du matériel d’écriture. Le scribe du village lui avait proposé de le prendre sous son aile mais il avait refusé, optant d’abord pour le travail aux champs avant de devenir soldat suite à un groupe de brigand qui avait attaqué certains habitants sans défense – sa mère était parmi ces derniers et elle avait été tuée ce jour-là en voulant protéger des enfants.

En entendant le roi Thar prononcer le mot « Cyan », les souvenirs vagues que Flynn gardait de certaines histoires contées par son père se précisèrent. Il se rappelait à présent que Sol et Topaze avaient eu trois fils : Aurum et Phoebus qui étaient nés avant que leur mère ne soit divinisée et étaient donc mortels, puis Cyan qui était né fragile et qui devint une divinité avec l’intervention d’Océan qui le lia au Neilos.

Cependant, impossible pour lui de se remémorer son autre fonction. Pour une raison ou une autre, celle-ci ne cessait de lui échapper…

« Cet évènement tragique a laissé des traces profondes à ce que je vois. » poursuivit Cyan de sa voix éthérée. « Tes nuits doivent être bien difficiles… »

« J’ai appris à m’en accommoder. » répondit le souverain à la divinité. « Toi à ce que je vois, tu as bien souffert… »

« Je me régénère comme je le peux mais ce n’est pas suffisant pour assurer pleinement mon rôle. Pardonne-moi mais je ne peux rester plus longtemps… »

Sur ces mots, Cyan les laissa et la lueur bleutée disparue, laissant de nouvelles questions avec elle…

Le son de quelqu’un frappant contre une porte se fit entendre, alertant Rowen qui alla voir qui était derrière. Un grognement échappa au roi face à ce visiteur et celui-ci s’éloigna un peu, mettant de la distance entre eux trois. Le serviteur revint quelques secondes plus tard.

« Votre Altesse est demandée pour une réunion avec les hauts scribes. » déclara le plus âgé. « Dois-je leur dire que vous êtes occupé ? »

« Non, ils risquent de mal le prendre et je n’ai pas besoin de cela. » répondit le roi Thar en grognant avant de fixer une tapisserie sur le mur représentant Topaze. « Dis-leur que l’on fera cette réunion dans mes appartements. Je les y attendrai. »

« Très bien. »

« Et si Raven ou Lucrèce viennent ici, dis-leur de passer par la porte commune. Elle sera ouverte de mon côté. »

Alors qu’il se demandait de quelle porte pouvait bien parler le souverain, Flynn vit ce dernier se diriger vers la tapisserie puis soulever celle-ci, dévoilant une porte en bois sculpté qui, jusqu’ici, était bien cachée. D’un signe de la main, il leur indiqua de le suivre, ce que fit le soldat après avoir aidé Yuri à se lever, et ils entrèrent dans ce qui était un étroit couloir assez sombre, tout juste assez large pour que deux personnes puissent se croiser. Ce passage ne faisait, au plus, qu’une vingtaine de mètres et, une fois au bout, ils étaient devant l’autre entrée de celui-ci où, cette fois-ci, le roi leur fit signe d’attendre.

« Quand Raven aura fait son rapport, vous pourrez retourner au harem. » leur dit le maître des lieux sur un ton assez sec. « En attendant, vous tenez vos rôles en silence tout en observant discrètement ce qu’il se passe. Pas d’improvisation et faites en sorte que personne ne voit le bracelet de Cyan. Je ne tiens pas à ce que Garista apprenne que cet objet est ici. »

A contrecœur, le jeune homme accepta, imité par le favori qui, lui, semblait plus intrigué qu’autre chose.

Arrivés dans la chambre du roi, Flynn nota que celle-ci était de même dimensions que celle de la reine avec quelques éléments de mobilier en commun. Les différences majeures entre les deux pièces étaient le bureau qui croulait sous les rouleaux de papyrus et l’autel dédié à Sol, en parfait état contrairement à celui de Topaze.

« Ca fait trois ans que je viens ici plusieurs nuits par an et c’est bien la première fois que je vois à quoi ressemble cette pièce. » ironisa un peu Yuri à voix basse, son regard anthracite balayant les lieux avec curiosité. « Je l’imaginais plus grande… »

Le soldat n’eut pas l’occasion de répondre, Rowen étant arrivé d’un pas rapide avec le vêtement en lin noir du favori ainsi que le reste de leurs affaires…

-§-

Après plusieurs heures, la fouille du harem par ses hommes n’avait pas permis à Raven de trouver qui avait bien pu user de ces fichus cactus. Il avait donc renvoyé ceux-ci à leurs postes habituels et profité que Lucrèce ait dû s’absenter pour demander à Droite d’observer discrètement les interrogatoires des serviteurs pour repérer un éventuel suspect qui aurait pu lui échapper. Manque de chance, quand l’érudit revint, ils avaient fait le tour de presque tout le personnel, Karol étant le seul qui lui restait à questionner – pour la forme, il avait demandé à la Nyx de le faire vu qu’elle n’avait aucun lien affectif avec lui mais sans surprise, le jeune adolescent n’avait rien à se reprocher, bien au contraire.

« Un orage approche. » leur fit remarquer la jeune fille dont le regard scrutait le ciel qui se couvrait de nuages gris. « Vu la vitesse du vent là-haut, il ne durera pas très longtemps… »

« Le contraire serait étonnant vu notre climat. » déclara Lucrèce avant de lâcher un soupir d’exaspération. « Mais la pluie risque de ne pas être notre alliée si l’on ne trouve pas vite qui est coupable du premier empoisonnement. »

Bien que lui et le favori taciturne n’avaient pas totalement dévoilé leurs jeux respectifs, ils avaient été d’accord pour une alliance contre Garista, faisant que le jeune homme lui révéla qu’il avait sciemment désobéi aux prêtres en laissant quelqu’un accéder aux archives des temples – la description de cette personne correspondait en tous points à cette chère Rita – tandis que l’espion lui avait présenté Droite qui s’était d’abord montrée un peu hostile avant de constater que ce nouveau venu était honnête.

« Vous avez essayé avec Repede ? » leur demanda Karol qui n’avait été mis au courant de ce qu’il se tramait que depuis peu. « Jusqu’ici, il a toujours réussi à esquiver lui-même les mets avec du poison… »

Le capitaine avait envie de se gifler pour ne pas y avoir pensé avant : les chiens avaient un meilleur odorat que les hommes mais si à Hélios ils étaient souvent cantonnés à monter la garde, c’était différent dans les Terres des Nyx où la chasse était une activité plus pratiqué que l’élevage – à tous les coups, en temps que membre du peuple de la nuit, Yuri avait dû le dresser à cette activité car il était probablement le seul animal à avoir survécu aussi longtemps au harem.

« C’est notre dernier recours. » admit l’espion qui surveillait le ciel du coin de l’œil. « Par contre, il va falloir faire vite car s’il pleut, des indices peuvent disparaitre. »

« Je vais chercher du Peyolt. » déclara Lucrèce en s’éloignant.

« Et moi Repede. » ajouta le serviteur en partant en direction de la cour des favoris.

A présent seul avec la Nyx, Raven tourna son regard vers ce qui était le bâtiment des enfants, devenu une ruine sinistre depuis ce fameux incendie qui avait tué bon nombre de maîtresses et d’enfants du précédent roi.

« Le passage secret que vous m’avez laissé ouvert est assez intéressant. » lui dit Droite qui se recula vers un recoin sombre, probablement par instinct. « Une partie semble mener à l’extérieur du palais et l’autre doit aboutir près de votre salle du trône… »

« A côté des appartements du roi pour être exact. » lui dévoila l’espion en se remémorant tout ce que le roi Thar lui avait appris sur ces nombreux passages secrets dont lui et Rowen étaient les seuls à connaître l’étendue exacte. « Ils étaient très utilisés durant le règne du précédent roi car la reine Invidia ne supportait pas les favorites de son époux, plus particulièrement Cérès, la mère de notre souverain. De cette manière, elles pouvaient quitter discrètement le harem sans être vues. »

« A condition d’avoir la clé. Je suis tombée sur une porte avec l’emblème de Topaze dessus et elle était fermée. »

Ce serait logique : dans le cas où quelqu’un découvrirait ce passage, il fallait s’assurer qu’il ne puisse pas pénétrer au sein du harem sans y être invité. Qui plus est, le bâtiment des enfants devait certainement abriter un autel dédié à la déesse vu que les concubines royales allaient y mettre leurs enfants au monde avant, si elles le désiraient, de regagner leurs appartements.

De plus, si ce passage était fermé, cela faisait un endroit de moins par lequel un groupe de Nyx pouvait s’infiltrer ici… et de ce qu’il savait, c’était le seul passage secret qui conduisait directement au harem.

Quelques minutes plus tard, Karol revint accompagné de Repede qui, après avoir jaugé Droite, l’accepta en la laissant le gratter brièvement derrière les oreilles. Lucrèce arriva un peu après avec un pot en terre cuite entre les mains.

« J’ai croisé Rowen et apparemment, le roi veut que l’on passe par le passage entre les chambres royales. » lui transmit le favori en remettant ce qu’il avait amené au jeune serviteur. « Il a gardé Yuri et Flynn avec lui. »

En apprenant cela, Raven grogna intérieurement, craignant de n’avoir pu empêcher sa jeune recrue de finir comme pensionnaire à part entière du harem – quoique vu l’attitude qu’avait eue le soldat, il était certainement très hostile à l’idée de potentiellement finir parmi les favoris du souverain.

L’érudit ouvrit le pot en terre et se baissa pour le mettre à la hauteur de Repede. Sans qu’on ne lui dise quoique ce soit, le chien en renifla soigneusement le contenu avant de lever son museau en l’air, cherchant l’odeur en question. Il baissa ensuite la tête au sol, humant celui-ci tout en se déplaçant, l’air très concentré sur sa tâche.

« Il a trouvé. » déclara Droite juste avant que Repede ne parte d’un coup, suivi par la jeune femme.

Moins réactifs que la jeune Nyx, ils partirent dans la même direction mais celle-ci ainsi que le chien étaient plus rapides, faisant qu’une fois dans la cour du bâtiment des favoris, ils les avaient tous deux perdus de vue… mais Raven eut à présent confirmation qu’il y avait quelque chose de vraiment pas clair pour que la piste du Peyolt les mènent dans cette partie du harem.

« Par ici ! » leur lança la jeune fille avant d’apparaître à l’étage. « Il a trouvé quelque chose ! »

A cause de la fouille complète des lieux ordonnée par le roi Thar, toutes les portes avaient été ouvertes et laissées ainsi jusqu’à ce que lui, le capitaine, ait jugé que le travail avait été fini. Si cela avait ennuyé les pensionnaires normaux du harem qui avaient été contraints de quitter les lieux pour la journée, cela n’avait posé aucun problème pour les favoris vu que deux n’étaient plus dans leurs quartiers, que l’un d’eux coopérait volontiers et que le dernier avait été exécuté ce matin.

Cependant, quand ils arrivèrent là où la piste de ce cactus se terminait, son sang se glaça en réalisant ce vers quoi elle pointait… et lui fit comprendre que Garista avait peut-être bien plus facilement accès au harem qu’il ne l’avait imaginé.


NB : Normalement, je devais faire plus de choses dans ce chapitre mais certains morceaux ont été si longs que j’ai tout décalé… Le rating M devrait se justifier vers la Partie 7 ou 8 si ça ne se décale pas de nouveau.

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 Mélodie Funèbre - 4

Fluristelle Month : Day 4 : Anniversary – Illness

Notes : Bon, très en retard sur celui-ci et ça va faire pareil pour tout le reste… Le manque d'inspiration et le fait que j'ai jeté aux orties plus de 2000 mots car l'idée ne me plaisait pas ont contribué à creuser le retard. Bonne lecture !


C'était le 31 octobre, jour d'Halloween, et Yuri s'estimait heureux de ne pas travailler aujourd'hui car il était plus que crevé. Déjà, il avait été contraint de jeter des restes de nourriture à la poubelle car ce qu'il avait mangé la veille avait fini dans la cuvette des toilettes ce matin en plus de lui couper l'appétit un bon moment. En prime, il devait avoir de la fièvre vu qu'il avait chaud alors que le thermomètre affichait à peine dix-huit degrés et qu'il était en t-shirt. Il était donc en pyjama, à moitié somnolant devant son bol de riz et sa pomme qui, tant qu'il n'était pas fixé sur ce qu'il avait bien pu attraper, seraient son seul repas du jour.

Ces rêves étranges et ces absences avaient continué, lui montrant d'autres moments de la vie de cette Lilith qu'il commençait à bien connaître et apprécier : elle aimait jouer du piano, s'habiller comme elle le désirait – il avait vu la mode des femmes ainsi que son évolution au XIXème siècle et il devait reconnaître que les robes étaient de moins en moins pratiques avec le temps –, être libre de ses faits et gestes… Il était certain qu'elle aurait adoré vivre au XXIème siècle. Par contre, il n'arrivait toujours pas à comprendre ce qu'il lui était arrivé la nuit où elle a été vraisemblablement assassinée ainsi que la signification de ce morceau joué au piano.

Après son repas frugal, il s'accorda une sieste pour essayer de récupérer…

-§-

Le soleil brillait ce jour-là et Lilith jouait au piano « Lettre à Elise » avec Repede à ses côtés comme spectateur. Seulement, le chien n'était visiblement pas au mieux de sa forme : il avait un bandage autour de la tête qui couvrait son œil gauche et, à son attitude, il était clair que quiconque entrerait pour faire du mal à la jeune femme risquait de subir son courroux.

Soudain, l'animal se mit à grogner, attirant l'attention de sa maîtresse qui cessa de jouer… lui permettant d'entendre ce qu'il se passait derrière les portes.

Vous avez… commença la voix de sa tante, manifestement choquée. Et vous croyez vraiment que cela va changer qui vous êtes ? Vous n'êtes qu'un moins que rien !

Faites très attention Lady Greed, l'avertit son interlocuteur. Cette demeure ne vous appartient pas à ce que je sache…

Sortez d'i-

Refusez encore une fois ce mariage et je me verrai contraint de révéler à tous vos intentions réelles vis-à-vis de votre nièce ainsi que la longue liste de vos crimes.

Très intéressée, Lilith se rapprocha de la porte pour écouter, percevant ainsi le cri étranglé de sa tante quand leur visiteur lui énonça tous les évènements inhabituels ayant eu lieu au manoir ainsi qu'une dizaine de noms.

Je vois laisse le choix Lady Greed, déclara l'homme sur un ton glacial. Soit vous quittez cette maison et abandonnez l'idée de mettre la main sur l'héritage, soit je me verrai dans l'obligation de vous conduire devant la justice. Dans les deux cas, ce mariage se fera, que ce soit avec ou sans votre accord.

Lorsque ces mots résonnèrent à ses oreilles, la jeune femme ne put s'empêcher de sourire, incapable de cacher sa joie de savoir qu'enfin, sa tante allait quitter cet endroit. Elle était enfin libérée de ce tyran…

-§-

Des coups à la porte réveillèrent Yuri qui constata qu'il était bientôt cinq heures du soir. Difficilement, il se leva et alla ouvrir… à une pré-ado aux longues nattes blondes qui était en avance pour la chasse aux bonbons. Son déguisement de pirate lui allait très bien, il le reconnaissait, mais là, il n'avait vraiment pas envie de la voir.

—Bisou ou friandise nanoja ? lui demanda-t-elle en tendant son panier en forme de crâne tout en le fixant d'une manière qui ne lui inspirait guère confiance.

—Patty, comment tu sais où j'habite et comment tu es arrivée jusqu'ici ? la questionna-t-il, suspicieux. Tu ne m'as quand même pas suivi ?

Patty Fleur, une ado qui, à son plus grand désarroi, avait flashé sur lui et passait à l'épicerie une fois par semaine pour le voir tout en essayant de le convaincre de sortir avec elle, ce qui amusait grandement un certain Flynn qui avait faillit se prendre un coup de poing dans la figure pour avoir ricané alors qu'elle lui offrait un gâteau sur lequel elle avait réussi à faire son portrait en chocolat – il reconnaissait cependant qu'elle avait un certain talent en cuisine. Cette fille était têtue et quand il croyait qu'il en était débarrassé, elle lui prouvait vite le contraire.

—Hummm, fit-elle, l'air pensive. Peut-être ?

—C'est pas vrai, grogna Yuri en se passant une main sur le visage. Rentre chez toi.

—Attends ! Bisou ou friandise nanoja ?

En guise de réponse, il lui claqua la porte au nez… puis il nota dans un coin de sa tête qu'il ferait bien de déménager au plus vite car il avait au moins un voisin qui laissait entrer n'importe qui dans l'immeuble.

-§-

Ce jour-là, il pleuvait à l'extérieur mais cela n'empêchait en rien Lilith de jouer du piano, plus particulièrement le deuxième mouvement de la sonate Clair de Lune qui emplissait les lieux d'une musique joyeuse contrastant avec la grisaille qui régnait dehors. Assis sur la causeuse, un homme aux cheveux blonds consultait des documents éparpillés sur la table basse avec grand intérêt.

Visiblement, elle a dépensé une partie de ton héritage, lui déclara-t-il en classer les papiers qui étaient devant lui. Heureusement, elle n'avait pas accès à l'intégralité de celui-ci grâce aux instructions très claires de Robert Blackwood.

Grand-père avait spécifié que je ne pourrais me servir de l'argent qu'à partir de mes dix-huit ans, précisa la jeune femme en terminant de jouer le morceau. En plus, il m'avait montré où il avait caché certains de ses biens de valeur au cas où. Cette demeure est un vrai coffre au trésor quand on sait où regarder.

Je l'avais constaté quand tu m'avais montré que l'on pouvait passer de ta chambre à celle d'à côté en tirant sur la bonne applique. Sans ça, tu serais peut-être…

Je le sais oui.

Lilith attaqua ensuite le troisième mouvement de la sonate avec vigueur, concentrée sur ce qu'elle jouait…

-§-

La sonnette de la porte le tira de ce nouveau rêve. Yuri constata qu'il était presque six heures et alla ouvrir pour tomber sur un adolescent déguisé en grenouille et une jeune femme dont la tenue de diablesse ne laissait nullement place à l'imagination – elle n'avait pas froid avec juste un short ultra-court et un soutif ?

—Farces ou friandises ? demandèrent-ils en tendant chacun la citrouille qu'ils avaient en main.

—C'est toi cap'tain ? s'étonna-t-il en reconnaissant la voix de Karol, un adolescent avec qui il discutait souvent à l'épicerie de sujets divers et variés.

—Ouais, confirma le plus jeune en enlevant la tête de son costume, révélant ses cheveux châtains en bataille. Je m'y suis pris trop tard donc c'était ça ou me déguiser en fille…

—Je ne vois pas ce que tu as contre les robes, fit la jeune femme, ses cheveux bleus attachés en chignon étant surmontés d'une paire de cornes rouge vif. Elle t'allait à ravir !

—Judith ! Au moindre coup de vent, on voyait tout !

Elle par contre, c'était la première fois qu'il la voyait… quoiqu'il était prit d'un doute car il lui semblait l'avoir déjà aperçue quelque part mais cela devait dater d'avant son déménagement car jamais elle n'était venue à l'épicerie et c'était le seul endroit à Halure où il voyait passer du monde.

—J'imagine que t'es la baby-sitter, supposa Yuri en jetant un rapide coup d'œil au tour de poitrine de la jeune femme.

—C'est exact, confirma la dénommée Judith avec un sourire en coin. Ses parents ont peur de le laisser sortir tout seul la nuit et j'aime bien me déguiser donc je l'accompagne. C'est plus amusant de chasser les bonbons en groupe.

—Si tu veux, tu peux venir avec nous, proposa Karol avant de remettre correctement son costume.

—Désolé mais ce ne sera pas possible, s'excusa Yuri en baîlant. L'année prochaine peut-être.

Après leur avoir donné quelques bonbons, le jeune homme leur souhaita bonne chance pour leur collecte de sucreries et referma la porte.

-§-

C'était un beau matin de printemps dans le salon. Lilith venait visiblement de se lever, étant encore vêtue de sa robe de chambre et ses cheveux étant un peu en désordre, signe qu'elle ne s'était pas coiffée. Assise sur la causeuse, elle contemplait l'anneau en métal sombre à sa main.

Me voilà mariée… souffla-t-elle comme si elle semblait avoir du mal à y croire.

Tu as des regrets ?

Un peu surprise, la jeune femme se tourna vers le jeune homme aux cheveux blonds qui, contrairement à elle, avait pris la peine de s'habiller. Il vint la rejoindre, appréhendant visiblement la réponse de sa compagne.

Non, répondit Lilith en lui souriant. C'est juste que je vais avoir du mal à m'habituer à ne plus être seulement Lady Blackwood…

Je peux comprendre cela, la rassura son époux. Moi-même je ne me suis pas encore fait à ce titre que j'ai dû acheter…

La jeune femme rit légèrement en entendant ces mots, son regard anthracite étincelant de malice.

A ce sujet Flynn, je dois me présenter comme la comtesse Scifo ou comme Elisabeth Scifo ?

A cette question, son compagnon eut un léger rire puis la fixa de ses yeux azur avec intensité.

Fait comme bon te semble. Si tu es heureuse, alors je le suis aussi.

-§-

Cette fois-ci, Yuri se réveilla en sursaut, l'image du mari de Lilith lui ayant provoqué un choc auquel il ne s'était pas attendu : était-ce son imagination ou c'était LE Flynn Scifo qu'il connaissait, son ami, qui était apparu dans ses songes ? Jusqu'ici, il n'avait jamais pu voir ses traits mais là, il était certain d'avoir reconnu son visage donc soit son cerveau lui jouait de sacrés tours, soit… il y avait un truc pas clair chez cet homme et il était temps qu'il s'intéresse à lui de beaucoup plus près.

Il était presque sept heures et demie quand il se mit à activement rechercher sur internet tout ce qu'il pouvait sur le nom Scifo, ne sachant pas trop sur quoi il pourrait tomber. Ce qui le frappa très vite, c'était que personne sous ce nom n'était inscrit sur les réseaux sociaux et ce, quels qu'ils soient. Une recherche plus approfondie lui confirma qu'il n'y avait personne avec ce nom de famille avec un profil accessible, faisant qu'il se rabattit sur les sites de généalogie.

Bien qu'il ignorait la date exacte de cet évènement dans ses songes, il chercha la trace d'un acte de mariage au nom de Scifo ou de Blackwood… et en trouva un datant de 1866 – bien entendu, il devait payer pour pouvoir le consulter en entier mais l'aperçu lui serait amplement suffisant – qui lui confirma qu'une certaine Elisabeth Blackwood avait bien épousé un dénommé Flynn Scifo le 13 avril 1866 dans la région d'Halure.

Perplexe face à cela, Yuri finit par réaliser une chose : et si le lieu où se déroulaient ses songes existait toujours ? De ce qu'il avait compris, c'était un manoir mais il n'avait rien vu d'aussi vieux les quelques fois où il s'était perdu en ville.

Il allait entamer une nouvelle recherche quand tout son appartement fut victime d'une coupure de courant, le plongeant dans la pénombre. Le temps que ses yeux s'habituent au peu de luminosité qu'il avait grâce aux réverbères, tous ses voisins étaient en train de râler, signe que c'était les plombs de tout l'immeuble qui avaient dû sauter pour une raison ou une autre.

Après quelques secondes d'hésitation, Yuri finit par chercher ses vêtements avec la lumière de son téléphone portable et il s'habilla rapidement avant d'attraper ses clés et son manteau pour sortir d'ici. Sans surprise, il croisa un ou deux faisceaux de lampes torches qui cherchaient visiblement à rétablir la lumière mais visiblement, la panne était grave vu que quelqu'un était en train de chercher à joindre le propriétaire des lieux – le jeune homme, en arrivant au rez-de-chaussée, entendit deux hommes dire que bizarrement, il y avait eu une surtension dans tout leur bâtiment mais pas dans le reste du quartier alors que les derniers travaux sur les lignes électriques remontaient au printemps et que personne n'avait entendu le tonnerre.

Une fois dehors, il grimaça en découvrant que quelques gouttes de pluie commençaient à tomber mais il décida de faire avec le temps de trouver ce qu'il cherchait. Il marcha environ cinq minutes, le temps d'arriver dans une zone un peu moins résidentielle, et il finit par repérer un panneau avec le plan de la ville. Certes, cela ne lui disait pas où était ce qu'il cherchait mais cela pouvait lui donner des pistes… et il tendait à penser que si ce manoir existait, il était à l'extérieur d'Halure. Il concentra son attention sur les limites de la ville mais rien ne lui sauta aux yeux, lui faisant lâcher un soupir de dépit.

—Ca aurait été trop facile, se dit-il en se grattant l'arrière du crâne.

Les mains dans les poches de son manteau, Yuri fit demi-tour pour rentrer chez lui quand soudain, il se sentit observé. Il regarda discrètement autour de lui pour essayer de savoir qui pouvait l'espionner, voyant passer quelques personnes en costumes d'Halloween mais qui étaient trop occupées à récupérer leur butin en friandises – il repéra d'ailleurs au loin un chapeau de pirate qu'il espérait fortement ne pas appartenir à Patty.

Rien ne lui sauta aux yeux jusqu'à ce qu'il repère un type étrange déguisé en zombie et qui le fixait avec insistance. Son instinct lui disait que quelque chose n'allait pas, surtout quand il repéra une autre personne avec la même attitude un peu plus loin et qui risquait fort de lui bloquer le passage s'il empruntait cette route pour rentrer.

Afin de vérifier ses soupçons, le jeune homme alla dans une direction opposée à celle de son appartement… puis au premier tournant, se mit à courir dans le dédale de ruelle.

-§-

—Non mais tu aurais pu faire gaffe ! C'est les plombs de tout l'immeuble qui ont sautés !

—J'avais un poil surestimé leur réseau électrique faut croire…

—Un poil ? BEAUCOUP OUI !

Là, Judith devait le reconnaitre : Raven s'était bien loupé sur ce coup mais bon, c'était ça ou bien leur cible trouvait où était le manoir Blackwood et, sauf cas extrême, Flynn leur avait clairement dit qu'il préférait éviter que Yuri y mette les pieds. Si elle avait eu une chance réelle de lier une amitié avec ce dernier, elle était sure qu'elle aurait pu contrôler un minimum ses faits et gestes mais malheureusement, sa mort remontait à une vingtaine d'années – elle ne remerciait pas les deux autres alpinistes qui l'avaient sciemment laissée faire une chute d'une bonne trentaine de mètres afin de se livrer tranquillement à leur trafic d'œufs d'oiseaux… auquel elle avait mis un terme en se vengeant d'eux à la première occasion – et son corps avait été retrouvé puis identifié seulement cinq ans plus tôt, faisant que sa photo avait pas mal circulé dans les médias et qu'elle était contrainte de se faire discrète. Si le Faucheur ne lui avait pas demandé d'emménager au manoir, elle aurait probablement fait des ravages auprès de ceux qui ne respectaient pas la cause animale.

Pour l'instant, elle se contentait d'observer Sodia engueuler copieusement leur aîné mais elle restait très attentive au reste de leur environnement…

—Ma jolie, j'peux pas savoir si c'est vétuste ! s'exclama Raven, un trentenaire vêtu d'un immonde manteau violet et dont le décès devait remonter au milieu du XIXème siècle si sa mémoire était juste. Et puis t'sais aussi bien qu'moi que l'gamin est pas bête !

—C'est justement pour ça qu'il aurait mieux valut ne PAS plonger tout le bâtiment dans le noir ! répliqua la rousse qui semblait se retenir d'étrangler son aîné. Il va finir par se douter de quelque chos-

—Silence ! leur intima Judith en repérant des sons suspects dans le couloir. Quelqu'un vient par ici.

Ils passèrent vite à travers les portes d'un placard pour se cacher et attendirent. Seulement, un bruit plutôt étrange se fit entendre puis un râle qui ne semblait pas humain résonna dans l'appartement. Il y avait quelqu'un qui était entré mais celui-ci devait plus tenir de l'ectoplasme qu'autre chose vu que la porte n'avait pas grincé… Elle tendit l'oreille pour essayer de savoir à quoi ils avaient affaire exactement et ne perçut que deux ou trois respirations fortes, ce qui n'était pas forcément positif.

—Fantômes, murmura Raven, confirmant ainsi qu'ils avaient des visiteurs surnaturels. Par contre, y a un truc pas clair là…

—Ils ne parlent pas entre eux, nota Sodia à voix basse. Et puis ce n'est pas un ancien cimetière ici…

Ce n'était pas normal… Le jour d'Halloween, c'était généralement celui où les fantômes étaient de sortie pour se mêler aux humains – du moins, ceux qui pouvaient se le permettre – ou pour retrouver leurs comparses pour faire quelques farces et s'amuser. Seulement là, leur attitude était à l'opposé de ce qu'elle devrait être et ce n'était pas une bonne nouvelle. Judith ne savait pas comment expliquer cela vu qu'elle ne connaissait pas tous les types de spectres qui existaient mais elle trouvait que c'était une coïncidence plus que douteuse…

—Ca sent pas bon ça, murmura Raven tandis que leurs mystérieux invités étaient toujours dans l'appartement. De mémoire, Flynn nous a rien dit sur comment traiter des intrus…

—Je vais retrouver Karol pour le prévenir, leur dit Sodia en s'éloignant. Empêchez-les de me suivre.

—Ca marche.

La rousse s'en alla tandis qu'eux deux sortirent de leur cachette, découvrant trois fantômes vêtus de loques et qui ne semblaient pas être en très grande forme contrairement à eux – Judith aurait juré qu'ils étaient tous morts affamés à cause de leurs visages où la peau leur collait sur les os mais elle savait qu'il ne fallait en aucun cas se fier aux apparences avec les morts.

—J'comprends mieux pourquoi j'ai raté mon coup, fit son aîné en désignant un ectoplasme sur la gauche dont les cheveux étaient en partie dressés sur sa tête. Lui il a dû mourir électrocuté et si j'me fis aux flaques d'eau, les deux autres sont des noyés.

—C'est moi ou bien ils ont un regard un peu… vide ? se demanda-t-elle en constatant leur absence de réaction. On dirait qu'ils attendent quelque chose…

—Ou quelqu'un… comme celui qui vit ici peut-être ?

Ce serait effectivement l'explication logique… et signifierait donc que leurs intentions vis-à-vis de Yuri sont loin d'être amicales. Pour en avoir le cœur net, Judith usa de ses pouvoirs et provoqua un violent courant d'air, faisant claquer la porte de la salle d'eau… et attirant immédiatement l'attention des fantômes sur eux.

A présent, ils allaient pouvoir s'amuser un peu…

-§-

Au manoir Blackwood, Flynn était revenu de sa tournée des défunts et, comme chaque 31 octobre, était allé s'enfermer dans le petit salon, la pièce préférée de Lilith, pour broyer du noir. L'anniversaire de la mort de sa compagne lui minait toujours le moral et cette année plus que n'importe quelle autre car il craignait que l'histoire ne se répète avec Yuri. Pour cette raison, il avait demandé à ses amis fantômes d'aller le surveiller, profitant d'Halloween pour se fondre plus facilement dans la masse mais les plus dangereux pour les humains étaient restés ici. Avait-il raison en l'empêchant à tout prix de trouver ce lieu ?

Brusquement, les portes s'ouvrirent sur Estellise qui semblait paniquée.

—Flynn ! s'exclama-t-elle en lui désignant le téléphone portable qu'elle avait en main. Il y a un problème !

—Quoi donc ? demanda-t-il en se levant de la chaise à bascule puis en attrapant son téléphone. Que se passe-t-il au juste ?

—Des types bizarres sont à Halure ! lui répondit Karol au téléphone. Personne ne les remarquent à cause d'Halloween mais ils suivent Yuri et il essaie de les semer !

—Il n'a aucune chance, ajouta Patty qui devait être à côté de lui. Ce sont tous des fantômes, nanoja.

Qu'est-ce que cela signifiait au juste ? Que les morts profitent de ce jour pour faire quelques frayeurs aux humains n'était pas anormal mais pourquoi se focaliser sur un seul ? Ce n'était pas normal…

—Flynn ! fit Sodia qui avait dû rejoindre ses camarades. D'autres fantômes sont dans l'appartement de Lowell. Raven et Judith se chargent de leur cas.

—T'es sérieuse ? demanda Karol. Mais il se passe quoi au juste ?

—Je n'en sais rien mais à priori, ils ont une idée fixe et leur attitude n'est pas celle qu'ils devraient avoir, un peu comme s'ils étaient des zombies ou quelque chose de ce style.

… Ou bien ils étaient sous l'emprise de quelqu'un, ce qui signifierait qu'une personne ne voulait pas que l'on puisse remonter jusqu'à elle. Le Faucheur devait vite prendre une décision mais s'il voulait sauver Yuri, il n'en voyait qu'une seule à prendre… et le regard suppliant d'Estellise finit par le convaincre qu'il n'avait pas d'autre choix.

—… Emmenez Yuri au manoir, leur ordonna Flynn. Tout de suite.

—Entendu !

L'appel était terminé. Le Faucheur se sentait à présent extrêmement fébrile et dut retourner s'asseoir dans la chaise à bascule. Seulement, à peine fut-il assit que Rita entra à son tour dans la pièce.

—Quelqu'un sait ce qui lui prend au cleb's ? demanda-elle, visiblement perplexe. C'est pourtant pas la pleine lune…

—Je n'entends pas Repede pourtant, fit remarquer Estellise en se tournant vers son amie.

—C'est normal. Tout à l'heure, il est parti comme une fusée à travers un mur! C'est bien la première fois que je le vois faire un truc pareil !

Même Flynn devait reconnaître que c'était surprenant de la part de Repede qui était très calme depuis la mort de sa maîtresse… mais qui avait déjà eu ce genre de comportement du temps où Lilith était menacée. Se pourrait-il qu'il ait senti le danger ? Si c'était le cas…

-§-

Après avoir bien tourné dans les ruelles d'Halure, Yuri s'était arrêté pour écouter et n'avait entendu aucun pas venir dans sa direction… mais quand il repéra ces deux types louches sur ses talons, il reprit sa course en se demandant comment ils avaient réussi à le suivre alors qu'il avait tout fait pour les semer.

Il arriva sur une place pavée avec une grande fontaine en son centre et où de la brume s'était formée, rendant les lieux assez sinistres. Bizarrement, il ne semblait y avoir personne dans les parages mais peut-être était-ce dû au fait que tous les commerces étaient fermés à cette heure-ci. Alors qu'il allait tourner à gauche, sa poisse décida de lui jouer un mauvais tour : son pied se posa sur un pavé qui n'était plus en place, ce qui le déséquilibra et le fit chuter au sol… et permis à ses poursuivants de le rattraper.

—Qu'est-ce que vous me voulez au juste ? leur demanda Yuri en se relevant, prêt à se battre.

Pour toute réponse, il n'eut droit qu'à de profonds râles qui lui donnèrent froid dans le dos… et il réalisa soudain que le costume de ces types était bien trop réaliste quand il vit que l'œil qui manquait à l'un d'eux n'était en aucun cas du maquillage ou que l'odeur putride qu'ils dégageaient était bel et bien authentique.

Il voulut fuir mais un troisième zombie lui barra la route, réduisant ses options de façon drastique – il se serait bien battu contre eux mais il avait vu suffisamment de films dans ce style pour savoir qu'une morsure d'un de ces trucs était potentiellement risquée.

Soudain, un grondement animal se fit entendre, attirant leur attention à tous sur une forme menaçante dans la brume. Celle-ci s'avança, révélant un chien borgne au pelage bleu et blanc qui fit avoir un choc au jeune homme : c'était Repede, le chien de Lilith.

Sans crier garde, l'animal se jeta sur l'un des zombies, lui arrachant un bras avec aisance. Les deux autres tentèrent de l'attraper mais Yuri donna un violent coup de pied au plus proche pour le repousser, ce qui eut une efficacité assez discutable bien qu'il entendit clairement des os fragiles se briser sous le choc. Une main décharnée lui saisit la cheville et il s'en débarrassa en donnant un coup de poing dessus, la faisant voler en éclats… et grogner de douleur – en regardant sa main gauche, il vit qu'un morceau d'os s'était logé dedans et il le retira très vite.

Concentré sur comment repousser ces choses, il perçut à peine les sons derrière lui, faisant que lorsqu'il se retourna, il constata in extremis que leur nombre d'assaillants avait doublé. Il crut que c'était fichu quand il entendit un grand PLOUF du côté de la fontaine qui ne perturba nullement les morts-vivants… jusqu'à ce qu'une espèce de tentacule fait d'eau sortit du bassin et attrapa l'un d'eux pour le jeter violemment contre un mur, poussant les autres à s'écarter. Cependant, un autre vit sa tête se faire éclater par une batte de baseball tandis que le plus proche de lui perdit ses jambes après que celles-ci aient été fauchées par une hache.

—Beurk ! fit une voix qu'il reconnut comme celle de Karol. Il y avait des insectes dans celui-là !

—Crois-moi, il y a pire, lui lança Sodia avant de donner une bonne série de coups de batte au mort-vivant qu'elle venait de décapiter.

Mais que se passait-il ici au juste ? Yuri se le demandait mais vu que leurs ennemis ne semblaient pas renoncer à leur idée fixe, il décréta que cela allait attendre que ce bordel soit terminé.

L'adolescent essayait visiblement de s'assurer qu'une fuite était possible seulement, d'autres zombies apparurent, bloquant toute possibilité de quitter la place. Face à ce constat, il grinça des dents, ce que le jeune homme ne pouvait que comprendre. Il fut cependant surpris de voir Patty à leurs côtés, se demandant d'où elle pouvait bien venir.

—Ca sent mauvais… déclara Karol d'une voix blanche.

—Combien ils sont au juste ces zombies ? questionna le jeune homme avant de retenir un grognement de douleur, sa main gauche se mettant à le lancer fortement.

—Ce ne sont pas des zombies nanoja, répondit Patty en faisant la moue. Plutôt des fantômes qui ont piqué des cadavres…

Brusquement, Sodia lui attrapa le bras gauche. Yuri allait lui demander quel était son problème quand il vit l'état de sa main : des lignes violacées venant de sa blessure apparaissaient, expliquant ainsi pourquoi il avait mal. De plus, il fut frappé par la présence d'un anneau en métal sombre à son annulaire sur lequel des lettres gravées en une langue qui lui était inconnue brillaient d'une lueur argentée.

—Et certains sont morts empoisonnés, grogna la jeune femme en le lâchant avant de le regarder droit dans les yeux. Si tu en touches encore un autre, tu es condamné à mort.

—Sympa… dit-il en grimaçant à cause de sa blessure. Et comment tu sais ça au juste ?

—J'crois pas qu'ils vont nous laisser l'occasion de l'expliquer… constata Karol avec crainte.

Et il n'avait pas tord : leurs ennemis se rapprochaient d'eux dangereusement et aucune fuite n'était possible. Face à cela, Sodia lui donna sa batte de baseball pour se munir d'un couteau à la lame bien aiguisée tandis que Patty s'arma d'un bilboquet et que lui ainsi que l'adolescent se tenaient prêts à défendre leurs vies. Enfin, Repede se mit en position d'attaque et lâcha un hurlement… avant que ne commence le combat.

-§-

En apprenant que Repede était parti en trombe, Flynn n'avait pas mis longtemps à comprendre que la nature du danger était probablement plus grave que prévue et s'il fallait combattre des fantômes, un vivant n'avait aucune chance de s'en tirer, ce qui signifiait que Yuri allait mourir ce soir. Même si ses amis intervenaient à temps, seuls Patty, Judith et Raven pouvaient efficacement lutter contre des ectoplasmes car ils avaient acquis en mourant des pouvoirs qui pouvaient aussi affecter les fantômes, ce qui n'était pas le cas de Karol ou de Sodia – il avait d'ailleurs des inquiétudes pour cette dernière et espérait qu'elle n'allait pas aller au combat.

Dans tous les cas, il était à présent convaincu d'une chose : depuis le début, son enquête sur la mort de Lilith était condamnée à ne pas avancer car il n'avait pas envisagé que le coupable n'était pas un mortel… ce qui plaçait les autres faucheurs dans sa nouvelles liste de suspects.

Rapidement, il avait demandé à Estellise et Rita de garder les lieux en son absence puis il était parti dans l'immeuble où vivait Yuri pour récupérer Raven et Judith… qui avaient eu le dessus sur leurs adversaires – c'était plutôt logique car Raven était mort électrocuté, ce qui lui donnait un gros avantage contre des fantômes de noyés, et Judith, contrainte de rester au manoir en quasi permanence, tuait le temps en s'entrainant au combat avec Patty le plus souvent.

Une fois qu'il eut envoyé ces trois âmes dans l'au-delà, il dut réfléchir à comment localiser Yuri car Karol ne répondait pas sur son téléphone, ce qui était plutôt mauvais signe. Il allait partir dans la direction indiquée par ses amis quand il entendit le hurlement de Repede…

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C'était très mauvais pour eux et leurs chances de survie devait approcher de zéro. Tous se défendaient comme des diables contre ces assaillants surnaturels mais Yuri savait qu'ils allaient tous y rester si cela continuait ainsi. Son bras le lançait terriblement, faisant qu'il ne pouvait plus se servir de sa main gauche… et cela lui aurait coûté cher si Sodia n'avait pas réagi en recevant le coup à sa place, laissant le temps à Repede de régler son compte à l'ennemi le plus proche.

Seulement, s'ils avaient réussi à en repousser une dizaine, ils étaient épuisés, blessés ou dans le cas de la rousse, dans un état inquiétant face à encore une vingtaine de ces choses qui ne semblaient pas vouloir renoncer.

Alors qu'un de ces zombies voulait profiter que Sodia était inconsciente pour l'attaquer, Yuri s'interposa et ferma les yeux, attendant le coup fatal… mais à la place, sentit un courant d'air devant lui puis un bruit métallique. En ouvrant les yeux, il reconnut, devant lui, la silhouette de Flynn… qui tenait en main une longue faux en métal sombre.

—Tout le monde va bien ? demanda-t-il sans les regarder tandis que leurs ennemis, étrangement, semblaient reculer, comme s'ils craignaient le jeune homme aux cheveux d'or.

—T'en fais pas pour nous ! lui répondit Karol qui alla auprès de la rousse, rejoint par Judith et un homme avec un manteau violet.

—Yuri, lui dit Flynn qui s'était légèrement tourné vers lui. Je…

—On en parlera plus tard, le coupa Yuri en grimaçant à cause de cette fichue douleur. C'est pas trop le moment là.

D'un signe de tête, son ami lui signifia qu'il avait compris puis il reporta son attention sur cette armée de mort-vivants. Il avança de quelques pas avant de brandir son arme vers eux.

—J'imagine qu'il n'est pas nécessaire que je vous rappelle que vous ne pouvez pas me tuer, leur déclara le jeune homme aux cheveux d'or sur un ton glacial.

Visiblement, leurs ennemis étaient au courant car tout dans leur attitude indiquait qu'ils craignaient celui tenant la faux – Yuri lui-même commençait à ne pas être à son aise en voyant cette brume noire qui en émanait.

—J'imagine aussi que vous êtes tous parfaitement au fait qu'aucun de vous ne pourra m'échapper, poursuivit Flynn tandis que cette brume noire se mit à l'envelopper, donnant des frissons à toute l'assemblée.

—Flynn-chan est pas content… souffla Patty en se collant à Repede, le seul d'entre eux qui ne semblait pas gêné par tout cela.

Soudain, Yuri vit son ami s'élancer vers les morts-vivants, fauchant d'un coup trois d'entre eux. Une vague de panique se créa au sein des zombies qui tentèrent de fuir mais la redoutable faux et son porteur ne leur laissa pas la moindre chance, les réduisant tous en poussière dès qu'ils en entrèrent en contact avec ce métal sombre. Ses gestes étaient précis et sa technique impeccable… mais il réalisa vite, en voyant l'aspect à présent squelettique des mains de son ami, ce que celui-ci était réellement : la Mort.

Le dernier ennemi éliminé, Flynn fit disparaître sa faux ainsi que la brume qui était avec elle puis il vint vite les rejoindre. Ses yeux bleus s'agrandirent d'horreur en voyant l'état dans lequel était sa main gauche mais ce n'était pas lui qui était le plus amoché ici…

—Sodia est bien atteinte, lui dit Judith en désignant la rousse dont les veines des bras étaient devenues fortement violacées. Je n'arrive pas à la réveiller.

—… Raven, fit son ami en se tournant vers l'homme au manteau violet. Vous êtes prié de ne rien faire d'indécent…

—J'suis quelqu'un d'bien élevé ! s'offusqua le plus vieux avant d'afficher un sourire quelque peu… pervers. Depuis le temps que j'attends cela…

En soupirant d'exaspération, Karol aida Judith à allonger Sodia et à déboutonner son haut, révélant que les veines au niveau de son torse étaient elles aussi atteintes. Yuri allait vérifier l'avancement chez lui quand Flynn lui prit le bras pour soulever la manche de son manteau, visiblement pour s'assurer de la même chose que lui. Chance ou non, ce truc n'avait quasiment pas progressé mais il lui faisait toujours très mal.

—… Sans l'anneau, tu serais déjà mort, constata son ami en pointant l'endroit où s'était stoppée la propagation de cette saleté. Tu es entré en contact avec le fantôme d'une personne morte empoisonnée et, généralement, aucun humain n'y survit.

—Dans ce cas Sodi- réalisa Yuri en reportant toute son attention sur la jeune femme.

—Elle n'est plus humaine mais elle aura besoin de beaucoup de repos pour s'en remettre.

En entendant cela, il reporta son attention sur celle-ci. Elle était allongée au sol, son chemisier ouvert et laissant pleine vue sur un soutien-gorge noir et l'étendue de l'empoisonnement. Assit à côté d'elle, Raven inspira un bon coup en se frottant rapidement les mains l'une contre l'autre… créant de légers éclairs. Puis il expira et posa ses paumes au niveau du cœur de la rousse, créant un choc, comme si elle avait été en contact avec un défibrillateur. Cette dernière ouvrit brièvement les yeux, cette fois-ci, sa poitrine se soulevant clairement pour indiquer qu'elle respirait. Le plus vieux voulu répéter l'opération mais Judith lui donna un bon coup de poing dans la mâchoire pour lui en faire passer l'envie.

Les yeux de Yuri se posèrent tour à tour sur chaque personne présente, essayant de comprendre ce qu'il se passait exactement...

-§-

Même s'il regrettait de ne pas avoir laissé un de ces fantômes pour l'interroger, Flynn savait qu'il aurait pu ne rien en tirer et risquer d'avoir plus de blessés de son côté. Bien que Judith et Raven ait pu stabiliser l'état de Sodia, il n'était pas tranquille vu ce par quoi elle était passée avant sa mort et les séquelles qu'elle en avait, ce qui allait nécessiter qu'elle soit mise à l'écart des vivants pendant un certain temps.

Le plus urgent à présent, c'était Yuri qui, visiblement, était complètement perdu suite aux derniers évènements. Dans son cas de figure, l'empoisonnement était freiné par l'anneau, ce qui laissait pleinement le temps de traiter cela avant que cela n'atteigne le cœur. Seulement, cela nécessitait de l'amener au manoir…

—Qui es-tu au juste ? lui demanda son ami, l'air méfiant. Et ne me ment pas cette fois…

—Je n'ai pas menti sur mon nom et mon âge, répondit le Faucheur tandis que Patty vérifiait que Repede n'avait rien. J'ai juste omis de préciser que c'était l'âge que j'avais quand je suis devenu ce que je suis à présent.

Aux réactions du jeune homme, il savait que celui-ci n'était pas terrifié : il voulait des réponses à ses questions, exactement comme Lilith à l'époque. Seulement, il n'était pas persuadé qu'il allait bien les prendre…

—Tu as aussi omis de préciser que tu connaissais cette fille qui est morte, souligna l'employé sur un ton sec, signe qu'il n'était pas très content.

Flynn allait lui répondre quand Yuri sembla soudainement aller mal. Il eut juste le temps de réagir pour l'empêcher de tomber au sol, le tenant entre ses bras. Un coup d'œil à son bras gauche lui confirma que le poison n'était pas la cause de cela vu qu'il n'avait pas progressé mais quand il posa sa main sur le front de son ami, il réalisa que celui-ci était brûlant.

Vu les évènements, il n'avait pas d'autres choix que de l'emmener au manoir sans son consentement… et prier pour qu'il passe la nuit.


NB : Bon, vu mon temps libre, la suite va se faire attendre un peu…

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 Fluristelle Month 2017 : Separation – Reunion

Note : Là, on va plutôt s'intéresser à Flynn et répondre aux questions qui le concerne… donc pas de passages dans le monde des rêves pour ce chapitre.


Fin septembre dans les environs d'Halure un an plus tôt. L'été laissait place à l'automne, teintant les arbres de teintes chaudes qui créaient progressivement un beau festival de couleurs sur les collines et les montagnes aux alentours, tandis que venait le moment de commencer à ratisser les feuilles mortes avant que celles-ci n'envahissent les pelouses et qu'elles ne deviennent plus difficiles à rassembler avec la pluie.

Dans le jardin du manoir Blackwood où il vivait depuis pas mal de temps, Flynn enlevait les quelques feuilles qui étaient tombées sur une pierre tombale où était gravé « Elisabeth Blackwood, 1849 – 1870 ». Ses yeux azur lurent ce nom pour la énième fois et, comme à chaque fois, il avait une douleur dans la poitrine, comme si on lui avait arraché le cœur… ce qui était à peu près ce qu'il s'était produit cette nuit fatidique où, à son retour, il l'avait trouvée dans le petit salon, gisant sur le parquet et avec un foulard fermement serré autour de sa nuque délicate. En sentant son corps glacé contre ses doigts, il avait cru mourir une seconde fois…

Sa première mort remontait bien des siècles plus tôt quand, jeune chevalier, il avait participé aux Croisades et où il avait combattu de toutes ses forces. Mais un jour, son épée s'était attaquée à ce qu'elle n'aurait jamais dû toucher : un Faucheur d'âmes en train d'accomplir sa besogne. Il l'avait tué en un coup… et s'était condamné par la même occasion à devoir prendre la place qui était à présent vacante, que cela lui plaise ou non. Il avait gagné l'immortalité mais celle-ci avait un goût bien amer en bouche…

Pendant des décennies, il avait envoyé bon nombres d'âmes là où elles le méritaient, que ce soit dans un lieu meilleur ou dans un endroit digne de l'Enfer, tout en se mêlant discrètement à la population, évoluant en même temps qu'elle, s'adaptant aux modes, aux avancées scientifiques ou techniques… Il avait perdu goût à la vie, se considérant comme étant un mort parmi les vivants.

Puis un jour, il avait croisé la route de Lilith.

C'était en hiver en l'an 1863 : il s'était rendu au manoir Blackwood en tant qu'artiste pour accompagner un comte qui avait été invité par Lady Greed qui gérait les lieux depuis la mort de Robert Blackwood, le beau-père de sa sœur défunte. Seulement, il n'était pas resté longtemps car peu avant son arrivé, elle s'était disputée avec sa nièce et cela avait quelque peu gâché la soirée. Mais quand il s'était aperçu qu'il avait oublié un de ses gants dans le petit salon, il avait rebroussé chemin. Sa première idée avait été d'user de ses pouvoirs de Faucheur pour entrer et récupérer discrètement son bien, ce qu'il comptait faire lorsque, en arrivant, il vit à travers la fenêtre que quelqu'un l'avait déjà trouvé : une jeune fille aux cheveux de jais qui était vêtue d'une robe de chambre d'homme aux tons violacés qui semblait un peu grande pour elle.

Ce n'était pas la première fois qu'il l'apercevait, ayant déjà eu l'occasion de la voir à l'automne suite à la mort de son grand-père, évènement qu'elle avait très mal vécu – il était malheureusement habitué à voir la peine des proches au point d'en devenir presque totalement indifférent. Seulement, cette fois-ci, quelque chose chez elle le captivait…

Sans vraiment réfléchir, il avait toqué à la fenêtre, la faisant sursauter elle et son jeune chien. Réalisant à son regard qu'il lui avait probablement fait peur, il fit quelques gestes pour lui faire comprendre la raison de présence, faisant que, un peu soulagée, elle lui avait ouvert.

—Pardon, s'était-il excusé en restant à l'extérieur. Je ne voulais pas vous faire peur mais comme j'ai vu du mouvement…

—Je m'en remettrai, avait-elle dit à voix basse avant de lui tendre le gant. C'est à vous je présume ?

—Oui, merci. Je suis vraiment désolé pour le dérangement.

Il s'était avancé d'un pas pour récupérer son bien puis avait baissé la tête vers le jeune chien qui l'observait attentivement. Il s'était accroupit pour se mettre au niveau de l'animal et avait attendu un peu, laissant le temps au chien de le renifler avec attention. Son examen finit, le jeune chien avait remué joyeusement la queue et Flynn lui avait caressé affectueusement la tête avant de se relever.

—Il n'aime pas les étrangers d'habitude, avait remarqué l'adolescente, étonnée.

—Il protège sa maîtresse, ce qui est normal, lui avait-il répondu. Par contre, je vais devoir vous laisser…

—Vous reviendrez ?

Surpris par cette question, il avait marqué un temps d'arrêt, captivé par ce regard anthracite et cette peau claire qui luisait sous le clair de lune.

—Uniquement si vous le désirez.

Il avait prononcé ces mots sans réfléchir et ce ne fut que plusieurs jours plus tard qu'il avait réalisé que cette nuit-là, il avait commencé à tomber amoureux d'elle alors qu'il savait très bien qu'elle n'avait que quatorze ans à cette époque. Pendant un bon moment, il avait essayé de se convaincre que c'était mal d'être attiré par elle, une simple mortelle qu'il serait bien contraint d'envoyer un jour dans l'au-delà. Cela avait marché et il avait évité le manoir Blackwood avec soin…

Jusqu'à un soir en 1864 : c'était le mois d'août et le soleil ainsi que la chaleur étaient au rendez-vous, faisant que la nuit, les fenêtres étaient souvent laissées ouvertes pour faire rentrer la fraicheur. Seulement, il avait été contraint de retourner dans la demeure qu'il évitait, plus précisément dans le salon, car sa funeste besogne l'attendait : une employée du manoir était morte, vraisemblablement suite à un empoisonnement.

Arrivé sur les lieux, Flynn avait revêtu sa tenue macabre et n'avait pas eu longtemps à attendre avant que l'âme de la défunte ne prenne forme. Elle était désorientée au début mais en comprenant ce qu'il lui était arrivé, elle se mit à paniquer et le Faucheur avait été contraint d'user de ses pouvoirs pour la calmer afin de l'envoyer dans un lieu où elle pourrait reposer en paix. Mais à peine avait-il terminé que le son du parquet qui grinçait lui avait fait brusquement tourner la tête vers la double-porte du salon… et qu'il avait découvert que Lilith l'avait vu, visiblement choquée par ce qui se trouvait devant ses yeux.

La capuche qu'il avait sur la tête ne permettait pas de voir son visage… mais c'était sans compter sur Repede, le chien de l'adolescente, qui, profitant de sa surprise, avait attrapé son long manteau noir avec ses crocs et l'avait tiré d'un coup, révélant ses traits à la jeune fille sans qu'il ait eut le temps de réagir. Flynn allait lui expliquer quand elle lui avait fait signe de se taire… et qu'il eut entendu du bruit venant de l'étage.

Ses yeux azurs avaient rapidement observé l'ensemble du tableau et il en avait conclu que s'il fuyait, certaines personnes pourraient penser que l'adolescente de quinze ans avait tué son employée, ce qui était faux. Or, vu ce que ce comte lui avait raconté, Lady Greed avait plutôt intérêt à ce que sa nièce ne soit plus dans ses pattes pour espérer mettre la main sur l'héritage… et il en était venu à se demander si le poison n'était pas en fait destiné à cette jeune héritière.

D'autres sons se faisant entendre, Flynn avait vite récupéré son manteau noir et, tandis que Repede avait sauté par une fenêtre ouverte en aboyant, il avait enveloppé Lilith et lui-même avec le tissu puis usé de sa magie… pour les transporter dans la chambre de la jeune fille. Il n'avait ensuite pas perdu plus de temps et avait quitté les lieux… pile au moment où le corps de l'employée de maison avait été découvert par sa collègue qui avait poussé un cri déchirant, alertant la demeure toute entière.

Ce ne fut que le lendemain qu'il revint sur place, cette fois-ci en tant que photographe mandaté par le comte qui l'avait invité ici l'hiver précédent. Lady Greed avait facilement gobé ce prétexte, peu mécontente d'apprendre que ce cher comte voulait montrer un portrait de sa nièce à certains de ses amis. C'était donc en toute confiance qu'elle l'avait laissé seul au manoir, ayant apparemment des choses à faire en ville.

Il avait facilement trouvé Lilith au son du piano, le premier mouvement de la sonate Clair de Lune résonnant dans le petit salon tel un chant funèbre. Sa façon de jouer de cet instrument était remarquable : il sentait toute la tristesse qu'elle insufflait dans les notes de ce morceau, intensifiant cette lamentation musicale. Il était limpide pour lui que si elle connaissait ce passage sur le bout des doigts, elle savait comment transmettre ses émotions à travers les sons qu'elle tirait des touches du piano.

—Est-ce qu'elle m'entend jouer ? avait soudain demandé la jeune femme sans lui jeter un regard.

—Qui do-, commença Flynn avant de comprendre ce qu'elle venait de lui demander. Je ne sais pas. J'ignore ce qu'il se passe de l'autre côté.

Comment avait-elle deviné qu'il était derrière elle ? Il avait cherché et vite compris en notant que Repede était installé à côté d'elle et que l'animal avait réagi en le voyant, signalant ainsi à sa maîtresse que quelqu'un était entré ainsi que si la personne était ou non un ami.

Avec précaution, le jeune homme avait posé son matériel dans un coin discret puis s'était assit sur la causeuse, écoutant la fin du premier mouvement de la sonate. Elle enchaîna ensuite directement avec le suivant, cette fois-ci en y mettant de la joie, ce qui se voyait au sourire qu'elle avait sur les lèvres.

—Je n'étais pas sure de vous revoir, lui dit Lilith en continuant de jouer. Ce qu'il s'est passé cette nuit était si étrange que j'ai pensé un temps l'avoir rêvé…

—Vous étiez parfaitement éveillée, lui confirma Flynn. J'aimerai d'ailleurs m'excuser de la frayeur que je vous ai faite et… vous demander de garder cela pour vous.

—Ce n'est pas comme si nous allions le crier sur tous les toits. N'est-ce pas Repede ?

A sa question, le chien répondit par un aboiement affirmatif, ce qui fit sourire le Faucheur.

—Par contre, j'avoue me poser quelques questions… admit la jeune femme en approchant de la fin du deuxième mouvement. Si j'ai bien compris, vous êtes la mort…

—Plutôt un de ses nombreux émissaires, la corrigea le jeune homme. Nous sommes plusieurs à assumer cette fonction à travers le monde depuis des décennies.

Lilith acheva le deuxième mouvement sans problème… puis il la vit se mordre la lèvre inférieure et entamer le dernier mouvement avec maladresse, ce qui l'étonna quelque peu car il l'avait déjà entendu jouer ce passage et elle n'avait pas ces difficultés. Son manque d'assurance se ressentait et très vite, elle fit des fausses notes puis arrêta de jouer, visiblement agacée par cet échec.

—Inutile que je continue ce… massacre, dit-elle en soupirant de dépit. Je suis une bien piètre pianiste…

—Absolument pas, lui dit-il avec conviction. Vous êtes capable de jouer ce morceau.

—Je sais… Mais je n'y arrive plus depuis que cette chose qui me sert de tante veut gérer ma vie !

Brusquement, elle se leva de son banc puis vint s'asseoir à côté de lui en soupirant, ce qui n'était pas vraiment une attitude que devait avoir une jeune femme de son âge mais qui, lui, ne le dérangeait pas. Pour lui remonter le moral, il avait beaucoup parlé avec elle et celle-ci s'était beaucoup intéressée à lui. Ils avaient échangé sur leurs passés respectifs sans trop entrer dans les détails mais suffisamment pour avoir un meilleur aperçu de l'autre. Flynn l'avait ensuite prise en photo dans le jardin afin de rendre son mensonge plus crédible et il était reparti quand il avait senti que du travail l'attendait.

Régulièrement, il était revenue la voir et avait ainsi découvert qu'elle s'était liée d'amitié avec une jeune fille plus jeune qu'elle : Estellise Sidos Heurassein qui était issue d'une famille noble. Il leur arrivait de prendre le thé tous les trois pour bavarder, surtout en l'absence de Lady Greed. Lorsqu'il devait partir, Lilith l'aidait toujours à trouver une bonne excuse pour cela.

Puis, après qu'elle ait eu seize ans, elle lui avait posé des questions sur les anneaux qu'elle avait vus autour de son cou et il lui avait répondu… sans se douter qu'elle profiterait de l'occasion pour en passer un à son doigt et lui déclarer qu'elle voulait se marier avec lui. Il avait d'abord essayé de lui faire comprendre qu'elle n'aurait jamais une vie normale mais ce n'était pas ce qu'elle désirait. Son souhait, c'était d'être libre et il comprit qu'il était le seul à pouvoir l'exaucer, même si cela impliquait que leur idylle serait à la fois brève et compliquée. Par amour pour elle, il avait accepté de se fiancer avec elle…

Seulement, comme il s'y était attendu, Lady Greed n'avait pas vu cela d'un bon œil car Flynn était un simple artiste et n'avait rien. Elle avait donc précipité sa nièce dans un mariage arrangé… qui avait vite tourné court avec le pouvoir des anneaux des Faucheurs lorsque le marié, un vieux bourgeois fortuné, n'a jamais pu arriver à temps aux noces : il avait fait une mauvaise chute de cheval et en était mort. D'autres prétendants avaient saisi l'occasion pour prendre la main de la belle Elisabeth Blackwood mais le malheur s'abattit aussi sur eux, au point que la rumeur courait comme quoi la jeune femme était maudite, ce qui n'arrangeait pas les affaires de sa tante… qui opta pour d'autres solutions afin de se débarrasser de celle qu'elle considérait comme un problème.

Lilith était intelligente et avait donc réussi à esquiver toutes les tentatives d'empoisonnements la visant, principalement en usant de la maison elle-même qui, de ce que le Faucheur avait compris, recelait de recoins cachés que feu Robert Blackwood avait aménagés et dont seule sa petite-fille connaissait les emplacements exacts. Seulement, elle était passée à d'autres méthodes comme payer quelqu'un pour tuer sa nièce. Là encore, elle avait échoué mais cela avait coûté un œil à Repede qui, suite à cela, ne laissait presque plus personne s'approcher de sa maîtresse.

C'était suite à cet évènement que Flynn avait travaillé plus dur pour amasser une énorme somme d'argent tout en négociant avec le comte qui lui avait permis de passer inaperçu. Ce dernier était un bon vivant mais les dettes dont il avait hérité ainsi que son titre étaient un handicap pour lui, faisant que le Faucheur avait réussi à le convaincre de lui vendre son titre de noblesse et à entamer une nouvelle vie dans une autre ville.

Quand il fut revenu au manoir Blackwood mais en tant que comte Flynn Scifo, Lady Greed était loin d'être ravie et avait encore tenté de le chasser mais le jeune homme avait une autre carte dans sa manche : les témoignages de ceux qui avaient été engagés pour assassiner Elisabeth Blackwood et qui avaient échoués ainsi que des preuves prouvant qu'elle avait tout intérêt à voir sa nièce disparaître pour avoir accès à l'héritage de Robert Blackwood. Il lui avait donné le choix entre le laisser épouser Lilith ou bien faire face à la justice. Le choix avait été rapide et elle avait quitté la demeure.

Quelques jours plus tard, il avait enfin pu célébrer son mariage avec celle qu'il aimait durant le printemps de l'année où elle allait avoir ses dix-sept ans. Le comité avait été très restreint avec pour seuls invités, leurs témoins respectifs : Estellise, Repede et un Faucheur que Flynn avait rencontré deux siècles plus tôt. Seulement, il avait tenu à ce que leur nuit de noces attende qu'elle ait dix-huit ans, principalement car ils n'avaient encore jamais vécu sous le même toit et qu'il leur fallait donc s'habituer à vivre ensemble.

A cause des manigances de Lady Greed et du fait qu'il fallait que le jeune homme garde ses secrets, il n'y avait plus aucun domestique au manoir Blackwood, faisant que c'était à eux d'entretenir la demeure. Avec les horaires chaotiques du Faucheur, Lilith avait vite prit en main la cuisine, ce qu'elle avait déjà commencé à faire avant que sa tante ne s'installe. Même si jouer les femmes au foyer la faisait souvent grimacer, elle pouvait s'organiser comme elle le désirait et, surtout, elle se sentait vraiment libre de ses mouvements chez elle, y compris quand elle invitait son amie qui appréciait beaucoup la nouvelle ambiance des lieux.

Un jour, en revenant d'une matinée passée à envoyer des âmes dans l'au-delà, il avait trouvé sa compagne en train de s'occuper du jardin… vêtu de l'un de ses pantalons de travail et d'une de ses vieilles chemises. Elle avait attaché ses cheveux à la va-vite en un chignon assez brouillon mais qui lui correspondait à merveille. Elle avait un peu de terre sur les bras et le visage, signe qu'elle avait été très occupée en son absence. Quand elle avait réalisé qu'il était là en train de la regarder, elle lui avait demandé ce qui n'allait pas… et il l'avait embrassée avec fougue, ce à quoi elle lui avait répondu qu'elle savait à présent qu'elle pouvait continuer à lui piquer ses vêtements.

Bien entendu, il leur arrivait de se disputer sur des sujets divers et variés mais chacun avait son exutoire à sa propre colère : lui dessinait ou peignait tandis qu'elle jouait du piano, généralement le troisième mouvement de la sonate Clair de Lune qu'elle sublimait avec sa frustration et sa rage. Une fois, ils avaient eu un désaccord assez violent alors qu'il essayait de peindre une nature morte et ils en étaient venus à se jeter de la peinture à la figure jusqu'au moment où sa compagne lui avait sauté dessus pour essayer de le plaquer au sol… ce qui n'avait pas vraiment fonctionné vu qu'il l'avait vite dominée… et qu'il n'avait pas pu s'empêcher de rire en voyant l'état de son visage, mettant fin à leur querelle du moment.

Jusqu'aux dix-huit ans de Lilith, ils avaient fait chambre à part pour limiter les tentations et aussi parce qu'il avait besoin de peu d'heures de sommeil à cause de son statut de Faucheur. Le soir de l'anniversaire de son épouse, cette dernière l'avait rejoint dans sa chambre… uniquement vêtue de sa robe de chambre mauve qu'elle avait ensuite ouverte en grand puis laissée tomber au sol, le laissant face à une vision qui lui donnait l'impression de contempler une œuvre d'art. Elle était tellement belle avec ses longs cheveux de jais qui lui tombaient sur la poitrine qu'il osait à peine la toucher.

Aucun d'eux ne regrettait d'avoir attendu pour leur nuit de noces. Flynn ne se lassait pas de sentir sa peau nue sous ses doigts ou de la voir endormie, ses longs cheveux noirs étalés sur les draps. Les étreintes passionnées qu'ils avaient partagées n'avaient fait que lui confirmer son amour pour cette femme et son désir de partager le plus de moments possibles avec elle.

Après cette délicieuse nuit, il s'était mis en tête de faire quelques tableaux de sa compagne et ce, bien qu'il avait déjà pas mal de photos d'elle, que ce soit vêtue de ces robes style empire qu'elle aimait tant ou d'une tenue masculine, bravant les codes vestimentaires des femmes de l'époque. Il s'était surtout appliqué à faire un portrait d'elle puis, sur la suggestion de cette dernière, une toile où elle était assise de façon aguicheuse et ce, entièrement nue…

Ils avaient été heureux… jusqu'au 31 octobre 1870, le jour où leur bonheur vola en éclats.

Ce soir-là, Flynn était allé envoyer de nombreuses âmes dans l'au-delà, le choléra ayant fait des ravages dans une ville de la région. Il venait de terminer sa besogne quand son instinct de Faucheur l'avait appelé… à rentrer chez lui car quelqu'un y était mort. Son sang s'était immédiatement glacé et il était vite retourné au manoir pour s'assurer qu'il s'était trompé. Mais à son retour, aucun son ne se faisait entendre… et Repede était étendu au sol, baignant dans son sang. Avec précipitation, il avait cherché sa compagne dans toute la demeure… pour la trouver dans le petit salon, morte après avoir été étranglée.

Bien qu'il savait qu'un jour, ils devraient se séparer, jamais il n'aurait pu imaginer que cela se produirait si tôt et d'une manière si douloureuse. Il avait hurlé jusqu'à en perdre la voix, ses larmes ruisselant le long de ses joues et venant s'écraser sur le visage figé de son aimée. Sa peine était immense… au point qu'il n'avait réalisé que bien plus tard qu'étrangement, l'âme de Lilith n'était pas présente.

Le cœur lourd, il s'était résolu à enterrer son épouse dans le jardin du manoir et avait ensuite usé de ses pouvoirs de Faucheur sur cette demeure, faisant en sorte que personne ne puisse y entrer sans sa permission.

Plus d'un siècle plus tard en ce mois de septembre, il s'était rendu dans la ville d'Halure pour accomplir sa macabre besogne et venait de finir quand il s'était rendu à l'épicerie de la ville pour acheter de quoi manger. Son esprit était à nouveau obnubilé par ce drame et, surtout, d'essayer d'en déterminer l'auteur. Il avait depuis longtemps écarté Lady Greed car celle-ci avait succombé au choléra l'année avant la mort de Lilith et il en avait fait de même avec tous ceux qui auraient eu l'héritage comme mobile, aucun ne s'étant trouvé dans la région le jour du meurtre. Quelque chose lui échappait…

—Ce serait possible de vous décaler ?

Sortant de ses pensées, Flynn s'écarta pour laisser passer l'employé de l'épicerie… et il crut frôler la crise cardiaque en voyant son visage : il ressemblait trait pour trait à Lilith !

Essayant de se montrer plus rationnel, le Faucheur l'observa de loin, supposant qu'il était un descendant de la famille Blackwood qu'il avait peut-être raté en faisant leur généalogie. Seulement, en voyant les expressions de son visage, l'étincelle dans ses yeux anthracite et sa façon de râler, il avait eu un sérieux doute car cet inconnu et feu sa compagne avaient bien trop en commun.

En remarquant que l'employé semblait galérer pour trouver dans quel rayon il devait ranger les boîtes de conserves qui avaient manifestement été déplacées par un petit malin, il se dit que c'était peut-être l'occasion idéale…

—Besoin d'aide ? proposa Flynn, attirant sur lui ce regard anthracite qui l'intéressait tant.

—Ouais, admit l'employé en grimaçant. Je viens de commencer ce job et je dois déjà ranger tout le magasin alors que je viens d'arriver… en retard.

Amusé, il lui avait expliqué où allaient certains articles pour lui faciliter la tâche et ils avaient un peu discuté. Ainsi, il avait appris que ce jeune homme se nommait Yuri et qu'il venait d'emménager à Halure. Ils avaient fait connaissance au fil des jours, le Faucheur ayant fait en sorte de passer le plus souvent possible à l'épicerie, leur permettant de se lier d'amitié bien qu'ils ne se voyaient pas beaucoup en dehors de ce lieu, lui parce qu'il savait qu'il risquait de devoir partir à l'improviste et l'employé car il lui semblait qu'il maintenait volontairement une légère distance entre eux.

Un jour où Yuri était un peu distrait, Flynn en avait profité pour vérifier quelque chose… et avait confirmé ses soupçons en voyant apparaître brièvement cette alliance au doigt du jeune homme, lui révélant la vraie cause des malheurs affectifs de son ami : Elisabeth Blackwood, sa compagne qu'il avait tant aimée, s'était réincarnée en tant que Yuri Lowell.

Le Faucheur était sincèrement heureux d'avoir retrouvé l'âme de son amour… mais lorsque, après avoir fêté ses vingt-et-ans, son ami se mit à faire ces rêves où il voyait la scène du meurtre de Lilith, il eut des sueurs froides à l'idée de perdre à nouveau cette personne. Il avait tenté de reprendre l'anneau et ainsi briser le mariage mais à chaque fois, c'était un échec car, consciemment ou non, Yuri refusait de briser ce lien.

En voyant la date fatidique se rapprocher dangereusement et suite aux remarques de Sodia, Flynn en avait convenu qu'il ne pouvait plus se permettre de garder cela pour lui. Il avait besoin d'aide pour à la fois résoudre ce meurtre vieux de plus d'un siècle et empêcher un drame de se produire de nouveau.

Or, durant toutes les années s'étant écoulées depuis le jour où son cœur avait été brisé, il avait rassemblé dans sa demeure quelques âmes qui ne souhaitaient guère quitter le monde des vivants et qui, en échange, lui rendaient divers services. Dans une des chambres à l'étage, il y avait justement trois d'entre elles qui étaient présentes… et plus particulièrement Repede, le chien de Lilith qui refusait de l'abandonner, et Estellise Sidos Heurassein, empoisonnée quelques mois après la mort de son amie par un membre de sa famille et qui souhaitait élucider le meurtre ayant eu lieu au manoir Blackwood avant de trouver le repos éternel. A ses côtés, il y avait Rita Mordio, un autre fantôme qui avait refusé de rejoindre l'au-delà après avoir été brûlée vive pour sorcellerie alors qu'elle était une scientifique – celui qui s'était occupé de son cas au départ avait préféré la laisser errer en pensant qu'elle ne ferait pas plus de dommages qu'un feu follet… sans se douter qu'elle provoquerait des incendies sur son passage, faisant que Flynn avait rendu un grand service aux habitants de la région en la ramenant chez lui.

—Oh ? fit Estellise en le voyant entrer. Bonsoir Flynn. Il y a un problème ?

—C'est deux heures du matin, remarqua Rita en jetant un œil à l'horloge. Ca ne peut pas attendre que le soleil se lève ?

—Pas vraiment non, déclara le Faucheur avant de se tourner vers la jeune femme aux grands yeux turquoise. Il faut que je te parle en privé au préalable.

Soupirant d'exaspération, celle aux yeux verts quitta la pièce tandis qu'Estellise s'était mise à le fixer avec curiosité, tout comme Repede qui sentait que quelque chose n'allait pas.

—Lilith s'est réincarnée, révéla Flynn, provoquant la joie de la jeune femme. Seulement, il n'a aucun souvenir de sa vie antérieure.

—Il ? questionna-t-elle, intriguée. Elle est devenue un garçon ? Ce serait logique en même temps…

—Oui, c'est un homme à présent mais depuis quelque temps, il rêve de la nuit du meurtre et ces derniers jours, cela a empiré au point que cela en affecte son quotidien. Je… ne sais pas quoi faire et le 31 est de plus en plus proche…

Il lui avait tout avoué : sa rencontre avec Yuri, la surveillance discrète qu'il faisait du jeune homme… il ne lui avait caché aucun détail, estimant qu'elle méritait de savoir ce qu'il se passait. Elle l'avait patiemment écouté, ne lui faisant aucun reproche pour lui avoir dissimulé tout cela jusqu'à ce jour.

—Ne t'en fais pas, lui dit Estellise avec un sourire emplit de douceur. Nous serons ravis de t'aider.


NB : C'était important que j'introduise au plus tôt Estelle vis-à-vis du Fluristelle Month… Rita n'était pas essentielle mais je la voyais mal sans Estelle et vice versa.

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 Fluristelle Month 2017 : Day 2 : Constellation – Home

Note : Plus compliqué celui-là et là, ça va sentir un peu donc j'ai rebondi sur ce que je connaissais en astronomie. Au départ, je ne comptais pas faire ce thème mais après vérification de ce que j'avais cassé, me suis aperçue que je pouvais faire Home et ainsi éviter l'insertion trop brusque de certains personnages… tout en préservant un peu mon suspense d'origine qui a pris un coup lors du cassage.

Bonne lecture !


 

C'était un jour de printemps. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les fleurs coloraient et embaumaient les jardins… et une petite fille aux cheveux de jais tenait la main d'un homme d'une cinquantaine d'années.

A partir de maintenant Elisabeth, tu vas habiter avec moi, lui dit l'homme avec bienveillance. Ma demeure est la tienne.

D'accord… répondit la petite fille, visiblement intimidée par celui qui, à ses yeux, était un géant. Où sont papa et maman ?

—… Ils sont partis très loin et ne peuvent pas revenir.

Ils arrivèrent sur le perron d'un manoir et grimpèrent les trois marches menant à la porte d'entrée en bois massif. Celle-ci fut ouverte de l'intérieur par une femme qui était vêtue d'un uniforme, indiquant qu'elle était une employée dans cette maison. Elle les laissa entrer puis referma derrière eux avant de retourner vaquer à ses occupations.

Le hall d'entrée était sombre à cause des tapisseries rouges et du parquet foncé. Il était long, comportant un escalier en bois massif menant à l'étage et des portes desservant les différentes pièces du rez-de-chaussée.

Je t'ai fait préparer ta chambre en haut, lui dit l'homme avant de lui désigner une porte sur leur gauche. Ici, c'est ma pièce favorite. Tu veux la voir ?

Elisabeth lui fit un oui timide de la tête et, avec le sourire, il ouvrit les doubles portes, révélant un petit salon sobrement décoré avec un magnifique piano noir. Il l'invita s'asseoir sur la causeuse et, une fois qu'elle fut installée, il prit place sur la banquette et commença à jouer le premier mouvement de la sonate Clair de Lune, puis le second et, enfin, le troisième. Durant toute la prestation, la petite fille avait été très attentive, ses oreilles écoutant les sons produit par l'instrument massif et ses yeux suivant les doigts qui appuyaient sur les touches.

A la fin du morceau, une larme lui échappa, signe de l'émotion que lui avait fait ressentir ce morceau en la transportant de la tristesse à la joie avant de finir sur une note épique et puissante dont elle ne saisissait pas tout à fait l'impact sur elle-même.

Grand-père ? demanda-t-elle à l'homme. Tu peux m'apprendre ?

J'en serais ravi, lui répondit-il en lui faisant signe de le rejoindre.

-§-

Encore une fois, Yuri avait eu une absence et au travail qui plus est. Heureusement, les clients ne semblaient pas s'en être aperçu mais il était de plus en plus fatigué ces derniers jours et ce, au point qu'il lui arrivait de ne plus se souvenir de ce qu'il avait fait la veille. En prime, c'était la dernière semaine d'octobre donc pas mal de monde commençait à se préparer pour Halloween donc il allait devoir penser à se mettre des bonbons de côté avant que ceux-ci ne soient tous partis.

Avant que son patron ne se rende compte qu'il tirait au flanc, l'employé alla réapprovisionner les rayons qui en avait besoin mais à peine eut-il atteint les rayonnages pour les produits sucrés qu'il grimaça en réalisant que, durant son moment d'égarement, il n'avait pas fait attention qu'une certaine personne était entrée, ce qui n'était pas son cas à elle vu le regard qu'elle lui jetait. C'était quand même difficile de la manquer pourtant : ses ballerines rouge vif avec ses collants à pois noirs se mariaient bien avec sa minijupe blanche et son chemisier ample noir – il suspectait qu'elle cherchait à cacher le fait qu'elle n'avait pas beaucoup de formes car jamais il ne l'avait vue avec un décolleté ou avec autre chose qu'une jupe – ainsi qu'avec ses cheveux roux noués en une natte sur le côté.

—Bonjour Roxy, grommela-t-il en regardant ce qu'il manquait.

—Tu sais très bien que c'est Sodia mon prénom, répliqua-t-elle d'un ton sec. Si tu arrêtais de dormir derrière ton comptoir, peut-être que tu t'en souviendrais enfin…

Cette fille n'était autre qu'une voisine de son ami. Il la détestait et c'était réciproque… Au moins, sur ce point-là, ils étaient toujours d'accord.

—Et Flynn m'a demandé de lui faire quelques achats, précisa-t-elle en lui sortant une liste de courses, ce qui n'était pas inhabituel vu qu'elle lui rendait souvent de genre de service quand il était trop occupé. Il vous en reste encore en stock ?

—Voyons… fit-il en regardant ce qui était marqué sur le papier. Il n'achète pas de bonbons pour le 31 ?

A sa question, la mine de Sodia s'assombrit.

—Non, répondit-elle en détournant le regard. Il n'aime pas ce jour-là.

Maintenant que Yuri y repensait, Flynn lui avait mentionné détester le mois d'octobre mais il ne lui avait jamais demandé pourquoi. Si un jour l'occasion se présentait, il essaierait de la saisir…

N'ayant plus d'autres raisons de parler avec elle tant qu'elle ne passait pas en caisse, l'employé s'attela à remplir les rayons vides, pestant intérieurement contre cette vieille peau qui lui avait encore fait le coup de tout déplacer pour l'enquiquiner. Autant dire qu'il avait hâte de finir son service…

-§-

Les rayons du soleil éclairaient le salon du manoir, permettant ainsi de bien voir le beau piano noir qui trônait fièrement dans cette pièce. Assise sur le banc, Elisabeth, âgée d'une dizaine d'années, jouait le premier mouvement de la sonate « Clair de Lune » de Beethoven, cela sous l'œil attentif de son grand-père qui lui servait de professeur. Les longs doigts fins de l'enfant semblaient caresser les touches de l'instrument tandis qu'elle en tirait progressivement les notes désirées et ce, jusqu'à parvenir à la fin de ce mouvement.

C'est très bien, la félicita le vieil homme. Maintenant, montre-moi où tu en es avec le deuxième mouvement.

D'accord.

La fillette s'exécuta, moins sure d'elle. Quelques fausses notes se glissèrent dans sa prestation, la faisant grimacer tandis qu'elle s'évertuait à poursuivre le morceau.

Bien, nous allons travailler cela tous les deux, déclara calmement le vieil homme en venant s'asseoir près de sa petite fille. Regarde bien.

A ces mots, il montra à sa petite fille comment jouer les passages qui lui posaient problème…

-§-

Un son brutal le ramena à la réalité : celui de Sodia qui avait frappé le comptoir du poing, certainement car il ne réagissait pas au fait qu'elle avait posé son panier de courses devant son nez depuis un bon moment.

—Sur quelle planète tu étais pour ne pas être fichu d'entendre quand on te parle Lowell ! s'exclama-t-elle en voyant qu'il était enfin redescendu sur Terre.

—Pas tes oignons Roxy, répliqua Yuri en faisant la moue, mécontent d'avoir eu une absence à ce moment précis.

—Quelque part entre Orion et la Grande Ourse donc…

Il grogna un peu pour la forme, étant concentré sur scanner tous les articles qu'elle avait pris et s'assurer qu'elle avait de quoi payer – pour cela, il n'était pas inquiet car Sodia avait toujours l'appoint, ce qui lui rendait plutôt service quand elle passait après quelqu'un qui venait de lui prendre presque tous ses centimes. Une fois obtenu ce qu'elle voulait, elle s'en alla et il put s'occuper des autres clients tout en notant que le ciel était en train de se dégager.

-§-

C'était un après-midi de printemps dans le salon. Elisabeth était une jeune adolescente à présent et ses longs cheveux noirs étaient rassemblés en un chignon tressé qui allait bien avec sa jolie robe bordeaux. Assise devant son piano, elle entama le deuxième mouvement de la sonate « Clair de Lune » de Beethoven avec une aisance qu'elle n'avait pas enfant.

Cependant, elle n'était pas seule : à côté de son banc, il y avait un chiot au pelage bleu et blanc qui l'écoutait jouer avec attention. Dès que les longs doigts fins jouaient une note bien précise, l'animal lâchait un bref aboiement bien sonore, comme pour accompagner la musique de sa maîtresse tout en faisant rire cette dernière.

Sciemment, la jeune fille appuya de façon répétée sur cette note, faisant que le chiot aboya jusqu'à ce qu'elle cesse.

Tu as fait des progrès Repede, dit-elle en caressant la tête de l'animal. On dirait que tu t'es habitué au piano.

En guise de réponse, elle reçut un aboiement joyeux et un coup de langue affectueux sur sa main.

-§-

Cinq minutes avant la fermeture, il avait eu une nouvelle absence, cette fois-ci vue par son patron qui l'avait sermonné un bon coup avant de lui dire de dégager car il n'avait pas besoin d'un employé qui dormait debout pour fermer les lieux. Ce fut donc avec l'arrière de son crâne douloureux et un bon coup de fatigue qu'il quitta son travail en bâillant.

Mais à peine eut-il tourné à l'angle de la rue que Yuri eut la mauvaise surprise d'être victime de vertiges. Il s'adossa contre le mur le plus proche en se tenant la tête, attendant que cela passe. Il se laissa glisser jusqu'au sol et ferma les yeux…

-§-

C'était un soir d'automne dans le salon et, cette fois-ci Elisabeth, approchant visiblement des quinze ans, jouait difficilement le dernier mouvement de la sonate Clair de Lune, ses yeux étant embuées par les larmes. Elle était vêtue en noir des pieds à la tête et ses cheveux étaient en partie décoiffés, comme si elle avait ôté un chapeau à la hâte. Repede semblait aussi triste qu'elle et restait à ses côtés, n'ayant pas d'autre moyen de la réconforter.

Grand-père… dit-elle dans un sanglot. Pourquoi ?

Son dernier parent était mort et elle venait d'assister à son enterrement. Elle avait le cœur en miettes après avoir perdu un être si cher à ses yeux…

Pourquoi… POURQUOI !

Elle posa brutalement ses coudes sur les touches du piano, faisant sursauter Repede, puis elle se tint la tête entre les mains, laissant les larmes couler sur son visage. Aveuglée par le chagrin, elle ne vit pas l'ombre qui était dans la pièce et qui s'approcha doucement d'elle… jusqu'à s'arrêter à ses côtés.

Son heure était venue.

-§-

Yuri ouvrit les yeux en grognant, sortant ainsi de sa dernière vision. Il voulut se relever… et réalisa que sa main n'était pas en contact avec le trottoir froid mais avec des draps tièdes. Il se mit d'un coup en position assise et regarda tout autour de lui, constatant qu'il était dans son studio et, vu les quelques étoiles qu'il apercevait par sa fenêtre, la nuit était tombée depuis un moment – d'ailleurs, l'éclairage de sa rue était visiblement en panne car il ne voyait pas la lumière orangée des lampadaires qui, habituellement, empêchait de voir autre chose que la lune dans le ciel nocturne. Comment était-il rentré chez lui au juste ?

Seulement, quelques détails lui indiquèrent très vite qu'il n'était pas arrivé seul ici : son tas de linge sale avait disparu, sa vaisselle était faite et n'attendait que d'être rangée, les papiers qu'il avait laissé en vrac avait tous été soigneusement classés dans des piles bien nettes, le parquet venait clairement d'être lavé, ça sentait la lavande… et la pendule en forme d'étoile qu'on lui avait donnée indiquait qu'il était dix heures du soir passées, ce qui signifiait que cela devait faire trois heures qu'il dormait.

Alors qu'il se levait de son lit, la porte d'entrée s'ouvrit puis se referma. Deux secondes après, Sodia était dans son champ de vision, un tas de linge plié dans les bras.

—Je peux savoir ce que tu fiches ici toi ? demanda Yuri, assez surpris de voir la rousse chez lui. J'ai pas souvenir que tu connaisses mon adresse…

—Je l'ai trouvée en fouillant dans ton portefeuille, lui répondit la jeune femme en posant le linge propre sur la table basse. Tu as d'ailleurs eu de la chance que je t'ai vu perdre connaissance car certains auraient pu en profiter…

—Normalement, une personne saine d'esprit appelle les pompiers…

—Tu dormais et c'était impossible de te réveiller. Je suis même étonnée que tu n'ais pas bronché quand je t'ai mis dans ma voiture.

… Vu qu'à priori, la police n'était pas venue ici, c'était qu'elle ne l'avait pas mit dans le coffre, chose dont il l'estimait parfaitement capable. Par contre, elle avait dû s'amuser pour l'amener seule ici...

—Tu m'as monté seule jusqu'ici ? demanda-t-il, intrigué vu la corpulence de la jeune femme.

—J'ai demandé un coup de main à une connaissance, répondit Sodia en ouvrant les tiroirs de la commode pour ranger les vêtements qu'elle avait apportés avec elle. Elle m'a aidée avec la lessive et la vaisselle.

—D'acc- Heu attends, t'as aussi lavé mes sous-vêtements ?

—Tu devrais t'en racheter. Excepté un ou deux boxers, ils ont tous des trous mais comme ça ne m'appartient pas, je me suis retenue de les jeter.

En jetant un œil dans les tiroirs, il réalisa que le bazar qui était à l'intérieur avait été soigneusement rangé et plié, ce qui le fit quelque peu flipper en comprenant qu'elle avait dû ranger TOUT son appartement et qu'il ne s'était pas réveillé pour autant.

Parce qu'il n'avait rien mangé depuis un moment, il jeta un œil au contenu de son frigo et en sortit un fondant au chocolat qu'il avait fait ce matin.

—T'en veux ? proposa-t-il en montrant le gâteau.

—Pourquoi pas…

Ce fut donc comme ça qu'ils se retrouvèrent tous les deux à manger du fondant au chocolat et à boire une infusion aux fruits rouges qu'il avait achetée en promo, le tout dans une ambiance un peu bizarre. En même temps, c'était logique : ils n'étaient pas amis et leurs rapports avaient toujours été tendus donc la situation actuelle était un peu… inconfortable.

—T'as vraiment fait ça avec un micro-ondes ? lui demanda Sodia, étonnée après avoir goûté le gâteau.

—Faut pas croire mais c'est pas mal comme outil quand on sait s'en servir, répondit-il en désignant l'appareil. C'est pas mal aussi pour faire cuire des pâtes quand t'as pas de casserole propre pour ça.

Yuri devait admettre qu'il était étonné de voir que, pour la première fois, il n'avait aucun souci diplomatique avec la rousse bien que cela restait bizarre de discuter avec elle. Il la trouvait même très détendue par rapport à ce dont il était habitué avec elle. Est-ce que c'était la situation qui faisait cela ou bien autre chose ?

—Je suis surprise de voir que l'on voit assez bien les étoiles de chez toi, lui fit remarquer Sodia alors qu'elle avait tourné la tête vers la fenêtre.

—Sans l'éclairage public, ça aide, admit-il avant de se souvenir de la phrase qu'elle lui avait sortie plus tôt. Et Orion, elle est visible actuellement ?

A sa question, la jeune femme observa le ciel avec attention, cherchant la fameuse constellation dans le morceau de voûte céleste qui lui était visible.

—J'en doute, fit-elle en prenant une bouchée de sa part de fondant. Il me semble apercevoir le Sagittaire et il est proche du Scorpion…

—Traduction pour les non-passionnés d'astronomie ? demanda-t-il, ne comprenant pas trop ce qu'elle voulait dire.

—Dans la mythologie grecque, Orion était un chasseur redoutable mais un jour, une divinité a envoyé un scorpion pour le tuer puis Orion et le Scorpion ont été changés en constellations, chacun placés à un bout du ciel. En d'autres termes, quand le Scorpion est visible, Orion ne l'est pas.

Il allait dormir moins bête cette nuit… Par contre, l'ambiance était moins tendue donc peut-être était-ce une bonne occasion pour tenter de briser un peu la glace mais encore fallait-il qu'il trouve comment faire.

—Sinon, qui est Elisabeth ? lui demanda Sodia, curieuse. Je t'ai entendu dire cela quand je cherchais les chaussettes ales sous ton lit.

—T'as aussi…. fit-il, estomaqué avant de se recentrer sur le sujet initial. Si je te le dis, tu vas me croire fou…

—Et si je te dis un truc sur moi en échange ? Ca te convient comme deal ?

Là, elle venait de piquer son intérêt…

—Ca marche, accepta Yuri sans hésiter. En fait, depuis quelques temps, je n'arrête pas de faire des rêves bizarres. Celui qui revient le plus souvent est celui d'une fille morte dans un salon avec un piano qui joue toujours le même morceau. Seul Flynn est au courant.

—C'est assez… glauque, lui dit Sodia en grimaçant. Et Elisabeth, c'est son nom ?

—Je pense oui mais je ne sais toujours pas pourquoi elle est morte ou qui l'a tuée.

Vu les réactions de la rousse, elle ne le prenait pas pour un déséquilibré, ce qui était déjà un bon point.

—Toujours le même morceau… dit-elle, l'air pensive. Une signification cachée peut-être ?

—Si c'est le cas, je la cherche encore, déclara Yuri en soupirant. Et sinon, c'est quoi ton problème avec moi au juste ? Je suis quasi certain que tu m'as détesté au premier regard.

—Ca c'est parce que tu es un homme. Mais maintenant que j'ai vu ton charmant calendrier des Dieux du Stade, je suis convaincue que tu n'es pas attiré par les femmes.

Il l'avait oublié celui-là… En même temps, en temps que célibataire, il avait le droit de se rincer l'œil de temps en temps… Mais la façon dont elle avait formulé cela l'interpella.

—Mauvaise expérience avec un mec ? demanda-t-il tandis qu'elle prenait une gorgée de son infusion.

—Très, dit-elle sur un ton extrêmement froid qu'il ne lui connaissait pas, lui laissant penser qu'il avait du toucher un point sensible. J'ai mis du temps à m'en remettre.

—Désolé. Je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs.

—C'est rien. Ce n'est pas comme si cela allait se reproduire un jour…

Vraiment étrange comme formulation… Qui plus est, le regard vide qu'elle avait eu à ce moment-là lui avait fait froid dans le dos. Qu'est-ce qu'elle ne lui disait pas sur ce sujet ? Il n'était pas sûr de vouloir le savoir…

—Donc j'imagine que tu en pinces pour Flynn, supposa Sodia en posant sa tasse vide.

—Oui mais je ne compte pas entamer de relation pour le moment, lui avoua Yuri en jouant avec sa petite cuillère. Je n'ai pas eu de chances à Zaphias avec mes ex et je ne me sens pas encore prêt à retenter le coup.

—D'accord. De toute façon, je doute qu'il ait en tête d'entamer une relation amoureuse, surtout en ce moment.

La rousse semblait en grande réflexion et le jeune homme préféra ne pas l'interrompre, de crainte qu'elle ne se ferme totalement à lui. Après une bonne vingtaine de secondes, elle le fixa avec prudence.

—Flynn t'as déjà parlé de ses relations passées ? demanda-t-elle avec précaution.

—Jamais, répondit-il, se souvenant que son ami avait toujours éludé ce sujet.

—Tu ne le sais pas par moi. Il a été marié par le passé mais sa compagne est morte et depuis, il est veuf. Je ne crois pas qu'il s'en soit remis vu qu'il va tous les jours sur sa tombe… Elle est décédée un 31 octobre.

Le beau blond était donc hétéro, ce dont il aurait dû se douter. Et il comprenait mieux maintenant pourquoi Flynn ne fêtait pas Halloween ou pourquoi il était discret sur sa vie privée.

—Tu la connaissais ? demanda Yuri, un peu curieux.

—Non, je suis arrivée à Halure après son décès, répondit Sodia en soupirant. J'ai juste vu quelques photos d'elle chez lui…

Alors qu'il allait lui demander si elle savait comment s'appelait l'ex-épouse de Flynn, la chanson Harley Davidson de Brigitte Bardot se fit entendre. Brusquement, la jeune femme fouilla dans son sac pour sortir son téléphone puis s'excusa pour aller répondre. Pendant qu'elle était occupée, il en profita pour mettre les tasses et les assiettes dans l'évier pour les laver plus tard.

—Il faut que j'y aille, lui dit Sodia en raccrochant. Tu t'en sortiras tout seul ?

—Sans problème, lui répondit Yuri avant de lâcher un bâillement. On se revoit à l'épicerie et…

—Cette conversation privée n'a jamais eue lieu et tout reprendra exactement comme avant. Compris ?

—Cinq sur cinq.

Retour à la case départ donc mais bon, si cela permettait d'éviter les ragots, il acceptait cela sans broncher.

-§-

C'était un jour d'hiver dans le salon et Elisabeth semblait contrariée. Il y avait du monde autour d'elle et une femme d'une quarantaine d'années essayait de la convaincre de parler à quelques hommes qui étaient présents. Seulement, elle n'en avait pas la moindre envie et semblait vouloir partir dès que possible.

Chère nièce, ces messieurs sont venus exprès pour vous voir ! finit par s'exclamer, très agacée, celle qui était sa tante.

Et je ne veux pas les voir ! répliqua la jeune fille avec force. Je ne veux pas me marier avec l'un d'eux !

Le son d'une gifle fit taire toutes les conversations, les yeux se tournant tous vers la jeune fille dont la joue venait d'être frappée par la main de sa tante.

Feu Lord Blackwood était bien trop coulant avec vous, déclara la femme plus âgée sur un ton glacial. Montez dans votre chambre et ressortez-en quand vous aurez appris où est votre place !

Après un regard noir à sa parente, l'adolescente quitta la pièce… et n'y revint que bien plus tard, à la nuit tombée. Plus personne ne s'y trouvait et, Repede à ses pieds, elle s'installa devant le piano et attrapa une partition qu'elle lue au clair de lune. Une page lui glissa des mains et s'envola sous la table basse, la forçant à se baisser pour la récupérer.

Seulement, elle fut surprise de sentir contre ses doigts, en plus de la feuille de papier, un tissu qui ne devrait pas se trouver là. Curieuse, elle attrapa cette mystérieuse étoffe et découvrit que c'était en fait un gant noir qui avait probablement été oublié par l'un des invités de sa tante. Comment avait-il atterrit là ?

Elle sursauta en entendant de légers coups derrière elle. Elisabeth se retourna, Repede grognant doucement, et vit une ombre derrière la fenêtre. A la silhouette, c'était certainement un homme mais la pleine lune l'éclairait de dos, faisant qu'il lui était impossible de distinguer ses traits. Elle avait le cœur qui battait la chamade et ne savait quoi faire… puis l'inconnu lui montra sa propre main qu'il plongea dans une poche de sa veste pour en sortir un unique gant.

Hésitante, elle avança prudemment vers la fenêtre et l'ouvrit avant de reculer très vite.

Pardon, s'excusa l'inconnu en restant à l'extérieur. Je ne voulais pas vous faire peur mais comme j'ai vu du mouvement…

Je m'en remettrai, dit-elle à voix basse avant de lui tendre le gant. C'est à vous je présume ?

Oui, merci. Je suis vraiment désolé pour le dérangement.

Il s'avança d'un pas pour récupérer son bien puis baissa la tête vers Repede qui l'observait attentivement. L'inconnu se baissa pour se mettre au niveau de l'animal et attendit un peu, laissant le temps au chien de le renifler avec attention. Son examen finit, le jeune chien remua joyeusement la queue et l'homme lui caressa affectueusement la tête avant de se relever.

Il n'aime pas les étrangers d'habitude, remarqua l'adolescente, étonnée.

Il protège sa maîtresse, ce qui est normal, lui répondit l'inconnu. Par contre, je vais devoir vous laisser…

Vous reviendrez ?

Il marqua un temps d'arrêt, visiblement surpris par la question.

Uniquement si vous le désirez.

-§-

Il était près de minuit quand, profitant que Yuri dormait d'un sommeil de plomb, quelqu'un s'introduisit chez lui… en passant à travers la porte d'entrée. Un fantôme entra dans son studio avec aisance puis s'arrêta, l'observant dormir.

—Il ne se réveillera pas avant l'aube. J'ai déjà vérifié.

Sortant de l'ombre, Flynn rejoignit l'ectoplasme… qui n'était autre que Sodia O'Daly, une jeune femme morte depuis l'année 1967 dans des circonstances peu enviables… Normalement, il aurait dû l'envoyer dans l'au-delà mais dans son cas, il avait fait une exception, ce qui lui rendait bien service.

—C'est effarant la ressemblance entre Lowell et le portrait d'Elisabeth Blackwood, lui déclara la rousse dont le regard violine fixait toujours le jeune homme endormi. S'il ne m'avait pas parlé de ses rêves étranges, j'aurais continué de penser qu'il était son descendant.

—Je peux te certifier que Lilith n'a aucune descendance directe, précisa-t-il avec amertume. Elle était enfant unique et j'ai personnellement vérifié si elle avait un demi-frère ou une demi-sœur quand j'ai rencontré Yuri. J'ai beau chercher, je ne comprends pas pourquoi elle s'est réincarnée…

—Moi ce qui me choque, c'est qu'elle soit passée de femme à homme…

—Vu comment était la société à l'époque, je ne suis pas surpris. Son âme n'a jamais vraiment aimé qu'on l'empêche de vivre.

Flynn trouvait cela plus que logique que Lilith soit devenue Yuri : elle avait tellement détesté le statut des femmes à son époque qu'elle devait désirer ardemment être aussi libre de ses faits et gestes que pouvait l'être un homme. De toute manière, peu importe qu'elle soit fille ou garçon, c'était l'âme d'Elisabeth Blackwood qui l'avait séduit et jamais il n'en avait trouvé d'aussi belle à ses yeux.

—Oh et désolée d'avoir été indiscrète, s'excusa Sodia, penaude. Je voulais essayer de comprendre ce que tu nous cachais et si je ne lui donnais pas de grain à moudre…

—Tu as eu raison, la rassura-t-il. C'est moi qui aurais dû vous dire à tous ce que je faisais au lieu de garder cela pour moi. Mais j'avoue que je crains un peu ce que peuvent faire certains d'entre eux…

Il allait devoir les canaliser un peu mieux s'il leur disait toute la vérité sur Yuri, surtout ceux qui étaient susceptibles de faire une gaffe…

—Que se passera-t-il quand il aura retrouvé toute sa mémoire ? demanda la jeune femme, curieuse.

—Je l'ignore, avoua Flynn qui se sentait impuissant depuis le moment où ces cauchemars avaient commencés. Techniquement, le manoir Blackwood lui revient car c'est sa maison mais… j'ai peur que l'histoire se répète.

Non, il ne voulait pas que Yuri vienne au manoir tant que le 31 octobre n'était pas passé. Lilith avait vingt-et-un ans à sa mort, tout comme lui. Il était plus prudent qu'il le surveille de loin et s'assure personnellement que ce drame n'allait pas se reproduire sous ses yeux… tout en essayant de comprendre la raison de cette réincarnation.


NB : Le suivant sera plus simple à écrire logiquement mais pas forcément rendu dans les temps vu mon planning (sauf si je parviens à m'isoler tout le week-end et que la connexion internet est correcte)

kaleiyahitsumei: (Default)
Disclaimer : Tales of Vesperia ne m’appartient (sinon j’aurais déjà fait une suite du jeu…)

Titre : Mélodie funèbre

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Rating : T (pour l’instant… Je me méfie avec moi…)

Genre : Heu… Mystery/ Romance c’est certain.

Fluristelle 2017 : Day 1 : Flower Crown – Promises

Note : A l’origine, j’avais écris une fic avec Yuri qui avait eu une mauvaise surprise dans un manoir mais… j’ai abandonné le projet car je n’y accrochais plus (10000 mots pourtant…) et je l’ai remanié mais là, ça partait un peu trop dans tous les sens à cause du format choisi donc vu que je voulais quand même garder ce scénario, j’ai profité du Fluristelle Month pour casser ce projet, quitte à prendre le risque d’anéantir quelques éléments de suspense. Je ne sais pas si j’arriverai à faire tous les thèmes mais je vais essayer quand même. Bonne lecture !

 



Cette nuit-là, des notes de piano résonnaient, jouant furieusement le dernier mouvement de la sonate « Clair de lune » de Beethoven. Les doigts bougeaient rapidement sur les touches, suivant scrupuleusement la partition, faiblement éclairée par les rayons de l’astre lunaire qui passaient à travers la vitre… du moins, quelqu’un devait bien être en train d’en jouer si l’on était logique donc… pourquoi le piano semblait-il jouer lui-même ces notes ?

Une vieille chaise à bascule se balançait d’elle-même dans un coin de la pièce, faisant grincer le plancher massif. Un courant d’air glacé soufflait dans la pièce, soulevant les rideaux blancs qui encadraient les fenêtres. Sur une table basse, un plateau en argent était présent et, posé sur celui-ci, il y avait une théière de porcelaine, une petite cuillère, un petit sucrier et une petite soucoupe de porcelaine. Cependant, sur la surface métallique et sur le meuble, il y avait des gouttes de thé qui, si on les suivaient, amenaient aux débris de la tasse correspondant à ce service éparpillés sur le sol… à environ un mètre d’un guéridon renversé, d’un fauteuil qui avait été déplacé, d’une lampe brisée… et du corps sans vie d’une femme dont la main gauche était fermement agrippée à un foulard de soie déchiré.

Ses longs cheveux noirs entouraient son visage au teint pâle et sans vie, tranchant avec la blancheur de sa robe de style empire qui laissait ses épaules découvertes. Elle ne portait pas de chaussures et aucun bijou excepté une bague en métal sombre à sa main gauche…

-§-

Une violente tape derrière la tête réveilla Yuri, endormi sur le comptoir de l’épicerie de la ville d’Halure. Il se frotta l’arrière du crâne, peu enchanté de ce réveil brutal et très désagréable. Il croisa le regard noir de son patron et afficha un air désolé en enlevant ses fesses du tabouret puis en allant dans les rayons pour faire un peu de rangement tout en lâchant un bâillement sonore, avant de passer sa main droite dans ses longs cheveux de jais pour se masser l’arrière de la tête.

Encore ce rêve… Il le faisait depuis qu’il avait fêté ses vingt-et-un ans cet été et à chaque fois qu’il le faisait, celui-ci gagnait en précision – au départ, tout était flou et il était impossible de savoir quelle musique était jouée au piano. Le détail de la bague était nouveau mais les couleurs restaient encore difficiles à distinguer. Peut-être qu’il arrivera à savoir la couleur exacte de ce foulard lors de sa prochaine sieste ?

Le jeune homme nota que certains articles n’étaient plus à leur place – encore un coup de cette vieille peau qui aimait bien tout déplacer pour l’enquiquiner – donc il se mit au travail en pestant contre ça ainsi que contre cette chemise à rayures oranges qu’il détestait porter.

—Je serais toi, je garderai ce genre de pensée pour moi.

A l’entente de cette voix masculine, Yuri eut un sourire amusé et, après avoir remis à la bonne place un pot de moutarde, il se tourna vers un de ses clients réguliers qui le fixait de ses yeux azur en tenant un panier contenant ses courses du jour.

—S’il n’y a que toi pour les entendre, je ne vois pas où est le mal, répliqua-t-il en prenant un paquet de biscuits qui avait été laissé avec les conserves. Tu les veux Flynn ?

Le dénommé Flynn leva les yeux au ciel avant de prendre les gâteaux et de les mettre dans son panier avec la bouteille de lait et le sachet de pâtes qui s’y trouvaient déjà.

Tous les deux avaient le même âge et, depuis que Yuri avait emménagé à Halure et commencé son travail à l’épicerie l’année précédente, il avait fait la connaissance du jeune homme au regard azur et aux cheveux blonds avec qui il discutait presque tous les jours – à force, ils étaient devenus amis bien qu’ils ne se voyaient que très peu en dehors de cet endroit à cause de l’emploi du temps variable du blond. Auparavant, Yuri vivait à Zaphias mais il était parti après ce qu’il était arrivé à son dernier petit ami…

—Tu fais toujours ce rêve étrange ? lui demanda Flynn, l’air soucieux.

—Ouais, répondit l’employé en continuant son travail. Comme d’hab’, il gagne de plus en plus en précision. Ce coup-ci, j’ai vu que cette fille devait être mariée mais je ne sais toujours pas qui l’a tuée…

Ce songe qu’il faisait sans arrêt, il n’en avait parlé qu’à son ami, ayant peur d’être prit pour un fou. Celui-ci ne l’avait pas jugé et l’avait même aidé à mieux comprendre ce qu’il voyait – par exemple, il lui avait amené plusieurs vieux CD de musique classique, lui permettant ainsi de découvrir quel morceau était joué sur ce piano. D’après ce qu’ils avaient réussi à savoir via les éléments de ce rêve et les différentes recherches effectuées, la période où cette scène avait eu lieu se situait entre 1860 – le style de la chaise à bascule indiquait qu’elle n’avait pas pu être fabriquée avant cette année-là – et maintenant. Par contre, il était compliqué de l’identifier car il n’avait toujours pas pu distinguer les traits de son visage. Qui était-elle au juste ?

—A part ça, comment vas-tu ? demanda Yuri en prenant un paquet de pâtes qu’il glissa dans le panier de son ami. Toujours occupé par le travail ?

—C’est plus calme pour l’instant, répondit Flynn en remettant en place un bocal d’olives que l’employé avait glissé parmi ses courses. J’espère juste que ça va continuer à l’être à la fin du mois car ce sera déjà assez agité comme ça avec Halloween.

Ils étaient actuellement à la mi-octobre, une période où la ville fleurie d’Halure prenait surtout des teintes orangées avec les feuilles qui tombaient des arbres. Il commençait à faire froid, signe que l’été était parti et que l’automne préparait le terrain pour l’hiver à venir. Si le jeune homme aux cheveux de jais appréciait de pouvoir porter ses vieux jeans sombres et une veste noire bien confortable, son ami, souvent vêtu d’un pantalon bleu clair léger avec un haut blanc, allait devoir commencer à sortir les pulls et autres habits chauds.

Un bip sonore retentit et, en grognant, Flynn sortit son téléphone portable de la poche de sa veste en coton beige.

—Je vais devoir y aller en urgence, déclara-t-il après avoir regardé le message qu’il avait reçu. Ca te dérange si je te laisse…

—C’est moi qui fait la fermeture donc pas de souci, coupa Yuri avec un sourire en coin. Passe chercher tout ça quand tu auras fini.

Ce n’était pas une première : son ami pouvait être appelé n’importe quand pour une urgence et il devait partir au plus vite, plaquant du coup tout ce qu’il était en train de faire. L’employé de l’épicerie s’y était adapté et lui gardait souvent ses courses quand cela arrivait ici pour qu’il puisse venir les récupérer plus tard ou demander à un voisin de le faire pour lui. Il l’aurait bien invité à un rencard s’il était certain que c’était possible et qu’il n’avait pas eu ces petits soucis à Zaphias avec ses ex…

Après le départ de Flynn, Yuri vérifia que son patron ne pouvait pas le voir et sortit son vieux téléphone de sa poche. L’appareil ne lui servait qu’en cas de problème, le jeune homme ayant renoncé à sa vie sociale pour éviter de se retrouver en couple et de relancer cette série de malchance qui s’enclenchait dès qu’il commençait à fréquenter quelqu’un. Sans surprise, il n’y avait aucun message – il avait changé de numéro en déménageant – donc il remit l’appareil dans sa poche et reprit son travail.

Les minutes défilèrent, tout comme les clients. Il avait vu passer pas mal de monde : des adolescents qui avaient tenté d’acheter de l’alcool sans avoir l’âge légal pour cela, quelques accros au sucre, une ou deux pâtissières en herbe qui étaient en panne d’ingrédients, la kleptomane du quartier qui avait tenté de lui piquer des pots pour bébés, un mec qui semblait assez perplexe devant ce qu’il avait acheté – manifestement, il avait dû faire les courses de sa copine et découvert pour la première fois ce qu’était une boîte de tampons – et une mère dont la fille avait flashé sur la longueur de ses cheveux – l’employé avait grincé des dents quand elle avait commencé à mentionner le film Raiponce et, plus particulièrement, le passage où les cheveux de cette dernière avaient été coiffés par des petites filles et qu’elles y avaient ajouté pleins de fleurs.

—C’est dommage que ce soit finit les pâquerettes, lui dit la petite fille alors que sa mère était en train de payer ses articles. Ca aurait été trop joli dans vos cheveux…

—Une prochaine fois peut-être, avait répondu Yuri en espérant intérieurement que cette idée de se servir de lui comme tête à coiffer allait lui passer d’ici le printemps. Merci à vous et bonne soirée.

Au moment même où la mère passa la porte de l’épicerie, Flynn revint et, manifestement, il n’avait pas manqué le regard peiné de la fillette.

—Qu’est-ce que tu lui as fait au juste ? demanda son ami en haussant un sourcil.

—Elle voulait faire un remake de Raiponce sur moi, répondit l’employé en récupérant le panier de courses qu’il avait mis de côté. La scène avec la tresse et les fleurs pour être exact…

—Celle-là… C’est vrai que ce serait réalisable sur toi.

En entendant ces mots, Yuri jeta un regard noir à son ami, lui promettant mille souffrances pour avoir osé dire cela… ce qui amusait beaucoup ce dernier.

—Toi, je te jure que tu vas me le payer…

Il dut se retenir de lui faire payer le double pour ses articles…

Alors qu’il venait de scanner une boîte en métal contenant du thé, dernier objet présent dans le panier, Yuri eut comme une drôle de sensation. Il mit cela sur le compte de la fatigue et ferma brièvement les yeux...

… mais quand il les rouvrit, il vit ce salon dont il rêvait pratiquement toutes les nuits sauf que, cette fois-ci, il le voyait en plein jour. Les rayons du soleil filtraient à travers les grandes fenêtres, éclairant le beau piano noir, la table basse en bois sombre, la causeuse en tissu mauve, la chaise à bascule, les murs recouverts d’un papier peint clair aux motifs fleuris…

Assise sur la banquette du piano, il y avait une jeune femme vêtue d’une robe bordeaux style empire qui ne cachait en rien ses épaules et dévoilait grandement ses bras. Ses longs cheveux de jais étaient libres de toute entrave, encadrant un visage aux traits fins et au teint clair tandis que ses yeux gris étaient concentrés sur la partition, ses doigts jouant avec soin la mélodie au piano qui était le premier mouvement de la sonate Clair de Lune…

—Yuri ?

Brutalement, le jeune homme revint au moment présent et s’aperçu que Flynn le fixait avec inquiétude.

—Désolé, s’excusa l’employé en soupirant. Je dois être plus crevé que ce que je pensais.

—Tu as déjà eu d’autres absences comme ça ? lui demanda son ami en lui donnant l’argent qu’il lui devait.

—Nan, c’est la première fois à ce que je sache. Faut juste que j’aille me coucher.

—Fais attention en rentrant chez toi.

—Promis.

Pendant un instant, Flynn avait eu l’air sceptique et il lui aurait certainement proposé de rester si son cher téléphone n’avait pas de nouveau sonné, le contraignant à repartir. Yuri resta donc durant l’heure qu’il lui restait à s’occuper des derniers clients, veillant à ce que certains ne tentent pas de piquer quoique ce soit et râlant intérieurement contre ceux qui n’avaient pas l’appoint – la spécialiste de la chose et qui venait toujours quand sa caisse n’avait quasiment plus de centimes était une vieille de soixante ans qui ne pouvait pas l’encadrer. Puis enfin, il put fermer l’épicerie et compter cette fichue caisse – il grogna en constatant qu’il lui manquait de l’argent, surement à cause de cette histoire d’appoint vu que la somme était petite mais cela allait lui valoir un bon sermon demain.

Il était près de vingt heures quand il put enfin partir, une veste noire sur le dos pour le protéger du vent froid qui s’était mis à souffler. Il devait compter au moins un bon quart d’heure de marche à pied pour rentrer chez lui s’il allait vite sauf que pour atteindre son immeuble, le chemin le plus court était une montée méchamment raide qui était loin d’être agréable à faire quand on était déjà crevé à la base. Seulement, il n’avait pas envie de faire tout le tour et de perdre encore plus de temps donc il se résolu à l’emprunter, ce qu’il fit sans se presser pour éviter d’être essoufflé à la moitié du parcours.

Mais même en prenant son temps, aux deux tiers de la montée, il fut obligé de s’asseoir sur une des marches pour récupérer… Il avait vraiment sous-estimé sa fatigue et le fait qu’il commençait à avoir des vertiges lui laissait penser qu’il ferait mieux de manger quelque chose dès que possible.

Sortant une barre de céréales de sa poche, Yuri en ôta l’emballage et en croqua un bon morceau – de mémoire, cela devait être la dernière qu’il avait donc il faudra qu’il pense demain à en racheter tout en se demandant s’il essayait celles aux fruits rouges ou non. Son esprit vagabonda vers ce salon dont il rêvait si fréquemment puis s’attarda sur cette femme…

Bien qu’il avait eu une vision des lieux en plein jour, impossible pour lui de se souvenir des traits du visage de cette inconnue qui était vraisemblablement celle dont il voyait le corps inerte chaque nuit. L’époque se précisait de plus en plus et il était à présent quasi certain que cette personne avait vécu durant la deuxième moitié du XIXème siècle bien que le mobilier et son style vestimentaire correspondaient plus au début de cette période. S’il pouvait obtenir plus d’indices ou voir d’autres pièces de cette demeure, il lui serait possible de confirmer son hypothèse.

Il ferma les yeux pour essayer de visualiser à nouveau cette pièce… et il y fut de nouveau précipité. Cette fois-ci, cette femme portait une robe blanche assez simple dans sa coupe sur laquelle étaient brodées des fleurs violettes. Ses cheveux de jais avaient été rassemblés en un chignon bas orné de quelques fleurs mais quelques mèches étaient laissées libres, encadrant son visage. Elle était assise sur la causeuse avec un homme aux cheveux blonds vêtu d’une chemise claire sur laquelle il y avait des tâches de peinture et d’un pantalon marron qui n’avait rien d’extraordinaire. Seulement, impossible de distinguer leurs traits.

Entre ses doigts, la femme tenait un anneau en métal sombre qu’elle regardait sous tous les angles.

—Qu’est-ce qu’il représente au juste ? demanda-t-elle, curieuse. Je n’arrive pas à lire ce qui est gravé à l’intérieur…

—La promesse d’un engagement mutuel, lui répondit l’homme en sortant un deuxième anneau qui était attaché à une chaine autour de son cou. Quant à l’inscription, c’est plutôt une sorte… de sortilège.

—De sortilège ? Donc si l’un trompe l’autre…

—En fait, les anneaux symbolisent le lien créé entre les deux âmes et il ne peut être rompu que si l’un des deux désire profondément casser celui-ci. Et s’il y a adultère, c’est plutôt l’amant qui devrait s’inquiéter…

—C’est à partir du mariage ?

—A partir des fiançailles plutôt.

Après quelques secondes, la femme prit le bijou entre son pouce et son index avant de le passer à son annulaire gauche, provoquant une réaction paniquée chez son interlocuteur.

—Lilith ! s’exclama-t-il avec surprise. Mais qu’est-ce que tu fais ?

—Je me fiance avec toi, dit-elle avec désinvolture. Pourquoi ?

—Mais… Tu réalises ce que cela va impliquer ? Je sais que tu veux fuir un mariage arrangé mais…

—C’est pour toi que je veux faire ça, pas pour moi.

En entendant ces mots, l’homme ne sut visiblement pas quoi répondre. Il restait figé, stupéfait par cette réponse tandis que Lilith agitait sa main devant ses yeux pour le faire réagir.

—Je… commença-t-il avant de s’interrompre. Tu es folle. Je ne vois que ça.

—Apprend moi quelque chose que j’ignore car j’entends déjà ça tous les jours, répliqua la femme en lâchant un soupir exaspéré.

—Je veux dire… T’engager avec moi comme ça n’est pas une bonne chose. Jamais je ne pourrais t’offrir une vie normale…

—Si j’avais voulu finir mariée avec le premier type venu et devoir lui pondre pleins de gosses pendant qu’il dilapide l’argent que m’a léguée mon grand-père ou qu’il se tape je ne sais qui dans mon dos, ce serait déjà fait. Je ne t’aurais pas rencontré, j’aurais déjà fugué depuis un moment.

Sans laisser le temps à l’homme de lui répondre, Lilith combla rapidement la distance entre eux et posa ses lèvres sur les siennes…

Ce fut des gouttes de pluie qui sortirent Yuri de son rêve éveillé, le poussant à vite rentrer chez lui s’il ne tenait pas à finir tremper. Il ne mit pas longtemps à atteindre son immeuble, pressé qu’il était de se mettre au sec. Arrivé à son studio, il avait balancé dans un coin sa veste et s’était affalé sur son lit.

-§-

Lilith rompit le contact, s’écartant un peu tandis que l’homme aux cheveux blonds portait sa main tremblante à sa bouche.

—Je sais que tu n’es pas heureux d’être ce que tu es, lui dit-elle avant de lui sourire. C’est pour ça que j’aimerai alléger un peu ton fardeau en t’offrant ma compagnie, même si, pour toi, elle ne sera certainement qu’éphémère. Et puis tu es le seul homme que je connaisse qui ne veut pas m’empêcher de vivre.

—Parce que c’est ce que j’aime chez toi, avoua-t-il en prenant sa main entre les siennes. J’aime ton côté rebelle, j’aime t’entendre rire, j’aime t’écouter jouer du piano nuit et jour, j’aime te voir te promener pieds nus, j’aime quand tu ne veux pas suivre les modes, j’aime…

Il fut interrompu dans sa tirade quand Lilith l’embrassa à nouveau, un geste auquel il répondit sans hésiter. Quand il se rompit, il détacha la chaîne autour de son cou et en libéra l’anneau qu’il déposa dans le creux de sa main.

—Ta famille ne va pas être ravie, constata-t-il avec un léger sourire.

—Je ne fais que leur rendre la monnaie de leur pièce, répondit-elle en prenant le bijou avant de le passer au doigt de son amant. Et puis comme ça, je pourrais enfin récupérer tout ce que mon grand-père m’a laissé.

—Ils y seront contraints et si jamais ils refusent, alors j’userai de certains atouts que j’ai dans ma manche.

—Oh ? Tu as donc tant de secrets que cela Flynn ? Moi qui croyais les avoir tous découverts…

A ces mots, il lui sourit, plantant ses yeux bleus dans son regard anthracite, puis il lui baisa amoureusement la main…

-§-

Profondément endormi sur son lit, Yuri n’avait pas réalisé qu’il n’était pas seul dans son studio : quelqu’un l’observait depuis un bon moment déjà et, une fois certain qu’il ne réveillerait pas l’occupant des lieux, était sorti de sa cachette.

Soupirant face au bazar des lieux, Flynn dut se retenir de tout ranger et s’approcha du lit avec précautions, enjambant un tas de vêtements qui auraient bien besoin d’être lavés. Prudemment, il s’assit sur le lit et prit la main gauche du jeune homme dans la sienne. Il posa son annulaire gauche sur celui de son ami… dévoilant un anneau en métal sombre autour de chacun d’eux.

—Ca empire de jour en jour… murmura-t-il avec inquiétude.

Il tenta d’ôter la bague au doigt de Yuri mais à peine eut-il essayé de bouger le bijou que son porteur se mit à gémir dans son sommeil, lui faisant stopper son geste.

—Flynn… souffla l’endormi. Reste…

—… Je ne peux pas te faire cette promesse, dit-il en lui lâchant la main avant de le recouvrir avec la couverture abandonnée au pied du lit.

Avec réticence, il se leva et s’éloigna. Il ne pouvait pas rester plus longtemps car il avait à faire. Octobre était le pire mois de l’année, à la fois à cause de sa charge de travail qui était plus forte et aussi parce que le dernier jour était très éprouvant pour lui au niveau moral.

—Ne meurs pas de nouveau, lui dit Flynn avant de commencer à disparaître dans un nuage de fumée noire. Je ne le supporterai pas cette fois-ci…

 


 

NB : Pas certaine d’avoir réussi à caser les deux thèmes… Vais essayer de faire mieux pour les suivants.

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 Note : Un an et demi que je l’avais pas continuée celle-ci… Merci à Fjeil et Eydol pour leurs commentaires qui m’ont donné envie de reprendre cette fic ! Bonne lecture !

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Tentative 5

Cela faisait plusieurs jours que Yuri était en proie à de multiples interrogations concernant sa relation avec Sodia O’Daly. Ce n’était pas qu’il voulait couper les liens avec elle mais… disons que la manière dont son intérêt pour elle évoluait le laissait perplexe.

Déjà, quand il s’était réveillé à l’auberge de Dahngrest, il avait constaté qu’elle n’était certainement pas très pudique et qu’elle n’avait pas peur de partager sa chambre avec un homme qui n’était pas de sa famille ou son mari – vu qu’elle avait tourné le dos à son statut au sein de la noblesse, cela ne l’étonnait pas qu’elle n’en respecte plus certains codes. Il s’était aussi dit que même si elle était loin d’être une beauté pulpeuse comme Judith ou une jeune fille à la pureté flagrante comme Estelle, elle possédait elle aussi des atouts qui, vu les cicatrices qu’elle possédait, étaient ceux d’une farouche guerrière dont la férocité égalait la valeur de ce qu’elle souhaitait protéger – rien que les évènements de Zaude lui avait prouvé qu’elle avait les capacités pour aller jusqu’au bout et ce, même si elle regretterait amèrement son geste par la suite.

Jusqu’à cette nuit à Aurnion, il considérait qu’elle était une personne en qui il pouvait avoir confiance et cela s’arrêtait là.

Il ne dormait pas au moment où il l’avait entendue commencer à se tourner et à se retourner dans ses draps et il n’y aurait pas prêté plus d’attention si elle ne s’était pas mise à parler dans son sommeil. Il n’avait pas tout saisi mais vu le ton employé pour parler à cette Sarah, ce que Sodia vivait dans ses songes était loin d’être agréable. Yuri venait de se lever quand la jeune femme s’était mise à pousser un cri déchirant, faisant qu’il s’était précipité auprès d’elle pour la réveiller.

Après coup, il avait compris qu’il s’était vraiment inquiété pour elle et il en était à se demander si tous deux ne faisaient pas le même genre de cauchemars vu qu’ils avaient chacun vécu un profond traumatisme psychique à Zaude.

Pendant environ une heure ou deux, ils s’étaient amusés à lire ces demandes de fiançailles pour Flynn et si Yuri avait bien rit, il avait quand même un peu plaint son meilleur ami qui, comme toujours, était un véritable aimant à femmes. Cette lecture s’interrompit quand le jeune homme sentit comme un poids contre son épaule et qu’il s‘aperçut que c’était Sodia qui s’était endormie. Normalement, il se serait contenté de l’allonger lentement pour qu’elle ne se réveille pas mais ses yeux n’avaient pas pu s’empêcher de noter que la boutonnière de la chemise de nuit de la jeune femme s’était ouverte et, étant un homme, il avait instinctivement jeté un œil…

Il était certain qu’elle n’avait pas une poitrine généreuse comme Judith mais il savait à présent qu’à cet endroit précis, Estelle la surpassait, même si c’était de peu. C’était loin d’être une chose le gênant chez une femme – il n’avait jamais vraiment compris cette fascination que certains avaient pour des seins énormes et préférait de loin une fille avec une silhouette harmonieuse. Il remarqua aussi que la rousse avait deux petits grains de beauté au-dessus du sein droit et il se doutait que si elle avait été nue, il en aurait repéré d’autres – une mode venue des nobles était de se dessiner de faux grains de beauté et de cacher les vrais sous une épaisse couche de maquillage, une lubie que Yuri n’avait pas du tout appréciée chez certaines filles avec qui il avait eu une relation se limitant à un simple flirt.

Ce fut quelques jours plus tard qu’il se posa des questions sur sa vie sentimentale… et qu’il réalisa que cela faisait depuis sa chasse à l’aque-blastia qu’il n’avait pas eu la moindre partie de jambes en l’air, étant beaucoup trop occupé avec son travail au sein de la guilde pour dénicher un coup d’un soir qui n’allait pas lui prendre toutes ses économies – bon, il pouvait se permettre d’aller dans un lupanar une fois de temps en temps maintenant qu’il avait un peu d’argent mais c’était moins intéressant que de jouer au jeu de la séduction dans une taverne.

A vingt-deux ans, il avait encore pas mal de temps devant lui pour s’amuser un peu mais il n’était plus intéressé par l’idée de partager son lit avec une inconnue. Il pouvait toujours tenter ce genre d’aventure avec Judith mais il y avait conflit d’intérêt et c’était une amie donc non. Estelle, ce n’était même pas la peine de l’envisager, surtout que Rita et Flynn chercheraient à avoir sa tête rien que pour avoir osé proposer cela. Concernant la magicienne, là aussi il ne fallait pas essayer sauf si finir cramé était l’objectif souhaité.

Et Sodia… De toutes les filles qu’il avait parmi ses connaissances, elle était peut-être celle qui l’intéressait le plus, ce qui était particulièrement troublant car jusqu’à récemment, ils étaient incapables de s’entendre.

Sa réflexion se serait arrêtée là s’il n’avait pas, une nuit, fait un rêve où il était à plat ventre sur un lit, torse nu, les mains attachées au-dessus de sa tête… et la rousse dans une tenue légère qui lui fouettait le dos avec une cravache. Quand il s’était réveillé, Yuri était encore estomaqué par cette vision… puis fut pris d’un rire nerveux à l’instant où il vit que son corps avait apparemment beaucoup apprécié cette vision – une longue, très longue douche froide fut de rigueur.

A présent, le revoilà à Zaphias, d’une part parce qu’il avait une livraison à y faire et d’autre part pour prendre des nouvelles des bas-quartiers ainsi que de ses amis. Il en profita aussi pour récupérer ses vêtements de rechange qu’il avait laissé dans sa chambre à la Comète, essentiellement parce qu’il avait enfin deviné qui était en possession de ses fringues : Ioder en personne, ce sale gosse qui avait des vues sur son cul depuis il ne savait quand et qu’il aurait dû laisser mourir noyé quand il en avait eu l’occasion. Judith avait été gonflée de lui faire ce coup-là et, un jour où il arriverait à lui mettre la main dessus, il trouverait comment lui rendre la monnaie de sa pièce.

Une fois son travail pour Brave Vesperia achevé, Yuri emprunta le passage secret menant au palais et profita que personne ne le voyait pour enfiler cette tenue de chevalier correspondant à la brigade de Leblanc qu’il avait gardée au cas où. Ainsi, une fois arrivé à destination, il évolua dans les couloirs sans attirer l’attention et put se rendre au bureau du Commandant sans être reconnu.

« J’ai une réunion importante dans quelques minutes donc faites vite. » avait déclaré Flynn, le nez plongé dans la paperasse.

« Trop occupé à répondre à tes prétendantes pour dire bonjour ? »

A cette phrase, son meilleur ami leva brusquement les yeux vers lui et, après quelques secondes de flottement, un soupir agacé se fit entendre tandis que l’épéiste ôtait le casque qu’il portait.

« Yuri… » grogna le chevalier en se levant de son bureau. « Où est-ce que tu as eu cette tenue ? »

« J’avais le choix entre ça et le costume de soubrette de Judy. » répondit l’intéressé en s’éventant avec sa main. « Et j’avais oublié à quel point il faisait chaud là-dedans… »

Flynn se contenta de lever les yeux au ciel, signe qu’il n’avait pas de temps à lui accorder pour leurs chamailleries habituelles, et il lui emboîta le pas quand celui-ci sortit de la pièce, certainement pour se rendre à cette réunion qu’il avait évoquée au début. Par contre, Yuri ne put s’empêcher de noter qu’il manquait quelqu’un…

« Tu as perdu ton chien de garde ? » demanda l’épéiste qui trouvait curieux que Sodia ne soit pas dans les parages.

« Elle avait une affaire personnelle à régler. » répondit le chevalier avec un léger froncement de sourcils, signe qu’il était soucieux. « A part ça, comment ça se passe pour Brave Vesperia ? »

L’échange de nouvelles et de banalités fut assez rapide étant donné que leur dernière entrevue datait d’une quinzaine de jours et que rien de très important n’était arrivé durant ce laps de temps. Par contre, Yuri trouvait curieux que Flynn n’ait pas tiqué sur le fait qu’il se soit d’abord intéressé à la rousse… Lui cachait-il quelque chose la concernant ou bien était-ce autre chose ?

« Dis-moi, il y a un truc qui me dérange mais je ne sais pas si je peux t’en parler. » déclara le garçon des rues en repensant à cette nuit à Aurnion.

« Décide-toi vite car je n’ai plus qu’une minute à t’accorder. » le prévint le Commandant en s’arrêtant près d’une armure ornementale.

« Par rapport à Sodia, qui est Sarah ? »

Cette question prenait visiblement le chevalier au dépourvu qui, après avoir vérifié que personne n’était près d’eux, lui fit signe de se rapprocher.

« Comment es-tu au courant ? » demanda Flynn en baissant la voix. « C’est impossible qu’elle t’en ait parlé. »

« Disons qu’à Aurnion, j’ai partagé sa chambre avec elle et qu’elle a marmonné ce prénom dans son sommeil. » répondit Yuri de la même manière, notant que si son meilleur ami n’était manifestement pas ravi d’entendre parler de cette Sarah, il n’avait fait aucune remarque sur le fait qu’il ait dormi dans la même pièce qu’une femme. Bizarre ça…

« Sarah Devon est la sœur aînée de Sodia ainsi que la femme du Baron Devon qui était un proche de Cumore. Pour avoir déjà eu affaire à Lady Devon, je peux t’assurer qu’elle est tout le contraire de sa cadette. »

De bonnes chances donc que cette femme et son mari incarnaient tout ce qu’il détestait chez la noblesse. Pas étonnant que la seule rousse qu’il appréciait fasse des cauchemars…

« Et je présume que la fameuse affaire personnelle est une histoire de famille. » fit le garçon des rues en grinçant des dents, n’ayant pas besoin de plus d’éléments pour savoir que c’était cela qui inquiétait tant Flynn. « Je vais voir si je lui mets la main dessus. »

« Tu n’y es pas obligé. » lui rétorqua son meilleur ami bien qu’il cachait difficilement son soulagement.

« Tu as du travail et moi j’ai fini le mien. En prime, vaut mieux qu’elle se défoule sur moi que sur quelqu’un d’autre. »

Après une légère hésitation, le Commandant lui fit un signe de tête et se rendit à sa réunion tandis que l’épéiste, après avoir remit correctement son déguisement, partit en quête de Sodia.

Il avait d’abord commencé par interroger quelques chevaliers en prétendant qu’il avait une missive urgente pour la jeune femme et leurs témoignages lui avait tous indiqué qu’elle avait quitté le palais il y avait peu. Une fois qu’il eut l’adresse du manoir du Baron Devon, Yuri repassa par le passage secret pour remettre ses vêtements habituels avant de sortir dans le quartier noble et de commencer à chercher le lieu voulu.

Comme toujours, la majorité des habitants de ce quartier le regardait de haut ou bien parlait dans son dos – contrairement à ce que cet homme qui empestait le parfum était en train de raconter à cette femme aux joues trop fardées, il se lavait bien plus souvent que certaines personnes qui masquaient leur odeur corporelle sous un flacon entier d’eau de Cologne – mais il avait mieux à faire que de se soucier d’eux.

Ses yeux cherchaient la demeure des Devon quand il entendit des éclats de voix quelques mètres plus loin. Deux femmes se disputaient puis un grand bruit retentit, comme si l’on avait renversé quelque chose avec un coup de pied. Quelques secondes plus tard, il repéra Sodia qui s’éloignait d’un pas rapide d’un manoir. Vu la manière dont elle serrait ses poings et le regard noir qu’elle avait, cette réunion de famille s’était très mal passée…

Il s’apprêtait à la rejoindre quand un homme d’une quarantaine d’années – à son accoutrement, c’était clairement un noble – la rattrapa et essaya de la calmer… en vain vu que quand il lui toucha le bras, la jeune femme s’écarta d’un pas et le gifla avec force.

« Je ne vous permets pas ! » s’exclama la rousse avec rage. « Jamais je ne donnerai mon accord pour cette mascarade ! »

Puis elle s’en alla, passant à coté de Yuri sans le voir.

L’épéiste hésita un peu sur quoi faire mais en voyant le noble qui envisageait visiblement de rattraper la jeune femme, il le stoppa en lui faisant un croche-pied, faisant tomber celui-ci sur le sol de tout son long avant de faire demi-tour en marchant sur la main de l’individu… puis en accélérant le pas quand il nota que des chevaliers l’avait vu faire et qu’il risquait fort de devoir rendre des comptes à Flynn plus tôt que prévu s’il ne leur faussait pas très vite compagnie.

Après avoir réussi in extremis à se réfugier dans le passage secret, il s’était de nouveau changé pour à nouveau se faire passer pour un chevalier impérial. Il avait caché ses vêtements dans une sacoche et était retourné au palais pour essayer de savoir où avait pu passer Sodia. Il découvrit vite qu’elle n’était pas revenue et, utilisant le prétexte de la missive urgente, il partit à sa recherche dans les rues de la capitale impériale – il eut beaucoup de mal à ne pas rire quand il croisa ceux qui étaient à sa recherche et que ceux-ci étaient venus lui demander s’il n’avait pas vu un individu suspect aux longs cheveux noirs.

Après une bonne demi-heure de recherches, il avait fini par la trouver dans un lieu où il n’aurait jamais pensé la voir : la taverne de la Comète, plus précisément la table du fond qui était celle où se mettaient ceux qui voulaient avoir la paix. Vu la bouteille qu’elle avait en face d’elle, elle ne comptait pas retourner à son poste avant un bon moment…

« Laissez-moi seule. » grommela-t-elle en se versant un verre de ce qui ressemblait fort au cidre un peu trop acide que l’on trouvait ici. « Et puis qu’est-ce que vous faites là au juste ? »

« C’est plutôt moi qui devrais poser cette question. »

En l’entendant, Sodia se mit à le fixer avec de grands yeux avant de lâcher un soupir agacé.

« Qu’est-ce que tu fiches dans cette tenue Lowell ? » demanda-t-elle en se pinçant l’arête du nez.

« Longue histoire. Et toi, que fais-tu ici ? » répliqua-t-il du tac au tac.

« Même chose. »

Elle allait probablement ajouter quelque chose quand deux chevaliers impériaux entrèrent dans la taverne. En les entendant prononcer son nom, Yuri se doutait fortement du pourquoi on le cherchait et s’avéra plutôt heureux de son déguisement… du moins, jusqu’à ce qu’il se souvienne avec qui il était en train de parler.

La lieutenant avait eu l’air très tentée de le dénoncer mais, après avoir demandé ce que l’on pouvait bien lui reprocher cette fois-ci, elle ne vendit pas la mèche et invita les deux chevaliers à aller voir ailleurs car ils la dérangeaient. Elle lui fit ensuite signe de s’asseoir, ce qu’il fit après que les deux chevaliers soient partis tout en ôtant ce casque sous lequel il crevait de chaud.

« Je ne pense pas que mon beau-frère sache que tu es ami avec le Commandant mais s’il l’apprend… » commença Sodia en grimaçant. « Si je pouvais trouver quelque chose pour le discréditer publiquement… »

« Ce type est une telle enflure ? » questionna Yuri, se demandant s’il n’avait pas été trop gentil avec l’individu.

Il y eut un silence avant que la jeune femme ne se rapproche de lui tout en jetant des coups d’œil sur toutes les personnes présentes.

« Il y a un endroit où ce serait possible de parler sans oreilles indiscrètes ? » demanda-t-elle, méfiante.

Bien que l’épéiste avait confiance en ceux des bas-quartiers, il n’était pas impossible que l’un d’eux soit à l’affût d’un ragot quelconque à monnayer – il avait d’ailleurs un doute sur l’ivrogne accoudé au bar et qui semblait plus frais qu’il ne le laissait paraître.

Yuri fit donc signe à Sodia de le suivre dans la chambre qu’il louait toujours à l’étage – il embarqua au passage deux gobelets et la bouteille de cidre. Une fois à l’intérieur, il ferma la porte à clé puis ôta quelques pièces de cette fichue armure avant de s’installer près de la fenêtre.

« Désolé pour le bazar mais j’avais pas prévu de recevoir. » déclara-t-il tandis que la jeune femme s’asseyait sur son lit.

« Ce n’est rien. » dit-elle en attardant un peu son regard sur les épées accrochées au mur. « L’espace est plutôt bien optimisé en tout cas. »

Il posa ce qu’il avait en main sur la table puis remplit les deux gobelets avant d’en tendre un à la jeune femme. Il prit ensuite l’autre avant de s’asseoir à côté d’elle, laissant environ trente centimètres entre eux, et attendit patiemment en buvant une gorgée de cidre…

« Ils veulent que je leur fasse un gosse. »

Yuri faillit recracher ce qu’il avait en bouche en entendant ces mots. Finalement, il aurait peut-être dû aussi s’essuyer les pieds sur ce type…

« C’est quoi cette histoire ? » demanda-t-il après avoir posé son gobelet sur la table, jugeant cela plus prudent. « Une nouvelle mode stupide ? »

« Je dirais plutôt ma sœur qui ne veut pas perdre la face. » répondit Sodia en grognant. « Cela fait plutôt mauvais effet pour elle de ne toujours pas avoir eu d’enfant et comme elle et son mari sont plutôt du genre à ne pas aimer utiliser une domestique aux origines incertaines comme poule pondeuse, c’est moi qui les intéresse. »

Après ces mots, la rousse avala le contenu de son verre d’un trait puis utilisa des mots bien fleuris pour décrire sa sœur et son beau-frère – l’épéiste constata à quel point son vocabulaire était riche dans ce domaine et que, jusqu’ici, il n’en avait entendu qu’une petite fraction, signe qu’elle ne devait probablement pas le détester autant qu’il se l’était imaginé.

« En gros, l’idée était que tu te fasses engrosser par l’autre abruti que j’ai croisé. » grimaça Yuri dont l’opinion sur la noblesse ne s’arrangeait pas. « Très sympathique… T’en a d’autres des comme ça ou bien je peux espérer boire mon verre sans risquer de m’étrangler ? »

Sodia eut un léger rire amusé, signe qu’elle était déjà de meilleure humeur.

« Et tu comptes faire comment pour échapper à la prison cette fois-ci ? » demanda-t-elle avec un sourire en coin avant de le regarder de bas en haut. « Ce déguisement ne va pas marcher longtemps et le Commandant sait où te trouver. »

L’épéiste était effectivement un peu embêté, surtout que Flynn savait très bien quelle était sa couverture donc compliqué de lui échapper sur ce coup…

« En panne d’idées ? » questionna la rousse avec un sourcil haussé.

« Ouais… » admit-il en se grattant l’arrière du crâne. « A part quitter la ville, j’suis un peu coincé. »

« Alors je peux peut-être arranger ça… »

En voyant ce rictus moqueur qu’elle avait sur les lèvres, Yuri sentait d’avance que cette option n’allait pas forcément beaucoup lui plaire…

-§-

Quand il était venu aux oreilles de Flynn que Yuri avait encore dépassé les bornes, il avait soupiré de dépit avant de se mettre lui-même à sa recherche en fouillant ses cachettes habituelles. Au final, à la nuit tombée, il ne l’avait pas trouvé et tout semblait indiquer qu’il avait quitté Zaphias avant de se faire prendre – même si le chevalier n’appréciait pas le baron Devon, il était bien obligé de prendre sa plainte en considération vu le nombre de témoins de la scène et son cher meilleur ami ne pourrait pas échapper éternellement à la justice.

Il se rendait à ses appartements quand il nota de la lumière sous la porte de Sodia… et des ricanements.

Intrigué, Flynn colla discrètement son oreille contre la porte… et reconnut la voix de Yuri qui grognait après la rousse – de ce qu’il comprenait, elle avait réussi à le convaincre de se déguiser en femme pour ne pas se faire prendre et pouvoir discrètement quitter la ville le lendemain.

Le Commandant se pinça l’arête du nez en se disant qu’il allait devoir se lever plus tôt afin d’empêcher son ami d’enfance de se faire la malle. Encore une journée chargée en perspective…

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NB : … et le lendemain, Yuri gagna deux nuits gratuites en cellule, petit-déjeuner compris dans la formule. 

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Bon sang... J'ai fais une suite... Bon ben bonne lecture !


Lors d’une soirée où ils avaient été invités par un de leurs clients réguliers, Yuri avait fait l’effort de s’habiller un peu mieux que d’habitude et Judith avait sortie sa longue robe noire qui ne laissait pas beaucoup de place à l’imagination.

Ce qui n’était pas prévu, c’était que l’hôte de la soirée était quelque paranoïaque et faisait fouiller tous ses invités par ses gardes. Lorsqu’était venu leur tour, l’épéiste avait grimacé quand on lui avait dit de poser son épée au vestiaire mais il avait noté le regard lubrique d’un des hommes envers sa camarade. Quand le dit garde pervers avait déclaré qu’il devait fouiller la krytienne pour s’assurer qu’elle ne cachait rien sous ses vêtements, celle-ci lui avait fait un grand sourire et, en un geste… avait ôté sa robe qui tomba à ses pieds, la montrant nue aux yeux de tous ceux qui étaient présents.

Alors que les gardes étaient figés par cette vision et avaient eu largement le temps de constater que Judith ne portait pas de culotte, Yuri leur avait calmement demandé s’ils pouvaient enfin y aller.

Dans la catégorie « accidents scientifiques », Rita en avait un certain nombre à son actif dont quelques-uns qu’elle gardait planqués dans un coin au cas où un jour elle voudrait revenir dessus.

Seulement, elle constata assez vite qu’elle aurait mieux fait de ne pas garder cette information pour elle seule le jour où Witcher débarqua chez elle et qu’il lui emprunta quelques fioles pour une expérience au palais.

Autant dire que quand Rita réalisa enfin ce qu’il avait pris, c’était déjà trop tard : elle ne savait comment, un des dits-ratés avait fini ses jours dans les cuisines du palais impérial et avait très certainement été utilisé pour faire un plat.

En ayant plus qu’assez des rapports tendus entre Yuri et Sodia, Flynn avait décidé de les forcer à en parler en jouant les médiateurs autour d’un repas qu’il avait fait lui-même. Bien qu’ils aient tenté de se défiler en réalisant pourquoi il leur avait été demandé de venir dans les appartements du Commandant, ils avaient fini par accepter de faire un effort et d’au moins goûter le contenu de leurs assiettes.

Sans trop savoir comment cela avait pu se finir ainsi, Flynn se réveilla le lendemain matin complètement nu dans sa chambre… avec Yuri et Sodia dans son lit qui étaient dans la même tenue. Si son meilleur ami se plaignait d’avoir mal partout, la rousse avait l’air épuisée et quelque peu euphorique.

Bien que la soirée ne se soit pas passée comme envisagé, il avait obtenu des résultats plutôt encourageants…

Pour le premier anniversaire de l’empereur Ioder Argylos Heurassein, un bal masqué avait été organisé. Excepté les chevaliers, tous les invités portaient un masque, un moyen subtil pour forcer des personnes de rangs et d’origines différentes à interagir entre elles.

L’empereur lui-même s’était prêté au jeu et il avait bien profité de la situation. Pour lui, cette soirée avait été un vrai succès.

—Mais puisque je te dis que c’est surement lui qui a fait le coup !

—Impossible. Quelqu’un de son rang ne se permettrait pas ce genre de comportement.

Yuri grinça des dents face à l’obstination de Flynn qui refusait d’entendre ses arguments concernant l’identité du petit malin qui avait profité du bal masqué pour mettre discrètement la main aux fesses d’une dizaine de demoiselles et d’un homme… qui n’était autre que l’épéiste, forcé d’assister à l’évènement pour faire plaisir à Estelle.

Ce qui agaçait le plus Yuri dans cette histoire, c’était que le pervers de la soirée était revenu trois fois à la charge avec lui et qu’il avait bien reconnu la tignasse blonde ainsi que le grand sourire d’Ioder quand il l’avait pris la main dans le sac.

Il nota dans un coin de sa tête de se méfier de ce gosse à l’avenir.

Un jour, Raven avait fait une partie de poker contre Kaufman où chacun misait de l’argent. Manque de chance, il s’était fait assez vite plumé, facilement déconcentré par le décolleté de son adversaire. N’ayant plus de quoi parier, il avait accepté sans réfléchir un travail proposé par la dirigeante du Marché de la Fortune.

Ce fut ainsi que Raven fut contraint, pendant toute une journée, de se balader dans les rues de Dahngrest dans un costume de poulet afin de promouvoir un nouveau produit commercialisé par la guilde de Kaufman.

Autant dire que pour draguer, ce n’était pas pratique du tout…

Lors d’une visite dans les locaux de Brave Vesperia, Flynn avait pu constater à quel point Karol était bien organisé au niveau des comptes de la guilde. Son cadet était un excellent comptable, ce qui était plutôt un atout pour un chef, mais il peinait un peu sur le côté administratif.

Le Commandant lui avait donc fournit quelques conseils pour bien classer ses documents afin de s’y retrouver facilement puis donné quelques pistes sur comment investir leurs économies afin de développer au mieux Brave Vesperia.

Autant dire que Flynn était très fier de Karol.

Face au nombre de plus en plus élevés de requêtes, Brave Vesperia avait dû se décider à recruter de nouveaux membres permanents au lieu de compenser avec leurs amis – Raven avait déjà assez de travail, Patty aussi, Estelle ne pouvait pas sans arrêt venir les aider et Rita coûtait trop cher en indemnisations quand elle se mettait en colère.

Ils avaient reçu pas mal de monde… dont quelques cas – celui qui remportait la palme était celui qui avait exigé d’avoir tous ses week-end, les jours fériés et les vacances scolaires.

Finalement, ils allaient continuer comme avant…

Dans la catégorie « job bizarre », le dernier en date de Yuri avait été à Hyponia où il avait dû collaborer avec Sodia, essentiellement parce qu’autrement, il était seul pour se battre contre des monstres réputés costauds à cette période de l’année et aussi parce que le client de Brave Vesperia était un noble d’Heliord.

Autant dire qu’autant l’un que l’autre n’avait pas été spécialement enchanté de devoir se balader dans la forêt d’Egothor afin de ramener… un représentant d’une race de canards qui ne vivait que dans cette partie de Terca Lumireis.

Tous deux se demandait encore comment il était possible pour quelqu’un de collectionner des canards, vivants qui plus est.

Dès qu’elle avait du temps libre, Patty l’utilisait pour cuisiner de délicieux plats qui faisaient saliver d’envie n’importe qui pouvait en sentir l’alléchante odeur ou en voir la couleur.

La Saint-Valentin approchant, elle avait préparé une grosse boîte de biscuits faits avec amour et qu’elle avait, au préalable, trempés dans un philtre d’amour que Rita avait préparé par erreur pour les envoyer à celui qui détenait son petit cœur de pirate depuis pas mal de temps à présent.

Sauf que cinq jours après son envoi, celui-ci lui fut retourné pour cause de « refus du destinataire», faisant qu’elle devrait se résoudre à recourir à une autre méthode…

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Durant une vilaine affaire de contrebande à Capua-Nor, Flynn avait dû instaurer un poste de douane le temps de pouvoir stopper l’entrée de tout élément douteux au sein de l’Empire. Tout le monde était contrôlé, y compris Brave Vesperia qui n’avait eu droit à aucun traitement de faveur.

Rita avait râlé un bon moment après s’être faite confisqué bon nombre de produits dangereux qu’elle comptait utiliser pour ses expériences. Après un long interrogatoire qui, sans Estelle, aurait vite mal tourné, elle avait pu récupérer ses biens et s’était juré de ne plus passer par là avant un bon moment…

Certains gardes avaient été fortement tentés de fouiller plusieurs fois Judith de fond en comble mais celle-ci leur en avait vite fait passé l’envie, surtout lorsqu’elle leur avait ajouté avec le sourire que leur Commandant serait certainement enchanté d’apprendre à quel point ses douaniers pouvaient être zélés.

Raven avait tenté de passer en usant de son bagou mais manque de chance pour lui, Sodia était présente ce jour-là et l’avait contraint à déclarer toutes les bouteilles d’alcool qu’il avait cachées sur lui ainsi que dans le sac de Karol pendant que celui-ci avait le dos tourné.

Quant à Yuri, il avait tenté d’éviter le poste de douane, sachant pertinemment que les deux nigauds étaient de service et qu’ils risquaient de ne pas le rater… sauf que Flynn était lui aussi dans le coin et qu’il l’avait attrapé à l’instant même où il avait essayé d’escaler un mur. Du coup, son meilleur ami lui avait fait passer un sale quart d’heure et lui avait offert une nuit en cellule le temps de vérifier que rien de louche ne s’était glissé dans ses affaires.

Au bout d’une semaine, tout le réseau de contrebandiers avait enfin été démantelé et ce, avec l’aide des membres de la guilde Brave Vesperia qui étaient très motivés pour mettre fin à leurs crimes.

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Durant cette affaire de contrebande, Patty avait bien entendue été contrôlée mais comme elle avait pu planquer tout ce qui risquait de la faire arrêter, elle avait pu passer après avoir déclaré quelques marchandises. Elle avait ensuite déposé un colis à la poste locale pour Zaphias et était ensuite repartie, n’ayant plus rien d’autre à faire dans les parages.

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Quand cette histoire de douanes à Capua Nor fut enfin finie, Yuri fut contraint d’accompagner Flynn à Zaphias pour finir le reste de sa peine via des travaux d’intérêts généraux. Lorsque l’épéiste rentra chez lui, il trouva un énorme colis dans sa chambre qu’il trouva immédiatement suspect.

Après inspection à une distance raisonnable, il avait jugé préférable de le faire renvoyer à son expéditeur.

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S’il y avait bien un détail qui permettait à quiconque de reconnaître Duke Pantarei, c’était sa longue chevelure d’un blanc éclatant, aisément repérable.

Cependant, certains ignoraient que, quand il était plus jeune, Duke avait été victime d’une vilaine plaisanterie : quelqu’un avait mis un colorant vert dans son shampooing, faisant qu’il avait eu les cheveux de cette couleur pendant un bon moment et avait subit bien des moqueries…

C’était probablement en partie à cause de cela qu’il préférait de loin être seul.

— — — — —

Lors d’un passage à Zaphias, Flynn avait insisté auprès de Yuri pour qu’il prenne une boîte de gâteaux. L’épéiste, très suspicieux, avait demandé à Sodia qui les avait fait, craignant que ce soit son meilleur ami mais quand elle lui dit qu’elle l’ignorait, il estima qu’ils n’étaient donc pas empoisonnés. Seulement, mieux valait deux précautions qu’une seule…

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Quand Patty se rendit à Zaphias pour savourer la réussite de son plan, elle avait déjà presque tout planifié dans sa tête pour le moment où elle retrouverait son cher et tendre Yuri… mais elle n’avait pas envisagé que celui-ci avait encore une fois déjoué son stratagème en donnant les gâteaux à manger à Adeccor et Bocos qui se mirent tous deux à lui compter fleurette sans qu’elle ne l’ait demandé.

Patty supplia donc Rita de fabriquer un antidote puis elle repartit très vite sur son bateau mettre au point une nouvelle tactique pour séduire celui qu’elle considérait comme l’homme de sa vie.


NB : J'ignore si je tenterai une autre suite mais au moins, j'ai bien exploité Patty pour une fois. 
kaleiyahitsumei: (Default)
 Notes : Pour le passage au chant, les paroles correspondent à la chanson « Veil of Elysium » de Kamelot, plus précisément à sa version acoustique (il n'y a pas de guitare électrique dans cette fic donc je prends les versions acoustiques quand elles existent).

Playlist :

Emmanuel Moire – Etre à la hauteur

Sofia Essaidi – Tout sera stratagème

Kamelot – Veil of Elysium (acoustic)

Halestorm – Familiar taste of poison

Battle Beast – Familiar Hell


Partie 4

Illuminée par des torches et par les derniers rayons du soleil, la salle de banquet du palais royal était grandiose. Avec son sol de marbre blanc, ses colonnes sur lesquelles étaient gravées des scènes de la vie quotidienne et son plafond où était peint un ciel azuré, cette pièce était une des plus belles qu'il était possible de voir. Concernant son ameublement, il était sobre, se limitant aux tables en bois laqué dont le bord était plaqué or et aux sièges fait de bois d'ébène venu tout droit de Séléné avec des coussins colorés sur lesquels s'asseyaient les convives – seul le roi avait un fauteuil avec un haut dossier dont les bras étaient plaqués or et qui lui permettait de clairement se démarquer par rapport à ses invités.

Cependant, lorsque cette salle était remplie et ses tables richement garnies de mets divers et variées, ce bel endroit était à la fois celui où toute personne de la haute société souhaitait ardemment se trouver mais aussi celui qui pouvait donner mal au crâne à n'importe quel Nyx qui était assis sur l'un de ces sièges.

Yuri avait l'habitude d'occulter les manigances et faux-semblants au sein du harem pour s'éviter des migraines face à tous les mensonges qu'il percevait mais pour faire cela, il fallait qu'il soit en pleine possession de ses moyens. Or, l'idéal pour lui aurait été d'être en bout de table ou juste à côté du roi mais la présence de notables et des autres favoris le contraignait à être placé face à Orpin et Narcisse et à côté d'un noble qui s'était bien trop parfumé – il ne détestait pas les odeurs fleuries mais celle-ci était bien trop entêtante à son goût. Normalement, Lucrèce devrait être assis à sa gauche mais il n'était toujours pas arrivé, ce qui signifiait qu'il n'aurait personne pour faire la conversation à sa place si nécessaire.

Heureusement, un divertissement était offert aux invités : des jongleurs, des joueurs de luth et des cracheurs de feu animaient la soirée, de quoi occuper ceux qui ne s'intéressaient pas aux affaires du royaume. De plus, il savait que, debout derrière lui, il y avait Flynn, très certainement droit comme un i et qui allait garder les deux yeux sur lui.

Cependant, un détail avait attiré son attention lors de son arrivée : le nombre de gardes qui était plus élevé qu'auparavant. Même s'il n'évoluait pas librement hors du harem, il avait déjà été assez souvent dans ce genre de mondanités pour savoir que cela était inhabituel. Peut-être y avait-il une crainte d'une tentative d'assassinat sur le roi d'Hélios…

« Dites-moi, que pensez-vous des… » commença son voisin de droite sur un ton un peu trop doucereux à son goût.

« Rien du tout. » coupa abruptement le favori avant de boire une gorgée de sa coupe de vin.

Officiellement, cette boisson venait de Séléné mais il reconnaissait le goût du vin blanc légèrement sucré et fruité produit dans les Terres des Nyx – il suspectait que le roi Thar le faisait importer à Aurum uniquement pour lui car excepté Raven, personne ne s'en était fait servir. Seulement, comme il ne souhaitait absolument pas être pris dans ces toiles de mensonges, il préférait encore obscurcir ses sens plutôt que de supporter consciemment les manières de la haute société – certes, il aurait pu prendre de la bière mais il avait toujours détesté la saveur de cette boisson.

Côté nourriture, il avait jeté son dévolu sur le canard à l'orange, un plat assez populaire sur les côtes de la mer Azurée où les agrumes poussaient en grand nombre. Il aurait volontiers opté pour des gâteaux aux dattes si ceux-ci n'avaient pas déjà été monopolisés par Orpin qui était connu pour en raffoler. Heureusement, pour ce qui était des desserts, il avait encore pas mal de choix – dans tous les cas, il bouderait ceux aux figues, même ceux où elles étaient noyées dans du miel – mais avant de s'attaquer à du sucré, il hésitait entre accompagner sa viande de lentilles ou de fèves – à Némésis, il n'aurait jamais pu avoir un tel choix de plats à cause des conflits réguliers mais il lui arrivait de regretter les truites fraichement pêchées du Lymna ou encore les lapins accompagnés de carottes et de pommes de terre.

Yuri regarda rapidement les convives, remarquant quelque chose d'un peu curieux concernant l'ambiance des lieux. S'il ne voyait rien d'inhabituel du côté des invités et des autres favoris – Narcisse avait toujours adoré les commérages et ce genre d'occasion était parfaite pour en apprendre de nouveaux –, il trouvait le roi ainsi que le capitaine de la garde plutôt tendus tandis que Garista semblait contrarié. Le maître des lieux, comme à chaque apparition publique, portait un Némès aux rayures horizontales jaunes et bleu roi qui masquait intégralement sa chevelure. S'il était vêtu d'une simple toge blanche à manches longues faite avec le lin le plus précieux qui soit, celle-ci était accessoirisée d'une ceinture épaisse composée des multiples perles bleues, turquoises et ocres ainsi que d'un collier plastron composé des mêmes perles colorées mais comportant un soleil en or en son centre.

Les yeux mordorés du souverain croisèrent les siens avant de se poser sur la place vide de Lucrèce avec un léger mécontentement… ou peut-être même de la suspicion – les sens du Nyx étaient un peu perturbés par le peu d'alcool qu'il avait bu et tout ce qui l'entourait donc il avait un peu de mal à décrypter cette expression qui n'avait duré qu'à peine deux secondes. Il le vit se pencher vers le soldat à sa droite et lui murmurer quelque chose à l'oreille.

Pour une raison ou pour une autre, il sentait qu'il n'allait pas tarder à quitter sa place.

Le favori s'intéressa à sa coupe en or gravée de motif fleuris et la tourna légèrement entre ses doigts avant de prendre une nouvelle gorgée de vin blanc. Ayant eu une sensation bizarre à sa lèvre inférieure, il examina plus attentivement le rebord de cet objet, notant qu'il avait un défaut : d'une manière ou d'autre autre, le métal avait été abîmé sur une petite zone, si bien que seul un examen approfondi ou, comme à l'instant, un contact sur cette partie bien précise permettait de savoir qu'elle était légèrement ébréchée.

Le notable à sa droite allait tenter à nouveau d'engager la conversation avec lui quand Raven vint se placer entre eux avec une mine grave, ce qui convainquit le noble de changer d'idée.

« Son Altesse veut te parler maintenant. » lui déclara le soldat à voix basse avant de s'écarter.

Bingo… Yuri se retint de soupirer de soulagement car il doutait fort d'obtenir la place du vieux jusqu'à la fin du banquet et qui lui aurait permis d'avoir une paix royale – par le passé, il n'avait été assis à côté du roi que lors de deux occasions similaires mais dans les deux cas, Garista était absent faisant que, dans ces cas-là, son siège était offert à un membre du harem qui était soit un favori, soit un nouveau venu au harem qui avait plu au souverain.

Le Nyx posa sa coupe de vin puis se leva et jeta un coup d'œil rapide à Flynn, remarquant ainsi que le capitaine de la garde s'était placé à côté de celui-ci et qu'il avait engagé la conversation – cela n'avait rien d'anormal en soit entre un soldat et son supérieur. Sous les regards de quelques curieux, le favori rejoignit la place vacante à droite du roi Thar et s'y assit en croisant les jambes, dévoilant en partie l'une d'elle quand le lin noir et fin glissa contre sa peau claire. A peine deux secondes plus tard, le souverain était penché vers lui et avait posé une main chaude sur sa cuisse.

« Tu portes toujours cette couleur à merveille. » lui susurra le dirigeant d'Hélios en glissant ses doigts jusqu'aux deux pans de tissus qui s'étaient séparés en haut de son genou. « Si nous étions seuls, cet habit serait déjà plus ouvert que maintenant. »

« Et moi qui vous croyais capable de me baiser devant un large public. » répliqua Yuri à voix basse pour que seul son interlocuteur l'entende. « Je suis déçu. J'avais bu du vin exprès pour m'y préparer ! »

« Je préfères un bien plus petit comité pour admirer le spectacle mais trêve de plaisanteries. »

Le roi Thar enleva sa main de sa cuisse pour la placer derrière sa nuque. Il sentit les doigts du souverain se refermer sur son cou, prêts à écraser sa gorge si nécessaire, ainsi que le contact du métal sur sa peau, là où le maître des lieux portait ses bagues.

« Qu'est-ce que c'est que cela ? » demanda le roi en le forçant à regarder en direction de l'endroit où se tenaient Flynn et Raven. « C'est un nouveau jeu que de faire porter un masque à ton garde ? »

« J'ai naïvement pensé que vous feriez un bal masqué ce soir. » répondit le Nyx qui ne comptait pas dévoiler la vraie raison de ce petit manège. « Il semblerait que je me sois trompé. »

Un petit soupir agacé lui indiqua que le maître des lieux n'était pas satisfait de ce qu'il venait d'entendre mais il n'avait eu aucune autre réaction. Puis le jeune homme eut la tête tourné vers le siège vide, probablement la vraie raison de son geste.

« Où est Lucrèce ? » questionna le souverain sur un ton beaucoup moins agréable.

« Je ne suis pas sa nounou. » répliqua Yuri avant de sentir les doigts du roi appuyer brièvement sur sa gorge, lui faisant comprendre que le temps des sarcasmes était passé. « Je ne l'ai pas croisé en partant. »

Du coin de l'œil, le favori apercevait Flynn qui avait serré les dents et à côté de lui, Raven qui, certainement, lui avait conseillé de se tenir à carreau vu que le soldat se forçait à regarder devant lui.

« Autre chose votre Altesse ? » demanda le Nyx en tournant son visage vers celui du souverain, plantant ses yeux anthracite dans ceux mordorés.

« Oui, mais pas ici. » répondit sèchement le roi Thar. « Nous en discuterons dans un autre lieu quand cela sera possible. Et tu es prié d'amener ton garde du corps avec toi que je vois ce que tu caches exactement… »

« Rassurez-vous, je ne couche pas avec lui. »

La pression des doigts sur sa gorge s'accentua, signe qu'il avait, sans surprise réelle, réveillé la part de jalousie et de possessivité du souverain. Il aurait pu se passer de le provoquer ainsi, surtout en public, mais il n'avait pas pu s'en empêcher, à croire qu'il avait des pulsions suicidaires cachées pour allumer une flamme de colère dans ces yeux aux teintes dorées.

Lorsqu'un serviteur vint pour remplir la coupe du maître des lieux, ce dernier lâcha enfin le favori mais continua de le fixer avec intensité, laissant pleinement le temps au Nyx de déceler quelques détails et micros-expressions : un léger froncement de sourcils, des signes de fatigues dissimulés avec les talents d'un bon maquilleur, le mouvement des iris…

Manifestement, quelqu'un avait des soucis en ce moment…

« Courte nuit ? » fit Yuri avec un léger sourire, cherchant à détendre un peu l'atmosphère en réalisant qu'il ne percevait pas beaucoup de sons provenant du banquet. « Vous devriez essayer la camomille… »

« Ça ne m'a jamais vraiment réussi. » répliqua le roi Thar, un peu plus calme à présent. « Cependant, je ne serai pas contre une berceuse… »

La main chaude du souverain vint chercher la sienne puis l'amena à ses lèvres afin d'y déposer un bref baiser accompagné d'un regard où luisait une étincelle de défi.

« Depuis quand ne t'ai-je pas entendu faire résonner ta voix à mes oreilles ? » questionna le maître des lieux avec envie.

« A peine quelques secondes ? » répondit le favori avec ironie. « Si vous voulez que je joue les pipelettes... »

« Je pensais plutôt à une chanson. »

Exactement ce que redoutait le Nyx. Certes, il savait chanter mais il n'avait que peu de chansons à son répertoire et le souci était qu'elles venaient toutes de son pays d'origine – certaines étaient aussi connues à Séléné sauf qu'à Hélios, il était probable que celles-ci ne soient pas au goût de ce public…

« Vous savez très bien que je n'en connais aucune de ce pays. » déclara Yuri à voix basse. « Qui plus est, rien ne me dit que vos musiciens pourront m'accompagner s'ils n'en connaissent pas la mélodie. »

« Cela sera aisé à vérifier. » répliqua le souverain avant de faire signe aux deux joueurs de luth.

Intrigués, les convives stoppèrent leurs conversations, suivant du regard les deux musiciens qui vinrent s'agenouiller près de leur roi tandis que le favori observa plus attentivement ces artistes : si le premier était assurément un hélien d'une trentaine d'années dont la peau avait enduré pendant longtemps la puissance des rayons du soleil, le second semblait plus jeune mais il était difficile de déterminer son âge exact à cause du turban qui couvrait sa tête et du foulard qui masquait son visage, ne laissant voir que ses yeux verts et une partie de son teint qui était bien pâle pour un citoyen d'Hélios.

« Quels sont vos désirs votre Altesse ? » demanda le plus âgé des joueurs de luth, la tête baissé avec respect.

« Je souhaiterais que vous accompagnez de vos notes le chant de mon favori ici présent. » répondit le roi Thar en faisant signe qu'il n'avait pas terminé. « Cependant, il ne connaît aucune chanson d'Hélios mais quelques-unes de Séléné. Cela vous poserait-il un problème ? »

« Personnellement, j'ai peur de ne pouvoir satisfaire votre demande mais peut-être que mon partenaire en est capable. Il n'en a pas l'air mais il a beaucoup voyagé. »

Les sens de Nyx de Yuri sentirent immédiatement le mensonge qui venait d'être dit mais il eut beau observer attentivement le plus âgé des musiciens, celui-ci n'avait aucun tic nerveux ou micro-expression qui pourraient le trahir. Or, il était certain que cet homme avait menti… mais était-il possible qu'il n'en ait même pas eu conscience ? Si c'était le cas, soit il était un menteur pathologique, soit il avait été envoûté par un Nyx.

Face à cette constatation, il tourna ses yeux gris vers le second joueur de luth, réalisant que celui-ci le fixait à la fois avec intérêt et étonnement. Ce regard vert n'avait rien d'extraordinaire en soi mais son instinct lui disait que si cette personne dissimulait son apparence, c'était parce qu'elle était probablement du peuple de la nuit.

« Connais-tu « Voile de l'Elysée » ? » demanda le favori, guettant les réactions du mystérieux musicien.

« Oui. » fut la seule réponse verbale qu'il obtint mais elle lui fut suffisante pour estimer qu'il devait avoir affaire à une femme.

De toutes les chansons qu'il connaissait, il n'avait pas choisi celle-ci au hasard : très populaire chez les Nyx, elle plaisait aussi à Séléné bien qu'ils n'en saisissaient pas pleinement le sens. Le peuple de la nuit se transmettait l'air et les paroles depuis toujours ainsi que la légende qui serait qu'elle avait été écrite par Umbra et Topaze – personne ne savait réellement pourquoi car leur relation avait, au final, été de courte durée et l'on pouvait légitimement supposer à qui elle s'adressait réellement.

Sans précipitation, Yuri suivit les deux joueurs de luth jusqu'à leur place. Après avoir pris une bonne inspiration, il fit signe au mystérieux musicien de commencer à jouer. Les premières notes retentirent, envoûtantes, mélancoliques… puis il entama le premier couplet d'une voix puissante et pleine d'émotion.

Hear my promise of blistering light

Sowing a rose of obsidian

My dear I promise

Death comes to all

In a heartbeat only silence

Let's play with the fire that runs in our veins

Trust in the might of a miracle

Now winter has come and I'll stand in the snow

I don't feel the cold

And it's all that I will ever need to believe

Juste avant d'entamer le refrain, il s'accorda un rapide coup d'œil sur l'assemblée, constatant que tous avaient les yeux rivés sur lui, plus particulièrement le roi Thar qui semblait plus apaisé qu'au début du banquet.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will I know you then?

Ce mystérieux musicien connaissait très bien cette chanson, ce qui suffit à Yuri pour confirmer que c'était bel et bien un Nyx qui l'accompagnait au luth. Il n'y avait pas la moindre fausse note, ce qui était un peu surprenant quand on savait que cet instrument à cordes n'était pas très courant chez le peuple de la nuit. Cette personne avait très certainement dû apprendre à en jouer grâce à un musicien hélien ou sélénite. Il n'était cependant pas à exclure que cet individu soit un autodidacte et dans ce cas, il – ou plutôt elle – était doué.

Now bring down your fortress and swallow your pride

Don't break in your moments of ignorance

Existence will capture a spark of life

Just a fragment, but it's all that I will ever need to revive

Du coin de l'œil, il aperçut Raven regagner sa place, les sourcils légèrement froncés. Il fixait le mystérieux musicien avec suspicion, se doutant très certainement que quelque chose n'était pas très clair. Le plus inquiétant, c'était que Garista semblait penser la même chose.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will you be there in that darkness

Of the shadow that comes over all?

Dear friend will I know you then?

Will I know you then at all?

Toujours à son poste, Flynn l'écoutait attentivement, ses yeux bleus croisant son regard anthracite. Pour une raison qui échappait au favori, quelque chose l'attirait chez le soldat, ce qui était totalement nouveau pour lui. Il reconnaissait qu'il avait un certain charme, de la personnalité et qu'il avait pas mal d'autres atouts mais il lui tapait aussi sur les nerfs par moments…

Sauf que sans cet idiot de blond, il risquait fort de s'ennuyer, s'étant habitué à sa présence à ses côtés.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will I find you then?

La chanson se termina sur les dernières notes de luth. Lorsque revint le silence, celui-ci fut rompu par les applaudissements du roi, vite imité par ses convives. Yuri et le musicien saluèrent avec respect leur public puis le Nyx fit de même avec le joueur de luth qui l'imita… leur permettant ainsi de lui parler sans risquer d'être entendu.

« A ta place, je ne m'éterniserai pas. » dit-il au musicien dans la langue du peuple de la nuit à voix basse. « Je ne suis pas le seul à t'avoir repéré et quitte à choisir, j'éviterai de me faire capturer par le sorcier solaire. Il est du genre sadique, surtout avec les Nyx. »

« Compris. » se contenta de lui répondre celle qui était une Nyx avant de se redresser.

Peu importe qui était cette fille, il ne voulait pas qu'elle soit faite prisonnière par Garista car autrement, elle allait certainement y passer. Le roi Thar n'était pas plus recommandable donc il valait mieux qu'elle puisse s'enfuir avant qu'il ne soit trop tard et ce peu importe ce qu'elle était venue chercher au palais.

« Portons un toast en l'honneur du roi ! » s'exclama l'un des convives en levant sa coupe alors que Yuri regagnait sa place. « Remercions-le pour cette magnifique table et ces splendides divertissements ! »

Plusieurs invités approuvèrent vivement cette idée et, à l'instant où le favori se rassit sur son siège, le souverain avait fini par céder et prit en main sa coupe en or et en lapis-lazuli.

« A Hélios ! » déclara le maitre des lieux en levant son verre, vite imité par ses invités.

Tout le monde porta sa coupe à ses lèvres et le Nyx allait faire de même…

« NON ! »

La main de Flynn lui attrapa vivement le poignet, l'empêchant de finir son geste et renversant une partie du vin blanc sur la table. Yuri regarda le soldat avec surprise et quand il vit l'expression de son visage, il sut tout de suite que quelque chose clochait avec ce qu'il tenait dans sa main.

« Que signifie ceci ? » questionna la voix emplie de colère du roi Thar.

Immédiatement, le jeune homme aux cheveux d'or lâcha le favori et s'agenouilla, baissant la tête avec respect.

« Pardonnez-moi votre Altesse. » s'excusa-t-il. « Il m'a semblé voir un fait curieux avant que votre favori ne rejoigne sa place et je n'en ai compris l'importance que maintenant. »

Rapidement, le Nyx examina sa coupe, cherchant ce qui avait bien pu alerter son ami… et découvrit un détail qui lui glaça le sang : le défaut qu'il avait remarqué sur le rebord n'était plus là. Ceci n'était pas son verre.

« Quel est-il au juste ? » demanda Raven qui essayait de masquer comme il le pouvait son inquiétude.

« Quand les serviteurs sont passés resservir les invités, Yuri a été le seul dont la coupe a été changée. » expliqua Flynn calmement en fixant son supérieur droit dans les yeux.

« Je confirme ses dires. » fit le favori en se levant tout en montrant l'objet du délit. « Ma coupe avait un défaut et celle-ci n'en a aucun. »

Jamais un serviteur n'aurait dû lui donner une nouvelle coupe à moins qu'il ne l'ait demandé. La remplir était tout ce qu'ils étaient censés faire mais la sienne n'était pas vide car il n'avait bu que deux gorgées de son contenu. Il ne restait donc qu'une possibilité : c'était une tentative d'empoisonnement.

Un coup d'œil rapide lui permit de constater que la musicienne Nyx s'était volatilisée, ayant certainement profité de l'agitation pour filer – elle n'était pas à suspecter car si elle avait voulu le tuer, elle l'aurait poignardé ou égorgé dans un recoin sombre. Le sorcier solaire n'avait pas l'air surpris et cherchait quelque chose du regard – Garista pourrait être le coupable mais il n'était pas le genre à faire cela devant témoins, surtout que l'usage de poisons faisait automatiquement de lui le suspect principal. Quant aux autres favoris, si Orpin était aussi outré que les autres invités, Narcisse cachait mal sa rage.

En d'autres termes, si quelqu'un avait voulu le tuer dans cette pièce, c'était certainement le brasseur d'air mais en l'absence de preuves ou d'aveux, ce serait la parole de Flynn contre la sienne, ce qui plaçait le soldat dans une très mauvaise posture : si le serviteur ou le poison n'étaient pas identifiés, il allait être exécuté pour avoir troublé le banquet.

Or, il le savait, jamais cet égoïste n'avouerait cela, surtout qu'il y laisserait assurément sa tête s'il admettait son crime. Qui plus est, celui qu'il avait chargé de placer la coupe avait déjà dû quitter les lieux, emportant avec lui ce qui avait contenu le poison.

La seule solution qu'il avait à sa portée pour sauver son ami d'une mort certaine, c'était d'user de ses pouvoirs de Nyx, ce qui, à cette heure-ci où la nuit était à présent tombée, était parfaitement possible… même si cela signifiait qu'il allait être à coup sûr découvert et que le roi ne pourrait jamais empêcher qu'il soit décapité à l'aube.

« Cela ne prouve rien ! » s'exclama un noble avant de se faire tout petit face au regard noir du roi Thar.

« Si cela est vrai, qui est ce serviteur au juste ? » questionna Garista dont les yeux semblaient fouiller la pièce en long et en large.

En voyant Flynn se mordre la lèvre inférieure, Yuri devina qu'il ne le connaissait pas, certainement parce que celui-ci ne travaillait pas au harem, seule partie du palais dont le soldat avait vu le personnel. Même s'il le décrivait physiquement, le reconnaître allait être compliqué s'il n'avait pas un signe particulier qui le faisait sortir du lot mais malheureusement, les serviteurs étaient souvent choisis pour être capables de se fondre aisément dans le décor…

« Ce n'est qu'un tissu de mensonges ! » vociféra un noble plus âgé que les autres. « Qui pourrait croire à cela ? »

Résigné, le Nyx se tourna vers Narcisse pour user de son pouvoir de persuasion…

« Moi je pense qu'il dit la vérité. »

A l'entente de cette voix posée, tout le monde se tourna vers les portes de la salle de banquet, y découvrant Lucrèce dans ses habits plus sobres que ceux des autres invités et qui tenait dans la main un rouleau de papyrus. Le favori taciturne s'inclina avec respect.

« Pardonnez mon retard votre Majesté mais alors que je m'apprêtais à rejoindre le banquet, quelque chose de suspect a attiré mon regard et il me fallait tirer ça au clair en urgence. » s'expliqua-t-il en fixant le roi avec ses yeux marrons. « Cela concerne à la fois le harem et cette coupe dont je me garderai bien de boire le contenu. »

« Il m'a semblé avoir précisé que je ne voulais en aucun voir ces histoires de rivalités sortir de cette partie du palais. » répliqua le souverain avec colère bien que son regard mordoré était très intéressé par ce que tenait le nouveau venu. « Cependant, je suis extrêmement curieux de savoir ce que tu as découvert donc parle librement. »

Des quatre favoris du harem, il était connu que ce n'était pas par ses charmes que Lucrèce avait gagné sa place mais grâce à son intelligence et à son savoir, des qualités qu'il ne montrait pas toujours au grand jour mais qui faisait du jeune homme un érudit des plus intéressants à écouter quand il daignait partager ses connaissances – lui et Rita se seraient très certainement bien entendu bien qu'ils n'avaient pas tout à fait le même caractère.

D'un pas rapide, la favori taciturne s'avança jusqu'au siège du roi Thar tandis qu'imperceptiblement, les soldats bloquèrent les sorties – Raven avait surement dû leur faire un signe pour qu'ils empêchent quiconque de sortir… et d'ailleurs, depuis quand le capitaine s'était-il absenté ? Peut-être était-il parti à la recherche du serviteur en question.

« Vous trouverez là-dedans la liste de toutes les plantes, quelque soit leur forme, qui ont été apportées au palais ces dix derniers jours ainsi que leur provenance, leur quantité et à qui elles étaient destinées. » informa Lucrèce en remettant son rouleau de papyrus au souverain qui le déroula pour le lire. « J'ai mis une croix sur les importations suspectes. »

« Des cactus ? » demanda le maître des lieux, intrigué, tandis que le sorcier solaire lisait par-dessus son épaule. « Qui aurait l'idée de vouloir cela ? »

« Des cactus Peyotl. (1) » précisa Garista après avoir rapidement regardé le contenu du papyrus. « Ce n'est pas anormal en soit car il m'arrive d'en utiliser mais j'avais trouvé curieux que l'on m'en livre dix fois plus que nécessaire. Qui plus est, les symptômes dont avaient souffert ceux qui avaient mangé cette possible nourriture empoisonnée au harem correspondraient sans problème à cette plante. »

Des murmures résonnèrent dans la pièce, les convives étant à la fois curieux d'entendre la suite et se demandant si le sorcier solaire était responsable de ces mystérieux empoisonnements. A contrario, Yuri suspectait grandement qu'il avait déjà eu l'occasion de goûter à cette plante à plusieurs reprises…

« Et tu n'as pas jugé bon de m'en aviser ? » reprocha le roi Thar à celui qui représentait le culte de Sol.

« Je range ce genre d'ingrédients dans une pièce à part et je ne m'y suis pas rendu ces deux derniers jours. » s'expliqua calmement Garista. « N'importe quel serviteur qui avait connaissance de cela pouvait venir se servir dans mes réserves. Cependant, j'imagine que c'est le second que tu as noté qui t'avait interpellé Lucrèce. »

« Le laurier rose (2), oui. » confirma le favori taciturne avec un hochement de tête.

Cette fois-ci, plusieurs personnes ouvrirent de grands yeux d'effroi et d'autres fixaient la coupe de vin blanc avec horreur. Visiblement, quelle que soit cette plante, elle était connue et n'avait pas une bonne réputation.

« Qu'est-ce que c'est au juste ? » demanda Yuri à voix basse au soldat.

« Je n'en ai jamais vu mais mon père m'a raconté que c'est un arbuste dont la plantation avait été interdite sur les bords du Neilos car il empoisonne l'eau qu'il touche. » répondit Flynn de la même manière. « A présent, on ne peut en trouver que dans les villes de la Mer Azurée à condition qu'il ne soit en contact avec aucun point d'eau potable. Il m'avait aussi dit qu'on le reconnaissait à ses feuilles allongées et à ses fleurs… »

Le jeune homme aux cheveux d'or ne poursuivit pas sa phrase et, du coin de l'œil, le Nyx le vit subitement observer Narcisse avec attention, semblant chercher quelque chose… tout comme l'avait fait Garista un peu plus tôt.

« Qui a demandé cette plante maudite au juste ? » demanda un noble d'une voix blanche.

« Il n'y avait pas de nom malheureusement. » répondit calmement Lucrèce avant de se tourner vers le brasseur d'air qui n'était visiblement pas tranquille. « Cependant, il a été indiqué que des fleurs de celle-ci ont été livrées au harem. »

« Ceci ne prouve rien ! » finit par riposter Narcisse en se levant brutalement de son siège, frappant ses mains contre la table. « N'importe quel idiot a pu en demander pour décorer les jardins ou bien sa chambre ! »

« Dans ce cas, cet idiot doit vraiment détester les animaux, plus particulièrement les chiens, les petits singes et les oiseaux. »

Cette phrase eut pour effet de faire réagir Orpin – il était, jusqu'ici, plus intéressé par son assiette que par l'arrivée tardive de Lucrèce – qui, à présent, avait les oreilles grandes ouvertes bien qu'il était encore difficile de savoir ce qu'il ferait ensuite. Cependant, ce n'était pas le cas de Yuri qui avait bien l'intention de profiter de cette occasion pour mettre les choses au clair avec ce crétin de brasseur d'air.

« C'est toi qui a tenté de tuer Repede ? » questionna le Nyx avec une rage non dissimulée.

« Ton sale clébard plein de puces ? » répliqua Narcisse sur un ton venimeux. « Je n'en ai rien à cirer de ce truc miteux avec lequel tu te trimballes, tout comme de ce gamin qui est à ton service ! »

« Vraiment ? C'est étrange car quelqu'un passe beaucoup de temps à empoisonner ma nourriture quand je suis au harem et heureusement pour mon chien qu'il a du flair car autrement, il aurait fini comme les rats à qui je donne tous les plats qui me paraissent douteux ! »

« Il est vrai que notre empoisonneur a au moins eu l'avantage de nous débarrasser des nuisibles. » fit Lucrèce avec ironie. « Mes livres ne sont plus mangés par les rongeurs. »

Personne parmi les invités n'osait réagir, observant la situation et plus particulièrement le roi Thar dont les yeux mordorés luisaient de colère, attendant visiblement de voir la suite des évènements pour décider des sentences à appliquer.

« Pourquoi je perdrai mon temps avec vous deux ? » lança Narcisse avec agacement. « Je n'ai aucun intérêt à vous empoisonner. »

« Vraiment ? » répliqua le favori taciturne en croisant les bras contre sa poitrine, un sourcil haussé. « Combien de fois as-tu été appelé dans les appartements royaux ce mois-ci ? »

Cette question fit pâlir le brasseur d'air, rappelant au Nyx les dernières rumeurs que Karol leur avaient apprises : la favori égocentrique était en disgrâce et risquait fort de perdre sa place vu que cela faisait une année entière qu'il n'avait pas quitté le harem pour satisfaire les désirs du souverain. C'était un mobile plus que suffisant pour éliminer la concurrence…

« Personnellement, j'ai été mandé trois fois auprès de son Altesse. » déclara Lucrèce après quelques secondes de silence. « Pour Orpin, il me semble que c'est une fois. »

« Deux fois. » rectifia immédiatement le roi Thar d'une voix sèche, le favori aux habits très colorés n'étant visiblement pas en état de répondre. « La deuxième fois, je l'ai brièvement convoqué pour lui remettre en personne un singe en guise de cadeau pour son anniversaire. »

« Sept fois dans mon cas. » dit Yuri, confirmant ainsi qu'il était certainement le pensionnaire du harem le plus demandé par le maître des lieux. « Qui plus est, j'étais souffrant ces derniers jours avec interdiction de quitter ma chambre. »

Il était inutile de révéler à tous pourquoi il était alité, sauf s'il voulait rediriger la colère royale contre lui. Dans tous les cas, le silence du brasseur d'air en disant suffisamment long pour que tout le monde devine qu'il était dans une position précaire au harem.

« Pour en venir enfin au fameux détail qui m'a titillé… » commença Lucrèce en fixant le favori égocentrique avec assurance. « Qu'est devenue cette couronne de fleurs roses que tu avais dans les cheveux en quittant le harem Narcisse ? »

A cet instant, le Nyx comprit la réaction de Flynn en entendant parler du laurier rose : posté comme il l'était à l'étage du bâtiment occupé par les favoris, il avait été très bien placé pour voir comment chacun était vêtu et l'absence de cet accessoire au banquet l'avait interpellé. Seulement, qu'était devenue cette couronne de fleurs ? Sans elle, il serait difficile de confirmer une tentative d'empoisonnement et c'était déjà un miracle en soi que le roi Thar se soit montré si patient…

« Si je puis émettre une hypothèse… » fit Garista qui lançait un regard assassin vers Narcisse. « Si j'étais lui, je me serais hâté de remettre cet objet à un serviteur, ce qu'il me semble l'avoir vu faire un peu après qu'il se soit installé. Orpin ? »

La voix du sorcier solaire sembla sortir le favori amateur de couleurs vives de la transe dans laquelle il était depuis que Lucrèce avait parlé des animaux empoisonnés. Le jeune homme aux boucles blondes se tourna vers celui qui l'avait appelé, la lèvre inférieure tremblante.

« Qu'as-tu vu exactement ? » demanda le sorcier de sa voix sifflante.

Le plus simplet des pensionnaires du harem était aussi le plus imprévisible des quatre favoris, ce qui posait problème car avait-il seulement fait attention à ce qu'il s'était produit ? C'était difficile à dire avec lui et Yuri suspectait que le bariolé ne devait pas être tout seul dans sa tête à cause de l'impossibilité de déceler le vrai du faux chez lui.

« Jamais il ne met de fleurs. » dit Orpin, contredisant l'hypothèse émise par Garista.

Le Nyx n'avait décelé aucun mensonge chez lui, réduisant ainsi à néant les chances de retrouver ces fleurs ou encore le serviteur qui avait échangé les coupes de vin. Cependant, il s'aperçut que le favori aux boucles blondes n'avait pas terminé, s'étant brusquement levé de son siège en pointant un doigt tremblant en direction de Narcisse.

« C'est pour ça que je n'ai pas compris pourquoi tu avais ces fleurs roses sur la tête ! » s'exclama le bariolé avec force, l'air complètement affolé. « Je t'ai vu donner cette couronne à un serviteur ! J'étais juste à côté de toi et… et tu aurais pu me tuer ! »

« Espèce de… » grogna le brasseur d'air, visiblement dans une colère noire.

« Tous les jours on t'entend dire à quel point tu nous hais ! Tu comptais tous nous empoisonner ! »

« LA FERME ! »

Avec brutalité, Narcisse prit sa coupe en or et allait s'en servir pour frapper Orpin au visage… quand Flynn, ayant dû sentir venir la chose, traversa la table de banquet pour attraper fermement les deux bras du favori égocentrique, laissant le temps à d'autres gardes du palais de venir l'aider.

Seulement, le brasseur d'air ne se laissait pas faire et se débattait avec force afin de se libérer de la prise du soldat, au point qu'il lui donna un coup de tête au visage, faisant légèrement glisser le masque ainsi que le casque et dévoilant une des mèches or qui, jusqu'ici, était soigneusement cachée à tous ceux présents dans la pièce.

« ASSEZ ! » tonna le roi Thar, sa patience ayant certainement atteint ses limites, tout en toisant le favori égocentrique du regard. « Pour qui te prends tu pour oser afficher une telle attitude devant nos invités ? Qui plus est, tu es une honte pour Hélios et cela suffira amplement à justifier ton exécution ! »

Toute couleur avait quitté le visage de Narcisse, à présent agenouillé de force par un membre de la garde royale tandis que Garista faisait respirer le contenu d'un flacon à un Orpin dans tous ses états et que Lucrèce aidait Flynn à stopper le saignement de nez provoqué par le coup de tête qu'il avait reçu quelques secondes plus tôt.

« Mensonges… » mentit le brasseur d'air sans aucune conviction. « Il n'y a pas de preuves… »

« Votre Majesté ! »

D'un pas rapide, un serviteur arriva dans salle de banquet en tenant une boule de tissu entre ses mains. Il se dirigea vers la place occupée par le souverain et se prosterna à ses pieds en lui tendant ce qu'il avait avec lui.

« Le sieur Narcisse m'a ordonné de faire cela contre de quoi nourrir les miens ! » s'exclama l'homme sans lever les yeux. « Je jure que j'ignorais que c'était du poison ! Le capitaine Schwann m'a dit que vous épargneriez ma famille si j'avouais tout ! »

Sur un signe du roi, un des gardes prit la boule de tissu et l'ouvrit, révélant aux yeux de tous des fleurs roses un peu écrasées qui avaient visiblement étaient reliées entre elles avec des fils de lin.

La preuve manquante était là mais même si Yuri reconnaissait les talents d'espion de Raven, il doutait fort que celui-ci ait trouvé si vite l'individu recherché seul et, en prime, l'ait convaincu d'avouer cela… mais encore fallait-il qu'il sache à quel moment le capitaine s'était volatilisé : était-ce avant ou après l'arrivée de Lucrèce ? Sa seule certitude était que la dernière fois qu'il l'avait vu, c'était juste avant qu'il ne remarque que la musicienne Nyx était partie.

« Pour un crime dont tu es le seul coupable, c'est toi seul qui mérite un châtiment. » déclara le roi Thar au serviteur. « Cependant, pour avoir avoué ton délit et apporté de quoi prouver les fautes de la créature perfide qui se cachait dans ma demeure, je t'accorde ma clémence en te laissant la vie sauve mais tu es prié de quitter mon palais sur-le-champ. Tu n'es plus digne d'y travailler. »

Après un faible « merci », l'homme quitta la salle de banquet, gardant la tête baissée. Puis le souverain se leva de son siège, fixant Narcisse avec rage. Seulement, au lieu de se diriger vers ce dernier, il alla en direction des deux autres favoris – vu les deux serviteurs qui étaient près de Garista, Orpin avait probablement été drogué car il devenait trop agité – et s'arrêta face au Nyx. D'un geste de la main, il fit signe aux soldats d'amener le brasseur d'air et celui fut jeté à ses pieds avec brutalité.

« Quant à toi… » commença le maître des lieux sur un ton cruel en fixant le favori égoïste avec froideur. « J'avais juste pensé te rétrograder au sein du harem mais apprendre que tu as osé faire tes petits coups perfides sous mon nez m'a écœuré au plus haut point. Une chose telle que toi n'a pas sa place en Hélios et mérite une sentence adéquate aux affronts qu'elle a osé commettre. »

Yuri vit le roi Thar lui faire signe de lui donner la coupe empoisonnée, ce qu'il fit sans discuter – quand il était dans cet état, il valait mieux se taire et obéir car dans le cas inverse, les conséquences pouvaient être fâcheuses, ce qu'il avait plusieurs fois expérimentés à ses dépens.

« Maintenez-lui la bouche ouverte. »

Les gardes exécutèrent cet ordre malgré les protestations de Narcisse qui ne voulait pas se laisser faire. Cependant, face à deux hommes bien mieux entraînés que lui, il ne faisait pas le poids et il se retrouva à genoux au sol, la tête levée et la mâchoire fermement maintenue ouverte.

« Tu passeras la nuit au cachot et, si Sol décide de te laisser survivre à cette boisson, tu seras exécuté à l'aube. »

Après cette déclaration et sous des exclamations horrifiées de la part des personnes présentes, le souverain força le favori égocentrique à boire le vin empoisonné, ignorant les larmes qui perlaient aux yeux de celui-ci. La coupe vide, l'un des soldats maintint la bouche du brasseur d'air fermée jusqu'à ce qu'il ait avalé la dernière goutte d'alcool. Une quinte de toux saisit Narcisse avant qu'il ne soit traîné hors de la salle de banquet, telle une poupée de chiffon.

Il était plus que clair que toute potentielle bonne humeur ou envie de se divertir qui aurait pu subsister s'était envolée à l'instant même où le brasseur d'air avait commis l'erreur de tenter de frapper Orpin, faisant comprendre à tous que le roi Thar était dans une colère noire. Si la majorité des personnes présentes était choquée, d'autres arrivaient à afficher un sang-froid à toute épreuve – Yuri faisait partie de ceux-là avec Garista et Lucrèce.

« Tout cela m'a coupé l'appétit. » déclara le souverain d'une voix glaciale. « Ce banquet est terminé ! J'exige que l'on me nettoie ce harem de tous les complices de ce misérable qui a gâché cette soirée ! »

Les membres de la garde royale firent un signe d'affirmation et une partie d'entre eux sortirent de la pièce pour exécuter les ordres reçus, suivis par les invités qui commençaient à quitter les lieux, tout comme les favoris qui s'apprêtaient à les imiter.

« Je n'ai pas fini avec vous deux. » fit le souverain sur un ton ferme, retenant Yuri, Lucrèce et Flynn dans la pièce. « Vous mériteriez vous aussi une sentence publique pour ce désordre mais vu les circonstances, je me contenterai d'un avertissement. »

« Nous ne recommencerons pas votre Altesse. » déclarèrent les trois jeunes hommes en s'inclinant avec respect.

« J'ose l'espérer. Allez m'attendre tous les deux dans les appartements de la reine et emmenez le soldat avec vous. Lucrèce, tu en connais le chemin donc je te fais confiance. Je vous y retrouverai quand j'aurais réglé certaines choses.»

-§-

Quand il l'avait vue se faufiler hors de la salle de banquet, profitant de la confusion, Raven avait été assez pessimiste sur ses chances de l'attraper, faisant qu'il s'était reporté sur l'idée de mettre la main sur le serviteur qui avait été complice de Narcisse avant qu'il ne quitte le palais. Cependant, jamais le capitaine n'aurait cru mettre si facilement la main sur les deux personnes qui l'intéressait… tout cela parce que la joueuse de luth, une Nyx, avait trouvé ce domestique avant lui et qu'elle était en train d'user de son pouvoir pour lui faire tout avouer.

Quand elle l'avait repéré, il s'était immédiatement adressé à elle dans la langue d'Umbra en se désignant comme un ami de Yuri puis il l'aida à persuader le serviteur d'avouer son crime.

Une fois celui-ci partit, il s'était hâté d'embarquer cette fille, Droite, dans un lieu où personne n'irait les chercher, pas même Garista : le bâtiment des enfants du harem, aujourd'hui à l'abandon suite à l'incendie qui l'avait ravagé avant le couronnement du roi Thar – son souverain lui avait confié, lors d'un de leurs rares entretiens privés, qu'il lui arrivait encore d'entendre les cris des femmes et des enfants morts cette nuit-là.

Les murs en pierre tenaient encore debout malgré les larges fissures que certains avaient mais la majorité des étages s'étaient effondrés, le sol ayant soit été dévoré par les flammes, soit ayant été endommagé par la chaleur. Tout avait été laissé en état : les parois noircies par la fumée, les plafonds éventrés, les vestiges des rares meubles qui n'avaient pas été entièrement consumés… et les os calcinés des malheureux qui s'étaient retrouvés prisonniers de cet horrible brasier.

« Ici, personne d'indésirable n'osera venir. » précisa Raven à la jeune Nyx.

« Pas même ces soldats que j'entends fouiller les environs ? » demanda Droite, une adolescente aux yeux verts et aux cheveux vert anis coiffées en couettes.

« Aucun n'aura ce courage, croyez-moi. »

D'un signe de tête, il montra ce qui devait être un berceau à l'origine et dont les quelques ossements intacts qui étaient autour en disait assez long pour savoir qui avait dû se retrouver piéger ici.

« Effectivement… » fit Droite avant de déglutir, prouvant ainsi que même un Nyx n'était pas à l'aise face à ce genre de scène. « Il y a de quoi en faire des cauchemars. »

« Vous ne croyez pas si bien dire. »

La jeune fille se mit immédiatement en position offensive en entendant cette voix mais l'espion lui fit signe de rester calme. Sans surprise pour lui, le roi Thar les rejoignit, débarrassé de sa coiffe qu'il avait dû déposer quelque part. Des signes de contrariété étaient visibles sur son visage, probablement dus aux évènements du banquet.

« Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda la jeune Nyx, manifestement prête à en découdre s'il le fallait.

« Un entretien secret. » répondit calmement le dirigeant d'Hélios, semblant avoir mis de côté sa rage de tout à l'heure qu'il avait certainement dû assouvir d'une manière ou d'une autre. « Il s'avère que nous avons peut-être des intérêts communs avec les Griffes de Léviathan… »

« La fin de l'Alliance de Sang j'imagine. » répliqua Droite en croisant les bras contre sa poitrine. « Maître Yeagar n'a pas besoin de vous pour éliminer Barbos ! »

A l'entente de cette phrase et en se remémorant le temps nécessaire pour aller de Nomos à Aurum, Raven comprit instantanément que cette fille n'avait pas eu vent de la mort du sage nocturne. Depuis quand était-elle dans leur pays au juste ?

« Tu n'es donc pas au courant des dernières nouvelles. » fit le roi Thar avec neutralité, étant probablement arrivé à la même conclusion que lui.

« Quoi donc ? » demanda la Nyx, sur la défensive.

« Barbos a tué votre sage nocturne. La nouvelle nous est parvenue il y a quelques jours. »

A ces mots, le visage de Droite se décomposa et l'agressivité qu'elle affichait au départ s'était changée en une profonde détresse. Ses yeux verts les fixaient avec intensité, cherchant le moindre signe de mensonge mais face à l'absence de ceux-ci, elle tourna la tête vers le sol calciné, murmurant des phrases en Nyx – via les bribes qu'il parvenait à comprendre, l'espion sut qu'elle était tout aussi horrifiée qu'eux par cet acte abject qui condamnait tout un peuple.

« J'en conclus que vous êtes à présent disposée à nous écouter. » dit le capitaine avec neutralité.

« Que voulez-vous au juste ? » demanda-t-elle, la voix tremblante. « Comment ça se fait que Yuri soit à Hélios ? »

« Il a été fait prisonnier il y a trois ans de cela alors qu'il fomentait une rébellion contre moi. » répondit calmement le roi Thar. « Je l'ai placé au harem en tentant de cacher au mieux qu'il était du peuple de la nuit car je n'ai aucun intérêt à ce qu'il meure. »

« Vraiment ? Pourtant, vous seriez débarrassé de nous. »

« Exact mais Umbra est nécessaire à l'équilibre des choses et votre fin ne profiterait à personne. Qui plus est, je n'ai jamais apprécié Barbos et il m'a été rapporté avant le banquet que ses hommes avaient massacré un village, femmes et enfants compris. »

La nouvelle était tombée juste avant que le roi n'aille accueillir ses invités et Raven n'avait absolument pas été ravi de la lui transmettre, surtout en sachant ce qu'elle signifiait : l'Alliance de Sang se dirigeait vers Aurum.

Visiblement, cette annonce avait eu le même effet sur Droite, celle-ci ayant grimacé de dégoût mais le bref froncement de sourcils qu'elle avait eu lui laissait penser qu'il y avait peut-être autre chose.

« Que faites-vous au palais au juste ? » demanda le capitaine, désirant enfin savoir la raison de sa présence.

« On avait repéré vos espions donc maître Yeagar voulait savoir ce que vous prépariez contre nous. » répondit la Nyx sans détours. « Il nous avait secrètement envoyé à Aurum pour essayer de tirer ça au clair. »

Le « nous » fit tiquer Raven ainsi que la façon dont cette fille l'avait prononcé. Il s'était passé quelque chose…

« Cependant, sur les cinq que nous étions au départ, nous ignorions que l'un d'entre nous avait changé de camp. Il a tué mes trois camarades pendant que je m'étais introduite chez un noble puis il a pris la fuite. J'ai enterré mes amis comme j'ai pu et décidé de poursuivre ma mission coûte que coûte. »

Très mauvaise nouvelle. Si la jeune Nyx avait réussi à entrer au palais sous l'identité d'un joueur de luth, alors celui qui l'avait trahie était déjà à la capitale, probablement en train d'attendre les renforts qui avaient fait un carnage à Hamil – il y avait aussi fort à parier qu'ils avaient dérobé tout ce qui pourrait réduire leur temps de trajet comme des chevaux ou des barques pour descendre le Neilos jusqu'aux quais d'Haria qui étaient les plus proches d'Aurum. En sachant que la nouvelle lune était dans deux jours, il n'était pas compliqué de deviner à quel moment une attaque risquait d'avoir lieu et aussi que, même avec un renforcement du nombre de soldats, l'Alliance de Sang serait tout de même avantagée par le décuplement de ses capacités ainsi que leur vision nocturne.

Leur seule solution était de barricader les portes le plus solidement possible pour gagner du temps et user de leur avantage au niveau du terrain.

Restait le problème de la protection de Yuri qu'il fallait revoir en conséquence, Flynn n'étant pas du tout apte à lutter contre une menace pareille.

« Ton verdict Raven ? » lui demanda le roi Thar, celui-ci ayant probablement lui aussi analysé la situation sous tous les angles.

« Il faudra vite convaincre les habitants de se barricader la nuit et faire de même au palais. » répondit le capitaine, ayant achevé sa réflexion. « L'ennui, cela reste le harem qui est la partie la plus compliquée à protéger, surtout avec qui-vous-savez dedans. »

« Ils veulent Yuri, n'est-ce pas ? »

A cette question de Droite, l'espion répondit par un hochement de tête affirmatif.

« Serais-tu intéressée à l'idée de nous aider ? » questionna le souverain, ayant visiblement une idée derrière la tête. « Nous avons des intérêts communs à ce que Barbos ne reste pas le dirigeant des Nyx… »

« Qui vous dit que j'accepterai ? » répliqua sèchement la jeune Nyx. « Vous retenez en otage notre seul espoir de nous en sortir et rien ne dit que vous allez le libérer. »

« Et si je te dis que suite aux agissements de l'Alliance de Sang, je prévois de faire très prochainement un voyage le long du Neilos et que je compte emmener avec moi l'un des pensionnaires du harem ? »

Cette déclaration intéressa grandement leur invitée qui cherchait tout signe de mensonge dans les paroles du roi. Raven, quant à lui, réalisa que cela devait bien faire trois ans que son souverain n'avait pas fait le tour des villages, certainement à cause de l'arrivée de Yuri qui nécessitait une attention très particulière.

« Que voulez-vous que je fasse exactement ? »

-§-

Ils avaient suivi Lucrèce dans les couloirs du palais, celui-ci les guidant vers une zone qui leur était complètement inconnue. Flynn notait qu'ils croisaient moins de gardes que lors de leur allée dans la salle de banquet et que cette zone semblait moins bien entretenue – c'était plutôt logique vu que le roi Thar n'avait jamais pris d'épouse et qu'en conséquence, personne ne devait occuper cette partie du bâtiment excepté, peut-être, des serviteurs. Qui plus est, même s'il restait choqué par les évènements du banquet, marcher lui faisait du bien – par contre, il avait remarqué que Yuri était étrangement silencieux, ce qui l'avait poussé à se placer derrière lui au cas où.

A un moment, ils arrivèrent devant de grandes et épaisses doubles portes en bois sombre sur lesquelles des scènes avec Topaze avaient été soigneusement sculptées – la poussière ternissait grandement la beauté de ce travail – et dont les poignées étaient en or. Une serrure du même métal était visible, maintenant les deux battants de bois fermés. Le favori taciturne se mit à fouiller dans une poche intérieure de sa toge blanche et il en sortit une grosse clé ouvragée.

« Comme presque personne ne vient par ici, le roi Thar m'a donné une des clés permettant d'entrer ici. » expliqua l'érudit en insérant la clé dans la serrure. « Cette pièce est reliée à la chambre du roi par une autre porte qui est cachée et dont seul lui possède la clé. »

« Et il n'y a aucun garde d'assigné à cette zone ? » s'étonna tout de même le soldat, voyant ici une grosse faille de sécurité.

« Une poignée tout au plus et je pense qu'il ne doit y avoir qu'un seul serviteur. »

Lucrèce ouvrit les portes qui grincèrent avec force, révélant une grande chambre au sol de marbre clair dominée par un large lit au sommier en bois avec des draps en lin blanc qui semblaient être d'une qualité exceptionnelle et munis de colonnes en bois incrustées d'ivoire et de topazes colorées, soutenant un cadre auquel étaient accrochés des rideaux blancs quasiment transparents. Le reste du mobilier était tout aussi inestimable : deux fauteuils en bois sculptés dont les pieds et les bras avaient été dorés à l'or fin, un tabouret dans le même style installé à côté d'une table sur laquelle trônaient de multiples flacons en terre cuite, deux guéridons de chaque côté du lit, une table basse magnifiquement décorée, un tapis aux couleurs vives représentant une scène de la vie quotidienne, une grande broderie accrochée au mur et montrant des femmes en train de semer le blé, des vases en métal précieux ou en faïence soigneusement travaillées, d'autres rideaux très fins qui encadraient un accès à une terrasse privée…

La pièce était magnifique, surtout avec l'éclat des quelques bougies qui avaient été allumées par le vieux serviteur présent dans la chambre et qui s'inclinait respectueusement devant eux – il était clair que cet endroit était parfaitement entretenu contrairement au reste de la partie du palais réservée à une éventuelle reine.

« Le roi tient à ce que cette chambre reste en bon état. » dit Lucrèce en s'asseyant calmement sur un fauteuil. « De plus, elle a la plus belle vue qui soit sur le soleil couchant. »

« Et tu es le seul favori à avoir eu le droit de venir ici ? » demanda Yuri, manifestement très étonné.

« Toi et moi ne sommes pas convoqués pour fournir les mêmes services. »

Flynn se souvint que cela lui avait déjà été mentionné : le favori taciturne était réputé pour son savoir et c'était la raison principale de son entrée au harem ainsi que de son statut. Manifestement, il avait des privilèges différents de ses pairs.

« A ta place, je m'allongerai. » déclara Lucrèce en fixant le Nyx. « Tu as une très mauvaise mine. »

Le soldat s'était attendu à ce que Yuri réplique qu'il allait bien mais il réalisa que le jeune homme à la chevelure de jais semblait lutter pour ne pas tomber. Il s'apprêtait à le retenir quand les jambes du favori finirent par céder, lui laissant tout juste le temps de se jeter sous lui pour amortir sa chute et l'empêcher de cogner sa tête contre la table basse. Il regarda ensuite s'il allait bien, entendant sa respiration saccadée, puis il vit les yeux du Nyx : si l'œil droit était toujours gris anthracite, le gauche s'était à demi teinté de rouge et cette couleur progressait de plus en plus dans l'iris.

« Ce n'est pas vraiment une bonne idée de lutter contre un dieu aussi puissant qu'Umbra. » dit calmement l'érudit. « S'il veut te posséder, il le fera, peu importe que tu le veuilles ou non. »

Yuri était en train d'empêcher le dieu des ténèbres de prendre le contrôle ? Comment Lucrèce pouvait-il le savoir ? Et pourquoi Umbra avait décidé de se montrer maintenant au lieu d'attendre comme c'était convenu au départ ?

Le Nyx s'écarta de lui pour s'asseoir contre le lit et, à l'instant même où il ferma les yeux, un courant d'air glacé vint éteindre toutes les bougies, exactement comme cette fameuse nuit aux bains. Les yeux rouges luisants d'Umbra vinrent percer les ténèbres qui n'étaient éclairée que par l'ouverture de la terrasse.

« Li tiaçnemmoc à m'recaga… » déclara la voix rauque de la divinité dans la langue du peuple de la nuit.

En essayant de bouger, Flynn constata qu'encore une fois, il avait été paralysé, ce qui devait être aussi le cas de Lucrèce. Sans son bracelet, il lui serait impossible de lutter.

Le dieu des Nyx le fixa intensément avant de se rapprocher de lui. Si le soldat ne pouvait qu'à peine distinguer ses gestes, il pouvait parfaitement sentir que la divinité s'installait sur lui, s'asseyant à califourchon sur son bassin avant de se baisser jusqu'à ce que leurs nez se touchent. Son cœur battait la chamade quand il sentit ce souffle tiède sur sa peau puis un doigt venir caresser sa lèvre inférieure.

« Sesilaér-ut tnemelues à leuq tniop ut seriséd ressarbme'l ? » fit Umbra sur un ton étrange. « Tse'c à es rednamed leuqel tse el sulp elgueva. »

Alors qu'il essayait de trouver un sens aux paroles qu'il venait d'entendre, la réflexion de Flynn s'arrêta net quand il sentit les lèvres du dieu sur les siennes. Les yeux à l'éclat carmin étaient fixés dans les siens, analysant toutes ses réactions et semblant s'amuser de sa stupeur.

Le contact fut bref mais suffisant pour que ses sens soient dominés par le parfum entêtant qui émanait de Yuri depuis sa sortie du harem – était-ce l'odeur de la lavande qui était la plus puissante ou bien celle d'une autre fleur ? –, la douceur de sa bouche contre la sienne et par sa mémoire qui lui montrait bon nombre d'images du favori à la beauté indéniable. Son imagination s'emballa, créant des scènes où tous deux partageaient des moments intimes dans divers lieux : l'un donnant une datte à manger à l'autre, une séance de massage, une baignade au clair de lune – il sentit le rouge lui monter aux joues en se voyant en train de coucher avec le Nyx dans la chambre de ce dernier ou encore face à une scène se déroulant aux bains et où la bouche du bel éphèbe semblait très occupée entre les cuisses de son gardien.

Soudain, une vive lumière apparut au dessus d'eux et Umbra, surpris, se tourna vers son origine. Sa vue étant à présent dégagée, Flynn réalisa que le plafond était sculpté et qu'en son centre, un soleil était à présent en train de briller vivement, ce qui n'était visiblement pas du goût de la divinité des ténèbres. A peine ce dernier tenta de s'en éloigner qu'un rayon de lumière le frappa de plein fouet dans le dos, assommant le dieu des Nyx qui s'écroula à côté du soldat tandis que les ténèbres s'estompèrent enfin.

Encore estomaqué par ce qu'il venait de se produire, le soldat vit à peine Lucrèce s'approcher et placer ses doigts contre la nuque de Yuri.

« Il devrait reprendre conscience assez vite. » déclara le favori taciturne avec un calme extraordinaire. « Par contre, il a eu de la chance que ce soit Topaze et non Sol qui ait placé cette défense car autrement, ce n'est pas un mal de tête qu'il aurait eu. »

Flynn allait lui demander des précisions quand le Nyx émit un grognement avant de commencer à se relever en se massant le crâne. En l'aidant avec Lucrèce à s'asseoir sur le lit, il constata que si le bel éphèbe avait repris le contrôle, son œil gauche était resté rouge sang.

« Ça va aller ? » questionna le soldat en essayant de ne pas croiser le regard anthracite, les images montrées par Umbra étant encore très vives dans son esprit.

« Ouais… » grogna Yuri qui évitait de le fixer, très certainement pour des raisons similaires. « Par contre… »

Sans prévenir, le Nyx attrapa la toge du favori taciturne et le tira vers lui jusqu'à ce que leurs visages soient face l'un de l'autre. Ses yeux remplis de colère se vissèrent dans ceux marron qui eux, exprimaient un étonnement non feint et de la peur.

« Qu'est-ce que tu fabriques au juste ? » demanda le membre du peuple de la nuit avec méfiance.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » répondit Lucrèce avant de déglutir.

A ces mots, Yuri, visiblement plus fort physiquement que le favori taciturne, força ce dernier à s'allonger sur le lit, ignorant Flynn qui vit à quel point le jeune homme ne semblait pas avoir de mal à maîtriser son camarade du harem. Ensuite, il plongea sa main sous la toge de l'érudit qui tenta de résister mais qui se faisait écraser par le poids qui était sur lui puis, quand cette main pâle réapparut, elle tenait entre ses doigts une lanière en cuir très familière.

« Et ça, c'est quoi ? » questionna le Nyx avec froideur en montrant le bracelet du soldat.

Sa couleur tranchant avec les teintes de la pièce, il lui était impossible de ne pas reconnaître la turquoise qu'il avait porté au poignet depuis le jour où son père lui en avait fait cadeau et qui était censée être au harem, à l'abri des regards.

« Pourquoi as-tu ceci en ta possession ? » demanda Flynn, encore sous le coup de la surprise.

« Je vous ai vu le cacher et je l'ai pris juste avant de rejoindre le banquet. » avoua Lucrèce en serrant les dents. « Je savais que mes accusations risquaient de mener à une fouille du harem et je ne voulais pas que Garista tombe là-dessus. »

« Et ? » insista Yuri, son ton étant étrange à l'oreille du soldat, comme s'il était en train de réprimer une émotion – un coup d'œil à ses lèvres lui fit réaliser que celles-ci tremblaient légèrement.

« Il voulait juste me parler. »

Le son de la voix éthérée leur fit réaliser à tous les trois que la divinité était avec eux, une légère lumière bleutée émanant de la turquoise. Le Nyx s'écarta brutalement du lit, jetant le bracelet sur les draps tandis que l'érudit lâcha un soupir de soulagement avant de se mettre à genoux devant le bijou.

« Mes excuses pour tout cela vénérable. » déclara Lucrèce en s'inclinant avec respect. « J'ai été si concentré sur le fait d'arriver à temps pour contrer Narcisse que j'en ai oublié mes bonnes manières. J'espère pouvoir racheter mes fautes… »

« Je ne suis pas fâché contre toi. Tu étais dans l'urgence. » répliqua le dieu mystérieux tandis que la lumière bleutée semblait s'être légèrement accentuée. « Cependant, il faudrait que l'un de vous aille calmer Yuri car je ne pense pas que mon oncle se soit contenté de lui dire que j'étais avec vous. »

A l'entente de ces mots, Flynn chercha le favori du regard et constata vite qu'il n'était plus dans la pièce. Ne se souvenant pas d'avoir entendu les portes grincer, il se dirigea directement vers la terrasse cachée derrière les fins rideaux blancs qui ondulaient sous la légère brise nocturne.

Cet espace extérieur était plus petit que la chambre mais assez grand pour y installer un banc en bois sculpté, des plantes décoratives et une petite table avec un vase en terre cuite – il suspectait que cet emplacement était parfait pour lire ou simplement pour admirer le soleil dans sa course vers le couchant.

Malgré le peu de lumière que les étoiles lui offraient avec le fin croissant de lune, il repéra Yuri assis dans un coin, ses cheveux sombres et ses habits se confondant avec les ténèbres alors que sa peau captait en partie le scintillement des astres. Seulement, il ne vit pas ce dernier bouger, comme s'il n'avait pas remarqué sa présence.

Avec précaution, il s'accroupit devant le favori pour être au même niveau que lui et ôta ce fichu masque qui lui cachait une partie du visage.

« Yuri ? »

Un léger sursaut secoua le Nyx qui leva brusquement les yeux vers lui – depuis cette fameuse nuit aux bains, il n'avait plus eu autant l'impression que le jeune homme face à lui était si fragile.

« Ça va aller ? » demanda le soldat avec inquiétude avant de poursuivre face au silence du favori. « Est-ce que… »

« Non. » coupa Yuri en baissant la tête. « J'aimerai vraiment que ça s'arrête enfin mais… »

Pendant un moment, aucun d'eux ne prononça le moindre mot, l'un semblant perdu dans ses pensées et l'autre attendant que son interlocuteur soit prêt à lui parler de ce qu'il avait sur le cœur – en temps normal, il l'aurait certainement brusqué mais face aux évènements du banquet et aux images que le dieu de la nuit lui avait mises en tête, il avait plus envie d'aller enfin se coucher que de hausser le ton. Puis le regard sombre croisa le sien.

« Aide-moi à me lever. »

Le soldat s'exécuta, tendant une main au favori une fois qu'il se fut remis debout puis il le tira vers lui. Une main pâle se posa sur son épaule pour éviter de perdre l'équilibre avant que les yeux anthracite viennent chercher les siens avec une certaine urgence.

« Umbra est un menteur, n'est-ce pas ? » lui demanda soudainement Yuri dont le ton trahissait une angoisse qu'il peinait à dissimuler.

« C'est ce qu'il se dit oui. » répondit Flynn dont l'inquiétude grandissait, surtout en se souvenant des paroles prononcées par la voix éthérée. « Qu'est-ce qu'il t'a dit au juste ? »

Le Nyx déglutit avant d'ouvrir la bouche mais, avant même qu'un mot n'en sorte, un grincement se fit entendre, coupant net leur conversation quand ils reconnurent celui-ci : la porte de la chambre avait été ouverte.

Rapidement, le favori lui prit le masque qu'il tenait dans sa main gauche pour le lui remettre en place, y glissant au passage une mèche blonde qui avait réussi à s'échapper du casque. Ils mirent ensuite très vite de la distance entre eux : le soldat se posta à côté de l'ouverture de la chambre tandis que le bel éphèbe alla se placer contre le muret en pierre, faisant mine d'admirer la vue qui lui était offerte sur les jardins du palais.

Quelques secondes après, Flynn entendit Lucrèce indiquer où ils se trouvaient et, un instant plus tard, il vit le roi Thar passer à côté de lui puis s'arrêter en voyant Yuri. Le regard du souverain s'attarda sur la silhouette du favori, semblant en détailler la moindre courbe, avant de se tourner vers lui.

« Laisse-nous seuls. » ordonna le maître des lieux avec dureté. « Je m'occuperai de ton cas après. »

Des images de cette fameuse nuit où le Nyx était revenu dans un sale état lui revinrent en mémoire. La marque de morsure sur la nuque, le coup reçu en bas du visage, les griffures sur le dos, le sang qui coulait le long des jambes, l'horreur qui l'avait saisie face à cette vision… et la colère qu'il avait éprouvée envers le roi pour ce qu'il avait fait.

A contrecœur, il obéit à l'ordre qui lui avait été donné mais une fois de retour à l'intérieur, il resta près de l'ouverture menant à la terrasse, paré à intervenir au moindre signe de danger. Ses yeux bleus se posèrent sur le lit où Lucrèce était assis face au capitaine Schwann – le bracelet n'était plus là, signe que l'érudit avait certainement dû le cacher en entendant la porte grincer. Son supérieur, l'air visiblement épuisé, le fixa d'un air grave.

« J'ai prévenu Karol que vous resteriez ici cette nuit. » déclara le trentenaire dont le regard bleu glissa avec suspicion vers le favori taciturne. « La fouille du harem va être longue mais rien de suspect n'a été trouvé dans vos appartements. »

« Yuri et moi n'avions rien à cacher de toute manière. » souligna Lucrèce, ses yeux marron allant du capitaine au soldat. « Mais pour les autres… »

S'il y avait bien une chose dont Flynn était à présent convaincu, c'était que l'érudit leur avait bien caché son jeu à tous. A priori, il n'était pas leur ennemi car il aurait très bien pu les dénoncer au roi dès qu'il avait compris ce qu'était le bracelet… ou réalisé que Yuri était un Nyx. D'ailleurs, depuis quand savait-il cela au juste ?

« Concernant demain matin, il se peut que l'exécution ait lieu. » poursuivit le capitaine avec gravité. « Je doute que les connaissances de Narcisse dans les poisons soient assez poussées pour qu'il ait pu mettre la dose mortelle dans le vin et puis… »

« Il n'est pas commun d'user du cactus Peyotl. » compléta Lucrèce en fronçant le nez. « Sauf s'il on a eu les enseignements nécessaires à cela, je ne vois pas comment il aurait pu connaître ses effets. Cela limite pas mal la liste de ses complices potentiels, surtout qu'il n'était pas du genre à batifoler avec son personnel… »

Ces quelques mots suffirent à faire rougir le soldat, se souvenant de ce que le Nyx lui avait raconté sur ce que faisaient les pensionnaires du harem entre eux et de sa prudence vis-à-vis de ses faits et gestes – il se rappela notamment de ce massage des épaules qu'il avait reçu et où Repede montait la garde pour, justement, éviter qu'ils ne soient aperçus dans une position qui pourrait être mal interprétée. Sa mémoire lui rappela aussi qu'il n'était pas aussi insensible aux charmes du favori qu'il aurait aimé l'être, s'étant laissé plusieurs fois séduire par sa beauté physique et les visions d'Umbra ne l'ayant pas laissé aussi indifférent qu'il aurait aimé l'être.

« Pour ce qui est de… »

Le son d'un vase brisé interrompit le capitaine Schwann. Des cris venant de la terrasse suivirent très vite et Flynn se hâta d'aller voir ce qu'il se passait.

-§-

Après leur conversation avec Droite, Raven et le roi Thar étaient revenus dans la partie principale du palais via le passage secret qu'il avait emprunté et qui débouchait tout droit dans sa salle de travail – l'espion savait via le souverain qu'il existait une dizaine de couloirs cachés dont seule la famille royale connaissait l'emplacement pour chacun d'entre eux et qu'ils avaient différents rôles comme permettre de sortir en cachette ou de rejoindre discrètement le harem si nécessaire, une fonction qui avait été grandement prisée par le précédent roi dont la reine était connue pour sa jalousie envers les concubines de son époux.

Ils n'avaient quasiment échangé aucune parole sur leur route vers les quartiers de la reine, un lieu où son maître n'avait pas d'excellents souvenirs – quand on savait qu'il était le fils d'une des favorites et non de la reine, il était aisé de comprendre d'où venait le problème, surtout quand l'on avait discuté avec Rowen, le plus vieux des serviteurs officiant au palais, et que celui-ci avait mentionné de quelle manière elle punissait les enfants de ses rivales ainsi que la façon dont elle élevait sa fille. Ils avaient été stoppé par un des soldats venu leur faire un compte-rendu de la fouille du quartier des favoris au harem – s'il était soulagé que rien n'ait été trouvé contre Yuri, le fait que Lucrèce n'avait rien d'étrange dans sa chambre l'étonnait quelque peu vu d'où sortait l'individu – qu'ils avaient ensuite congédié – il lui avait cependant été demandé de transmettre aux serviteurs concernés que leurs maîtres ne dormiraient pas au harem cette nuit.

A leur arrivée, le doyen des serviteurs leur ouvrit les portes grinçantes des appartements de la reine. Seul Lucrèce était visible, sa toge quelque peu en désordre et sa respiration plus rapide qu'à l'accoutumée, ce qui était hautement suspect aux yeux de l'espion. Seulement, le roi ne s'en formalisa pas et demanda où se trouvait Yuri, l'érudit désignant rapidement la terrasse avant de s'asseoir dans une position plus confortable sur le lit.

Quand le souverain fut sorti puis Flynn rentré, Raven engagea la conversation, observant de près ce favori dont il se méfiait grandement pour guetter la moindre réaction suspecte… mais il fut interrompu par du bruit venant de la terrasse.

Le jeune soldat s'y était tout de suite précipité, imité par le capitaine qui avait immédiatement posé la main sur la garde de son sabre. Sauf qu'à peine eurent-ils mis un pied à l'extérieur qu'il leur fallut retourner dans la chambre, le roi y conduisant le jeune Nyx qui semblait en état de choc.

Il n'en fallait pas plus pour que l'espion comprenne que le souverain venait d'annoncer à son favori la mort du sage nocturne… et que ce dernier prenait très mal la nouvelle – cela était logique vu qu'il était le plus à même de savoir les conséquences de cela sur son peuple.

« Rowen ! » appela le roi Thar tandis qu'il laissait Yuri entre les mains de Lucrèce qui commença immédiatement à l'examiner. « Amenez tout de suite ce qu'il faut ! »

A peine le vieux serviteur eut vu la situation qu'il se hâta de sortir chercher le nécessaire. Pendant ce temps, l'érudit avait forcé le Nyx à s'asseoir sur le lit avec l'aide du jeune soldat qui essayait de calmer le favori en lui parlant. Seulement, quelqu'un n'avait pas oublié l'autre raison de sa venue…

« Toi, debout ! » fit le souverain d'un ton sec en attrapant brutalement le bras de Flynn pour le forcer à se lever. « Qu'est-ce que tu me caches au juste ? »

Pendant un instant, les deux hommes se toisèrent du regard, tout cela sous les yeux effarés de l'espion et des deux favoris – de ce qu'il pouvait en juger, Lucrèce était le plus calme d'entre eux à l'inverse de Yuri qui était littéralement terrifié, ce qui était plus que surprenant chez lui. Puis, sans un mot, le jeune soldat ôta le masque qu'il portait et le laissa tomber au sol avant de faire de même avec son casque, dévoilant aux yeux du roi des cheveux blonds en épis et un regard azur qui n'avait absolument pas peur de soutenir ces yeux mordorés le fixant avec étonnement… et un intérêt loin d'être feint.


1 : Le cactus peyotl a des propriétés hallucinogènes ainsi que des effets secondaires peu agréables…

2 : Le laurier rose est une plante décorative qui est certes très belle mais aussi très toxique ! Il est effectivement déconseillé de la planter près d'une source d'eau car elle peut contaminer celle-ci.

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Disclaimer : TOV n’est pas à moi.

Titre : Petites anecdotes de Tales of Vesperia

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Note : Comme j’ai foiré mon coup pour finir dans les temps la suite de Soleil de Minuit, je vous propose de reprendre ici un format que, jusqu’ici, je n’avais utilisé que sur le fandom D. Gray-man avec plus ou moins d’humour. Bonne lecture !


Lors des élections pour élire Miss Dahngrest, Judith s’était inscrite mais suite à un vilain rhume, n’avait pas pu participer et Yuri, seul membre de Brave Vesperia ayant des mensurations approchantes des siennes, dû prendre sa place pour essayer de gagner un des prix en jeu.

Yuri se demandait encore comment les juges avaient fait pour ne pas réaliser, durant le défilé de maillot de bain, qu’il était un homme et par quel miracle il avait fini première dauphine avec un gain de cinq mille galds.

Il fit cependant jurer à toute la guilde de ne jamais parler à Flynn de cette histoire.

— —

Chaque matin pendant plusieurs jours, Rita avait sans cesse trouvé à sa porte une rose rouge avec une carte sur laquelle était écrite des poèmes d’amour et qui n’était pas signée. En ayant assez de ce mystère, elle finit par mener l’enquête et découvrit que leur auteur était un jeune agriculteur d’Halure.

Après un interrogatoire quelque peu brulant, elle finit par comprendre que celui-ci s’était trompé de maison et qu’il était en fait amoureux de la fille de l’aubergiste et qu’il était trop timide pour aller lui parler.

Le lendemain, Rita trouva une carte de remerciement et un panier de légumes fraichement récoltés en guise de cadeau d’excuse.

— —

S’il y avait bien une chose que Sodia n’appréciait pas, c’était que l’on remette en doute ses capacités à cause du fait qu’elle était une femme. Entendre des rumeurs disant qu’elle couchait avec son Commandant lui hérissait le poil et ternissait l’image de son supérieur.

Lorsqu’un groupe de chevaliers fraichement enrôlés lui manqua de respect devant le Commandant Scifo, ce dernier leur proposa donc de vérifier par eux-mêmes si le poste de son lieutenant était justifié.

Autant dire que Sodia avait beaucoup apprécié de pouvoir se défouler en bottant les fesses d’une bande de jeunes recrues indisciplinés puis de leur apprendre le respect à leurs supérieurs en les assignant aux pires corvées pendant un bon mois.

— —

Lors d’un séjour à Dahngrest, Sodia eut un accrochage avec deux hommes dans une taverne, le tout sous le regard indifférent de Yuri Lowell. Quelques habitués lancèrent des paris sur qui sortirait victorieux de la bagarre et si tout le monde paria entre dix et cinquante galds contre elle, étonnamment, ce fut Lowell qui paria sur elle et ce, la somme de mille galds.

Quand elle eut gagné, le membre de Brave Vesperia se fit un plaisir de récolter l’argent des paris puis, une fois qu’il eut établit le total, il lui donna le tout en lui précisant de remettre cette somme à Hanks dans les bas-quartiers pour lui rembourser quelques carreaux qu’il avait cassé durant son enfance.

Bien que prise de court, Sodia avait exécuté cette demande sans poser plus de questions.

— —

Opportuniste comme il l’était toujours, Raven avait trouvé un moyen d’entrer dans les vestiaires de l’élection de Miss Dahngrest sans se faire prendre. Cependant, il n’aurait jamais imaginé tomber nez à nez avec Yuri qui était en train d’enfiler tant bien que mal une robe de soirée.

S’il avait bien pensé un temps se moquer de son ami, il y avait vite renoncé en réalisant que celui-ci comprendrait très vite de quelle manière il aurait pu découvrir cela…

Qui plus est, Yuri était loin d’être désagréable à regarder en robe.

— —

Si Flynn tolérait que son ami d’enfance apprenne à Lady Estellise comment se débrouiller seule hors du palais, il aurait tout de même aimer avoir son véto sur certaines choses, notamment sur l’argot parfois utilisé dans les bas-quartiers.

Le Commandant a mis une bonne demi-journée à défaire les bêtises de Yuri en expliquant à la princesse le véritable sens de ces mots et que non, quand un homme disait qu’il allait « s’astiquer », cela ne signifiait pas qu’il allait se laver.

— —

Vers l’âge de dix ans, Yuri et Flynn s’étaient tous deux demandés pourquoi les adultes s’embrassaient sur la bouche. Ils avaient tenté l’expérience de leur côté et à l’époque, ils trouvaient ça dégoutant.

Trois ans plus tard, ils avaient retenté cela avec la langue et là, ils avaient surtout réussi à se refiler leurs microbes vu que tous deux avaient attrapé un virus qui les avaient cloué au lit pendant deux jours.

L’année suivante, lors d’un nouvel essai, Yuri avait perdu l’équilibre et avait eu une belle bosse sur le crâne.

D’un commun accord, ils avaient conclu qu’il valait mieux qu’ils ne renouvellent pas cela encore une fois.

— — —

Quand Karol était venu le voir pour lui demander des conseils sur comment plaire à Nan, Yuri lui avait répondu tout simplement d’être lui-même et qu’elle l’aimerait ainsi pour ce qu’il était réellement. Pour appuyer son argument, il lui montra Raven en train de draguer une fille dans la rue puis se prendre une magnifique baffe quand sa langue fourcha sur la nature du lieu où il voulait l’emmener dîner.

Karol se jura intérieurement que, concernant les histoires d’amour, il ne prendrait jamais Raven en exemple.

— —

Lors d’un passage à Nam Cobanda, Rita et Karol furent fortement incités par un mystérieux croupier de venir jouer à la roulette, celui-ci leur ayant précisé que le jeu était très simple. Sceptiques, ils avaient appelé Judith qui, en voyant l’individu, l’avait immédiatement reconnu comme étant un escroc.

Elle l’avait regardé avec un grand sourire avant de s’installer à table… et de totalement dévaliser celle-ci à une vitesse ahurissante. Quand le prétendu croupier avait tenté de s’enfuir, elle l’avait assommé en lui rappelant au passage qu’inciter des mineurs à jouer à des jeux d’argent était illégal.

L’homme purgeait à présent une peine d’emprisonnement pour escroquerie et Rita cherchait encore à comprendre comment la krytienne avait réussi l’exploit de gagner la somme de cinq cents mille galds sur un jeu régit par le hasard.

— —

Dans la catégorie « requêtes bizarres », la liste de Brave Vesperia s’allongeait de plus en plus. Le dernier en date avait été décroché par Judith qui, contre la somme de dix mille galds, devait amener à un noble d’Heliord un total de… dix canards du continent de Yurzorea. Qui plus est, les animaux devaient impérativement être vivants.

Elle comprit plus tard que l’homme collectionnait les canards et qu’il dépensait à chaque fois des fortunes pour en obtenir un.

— —

—Judith ? Je peux t’emprunter ce livre ?

—Hmm, non. Je ne l’ai pas encore terminé.

Calmement, la krytienne avait récupéré des mains d’Estelle le roman du Prince Captif et l’avait remis à sa place d’origine. C’était encore un peu tôt pour que son amie attaque ce genre de lecture. Par contre, il faudra qu’elle trouve un bon endroit où le cacher pour ne pas que Karol tombe dessus.

— —

En lisant le journal, Flynn était tombé sur un article parlant des élections de miss Dahngrest qui était accompagné d’une image représentant la gagnante et sa dauphine. Il avait observé celle-ci pendant un bon moment avant de se dire que, personnellement, il aurait fait le choix inverse.

Il en avait parlé avec Yuri lorsque celui-ci était passé lui rendre visite et son ami d’enfance s’était bien gardé de dire quoique ce soit.

— —

Quand il avait vu que Sodia était tombé sur ce fameux article, Yuri s’était dit qu’elle allait se moquer de lui, ce qui serait logique vu leurs rapports. Cependant, au lieu de ça, la rousse l’avait plusieurs fois regardé de haut en bas, l’air sceptique, avant de lui demander de but en blanc comment il avait réussi à ne pas se faire griller, ce à quoi il répondit qu’il se posait encore la question.

Puis il ajouta que même Flynn était tombé dans le panneau, faisant que tous deux commencèrent à remettre en question la qualité de la vue de ce dernier.

— —

—Eh le chien ! Va chercher !

L’homme, un peu louche, lança ce qu’il tenait à la main… mais Repede ne prêta aucune attention à l’emplacement où était tombé l’objet en question. Il poussa donc un grognement sonore puis, quand il vit que cet humain était encore là, il montra les crocs et aboya, ce qui le fit détaler.

Repede avait été chargé de surveiller cette porte et il était hors de question pour lui de se faire avoir ainsi. De tous les membres de Brave Vesperia, il était le seul à savoir rester professionnel en toutes circonstances.

Une fois son travail terminé, il pouvait s’autoriser à relâcher sa vigilance mais pas avant.

— —

Au sein de Brave Vesperia, Karol gérait beaucoup de choses à la fois en tant que chef de la guilde mais aussi parce qu’il n’avait pas une totale confiance envers ses camarades sur certaines choses comme la logistique ou la comptabilité.

Sur ce dernier point, l’adolescent s’estimait heureux de tenir fermement les cordons de la bourse car en plus des frais de fonctionnement et de ce qu’il mettait de côté pour payer le crédit sur leurs locaux, il fallait en plus qu’il prévoit une cagnotte spéciale réservée à toutes les fois où Yuri et Judith cassait du mobilier dans des bagarres ou pour quand l’épéiste se retrouvait derrière les barreaux durant son travail et que Flynn refusait de payer la caution le jour même.

Heureusement que Repede savait bien se comporter car autrement, les comptes de Brave Vesperia seraient certainement dans le rouge.

— —

A la fin du mois, Karol faisait le bilan des requêtes effectuées par chacun et des sommes gagnées. En regardant les parties les concernant, Yuri et Judith se demandèrent si leur cadet ne s’était pas trompé car c’était eux qui avaient eu le plus de travail.

Puis leur chef leur expliqua calmement que les frais qu’ils avaient chacun engendrés de leur côté avaient été déduits : pour Judith, c’était le coût du remplacement du piano d’un bar à Nordopolica qu’elle avait cassé durant une bagarre ainsi que plusieurs autres éléments de mobilier et pour Yuri, c’était la caution que Karol avait dû payer pour le libérer après qu’il ait cherché à refaire le portrait d’un noble hautain à Capua Torim ainsi que les dommages et intérêts qu’il devait après avoir renversé accidentellement un stand appartenant à la guilde de Kaufman.

Après cela, Yuri et Judith avaient compris que s’ils ne faisaient pas plus attention, Repede risquait de gagner souvent le quintuple de leur salaire.


NB : Voilà pour cette fois. Je reconnais que ça ne vole pas haut mais ça me permet de vider mon cerveau. Sur ce, bonnes fêtes de fin d’année à tous et à bientôt sur une autre fic !

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 Note : Alors… Cette fic n'a pas avancé depuis… Houlà ! Tant que ça ? Bon ben il est temps de vous redonner de la lecture et je vais me remettre à écrire car j'ai quand même pas mal de boulot.

Playlist :

Xandria – On my way

Xandria – Nightfall

Delain – Here come the vultures

Emmanuel Moire – L'attraction

Epica – Unchain Utopia


 

Partie 3

A Séléné, la demeure du devin lunaire était un peu plus animée qu'auparavant. Duke avait fait la connaissance de Rita, la jeune hélienne qui avait réussi à s'introduire dans leur empire, et celle-ci s'était révélée être une compagnie des plus intéressantes…

Normalement, il ne devait partager sa demeure qu'avec son ou ses éventuels apprentis mais la princesse Estellise, vu son statut, résidait au palais, faisant que quand cette jeune adolescente d'Hélios lui avait demandé si elle pouvait rester chez lui pour faire ses recherches, il avait hésité avant d'accepter. Cependant, aucun courroux divin de la part de Luna ou d'Océan n'étant venu les frapper, il en avait conclu que cette jeune fille était la bienvenue en ces lieux.

Le récit qu'elle lui avait conté lui parut des plus vraisemblables et expliquerait que la colère de Sol soit telle… mais son sang de Nyx avait perçu quelques vérités dissimulées qu'il s'était attelé à déterrer quand il fut seule avec elle. Elle lui fournit l'histoire complète assez rapidement et il ne put s'empêcher d'être intrigué qu'un jeune homme du peuple de la nuit ne se soit pas caché à Séléné, ce que sa locataire avait-elle aussi trouvé curieux mais qu'elle n'avait pas pu creuser car son ami avait été fait prisonnier avant qu'elle n'ait pu se renseigner. Elle lui avait aussi avoué avoir dérobé pas mal de choses appartenant aux prêtres de Sol, dont un parchemin détaillant quelques rituels pour appeler le dieu solaire – comme elle avait mémorisé son contenu, Duke en discuta avec elle et il constata vite qu'elle avait des connaissances théoriques plus que dignes de quiconque commencerait un apprentissage pour entrer au service d'une divinité.

A défaut de pouvoir pleinement l'aider dans sa quête, le devin lunaire proposa à Rita de l'aider dans ses rituels pour prier Luna, ce qu'elle accepta avec gratitude. Ainsi, il remarqua chez elle ce désir d'apprendre et cela confirma le potentiel qu'elle possédait – son seul défaut restait son caractère un peu explosif qui ne convenait guère pour une déesse calme comme Luna mais qui pourrait éventuellement plaire à un dieu comme Sol ou amuser Umbra qu'il imaginait aisément s'occuper en lui faisant des farces. Un sorcier solaire comme elle serait très intéressant à voir en action.

Cela faisait presque une semaine qu'ils travaillaient ensemble, attendant des nouvelles d'Hélios, quand la princesse Estellise vint les rejoindre près de l'étang ce matin-là, l'air grave. Derrière elle, il y avait un homme dissimulé sous un épais manteau sombre à capuche avec une écharpe en fourrure brune et des bottes montant jusqu'en dessous de ses genoux. Cette tenue était lourde pour la saison et le style n'était pas celui de Séléné… mais Duke, bien que cette époque était très lointaine, reconnaissait parfaitement l'habit typique des Nyx qui évoluaient en dehors de Némésis, habitués à braver le climat froid des hauteurs des Dents de Cerbère – les Terres des Nyx n'étaient pas très clémentes quand on quittait la région du lac Lymna et que l'on ignorait qu'il fallait se méfier de l'une des nombreuses rivières qui prenait sa source dans ces montagnes.

« Pardonnez-moi Duke mais il a demandé à vous voir de toute urgence. » s'excusa la princesse en le fixant de ses grands yeux turquoise. « Il est arrivé il y a peu avec une dizaine de personnes. »

« Ce n'est rien. » fit le devin lunaire en reposant le shamisen (1) dont il jouait pour prier Luna avant de se relever, prenant soin de se placer entre le nouveau venu et Rita. « Je n'avais pas réalisé que nous étions encore en hiver sur les Terres des Nyx. »

« J'ai dû contourner la capitale via les plus hauts sommets pour arriver jusqu'à vous. » s'expliqua l'inconnu avant d'ôter sa capuche, dévoilant un trentenaire aux cheveux bruns – il avait une longue mèche sur le devant et le reste était plus court – dont les yeux marron brillaient d'intelligence. « Wonderful pays qu'est Séléné… »

L'accent de cet homme était typique des Nyx qui ne fréquentaient pas les alentours du lac Lymna et le langage utilisé ressemblait à celui qu'employaient les montagnards. Quand il ôta son manteau, dévoilant une veste en cuir sombre ainsi qu'une broche en argent sur le col de celle-ci, Duke comprit à qui il avait réellement affaire : le chef des Griffes de Léviathan, le clan rival de l'Alliance de Sang.

« Il l'est tant que l'on ne cherche pas à en perturber l'équilibre. » avertit le devin lunaire qui, notant le regard de son interlocuteur dévier vers la droite, comprit qu'il avait remarqué la présence de Rita. « Nous sommes d'accord ? »

« My dear… Je ne suis pas ici pour tuer une hélienne si cela peut vous rassurer. » répliqua le Nyx avant de se tourner vers la princesse. « Forgive me d'abuser de votre hospitalité mais avez-vous un endroit où nous pourrions discuter tous les quatre tout en se désaltérant ? La marche jusqu'à Tsuki fut assez longue… »

« Il y a un Kotatsu (2) que nous pouvons utiliser et si cela vous convient, je peux faire un peu de thé. » proposa Estellise en désignant la demeure du devin lunaire.

« Du thé ! Cela est parfait my dear ! »

Emboîtant le pas de la jeune femme aux cheveux roses, ils pénétrèrent dans la modeste maison du devin. Après avoir laissé leurs chaussures dans le casier de bois prévu pour cela dans l'entrée, ils se rendirent dans la première pièce à leur gauche, une salle dont le sol était recouvert de tatamis et dont la décoration se limitait à une aquarelle de Luna qui composait un bouquet de fleurs ainsi qu'à un dessin à l'encre représentant des poissons nageant dans l'eau.

Tandis que la princesse et Rita se rendirent dans la petite cuisine adjacente, Duke invita son visiteur à s'installer sur l'un des zabutons (3) placé autour du Kotatsu.

« Votre pays natal ne vous manque pas my dear ? » lui demanda le chef de clan avec un sourire malicieux.

« Les coutumes du peuple de la nuit sont encore très vives dans mon esprit mais je ne regrette pas d'être venu à Séléné. » répondit calmement le devin lunaire, ce qui sembla satisfaire son interlocuteur. « Par contre, nous avions peu de nouvelles de Némésis donc excusez-moi de ne pas connaître votre nom. »

« I forget que Barbos avait grandement freiné le commerce avec l'empire. Mon nom est Yeager et j'aurais besoin de votre aide. »

La mine grave qu'arborait à présent le dirigeant des Griffes de Léviathan ne promettait pas de bonnes nouvelles. Que s'était-il donc produit pour qu'il vienne à Séléné ? Avait-il besoin d'une protection quelconque pour ne pas rester sur les terres des Nyx ?

« La situation doit être grave pour que vous ayez quitté les montagnes. » constata Duke tandis que les filles revenaient avec le thé et s'installaient. « De plus, je ne vois pas pourquoi c'est de moi dont vous auriez besoin. »

« My friend, croyez-moi que cela ne m'enchante pas mais j'ai dû prendre une décision en catastrophe face aux derniers évènements. » déclara Yeager tout en fixant avec un intérêt non feint la théière en fonte noire. « My dear princess, dites-moi que vous avez préparé ce thé dont nous avions discuté sur le chemin. »

« Oui sieur Yeager, c'est bien du Genmaïcha. (4) » confirma Estellise avec un sourire avant de servir chacun d'eux.

« Wonderful ! Hélios faisait de bons thés à une époque mais j'ai cru comprendre qu'eux aussi avaient quelques soucis… »

Un coup d'œil sur le côté permit au devin de constater que Rita faisait de son mieux pour rester discrète, très certainement parce que cet ami qu'elle avait évoqué lui avait conseillé de se méfier des Nyx et qu'elle ne voulait pas lui donner des informations dont il risquerait de se servir contre le royaume de Sol.

« Pourrions-nous réduire les politesses et en venir aux faits ? » questionna Duke en fixant son interlocuteur de ses yeux rouge sang. « Que me voulez-vous exactement ? »

« M'aider à résoudre un grave problème provoqué par Barbos. » répondit Yeager tout en tenant sa tasse de céramique entre ses mains, savourant la chaleur qu'elle dégageait. « Some days ago, l'Alliance de Sang était dans une position assez précaire car nous, les Griffes de Léviathan, avions réussi à réduire leur influence dans les montagnes et la capitale. Recruter leurs membres de force avait fini par se retourner contre eux car nous étions bien plus nombreux et mieux organisés. Cependant, alors que nous mettions au point une stratégie pour se débarrasser de la garde rapprochée de Barbos, ce dernier nous a réservé une très mauvaise surprise qui a mis tous nos projets à mal : il a tué le sage nocturne. »

En entendant les derniers mots, le devin lunaire, habituellement peu expressif, ne put s'empêcher de montrer son horreur et sa stupéfaction face à cette nouvelle, un sentiment qui était visiblement partagé par les deux jeunes femmes qui avaient laissé échapper un petit cri choqué.

« Mais… Pourquoi ? » demanda Estellise, visiblement épouvantée face à cette nouvelle. « Je croyais pourtant que le sage nocturne était neutre. »

« Il l'est my dear princess. » répondit le chef des Griffes de Léviathan, la mine sombre. « Seulement, chez les Nyx, pour obtenir le droit de diriger le pays, il faut effectuer une cérémonie avec le sage nocturne. En le tuant, Barbos s'est assuré que personne ne risquerait de lui prendre sa place, même si, pour cela, il s'est attiré la haine de beaucoup de Nyx. »

« Le plus gros problème pour le peuple de la nuit, c'est qu'il ne peut plus communier pleinement avec Umbra. » précisa Duke qui commençait à mieux comprendre la situation. « Malheureusement, bien que j'appartienne en partie aux Nyx, je ne peux pas quitter Séléné vu ma fonction et ce même si je souhaite comme vous rétablir un bon équilibre dans mon pays d'origine. »

Oui… La seule raison pour laquelle Yeager voulait le voir lui était qu'il espérait le voir remplacer le sage nocturne. Seulement, ceci était impossible car le devin lunaire ne pouvait quitter l'empire de Séléné ou rester trop longtemps éloigné de Tsuki. Les Nyx étaient dans une crise sans précédent s'ils avaient perdu le seul d'entre eux capable de pleinement communiquer avec leur divinité. La sentence d'Umbra allait tomber au moment où Barbos s'y attendrait le moins, cela, c'était certain. Mais le hic, c'était que sans une personne ayant été initié aux rituels, le peuple de la nuit risquait fort de disparaître…

« Votre sage nocturne n'avait pas d'apprenti ? » demanda Estellise, à la fois curieuse et étonnée. « Il me semblait pourtant que cela se faisait… »

« Sadly, la guerre contre Barbos a plus incité à s'engager dans un clan plutôt qu'à s'intéresser à nos croyances. » répondit Yeager avant que son regard ne se tourne vers Rita qui, depuis quelques minutes, montrait des signes de nervosité. « Auriez-vous un problème my dear ? Je vous vois martyriser votre lèvre inférieure depuis tout à l'heure. Ma présence vous met-elle si mal à l'aise ? »

Il était vrai que la jeune hélienne n'était pas très tranquille depuis l'arrivée du Nyx, ce qui était compréhensible à la vue des histoires, bien souvent fausses, qui circulaient sur le peuple de la nuit ainsi qu'à cause des nombreux raids qu'ils avaient faits contre des villages d'Hélios dans le passé. Cependant, cette nervosité s'était accentuée quand il fut mentionné que le sage nocturne avait été tué…

« Ce n'est pas ça mais… » commença Rita, visiblement très hésitante. « Pourquoi Barbos aurait fait cela au juste ? Aurait-il pu devenir fou ? »

« J'ai quelques doutes my dear… » fit Yeager en fronçant les sourcils, ayant très probablement perçu cette vérité cachée derrière les mots de la plus jeune. « Furthermore, j'avais noté des soldats d'Hélios autour du lac Lymna. Certains ont été assez difficiles à repérer… »

Cette information était vraie, Duke le sentait. Seulement, la révéler avait pour but de pousser l'adolescente à dévoiler ce qu'elle voulait leur dissimuler, une ruse classique mais qui ne fonctionnait pas sur tout le monde. Allait-elle se faire avoir ? Vu son caractère…

« Je suis certaine qu'il n'a rien à voir avec cela… » marmonna la jeune hélienne avant de réaliser qu'elle avait été entendue. « Je veux dire… Oh et puis zut ! »

D'un coup elle se leva et se mit à marcher de long en large dans la pièce, visiblement en proie à une grande réflexion tandis que Yeager regardait la scène avec un amusement non dissimulé. De son côté et via ce qu'il savait de la cadette, le devin lunaire suspectait que cela avait un rapport avec ce fameux ami dont elle lui avait parlé…

« Tout va bien Rita ? » demanda Estellise, un peu inquiète.

« Non, tout ne va pas bien ! » répondit la concerné avec un profond soupir d'agacement. « D'un côté on a Sol qui menace de réduire son propre royaume en cendres depuis des années et de l'autre, on a un peuple qui est voué à l'extinction si son dieu décide de les punir pour la mort du sage nocturne. Or, je suis certaine que tout ça n'est pas un hasard. Ces deux situations peuvent être résolues mais il faut trouver pourquoi elles sont arrivées et le nœud du problème est probablement à Hélios ! »

« My dear, dans le cas du sage nocturne, il n'y a pas de solution. » déclara le chef des Griffes de Léviathan mais, au son de sa voix, il n'en était pas certain…

« A moins de savoir où se cache l'apprenti. » répliqua Rita avec fermeté, ce qui attisa grandement l'intérêt de l'assemblée. « Je ne sais pas comment Barbos a pu le découvrir vu où il est mais s'il est au courant, c'est que quelqu'un là-bas l'en a informé, une personne qui peut potentiellement être liée à ce qu'il se passe en Hélios… »

« Ce fameux ami… » conclut Duke en se remémorant ses conversations avec la jeune hélienne. « Cependant, j'avoue être encore assez surpris qu'il ne soit pas venu à Séléné. »

« De quoi parlez-vous au juste ? » demanda la princesse, visiblement perdue.

Si Estellise ne parvenait plus à suivre la conversion, Yeager ne semblait pas avoir ce problème car, après un court instant de réflexion, il s'était mit à afficher un sourire satisfait, signe qu'il avait probablement compris qui était celui dont ils parlaient.

« Le sage nocturne nous a bien eu ! » s'exclama le Nyx avec un léger rire. « Prétendre que son apprenti s'était noyé dans le Styx était un mensonge grossier mais personne ne serait allé le vérifier vu que le gamin n'est jamais revenu à Némésis. Je n'aurais pas pensé qu'il était à Hélios. Very clever. »

« Vous voulez dire qu'il avait bel et bien un apprenti ? » réalisa la princesse, regardant tour à tour chaque personne présente.

« Un gamin dont les parents ont été tués par l'Alliance de Sang. Il devait avoir à peine trois ans quand il a été recueilli par le sage nocturne et il a disparu quand il avait… quatorze ans I think. Je l'ai croisé une fois ou deux et vu la manière dont il fixait Barbos, il le détestait. Il était du genre têtu celui-là… »

« Je doute qu'il ait changé. » fit Rita en reprenant sa place. « Il fait souvent passer les autres avant lui, ce qui l'a mené dans la situation où il est actuellement… »

Puis la jeune hélienne leur raconta comment elle avait rencontré Yuri, l'aide qu'il lui avait apportée pour comprendre ce qu'il se passait en Hélios, la rébellion contre le roi Thar et la manière dont elle s'était terminée. Elle ajouta ensuite qu'elle était encore en contact avec l'espion qui les avait dupés dans le but qu'il l'aide à sauver son pays. Duke l'encouragea à parler de ses découvertes, ce qu'elle fit avec une légère hésitation – Yeager était intelligent donc s'il sentait qu'on lui cachait quelque chose, il risquait d'être dangereux et de se retourner contre eux.

Une fois le récit terminé, le chef des Griffes de Léviathan resta pensif un bon moment puis, après avoir bu une gorgée de thé, il laissa échapper un éclat de rire joyeux qui laissa l'assemblée quelque peu perplexe.

« Voilà donc ce que préparait ce vieux bougre ! » s'exclama le Nyx avec un grand sourire. « Il va avoir une sacrée surprise quand il mettra la suite de son plan à exécution… »

« Que voulez-vous dire au juste ? » demanda Rita, intriguée.

« My dear, si vous aviez été comme moi dans les Terres des Nyx durant cette décennie, vous sauriez que Barbos a une petite tendance à se montrer plus gourmand qu'il ne le devrait et elle n'a fait qu'empirer au fil des ans. Supposons que quelqu'un de votre pays lui ait fait miroiter quelque chose qui l'intéresse… »

« L'apprenti du sage nocturne par exemple. » coupa Duke, souhaitant écourter les bavardages inutiles. « S'il possède un allié à Hélios, il se peut qu'il tente de le doubler à la première occasion en ramenant Yuri de force à Némésis et, ainsi, regagner les faveurs des autres Nyx. »

« Mais cette personne ne risquerait-elle pas de se venger ? » questionna la princesse.

« Yes princess mais Barbos peut profiter de la faiblesse du royaume de Sol en lançant de multiples raids sur celui-ci. » répondit Yeager avant d'émettre un léger ricanement. « Sauf qu'il va avoir une drôle de surprise… »

Une forte étincelle de malice brillait dans les yeux du Nyx, signe qu'il avait probablement prévu de quoi contrer son adversaire. Une courte réflexion permit à Duke de comprendre que leur invité avait vraisemblablement bien tenu compte de la présence d'espions d'Hélios et qu'il avait peut-être scindé ses troupes : une partie l'avait accompagné à Séléné tandis que l'autre s'était certainement infiltrée en Hélios et attendait des instructions. Cet homme était intelligent et si le chef de l'Alliance de Sang était allé jusqu'à tuer le sage nocturne, c'était qu'il craignait réellement de perdre sa place.

Cependant, le devin lunaire ne pouvait s'empêcher de se demander si le chef des Griffes de Léviathan ferait un bon dirigeant. Dans quelle direction allait-il mener le peuple de la nuit ?

-§-

Il avait fallu deux jours à Yuri pour correctement récupérer et un jour de plus de soins à base de pommades pour que Karol juge que les égratignures sur son dos cicatrisaient bien. Suite à l'état physique dans lequel il était revenu après sa nuit avec le roi Thar, le favori avait interdiction de sortir du harem, y compris pour satisfaire les désirs du souverain – sur ce point-là, Raven s'était montré très strict… voire même un peu trop selon son sang de Nyx.

Heureusement, le jeune homme avait d'autres choses à penser, notamment par rapport à ce que Flynn lui avait appris.

Le lendemain matin de leur conversation, le soldat avait accepté de lui parler de ce qu'il s'était produit après son retour au harem et, si le garde n'avait pas découvert son secret, il aurait eu du mal à croire qu'Umbra s'était servi de lui de cette manière – bon, ayant été l'apprenti du sage nocturne, il savait que la divinité des ténèbres s'amusait certaines fois mais il ignorait que la perversité faisait autant partie de ses traits de caractère. Difficile de dire ce qui avait poussé le dieu à lui voler son corps mais, ce qui inquiétait Yuri, c'était que suite à cette nouvelle, il s'était remémoré au mieux tout ce qu'il avait pu apprendre… et il suspectait à présent son ancien mentor de s'être servi de lui comme réceptacle pour communiquer avec Umbra – le rituel était très simple pour l'appeler vu qu'il suffisait juste de connaître les bonnes paroles et que l'hôte soit un Nyx. Il pouvait difficilement le prouver mais son absence de souvenirs sur certaines périodes dont la nuit où il était entré en Hélios serait à présent parfaitement logique s'il n'était pas celui aux commandes de son corps à ce moment précis.

Pour ce qui était de cette mystérieuse divinité liée au bracelet, il leur était difficile de l'appeler sans savoir son nom ou dans quel but elle – ou plutôt il car, de ce qu'il avait compris, c'était un homme – était vénéré. Le favori avait interrogé Karol sur l'histoire du dieu Sol et de sa progéniture mais le récit qu'il connaissait était, dans une version plus allégée, celui que lui avait conté Rita… ce qui lui fit se poser des questions sur comment le père de Flynn avait pu avoir connaissance d'une version différente. Quelle fonction cet homme avait bien pu occuper pour posséder ce bijou et savoir que le cadet des fils de Sol était d'une santé fragile ? Vu que le village d'origine du soldat était au bord du Neilos, il était probable que si ce dieu anonyme avait eu un temple, il devait se trouver près du fleuve, ce qui pouvait signifier que le cours d'eau était son domaine – le Nyx en était quasi certain vu que l'eau présente dans les bains du harem venait en grande partie de là-bas ou du delta qui se jetait dans la mer Azurée.

Cependant, leur enquête sur les intentions réelles d'Umbra et sur son neveu avait été quelque peu retardée suite aux histoires du harem…

Deux jours plus tôt, un des serviteurs du brasseur d'air – Narcisse de son vrai nom – avait tenté de droguer Repede quand il faisait le tour de la cour mais l'animal ne s'était pas laissé prendre au piège. Seulement, celui qui s'était fait avoir était un petit singe particulièrement agressif que venait d'adopter le bariolé – alias Orpin, un autre des favoris qui n'était pas réputé pour son intelligence – et qui avait fini son bref séjour dans le bassin. Les deux concernés s'étaient disputés dans la cour durant un bon moment sous le regard des serviteurs et du renfrogné – Lucrèce, celui dont l'oiseau avait subi un sort similaire quelques mois plus tôt – qui avait visiblement la furieuse envie de se venger vu comme il fixait Narcisse avec qui il était en froid depuis un bon moment – Yuri était probablement le seul du harem à ne pas avoir de soucis avec Lucrèce mais il gardait ses distances avec lui par mesure de précaution et aussi parce qu'il avait appris qu'il venait du temple de Sol.

Tout ceci ne serait pas sorti du quartier des favoris s'il n'y avait pas eu une partie de la nourriture destinée aux autres pensionnaires du harem qui avait été elle aussi empoisonnée et qui rendit malade un bon tiers de la vingtaine des jeunes éphèbes qui n'avait pas encore suffisamment plu au roi pour gagner le droit de déménager dans le meilleur bâtiment. Des médecins furent amenés en urgence par Raven pour soigner tout ce petit monde mais il était clair pour tous que cela n'était pas un accident. Cependant, tout aliment avait été jeté par les serviteurs et il était donc devenu difficile de savoir lequel avait été agrémenté d'un ingrédient indésirable… ainsi que de remonter jusqu'au coupable bien que les soupçons se portaient sur Narcisse, celui des favoris dont la place était la plus précaire selon les dernières rumeurs – le Nyx trouvait parfaitement logique d'être parmi ses cibles vu qu'il était le préféré du souverain et que le brasseur d'air n'avait pas quitté le harem la nuit depuis une bonne année.

Aujourd'hui, l'ambiance était assez tendue, surtout si l'on se rapprochait du coin de la cour où se faisait éventer leur potentiel adepte des ingrédients secrets douteux.

« J'ai discuté avec un des soldats de Lucrèce. » déclara Flynn, le dos appuyé contre l'encadrement de la porte et qui fixait du coin de l'œil l'endroit où se trouvait le brasseur d'air. « Narcisse est un noble mais il semblerait que sa famille ait perdu en prestige à Aurum ces derniers jours. »

« Voilà pourquoi les deux derniers à être entrés au harem sont nobles ! » s'exclama Karol qui terminait de recoudre le haut d'une tunique. « Ils ont été empoisonnés eux aussi et la garde a été renforcée au harem. Je me demande si ça servira à quelque chose… »

« Va savoir. » fit Yuri, plus préoccupé par autre chose que par la potentielle disgrâce d'un des trois autres favoris. « Flinnie, tu as déjà parlé avec le renfrogné à tout hasard ? »

« Il ne m'a jamais parlé mais il m'a déjà adressé un signe de la main. »

Le Nyx hocha la tête face à cette information. Lucrèce était plutôt quelqu'un de discret et avec lui, il valait mieux obtenir un silence qu'un long discours en guise de premier contact car cela signifiait qu'il tolérait bien la personne. Il était assez difficile de savoir ce qu'il pensait des autres si l'on ne prenait pas le temps de l'observer.

« A l'occasion, ça pourrait valoir le coup que tu essaies. » suggéra le favori en repensant à ce qu'ils savaient de ce bracelet. « Peut-être qu'il peut nous apprendre des trucs sur Sol mais il faudra être prudent avec lui car je crains qu'il soit proche de Garista vu d'où il vient… »

« Je pense qu'il est surtout intéressé par l'idée de voir Narcisse dégager du harem. » fit le serviteur en rangeant le vêtement qu'il avait achevé de raccommoder. « Et encore, pas de la manière douce… »

Si le renfrogné avait pu faire au brasseur d'air ce qu'il avait prétendument osé faire à son oiseau, il ne s'en serait pas privé. Or, Lucrèce n'était pas un idiot et il savait qu'en face, il avait affaire à un noble qui s'arrangeait toujours pour qu'un serviteur goûte ses plats avant lui. Une simple disgrâce de son ennemi ne lui suffirait jamais et Yuri mettrait sa main à couper que le plus calme des favoris devait prier Sol tous les matins pour qu'il abatte sa rage sur ce cher Narcisse…

Des coups à la porte de la chambre coupèrent court à leur conversation. Karol alla ouvrir et laissa entrer les deux serviteurs du roi qui n'étaient pas venus les mains vides.

« Son Altesse vous offre ces modestes présents et souhaiterait votre présence au dîner de ce soir. » déclara un des hommes dont la tenue beige rehaussée de fils d'or sur le col ainsi que de la broche en forme d'œil qu'il portait à l'épaule gauche attestaient de la personne pour qui il travaillait. « Bonne journée à vous. »

Après avoir déposé sur le lit ce qu'ils avaient amenés, ils repartirent, les laissant observer les cadeaux du roi plus attentivement.

Le Nyx s'intéressa en premier au vêtement qui était dans un style un peu inhabituel : l'ensemble ressemblait fort à une toge à manches longues mais le côté étrange était la manière dont elle semblait se fermer qui lui évoquait plutôt un habit sélénite, la ceinture épaisse en moins – il pousserait même le vice en disant que cette tenue lui évoquait encore plus ce qu'il portait à Némésis en dessous de la veste chaude que le peuple de la nuit revêtait pour aller chasser dans les montagnes. Poursuivant son étude de la chose, il nota la qualité du lin noir, la présence de fils d'or dans le col et sur les extrémités des manches, la finesse du tissu qui n'était probablement pas aussi opaque qu'il en avait l'air au premier coup d'œil, la coupe qui était destinée à souligner la silhouette sans la mouler pour autant…

Pas de doute, c'était le roi Thar qui avait commandé ce vêtement exprès pour lui et Yuri était certain qu'il serait parfaitement à sa taille.

Ses yeux sombres passèrent en revue le reste qui se composait d'une ceinture d'améthystes, d'un bracelet en or serti d'un rubis et de petits pots de terre cuite qu'il reconnu comme contenant du maquillage – l'idée de servir à nouveau de poupée ne l'enchantait absolument pas mais il avait encore une légère marque du coup qu'il avait reçu au visage donc il n'avait pas d'autre choix que de se prêter à ce jeu ridicule. L'absence de pinceaux et autres outils destinés à appliquer correctement le contenu de ces récipients fit grommeler Karol qui marmonna qu'il avait mieux à faire que de courir après des ustensiles pour la cosmétique avant de s'éclipser pour récupérer ce qu'il lui manquait.

Par contre, il y avait un paquet de tissu clair dans le lot qui ne venait très certainement pas du souverain… Il l'ouvrit et y découvrit un masque de bronze qui devait pouvoir couvrir la moitié haute du visage ainsi qu'un morceau de papier avec un oiseau dessiné à l'encre noire dessus.

« Qu'est-ce que c'est que cela ? » demanda Flynn en regardant le dernier élément avec un haussement de sourcil. « Le roi fait un bal masqué ? »

« En réalité, ce n'est pas pour moi. » répondit Yuri avec un léger sourire en tendant l'objet du délit à son interlocuteur. « C'est pour toi. »

Cela pouvait paraître étrange mais en fait, le favori avait eu, quelques mois plus tôt, une conversation avec Raven après que le garde qu'il avait eu à l'époque ait rejoint les pensionnaires du harem suite au fait qu'il l'avait accompagné lors d'un dîner et qu'il avait physiquement plu au roi – malheureusement pour ce garçon, il n'avait pas été très malin et n'avait été capable de tenir seul qu'une petite semaine avant d'être retrouvé un matin aussi raide qu'une planche. N'ayant aucune envie de voir de nouveau cette situation se reproduire, il avait été convenu entre lui et le vieux que dès qu'il était susceptible de sortir du harem avec un jeune éphèbe en guise de chaperon, celui-ci devrait porter un masque ainsi que son casque afin que le regard mordoré du souverain ne détaille pas trop ses traits.

« Je dois vraiment porter ceci ? » fit le soldat en tenant le masque entre ses mains. « Ce n'est pas un peu exagéré ? »

« Vu ton physique et ton minois, si tu te balades avec moi sans ça, tu risques de recevoir un traitement proche du mien si tu vois ce que je sous-entends… »

La grimace que fit Flynn à cette réponse lui confirma que l'idée de passer dans le lit royal lui déplaisait fortement. Par contre, son regard onyx nota un léger mouvement de l'épaule de la part de son interlocuteur…

« Mal à l'épaule ? » supposa Yuri qui se souvint d'avoir entendu le garde se tourner plusieurs fois sur sa paillasse durant la nuit.

« Un peu oui. » admit le jeune hélien en posant sa main sur son épaule gauche. « J'ai mal dormi cette nuit. Cela se voit à ce point ? »

« Je suis naturellement entraîné à détecter les mensonges en lisant le langage corporel de ceux à qui je parle. Si je me mélangeais aux autres pensionnaires du harem, je percevrais tellement de bêtises dans leurs paroles que j'en aurais le tournis ! »

Un rire amusé leur échappa à cette phrase qui était un peu exagérée – en même temps, entre les complots, les ragots et les paroles noyées sous une bonne couche de miel, la favori avait vite appris à se déconnecter des autres ainsi que de leurs faux-semblants.

« Je vais t'arranger ça. » fit Yuri en faisant signe à Flynn de s'approcher… mais celui-ci semblait assez hésitant. « Je compte juste te masser les épaules, rien d'autre. »

Cette précision eut son effet car le soldat accepta la proposition et quitta sa place, remplacé par Repede qui s'attela à faire le guet – en aucun cas il ne fallait qu'un autre que Karol n'entre ou ne les voie car sinon, cela risquait d'être mal interprété et de leur coûter très cher. Le Nyx invita l'hélien à s'asseoir au sol tandis qu'il l'imitait en s'installant derrière lui.

« Tu devrais enlever ta tunique tu sais. » suggéra le favori en fixant le vêtement de lin blanc dépourvu de manches que son homologue portait habituellement sous son armure de bronze – celle-ci ne se composait que d'un plastron et d'épaulettes mais elle était certainement difficile à supporter avec la chaleur.

Après quelques secondes de réticence, le garde se décida à ôter son haut, dévoilant aux yeux onyx ce dos musclé qu'il avait, jusqu'ici, vaguement pu apercevoir. La peau était légèrement bronzée et, à certains endroits, il était possible de voir d'anciennes cicatrices, probablement dues à l'entraînement qu'il avait reçu ou à quelques aventures d'enfance. Ce qui était le plus frappant, c'était l'odeur légèrement musquée qui montait vers ses narines et qui n'était en rien masquée par des huiles ou des parfums. Ce n'était pas désagréable à respirer.

Son observation finie, Yuri plaça ses mains sur les épaules de Flynn et se concentra sur sa tâche : masser cette zone pour soulager un peu son homologue. Cependant, il ne put s'empêcher de continuer à détailler le jeune homme face à lui avec tous ses sens, un peu comme quand il était privé de sa vue les nuits où il rejoignait les appartements royaux. Ses doigts savouraient inconsciemment la texture de cette peau lisse et légèrement humide, signe qu'il avait bel et bien transpiré. Ses oreilles étaient focalisées sur cette respiration dont le rythme régulier était coupé par un léger grognement ou un soupir d'aise suivant l'endroit qu'il touchait.

Qu'il soit autant absorbé par la présence d'un autre n'était pas du tout normal… Qu'est-ce qu'il lui arrivait aujourd'hui ?

Difficile de dire combien de temps s'était écoulé exactement mais un grognement de Repede le sortit de tout cela et le reconnecta à la réalité : quelqu'un qui n'était pas un ami se rapprochait. Ce son fit que le Nyx et l'hélien se séparèrent aussitôt et si le garde se hâta de remettre sa tunique, le favori choisit de feindre de l'intérêt pour les derniers présents du roi bien qu'en réalité, il était encore perturbé d'avoir eu son esprit accaparé à ce point par le soldat.

-§-

La sensation de quelque chose de dur dans son dos et la chaleur étouffante furent ce qui la réveilla. Ses yeux s'ouvrirent et au lieu de voir les murs familiers de sa chambre, elle aperçut les branches d'un dattier. Elle tourna la tête et vit, plus loin, un champ d'orge et quelques maisons en briques crues. Au son qui parvenait à ses oreilles, elle était à quelques mètres du Neilos…

La grande question pour Sodia était comment elle avait réussi à arriver jusqu'ici cette fois-ci ? Rien n'était familier autour d'elle, signifiant qu'elle s'était bien éloignée de son village… très certainement de la même manière que la dernière fois : en marchant alors qu'elle était profondément endormie. Si elle ne se trompait pas dans le compte, elle en était à présent à vingt-deux crises de somnambulisme depuis trois ans environ – elle le savait grâce à Flynn qui avait, une nuit, été témoin de cela et qui l'avait empêchée de justesse de se diriger droit dans le fleuve.

Prenant une position assise, elle se retourna pour voir ce qui était derrière elle, s'attendant à une pierre ou à une racine. Sa surprise fut assez grande quand elle y vit un objet qu'elle n'avait jamais vu auparavant : une sorte de pierre noire ovale munie de trous.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » se demanda-t-elle à voix haute en prenant ce truc en main.

Un examen approfondi lui permit de constater que cette pierre avait été taillée pour avoir cette forme ovale avec, curieusement, un morceau qui dépassait. En tout, il y avait huit trous sur un côté et un neuvième au bout de cette partie qui lui évoquait étrangement le bec d'une flûte. A tout hasard, elle souffla dedans… et eut un léger sursaut en constatant qu'une note en était sortie.

En résumé, elle avait affaire à un instrument de musique qu'elle ne connaissait absolument pas.

Sodia se décida à se lever puis s'adossa contre le tronc du dattier. Son pied gauche était endolori et un simple coup d'œil lui suffit pour comprendre que la cause de cela était qu'elle avait certainement dû marcher sans ses sandales pendant un bon moment. Elle ne fut pas surprise de découvrir, bien cachée sous la poussière qui recouvrait sa peau, une coupure en dessous de son petit orteil qui, curieusement, semblait avoir bien cicatrisé. Sa robe en lin blanc s'arrêtait au niveau de ses genoux mais elle avait dû s'accrocher quelque part car le bas était déchiré et dévoilait à présent la moitié de sa cuisse gauche. La corde de chanvre qu'elle portait en guise de ceinture était intacte mais sa tresse était défaite et ses cheveux tombaient en boucles rousses sur ses épaules.

La dernière question que la jeune femme se posait était à quel endroit du Neilos elle se trouvait exactement. Etait-elle plus proche du delta ou bien des chutes d'Abou Simbel ? La deuxième option était la plus probable car jamais ses crises de somnambulismes ne l'avaient amenée du côté de la mer Azurée. Même si elle savait très bien dans quel sens aller pour rentrer chez elle, elle ignorait combien de temps il lui faudrait pour arriver à destination.

Cependant, un détail commençait à l'intriguer : le silence qui régnait.

Levant ses yeux violine vers le ciel bleu, Sodia vit que le soleil n'avait pas encore atteint son zénith, signe qu'il n'était pas encore midi. Or, dans ces heures-ci, elle devrait apercevoir les habitants du village qui vaquaient à leurs différentes occupations ou entendre des enfants qui jouaient ensemble près du fleuve. Ce calme était anormal…

Le mystérieux instrument de musique dans une main, elle s'avança avec prudence vers la maison la plus proche, coupant à travers le champ d'orge dont les épis frottaient contre sa peau. Il ne lui restait qu'une dizaine de mètres à parcourir quand deux choses la frappèrent de plein fouet : une odeur métallique et de multiples bourdonnements qui lui donnèrent la nausée. De moins en moins tranquille, elle continua d'avancer, ignorant son pied douloureux, et arrivée près de l'entrée de la petite bâtisse en briques crues, elle jeta un coup d'œil dans l'ouverture… avant de faire deux pas en arrière, sa main libre plaquée contre sa bouche.

Sodia comprit avec horreur ce qu'il s'était très certainement passé dans ce village : les habitants avaient été tués… ou plutôt massacrés du peu qu'elle avait pu apercevoir. Elle rassembla son courage pour regarder à nouveau mais elle dut s'éloigner au bout d'une dizaine de secondes, la vue de tous ces corps mutilés et entassés dans cette petite habitation étant difficile à supporter. La certitude, c'était que cela s'était probablement produit dans la nuit… et qu'elle avait eu une chance incroyable d'y échapper.

Elle perçut des bruits plus loin et, le plus silencieusement possible, elle progressa jusqu'à une grosse jarre de terre cuite derrière laquelle elle se cacha afin d'épier ce qu'il se passait. Après une minute d'attente, elle vit deux personnes sortir d'une maison à deux étages – probablement celle d'un artisan vu la sobriété de la demeure – qui, à en juger par leurs habits sombres et leurs bottes, n'étaient certainement pas des héliens. Leurs visages étaient cachés sous une capuche et un foulard aux tons bordeaux mais il était aisé de distinguer le symbole cousu dans le dos de leur veste : celui de l'Alliance de Sang, un clan de Nyx dont elle avait entendu parler quelques années plus tôt et dont la réputation était loin d'être amicale.

Cependant, le peuple de la nuit était censé avoir été repoussé dans son territoire il y a une vingtaine d'années suite aux massacres des villages frontaliers et tout le monde disait que les enfants d'Umbra n'étaient plus qu'une poignée tout au plus. Or, cette rumeur était visiblement fausse…

« No truem ed duahc ici ! » s'exclama l'un des Nyx, un homme, dans la langue du peuple de la nuit. Si Sodia se souvenait bien de la période où elle apprenait cette langue, celui qui avait parlé s'était plaint de la chaleur… Elle ouvrit grand ses oreilles et écouta leur conversation.

« C'est Hélios, c'est sec et t'as le soleil tous les jours vieux. » répliqua le second, un homme lui aussi, avec un certain agacement. « Pour ça qu'on bouge que la nuit. »

« Sérieux, tu crèves de chaud le jour et tu te les gèles la nuit. Ce pays est un enfer ! »

« Au lieu de te plaindre, aide-moi à entasser les derniers corps et après, on va se pieuter. »

« Quand je pense que les autres sont… »

« Ta gueule ! C'est le chef qui a décidé comme ça alors tu obéis ! »

Tout cela n'apprenait quasiment rien à Sodia excepté qu'elle ne devait pas rester dans les parages. Elle profita donc que les deux hommes rentraient dans la maison d'artisan pour repartir vers le champ d'orge mais elle dut de nouveau se cacher quand elle vit un troisième Nyx plus loin, précisément devant le dattier sous lequel elle s'était réveillée. Celui-ci ne semblait pas l'avoir remarquée mais dans le doute, elle resta accroupie derrière les épis, avançant lentement dans la direction opposée au village.

Puis soudain, quelque chose craqua de façon sonore sous son pied. Elle resta immobile, le cœur battant la chamade dans sa poitrine… et quand elle entendit que quelqu'un traversait le champ dans sa direction, elle sut que le Nyx l'avait entendue. Elle était fichue.

« Tiens ? » fit l'homme avec un étonnement non feint. « On a donc une survivante ? »

Sodia fit celle qui ne comprenait rien à la langue du peuple de la nuit et elle se contenta de fixer cet individu avec effroi. Cependant, celui-ci la détaillait de haut en bas jusqu'à ce que son regard s'arrête sur ce qu'elle tenait dans sa main.

« C'est donc toi qui a trouvé mon ocarina… » dit-il, cette fois-ci en lui parlant de façon distincte dans la langue d'Hélios de sorte à être certain qu'elle le comprenne. « Rends-le moi et je te laisserai partir. »

Honnêtement, elle n'y croyait pas, surtout au moment où il avait ajouté dans le jargon des Nyx qu'il comptait s'amuser un peu avec elle… La jeune femme esquissa un mouvement de recul, ce qui ne passa pas inaperçu.

« Comme tu voudras. » déclara l'homme en sortant une dague du petit fourreau de cuir qu'il portait à la ceinture. « Quel gâchis de devoir abîmer une fille comme ça ! »

Sauf qu'à peine avait-il commencé à se baisser vers elle que son crâne fut frappé de plein fouet par un caillou aussi grand que la paume de sa main, l'assommant et le faisant tomber sur le côté. Sodia se retourna pour voir d'où venait le projectile puis aperçut une krytienne, aisément reconnaissable à sa chevelure bleutée et ses oreilles pointues, qui venait rapidement vers elle.

« Il faut vite que l'on aille vers le Neilos ! » s'exclama l'inconnue en l'aidant à se relever. « Je connais un endroit où ils ne nous trouveront pas. »

La jeune hélienne ne se posa pas de question et suivit sa sauveuse, l'ocarina en pierre noire toujours dans sa main…

-§-

Durant tout l'après-midi, le bâtiment des favoris avait été très actif en prévision du dîner avec le roi, plus particulièrement les serviteurs qui s'activaient afin de satisfaire les exigences de leurs maîtres. Cette effervescence, Flynn l'avait observée de loin durant tout le temps où Karol avait aidé Yuri à se préparer. Le favori, ayant senti venir la chose, avait décidé de se rendre aux bains vers midi et de manger après, ce qui s'était avéré être une bonne idée car ceux-ci avaient ensuite été monopolisés par Narcisse pendant deux bonnes heures, ce qui avait fortement déplu à Orpin – de ce qu'il avait entendu, Lucrèce y était allé le matin et avait donc lui aussi échappé à un conflit avec un des autres éphèbes préférés du roi.

Le soldat avait déjà constaté que le Nyx, en grande partie à cause de sa longue chevelure de jais qui mettait un bon moment pour sécher, avait besoin de temps pour se coiffer. Cependant, il portait encore des traces visibles des coups qu'il avait reçus quelques nuits plus tôt et, visiblement à contrecœur, il allait être contraint de les camoufler au mieux afin d'être présentable car le repas avec le souverain était en fait un banquet où plusieurs notables étaient conviés.

Pendant que le jeune serviteur s'attelait à essayer de maquiller un Yuri peu coopératif, Flynn avait mis son casque puis il prit le masque dans sa main et s'était un peu éloigné, laissant à Repede la garde de la porte de la chambre. Sous les rayons du soleil couchant, le regard azur de l'hélien ne tarda pas à repérer une silhouette couverte de bijoux – Narcisse, reconnaissable à ses cheveux blonds foncés ornés d'une couronne de fleurs roses ainsi qu'à ses habits en lin blanc très fin, ses nombreux bracelets et l'énorme collier qu'il portait autour du cou – qui se dirigeait avec ses serviteurs vers la sortie du harem. Quelques secondes plus tard, ce fut Orpin, vêtu d'une tenue très colorée et dont les boucles blondes étaient probablement agrémentées de barrettes en or.

« Ces deux-là sont incorrigibles. »

Le soldat fut surpris en entendant cette voix posée et quand il se tourna pour voir qui avait parlé, il constata que c'était Lucrèce, le favori aux cheveux châtains clairs et aux yeux marron qui ressortaient peu sur sa peau bronzée. Etonnamment, il était vêtu bien plus sobrement que les autres, sa tenue étant seulement composée d'une toge de lin blanc, d'une boucle d'oreille en rubis et d'un bracelet en or sur lequel un soleil était gravé.

« Quand je pense qu'ils se battaient pour les bains juste pour blanchir leur peau… » soupira l'éphèbe en fixant la sortie du harem avec une légère grimace. « Qu'ils cessent d'aller au soleil au lieu de se baigner dans de l'albâtre ! »

« Excusez-moi mais il faut que… » commença le garde avant de s'interrompre en voyant que son interlocuteur lui faisait signe de rester.

« C'est bien Flynn votre nom ? »

« C'est cela oui. Que me voulez-vous ? »

Le regard de Lucrèce se baissa et en suivant celui-ci, le jeune hélien réalisa qu'il fixait son bracelet avec un certain intérêt.

« Je l'avais remarqué l'autre jour et il m'intrigue. » répondit le favori, ses yeux fixés sur le bijou. « Je suis presque certain d'avoir déjà vu cette pierre quelque part… »

« Ce n'est qu'un souvenir de mon village. » déclara le soldat de façon évasive.

L'ancien prêtre de Sol plissa les yeux, manifestement suspicieux. Il ne chercha pas à creuser la question et resta silencieux pendant une longue minute qui s'avéra des plus stressantes pour son interlocuteur.

« Je viens de me souvenir que j'ai une lettre importante à rédiger. » fit Lucrèce de sa voix posée. « Ouvrez bien vos deux yeux durant le banquet et excusez mon retard auprès de son Altesse. »

Cette dernière phrase était quelque peu étrange pour Flynn mais il n'eut pas la possibilité d'y penser plus longtemps car un léger aboiement de Repede lui indiqua que son maître était enfin prêt pour sortir du harem. Il mit son masque en place puis il fixa l'entrée de la chambre du favori… où il eut du mal à cacher sa surprise face à ce qui était en train d'apparaître devant ses yeux.

Sans nul doute, la silhouette du Nyx était parfaitement mise en valeur dans cet habit de lin noir qui soulignait celle-ci avec élégance. Seule une partie du torse était visible dans l'ouverture du vêtement qui n'était maintenu fermé que par la ceinture en or sertie d'améthystes et par quelques barrettes en or que Karol avait dû y ajouter pour tenir tout cela un minimum en place. La finesse de l'étoffe était incroyable et les fils d'or présents au bout des manches et sur le col la rendait encore plus précieuse. Les sandales surmontées de quelques petites améthystes et onyx faisaient une belle finition à l'ensemble.

Ce qui était à couper le souffle, c'était le travail du serviteur sur la mise en beauté. Les traces de coups qui étaient encore présentes avaient disparues, probablement cachées habilement avec de la poudre d'albâtre et uniformisant sa peau blanche. Les yeux gris étaient soulignés par un fin trait de khôl, accentuant ce regard pénétrant tandis que la bouche avait été légèrement rougie par de la poudre d'ocre rouge, donnant l'impression que les lèvres étaient plus pulpeuses. Les longs cheveux de jais avaient été rassemblés sur l'épaule droite en une natte, dévoilant le côté gauche de la nuque.

S'il devait décrire Yuri simplement, il était…

« Sublime… »

En réalisant que ces yeux gris s'étaient légèrement agrandis et que les joues du Nyx avaient rosies, Flynn compris avec un certain embarras qu'il avait parlé à voix haute. Il détourna le regard sur le côté tout en serrant un peu les dents.

« On… On devrait y aller avant que l'on ne vienne nous chercher. » déclara le favori en se dirigeant d'un pas rapide vers les escaliers, le son de sa voix trahissant un certain inconfort.

Le soldat le suivit en silence, essayant de se focaliser sur son travail plutôt que sur la beauté indéniable du jeune homme aux longs cheveux de jais et sur le parfum fleuri qu'il avait probablement appliqué après son passage dans les bains. Cependant, leur mutisme fut de courte durée car Yuri stoppa près de la grille qui séparait le troisième bâtiment du reste du harem.

« Cache ton bracelet. » fit le Nyx en se tournant vers lui, les sourcils froncés. « Je viens seulement de me rappeler que Garista risque d'être présent et je n'ai pas envie qu'il le voit… »

« Et où veux-tu que je le mette ? » questionna Flynn dont la gêne s'était dissipée. « Il aurait été mieux de le laisser à Karol… »

« Pas la peine de faire demi-tour. »

A l'entente de cette voix éthérée, le soldat ne fut guère surpris, ayant déjà eu affaire à deux reprises à la mystérieuse divinité. Par contre, Yuri eut du mal à cacher sa surprise, même si elle fut de courte durée lorsque ses yeux gris s'étaient fixés sur la turquoise qui dégageait à présent une légère lueur.

« Il y a un creux en bas de ce mur qui doit être juste assez large pour me cacher là. Ce sera parfait. » déclara l'être divin avec neutralité.

« Vous êtes sûr que c'est une bonne idée ? » demanda le garde avec une pointe d'inquiétude.

« A cette hauteur, excepté votre chien Repede, personne ne me verra facilement. Oh et avant que je n'oublie : j'aimerais avoir une conversation avec mon oncle dès que possible. »

Un léger hochement de tête du Nyx signifia qu'il avait compris puis, une fois la pierre revenue à son état normal, Flynn ôta son bracelet et, une fois qu'il eut repéré l'endroit indiqué, il se baissa pour y glisser soigneusement le bijou. Sa tâche achevée, lui et Yuri reprirent leur route à travers le palais.

« Il a attendu longtemps pour se manifester… » lui murmura le favori en ralentissant légèrement son allure. « S'il est aussi affaibli qu'il te l'a dit, il avait peut-être besoin de reprendre des forces. »

« J'ai encore du mal à comprendre comment c'est possible. » avoua le soldat bien que son compagnon lui ait expliqué que cela était éventuellement lié à la destruction du temple de cette mystérieuse divinité. « Et puis quelle peut bien être sa fonction ? »

« Si je repense à tout ce dont nous avons parlé, j'aurais tendance à penser qu'il est le dieu du Neilos mais je doute que ce soit ce qui l'ait régénéré car nous ne sommes pas à côté du fleuve et le seul endroit au palais qui utilise ses eaux sont les bains… »

Sol, Umbra et Luna avaient chacun plusieurs rôles ainsi que Topaze et Océan. Il était donc logique de penser que cette entité mystique possédait elle aussi un autre attribut et que c'était celui-ci dont elle dépendait. Or, quel était-il ?

« Bon, on sera bons derniers mais j'avoue que ce genre de repas m'exaspère d'avance… » soupira Yuri qui ne cachait pas son agacement. « Obligé de jouer les potiches pour avoir la paix… »

« Avant-derniers en fait. » réalisa Flynn après-coup, se remémorant la conversation qu'il avait eu il y a quelques minutes. « Lucrèce m'a dit qu'il avait une lettre importante à rédiger un peu avant que tu ais terminé et il n'est pas ressorti de sa chambre. »

« Une lettre ? D'habitude, il est plutôt occupé à lire. »

Le froncement de sourcils du Nyx en disait assez pour que le soldat comprenne que cela était assez étrange.

« Autant Narcisse ment comme il respire, autant Lucrèce est franc quand il parle... » fit le favori, l'air pensif. « Il aurait un truc à cacher ? »

« Et pour Orpin ? » demanda le garde, n'ayant jamais vraiment réussi à se faire une opinion tranchée sur ce pensionnaire du harem. « C'est lui aussi un menteur ? »

« Lui est… un cas assez particulier. Il peut affirmer une chose qui est parfaitement vraie puis redire celle-ci une minute après et je la perçois comme fausse. J'évite de rester trop près de lui quand il commence à parler car c'est la migraine assurée pour moi, même si j'essaie de faire abstraction de cet arc-en-ciel vivant. Ce type est une contradiction permanente. »

Il était vrai que le favori, assez excentrique, avait une attitude parfois un peu étrange comme se mettre à danser en étant vêtu d'habits improbables ou bien imiter des animaux de façon bruyante. L'individu était plutôt perturbant dans ces moments-là mais il était difficile de dire s'il le faisait exprès ou non.

« L'heure est venue de se préparer à entrer dans la fosse aux lions. »

-§-

Elles étaient restées cachées pendant un bon moment quand Judith jugea qu'elles pouvaient sortir de leur cachette – celle-ci était principalement composée de nombreux roseaux et papyrus mais c'était largement suffisant pour dissimuler deux personnes du regard perçant d'un groupe de Nyx. A l'origine, elle remontait le Neilos dans le but de rejoindre le lac Lymna mais lorsqu'elle avait atteint le village d'Hamil, son intuition lui avait crié qu'il y avait un problème avec ce lieu. Elle ne tarda pas à en avoir confirmation quand elle vit un membre de l'Alliance de Sang qui s'apprêtait à s'en prendre à une jeune femme. Sans réfléchir, la krytienne l'avait visé avec la première chose qu'elle avait pu attraper puis elle était allée aider Sodia, probablement la seule hélienne aux cheveux roux qu'elle ait pu rencontrer depuis son arrivée à Hélios.

Il devait être le milieu de l'après-midi quand elles avaient commencé à remonter le cours du Neilos et réellement entamé la discussion. Sa compagne de voyage vivait dans un village plus en aval mais elle avait fait une crise de somnambulisme et s'était retrouvée ici. Judith lui avait proposé de la reconduire chez elle mais elle avait refusé, déclarant qu'elle voulait d'abord comprendre ce qu'il se passait avant de rentrer chez elle. Après une courte réflexion, la krytienne lui demanda si elle pouvait, dans ce cas, lui servir de guide car elle ne connaissait pas du tout cette partie d'Hélios, ce à quoi Sodia lui répondit qu'elle avait déjà été une fois jusqu'aux chutes d'Abou Simbel quand elle était plus jeune mais qu'elle n'était pas certaine de pouvoir vraiment l'aider si elle souhaitait passer le poste frontière.

Elles avaient marché jusqu'au crépuscule, constatant que seul Hamil semblait avoir été victime de ce raid de l'Alliance de Sang – l'une comme l'autre, elles trouvèrent cela clairement suspect car ce hameau était certes petit mais il était à plus de soixante kilomètres de la région du Lymna, ce qui n'en faisait pas une cible de choix pour une attaque de ce genre. Leur arrivée au village frontalier de Notos leur confirma que quelque chose clochait : celui-ci était calme or, si des Nyx avaient été repérés, ses habitants seraient tout sauf calmes.

Comment des membres du peuple de la nuit auraient réussi à passer la frontière sans être repérés ?

La réponse, elles la trouvèrent en entendant quelques personnes parler des mines dans la région des Dunes et à partir desquelles étaient extraites des minerais et des pierres précieuses. La galerie principale de l'une d'elles s'était écroulée et les rumeurs disaient qu'ils avaient probablement creusé trop près des Gorges d'Echidna. Ce lieu appartenait à Séléné et était réputé pour sa dangerosité, principalement à cause du Fleuve Sauvage qui le traversait. Or, si les héliens s'en tenaient éloignés, cela ne signifiait pas que les Nyx faisaient de même et cela expliquerait qu'ils n'aient pas été repérés à la frontière.

La seule question qui demeurait encore était pourquoi des membres de l'Alliance de Sang auraient prit tant de risques pour entrer en Hélios ? La krytienne ne trouvait pas cela logique, surtout après la manière dont Yuri lui avait décrit ce clan et les tensions que celui-ci créait avec les autres membres du peuple de la nuit.

« C'est se donner beaucoup de mal rien que pour un raid sur un village. » lui fit remarquer Sodia alors qu'elles étaient installées sous un figuier à essayer de comprendre les évènements que chacune avait vécu. « Traverser les Gorges d'Echidna est encore pire que d'affronter le Fleuve Sauvage d'après mon père donc pourquoi prendre un chemin si dangereux ? Ils auraient pu forcer le passage à la frontière en étant assez nombreux. »

« Sauf que s'ils avaient fait cela, la nouvelle se serait répandue dans le pays comme une trainée de poudre. » estima Judith en essayant de se remémorer si Yuri lui avait dit comment il avait réussi l'exploit de ne pas se faire repérer en entrant en Hélios. « Hors, il se peut que nos individus ne souhaitaient pas cela… »

Une prière à Océan s'imposait car quelque chose de grave devait se tramer. Peut-être que sa divinité en savait plus qu'elle et si ce n'était pas le cas, alors il n'y avait rien d'autre à faire que d'essayer de glaner des informations, ce qui était ce qu'elle et sa compagne de voyage étaient en train de faire. Que l'Alliance de Sang prenne un tel risque pour venir en Hélios était hautement suspect…

Elle aperçut Sodia passer ses doigts sur la surface noire l'ocarina qu'elle avait récupéré à Hamil et gardé depuis. Cet instrument de musique était courant chez les Nyx qui aimaient bien les petits instruments à vent ainsi que les appeaux dont ils se servaient pour chasser certains animaux tandis qu'à Séléné, les instruments à cordes étaient plus populaires et ce, peu importe leur taille – Judith avait entendu parlé d'un lieu où les sélénites venaient se réunir pour assister à un spectacle nommé « Opéra » et qui était très réputé.

Puis la krytienne se souvint que le membre de l'Alliance de Sang qu'elle avait assommé cherchait à récupérer cet objet mais était-ce parce qu'il lui était précieux ou bien était-ce pour une toute autre raison ?

« Dis-moi, tu pourrais en jouer un peu à tout hasard ? » demanda-t-elle, souhaitant vérifier son intuition.

« Je ne sais pas vraiment m'en servir. » répondit la rousse, étonnée par cette question.

« En fait, j'aimerais savoir comment sonne cet instrument mais je n'ai jamais joué de musique de ma vie. »

Après un court instant d'hésitation, Sodia finit par accéder à sa requête et, avec application, elle chercha toutes les notes qu'il était possible de jouer sur cet ocarina. Elle eut quelques ratés au début, ne trouvant pas comment placer correctement ses doigts pour obtenir un autre son, mais elle s'adapta assez vite à la forme de l'instrument et elle parvint, au bout de cinq bonnes minutes de pratique, à en sortir une petite mélodie de cinq notes plus ou moins appuyées.

Grace à cela, Judith devina la raison pour laquelle ce Nyx souhaitait récupérer cet objet : ce n'était pas pour jouer de la musique mais pour envoyer de discrets messages aux membres de son clan – Yuri lui avait expliqué que les appeaux pour la chasse servaient aussi à communiquer dans certains cas. Même si le son de cet instrument n'était pas connu des Héliens, ils pouvaient tout de même le confondre avec celui d'une flûte et ne jamais se rendre compte de la présence de membres du peuple de la nuit.

Par contre, cette découverte ne présageait rien de bon sur les intentions réelles de l'Alliance de Sang.

« Si j'ai raison, ils ne sont pas venus pour faire un simple raid. » exposa Judith à sa partenaire du moment. « Si cela se trouve, ce n'était même pas prévu. »

« Alors que pourraient-ils vouloir faire ici ? » demanda Sodia, visiblement très intriguée par cette situation. « Ils ont dit que d'autres allaient venir mais pour quoi faire ? Ils voudraient nous envahir de l'intérieur ? »

« C'est possible mais maintenant que nous avons prévenu les soldats à Notos, ils vont être attendus à Aurum donc si c'est une prise de pouvoir qu'ils veulent, elle risque fort d'échouer. Seulement, je crois que c'est plus compliqué que cela. »

Envoyer des hommes tuer le roi Thar ou faire un coup d'Etat à Hélios était suicidaire car forcément, les appartements royaux seraient sous bonne garde et assassiner le sorcier solaire aurait un impact très négatif sur Barbos auprès des sélénites ainsi que des autres Nyx. Le plus probable aurait été une mission d'espionnage mais le massacre perpétré à Hamil et l'attente de renforts contredisait cette hypothèse.

Soudain, une mélodie se fit entendre : celle d'un ocarina… qui n'était qu'à quelques mètres d'elles, leur provoquant à toutes deux des sueurs froides en réalisant qu'elles n'étaient pas aussi seules qu'elles l'avaient espéré. Les deux jeunes femmes se levèrent précipitamment dans le but de fuir mais elles furent vite encerclées avec un groupe de Nyx dont les yeux rouges luisaient avec intensité. Cependant, leurs accoutrements différaient de ceux de l'Alliance de Sang : ils avaient de longs manteaux à capuche de couleur sombre avec des vêtements plus légers en dessous avec un brassard moutarde portant l'emblème d'un autre clan.

Celui qui devait être leur chef dévoila son visage, se révélant être une jeune fille aux cheveux ondulés de teinte auburn et coiffés en couettes.

« Est-ce que c'est vous qui avez signalé un raid de l'Alliance de Sang dans un village en aval ? » demanda-t-elle avec une certaine froideur.

« C'est bien nous oui. » admit Judith, sachant pertinemment qu'il était dangereux de mentir à un Nyx. « Je présume que vous êtes l'un des clans qui sont contre eux. »

« Nous sommes le seul autre clan restant : les Griffes de Léviathan. L'Alliance de Sang n'est qu'un ramassis de brutes et de traîtres à Umbra. Eux et leur chef méritent la mort… »

La bonne nouvelle était que ce groupe n'avait pas l'intention de les tuer, juste obtenir d'elles des informations. La mauvaise, c'était qu'ils allaient ramener leur guerre entre clans à Hélios… ce qui était très curieux car qu'est-ce qui les pousseraient à cela ? Dans tous les cas, le nombre de victimes risquait fort de s'alourdir vu la colère qu'elle percevait chez eux.

« Je présume que vous voulez autre chose de nous. » déclara Sodia qui s'était légèrement rapprochée d'elle.

« Tout ce que vous pouvez nous apprendre sur notre ennemi. » confirma la jeune Nyx avant de faire un signe à ses camarades qui reculèrent d'un pas. « Je suis Gauche, un des lieutenants du clan. »

« Judith et elle c'est Sodia. » répondit la krytienne avec une pointe de méfiance. « Nous ne savons pas ce qu'ils fabriquent en Hélios donc je crains que nous ayons bien peu de renseignements à vous fournir. »

« Nous ferons avec. Vous avez dit qu'ils attendaient des renforts. Comment le savez-vous au juste ? L'une de vous parle le Nyx ? »

« Je le comprends mais je ne le parle pas. » précisa l'hélienne qui n'était pas très tranquille, ce qui pouvait aisément se comprendre après ce qu'elle avait vécu. « Ils sont passés près de notre cachette en disant que leurs amis étaient en retard et en se plaignant de la chaleur. Oh et l'un d'eux avait essayé juste avant de me tuer et de me violer pour récupérer ceci mais je ne suis pas certaine que c'était dans cet ordre. »

La grimace que fit Gauche montrait qu'elle n'approuvait guère ce genre d'attitude chez les siens, ce qui pouvait certainement venir du fait qu'elle était une femme mais quand elle nota d'autres expressions de dégoûts chez les autres membres des Griffes de Léviathan, Judith comprit que ce clan avait des valeurs différentes de l'Alliance de Sang.

« Pouvons-nous savoir ce qu'il se trame ? » questionna la krytienne, très intriguée par ces évènements. « Manifestement, cela doit être très grave… »

« Exact. » répondit simplement la jeune Nyx, sur la défensive. « Notre conflit interne n'a rien à faire ici mais je crains fort que nous n'ayons pas d'autre choix que de traquer les traîtres à Umbra. »

Comme elle aurait du s'y attendre, les Griffes de Léviathan ne comptaient pas lui répondre. Cependant, s'ils avaient eu ce qu'ils voulaient, ils seraient partis or, il semblait qu'ils désiraient encore une chose d'elles mais difficile de dire quoi. Elle suspectait une méfiance de leur part vis-à-vis de ce qu'elle était, raison pour laquelle ils se montraient prudents.

Heureusement, elle avait une petite interrogation à leur soumettre…

« Serait-il indiscret que je vous demande comment vous avez réussi à passer la frontière ? »

Un échange de regards eu lieu entre les Nyx et leur lieutenant, visiblement en train de peser le pour et le contre sur le fait de révéler cette information.

« Vous n'êtes pas passés au même endroit que l'Alliance de Sang car autrement, vous ne seriez pas ici. » poursuivit Judith en notant un intérêt du peuple de la nuit pour l'ocarina que tenait Sodia. « Qui plus est, si je vous demande cela, c'est parce que je suis moi-même en mission pour mon peuple et que je pense que certaines réponses sont dans la région du Lymna. »

Dévoiler cette carte était un risque à prendre mais elle avait encore un jeu suffisamment fourni pour continuer cette partie. Tout ce qu'elle voulait, c'était voir la main de l'adversaire… ne serait-ce que partiellement.

« Quel genre de mission au juste ? » demanda Gauche, ses yeux se plissant légèrement.

« Je pense que vous le ressentez vous aussi. » répondit la krytienne en continuant d'observer la jeune Nyx, s'assurant que celle-ci ne lui dissimulait pas des intentions meurtrières à leur égard. « Un profond déséquilibre a lieu dans ce pays et mon peuple craint que celui-ci n'affecte les autres pays. Cela fait trois ans que j'en cherche l'origine, trois années que je prie mon dieu pour qu'il étende sa protection aux héliens. »

« Nous en avons entendu parler oui… Et l'Alliance de Sang nous a mis dans une très mauvaise position vis-à-vis d'Umbra. »

Les visages des autres membres des Griffes de Léviathan montraient leur colère et aussi une certaine inquiétude qui en disait suffisamment long pour savoir que quoiqu'il se soit produit, c'était suffisamment grave pour justifier les actes étranges des Nyx.

« Hélios subit la colère de Sol mais nous risquons de subir celle d'Umbra à tout instant. » poursuivit Gauche en grinçant des dents de rage. « Barbos a tué le sage nocturne pour s'assurer que maître Yeagar ne puisse plus tenter de lui prendre sa place. Lui et l'Alliance de Sang toute entière nous ont trahis et nous voilà contraint de fuir notre propre patrie si nous voulons espérer trouver un Nyx qui a connaissance de nos rituels ! Cet homme nous a condamnés à disparaître mais il est hors de question que nous nous laissions faire ! »

Face à ce discours plein d'émotions, les autres membres du peuple de la nuit firent des signes d'approbations allant d'un poing levé à une exclamation féroce qui montrait leur envie d'en découdre avec leurs ennemis. Gauche essuya les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues pendant que les deux jeunes femmes accusaient le choc de ce qu'elles venaient d'apprendre.

« Nous savons que nous sommes détestés par les autres pays. » poursuivit-elle en étouffant difficilement un sanglot. « Maître Yeagar nous a juré qu'il ferait tout ce qu'il peut pour que nous ne soyons plus autant d'orphelins à devoir combattre entre nous juste pour savoir qui dominera les autres. Nous voulons la paix mais cela, ce n'est pas le désir de Barbos. »

« Il veut la guerre, n'est-ce pas ? » demanda Sodia d'une voix blanche. « Quasiment tout le monde en Hélios pense le peuple de la nuit éteint donc une attaque de leur part nous serait fatale, surtout en ce moment où nos ressources sont limitées. »

« C'est très probable oui. » confirma Gauche d'un hochement de tête. « Cependant, il a peut-être perdu une partie de ses hommes dans les Gorges d'Echidna donc nous avons une chance de les arrêter si vous nous aidez. »

« Dans ce cas, comment êtes-vous entrés en Hélios ? » demanda de nouveau Judith. « Si cela se trouve, je peux peut-être trouver quelque chose dans la région du Lymna… »

Elle le savait, elle allait obtenir cette information qui pouvait se révéler très précieuse. Les Griffes de Léviathan étaient visiblement désespérés et prêts à toute alliance si celle-ci pouvait les aider à éradiquer leurs ennemis. L'ennui, c'était qu'ils étaient aussi parés à tous les sacrifices pour arriver à leurs fins…

Rien que pour cela, il fallait impérativement trouver comment régler leur problème car un Umbra en colère risquait fort de porter préjudice à tout le monde.

« Seuls ceux qui viennent du village de Parques connaissent ce secret : un passage caché qui passe par les chutes d'Abou Simbel. » répondit la jeune Nyx avant de désigner l'ocarina. « La rumeur veut qu'il en existe d'autres à Hélios qui peuvent s'ouvrir avec cet instrument si l'on joue la bonne mélodie. Pour l'instant, nous n'avons pas encore pu vérifier cela car nous ignorons où ils peuvent se cacher mais c'est une histoire souvent contée parmi les Nyx. »

Tiens donc… Cela, elles n'auraient jamais pu le deviner et cela expliquait pleinement le fait que ce membre de l'Alliance de Sang ait voulu le récupérer. Dans ce cas, où comptaient-ils se rendre exactement et qui aurait nécessité l'utilisation de ces passages secrets ?

« Vous avez dit « Parques », le village de Topaze ? » questionna la rouquine, manifestement très intéressée par cette information. « Les prêtres du temple de Sol nous avaient pourtant dit qu'il était détruit depuis longtemps. »

« Calomnies ! Cet endroit existe toujours ! » s'exclama un des hommes du clan.

« Les héliens tiennent tant que ça à oublier notre existence ? » ajouta un autre, outré par ce qu'il venait d'entendre.

La vivacité des réactions et leur véhémence confirma à Judith ce qu'elle et Rita avaient déjà découvert : les prêtres de Sol avaient dissimulés des choses à leur peuple et cela, certainement pas dans un but très noble. Entre les fausses rumeurs sur les Nyx, les histoires incomplètes et ça, il semblerait que beaucoup de choses ne tournaient pas rond en Hélios au niveau religieux – le sorcier solaire, Garista, n'y était probablement pas inconnu mais il était peu probable qu'il en soit à l'origine, juste qu'il s'est évertué à maintenir cette situation pour des raisons qu'il fallait encore découvrir.

« Stop ! » ordonna Gauche en levant la main, quelque peu contrariée. « Qu'est-ce que c'est que ces mensonges que ces individus répandent ? Pas étonnant que les rapports entre nos deux peuples soient si mauvais ! »

« Pourquoi ? Qu'est-ce que ce village a de si particulier pour que quelqu'un ait fait en sorte qu'elle soit oubliée ? » demanda la krytienne, désireuse d'avoir la version du peuple de la nuit.

Que souhaitaient tant cacher les prêtres de Sol au sujet de Topaze ? Yuri aurait très certainement pu lui répondre si, à l'époque, ils avaient connu quelqu'un qui s'intéressait fortement à cette divinité. Le peuple de la nuit et les sélénites devaient probablement détenir des morceaux du puzzle menant à la vérité mais cela, elle ne le saura que le jour où elle reverra Rita. En attendant, elle devait glaner ce qu'elle pouvait…

« Parques est le village d'origine de Topaze et il est situé dans les Terres des Nyx, plus précisément dans une petite vallée des Dents de Cerbère. »


 

1 : Le Shamisen est un instrument de musique japonais qui ressemble à un luth.

2 : Le Kotatsu est une table basse recouverte d'une couverture. La particularité de cette table est qu'elle est chauffante via un système de chauffage qui se trouve en dessous.

3 : Le Zabuton est un coussin pour s'asseoir.

4 : Le thé Genmaicha est un thé vert japonais mélangé à des grains de riz grillés.

Auteur vs Persos :

Kaleiya (à côté du climatiseur) : Saleté d'été…

Belphégor : Chaque année tu râles contre cette saison.

Kaleiya : Et chaque année, je prie pour qu'il fasse doux et non hyper chaud !

Belphégor : C'était pire l'année précédente…

Kaleiya : Je sais… Mais je n'aime pas cette saison et pas seulement à cause de la chaleur ! J'ai hâte que l'automne arrive…

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Titre : Album Photo

Beta : Eliandre

Fandom : Miraculous Ladybug

Note : Séquelle de « Le prix à payer »


Cela faisait un mois que Marinette prenait un peu de son temps libre chaque jour pour se rendre au manoir Agreste et rester environ une heure au chevet d'Adrien à espérer qu'il ouvrirait les yeux ou que son kwami se réveillerait. Cependant, rien n'avait changé : le garçon qu'elle aimait était toujours dans le coma tandis que Tikki et Plagg demeuraient endormis dans leurs Miraculous. C'était difficile à vivre pour tout le monde, surtout pour elle et Gabriel Agreste, mais il fallait qu'ils gèrent aussi leurs propres vies.

Si le styliste avait ralenti son rythme de travail pour rester aux côtés de son fils, l'adolescente, maintenant qu'elle ne pouvait plus endosser le costume de Ladybug tant que Tikki n'était pas revenue, avait un peu de mal à suivre les cours. Pourtant, elle avait plus de temps libre mais elle l'utilisait pour rendre visite à son partenaire pour qu'il ne se sente pas seul et dans l'espoir de le voir se réveiller.

Quant à ses camarades de classe et amis, tous avaient été choqués d'apprendre qu'Adrien ne reviendrait pas. Nino et Alya avaient bien entendu essayé de savoir ce qu'il se passait et aucun des deux n'avait été convaincu par la version officielle. Pour cette raison, Marinette les avaient emmenés avec elle au manoir Agreste et… l'état de leur ami les horrifia.

La journaliste en herbe, pour la première fois, ne savait pas quoi dire. Quant au DJ et amateur de musique, il était resté plusieurs minutes planté comme un piquet au milieu de la pièce avant de réagir en essayant de secouer l'épaule de son meilleur ami, sans succès. Puis après un moment de silence pesant, il eut comme une illumination : si Adrien ne pouvait pas les voir, cela ne signifiait pas qu'il ne pouvait pas les entendre !

Ce fut comme cela qu'Alya et Nino montèrent un projet ensemble : créer un montage de photos qui avaient été prises avec leur ami puis demander à tous ceux qui le voulaient d'enregistrer un commentaire sur les images. Max avait été débauché pour l'occasion pour aider à faire le film et Marinette, le lendemain, s'adressa à tous ses camarades pour leur demander de participer. Presque tous acceptèrent sans hésiter. Lila, sans surprise, n'avait pas semblé intéressée et personne ne comptait la faire changer d'avis après tous les mensonges qu'elle avait raconté. L'autre exception, c'était Chloé qui semblait trouver cela plus que suspect ou qui ne voulait tout simplement pas croire en la réalité.

Lorsque la fille du maire vint la voir pour lui demander pourquoi elle pouvait aller voir Adrien et pas elle, Marinette choisit de l'ignorer sur le coup, n'ayant plus le cœur de se battre verbalement avec elle. Sauf que sa vieille ennemie n'avait pas l'intention de la lâcher et la harcelait pour obtenir ses réponses. En conséquence, elle finit par répliquer violemment qu'elle n'avait qu'à venir avec elle si elle tenait tant à le savoir. La peste de la classe fut un peu dérouté par cette réaction mais elle avait accepté car c'était, dans le fond, ce qu'elle désirait.

Or, à l'instant où Chloé vit Adrien dans le coma avec tous ces appareils branchés sur lui, une expression de pure horreur se peignit sur son visage avant que se jambes ne se dérobent sous elle. Craignant qu'elle ne fasse un malaise, Marinette avait appelé Nathalie et cette dernière avait escorté la fille du maire hors de la chambre. Elle resta ensuite seule au chevet de son ami pendant une bonne heure.

Quand elle sortit du manoir Agreste, la jeune créatrice remarqua tout de suite que sa camarade était assise sur les marches, occupée à regarder des photos sur son téléphone.

—Comment tu arrives à supporter de le voir comme ça ? demanda brusquement Chloé sans se tourner vers elle.

—Je ne veux pas qu'il soit seul, c'est tout, répondit Marinette en toute franchise.

Il y eut un léger silence entre elles puis la fille du maire se leva et la fixa, dévoilant ses yeux embués de larmes et le mascara qui avait coulé, signe qu'elle avait pleuré. La jeune créatrice, surprise de la voir dans cet état, fouilla dans son sac et lui tendit un mouchoir que sa rivale prit sans un merci avant de s'en servir pour essuyer ses larmes et se moucher. Une minute s'écoula avant que la blonde ne reprenne la parole.

—Ma mère est morte quand j'avais sept ans, déclara Chloé, le regard dans le vague. Elle s'est endormie au volant de sa voiture et elle est restée plusieurs jours dans le coma, elle aussi branchée à pleins d'appareils bizarres.

A cet instant, Marinette comprit la réaction de sa camarade à la vue d'Adrien : elle n'avait pas seulement été choquée mais avait aussi revécu un évènement qui l'avait traumatisée.

—Mon père regrette encore de m'avoir emmenée la voir à l'hôpital, poursuivit-elle. Je voulais juste aller la voir et… enfin, t'as compris j'imagine.

Un léger silence se fit de nouveau durant lequel la fille du maire se remit à fixer son téléphone.

—Toi et Adrien êtes amis depuis longtemps ? demanda la jeune créatrice en voyant défiler des photos de sa camarade enfant sur l'écran.

—Depuis qu'on a six ans, pourquoi ? répliqua Chloé en la fixant, un sourcil haussé. En quoi ça peut t'intéresser ?

—Donc tu as surement des photos de lui et des souvenirs que tu veux peut-être partager, non ? Alya et Nino pourraient les inclurent à leur projet si tu es d'accord.

Les yeux bleus de la fille du maire s'agrandirent sous la surprise, ne s'étant visiblement pas attendue à cette proposition.

—Je… commença Chloé, regardant tour à tour son téléphone et Marinette. Je vais y réfléchir…

Puis elle rangea son portable dans son sac et se leva. Elle descendit les marches avant de s'arrêter en bas de celles-ci, se retournent brutalement vers la jeune créatrice.

—Et ne t'avise pas de parler à qui que ce soit de ce que je t'ai dis Dupain-Cheng ! s'exclama la blonde avant de tourner les talons et de s'en aller d'un pas rapide.

Face à cette réaction, Marinette ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel en se disant que Chloé restait toujours la même, peu importe les circonstances.

Le lendemain à l'heure de la pause au collège, chacun était venu donner ses photos à Alya et Nino pendant que Max prenait le soin de toutes les classer par ordre chronologique. Puis tout à coup, Chloé et Sabrina avaient posé sur la table une boîte remplie de photos et de films que Chloé avait fait avec Adrien. Ce qui avait immédiatement intrigué Marinette, c'était la dizaine de lettres qu'elle y avait jointes, ce à quoi la fille du maire avait répondu qu'Adrien, pour ne pas que son père soit au courant, lui avait secrètement envoyé des lettres manuscrites pour lui demander comment s'inscrire au collège.

A la fin des cours, Nino avait demandé à emprunter une salle de classe vide pour enregistrer les messages audio avec Max et presque toute la classe faisait la queue – les deux absents étaient Nathanaël qui n'avait jamais vraiment noué de liens avec Adrien mais qui avait donné quelques dessins pour le projet, et Lila, ce qui ne surpris personne.

Si la majorité était restée au maximum cinq minutes, Chloé n'était pas ressortie de la salle avant un bon quart d'heure et quand elle avait terminé, les quelques bavardages qu'il y avait devant la porte avaient cessés en voyant que la fille du maire n'était pas comme d'habitude. Sabrina s'était précipitée pour la conduire aux toilettes des filles puis elle l'avait amenée jusqu'à sa limousine quelques minutes plus tard.

Toute la nuit, Nino et Max avaient travaillé sur le montage et c'était sans surprise qu'ils arrivèrent une minute en retard en cours le lendemain, tous deux à moitié endormis. Alya vérifia leur travail à la pause-déjeuner et, après deux pouces levés et quelques sourires, elle lui avait remis le DVD.

Il avait été convenu depuis le départ que Marinette serait la messagère et, en conséquence, elle avait avertit Nathalie Sancoeur de ce que préparaient ses camarades et lorsqu'elle lui téléphona pour lui dire que le film était prêt, celle-ci lui assura qu'à son arrivée, tout serait en place. Lorsqu'elle entra dans la chambre d'Adrien après les cours, elle constata que l'assistante de Gabriel Agreste n'avait pas menti : un écran plat avait été amené et installé sur un meuble au bout du lit double ainsi qu'un lecteur DVD. Des haut-parleurs avaient été ajoutés sur les côtés et le tout était visiblement fonctionnel.

La jeune créatrice aurait aimé attendre que monsieur Agreste la rejoigne mais il n'avait pas pu annuler ses rendez-vous et elle était donc seule avec Nooroo quand elle enclencha la lecture du disque.

« Salut Adrien ! Comme ça fait un moment qu'on t'as pas vu et que tu nous manques, on s'est dit qu'on pourrait te faire un p'tit coucou. »

Sans surprise, c'était Alya qui était à l'écran avec Nino, tous deux en train de faire un signe amical de la main.

« Tu sais mon pote, c'est pas pareil quand t'es plus là ! J'ai plus personne pour m'aider en TP de chimie et je peux plus copier en dou- Aïe ! Mais euh… Je blaguais ! »

« J'en suis pas si certaine vu ta note au contrôle de maths du mois dernier. »

Marinette eut un sourire face à cette petite chamaillerie entre ses amis.

« En tout cas, on a bossé comme des malades pour te faire ce petit cadeau donc on espère que tu vas l'aimer. »

Une image de transition passa à l'écran, moment durant lequel la jeune créatrice choisit pour se rapprocher d'Adrien et prendre sa main dans la sienne. Il lui arrivait souvent de faire cela afin qu'il sache qu'il n'était pas seul.

Puis le défilé des photos débuta avec des clichés d'Adrien et de Chloé quand ils étaient enfants. Sans surprise, la voix off était celle de la fille du maire qui racontait comment elle et son ami d'enfance aimaient jouer à cache-cache dans Le Grand Paris quand ils avaient sept ans et qu'ils avaient cessé le jour où ils avaient été grondés par leurs parents car l'un d'eux avait choisi une cachette assez dangereuse. Par la suite, ils s'étaient cantonnés à des activités plus calmes et Chloé expliquait qu'elle avait encore l'ours en peluche qu'il lui avait offert quand il avait su qu'elle venait de perdre sa mère.

Vinrent les premières photos d'Adrien au collège et cette fois-ci, c'était Alya qui avait repris la parole. Elle commença en expliquant que si Chloé ne leur avait pas prêté cette correspondance secrète, jamais personne n'aurait su que c'était grâce à elle qu'il avait pu aller au collège. La journaliste en herbe avoua que la peste de leur classe avait du bon en elle mais qu'il fallait bien chercher pour le trouver, ce sur quoi l'on pouvait entendre Nino approuver vivement.

Des photos prises lors d'activités et sportives furent accompagnées des voix de Kim puis d'Alix. Tous deux avaient hâte de retrouver leur camarade et de le défier dans des compétitions amicales, surtout Kim. Max avait précisé qu'il attendait impatiemment de pouvoir se mesurer de nouveau à lui sur Ultimate Mecha Strike III.

La séquence suivante comprenait des images de diverses activités qu'ils avaient faites en classe, le tout avec les commentaires encourageants de Rose, Mylène et Juleka puis d'Ivan et de Sabrina – cette dernière proposa même de faire une copie de tous ses cours pour qu'Adrien puisse rattraper son retard ou encore d'organiser une soirée pour étudier tous ensemble.

Puis virent des photos de sorties entre amis où Alya et Nino décrivirent tous les projets qu'ils avaient en tête pour passer du bon temps avec lui. Si certains étaient aussi simple qu'un bon ciné, d'autres étaient un peu plus farfelus…

Les dernières images montraient les quelques fois où elle et Adrien s'étaient retrouvés ensemble.

« Je ne sais pas trop quoi te dire tu sais… Je promets que je vais essayer de ne pas trop bafouiller cette fois. »

Marinette était un peu dans une position précaire à ce moment-là car une bonne partie de ce qu'elle aurait voulu dire concernait leur double vie à eux deux et elle avait donc passé pas mal de temps à cogiter, au point d'en être nerveuse.

« Mes parents ont hâte de te revoir tu sais. Ils t'adorent et ils ont dit que si tu voulais venir manger un jour à la maison, ce serait avec plaisir qu'ils te recevraient. L'oncle de ma mère aussi t'aime bien et je crois que sans toi, je n'aurais pas vraiment réussi à le comprendre quand on s'est rencontrés lui et moi. Tu m'as vraiment bien aidé, surtout que j'avais vraiment peur de lui avoir fait une mauvaise impression… »

A cet instant, Marinette eut une drôle de sensation, comme si quelque chose avait bougé dans sa main. En baissant les yeux, elle réalisa ce qu'il s'était passé : Adrien était en train de serrer sa main dans la sienne. Faiblement, certes, mais pour la première fois en un mois, il avait réagi.

« Je ne sais pas trop ce que tu penses de moi. Je suis super maladroite, j'ai pas vraiment confiance en moi et j'ai été incapable de me comporter normalement avec toi. En plus, ça avait super mal démarré entre nous avec cette histoire de chewing-gum ! J'ai vraiment pensé que tu étais comme Chloé à ce moment-là mais quand tu m'as prêté ton parapluie, j'ai réalisé que je t'avais mal jugé et c'est à partir de cet instant que je t'ai vraiment apprécié. »

Elle sentait le pouce d'Adrien qui bougeait sur ses doigts dans un geste affectif. Il était clair à présent pour Marinette qu'il entendait tout et, comme à chaque qu'il la percevait en détresse ou démoralisée, il la réconfortait comme il le pouvait et ce peu importe qu'il portait son masque de Chat Noir ou non.

« Oh mince ! Ton parapluie ! Je te promets de te le rendre un jour, juré ! »

—Marinette ?

La voix de Nooroo la ramena à la réalité et elle tourna la tête pour voir que le kwami lui tendait un mouchoir. Elle portait sa main libre à son visage et sentit qu'il était humide. Depuis quand pleurait-elle exactement ?

—Merci, dit-elle en prenant le mouchoir.

—Maître Fu a dit de garder espoir, lui dit le kwami avec optimisme. Adrien est toujours là et nous le savons à présent.

Oui, son ami, son partenaire et son amour était encore avec eux. Il leur fallait attendre le temps nécessaire pour qu'il puisse être pleinement de retour mais rien que ce geste venait de lui confirmer qu'elle ne devait pas le laisser seul, surtout après tout ce qu'il avait fait pour elle.

Elle resterait à ses côtés jusqu'au jour de son réveil et ensuite… elle l'ignorait encore car jamais ils n'avaient eu l'occasion de parler après avoir découverts leurs identités secrètes. Même si elle appréhendait ce moment, elle savait qu'ils devaient avoir cette discussion et qu'elle risquait fort d'être compliquée.

Mais bon, quelque chose en elle lui disait qu'ils resteraient au moins bons amis.

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 Titre : Le cuisinier des… enfers ?

Auteur : Kaleiya

Beta : Eliandre

Disclaimer : Tales of Vesperia et les Douze travaux d'Astérix ne m'appartiennent pas.

Note : Là, impossible de garder l'épreuve d'origine et, en revoyant Fort Boyard cet été, je me suis dit qu'on pouvait modifier cette épreuve, tout simplement en changeant le cuisinier ! Eliandre m'a traitée de folle mais c'est le seul moyen pour que notre duo réussisse ce défi. On peut dire que c'est un double crossover…


A Zaphias, les conseillers s'inquiétaient depuis qu'il leur avait été confirmé que l'hypnotiseur Iris n'était plus en état de continuer d'envoûter quiconque venait le voir, que ce soit des volontaires ou non. Certains d'entre eux étaient aussi de très mauvaise humeur, ayant parié plus ou moins gros que cette épreuve aurait raison de ce duo qui commençait sérieusement à les agacer… tandis que l'empereur Ioder semblait grandement s'amuser.

« Un problème messieurs ? » leur demanda le jeune souverain lors de leur réunion.

Le silence se fit dans l'assemblée, aucun d'eux n'ayant très envie de répondre à leur cadet, d'autant plus qu'il avait parié contre eux précédemment et qu'il fallait à présent discuter de cette sixième épreuve… et de ce que chacun était prêt à proposer.

« Je pense qu'ils n'ont pas tous digéré que vous les ayez délestés d'une partie de leur argent et de certaines de leurs propriétés votre Altesse. » répondit Alexei, conseiller militaire qui, lui, avait choisi de s'abstenir de toute mise, un choix qui s'était avéré des plus sages. « Il faut aussi comprendre que cette victoire fut assez… surprenante à leurs yeux. »

« Pas tellement je trouve. » déclara Ioder avec un sourire énigmatique. « Vu ce que ce cher Yuri nous avait montré dans l'arène, je me doutais qu'il possédait les ressources nécessaires pour réussir. Cependant, je pense que le sixième défi ne sera pas du tout de son goût… »

« Quel est-il cette fois-ci pour que vous soyez certain de cela ? »

« Disons qu'il se peut que j'ai cru ouïr certaines rumeurs venant de Yurzorea au sujet d'un individu assez haut en couleurs… »

Cette simple phrase fit s'étrangler l'un des conseillers, celui-ci ayant apparemment compris de quoi il allait en retourner. Ses confrères le regardèrent à la fois avec interrogation et inquiétude, se demandant ce qui avait bien pu provoquer cette réaction.

« Non… » déclara le concerné avec terreur. « Vous n'avez quand même pas osé les envoyer devant LUI ? C'est inhumain ! »

« Voyons, n'exagérez rien. » répliqua l'empereur sur un ton empli d'une bienveillance feinte. « Cet individu est parfaitement humain de ce que j'en ai entendu donc les envoyer face à lui n'a absolument rien de cruel. Je dirais même que, vu ce qui leur reste encore comme épreuves, ceci est un acte de clémence de ma part. »

« Pourriez-vous développer votre Altesse afin que nous comprenions tous de quoi il s'agit exactement. » coupa Alexei avant que d'autres de ses confrères ne se mettent à paniquer pour rien.

« Oh ? Juste une petite dégustation de mets… peu communs dirons-nous. »

Vu l'expression qu'arborait son souverain, le conseiller militaire se doutait qu'il y avait un piège dans ce défi et, vu la réaction d'un de ses collaborateurs, cette épreuve culinaire dissimulait quelque chose de peu agréable… Qu'était-ce donc et en quoi était-elle un échec certain pour celui qui était originaire de l'île du Plaisir ?

« Messieurs, commençons les paris ! »

-§-

Décidemment, Flynn ne se faisait pas aux trajets par bateau. Le tangage du navire finissait toujours par avoir raison de son estomac et, à moins de voyager le ventre vide, il était certain que son repas allait finir jeté dans l'eau salée d'une manière très peu élégante. Etre sensible au mal de mer n'était vraiment pas une partie de plaisir pour lui…

Si le reste du voyage avait été plus aisé pour lui, c'était principalement grâce à Yuri qui le forçait à prendre l'air dès qu'il se sentait un peu nauséeux et qui s'était arrangé pour faire la cuisine pour lui – il avait déjà constaté sur l'île du Plaisir que son compagnon de voyage se débrouillait bien dans ce domaine mais il n'avait pas pleinement savouré ses talents auparavant. Une fois arrivés sur la terre ferme de Yurzorea, sa faim n'était pas pleinement revenue mais ça ne l'avait pas empêché de chasser dans les bois – d'après Rita, ils avaient au moins trois jours de marche avant d'arriver à destination, ce qui était plus qu'assez pour profiter des lieux.

Lors d'une escale à Yumanju, Flynn put enfin convaincre, suite à quelques accrochages à des branches basses, ce cher Yuri d'échanger sa toge – celle-ci avait souffert après avoir été prise dans un buisson de ronces – contre une tenue plus adaptée au voyage, c'est-à-dire un pantalon sombre et une tunique sans manches en laine noire… contre laquelle le jeune homme aux cheveux longs pesta un moment car elle le démangeait énormément. Ses plaintes cessèrent lorsque le guerrier finit par avoir pitié en le voyant frotter son dos contre un arbre et, lors de leur dernier arrêt de la journée, avait offert de lui passer un onguent sur sa peau afin de le soulager un peu, une proposition qui fut très vite acceptée… et qu'il regretta en partie quand il entendit les profonds soupirs de soulagement que son compagnon poussait dès qu'il posait les mains sa peau.

Bien entendu, Yuri avait poursuivi son jeu favori consistant à l'embrasser à la moindre occasion. Sur les trois dernières tentatives, il était parvenu à esquiver la seconde, essentiellement grâce à Rita qui avait poussé un juron après avoir marché dans les déjections d'un animal.

Autant dire que lorsque leur arbitre, après qu'ils aient passé un petit village, leur annonça qu'ils n'étaient plus très loin de la prochaine épreuve, Flynn avait eu du mal à cacher son soulagement. Il allait enfin pouvoir se concentrer sur quelque chose d'autre qu'éviter les avances du bel éphèbe qui… ahem… du jeune homme à la longue chevelure sombre.

« Avant de continuer, on pourrait éventuellement manger, non ? » suggéra Yuri avec justesse, leur dernier repas commençant à être bien lointain…

« Vu ce qu'est la prochaine épreuve, ce n'est pas utile. » répondit leur cadette en regardant ses documents. « Quelques mètres plus loin, il y a un restaurant assez connu dans la région et c'est là-bas qu'a lieu votre sixième tâche. »

« Dans un restaurant ? » s'étonna Flynn, trouvant ce choix étrange… et l'emplacement de ce lieu quelque peu suspect maintenant qu'il y réfléchissait. « Pourquoi un lieu où l'on se restaure est si éloigné des habitations ? Ce serait plus logique qu'il soit au sein même du village que nous avons traversé il y a peu. »

« C'est vrai que ce n'est pas très commun… » approuva l'autochtone de l'île du Plaisir en observant les alentours. « Et si l'endroit est si connu, pourquoi sommes-nous les seuls à nous y rendre ? »

Le guerrier repensa aux précédentes épreuves et la première chose qui lui vint en tête était de se demander où pouvait bien être le piège cette fois-ci. Ils n'allaient probablement pas devoir faire la vaisselle vu que Rita leur a dit qu'il était inutile de manger, signe qu'ils allaient donc se restaurer là-bas. La nourriture était-elle empoisonnée ? Il espérait que non car cela signifierait qu'à aucun moment l'empereur n'avait souhaité la paix. Donc où était le problème ?

-§-

Bientôt la moitié. Une fois cette épreuve réussie, il n'en resterait plus que six et Yuri espérait qu'il parviendrait à les réussir, essentiellement parce qu'il ne souhaitait pas qu'une guerre se déclenche parce qu'il avait décidé sur un coup de tête de quitter l'île du Plaisir en embarquant Flynn avec lui – en même temps, il aurait dû se douter que, lorsque le guerrier reprendrait ses esprits, celui-ci chercherait à le neutraliser d'une manière ou d'une autre. Bon, leur petit combat avait tourné court quand sa toge, absolument pas faite pour être portée dans ce contexte, se défit en dévoilant grandement son anatomie, ce que son adversaire n'avait pas manqué vu la couleur que son visage avait prise ce jour-là.

Suite à cela, Flynn avait fait demi-tour et Yuri, après s'être vite rhabillé, s'était hâté de l'en empêcher, ce qui avait provoqué cette dispute… et leur capture. Si le guerrier avait été conduit directement en cellule, celui originaire de l'île du Plaisir avait dû faire comprendre aux soldats lui servant « d'escorte » qu'il n'était pas du tout disposé à satisfaire leurs désirs avant de pouvoir enfin être amené en prison – entre se faire tripoter par des types aux mains baladeuses et jeté ans un cachot humide, la deuxième option lui avait immédiatement paru très alléchante. Même s'il avait connu mieux question confort, la vue qu'il avait sur un jeune homme aux cheveux d'or lui avait fait revoir son appréciation des lieux à la hausse.

Le lendemain, ils furent amenés devant l'empereur et Yuri, qui avait déjà réussi à arracher quelques informations de Flynn sur les raisons de sa présence en Illycia, eut les quelques renseignements qui lui manquaient en se contentant de tendre l'oreille – le seul moment où il avait pris la parole fut quand il sut que Judy avait demandé à ce qu'il revienne et qu'il avait déclaré en grimaçant qu'il ne comptait pas rentrer chez lui.

Quand Ioder proposa son « pari » au guerrier – en vérité, cela ressemblait plutôt à un odieux chantage déguisé par un grand sourire faussement innocent –, celui à la longue chevelure sombre en avait bien mémorisé les termes, lui permettant ainsi de s'apercevoir que le souverain avait précisé ceux-ci au pluriel et non au singulier, certainement parce qu'à la base, il y avait deux espions. A ce moment-là, il ne savait pas vraiment quoi faire de cela mais ce dont Yuri était certain, c'était qu'il n'approuvait pas ce jeu qui pouvait fort s'avérer être plus pervers qu'il ne le semblait au premier abord.

Cependant, après que l'empereur lui ait proposé le statut d'invité, il put assister aux premières épreuves qui attendaient Flynn… tout en gardant un œil sur Ioder depuis qu'il avait remarqué la façon très déplaisante dont il le détaillait du regard.

Si les deux premiers défis avaient été remportés par le guerrier, la situation changea avec le troisième et, après un nouvel échec du guerrier pour vaincre son adversaire, Yuri avait trouvé comment exploiter cette faille dans les règles énoncées par le souverain et, à la surprise générale, il avait sauté dans l'arène et, grâce à sa longue observation du combat, renversé la situation à son avantage très aisément. Une fois victorieux et face aux cris consternés des conseillers, il avait exprimé son souhait d'être le remplaçant de Raven pour ces épreuves, une proposition qui fut acceptée par l'empereur.

Cette décision de s'embarquer dans cette aventure sans être certain de réussir – il n'avait pas envie de retourner dans l'immédiat sur l'île du Plaisir et devenir le serviteur personnel de ce gamin en cas de défaite était une idée qui le répugnait fortement – pouvait sembler irréfléchie voire impulsive mais en fait, Yuri était persuadé que seul, Flynn ne pouvait pas gagner. Afin que le guerrier de Danhgrest ait toutes ses chances, il lui fallait un partenaire capable de compenser les lacunes qu'il possédait.

Et puis bon, le jeune homme aux cheveux d'or avait fortement éveillé son intérêt, faisant que l'idée de parvenir à le séduire sans utiliser de nectar l'attrayait fortement.

De ce qu'il avait pu observer, Yuri savait que si Flynn ne répondait pas à ses multiples avances, il n'y était pas forcément indifférent. Avec de la persévérance, il pouvait donc réussir à le faire tomber sous ses charmes.

Pour le moment, il avait surtout eu pitié de son compagnon de voyage lors de leur trajet en bateau… ce qui fut vite oublié quand il eut ce gilet en laine qui le démangeait fortement. Comment était-il possible pour un vêtement d'être aussi désagréable à porter ? Sa chance fut que le guerrier avait trouvé de quoi stopper son calvaire – le jeune homme avait ainsi pu ajouter « peau fragile » aux inconvénients liés à sa vie sur l'île du Plaisir.

A présent, sa préoccupation était de savoir ce qui pouvait bien se cacher derrière cette épreuve-ci…

« Disons que le menu est assez… unique en son genre. » déclara Rita avec une grimace qui lui laissait penser qu'il risquait fort de perdre l'appétit. « Très peu d'amateurs pour cette cuisine doivent exister… s'il en existe. »

… Le restaurant était mauvais à ce point-là ? Comment des plats pouvaient être aussi répugnants pour que la réputation de cet établissement ait atteinte Zaphias ?

Ils arrivèrent devant une bâtisse en bois devant laquelle plusieurs pancartes avaient été plus ou moins bien plantées dans le sol. Sur celles-ci, Yuri pu lire des choses comme « N'y allez pas, même si vous mourrez de faim ! », « PLUS JAMAIS ! », « ARGH ! », « Pitié, pitié, pitié ne le laissez pas me resservir ! » ou encore « Mais qu'ai-je fait au bon Dieu pour mériter un tel supplice ? », ce qui ne fit qu'amplifier ses craintes sur la nourriture servie à cet endroit – la palme revenait au « Faites demi-tour, FAITES DEMI-TOUR ! » qui était écrit en très gros et souligné trois fois.

« La prochaine épreuve consiste à finir les plats cuisinés par le chef de ce restaurant. » commença à expliquer l'adolescente tout en désignant une ardoise sur laquelle était marqué le menu du jour. « En d'autres termes, manger le contenu de la carte qui est indiqué juste ici. »

« C'est à moitié effacé. » constata Flynn en montrant les mots illisibles. « Qui plus est, c'est assez mal écrit… »

Ce n'était pas vraiment ce qui était le plus inquiétant aux yeux de celui aux cheveux de jais mais plutôt l'odeur douteuse qui émanait des lieux. Ça sentait comme un mélange de légumes fermentés et de poisson pourri…

« Dans ce cas, ce sera une surprise totale. » fit Rita avant de tirer sur la corde de la cloche de l'entrée. « Bonne chance ! »

Et rapidement, leur cadette prit ses distances, les laissant seuls devant la porte du restaurant. A peine fut elle hors de leur vue que des pas précipités se firent entendre de l'autre côté du panneau de bois et que celui-ci s'ouvrit sur un homme plus petit qu'eux aux courts cheveux bruns bouclés, aux yeux noirs et vêtu d'une tenue blanche de cuisinier.

« Bienvenue mes amis ! Bienvenue chez Willy Rovelli ! » s'exclama celui qui était manifestement le propriétaire des lieux avec un grand sourire. « Je vous attendais. Venez, entrez ! Entrez ! »

Si Flynn pénétra calmement à l'intérieur du bâtiment, Yuri eut un gros moment d'hésitation lorsqu'une odeur encore plus nauséabonde arriva à ses narines et qu'il entendit des bruits très suspects. Il emboîta prudemment le pas de son compagnon de voyage en se pinçant le nez, son regard anthracite examinant les murs en bois sur lesquels il y avait des tableaux un peu étranges, la seule table présente qui était recouverte d'une nappe à carreaux et sur laquelle étaient posés des assiettes, des couverts ainsi qu'une bougie.

Le dénommé Willy Rovelli les installa à cette fameuse table et une fois qu'ils furent assis, il sortit un petit calepin et un crayon de la poche de son tablier.

« J'imagine que vous prendrez tous deux la formule du jour qui, je dois vous le dire, est à la fois la plus complète et la plus exquise ! » leur déclara le cuisinier en griffonnant quelque chose sur son carnet.

« A vrai dire, nous n'avons pas réussi à la lire sur le tableau à l'extérieur. » signala le guerrier pendant que son camarade d'infortune avait pris sa serviette pour essayer de protéger son nez. « C'était en partie effacé. »

« Ah, c'est vrai qu'il a plu l'autre jour. Toutes mes excuses pour cela. Alors la formule complète comprend l'entrée, le plat, le fromage et le dessert. Je vous apporte le début d'ici cinq petites minutes ! »

Sans crier gare, Willy Rovelli s'éclipsa en vitesse dans ses cuisines, les laissant seul dans la petite salle du restaurant. Habituellement, Yuri aurait tenté de dérober un baiser à Flynn mais l'odeur des lieux l'incommodait beaucoup trop pour ça.

« Comment tu fais pour supporter cette puanteur ? » demanda-t-il en réalisant que le guerrier tolérait bien mieux que lui les effluves nauséabonds de cet endroit. « J'ai l'impression d'être dans une poubelle tellement ça sent mauvais ! »

« Je sais mais crois-moi, il y a pire. » lui répondit calmement son compagnon d'infortune. « J'ai déjà eu droit à du fumier, l'auge des cochons élevés au village, la viande oubliée dans le fumoir, le poisson pourri vendu au marché… »

« Ça va, j'ai compris… »

En d'autres termes, à Dahngrest, ils avaient le nez bouché. Dans le cas présent, il y avait de quoi être jaloux.

-§-

Excepté l'auberge de son village, Flynn n'avait jamais été dans un restaurant mais il doutait fort que l'odeur qui régnait ici soit normale. Il commençait à mieux comprendre les pancartes qu'ils avaient lues avant d'entrer ici et pourquoi ce lieu était celui de leur sixième épreuve. Restait à savoir ce qui allait leur être servi mais déjà, il se doutait que Yuri allait avoir du mal à user de sa ruse – déjà, il le voyait regarder avec suspicion le contenu de la carafe d'eau, ce qui était compréhensible.

Le guerrier voulu observer un peu plus attentivement les lieux quand il sentit quelque chose sur sa cuisse qui le fit légèrement sursauter. Il ne lui fallut pas très longtemps pour en trouver l'origine : en soulevant la nappe, il vit le pied de son camarade qui se frottait contre sa jambe. Il lui répliqua en lui jetant un regard agacé avant de lui donner une pichenette au pied, arrachant un « aïe ! » au jeune homme.

« Assieds-toi correctement au lieu de faire n'importe quoi. » lui fit-il remarquer sur un ton un peu sec.

« Pas de ma faute si tu es le seul élément ici qui me permet de patienter. » répliqua du tac au tac son interlocuteur.

A cette remarque, Flynn lâcha un soupir exaspéré et il s'apprêtait à aller voir le chef pour lui demander encore combien de temps ils allaient attendre quand celui-ci sortit rapidement de sa cuisine avec deux assiettes en main.

« Voilà, voilà ! » s'exclama Willy Rovelli en posant les entrées sur la table. « Voici une petite entrée pour commencer : des sushis faits maison ! Je vous laisse déguster le temps de préparer le plat. Bon appétit ! »

Sur ces mots, le propriétaire des lieux repartit rapidement derrière ses fourneaux, laissant ses deux invités observer ce qu'il venait de leur servir… et constater que ces sushis n'avaient rien de classique car si le riz était bien présent, sur le dessus de chacun se trouvait non pas une tranche de poisson frais mais des tarentules et des criquets. En résumé, ils avaient deux sushis chacun : deux aux tarentules et deux aux criquets, ce qui semblait ne pas enchanter du tout Yuri.

« C'est une blague j'espère ? » dit-il en regardant le contenu de leurs assiettes avec une grimace.

« J'ai bien peur que non. » confirma Flynn qui, après avoir observé les entrées, fut certains que les insectes étaient morts. « J'ai l'impression qu'ils ont été grillés au préalable. Ça pourrait être pire. »

Manifestement, son camarade avait l'air de penser la même chose vu comme il avait blêmi, s'étant certainement souvenu que ceci n'était que le début du repas.

L'épreuve consistant à manger le contenu des assiettes qui leur étaient servies, le guerrier n'attendit pas plus longtemps : il prit dans sa main un des sushis au criquet et mordit dedans, l'insecte craquant dans sa bouche. Il ne s'attarda pas à savourer le mets et mangea l'autre morceau avant de faire de même avec son second sushi, tout cela sous le regard médusé de Yuri qui, après un instant d'hésitation, se mit à l'imiter.

« Beurk ! » fit son compagnon d'infortune en grimaçant. « Je commence sérieusement à regretter l'Ile du Plaisir… »

« Il y a plus ignoble à manger. » dit-il après avoir fini son assiette. « Une fois, je me suis perdu en forêt et j'ai dû manger des insectes vivants faute de trouver du gibier. Quand tu as faim, tu apprends à faire des concessions. »

En l'occurrence, celui originaire de Dahngrest avait souffert de mal de mer pendant un moment et son estomac criait famine depuis un moment déjà donc il n'allait pas faire le difficile. Cependant, il avait intérêt à convaincre celui qui venait de l'Ile du Plaisir d'au moins goûter au contenu de son assiette car seul, il doutait d'arriver à tout finir en sachant qu'ils avaient un menu complet à déguster.

Heureusement, même s'il avait eu du mal, Yuri avait fini son entrée et avalé un grand verre d'eau pour faire passer le goût. C'était déjà ça de gagné.

A peine une minute plus tard, le chef arriva avec le plat : de la cervelle bouillie accompagnée de natto (1), un mets dont l'odeur ne passa pas du tout inaperçue. L'aspect était certes répugnant mais ce parfum de soja fermenté agressait les narines à un tel point qu'il vit son camarade faire un mouvement de recul.

« Tout s'est bien passé ? » leur demanda Willy Rovelli en débarrassant les assiettes des entrées.

« C'était immonde. » répondit le bel éphèbe avant de plaquer une main contre son visage, se sentant visiblement mal.

« C'est la cervelle de quel animal au juste ? » questionna le guerrier, faisant abstraction de la puanteur émise par les plats face à eux.

« Du porc qui est élevé dans un village pas très loin et livrée ce matin… ou la veille, je ne sais plus. Bonne dégustation ! »

Et encore une fois, leur hôte s'éclipsa rapidement en cuisine.

Comme Flynn était habitué à manger de la viande, la cervelle bouillie ne lui faisait pas peur car il connaissait – il avait toujours préféré les abats aux fruits de mer, ayant une aversion pour les moules et les huîtres depuis l'enfance. Par contre, le natto était un aliment qu'il n'avait jamais goûté mais il savait par Raven ce que c'était et que ce n'était pas aussi mauvais qu'on pouvait le penser.

Prenant sa fourchette en main, il décida de tester ce natto et il tenta d'en prendre un morceau… réalisant ainsi que celui-ci faisait des fils gluants, ce qui n'encouragea nullement Yuri à l'imiter vu l'expression de son visage.

« C'est quoi cette chose encore ? » demanda son camarade qui n'appréciait vraiment pas ce qu'il voyait.

« Des graines de soja fermentés. » répondit-il en toute simplicité avant de goûter cela… et de constater que ça n'avait pas une saveur extraordinaire. Il trouvait cela même plutôt fade, surtout après qu'il eut mangé un morceau de cervelle bouillie.

Après une longue hésitation, son compagnon d'infortune se décida à essayer le plat mais après une bouchée de chaque, il était clair qu'il n'aimait pas du tout le natto et qu'il n'allait certainement pas faire l'effort de le finir. Il reconnaissait que la texture était très particulière en bouche et lorsqu'il vit qu'il avait terminé, difficilement certes, sa part de cervelle bouillie, le guerrier lui prit son assiette pour finir le natto, même si lui-même n'aimait guère cet aliment mais plus à cause de son manque de saveurs.

« Comment t'arrives à manger un truc aussi infect ? » lui demanda Yuri après avoir de nouveau avalé un grand verre d'eau.

« D'une, ce n'est pas aussi mauvais et de deux, je n'ai pas envie de perdre mon village. » répondit Flynn en finissant son assiette. « Qui plus est, après la longue diète que j'ai eu, je meurs de faim ! J'avalerai un sanglier entier s'il y en avait un. »

Le bel éphèbe eut un rire amusé en entendant cette phrase et le jeune homme aux cheveux d'or réalisa que sa présence ne le gênait plus. Il s'y était habitué à force de voyager ensemble et même s'ils avaient des origines différentes, il ne trouvait pas sa compagnie désagréable, bien au contraire. D'ailleurs, en repensant aux épreuves qu'ils avaient déjà effectuées, il constata qu'ils étaient complémentaires : là où l'un avait des difficultés, l'autre était là pour les compenser et inversement.

En d'autres termes, à eux deux, ils avaient une chance de réussir à gagner le pari fait avec l'empereur Ioder.

« Au fait, si on venait à réussir toutes les épreuves, que comptes-tu faire ? » se demanda subitement le guerrier en se souvenant que seuls les conséquences d'un échec avaient été évoquées pour son camarade. « Tu vas rentrer chez toi ? »

« Je n'y ai pas réfléchi. » avoua Yuri, visiblement un peu surpris par cette question. « Je sais juste que je ne veux pas retourner dans l'immédiat sur l'Ile sur Plaisir ou finir en serviteur particulier pour ce gamin… »

Leur conversation, qui était très agréable, fut brusquement interrompue par le retour de leur hôte, venu pour débarrasser leurs plats et leur amener la suite : le fromage. Certes, la portion était petite mais elle était dans la même veine que les mets précédents, c'est-à-dire peu appétissante pour le commun des mortels.

« Mes chers amis, ceci est du Casgiu Merzu(2), une spécialité locale très réputée. » leur expliqua le cuisinier tandis que, de la préparation fromagère se mouvaient des asticots qui, cela ne faisait aucun doute, étaient bel et bien vivants. « C'est un fromage pourri aux larves de mouches que vous avez la chance de pouvoir déguster ici aux frais de l'empire. Bon appétit et je vous retrouve pour le dessert. »

Encore une fois, Willy s'éclipsa rapidement, leur laissant tout le temps d'observer ce qui venait de leur être servi.

-§-

Il allait étrangler ce sale gosse d'Ioder s'il venait à le recroiser. Cet endroit était tout bonnement affreux au point qu'il en était venu à regretter l'Ile du Plaisir et son excellente nourriture – certes, c'était surtout lui qui cuisinait là-bas mais c'était clairement meilleur que ce qu'il y avait dans ce boui-boui !

Sincèrement, Yuri se serait arrêté à l'entrée si Flynn n'avait pas été là. Sans lui, il n'aurait jamais réussi à se convaincre d'avaler ces horribles sushis aux insectes et de faire de même avec la cervelle bouillie – il avait tenté avec le natto mais l'odeur l'avait beaucoup trop dérangé et s'il avait continué, il aurait probablement vomi le contenu de son estomac, leur faisant échouer cette épreuve à tous les deux par la même occasion.

Là, le coup du fromage pourri, il aurait quand même dû le voir venir, surtout qu'il en avait entendu parler quand il était sur l'Ile du Plaisir mais jamais il n'en avait vu jusqu'ici. Lui qui n'aimait déjà pas le fromage à la base, là, il était servi…

Un coup d'œil au guerrier lui permit de voir que les asticots vivants ne semblait pas du tout le déranger : il avait pris un morceau de pain pour le tartiner de cette chose vraiment pas appétissante et il croquait dans sa tartine comme si de rien n'était.

Avec la pointe du couteau, le bel éphèbe goûta ce mets… et fut dégoûté par cette saveur très amère et piquante. Ce fromage, en plus d'être pourri, était très fort, au point qu'il en venait à regretter le natto qui leur avait été servi plus tôt. Sans hésitation, il laissa sa part à Flynn en priant intérieurement pour que le dessert n'ait rien de vivant à l'intérieur car sinon, il risquait de rendre tout ce qu'il avait avalé juste avant.

Le seul point positif qu'il avait noté pour le moment était que leur hôte semblait moins guilleret qu'au départ, signe qu'il ne s'était probablement pas attendu à ce qu'ils parviennent jusque-là. Avec de la chance, il n'aura pas le temps de leur faire un sale coup pour le dernier plat… mais il n'y croyait pas trop.

De plus, un détail de taille commençait à le titiller : s'il savait à présent d'où venait l'odeur de légumes fermentés, il n'avait toujours pas trouvé l'origine de celle de poisson pourri, ce qui lui laissait penser que le dessert risquait fort d'en contenir. Qui plus est, son nez commençait enfin à s'habituer à ces senteurs désagréables et il pouvait maintenant se concentrer sur autre chose que sur son odorat qui se faisait plus que malmener depuis leur entrée dans ce restaurant.

« Je crois qu'il nous réserve le pire pour la fin. » déclara Yuri à son camarade. « Ça sent le poisson pourri depuis un moment déjà et on a rien eu à base de poisson pour le moment. »

« Cela se tient. » approuva Flynn en grimaçant une fois qu'il eut fini son assiette. « Mais un dessert à base de poisson ? »

« C'est étrange oui mais comparé à ce qu'on a eu avant… »

Qu'allaient-ils donc avoir à manger en dernier ? Les fruits de mers étant trop fragiles comme produits, il aurait tendance à les exclurent, doutant fort que leur hôte veuille les empoisonner car techniquement parlant, tout ce qui leur avait été servi était certes loin d'être appétissant mais cela restait des produits comestibles et donc, en théorie, non destinés à causer une intoxication alimentaire. Le plus probable, vu l'odeur, était un poisson fort et qui était dans la même veine que tout ce qu'ils avaient eu auparavant.

En fouinant dans ses souvenirs de l'Ile du Plaisir, le bel éphèbe se souvint d'un homme qui venait d'un pays loin au nord et qui avait posé quelques soucis aux prêtresses car celui-ci n'aimait que des poissons forts en goût. Au final, elles avaient réussi à le faire tomber sous leurs charmes et cet homme avait évoqué une spécialité de son pays – le seul truc qu'il avait retenu du nom de ce plat était son côté imprononçable – qui, justement, était du poisson fermenté.

Si c'était bien ça, sous quelle forme allait-elle leur être présentée ?

La réponse ne tarda pas à arriver en la personne du cuisinier qui, après avoir débarrassé leurs assiettes et leurs couverts, vint leur apporter des cuillères ainsi qu'une coupe en cristal en fredonnant une chanson d'amour. A l'intérieur, il y avait deux boules de glace d'une couleur indéfinissable et qui sentaient le poisson bien pourri.

« Ah, mes chers amis… » commença Willy Rovelli, la voix chargée d'émotion. « C'est avec une immense joie que je vous annonce que vous êtes les premiers à être parvenus jusqu'à cet instant fatidique : ce dessert ! Qui plus est, c'est aussi mon mets favori et vous ne pouvez pas imaginer à quel point de suis fier de vous présenter la spécialité de mon restaurant : la glace au surströmming (3)! »

Yuri reconnut ce nom bizarre qui lui confirma qu'ils avaient affaire à une crème glacée au poisson. En théorie, lui qui aimait bien les desserts, il ne devrait pas avoir de souci mais en pratique, il se demandait sérieusement si ce truc était bel et bien mangeable…

En levant son regard sombre vers son partenaire, il constata que celui-ci était plus pâle que tout à l'heure. En cherchant dans sa mémoire, il se rappela que Flynn n'avait jamais été très enthousiaste face à des plats à base de fruits de mer et il comprit instantanément que celui-ci n'arriverait jamais à se forcer à finir ce dernier mets.

La ruse qu'il aurait été possible de faire était de jeter discrètement la nourriture mais si elle aurait pu être tentée avec les plats précédents, ce coup-ci, elle était impossible car le propriétaire des lieux n'avait visiblement pas l'intention de retourner en cuisine.

« Mangez ! Mangez ! » s'exclama vivement Willy avec un grand sourire. « Ne faites surtout pas attention à moi ! »

Facile à dire… mais face au conflit interne plus qu'évident chez le guerrier, c'était à son tour de sacrifier son haleine et ses papilles gustatives. Haut les chœurs…

« T'as de la chance que je t'aime… » dit-il à voix basse avant de prendre une cuillère de glace et de la mettre rapidement dans sa bouche.

A l'instant où il sentit le froid envahir son palais, Yuri réalisa qu'il avait eu une très mauvaise idée en mettant autant de crème glacée dans sa bouche d'un seul coup car il s'était presque gelé le cerveau. Le pire restait tout de même le goût qui, certes, le dérangeait moins que celui du fromage mais le natto gardait tout de même sa grande préférence. C'était TRES salé pour un dessert et sincèrement, il avait l'impression de manger une crème dans laquelle un énorme bloc de sel avait été jeté ainsi qu'une bouteille d'un vinaigre bien acide, tout cela avec en plus la saveur du hareng qui avait été très longuement oublié. Le plus dur allait être de ne pas vomir…

Il voulut prendre un verre d'eau pour faire passer le goût… mais il réalisa avec horreur que la carafe était vide, ce qui n'arrangeait vraiment pas leurs affaires. Cependant, en un clin d'œil, le cuisinier leur en avait ramené une pleine… ou du moins, il avait déjà vu la chose et s'était préparé à leur ramener de quoi boire.

Flynn tenta sa chance lui aussi… et l'expression de son visage en disant suffisamment long pour que son compagnon d'infortune sache qu'il avait certainement la même opinion que lui sur cette glace, voire même pire…

Et encore, ils devaient s'estimer heureux de ne pas avoir le produit de base car il avait l'étrange impression que ce serait mille fois pire.

« Alors, quel goût ça a ? » leur demanda leur hôte avec un intérêt quelque peu sadique aux yeux de Yuri.

« C'est infect ! » répondirent les deux camarades au même moment avant de rassembler leur courage pour essayer de finir cette chose immonde.

Sérieusement, ce prétendu cuisinier le faisait exprès ou bien il ne goûtait jamais ses plats ? A tous les coups, c'était les deux et le jeune homme aux cheveux de jais se jura que si un jour il revoyait cet énergumène, il lui ferait avaler son menu entier à la première occasion !

A force de volonté et avec beaucoup d'efforts, ils arrivèrent difficilement à terminer ce dernier plat. Ils étaient au bord du malaise mais ils étaient, pour l'instant, encore vivants. Par contre, leurs papilles gustatives risquaient fort de leur faire défaut pendant un moment et leurs haleines… non, il ne valait peut-être mieux ne pas y penser, surtout que rien ne garantissait que leurs estomacs puissent se remettre de tout ça.

« Bravo ! Bravissimo ! » s'exclama avec émotion le propriétaire des lieux en applaudissant avec force tout en reniflant. « Jamais personne n'avait réussi à finir mon menu en entier et… excusez-moi une seconde. »

Sur ces mots, le chef se moucha bruyamment dans son tablier avant d'essuyer quelques larmes de joie qui menaçaient de couler.

« Vous avez vraiment été un formidable duo ! » poursuivit Willy en s'approchant… avant de reculer d'un pas, certainement à cause des deux regards assassins dirigés contre lui. « Revenez quand vous voudrez ! »

Intérieurement, Yuri et Flynn pensaient la même chose : ça ne risquait pas d'arriver !

Après leurs adieux à leur hôte, ils sortirent avec joie du restaurant, respirant à plein poumons l'air extérieur… avant d'aller chercher où pouvait bien se planquer Rita afin de lui faire savoir qu'ils avaient réussi cette épreuve.


Notes :

1 : Le natto est fait à base de graines de soja fermentées et est un aliment très populaire au Japon mais généralement peu apprécié par les occidentaux.

2 : Le Casgiu Merzu est un fromage corse fort qui est pourri avec des larves de mouches. Il peut être mangé avec ou sans les asticots.

3 : Le surströmming est du hareng fermenté et est très populaire en Suède. Son odeur est, paraît-il, une des pires qui existe et il serait interdit dans les avions à cause du risque d'explosion des boîtes de conserve dans lequel il fermente.

kaleiyahitsumei: (Default)
Fluri Month 2016 : May 31 Orange Lily: “Passion” 

UA : Loups-Garous. Oui, c’est bien une sorte de séquelle à Loups-Garous. Par contre, je vous recommande de ne pas y lire si vous n’êtes pas bien préparés (seau vide, poche de sang de votre groupe sanguin…). D’ailleurs, faut que j’aille me rafraîchir d’urgence là… Et pas de beta ce coup-ci car je l'ai fini tard (Eliandre m'a cependant confirmé mes doutes sur textes XD)

Avertissement : Scène explicite à suivre. Si vous n’aimez pas le yaoi, passez votre chemin.

 


 

Rayon de lune

Hyponia était un endroit plutôt idyllique pour un loup-garou grâce à sa très faible population, ses forêts giboyeuses et son climat froid, parfait pour ces êtres au sang bouillant, surtout lorsqu’approchait le début de l’hiver. Flynn devait reconnaître qu’il ne s’était jamais autant senti à son aise que sur ce continent et, ayant souvent des difficultés à trouver le sommeil, il avait pris pour habitude de se transformer la nuit pour courir dans les bois et chasser – beaucoup à Aurnion se demandaient comment il faisait pour être un aussi bon chasseur mais ça, jamais il ne leur dira car il était hors de question de reproduire la tragédie d’Aspio.

Environ deux mois après qu’il soit arrivé dans ce village, le jeune homme avait réalisé un changement important dans ses capacités de lycanthrope. Normalement, il ne pouvait se transformer que les nuits de pleine lune et celles des dix derniers jours de décembre ou, s’il possédait une pierre de lune, toutes les autres nuits. Mais un matin, il avait voulu prendre une pierre de lune que lui avait donnée Ioder et en la touchant, il s’était transformé alors qu’il n’aurait pas dû pouvoir le faire. Il avait retenté l’expérience en plein jour loin des regards – excepté celui de Karol qui était un des rares à connaître son secret – et il avait obtenu le même résultat.

Quelle en était la raison ? Il l’ignorait mais depuis, Flynn prenait garde la journée à ne pas ôter sa croix en argent, seul objet pouvant l’empêcher de devenir un loup-garou – cela faisait plusieurs mois qu’il vivait là et les habitants s’étaient pleinement habitués à lui donc il ne voulait pas risquer de provoquer un drame en se transformant sous les yeux de n’importe qui.

Pour le moment, il ne cherchait pas à comprendre ce qui avait pu provoquer ce changement – sa seule hypothèse était la magie de Tarquaron et elle était invérifiable – essentiellement car depuis peu, ses sens affutés avaient perçu quelque chose qu’il n’aurait pas cru possible : le parfum d’un autre lycanthrope – excepté Ioder qui, à force de ne plus se transformer, n’avait plus qu’une faible senteur animale – qui se promenait lui aussi dans les bois d’Hyponia.

Ayant en mémoire les odeurs de tous les habitants d’Aurnion, il savait que ce n’était pas l’un d’eux. Sodia, la sorcière qui vivait dans le sanctuaire de Baction, était à exclure elle aussi car elle pratiquait la magie et que si elle avait été un loup-garou, elle n’aurait pas pu supporter l’odeur de l’aconit qu’elle faisait pousser près de l’entrée de sa cachette.

Qui était-ce donc ? Le loup-garou au pelage de neige l’ignorait mais l’agréable fragrance de cet inconnu lui était vaguement familière tout en étant mêlée à une faible senteur de mort, exactement comme celle qu’émettait l’aconit au nez des lycanthropes.

Cette nuit-là, il neigeait et tout avait été recouvert d’un beau manteau blanc, rendant celle-ci peu idéale pour la chasse. Si Flynn bénéficiait à présent d’un excellent camouflage, ce ne serait peut-être pas le cas de celui qu’il cherchait à condition qu’il sorte de sa tanière.

Au bout de trois longues heures, il le vit enfin : un loup-garou au pelage d’un gris sombre qui avançait dans la neige. Celui-ci était un homme mais étrangement, il était moins massif qu’il n’aurait dû l’être. Etait-il plus jeune que lui ? Cette réponse, il l’obtint quand le lycanthrope s’arrêta à côté d’un piquet en bois utilisé par Sodia pour marquer les endroits où elle récupérait certaines plantes qu’elle ne pouvait pas ramener à Baction. Il ôta la pierre de lune dont il se servait et, après avoir été entouré d’une lumière rouge foncée, une silhouette que Flynn n’aurait jamais cru revoir se tint à sa place.

Yuri…

Son ami d’enfance ne l’avait manifestement ni vu, ni sentit car il était concentré à ôter la neige qui recouvrait les plantes de Sodia, le tout en grognant d’exaspération.

—Me réveiller pour ça, l’entendit-il râler tout en cueillant des fleurs roses sombre sur la plante qu’il avait déneigée. Tout ça parce que l’Hellébore qu’elle a plantée ne fleurit pas ! Et il faut encore que je lui ramène des panais…

L’odeur du jeune homme à la longue chevelure de jais était absolument exquise à ses narines, même si elle était faiblement mêlée à celle de l’aconit. Son parfum l’avait presque toujours rendu fou vers la fin du mois de décembre, raison pour laquelle à Aspio, il faisait en sorte de ne pas dormir dans la même pièce que lui durant cette période de l’année afin de ne pas lui sauter dessus. Là, c’était mi-novembre et son instinct animal mourrait d’envie d’aller le plaquer au sol pour un accouplement féroce…

—Saleté de neige de…

Soudain, Yuri se figea, les sens visiblement en alerte. Flynn n’avait pas besoin de plus pour comprendre qu’il avait très certainement été repéré et, pour cette raison, il ôta sa propre pierre de lune, mettant fin à sa transformation au moment où la neige commença à cesser de tomber et que le regard gris de son ami d’enfance se tourna vers l’endroit où il se trouvait.

—Ca faisait longtemps, déclara-t-il d’une voix la plus neutre possible en fixant cette lueur d’inquiétude au fond de ces yeux anthracite.

Un silence pesant régnait tandis que Flynn combla la distance entre eux. Dans un soupir résigné, son ami d’enfance se releva mais baissa la tête, lui rappelant les fois où, enfant, il se sentait mal à l’aise à cause d’une bêtise qu’il avait faite.

—Tu te cachais de moi j’imagine, dit-il à Yuri, faisant grincer des dents ce dernier. Pourquoi ?

—Parce que tu méritais d’avoir une seconde chance, lui répondit son meilleur ami en continuant d’éviter son regard. Moi non, pas après tout ça.

—Yuri, ce n’est pas ta faute…

Il tenta de lui toucher l’épaule mais sa main fut repoussée d’un geste brusque, ce qui confirma à Flynn que son meilleur ami avait décidé de prendre toute la responsabilité du drame d’Aspio sur ses épaules alors qu’en réalité, il n’avait été que l’instrument d’un esprit maléfique qui avait pris possession de son corps. De plus, ce n’était certainement pas lui qui avait tué toutes ces personnes durant les nuits de pleine lune…

—Laisse-moi tranquille, fit le jeune homme à la longue chevelure en reculant d’un pas. Si tu m’approches encore…

—Je sais que tu n’es plus possédé, le coupa-t-il. C’est pour te libérer que je t’ai mordu à Tarquaron et je suis désolé de t’avoir condamné au même calvaire que moi.

—T’excuse pas pour ça. Entre ça et être un pantin pour un rejeton d’un être démoniaque qui ne demande qu’à sortir de sa prison, je préfère largement avoir de la fourrure.

—Alors pourquoi tu ne me laisses pas approcher ?

Flynn observa attentivement le langage corporel de Yuri, notant ses bras croisés contre sa poitrine, le léger tremblement qui parcourait son corps et son obstination à ne pas vouloir le regarder dans les yeux, lui laissant penser que son ami luttait pour garder le silence. A l’instant où il vit que ce dernier était en train de se mordre la lèvre inférieure jusqu’au sang, il réalisa le problème pour avoir déjà assisté à cela par le passé : en tant que chef de meute, il avait un fort ascendant sur les membres de sa meute et les loups-garous qui lui étaient inférieurs se devaient de lui obéir. Il se souvenait de Cumore qui était incapable de ne pas répondre aux questions d’Alexei sans légèrement se recroqueviller sur lui-même. Le loup-garou blanc, lui, avait réussi, avec le temps, à se détacher de l’emprise de son mentor.

Actuellement, son ami déployait toute son énergie à essayer de lui résister mais jamais il n’avait eu affaire à un autre lycanthrope depuis qu’il en était un, faisant qu’il devait user de toute la force de sa volonté pour qu’aucun mot ne franchisse ses lèvres.

—Oublie ma question, dit Flynn dès qu’il eut compris ce qu’il se passait, permettant ainsi à Yuri de ne plus être sous son emprise. J’imagine que tu vis à Baction à présent.

—… Oui, répondit celui aux cheveux de jais, l’air soudainement fatigué. Je savais que tu pouvais pas y mettre les pieds vu que tu supportes pas l’aconit.

—Et comment se fait-il que tu n’ais pas ce problème ?

—Elixir tue-loup quand je vivais chez Hanks. Un truc absolument infect à boire…

Ca, le loup-garou blanc voulait bien le croire vu l’horrible odeur qu’avait l’aconit pour lui. Manifestement, Yuri n’était pas gêné par la plante et ne le serait certainement jamais.

—Si t’as rien d’autre à me dire, faut que j’y aille, fit son ami en ramassant ses affaires. J’ai encore à faire et…

—Je suis content de savoir que tu vas bien.

A l’entente de ces mots, il vit celui qu’il aimait se figer un instant avant de lever vers lui ses yeux gris d’où étincelait un léger étonnement qui à la fois intrigua et inquiéta Flynn. Cependant, il choisit de se taire et de laisser Yuri s’en aller après s’être retransformé en loup-garou…

-§-

Plusieurs jours s’écoulèrent sans qu’ils ne se recroisent et Flynn avait choisi de ne parler à personne de cette nuit-là, respectant la volonté de Yuri de rester caché.

Aujourd’hui, ils étaient au mois de décembre et les habitants d’Aurnion organisaient une fête en l’honneur de l’hiver. Beaucoup de mets allaient être partagés et, surtout, quelques boissons locales allaient servir à réchauffer l’air froid qui s’était imposé sur le village. Parmi celles-ci, deux étaient alcoolisées : la première était un cidre fait avec une variété de pommes qui ne poussait que sur le continent d’Hyponia, la seconde était une bière aromatisée à la violette.

Ioder lui avait fortement déconseillé de toucher à la bière, surtout à cette période de l’année, lui expliquant que la violette faisait partie des plantes qui avaient un effet particulier sur les lycanthropes.

Suivant les conseils de son ami, Flynn avait plusieurs fois refusé des pintes de cette boisson, se rabattant sur le cidre ou sur de l’eau – il avait reniflé l’odeur de cette bière et rien que son parfum lui avait donné une bouffée de chaleur, lui permettant instantanément de comprendre l’effet que la violette avait sur les loups-garous et pourquoi il devait impérativement ne pas y toucher en décembre.

Cependant, en sentant une fragrance familière, le jeune homme réalisa qu’un certain lycanthrope n’avait aucun moyen de savoir qu’il ne devait pas toucher à cette boisson… et quand il l’aperçu appuyé contre une maison avec les joues bien roses, il sut que c’était déjà trop tard. Il se hâta donc de l’attraper fermement par le bras pour l’entraîner chez lui avant que quelqu’un ne les voient ensemble.

—Yuri, qu’est-ce que tu fais ici ? demanda Flynn après avoir refermé les portes de sa cabane en bois derrière eux.

—J’aidais Sodia à entrer à Aurnion, lui répondit son ami en se collant contre lui tout en lâchant un léger gémissement. C’est quoi ces alcools qu’ils ont ici ?

—Quelque chose que tu n’aurais pas dû toucher…

Il était clair qu’il devait trouver une solution et vite car si Yuri émettait un nouveau son, il risquait fort de céder à son instinct animal qui lui hurler de plaquer son ami contre un mur pour ensuite lui arracher ses vêtements et le baiser sauvagement toute la nuit… Certes, en théorie, faire ça chez lui entre quatre murs ne craignait rien mais en pratique, ils étaient au mois de décembre et Flynn savait que les loups-garous étaient très actifs à cette période de l’année, surtout si l’un d’eux était manifestement en chaleur et risquait de se transformer à la première occasion.

Si seulement il avait un objet en argent qui ne risquait pas de s’enlever accidentellement… Certes, il avait sa croix mais elle était assez simple à ôter et la chaîne s’était déjà cassée une fois, faisant qu’il aurait pu la perdre si cela s’était produit dans les bois…

A cet instant, il se souvint qu’Ioder, suite à cette anecdote, lui avait offert des objets faits dans ce métal au cas où et qu’il les avait cachés sous son lit, n’en ayant pas l’utilité.

Flynn continua donc de prendre sur lui-même pour ignorer Yuri et le força à s’asseoir sur le lit pendant qu’il récupérait la caisse en bois contenant ce qu’il cherchait. En l’ouvrant, il trouva ce dont il avait besoin : un épais bracelet en argent qu’il se hâta de mettre à son poignet.

—C’est quoi ce bric-à-brac ? questionna son ami en revenant se coller contre lui, faisant qu’il sentait parfaitement que la chaleur corporelle de celui-ci avait augmenté.

Il choisit de ne pas répondre, trop concentré à essayer de résister à son désir… ce qui était très compliqué quand la source de celui-ci avait ses lèvres contre sa nuque et s’attelait à essayer d’y laisser une marque. Même si cela ne lui plaisait pas, il lui serait impossible de le garder caché chez lui sans devoir céder à ses envies charnelles…

Puis il finit par craquer quand il sentit une main au niveau de sa ceinture : il prit le menton de Yuri d’une main et l’embrassa avec fougue. La réponse ne se fit pas attendre car deux bras vinrent s’agripper fermement à ses épaules pour le pousser à maintenir ce contact le plus longtemps possible, ce qu’il n’allait pas se priver de faire après environ une année privé de l’être qu’il aimait. Ce n’était certainement pas leur premier baiser mais jusqu’ici, jamais ils n’avaient été tous deux conscients lors de cet acte, renforçant la flamme d’un amour qui ne voulait pas s’éteindre.

Flynn ne saurait dire si ses sentiments étaient réciproques ou non mais il était certain d’une chose : en aucun cas il ne coucherait avec son ami d’enfance si celui-ci était sous l’influence d’un aphrodisiaque ou qu’il le faisait sous la contrainte. Il rompit donc le baiser, souhaitant éclaircir ce point au plus vite… et profiter de son statut de loup-garou dominant si c’était nécessaire.

—Qu’est-ce que nous sommes au juste ? demanda-t-il, faisant se froncer les sourcils de Yuri. Je sais que je t’aime depuis longtemps mais j’ignore si c’est réciproque et si ce n’est pas le cas…

—Tu quoi ? fit le jeune homme aux cheveux de jais, les yeux agrandis d’étonnement et son visage ayant prit encore plus de couleurs.

—Je t’aime.

Le regard anthracite qui lui faisait face détaillait à présent chaque parcelle de son visage. Puis d’un coup, ces lèvres rougies par leur baiser esquissèrent un sourire emplit à la fois de joie et de tristesse.

—On a vraiment été deux idiots, dit Yuri avant de lâcher un léger grognement et d’ouvrir sa veste. Et il y avait quoi dans leur bière au juste ? Je meurs de chaud !

—Pour la bière, elle est aromatisée à la violette, répondit Flynn en faisant tout son possible pour ne pas fixer ce nouveau morceau de peau qu’il avait sous les yeux et qui risquait fort de décupler son désir. Cette plante semble agir comme un aphrodisiaque pour les loups-garous…

A en juger par ce qu’il voyait et connaissant l’individu, il devina que son ami d’enfance avait dû juste en boire une gorgée pour goûter, celui-ci n’ayant jamais eu une bonne résistance à l’alcool. Il devait donc lui aussi être en train de lutter pour ne pas céder complètement à ses pulsions.

Après un moment de gêne visible, Yuri le regarda à nouveau en se mordant la lèvre inférieure… ce qui brisa les dernières résistances de Flynn.

D’un geste, il plaqua le bel éphèbe aux cheveux de jais contre le matelas, le bloquant avec le poids de son corps. Sans lui laisser le temps de réagir, il mordit la jonction entre sa nuque et son épaule gauche, lui arrachant un gémissement surpris tandis qu’une de ses mains tirait sur les lacets de sa chemise beige afin de dévoiler encore un peu plus de cette peau claire et au goût exquis sur sa langue. La saveur métallique du sang se fit sentir sur son palais et il lécha la blessure qu’il venait d’infliger tandis que de longs doigts se glissaient dans ses cheveux ainsi que sous le col de sa veste, griffant sa peau à chaque fois qu’il arrachait un soupir à son partenaire.

Soudain, sa tête se fit tirer en arrière et il s’écarta légèrement, laissant juste ce qu’il fallait à son compagnon pour qu’il vienne de nouveau lui capturer ses lèvres avec ardeur… pour ensuite le repousser avec son genou qu’il avait replié, le forçant à reprendre une position assise. Cependant, il ne tarda pas attraper les deux jambes de celui aux yeux gris pour les écarter et se placer entre elles pour ne pas qu’il prenne trop facilement le dessus.

Yuri eut une moue un peu contrariée qui s‘effaça rapidement quand Flynn colla son bassin contre le sien, lui arrachant un cri surpris qui se mua en un profond soupir de satisfaction lorsqu’une main se glissa sous sa chemise, relevant celle-ci tout en caressant sa peau brulante. Il se redressa légèrement afin d’ôter ce qu’il portait en haut, donnant ainsi une pleine vue sur son torse d’albâtre avant d’entourer de ses jambes la taille de son partenaire pour ensuite se retrouver de nouveau contre lui, cette fois-ci en étant assis sur ses genoux.

—Tu cherches un autre endroit où me mordre ? questionna celui aux cheveux de jais avec un ton malicieux, ses doigts se promenant sur le col en fourrure du vêtement que portait son partenaire.

— J’ai surtout très envie de te voir nu sur mes draps, répondit celui aux cheveux d’or en se léchant la lèvre inférieure avec appétit, ce qui n’échappa nullement à son compagnon. Après, tout dépendra à quel point je serais pressé de vérifier si tu es aussi ardent à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Les pupilles des yeux gris se dilatèrent encore plus qu’elles ne l’étaient déjà… avant que leur propriétaire ne l’entraîne dans un baiser fiévreux tout en tirant sur sa veste. Leur désir commun, principalement dû au fait que tous deux étaient victimes des chaleurs des loups-garous, les poussa à accélérer leurs préliminaires en se débarrassant à la va-vite de leurs habits restants. Dès que tous deux furent dénudés, ils s’embrassèrent de nouveau tout en explorant le corps de l’autre avec leurs mains.

A un moment, Flynn se retrouva allongé sur le lit, la tête de Yuri entre ses jambes s’apprêtant à prendre son érection en bouche. Sans prévenir, il se redressa pour attraper la cheville de son partenaire et changer leur position, de sorte à ce qu’il puisse avoir cette paire de fesses blanches à portée de ses dents. Il ne se gêna pas pour y laisser une marque, arrachant un cri à son compagnon qui ne s’était manifestement pas attendu à cela.

—Ca va pas de me mordre là ? râla le concerné, les mains crispées sur ses cuisses. Tu pourrais au…

Les protestations de celui aux cheveux de jais moururent dans sa gorge à l’instant même où la langue de son amant se posa sur son anus. Des soupirs de plaisir se firent entendre lorsque le muscle humide s’attela à lécher consciencieusement cette zone. Cependant, ceux-ci cessèrent lorsque le bel éphèbe décida de reprendre là où il avait été interrompu, faisant se figer le jeune homme aux cheveux d’or lorsqu’il sentit son membre être glissé entre les lèvres de son partenaire, lui arrachant un grognement face à la sensation plus qu’agréable qu’il en retirait avant qu’il ne morde sa main afin d’étouffer les bruits qu’il produisait. L’efficacité de cette méthode s’avéra discutable quand il comprit qu’il avait du mal à résister à ce que lui faisait son compagnon et que ses doigts étaient couverts de sa salive.

Son instinct de loup-garou dominant lui dictait de reprendre le dessus et, sans trop réfléchir, il glissa son index et son majeur entre cette paire de fesses blanches puis à l’intérieur de son amant qui s’immobilisa en sentant cette intrusion. Un léger gémissement parvint à ses oreilles alors qu’il écartait ses doigts contre les parois de chair avant d’ajouter son annulaire, ce qui provoqua un geignement de douleur chez l’autre lycanthrope.

Une part de Flynn voulait cesser mais l’autre, son coté animal, lui ordonnait de continuer, ce qu’il fit… et lorsqu’il vit Yuri s’enfoncer sur ses doigts en lâchant un cri de pur bonheur, il ne put s’empêcher de déglutir en imaginant ce que ce serait quand il enfoncera autre chose à cet endroit…

Pendant quelques longues secondes, il continua d’admirer son compagnon s’empaler sur sa main puis, n’y tenant plus, il le poussa en avant et lui attrapa les hanches. Rapidement, il retira ses jambes de sous son partenaire et se plaça derrière lui. Enfin, il enfonça son érection qui commençait à devenir douloureuse dans ce corps pâle, lâchant un profond soupir de satisfaction en sentant à quel point il était chaud et étroit.

Par contre, lorsqu’il fut complètement à l’intérieur, il nota que son amant mordait à pleines dents dans son oreiller et qu’il ne semblait pas partager son plaisir.

Avec précaution, il colla son torse contre le dos de Yuri et, après avoir écarté les cheveux de jais, il posa ses lèvres contre sa nuque pour ensuite y déposer plusieurs baisers emplis de tendresse. Quand Flynn sentit le bassin de son partenaire bouger, il passa un bras sous le torse de celui-ci et commença à entamer une série de longs va-et-vient tout en observant attentivement les réactions de son compagnon. Quand enfin il l’entendit pousser des cris d’extase, il accéléra le rythme jusqu’au moment où ils atteignirent l’orgasme.

De longues minutes s’étaient écoulées, chacun essayant de reprendre pleinement ses esprits. Cette chaleur étouffante s’était dissipée mais le désir était toujours là, se manifestant sous la forme d’une caresse innocente contre une joue ou d’un regard langoureux.

L’étreinte suivante dura bien plus longtemps, ponctuée par de longs baisers passionnés et une exploration plus poussée du corps de l’autre. Une certaine euphorie régnait entre eux, probablement due au bonheur d’être de nouveau réunis, et elle perdura même après qu’ils se glissèrent sous les draps pour dormir, exactement comme avant que leurs vies ne soient bouleversées à jamais.

Yuri blottit contre lui, Flynn avait un bras autour de ses épaules tandis que son amant lui tenait la main. A travers les rideaux dissimulant la fenêtre, un rayon de lune vint frapper la bague en argent que portait son aimé…

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Fluri Month 2016 : May 29 – 30 Yellow Tulip: “There’s sunshine in your smile”

Beta : Eliandre

UA : Miraculous

Note : Dernier croisement entre Miraculous et Tales of Vesperia qui sera écrit pour le Fluri Month 2016. De plus, ce texte peut aussi correspondre au thème du 17-18 qui était « Jealousy ».


 

Dernier ennemi en date : Antibug, fraîchement apparu au palace Le Grand Paris et copie quasi-conforme de Ladybug. Hors, cet adversaire avait des pouvoirs opposés au héros et, au grand dam de Yuri, n’était autre que Luke, fraîchement akumatisé par sa faute car il n’avait pas voulu écouter celui-ci lors de leur combat contre un précédent akuma. Chat Noir lui avait fait gagner du temps pour qu’il puisse recharger son kwami mais la situation avait changé quand Antibug avait capturé Tear et neutralisé son partenaire en le ligotant puis en le suspendant au dessus du vide.

Il avait été contraint de le libérer pendant que Tikki récupérait des forces, faisant son possible pour ne pas être vu, puis une fois redevenu Ladybug, ils avaient pu aller combattre ensemble Antibug et le vaincre.

Suite à cela, Luke était devenu étrangement pensif et, dès que Tear était dans les parages, il perdait tous ses moyens, probablement parce qu’il avait vu les enregistrements des caméras du palace appartenant à sa famille et ce qu’il avait fait durant la période où il était sous l’emprise de Papillon. Le bon côté, c’était qu’il était devenu supportable depuis ce jour-là.

Aujourd’hui, c’était samedi et c’était affluence au café de la Corneille. Yuri donnait un coup de main à Raven pour servir les clients et aussi pour refaire quelques douceurs. Il termina de donner la commande à une femme visiblement pressée quand, en voyant qui était la prochaine personne à servir, il sentit les battements de son coeur s’accélérer.

—Bonjour Yuri, lui lança Flynn en arrivant au comptoir en compagnie de Tear et de Judith. J’espère qu’on ne dérange pas.

—Non, pas du tout, fit le jeune homme sans trop réfléchir. C’est toujours comme ça le samedi donc je suis habitué.

—On dirait qu’aucune table n’est libre, constata celle qui tenait le Ladyblog en regardant la salle. La pause café ne va pas pouvoir se faire ici.

—Ce n’est pas grave, déclara Tear avec un léger sourire. Vous m’avez déjà bien aidée tous les deux.

—De quoi vous parlez au juste ?

Certes, il aurait pu rester silencieux et admirer le beau sourire du blond en face de lui mais il travaillait et appréciait peu d’être en dehors de cette conversation. De plus, il était obligé d’admettre qu’il ressentait une pointe de jalousie envers sa nouvelle camarade car elle et Flynn étaient souvent vus ensemble, ce qui alimentait quelques rumeurs comme quoi ils formeraient un couple.

—Notre chère Tear se cherchait une activité à faire une fois par semaine, expliqua Judith en jetant un coup d’œil à une alerte qu’elle venait de recevoir. Comme elle avait fait du chant quand elle était plus jeune, Flynn et moi avons proposé de l’aider à trouver un professeur.

—Malheureusement, c’était un peu tard pour s’inscrire, fit la concerné avec une pointe de regret. Heureusement, le professeur de piano de Flynn connaît quelqu’un qui serait d’accord pour me prendre dans son cours en milieu d’année.

—Je peux t’y emmener si tu veux, proposa le jeune homme aux cheveux d’or. Mon garde de corps va venir me chercher de toute manière.

Honnêtement, Yuri aurait aimé qu’elle dise non mais ce ne fut pas le cas, surtout que, de toute manière, il était occupé donc cela ne servait à rien qu’ils restent au café. Ce fut donc avec déception qu’il les vit partir, le laissant seul avec sa meilleure amie.

—Je te sens en pleine détresse, dit-elle en passant derrière le comptoir. Serais-tu contrarié que notre séduisant blond aux yeux bleus traîne avec notre nouvelle amie ?

—Techniquement parlant, Tear et moi ne sommes que de simples camarades de classe, déclara-t-il en préparant un café latté pour un client. Et tous deux sont assez grands pour faire ce qu’ils veulent…

—J’en conclus que tu penses toi aussi qu’ils sont en couple.

A cette remarque, le jeune homme renversa accidentellement le contenu du gobelet sur ses pieds et, en grognant, il dut tout recommencer du début – il cessa vite de râler quand il sentit que Tikki le pinçait afin qu’il ne perde pas son sang-froid bêtement.

—Je les aie observés tu sais, poursuivit Judith en se servant un jus de pomme. Personnellement, je les crois juste bons amis.

—C’est pas vraiment l’avis de l’ensemble du lycée, dit-il en donnant sa consommation à sa cliente.

—Et ça va t’arrêter ? Tu n’as même pas essayé de l’inviter à un rencard !

—Parce qu’il m’est arrivé une catastrophe à chaque fois que j’ai tenté ! Sérieux Judy, je commence vraiment à penser que ça restera un simple fantasme.

Encore une fois, il en était à se demander ce qu’il avait bien pu faire pour qu’un être cosmique puisse ne pas vouloir qu’il ait une chance avec Flynn. Il se disait assez souvent qu’il devait faire une croix sur lui mais c’était plus facile à dire qu’à faire car dès qu’il voyait le sourire de ce satané blond, il en retombait immédiatement amoureux ! Ca le rendait dingue…

Yuri passa au client suivant… et faillit faire une attaque en voyant cette tignasse d’un rouge flamboyant entrer au café : que foutait Luke ici et surtout, qu’avait-il fait à ses cheveux ? Un coup d’œil à sa meilleure amie lui confirma qu’elle était aussi stupéfaite que lui.

—Bonjour, fit le jeune homme aux cheveux de jais avec méfiance quand son vieil ennemi vint devant le comptoir. Que désirez-vous ?

—Je viens juste pour m’excuser, déclara le rouquin sous les regards interloqués de ses deux camarades. J’ai été un vrai crétin et je sais que ça ne suffira jamais à me faire pardonner…

—Tu m’as coupé les cheveux quand on était en sixième, collé mes baskets au sol en cinquième, fais courir le bruit que je faisais encore pipi au lit en quatrième…

—Pour tout ça, je suis vraiment désolé ! s’exclama vivement Luke, les joues légèrement rougies. D’ailleurs, je peux te rembourser certains trucs s’il le faut…

—Je n’accepterai pas d’argent de ta part.

Sincèrement, Yuri avait de légers doutes sur cette soudaine envie de rédemption chez son camarade. Soit il avait été enlevé par des extraterrestres et remplacé par l’un d’eux, soit il avait vraiment été plus chamboulé par son akumatisation qu’il ne l’avait pensé au départ. Dans tous les cas, il n’était pas prêt à faire la paix avec lui.

—C’est déjà bien que tu sois venu t’excuser, dit Judith à Luke. Est-ce que tu veux boire quelque chose ?

—J’étais juste venu pour ça, répondit le rouquin avec une certaine gêne. Si vous voulez que je vous aide pour quelque chose un jour…

—J’avais justement une question en tête, coupa brusquement la jeune femme, empêchant Yuri de sortir une réplique acide. Je sais que Natalia est une amie de Flynn mais je n’ai jamais vraiment compris si tu étais toi aussi un vieil ami à lui.

—Flynn ? On a toujours été de vagues connaissances lui et moi, jamais plus. Par contre, c’est son cousin de Lyon avec qui j’avais bien sympathisé un été. Ils se ressemblent énormément tous les deux mais ils n’ont pas vraiment le même caractère.

Cette information avait légèrement piqué son intérêt mais où voulait en venir Judith au juste ?

Luke sortit son téléphone et, après avoir passé une bonne vingtaine de secondes à chercher quelque chose, il tourna l’écran vers eux pour leur montrer une photo de lui avec un garçon qui, excepté les yeux verts, était une copie conforme de Flynn ! C’était à croire qu’ils étaient des jumeaux.

—On s’envoie des messages de temps en temps Guy et moi, poursuivit le rouquin en rangeant son smartphone. Je lui ai raconté en détail ce qu’il s’est passé l’autre jour… et il m’a bien encouragé quand je lui ai dit que je voulais essayer de réparer mes bourdes.

—Et je présume que tu lui as aussi demandé quelques conseils par rapport à la fille qui t’a tapé dans l’œil, lança Judith avec une pointe de malice.

Cette fois-ci, la couleur du visage de Luke devint la même que celle de ses cheveux en à peine une seconde, faisant comprendre à Yuri ce que cherchait sa meilleure amie : vérifier ses intuitions. Manifestement, l’hypothèse qu’elle lui avait formulée en classe comme quoi le fils du maire en pinçait pour Tear était fondée mais vu qu’elle passait une bonne partie de son temps avec Flynn, de fortes chances que ce soit perdu d’avance.

—Dommage qu’elle ait des vues sur un autre, lâcha celui aux cheveux de jais en se détournant de la conversation pour attraper un plateau. Vous m’excuserez…

—Comment ça ? questionna Luke, n’ayant apparemment pas compris qui était sous-entendu.

—Il parle du fait qu’elle et Flynn sont très proches, traduisit Judith. Beaucoup au lycée pensent qu’ils sont en couple.

—Ca m’étonnerait, répliqua le rouquin en retenant difficilement un rire. C’est absolument pas possible qu’ils sortent ensemble !

—Pourquoi donc ?

—Parce que vu la vitesse à laquelle Natalia a cessé d’essayer de le draguer alors qu’il était certainement célibataire, un seul truc a pu arrêter une tête de mule comme elle : Flynn doit être gay.

Ces quatre mots firent lâcher le plateau chargé de vaisselle que Yuri tenant entre ses mains, provoquant un grand bruit dans la salle qui attira l’attention de tout le monde sur lui. Rouge de honte, il se hâta de ramasser ce qui était tombé et qui ne s’était pas brisé pour y poser en lieu sûr avant d’aller chercher de quoi nettoyer les dégâts… le tout en se traitant mentalement de sombre crétin car il avait été jaloux de Tear pour rien. Depuis le départ, Flynn avait peut-être les mêmes préférences que lui et il avait été incapable de s’en rendre compte ou de le mentionner devant lui.

-§-

S’il y avait bien une chose que Flynn avait comprise en traînant avec Tear, c’était qu’elle savait qui était vraiment Ladybug mais qu’elle n’avait aucune intention de lui communiquer cette information. Elle lui avait certifié qu’il avait toutes ses chances avec son partenaire justicier et ce, même s’il se faisait rejeter à chaque fois. Comment pouvait-elle en être aussi certaine ?

Une fois que la jeune femme ait pu s’inscrire pour des cours de chant, ils montèrent dans la voiture qui les attendait.

—Tu veux faire quelque chose en particulier ? demanda-t-il à sa camarade. Je peux te proposer d’aller boire quelque chose au café de la Corneille si tu veux.

—C’est une bonne idée, approuva Tear en caressant discrètement la tête de son kwami qui se cachait dans son sac à main. Cependant, je n’ai pas envie de déranger Yuri plus que de rigueur.

—J’admets que c’est dommage qu’il soit débordé aujourd’hui. On aurait pu faire une sortie en groupe.

—Je ne pense pas qu’il aurait apprécié que je vienne.

Cette remarque intrigua Flynn qui regarda la jeune femme avec un sourcil haussé. Seulement, celle-ci ne développa pas plus sa phrase et, qui plus est, il entendait Plagg ricaner, ce qui lui laissait penser que quelque chose lui avait échappé et qu’un petit interrogatoire de son kwami serait de rigueur… même si celui-ci allait très certainement tout nier en bloc.

Une sonnerie retentit et Tear regarda l’écran de son téléphone en fronçant le nez, visiblement peu ravie de voir le numéro affiché. Elle décroché, parla moins d’une minute avec son interlocuteur puis raccrocha, l’air contrariée.

—Mon frère, dit-elle en rangeant son téléphone sous le regard inquiet de son kwami. Il aimerait que je rentre un peu plus tôt car il a une soirée de libre. Il aimerait que nous la passions ensemble.

—Dans ce cas, je vais te déposer chez toi, proposa Flynn à son amie. Ca n’a pas l’air de t’enchanter de voir ton frère.

—C’est surtout que ce n’est pas dans ses habitudes.

Après avoir indiqué l’adresse au chauffeur, ils passèrent plusieurs minutes silencieuses dans le trafic parisien avant d’arriver à destination. Le jeune homme n’avait pas tenté d’engager la conversation, sentant que la jeune femme n’était plus d’humeur à bavarder, et s’était plutôt intéressé au Ladyblog que Judith avait mis à jour dernièrement.

Le dernier article en date résumait ses hypothèses et ses découvertes sur le héros coccinelle, l’une des plus pertinentes restant ce livre d’histoire qu’avait un jour fait tomber Ladybug et qui prouvait qu’il était au lycée. Il se souvint que la journaliste en herbe lui avait précisé verbalement qu’après enquête, le livre en question n’étant utilisé que dans le lycée Bernard d’Andrésy mais elle n’avait pas précisé cette information sur son blog car elle n’en avait pas vraiment eu le temps – il fallait dire que se faire capturer par un akuma qui voulait vous sacrifier pour ressusciter une ancienne reine d’Egypte était plus que suffisant pour faire oublier certaines petites choses à n’importe qui. Plagg s’était moqué de lui quand il avait supposé que son partenaire et lui pouvaient aller en cours dans le même établissement mais maintenant qu’il se souvenait de cette information…

Avec les suppositions de Judith ainsi que ce qu’il savait lui, Flynn se mit à assembler les pièces du puzzle qu’il avait mis de côté depuis quelques temps. Ladybug avait certainement entre quinze et dix-huit ans, mesurait environ un mètre quatre-vingt, avait les cheveux longs et portait des boucles d’oreilles. Peu de garçons correspondaient à ce signalement, surtout qu’il n’était pas impossible que son partenaire ait des origines asiatiques, ce qui réduisait encore plus les suspects potentiels.

Puis soudain, une image lui revint en tête : le jour où il avait aidé Yuri avec le chat et que celui-ci s’était rapidement fait une queue de cheval très similaire à celle qu’arborait Ladybug.

Son camarade de classe faisait la même taille que lui, avait les yeux gris, de longs cheveux de jais et une peau claire. De plus, il était peut-être orphelin et possédait un prénom russe mais il l’avait déjà entendu dire à Judith qu’il avait de lointains parents vivant à Hong Kong et qu’il avait préféré rester avec Raven à Paris car c’était là qu’était ses amis. Il n’était pas certain de l’avoir vu avec des boucles d’oreilles mais avec le style vestimentaire un peu rock qu’il arborait, il était certain qu’elles passeraient totalement inaperçues. Enfin, il collectionnait les retards et il avait entendu Natalia l’engueuler sur ce sujet.

Tout cela ainsi que Tear qui lui avait déjà dit une ou deux fois qu’elle les trouvait mignons ensemble tendait à lui confirmer que Yuri et Ladybug n’étaient qu’une seule et même personne.

Cela soulevait donc une question que Flynn n’avait pas pensé à poser à sa camarade et qu’il serait bon de lui soumettre maintenant qu’ils étaient devant son immeuble et qu’ils pouvaient être hors de portée d’oreilles indiscrètes. Il descendit de voiture avec elle et, une fois dans le hall d’entrée vide, il profita de l’occasion…

—Dis-moi, comment as-tu deviné qui était Chat Noir ? demanda-t-il quand elle ouvrit la boite aux lettres. Je suis assez surpris que tu ais trouvé en à peine une heure…

—En réalité, je suivais le Ladyblog depuis un moment déjà, répondit Tear en se tournant vers lui. Quand j’ai déménagé pour vivre avec mon frère et que je t’ai vu, je trouvais que tu ressemblais aux photos que j’avais vu mais c’est quand j’ai noté que tu avais une bague que j’ai eu des soupçons. Après, il y avait un cas d’urgence donc j’ai tenté un coup de bluff et ça a payé.

—Donc tu n’es pas certaine non plus pour Ladybug.

—Faux. Lui, il était extrêmement facile à repérer car son attitude ne change que très peu quand il est en civil, ce qui n’est pas ton cas. Seulement, certains traits de sa personnalité sont peu visibles quand il n’est pas transformé car je pense qu’il n’a pas l’occasion de les mettre en action.

Maintenant qu’il y pensait, Yuri et Ladybug étaient tous deux assez sarcastiques par moments. Ils avaient aussi les mêmes sourires, allant de celui du vainqueur d’un combat à une expression taquine qui, à chaque fois que Flynn en était témoin, lui donnait l’envie furieuse de l’embrasser. Son préféré restait le plus difficile à saisir, celui qu’il lui dissimulait parfois lors des combats pour ne pas lui montrer qu’il était content de savoir qu’il allait bien.

—Tu as des soupçons sur quelqu’un en particulier ? demanda-t-elle avec un léger sourire.

—Par respect pour lui, je ne te dirai pas sur lui, répondit-il de la même manière. Dans tous les cas, merci pour tout.

—Ce n’est rien. C’est ma manière de m’excuser pour avoir manqué de prudence face au dernier akuma.

Il le savait, Tear avait honte d’avoir été capturée par Antibug alors qu’elle venait de réussir à passer le barrage de police autour du Grand Paris. Elle n’avait pas pu y venir en Volpina à cause d’une obligation personnelle et pensait profiter des cuisines du palace pour recharger son kwami. Seulement, Antibug l’avait vue entrer alors qu’il essayait d’attirer Ladybug et elle s’était retrouvée prise en otage dans une des chambres du palace. Par chance, cela avait permis au héros coccinelle de libérer Chat Noir et d’avoir un peu plus de temps pour régénérer son kwami.

Flynn souhaita une bonne soirée à son amie puis retourna à sa voiture. Il vérifia d’abord son téléphone, constatant qu’il n’avait pas eu de message de son père ou de son assistante, puis demanda à son chauffeur de le déposer au café de la Corneille.

A cette heure-ci, il devrait y avoir moins de monde.

-§-

Le vieux n’avait pas été enchanté de voir de la vaisselle cassée mais content de constater qu’il n’y avait rien eu d’autre. Cependant, pour la peine, Yuri avait dû aller faire les courses pour le week-end et, un samedi, c’était l’enfer. La corvée de cuisine allait être un plaisir à côté de ça.

—Tu as prévu de préparer quoi pour ce soir ? lui demanda Tikki quand ils furent à l’abri des regards.

—J’ai vu une recette de veau à la tomate sur Internet donc je pense l’essayer, répondit-il en désignant le sac où se trouvait la viande qu’il avait achetée. Autrement, j’ai de quoi faire une salade piémontaise ou des tomates mozzarella. J’ai pas l’intention de me casser la tête.

—Une salade piémontaise ? Comment tu la fais ?

—Tomates, jambon, œufs durs, pommes de terre, cornichons et mayonnaise. Pas très diététique j’avoue. Pour ça que j’ai pris de la mozzarella au cas où le vieux veut un truc plus léger.

Pour deux jours et avec ce qu’il restait dans le frigo, il savait que ce serait suffisant. Qui plus est, au cas où, il avait pris un paquet de cookies pour son kwami dans l’éventualité où il n’aurait pas l’occasion d’en refaire.

Yuri tourna au coin de la rue et, au loin, il aperçu une voiture gris métallisé qu’il reconnaissait comme était celle du chauffeur de Flynn et qui était arrêtée devant le café. Alors qu’il se demandait ce qu’elle faisait là, le véhicule démarra et s’éloigna. Intrigué, il continua son chemin et passa la porte alors que son aîné était en train de nettoyer une table vide.

—T’arrives trente secondes trop tard gamin, fit Raven en revenant au comptoir. Ton ami blond était passé te voir mais comme t’étais parti faire les courses…

—Il a dit un truc en particulier ? demanda le jeune homme avec une pointe d’espoir.

Le signe de tête négatif de son tuteur fut une petite déception mais de toute manière, il reverrait Flynn au lycée lundi. Yuri alla donc ranger les courses et s’attaquer à préparer le repas du soir. Rien d’autre de notable se produisit ensuite et, comme souvent, il alla aider son aîné pour fermer, ils mangèrent ensemble puis le jeune homme fit la vaisselle avant de monter dans sa chambre.

Comme c’était samedi, il en profitait généralement pour regarder un film ou jouer à un jeu afin de se détendre un peu mais avant ça, il jeta un œil au Ladyblog et son regard fut attiré sur un article où Judith parlait de Volpina.

—Quand j’y repense, même si elle est de notre côté, je trouve qu’elle est arrivée un peu comme un cheveu sur la soupe, dit-il en regardant la seule photo que sa meilleure amie avait réussi à prendre de l’héroïne renarde. En plus, j’avoue que je me demande encore pourquoi elle n’a pas pu nous aider face à Antibug alors qu’il n’était pas très difficile à rouler.

—Elle avait peut-être des obligations personnelles, lui suggéra Tikki, l’air un peu soucieux. Cela t’es déjà arrivé d’être en retard car tu étais coincé.

—C’est vrai mais j’ai beau faire des efforts, un truc me dérange chez cette fille. Elle sort de nulle part et le chat de gouttière lui fait confiance les yeux fermés !

—Tu es certain que tu ne serais pas un peu jaloux ?

A cette remarque, Yuri grinça un peu des dents, sachant pertinemment que son kwami avait raison. La complicité entre ces deux-là l’agaçait, même si Volpina était manifestement plus qu’honnête envers eux malgré l’animal auquel elle était associée. Depuis son arrivée, il avait l’impression que son duo avec Chat Noir avait été cassé et le fait qu’il les trouvait souvent à discuter ensemble avant d’aller patrouiller le…

Pourquoi avait-il l’étrange impression de passer à côté de quelque chose ? Le jeune homme ferma les yeux, se remémorant leurs échanges entre eux et le premier jour où elle était arrivée… et réalisa qu’une autre personne de son entourage avait elle aussi débarqué brutalement dans sa vie : Tear Grants.

Normalement, il mettait un point d’honneur à ne pas chercher à connaître l’identité secrète de son partenaire ou à laisser filtrer des informations susceptibles de le trahir mais là, des vérifications s’imposaient s’il voulait avoir l’esprit tranquille.

—Qu’est-ce que tu fabriques au juste ? lui demanda Tikki en le voyant fouiller dans les photos du Ladyblog.

—Je confirme mes soupçons sur qui je pense être Volpina, répondit Yuri en sélectionnant les meilleures photos de Chat Noir qu’il trouvait. Et accessoirement, j’ai décidé de suivre tes conseils et de m’intéresser un peu plus à mon partenaire.

—Ne me dis pas que…

—Je ne cherche pas spécialement à savoir qui se cache sous le masque. Juste à rassembler le peu que je connais le concernant. Pour miss flutiste, je suis certain de qui elle est : Tear.

Le costume de Chat Noir en dévoilait à la fois beaucoup et pas assez. S’il se basait uniquement sur le physique, le héros en noir et lui étaient de même taille, très bien proportionné, blond et, peut-être, les yeux bleus mais ce n’était pas un critère à retenir à cause du masque. Après, il y avait quelques détails qu’il était le seul à connaître sur son co-équipier : il était gay, bon en physique-chimie pour réussir à lui expliquer avec aisance les cours d’un sadique comme le prof Curtiss, et il savait déjà que Volpina était de leur coté car il connaissait son nom…

Yuri réalisa soudain que les pièces du puzzle s’emboîtaient plus facilement qu’il ne l’avait prévu… et il ne put s’empêcher d’aller vérifier le terrible doute qui venait de le saisir en ouvrant une page sur un site de mode qui publiait des photos de mannequins… dont celles de Flynn quand il posait pour son père.

Une comparaison des postures, de la manière de sourire devant une caméra ou un appareil photo, des détails physiques…

Le souvenir de ce jour pluvieux où son camarade lui avait tendu son parapluie avec une expression qui lui avait coupé le souffle et de l’éclat de rire qui lui avait échappé quand l’objet s’était accidentellement refermé sur lui revint en sa mémoire… et il se souvint que Chat Noir avait déjà eu ce genre d’attitude envers lui à leurs débuts quand il avait déclaré qu’il n’était peut-être pas fait pour être un héros.

Tous les deux avaient le même sourire capable d’éclairer les plus noires ténèbres… et depuis le début, ils n’étaient qu’une seule et même personne.

 


 

… Comment ça il manque quelque chose ? Vous voulez la suite ? Ah ben elle viendra… quand la saison 2 de Miraculous sera finie.

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Fluri Month 2016 : May 27 – 28 Viscaria: “Will you dance with me?”

Beta : Eliandre

UA : Dragon Age Inquisition. Assez court, j’avoue, mais la scène est courte dans le jeu donc…

 


A Orlaïs, la réception organisée au palais d’hiver pour faire cesser cette guerre entre l’impératrice Célène et le duc Gaspard touchait à sa fin. Or, si l’Inquisition s’y était rendue, ce n’était pas seulement pour permettre de trouver un accord entre les deux protagonistes de cette histoire mais surtout pour déjouer la tentative d’assassinat envers Célène dont elle avait eu vent.

Flynn, Estelle et Raven étaient présents en tant que conseillers de l’Inquisiteurs tandis que Sodia, Judith et Yuri étaient chargés de se mêler aux invités pour trouver des indices, à la fois sur leur assassin et aussi sur comment réussir à instaurer la paix en Orlaïs. Le noble jeu n’était pas inné pour certains d’entre eux et seul Lavellan l’avait amplement travaillé afin de mieux se fondre dans le décor bien qu’il était un elfe dalatien – Judith était une elfe de la ville mais elle ne s’intéressait absolument pas aux intrigues de la cour, contrairement à Raven dont les oreilles avaient tendance à traîner et qui se délectait un peu trop des ragots de la noblesse au goût de ses camarades et aussi des nobles qui étaient assez nerveux en sa présence.

Durant la recherche de l’assassin, Yuri avait constaté que tout le monde l’évitait, ce qui n’était pas une surprise vu qu’il était un mage tévintide, alors que toutes les femmes harcelaient littéralement ce pauvre Flynn qui commençait à avoir quelques soucis pour garder son calme. Sodia, trop concentrée sur sa mission, n’avait pas le temps de venir l’aider à se débarrasser de ses admiratrices et le commandant de l’Inquisition dut attendre que l’assassin se dévoile enfin pour pouvoir se défaire d’elles.

L’impératrice saine et sauve, l’Inquisiteur lui avait dévoilé le coup d’Etat préparé par Gaspard et Orlaïs était à présent en mesure de pouvoir tenir contre leur ennemi commun.

Ces évènements passés, un certain calme était revenu au palais d’hiver et Yuri avait décidé de prendre un bol d’air frais sur un balcon, admirant les jardins éclairés par la lueur de la lune. Ce genre d’évènements ne le changeait pas vraiment de Tevinter et il trouvait quand même osé de la part de ces gens de considérer son peuple comme barbare alors qu’ils n’étaient pas mieux.

—J’espère que tu n’as pas trop forcé sur le vin.

Avec un sourire, le tévintide se tourna pour voir arriver Flynn, toujours vêtu de la tenue d’apparat que tous les membres de l’Inquisition portait.

—Même si je sais qu’il est meilleur que celui qu’ils servent à Fort Céleste, je n’en ai pas bu une seule goutte, déclara le mage tandis que le commandant de l’Inquisition venait se placer à côté de lui. Et toi ? Tes adoratrices t’ont laissé le temps de profiter de la soirée ?

—Je ne suis pas taillé pour ce genre d’évènements, avoua le soldat avec une légère gêne. De plus, j’ai été invité mille fois à danser mais impossible pour moi de quitter mon poste.

—Moi par contre ils m’ont tous évité comme si j’avais la peste. Dommage car je connais une danse qui aurait pu les choquer à vie.

—Pourquoi cela ne m’étonne-t-il pas de toi ?

Yuri eut un léger rire à cette remarque. Un léger silence régna entre eux avant que Flynn ne tourne la tête vers la salle de bal où était joué un des derniers morceaux de musique de la soirée.

—C’est peut-être un peu tard mais je doute d’avoir de nouveau l’occasion, déclara-t-il avant de le regarder droit dans les yeux en lui tendant sa main droite. M’accordes-tu cette danse ?

Le mage hésita un instant puis il finit par accepter, faisant visiblement le bonheur du templier. Ils placèrent correctement leurs mains et ils commencèrent à esquisser les premiers pas, le tout en garant leurs yeux vissés dans ceux de l’autre. Aucun mot n’était échangé, uniquement des regards et une valse sans faux pas ou maladresse avec la lune comme unique spectatrice.

Combien de temps dansèrent-ils exactement ? Difficile à dire mais une fois la valse terminée, tous deux avaient rejoint leur chambre dans l’aise du palais dédiée aux invités pour exécuter une toute autre chorégraphie à l’abri des regards…

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Fluri Month 2016 : May 25 – 26 Daylily: “Flirtation”

Beta : Eliandre

UA : Miraculous

 


 

En se levant ce matin-là, Yuri grogna, ayant rêvé que son partenaire pour combattre le crime lui avait fait une cour interminable sur la terrasse et qu’il l’avait littéralement inondé de cadeaux – il se souvenait encore parfaitement des nombreux baisemains qu’il avait reçus dans son songe, un écho à ceux auquel il avait eu droit pendant quelques combats contre des akumas. Le pire fut quand une certaine phrase lui revint en mémoire et le fit rougir jusqu’aux oreilles… avant qu’il ne plonge sa tête dans son oreiller pour crier.

—Quinze minutes d’avance sur ton réveil ? C’est exceptionnel ! fit remarquer Tikki en le rejoignant sur la mezzanine où était son lit. Tu as fait un cauchemar ?

—En quelque sorte… dit-il en sortant la tête de son oreiller pour regarder son kwami. J’ai rêvé que Chat Noir me draguait et qu’il m’offrait sans arrêt des cadeaux.

—C’est plutôt mignon je trouve et puis c’est tout à fait ce qu’il serait capable de faire.

—Le pire, c’est qu’à un moment, il m’a sorti des phrases si mielleuses que j’en ai encore le goût sur la langue…

C’était à croire que son coéquipier sortait tout droit d’un de ces romans à l’eau de rose dégoulinant de sentiments. Il ne manquait plus qu’une sérénade au clair de lune ou une croisière en péniche sur la Seine et il aurait eu la totale. Cependant, ce qui le gênait le plus, c’était la manière dont il l’avait regardé, comme s’il était l’être le plus merveilleux au monde, et qu’il lui avait déclaré son amour… C’était hautement perturbant, surtout quand il se posait des questions sur ce qu’il ressentait exactement pour cet individu dont il ne connaissait pas grand-chose excepté sa morphologie très… attrayante.

—Tu es tout rouge, fit Tikki, le sortant brusquement de ses pensées. Ton songe n’était pas si horrible que cela visiblement.

—J’aimerais surtout ne pas avoir fait ce rêve, grogna Yuri en sortant de son lit. Comment on fait quand on pense aimer deux personnes à la fois ?

—Malheureusement, j’ai peur que tu ne doives faire un choix, aussi pénible soit-il.

Après s’être douché puis habillé, il alla prendre son petit-déjeuner, surprenant Raven qui n’avait pas l’habitude de le voir aussi tôt sorti du lit. Il mangea rapidement et s’en alla au lycée avec vingt bonnes minutes d’avance par rapport à l’heure où il partait habituellement. Sur son court trajet, il se repassa en boucle certains passages de son rêve, peu attentif à son environnement… et ce fut à cet instant que les lacets de sa basket gauche choisirent de se défaire, faisant qu’il marcha accidentellement dessus alors qu’il était au pied des marches.

Son esprit serait douloureusement revenu sur terre s’il était tombé sur les marches de pierre et non sur quelqu’un qui avait amorti sa chute.

—Désolé, fit Yuri en s’écartant du torse contre lequel il était, constant avec gêne que c’était Flynn sur qui il était à présent allongé. Je t’ai pas fait mal au moins ?

—Ce n’est rien, déclara son camarade avec le sourire. Tu as de la chance que j’étais assis là.

Pour le coup, il fut incapable de répondre, captivé par ce regard azur, cette belle mâchoire, ces cheveux d’or… avant de réaliser qu’il était actuellement en partie allongé sur son camarade de classe et que celui-ci avait une main sur son bras et une autre au niveau de sa taille. Extrêmement embarrassé, il bredouilla des excuses et se releva brusquement.

Il se serait probablement rendu directement en classe si Flynn ne l’avait pas retenu par le poignet.

—Le professeur de mathématiques est absent ce matin, déclara celui-ci en lui faisant signe de s’asseoir avec lui. J’ai prévenu Chester et Natalia pour leur dire qu’ils n’avaient pas besoin de venir car on commence à neuf heures.

—Il aurait pu prévenir qu’on dorme une heure de plus, grommela Yuri en s’asseyant sur les marches. Il est au courant le vieux Lester qu’il a nos numéros de téléphone à tous ?

—Sa femme a prévenu le proviseur il y a cinq minutes. De ce que j’ai compris, il est malade.

—T’étais chez le proviseur ? Toi ? Qu’as-tu bien pu faire pour être convoqué si tôt ?

—Je l’ai juste croisé quand j’étais allé prévenir que je serais absent demain après-midi.

Ceci expliquait cela. Et pour que Flynn doive prévenir d’une absence, c’était que cela devait probablement être important mais ça, il n’allait pas chercher à le savoir car ce n’était pas vraiment ses affaires.

—Une heure à tuer du coup, réalisa Yuri avant de lâcher un bâillement. J’aurais bien pioncé plus longtemps…

—Avec tous les retards que vous avez accumulés parce que vous dormiez monsieur Lowell, j’en suis à me demander ce que vous pouvez bien faire de vos nuits pour manquer autant de sommeil.

Le jeune homme grinça des dents en entendant cette voix qu’il connaissait un peu trop bien à son goût et il se retourna, nullement surpris de voir le proviseur Dinoai qui le toisait d’un œil sévère. A côté de lui, il y avait une fille aux longs cheveux châtain clair avec une longue mèche du côté droit et aux yeux bleus que Yuri ne connaissait pas.

—Bonjour monsieur le proviseur, dit le jeune homme en se levant, grimaçant à l’idée de ce qui allait lui tomber dessus. Belle journée n’est-ce pas ?

—Elle le sera réellement si vous parvenez enfin à arriver à l’heure en classe, répliqua le proviseur avant de se tourner vers Flynn qui s’était levé à son tour. Comme monsieur Lester ne viendra pas assurer son cours aujourd’hui, mademoiselle Grants ici présente est elle aussi venue pour rien donc je compte sur vous messieurs pour lui montrer où votre classe en est dans le programme scolaire.

Une nouvelle élève en milieu d’année ? Curieux ça. Yuri aurait bien refusé de lui servir de guide mais vu le regard assassin du proviseur, il avait intérêt à s’occuper d’elle s’il ne voulait pas être de nouveau dans le collimateur de monsieur Dinoai.

-§-

L’absence imprévue du professeur de mathématiques avait pris Flynn de cours mais cela lui avait laissé le temps de faire passer le mot à ceux de sa classe dont il avait le numéro. Alors qu’il hésitait à prévenir son garde du corps, Yuri était arrivé, visiblement perdu dans ses pensées. Il s’apprêtait à le saluer quand il le vit trébucher, lui laissant juste le temps de se préparer à amortir sa chute.

Il s’était habitué aux coups de malchance de son camarade et il lui arrivait souvent d’être plus alerte en sa présence dans le cas où ce genre de mésaventure viendrait de nouveau à se produire. A plusieurs reprises, il l’avait rattrapé avant qu’il ne tombe ou aidé à récupérer quelque chose qu’il avait perdu… et depuis qu’il connaissait ses préférences, il avait longuement réfléchi à la possibilité de tenter sa chance avec lui, surtout parce que ses avances perpétuelles envers Ladybug ne donnaient absolument rien.

Il comptait profiter de l’occasion pour lui proposer de passer un peu de temps ensemble quand le proviseur Dinoai les avait interrompus pour leur demander de s’occuper de Tear Grants, une nouvelle élève qui allait intégrer leur classe.

A présent, ils étaient tous trois au café La Corneille qui était à côté de leur lycée et qui était aussi là où vivait Yuri avec Raven, son tuteur légal âgé d’une trentaine d’années et qui était un peu… louche au premier abord.

—Je n’ai pas encore fini d’ouvrir mais pour ces beaux yeux, je suis prêt à commencer tout de suite à servir, fit le dénommé Raven en faisant un sourire charmeur à Tear. Vos désirs sont des ordres ma toute belle.

—Elle est mineure le vieux, répliqua Yuri en forçant son aîné à s’écarter de la jeune femme. Garde ton numéro de Don Juan pour tes autres clientes.

Sur un signe de leurs camarades, ils s’installèrent à une table tandis que le gérant du café alla chercher une carte sur le comptoir.

—Commander ce que vous voulez les jeunes, déclara Raven en leur faisant un clin d’œil. Ce sera retenu sur l’argent de poche du gamin de toute manière.

—Tu veux qu’on cause de la fois où t’as maté à fond le décolleté de Judy ? fit Yuri, visiblement contrarié. Y a des fois où je me demande si tu connais vraiment le code pénal…

—Tant que je me contente de regarder, c’est légal !

Un profond soupir d’agacement échappa à leur camarade, ce qui rappela involontairement à Flynn ceux de Ladybug quand il le trouvait un peu trop collant à son goût. D’ailleurs, pas mal des tics du jeune homme à la longue chevelure de jais lui évoquait son partenaire. Se mettait-il à les superposer l’un à l’autre ?

Après avoir choisi des boissons, Yuri les laissa pour aller chercher ses cours, faisant qu’il était seul avec Tear. Sur le chemin, ils s’étaient présentés mais ils n’avaient pas eu le temps de poser plus de questions à son sujet.

—Ta famille a déménagé à Paris pour que tu arrives dans notre lycée en cours d’année ? demanda Flynn, un peu intrigué par ce fait.

—Nous déménageons assez souvent, répondit la jeune femme avec une neutralité déconcertante. Mes parents étaient militaires et mon frère aîné l’est aussi. Quand il est muté ailleurs, je le suis mais comme je ne peux pas pratiquer d’activités extrascolaires dans ces conditions, je lui demandé de me laisser à Paris cette fois-ci.

—Pas évident comme situation. Moi j’ai été scolarisé à domicile pendant des années avant que mon père accepte de me laisser aller au lycée.

Tear avait hoché la tête, l’air un peu triste en apprenant cela. En attendant Yuri, Flynn décida de sortir une feuille vierge de son sac et il lui montra où chacun était assis en classe ainsi que des photos de ses camarades qu’il avait sur son téléphone.

—Il y a une place libre à côté d’Arche, expliqua-t-il tandis que Raven posait leurs consommations sur la table. Elle est très sympa mais fait juste attention car elle est un peu pipelette. Natalia est la déléguée de classe donc si tu as un problème, n’hésite pas à lui demander. Chester est mon meilleur ami et Judith est celle de Yuri.

—D’accord, dit la jeune femme en regardant attentivement tous les visages qu’elle voyait défiler. Et lui, il est dans notre classe ?

—Luke Fon Fabre. C’est le fils du maire et… il n’est pas très facile à vivre.

—C’est un crétin fini oui !

Yuri était de retour, tenant entre ses mains des cahiers et un trieur un peu trop plein… qui fini par craquer à l’instant où son propriétaire passa à côté du comptoir, faisant ainsi tomber lourdement une bonne partie de son contenu au sol. Dans un grognement agacé, son camarade se baissa pour ramasser ce qui était par terre sous le regard amusé de Raven.

—Il me semblait t’avoir dit de vider ce truc de temps en temps, fit remarquer le plus âgé tandis que des clients commençaient à arriver. Je t’achèterai de quoi remplacer ça tout à l’heure.

—Ca va aller ? demanda Flynn en ramassant ce qui était à sa portée, imité par Tear.

—J’ai l’habitude donc oui, répondit Yuri en se grattant l’arrière du crâne. Ca aurait peut-être été mieux de monter dans ma chambre en fait.

Sur ces mots, leur camarade les invita à le suivre avec leurs boissons. Il les amena à un appartement situé à l’étage et les laissa dans la pièce à vivre le temps de ranger rapidement ses affaires.

—Vous êtes mignons ensemble, fit Tear, provoquant un sursaut chez Flynn. Vous êtes des amis ?

—Heu… Oui, répondit-il, pris par surprise.

—Pas un peu plus ?

Là, il se sentait rougir sous le regard amusé de la jeune femme. Il avait du mal à dire si elle était sérieuse ou si, comme Judith serait capable de le faire, elle le taquinait. Il comptait lui demander ce qu’elle sous-entendait exactement quand Yuri leur dit qu’ils pouvaient monter. Ils empruntèrent donc l’escalier et arrivèrent à la modeste chambre de leur camarade aux murs en grande partie bordeaux – un seul était peint en noir et il était possible d’y voir pas mal de posters de groupes de musique plus ou moins connus.

—C’est pas un palace mais c’est chez moi, fit le jeune homme aux cheveux de jais en leur indiquant une banquette avec des coussins rouges et noirs. Mettez-vous à l’aise.

—Je ne vois pas de lit ici, dit Tear en tournant la tête de tous les côtés avant de noter la présence d’une mezzanine. Tu dors là-haut ?

—Yep ! Par contre, vaut mieux être réveillé car autrement, c’est la dégringolade assurée.

Flynn les laissa échanger des banalités, occupé à détailler cette pièce qu’il trouvait bien plus chaleureuse que sa propre chambre alors qu’elle était largement plus petite. S’il pouvait dormir ici, il le ferait volontiers.

Ils restèrent trois quart d’heures à discuter tout en montrant à Tear où ils en étaient dans chaque matière – si elle n’avait visiblement pas d’inquiétudes sur l’anglais et le français, elle s’était montrée moins tranquille face à leur avancée en physique-chimie et en histoire-géographie. Une fois qu’elle eut noté ce dont elle aurait besoin et emprunté quelques polycopiés, ils quittèrent le bâtiment pour retourner au lycée. Cependant, après qu’ils eurent traversé la rue, une grande explosion retentit plus loin et des cris se firent entendre. En apercevant une personne étrangement vêtue avec des grands yeux d’insecte, il était devenu clair qu’un nouvel akuma venait d’apparaître.

—Cachez-vous dans le lycée ! s’exclama Yuri en partant vers le café. Je vais m’assurer que le vieux s’en sort !

N’ayant pas eu le temps d’arrêter son camarade, il prit Tear par le bras et se hâta de l’emmener avec lui tout en se demandant comment il allait parvenir à la laisser seule pour se transformer. Alors qu’il cherchait Judith ou Chester du regard, il sentit la jeune femme le tirer en arrière et il se tourna vers elle.

—Personne ne te verra ici, dit-elle en désignant un coin à l’abri des regards. Si tu veux te changer en Chat Noir, c’est un bon emplacement.

… Que venait-elle de lui dire au juste ?

-§-

A peine transformé en Ladybug, Yuri se précipita dans le parc pour retrouver cet homme insecte qui, dans le cas, présent, lui tournait le dos, trop occupé à… C’était son imagination où Luke avait encore provoqué une akumatisation à cause d’un de ses caprices ? Il allait devenir chèvre à force de réparer les bêtises de ce crétin…

—Sale petit vermisseau, fit l’akumatisé avec une voix qui était horriblement familière aux oreilles du héros. Je vais t’apprendre à oser te moquer de mon génie !

… Jamais Yuri n’aurait osé imaginer que le professeur Dist se ferait akumatiser à cause d’un autre que le professeur Jade Curtiss – leurs « querelles » étaient un fait connu dans tout le lycée, en partie à cause du fait que si l’un enseignait la physique-chimie, le domaine de l’autre était plutôt l’informatique voire, selon certaines rumeurs, la robotique. Comme quoi, tout était possible…

Le héros s’apprêtait à l’attaquer avec son yoyo quand une dizaine de gros scarabées robotisés sortirent de sous la cape de l’ennemi, certains tenant un filet. La moitié d’entre eux fonça sur lui et l’autre sur Luke, faisant qu’il eut tout juste le temps de les esquiver quand le rouquin se fit capturer par les insectes. Il tenta de les détruire avec son yoyo mais d’autres étaient apparus et l’encerclaient, lui laissant peu de chances de se sortir seul de ce traquenard. Il essaya de sauter par-dessus… et réussit à se faire attraper dans un filet qui l’attendait.

—HA HA HA ! rit aux éclats la version akumatisée du professeur Dist. Je t’ai bien eu Ladybug ! Maintenant, donne-moi ton Miraculous et je libèrerai peut-être ce sale petit rat !

Il lui dirait bien que non, il n’a aucune envie de le lui donner mais Yuri préférait s’abstenir de répondre, ignorant l’étendue des pouvoirs de son ennemi et craignant que celui-ci possède des gadgets plus meurtriers que ceux qu’il possédait déjà.

—Pas si vite Sauterelle-man !

Quelque chose dut heurter les insectes maintenant le filet fermé car le héros fut soudainement libéré. En tournant la tête, il vit Chat Noir dont le bâton lui revint dans la main.

—Si j’avais su, j’aurais prévu une grosse dose d’insecticide, fit le héros en noir en regardant la grande quantité de scarabées. Cependant, je ne veux pas risquer de perdre ma coccinelle préférée donc on va y aller à l’huile de coude.

—Au lieu de causer, va chercher une grosse tapette à mouches qu’on écrase tout ça ! s’exclama Yuri en rejoignant son partenaire, agacé par la situation et par le sourire séducteur qu’il lui lançait. Et si tu pouvais arrêter de me faire la grimace, ça m’arrangerait…

Sauf que c’était mal connaître Chat Noir qui, au lieu de cesser de sourire, combla d’un coup la distance entre eux et passa un bras autour de ses épaules en lui jetant un regard charmeur… ce à quoi le héros coccinelle répondit en lui posant brutalement sa main sur le visage et en le repoussant le plus loin possible. Ce n’était pas le moment pour une séance de drague douteuse.

Face à une volée d’insectes mécaniques fonçant droit sur eux, au lieu de se servir de leurs armes pour se protéger, ils choisirent tous deux d’esquiver, ce qui était plus prudent vu que leur adversaire avait les moyens de les capturer s’il le désirait.

Soudain, un son étrange arriva aux oreilles de Yuri. Sur le coup, trop occupé à éviter une série de scarabées qui tentait de le ligoter avec une corde gluante, il ne s’était pas demandé ce que cela pouvait être mais en le réentendant, il réalisa que c’était des notes de musiques, plus particulièrement celles qu’une flûte pourrait émettre. Il en aurait cherché l’origine… si un de ses « pires cauchemars » n’était pas actuellement devant ses yeux : une bonne dizaine de Chat Noir entourait l’ennemi ainsi que le même nombre de Ladybug.

C’était quoi ce bordel au juste ?

—Mais c’est une blague ? fit l’homme-insecte en regardant avec effarement la subite multiplication de ses opposants. Comment ce prodige est-il possible ?

—Personnellement, je trouve que c’est un rêve qui devient enfin réalité, fit un des Chat Noir avec bonheur. Des Ladybugs partout !

—Et moi je sens venir le mal de crâne avec cette invasion de sacs à puces, répliqua Yuri avec agacement, cherchant encore à comprendre ce qu’il se passait. Si aucun de vous n’est à l’origine de ça, qui a fait ça ?

La réponse ne tarda pas à venir car, profitant du fait que tous les robots scarabées étaient désorientés, une silhouette en blanc et orange sauta avec souplesse sur chacun d’eux, les brisant avec aisance sous les cris d’horreur de leur créateur avant d’atterrir sur un banc public. Yuri vit ainsi que leur élément perturbateur était une jeune femme qui, manifestement, portait un costume basé sur le renard et dont l’arme était une longue flûte.

—Rends-toi, dit-elle à la victime de l’akuma avec fermeté. Nous sommes plus nombreux et plus fort que toi.

Le héros coccinelle comprit ainsi qu’elle était de leur côté… mais il trouva curieux qu’elle opte pour cette solution alors que, d’expérience, il savait que ça ne fonctionnerait pas. Il observa le clone de lui-même qui était le plus proche… et nota vite qu’il n’avait pas d’ombre. Une illusion ? Cela expliquerait son choix… mais signifierait aussi que le combat n’est pas son point fort contrairement à lui et Chat Noir. Sa ruse allait-elle fonctionner longtemps ?

Malheureusement, la réponse arriva vite quand l’un des doubles fut accidentellement détruit lorsque Luke, en cherchant à fuir les lieux, en toucha un, faisant se dissiper celui-ci sous le regard de leur ennemi. Vu le sourire de leur adversaire, il était clair qu’il avait compris le subterfuge.

—On a essayé de me rouler ? fit l’homme-insecte avec un sourire mauvais. Ca va se payer !

Puis une énorme nuée d’insectes robotisés fondit sur l’ensemble des clones. Yuri vit Chat Noir foncer sur lui et lui prendre le poignet pour l’entraîner à l’écart tandis que la fille renarde faisait de même avec Luke. Tous les quatre se retrouvèrent derrière le carrousel, cachés du regard de leur ennemi qui semblait les avoir perdus de vue.

—Merci pour le temps gagné Volpina, dit le héros en noir à leur nouvelle camarade.

—J’aurais aimé avoir son attention plus longtemps mais je ne connais pas vos gestuelles ou vos façons de parler, répondit la dénommée Volpina, visiblement un peu contrariée d’avoir été percée si vite à jour. Si je savais comment capter durablement son intérêt…

—A part ce fou de Curtiss, personne ne l’intéresse, sortit Luke en pianotant sur son téléphone. Ce type est un pur sadique et Dist est un vrai masochiste.

... Flash spécial : Luke Fon Fabre venait, pour une fois dans sa vie de fils à papa pourri gâté, de dire quelque chose d’intelligent et, qui plus est, risquait fort de leur être très utile vu les compétences de leur nouvelle camarade. Jamais Yuri ne l’admettrait mais ce sale rouquin venait de lui donner juste ce qu’il lui fallait pour mettre au point un plan pour neutraliser leur ennemi.

-§-

Quand Flynn avait découvert que Tear était elle aussi en possession d’un Miraculous, il avait été agréablement surpris. Plagg avait émis une certaine méfiance avant que le kwami de la jeune femme, un certain Kitsu, ne vienne leur expliquer qu’ils ne faisaient équipe que depuis peu, ayant utilisé le peu de jours passés ensemble pour qu’elle s’entraîne à utiliser ses pouvoirs. Puis d’un commun accord, ils se transformèrent en Chat Noir et Volpina, prêtant main forte à Ladybug qui était en mauvaise posture.

Même si les illusions de l’héroïne renarde n’avaient pas berné l’ennemi longtemps, cela avait été suffisant pour qu’ils puissent se cacher de lui le temps de mettre au point une stratégie, ce que Ladybug ne tarda pas à faire quand Luke mentionna le professeur de physique-chimie. Flynn, se souvenant que son camarade avait été plusieurs réprimandé pour avoir filmé avec son téléphone durant les cours, lui subtilisa l’appareil au moment où son partenaire retint le rouquin pour l’empêcher de récupérer son bien ou d’alerter leur adversaire avec ses cris. Il trouva très vite une vidéo de son professeur avec M. Dist et laissa celle-ci aux soins de Volpina pour qu’elle la visionne.

Maintenant, le héros en noir devait remplir son rôle et, comme souvent, il allait jouer les appâts.

—Hey Sauterelle-man ! cria-t-il une fois hors de sa cachette. Tu veux jouer à chat avec moi ?

—Je ne suis pas une sauterelle ! répliqua avec force son ennemi en lui envoyant une nuée d’insecte.

Bingo. Il avait pleinement son attention, ce qui devrait laisser assez de temps à ses coéquipiers pour exécuter le reste du plan. Leur problème principal était cette cape car c’était de là que sortaient tous ces scarabées robotisés. Leur ennemi évitant le corps-à-corps, il était fort probable qu’il n’était pas doué dans ce domaine et il fallait donc détruire cette cape pour le rendre vulnérable. Or, comment l’atteindre s’il savait comment se protéger ? Ca, c’était le travail du Lucky Charm de Ladybug et de la prochaine illusion de Volpina.

Par contre, ce serait bien qu’ils se dépêchent car il commençait à avoir du mal à éviter ces fichus insectes…

—Dist, tu es désespérant.

L’homme-insecte, à l’entente de cette voix, s’était immédiatement tourné vers son origine : l’illusion particulièrement réussie du professeur Jade Curtiss. Ses scarabées continuaient à poursuivre Flynn mais un énorme filet à papillons rouge à pois noirs en attrapa une bonne partie.

—Ma Lady, fit-il à son partenaire en croisant son regard. Mo cœur chavire à chaque fois que je croise tes jolis yeux !

—… Là, je dois reconnaitre que je m’attendais à ce que tu me fasses un autre de tes trucs bien pourris, déclara Ladybug avant de lâcher un soupir exaspéré. Sauf que c’était pas celui-là que j’avais vu venir…

—J’aime te surprendre ma coccinelle d’amour !

Les iris gris de celui dont il était amoureux se mirent à lancer des éclairs, faisant qu’il jugea préférable d’activer son Cataclysme pour aller détruire la cape de leur ennemi avant qu’il… Etait-il en train de rêver où leur adversaire était en train de pleurnicher ? Il préféra ne pas chercher à résoudre ce mystère et alla réduire en cendres l’objet du délit avec une facilité déconcertante. Ladybug n’avait eu ensuite qu’à briser la broche en forme de rose du professeur Dist pour révéler l’akuma afin de le purifier et de réparer les dégâts causés.

Les trois héros se séparèrent une fois leur mission accomplie, leurs Miraculous les alertant qu’ils ne leur restaient pas beaucoup de temps devant eux.

Ce fut donc après une dizaine de minutes que Flynn retrouva Tear en classe, occupée à parler avec Natalia tandis que Luke l’observait avec curiosité. En tournant la tête, il nota qu’excepté Yuri, tout le monde était présent.

—Bonjour Flynn, fit la déléguée de classe quand elle le vit. Je viens d’apprendre que tu t’étais occupé de notre nouvelle.

—Je n’ai pas fait grand-chose, dit-il avec honnêteté. C’est Yuri qui lui a montré ses cours et où nous en étions actuellement donc c’est surtout à lui que revient le mérite.

—Moui… En parlant de Lowell, où est-il passé cette fois ? Si je le trouve encore à dormir…

La réponse arriva vite quand le concerné arriva en classe, l’air visiblement choqué par quelque chose qu’il avait dû voir sur son trajet.

—Ca va Yuri ? demanda Flynn, inquiet pour son camarade. On dirait que tu as vu un fantôme…

—Juste un truc que j’aurais préféré pas voir, répondit le jeune homme aux cheveux de jais en s’installant à sa place sous les regards intrigués de Judith, Chester et Arche.

Personne ne comprit vraiment ce qu’il se passait et lorsque la sonnerie retentit, tout le monde alla s’asseoir. En passant à côté de lui, Tear lui glissa discrètement un morceau de papier dans la main qu’il rangea vite dans une poche de sa veste. Puis entra le professeur Curtiss…

—Bonjour jeunes gens, leur dit l’enseignant en posant sa sacoche sur le bureau. Aujourd’hui, nous allons poursuivre notre cours de physique…

—JADE !

Subitement, la porte de la classe s’ouvrit sur le professeur Dist qui était littéralement essoufflé. Il tendit un gobelet de café à son collège qui portait le logo du café de la Corneille. M. Curtiss prit l’objet du délit comme si de rien n’était et en but en gorgée… avant de le rendre avec une grimace à son collège de travail.

—Il me semblait avoir demandé un café noisette avec un demi-sucre, fit le professeur de physique-chimie d’un ton sec. Je suis extrêmement désappointé…

—Je ramène ça tout de suite ! s’exclama le professeur d’informatique en quittant la classe en trombe.

Tous les élèves étaient ébahis par la scène qui venait de se produire sous leurs yeux… excepté Yuri que Flynn pouvait entendre parler à voix basse des pulsions sadiques de M. Curtiss et déclarer qu’il préférait encore voir son tuteur parler du dernier numéro de Playboy avec M. Lester qu’assister à une séance de dressage en direct.

Le jeune homme en conclut que ce n’était peut-être pas le bon moment pour lui proposer une sortie tous les deux, estimant que son séduisant camarade risquait fort de ne pas être très réceptif à son environnement dans l’immédiat. Il préféra jeter discrètement un œil au mot de Tear.

« Si tu veux que je t’aide à séduire Ladybug, préviens-moi. »

Un coup de main ne serait effectivement pas de trop, surtout qu’il venait de gagner une amie à qui il pouvait parler sans devoir lui cacher un pan entier de sa vie.

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Fluri Month 2016 : May 23 – 24 Red columbine: “Anxious and trembling”

Beta : Eliandre

UA : Pokémon

 


 

Ce voyage à travers Johto avec Flynn était un vrai plaisir. Lui et Yuri en était à quatre champions vaincus et les suivants étaient à Oliville et Irisia. Cependant, suite à un arrêt à la ferme Meuh-meuh, ils y avaient laissés leur Arcanin et Grahyena, les propriétaires ayant un souci pour repousser des voyous qui tentaient de pénétrer dans l’étable la nuit pour leur voler du lait. L’Arcanin de Flynn était entrainé à surveiller une zone donnée et son Grahyena était très efficace pour repousser les intrus. Se séparer d’eux n’était pas facile mais ils les récupèreraient en repassant par là sur le chemin du retour tout en restituant à l’une des filles des propriétaires son Skitty qu’elle leur avait confié.

Avant leur arrivée à la ville portuaire, Yuri avait gagné une pierre feu en combattant un dresseur mais il avait décidé de ne pas l’utiliser tout de suite, préférant être certain que son Goupix était assez fort avant de le faire évoluer.

Ce qu’ils n’avaient pas prévu en arrivant enfin à Oliville, c’était que Jasmine ne pouvait pas les combattre car elle était au phare avec le pokémon qui y vivait. Celui-ci était gravement malade et elle devait rester avec lui pour s’en occuper. Le dresseur aux cheveux de jais, se souvenant avoir entendu parlé d’une très bonne pharmacie se trouvant à Irisia quand il était venu la première fois dans la ville portuaire, proposa de lui ramener un médicament, ce qu’elle accepta sans hésiter.

Après un saut au centre pokémon où Yuri déposa son Noarfang pour récupérer un Ninjask et un Gallame qu’il avait obtenu en échange de son Azumarill – il regrettait après coup de s’être séparé de son seul pokémon eau quand il était à Hoenn mais le Locklass de Flynn était bien mieux pour traverser la mer entre Oliville et Irisia – ils se rendirent à leur prochaine étape en passant à côté des Tourb’iles.

A destination, le pharmacien leur confirma qu’il avait de quoi soigner le Pharamp du phare et le temps qu’il leur prépare ce médicament très puissant, les deux dresseurs avaient fait un tour à l’arène où, avec Mentali et Gallame, ils avaient aisément vaincu le champion.

Le médicament en leur possession, ils avaient prit un peu de repos avant d’envisager de repartir mais la météo s’était dégradée : il leur était impossible de prendre Roucarnage pour retourner à Oliville à cause d’une tempête qui s’était déplacée au niveau des Tourb’iles. La voie maritime était dangereuse elle aussi mais si les vagues n’étaient pas trop hautes, Locklass pouvait éventuellement réussir à passer.

Lorsqu’ils voulurent partir, à leur plus grande surprise, ils découvrirent qu’ils étaient observés : le pokémon légendaire Suicine les regardaient avec un grand intérêt et, en constatant qu’il avait été repéré, il avait prit la fuite en direction de la mer, courant sur l’eau comme si ce n’était qu’une simple prairie. Eusine apparut à ce moment-là, contrarié que le pokémon qu’il recherchait tant leur porte tant d’intérêt et ils durent le combattre avant de pouvoir enfin s’en aller.

Or, avec le temps qu’ils avaient perdu, cette tempête s’était intensifiée et Locklass fut prit dans un tourbillon qui les éjecta sur une des Tourb’iles.

—Et merde ! s’exclama Yuri après qu’il ait constaté la perte de son sac qui contenait la majorité de leurs provisions et leurs médicaments pour leur équipe. Si je croise cet Eusine, je vais pas le rater…

—Ca ne changera rien Yuri, tenta de le raisonner Flynn en s’adossant à un rocher pour soulager sa cheville douloureuse. On a encore le médicament pour le pokémon du phare mais on va devoir attendre la fin de cette tempête.

Ils s’étaient mis à l’abri dans une grotte mais Flynn s’était tordu la cheville lorsqu’ils avaient été projetés et il ne restait que très peu de vivre ainsi que leurs pokémons.

—Vu la tête qu’avait faite Absol, elle peut durer longtemps, déclara le dresseur aux cheveux de jais en se souvenant de la réaction de son pokémon quand il l’avait appelé pour aider son ami à atteindre la grotte. Pas certain qu’on tienne, surtout avec la moitié de notre équipe épuisée.

A cause de leur combat contre Eusine et de la météo, Locklass, Ninjask, Insecateur, Gallame et Noctali avaient besoin de repos voire de soins car il serait étonnant que Locklass soit indemne après cette expérience. Skitty n’était pas expérimenté au combat et ne pourrait pas beaucoup les aider en cas de souci.

Ils étaient dans un sacré pétrin et s’ils ne trouvaient pas comment rejoindre Oliville à temps, un pokémon pouvait mourir.

Soudain, un son étrange retentit à l’extérieur. Mentali et Elecsprint allèrent voir cela contre l’avis de leurs dresseurs et Yuri les suivit au bout de quelques secondes. Avec le vent qui soufflait, il avait les cheveux dans les yeux et il mit un moment à les retrouver tous deux au pied d’un énorme rocher, apparemment en grande discussion avec… Suicune ? Qu’est-ce que cela signifiait ?

Mentali et Elecsprint partirent ensuite vers la grotte, le pokémon légendaire derrière eux. Le dresseur, encore sous le choc, les suivit et put voir que son ami d’enfance était tout aussi surpris que lui de voir Suicune avec eux.

—Qu’est-ce qu’il se passe au juste ? demanda Flynn, regardant tour à tour leurs pokémons et le chien légendaire.

—Aucune idée, répondit Yuri en regardant Suicune discuter avec Mentali. Je serai incapable de te dire de quoi ils peuvent bien parler.

C’était tout de même à la fois effrayant et impressionnant de voir d’aussi près un pokémon légendaire. Il était clair que Suicune ne leur voulait aucun mal mais que faisait-il ici au juste ?

Ils eurent leur réponse quand leurs pokémons décidèrent d’eux-mêmes de revenir dans leurs pokéballs et que le chien légendaire s’assit au sol en fixant avec intensité les deux dresseurs.

—Il attend quelque chose ? demanda Yuri qui, pour toute réponse, eut un hochement de tête de Suicune.

—Est-ce qu’il peut traverser cette tempête ? questionna Flynn qui reçut lui aussi un hochement de tête affirmatif de la part du pokémon. Ca explique comment il est venu ici.

—Attend… nos pokémons lui aurait demandé de nous ramener à Oliville ?

Vu l’attitude de Suicune, cette hypothèse semblait être juste. Les deux dresseurs se regardèrent, à la fois anxieux et émerveillés par cette opportunité incroyable qui s’offrait à eux. Le voyage promettait d’être sacrément risqué, surtout sur le dos d’un pokémon réputé pour son incroyable vitesse, mais s’ils arrivaient au bout, ils pourraient aller sauver le pokémon du phare…

La décision fut prise au bout de quelques minutes : ils partaient avec Suicune.

Flynn ayant une cheville tordue, Yuri l’aida à s’installer sur le dos du chien légendaire et, une fois qu’il fut certain que le sac de son ami était bien en place, il se plaça derrière lui en lui tenant fermement la taille. Suicine se releva et sortit calmement de la grotte, laissant un peu de temps à ses deux passagers de réajuster leurs positions et de se cramponner correctement, puis il entama sa course sur le sable avant de la continuer sur l’eau déchainée.

A l’approche de l’immense tourbillon, le pokémon légendaire prit de l’élan et sauta par-dessus avec une aisance incroyable puis continua sa route, serpentant entre les vagues comme il le ferait entre les arbres d’une forêt. Le cœur de Yuri se mit à battre à toute allure quand Suicune eut l’audace d’entrer dans un rouleau et de courir à l’intérieur, faisant qu’il eut l’impression à un moment que l’eau allait les engloutir. Mais non, ils parvinrent à en sortir et à aucun moment le chien légendaire n’avait freiné sa course puissante.

Les côtes d’Oliville devenaient visibles et la tempête moins forte. Ils étaient en train d’en sortir et Suicune commença à ralentir son allure. Ce ne fut qu’une fois qu’ils furent sur la plage près de la ville portuaire qu’il s’arrêta, les laissant descendre de son dos tout en reprenant son souffle – à cet instant, les deux dresseurs comprirent que le pokémon légendaire avait fourni beaucoup d’efforts pour les amener sains et saufs à destination.

A peine l’eurent-ils remercié que Suicune était parti en un bond, probablement pour aller se reposer au calme. Yuri appela Absol pour aider Flynn à aller au centre pokémon et il se rendit au Phare avec son Elecsprint pour remettre le médicament à Jasmine.

Le lendemain, la tempête s’était levée et le pokémon du phare était guéri. Jasmine était retournée dans son arène et Yuri avait envisagé de l’affronter pendant que Flynn se reposait… puis il avait lamentablement perdu face à ses pokémons acier. Face à cette défaite cuisante, il s’était résolu à entraîner son Goupix, seul membre de son équipe qui pouvait avoir une chance contre elle.

Il avait aussi essayé de pêcher un pokémon eau mais neuf fois sur dix, il était tombé sur un Tentacool et la dixième fois, il avait failli se faire électrocuter par un Loupio très mécontent d’avoir été retiré de l’eau. Suite à ça, il avait décrété que la pêche, ce n’était pas pour lui…

Quelques jours plus tard, Flynn allait mieux et Yuri avait retenté sa chance. Au cours du combat, il avait fait évoluer in extremis son Goupix en Feunard et avait réussi à gagner grâce à cela. Ils repartirent ensuite vers Rosalia, récupérant au passage son Grahyena qui avait bien travaillé à la ferme ainsi qu’Arcanin qui avait aidé à l’arrestation des voleurs. Il leur fut proposer de garder encore un peu Skitty et ils laissèrent Insecateur et Gallame en échange – à la surprise générale, l’Insecateur de Flynn, qui tenait un objet offert par Jasmine, évolua en Cizayox.

Un soir, ils avaient prévu de camper près du mont Creuset avant de le traverser pour rejoindre Acajou. Yuri préparait de quoi manger pour tout le monde quand il vit quelque chose de bleu derrière des buissons. En apercevant Suicune montrer sa tête, il lui avait fait un sourire puis décidé de faire un peu plus à manger que prévu. C’était le moins qu’il pouvait faire pour le remercier dignement. Le pokémon légendaire était resté pour partager leur repas et n’était reparti qu’une fois que tout le monde avait terminé.

Aujourd’hui, ils étaient au Lac Colère pour, en premier lieu, visiter mais la présence de la Team Rocket les avaient poussés à prendre un détour pour arriver jusqu’à l’étendue d’eau… et découvrir un troupeau de Léviator totalement déchaîné. Le plus incroyable était que leur chef était un Léviator rouge, un détail qui piqua immédiatement l’intérêt de Yuri.

—Tu te rappelles quand je t’ai dis que j’arrêtais la pêche ? demanda-t-il à son ami d’enfance tout en appelant son Elecsprint.

—Tu sais que tu ne vas pas arriver jusqu’à ce pokémon sans devoir traverser le lac ? répliqua Flynn en sortant la pokéball de son Locklass. Je vais encore devoir te dégager le chemin j’imagine.

—Je te remercie d’avance.

Enfin il allait avoir un pokémon eau qui lui convenait… mais encore fallait réussir à le capturer, ce qui n’était pas gagné. Yuri était têtu et avec l’équipe qu’il possédait, il était certain d’arriver à ses fins, tremblant d’excitation à l’idée d’affronter ce splendide Leviator rouge.

Oh oui, il avait hâte…

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Fluri Month 2016 : May 21 – 22 Jonquil: “Affection returned”

Beta : Eliandre

Note : Suite de l’UA avec Peau d’âne.

 


 

La nouvelle avait fait tout le tour du royaume : le prince Flynn allait se marier avec celle qui pourrait enfiler un anneau que l’on disait si fin et étroit que seul un doigt mince et délicat parviendrait à s’y glisser. N’importe qui, quelque soit sa condition sociale, était invité à se rendre au palais dans trois jours afin d’essayer ce bijou.

Occupé comme souvent à nettoyer ce fichu poulailler, Yuri observait discrètement les villageoises sous sa peau de loup. Celles-ci, habituellement occupées à le critiquer sur son apparence ou son odeur, étaient à présent toutes excitées par l’idée d’éventuellement devenir l’épouse du beau prince aux cheveux d’or. Les lavandières jacassaient en lavant leur linge, certaines se voyant déjà au bal au bras de celui qu’elles espéraient épouser. Quelques paysannes, cependant, comparaient leurs mains, s’inquiétant de comment elles parviendraient à mettre cet anneau si étroit et se plaignant de leurs gros doigts abîmés par le travail.

Lorsque des charlatans vinrent pour proposer moult potions et onguents dont ils vantaient les propriétés, la majorité des femmes se jetèrent dessus, se hâtant d’utiliser ces étranges mixtures afin d’avoir un annulaire capable d’enfiler la bague qui pourrait changer leur vie à jamais. Yuri, de son côté, s’évertuait à salir ses mains plus qu’à son habitude, tout cela pour éviter qu’une femme plus observatrice qu’une autre ne s’aperçoive qu’il possédait des doigts très fins pour un homme.

Le lendemain, il dut se retenir de rire quand il entendit ces bécasses geindre car leur annulaire ne s’était pas affiné. Les plus chanceuses avaient juste leur doigt qui avait grossi mais quelques malheureuses avaient vu leur peau se couvrir de verrues ou bien les démanger horriblement. Si elles s’étaient acceptées comme elles étaient au lieu de croire le premier escroc venu, elles n’auraient pas eu ces mauvaises surprises. Tout ce qu’elles auront gagné dans cette mésaventure, c’était une bourse allégée de quelques écus.

Quand arriva le grand jour, toutes les femmes du royaume et des contrées voisines vinrent au palais, si nombreuses qu’elles étaient obligées de se serrer dans les couloirs afin que passent passer les serviteurs et la garde royale. Dans la salle de bal, le prince Flynn était assis aux côtés de ses parents, ses yeux azurs cherchant ce bel éphèbe dont il s’était épris en revenant de la chasse. Malheureusement, il n’apercevait point cette belle chevelure de jais et il fit donc signe de commencer ce qui promettait d’être une longue séance d’essayage.

Les premières à se présenter furent les princesses de tous âges, certaines encore plus fraîches qu’un bouton de rose et d’autres qui avaient au moins le double d’années que possédait le prince aux cheveux d’or. Leurs doigts ne parvenant point à enfiler cet anneau, les marquises et les duchesses tentèrent leur chance puis vinrent les comtesses, les baronnes et toutes les représentantes de la noblesse.

Le temps défilait et aucune femme n’avait encore réussi à mettre la bague quand le tour des servantes fut achevé. Le prince cachait de plus en plus difficilement sa déception, ne pouvant s’empêcher de se demander s’il n’avait pas mal interprété les intentions de l’être qu’il aimait. Allait-il venir se présenter à lui ?

Les dernières femmes de la plus basse condition sociale échouèrent elles aussi à enfiler cet anneau étroit. Tous pensèrent que tout cela était terminé quand, du fin fond des cuisines, Peau de Loup demanda à tenter sa chance, tout cela sous les regards outrés de l’assemblée. Le roi s’apprêtait à le renvoyer quand le prince Flynn s’interposa, demandant pourquoi cet homme ne pourrait pas essayer de passer la bague. Des murmures surpris et intrigués résonnèrent mais le jeune homme aux cheveux d’or ne les entendait point, son cœur battant la chamade dans sa poitrine tandis que son aimé s’agenouillait avec grâce devant lui.

Une main blanche, fine et délicate lui fut tendue. Il la prit dans la sienne, savourant sa douceur contre sa peau. Ses yeux azur avaient trouvé ceux, gris anthracite, de ce bel éphèbe qui se dissimulait sous cet habit puis descendirent sur ces lèvres fines qui dessinaient à présent un sourire en coin emplit de malice qu’il trouva des plus séduisants.

Si l’assemblée s’était tue en voyant cette main immaculée, elle avait lâché un « oh » surpris quand elle vit que l’anneau étroit épousait à la perfection cet annulaire si fin. Quand le prince lui ôta la peau de loup dont il était vêtu, tous ceux qui étaient présents eurent une exclamation émerveillée en découvrant que cet affreux vêtement avait révélé un magnifique jeune homme aux longs cheveux de jais et vêtu d’un somptueux habit aux couleurs de la nuit. Certains représentants de la noblesse furent choqués en reconnaissant les traits fins du prince Yuri, probablement celui qui avait été le plus beau parti d’un puissant royaume voisin et qui avait brusquement disparu quelques mois plus tôt.

Si le roi avait craint une mésalliance, il ne put qu’être enchanté de découvrir les atouts que possédait son gendre. Dès la minute qui suivit, les préparatifs du mariage furent entamés et tous les monarques des royaumes alentours y furent conviés. Les princes Flynn et Yuri se jurèrent un amour éternel lors de ce grand jour et à partir de cet instant, il était fréquent de les apercevoir chevauchant ensemble dans les bois de Quoi et s’échangeant des regards emplis de l’affection immense que chacun possédait envers l’autre.

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May 19 – 20 Milkvetch : “Your presence soften my pains”

Beta : Eliandre

UA : Une grande première pour moi car c’est un UA avec Kingdom Hearts 358/2 days.

 


 

Un vide immense se trouvait au fond de lui quand il avait rencontré cet homme, un certain Alexei, qui lui avait proposé de rejoindre son organisation. Qui était-il ? Il l’ignorait mais il n’avait pas envie de le suivre alors il avait refusé son invitation et était parti. L’ennui, c’était qu’il ne connaissait absolument pas cette ville… et puis comment s’appelait-il au juste ?

Pendant deux, peut-être même trois jours, il avait parcouru les rues de la Cité du Crépuscule, observant ses habitants en restant le plus possible à l’abri de leurs regards. Très souvent, il ne pouvait s’empêcher d’aller voir ce groupe d’adolescents qui jouaient ensemble et de ressentir quelque chose de fort qu’il ne parvenait pas très bien à identifier…

—Yo !

Il sursauta en entendant cette voix derrière lui. Vivement, il se retourna pour tomber nez à nez avec un jeune homme à la longue chevelure de jais, aux yeux gris anthracite et au long manteau noir qui était en tous points similaire à celui que portait ce dénommé Alexei qu’il avait rencontré il y a quelques temps. Se connaissaient-ils ?

—Pas un bavard hein, fit l’inconnu avec un sourire sarcastique. C’est souvent comme ça avec les similis quand ils viennent de naître mais ça ne dure généralement pas.

—Qui êtes-vous ? demanda-t-il, ne comprenant absolument pas ce que lui racontait cet homme.

—Un membre de l’organisation XIII.

Il était donc dans le même groupe qu’Alexei lui avait proposé de rejoindre. Cependant, il ne lui donnait pas la même impression que cet homme au regard dur…

—T’as un nom ou je dois t’appeler Blondie faute de mieux ? questionna son interlocuteur en s’adossant contre un mur avec nonchalance.

—Non… avoua-t-il, n’ayant pas le moindre souvenir d’avant le moment où il était devant ce curieux manoir. J’ignore qui je suis.

—T’inquiètes pas trop pour ça. C’est pas forcément une perte que tu ne rappelles pas de ta vie précédente.

Il hocha la tête bien qu’il ne comprenait toujours pas tout. Qui que soit ce jeune homme aux cheveux de jais, il se sentait plutôt à l’aise en sa présence.

—Je peux répondre à tes questions si tu veux mais ce sera pas gratuit, fit l’inconnu en croisant les bras contre son torse.

—D’accord, dit-il en regardant son interlocuteur droit dans les yeux. Dis-moi ce que je dois faire.

A cette réponse, celui à la chevelure de jais eut un sourire satisfait. Il lui fit signe de le suivre et tous deux allèrent jusqu’à un marchand de glace où il acheta deux glaces à l’eau de mer avant de l’emmener tout en haut de la tour de la gare. Jamais il n’était allé à cet endroit et il devait reconnaître que la vue était superbe.

Pendant une bonne heure, ils avaient parlé en dégustant leurs glaces. Il apprit que l’inconnu se nommait Yuri et que lui aussi était un simili. Il en existait d’autres comme eux et il sut que s’il était là, c’était que d’une manière ou d’une autre, son cœur avait sombré dans les ténèbres et que seule sa volonté avait permis à une parcelle de lui-même de venir à la Cité du Crépuscule. Puis celui aux cheveux de jais lui offrit une chose qu’il n’avait pas : un nom.

Après cela, Flynn lui demanda s’il pouvait toujours rejoindre l’Organisation XIII et ce fut ainsi qu’il fut conduit auprès d’Alexei pour devenir un membre officiel.

Il s’habitua assez vite à cette nouvelle vie, alternant les missions avec les différents membres de l’Organisation puis rejoignant Yuri à la fin de chacune d’entre elles au sommet de la tour de la gare.

Certes, ils n’avaient plus leurs cœurs mais ces moments passés ensemble leur faisait du bien. Les quelques fois où ils n’avaient pas pu se retrouver dans leur endroit favori, ce vide revenait au fond de lui ainsi qu’une profonde tristesse. Le mieux restait quand ils faisaient leurs missions ensemble car ils s’amusaient comme des fous en explorant les différents mondes – encore fallait-il que Flynn aille réveiller Yuri car celui-ci avait une forte tendance à piquer un somme dès qu’il en avait l’occasion ou à faire la grasse matinée.

Il y avait encore beaucoup de travail à faire avant de compléter Kingdom Hearts de récupérer un jour leurs cœurs mais ils y arriveront un jour… Ce n’était qu’une question de temps.

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Kaleiya Hitsumei

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