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 Note : Vu que je vais visiblement revoir mon découpage de chapitres, je les allonge ainsi que le temps entre les publications. Ce qui fait que mi-septembre, vous n'aurez pas la suite de l'arc des peintures oniriques mais une nouvelle fic.

Chapitre 3 : Complots

De par la situation actuelle, se réunir au palais était totalement impossible et à cause de son état, elle ne pouvait plus se déplacer librement, ce qui limitait encore plus le choix du lieu. Sodia O'Daly aurait préféré faire ceci chez elle mais le quartier noble était une mauvaise option, ce qui ne laissait que le quartier marchand – qu'ils furent obligés de rayer de leur liste à cause de la probabilité d'y croiser leurs ennemis bien que la famille Vectis était prête à les aider – et les bas-quartiers. Bien que l'auberge de la Comète était un endroit des plus modestes – elle avait blêmi en voyant qu'il fallait monter un escalier pour accéder aux chambres –, il était plus que parfait pour éviter les éventuelles oreilles indiscrètes…

« Je ne sais pas qui était cette femme mais je peux vous garantir qu'elle a des tours bizarres… »

Sergent Colin Vectis, reconnaissable à sa tignasse auburn et travaillant sous les ordres du capitaine Leblanc, dernièrement assigné à sa protection jusqu'à ce que le commandant par intérim ne décide de le renvoyer sous prétexte qu'il aurait commis trop d'impairs – le motif était totalement injustifié car bien qu'extrêmement maladroit, le jeune homme n'avait jamais failli à sa tâche et, après le capitaine Schwann, était reconnu pour son habileté à tirer à l'arc.

Le rapport qu'il venait de faire sur son espionnage au Bastion de Deidon leur confirma que les craintes d'une prise de pouvoir étaient fondées ainsi que le fait que le conseiller Maxwell était de leur côté. Par contre, il y a visiblement un autre parti dans l'affaire…

« Vous croyez qu'elle pourrait nous aider ? »

La question pleine d'espoir de Lady Estellise était compréhensible. Flynn était porté disparu depuis plus d'un mois et les recherches n'avaient rien donné – surtout que cet évènement avait été considéré comme un acte de désertion par une grande partie de la noblesse, ce contre quoi Ioder n'était pas parvenu à lutter très longtemps suite au fait que la criminalité ait brusquement augmenté jusqu'à ce que le commandant par intérim soit finalement nommé. De plus, Colin avait fait une découverte des plus alarmantes en se rendant à Halure il y a trois jours : Rita Mordio avait elle aussi disparue et, vraisemblablement, il y avait eu une lutte car une bonne partie du mobilier était soit cassée, soit en partie calciné. En prime, il avait réussi à trouver un témoin assez étrange qu'il n'avait malheureusement pas eu le loisir d'interroger, les chevaliers l'ayant emmené pour le questionner.

« Honnêtement, vu le personnage, je préfère pas lui demander. » répondit Colin en se massant le genou droit. « Mais possible qu'on la recroise car elle s'intéressait beaucoup au commandant Scifo. »

« Il faudrait déjà découvrir ce qu'il est advenu du témoin. » déclara Sodia en reprenant instinctivement son rôle de lieutenant. « Il sera certainement plus facile de l'interroger sur ce qu'il a pu voir en nous y prenant bien. »

La rousse avait bien entendu quand l'archer avait précisé que leur seul indice concernant la disparition de Rita était un gosse et qu'il était inconscient quand le jeune homme l'avait découvert caché dans une armoire vidée précipitamment de son contenu – on pouvait supposer que le mage Mordio en était la responsable mais pourquoi, de par l'attitude qu'elle avait depuis deux ans, aurait-elle pris quelqu'un chez elle ?

« Je vais essayer d'en parler à Leblanc et au conseiller Maxwell. » fit Lady Estellise en remettant en place la capuche de son manteau sombre. « Avec de la chance, il est à l'orphelinat. »

« J'ai pas eu le temps de bien le regarder mais je dirais qu'il a au moins dix ans et les cheveux châtain foncé. » précisa Colin en ôtant ses mitaines de cuir marron. « Par contre, ses vêtements ressemblaient plus à ceux d'un prisonnier qu'à ceux d'un enfant. Même les gosses des bas-quartiers n'ont pas de pareilles loques sur le dos… »

« Espérons que ce gamin n'a pas été torturé… » souffla Sodia, dévoilant ainsi ses craintes.

« On le trouvera, j'en suis certaine ! »

C'est sur ces paroles optimistes que la princesse quitta discrètement les lieux, se fondant parmi les habitants comme elle avait appris à le faire avec ses amis.

« J'espère me tromper mais je trouve que ça sent mauvais tout ça… » avoua Colin en quittant la chaise sur laquelle il était assis. « J'ai l'impression qu'on va dans une situation pire qu'avec Alexei Dinoai… »

« Sauf que la différence entre l'ex-Commandant Dinoai et le capitaine Arpagon, c'est que je vois mal ce dernier être celui qui tire les ficelles. » compléta la jeune femme tout en essayant de changer de position sur le lit malgré sa jambe gauche qu'elle ne sentait plus. « Tout ça s'est passé trop rapidement pour qu'il soit le cerveau de cette histoire. Mais si le commandant Scifo réapparait, il faudra l'avertir du danger rapidement. »

« S'il n'a pas été assassiné… »

C'était malheureusement la grande crainte de Sodia : que Flynn ait été tué afin de mieux pouvoir lui prendre sa place. Sans cet espoir de penser qu'il était en vie et le soutien de Colin, elle serait déjà devenue folle.

-§-

Ils étaient arrivés à l'embarcadère au coucher du soleil mais comme le bateau du marchand était absent, Thomas avait monté les tentes tandis que Flynn s'était occupé de trouver quoi faire du feu et que Sasha faisait des croquis dans son carnet à dessins.

Quand ils s'étaient levés ce matin-là, ils avaient été surpris de voir le jeune homme aux yeux acier avec un sac de voyage, une lance, un bouclier et semblant visiblement les attendre. Il expliqua que s'étant douté que la jeune femme risquait de fuguer – la concernée avait décidé de bouder dans son coin après que son ami lui ait démontré la justesse de son raisonnement en se servant de ses multiples escapades hors du village comme argument –, il avait décrété qu'il serait plus simple pour lui de se joindre au voyage plutôt que de perdre son temps à les pister jusqu'à Zaphias. Il avait d'ailleurs ajouté qu'il avait déjà prévenu tout le monde de leur départ afin qu'ils puissent partir sans délai.

Quitter cet endroit fut un soulagement pour le jeune chevalier, surtout quand il constata que les personnes présentes dans le village semblaient le regarder avec méfiance… Puis Thomas finit par lui expliquer que l'endroit avait été fondé il y a deux décennies grâce à Alexei Dinoai et que beaucoup ici lui en était reconnaissant. Bien qu'il ait commis des crimes par la suite, il était resté un personnage très apprécié et beaucoup déclaraient que les charges retenues contre l'ex-Commandant n'étaient que des calomnies, certains ayant été jusqu'à qualifier Flynn d'usurpateur.

« Et vous dites que cette clé a des pouvoirs bizarres ? » demanda le jeune homme à la lance en observant la clé en argent, sceptique après avoir entendu leur aventure dans les mondes oniriques.

« Je t'assure ! » s'exclama Sasha avant de lui montrer son croquis représentant un des cauchemars qu'ils avaient affronté. « Et on a affronté des monstres horribles comme celui-ci ! »

« Admettons… Mais pourquoi vouloir y retourner ? »

« Parce qu'ils ont vu Yuri là-bas ! »

« Tu es sûre que tu ne l'as pas encore imaginé ? »

« Mais je te dis que non ! Il est dans ces mondes oniriques et il faut qu'on le trouve ! »

« Attends Sasha. » s'interposa Flynn tandis que celui aux yeux acier reposait la clé par terre. « On sait juste qu'il est passé par cet endroit mais pas s'il y est encore. »

A cette phrase, la jeune femme se calma un peu mais restait manifestement fâchée par le fait que Thomas ne voulait pas les croire. Et de toute façon, ce dernier avait l'air préoccupé par quelque chose depuis qu'ils avaient établi leur campement ici. Après avoir mangé et attendu que la jeune artiste se retire dans sa tente, le chevalier alla le prendre à part durant son tour de garde.

« Quel est le problème ? » demande celui aux cheveux blonds, fixant la mer intérieure comme le faisait son compagnon de route.

« Depuis qu'on est arrivé, j'ai comme un mauvais pressentiment. » répondit celui aux cheveux châtain, l'air grave. « Mon instinct me hurle que quelque chose cloche ici mais impossible de dire quoi. »

Tout était calme pourtant et avec les répulsifs, ils ne craignaient pas les monstres durant la nuit. D'où pouvait venir le prob…

Tout à coup, ils virent approcher un bateau qui n'était manifestement pas celui d'un marchand de par la présence de canons et d'une figure de proue à l'effigie d'une sirène éclairée par une lanterne accrochée à l'avant du navire. Ils se mirent sur la défensive jusqu'à ce que Flynn put voir le drapeau flottant sur le mât : c'était celui d'une guilde et l'emblème correspondait à Siren's Fang.

C'était Patty !

Après avoir indiqué à Thomas qu'il n'y avait aucun danger, il fit un signe au navire tandis que l'équipage se préparait à l'amarrer à l'embarcadère. Une fois qu'ils eurent mis pied à terre et que Sasha se soit réveillée, Flynn ne cacha pas sa joie de retrouver la pirate aux nattes blondes, celle-ci partageant visiblement le même sentiment vu qu'elle se hâta de venir le saluer en l'enlaçant de toutes ses forces.

« Flynn ! » s'exclama-t-elle avec un grand sourire aux lèvres. « Qu'est-ce que tu fais par ici ? Tu fais une chasse au trésor nanoja ? »

« Moi aussi je suis content de te voir. » déclara-t-il chaleureusement. « Quant à ma présence ici… Nous attendions justement un navire pour Danhgrest. »

« Un navire marchand avec une voile bleue ? »

L'air grave qui était soudainement apparut sur son visage lui fit tout de suite comprendre que quelque chose s'était manifestement passé en mer. Une petite conversation autour du feu ne leur ferait pas de mal…

-§-

Ses jambes commençaient à être ankylosées à force d'être assise dans cet arbre à observer le trajet emprunté par chaque soldat gardant l'extérieur du palais. Ils avaient semblés étrangement agités au départ puis leur nombre s'était sensiblement réduit, signe qu'il devait très certainement se passer quelque chose à l'intérieur. Bien qu'elle avait une énorme faille défensive sous son nez, elle ne comptait pas en profiter car elle n'avait aucune raison valable pour entrer là.

« Hey ! T'as entendu la dernière ? » demanda un des hommes en poste près de l'endroit où elle se trouvait. « Paraît que les Gride offrent une récompense. Ils auraient perdu un gamin. »

« Ils ont un gosse ? Ils ne sont pas un peu vieux pour ça ? »

« Il aurait soi-disant été adopté mais il n'y a pas de nom sur l'affiche. Regarde. »

Tandis que le soldat sortait une feuille de papier d'une poche de son uniforme, la femme assassin se pencha pour la voir elle aussi et, si elle ne parvenait pas à déchiffrer le texte qui était marqué, le portrait assez approximatif lui était vaguement familier…

« Une douzaine d'années, les cheveux châtain foncé et les yeux noisette… » lut le deuxième homme. « On dirait n'importe quel gamin des quartiers pauvres. C'est cher payé d'offrir vingt mille galds pour ça.»

« Il a un signe distinctif de ce que j'ai pu entendre. » déclara le premier. « Une sorte de tatouage à l'arrière de la nuque… »

En entendant cela, son sang se figea durant deux secondes et elle sut instantanément qu'elle devait bouger d'ici et vite. Profitant que les deux soldats ne prêtait pas attention à leur environnement – elle les trouvaient particulièrement incompétents et les supposaient aisément corruptibles –, elle quitta silencieusement son point de vue pour aller trouver des informations sur cette famille Gride afin de leur rendre une petite visite de courtoisie…

-§-

Ils avaient pris la mer à bord du navire des Siren's Fang le lendemain matin en direction de Danhgrest. Sasha, bien qu'heureuse de pouvoir enfin voyager, avait un goût amer en bouche après ce que Patty leur avait raconté.

Cela faisait probablement un bon mois qu'elle était sur l'eau et, alors qu'ils passaient près de Zaude, ils avaient découvert trois bateaux non identifiés qui y étaient amarrés. Aussitôt qu'ils furent repérés, les navires inconnus les avaient attaqués et, face à un arsenal plus fourni que le leur, ils furent contraints de fuir mais l'ennemi les avait pris en chasse, manifestement décidé à les faire couler. C'est grâce à une mystérieuse nappe de brouillard – celle aux nattes blondes avait évoqué celui qui enveloppait l'Atherum à titre de comparaison mais la jeune artiste avait du mal à se projeter, n'ayant jamais vécu cette aventure – qu'ils avaient pu leur échapper mais, étrangement, il leur fut impossible d'en sortir jusqu'à la veille vers midi. Leur boussole déréglée, ils avaient navigué à l'aveuglette jusqu'à reconnaître les côtes de Yurzorea en fin d'après-midi et où ils découvrirent les restes d'un bateau marchand qui, justement, avait une voile bleu. En les fouillant, ils avaient récupéré les vivres et découvert le corps du propriétaire du navire, manifestement égorgé il y avait déjà au moins deux jours d'après l'odeur.

« Il se trame quelque chose vers Zaude on dirait. » déclara Thomas en vérifiant l'état de sa lance.

« Quoique ce soit, ils ne tenaient pas à avoir de témoins. » ajouta Flynn en terminant d'affûter la lame de son épée. « Il va falloir très vite mener une enquête mais avant ça, nous devons être prêts au combat. »

« Moi je m'en sortirai si tu me donnes un javelot. Sasha par contre… »

« J'ai juste une dague que Yuri m'a offerte, c'est tout. » déclara-t-elle en montrant l'arme blanche dans son fourreau noir. « Je n'ai jamais tenu une arme de ma vie. »

« Alors c'est le moment ou jamais d'essayer. » déclara le jeune chevalier en lui tendant une épée plus légère que celle qu'il possédait. « Je doute qu'on ait le temps pour de vraies leçons d'escrime donc on va juste se concentrer sur les bases. »

Honnêtement, elle ne se sentait pas trop à la hauteur sur ce coup et hésitait fortement à prendre cette lame en main. Après tout, elle n'avait jamais vu son frère se battre et Thomas utilisait plutôt des lances donc elle n'avait aucun repère. Mais comme elle savait pertinemment qu'elle n'avait pas le choix, elle accepta de se prêter à l'exercice en tentant de dissimuler au maximum ses appréhensions… qui disparurent très vite. Elle s'estima d'ailleurs heureuse d'avoir opté pour un chemisier beige et un bermuda kaki comme tenue de voyage car, en plus des bottes de son frère, c'était plus simple de se déplacer avec.

Flynn lui montrait comment tenir correctement son épée – d'instinct, elle avait choisi sa main gauche – ainsi que quelques parades simples afin qu'elle puisse au moins se défendre puis des coups relativement basiques. Au fur et à mesure, elle se sentait très à l'aise et, à l'étonnement général, parvint à assimiler très vite ce qu'elle apprenait.

« C'est plus facile que ce que je pensais en fait. » dit Sasha en remettant en place une mèche qui s'était échappée de la queue de cheval qu'elle s'était faite. « Une fois qu'on s'est habitué au poids de l'épée, ça va tout seul. »

« Pour quelqu'un qui n'a pas bougé de son lit pendant des années… » fit Thomas, manifestement très surpris. « Je ne pensais pas que tu y arriverais en seulement deux heures de pratique. »

« Yuri assimilait très vite les techniques d'escrime une fois qu'il les avaient vues lui aussi. » leur fit remarquer Flynn avant de lâcher un soupir de dépit. « Même s'il avait une certaine tendance à les déformer par la suite… »

« Je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle suivra le même chemin vu comme elle peut être une vraie tête de mule. »

Elle jeta immédiatement un regard noir à son ami d'enfance, celui-ci l'ignorant royalement en retour tandis que le chevalier avait un sourire amusé aux lèvres.

-§-

Ce soir-là, Estelle n'avait pas vraiment envie d'être à ce bal mais en tant que membre de la famille impériale, elle se devait de s'y montrer. Même si elle était plus qu'habituée à ces mondanités, elle ne pouvait s'empêcher d'être inquiète pour Sodia bien que celle-ci, malgré son récent handicap, était apte à se défendre et qu'elle était sous bonne garde. De plus, la disparition de Flynn puis celle de Rita l'angoissait grandement et son intuition lui disait qu'aucun des deux n'était parti de son plein gré – cela était prouvé pour son amie via les découvertes de Colin mais pour ce qui était de son ex-fiancé, elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il n'aurait jamais déserté son poste.

Par contre, elle trouvait étrange l'attitude de son cousin, l'empereur Ioder, vis-à-vis de tout cela…

Lui qui était pourtant l'un des soutiens les plus puissants de Flynn au sein de l'Empire, comment avait-il pu croire à toute cette histoire de soi-disant trahison ? C'était complètement ridicule ! Qu'avait-on bien pu lui dire pour le convaincre ? Et puis pourquoi elle avait l'impression que quelque chose n'allait pas chez lui ?

« Tous ceux de sa garde personnelle qui étaient fidèles au commandant Scifo ont été changés de poste. » lui précisa le capitaine Leblanc qui se trouvait juste à côté d'elle. « De ce qu'ils m'ont rapporté, son Altesse a brusquement changé il y a une dizaine de jours, juste avant cette réunion avec le Conseil. »

« Il s'est donc produit quelque chose avant… » dit-elle à voix basse en réfléchissant. « Malheureusement, il ne me laisse même plus entrer dans ses appartements. »

« A ce qu'il paraîtrait, sa dernière visite était une domestique venue lui porter une tisane mais elle a malheureusement été tuée deux jours après dans une ruelle près du quartier marchand… Cela avait toutes les apparences d'un vol qui avait mal tourné. Une autre victime de cette soudaine vague de crime…»

« Vous avez retrouvé la trace du coupable ? »

« C'est là que cela devient… curieux. »

« Comment ça ? »

« Le commandant Arpagon est, depuis peu, très préoccupé par un individu qui semble ne cibler que des personnes ayant déjà commis des meurtres ou des crimes graves. Les coupables de ces faits sont généralement retrouvés étranglés en apparence et leur visage exprimant une frayeur extrême. Mais après autopsie, nous nous sommes aperçus qu'outre l'absence de traces de strangulation, tous étaient morts par asphyxie. »

« Ils auraient été étouffés ou empoisonnés ? »

« Impossible de le dire. Le seul autre élément qui a confirmé le lien entre toutes les scènes de crimes, c'est la faible odeur d'opium qui flottait dans l'air. »

… De l'opium ? Colin n'avait-il pas mentionné que cette mystérieuse femme en fumait ?

« Ont-ils… »

« AAAHHHHHH ! »

Un cri suivit d'autres interrompirent Estelle qui se tourna vers le balcon, là d'où venait toute l'agitation.

« Je vais aller voir ce qu'il se passe. » lui dit Leblanc avant de vite se diriger vers les femmes de la noblesse qui venaient de rentrer dans la salle de bal, certaines d'entre elles étant visiblement au bord de l'évanouissement.

Elle finit par lui emboîter le pas, craignant que quelqu'un ne soit blessé et, en arrivant sur le balcon où plusieurs personnes étaient déjà présentes, elle suivit leurs regards et comprit instantanément ce qui avait provoqué l'effroi de ces dames.

Juste au-dessus de l'encadrement de la voûte menant à la salle, deux corps qui, de par leurs habits, étaient respectivement ceux d'un homme et d'une femme, étaient maintenus contre le mur par ce qui ressemblait à d'énormes clous et du sang s'écoulait de chacun d'eux, laissant une trace sombre et luisante contre la pierre blanche. De par l'angle que formaient leurs jambes, Estelle pouvait sans aucun doute affirmer qu'elles étaient cassées et elle avait l'impression que c'était aussi le cas de leurs doigts. Ce qui la frappa le plus fut ces expressions de terreur extrême que la lueur de la lune lui permit de discerner sur leurs visages.

-§-

Sodia fut subitement réveillée, son intuition lui disant que quelque chose clochait. Il devait probablement être le milieu de la nuit vu le silence régnant à l'extérieur et le fait que Colin s'était, encore une fois, endormi sur la seule chaise de la pièce. Cependant, le fait que la fenêtre était grande ouverte n'était pas normal car le jeune homme l'avait fermée après qu'ils aient dîné. Puis elle la sentit : l'odeur d'opium qui se mélangeait à celle, métallique, du sang…

Le son de la porte se refermant réveilla en sursaut le soldat et la poussa à se redresser comme le elle pouvait, constatant que qui que soit la personne venue ici, elle venait à l'instant de partir.

« C'était quoi ça ? » demanda celui aux cheveux auburn à voix basse.

« Quelqu'un est entré ici… » commença-t-elle à répondre avant de réaliser avec effroi qui était leur probable visiteur et ce que ce qu'elle avait senti pouvait impliquer. « Allume ! Vite ! »

Maladroitement, Colin s'exécuta non sans mal – il venait de renverser au sol la boîte d'allumette, éparpillant tout son contenu par terre -, puis quand la lanterne éclaira la pièce, elle put confirmer qu'aucun d'eux n'était blessé mais qu'une personne de plus était parmi eux : un garçon d'une douzaine d'années aux cheveux châtain foncé qui était enroulé dans une couverture beige sur laquelle se trouvait des traces de sang. Le chevalier le libéra de la couverture, constatant ainsi qu'il n'était pas blessé, seulement endormi.

« Y a pas de doute, c'est bien le gosse que j'avais vu chez Mordio… » souffla-t-il en se tournant vers elle. « Et cette odeur… »

« Elle est venu ici nous le déposer. » termina Sodia, ayant compris la même chose que le jeune homme. « Mais pourquoi faire ça ? »

« J'en sais rien mais ce qui est sûr, c'est que le sang sur cette couverture est frais et qu'il n'appartient pas à ce gamin… »

Le chevalier éclaira le rebord de la fenêtre avec la lanterne, révélant la trace d'une paume de main ensanglantée et de quelques gouttes de sang, leur confirmant que cette mystérieuse femme était bien venue ici et qu'elle était blessée. Que s'était-il donc passé ?

-§-

Elle n'avait pas pu faire d'une pierre deux coups comme espéré et, à présent, elle avait un troisième corps dont il fallait qu'elle se débarrasse… Sauf que ça allait attendre un peu.

Les Gride ne lui avaient pas donné les réponses voulues et avaient persisté jusqu'à commettre l'erreur qui avait signé leur fin à tous les deux ainsi qu'un interrogatoire beaucoup plus poussé. Cela lui avait valu de confirmer ce dont elle se doutait : un complot se tramait à Zaphias et visait à discréditer Flynn Scifo. Et manifestement, on leur avait raconté que le gamin qu'on leur avait confié pouvait s'avérer précieux sauf que celui-ci avait réussi, ils ne savent comment, à mettre le feu dans la chambre où il était enfermé.

Retrouver la piste du garçon avait été plutôt facile en comparaison mais elle n'avait pas prévu de le dénicher drogué et de se prendre un coup de couteau de la part du coupable. Elle l'avait donc confié aux soins de poil de carotte car elle ne pouvait pas se permettre actuellement de l'avoir dans ses pattes…

Elle devait surtout mettre la main sur celui qui l'avait amené dans ce monde et qui, très probablement, pouvait la renseigner sur ce qu'il s'était produit…

-§-

Arrivé sur la terre ferme, Flynn eut du mal à dissimuler un soupir de soulagement, n'ayant jamais été très à son aise sur un bateau – c'était encore pire quand il s'agissait de voyager avec Ba'ul mais il reconnaissait que le temps gagné était considérable. Le port de Danghrest n'était pas très grand par rapport à celui de Capua Torim mais il était plus que suffisant pour le navire de Patty qui avait besoin d'un bon réapprovisionnement et de réparations. Pendant qu'il disait au revoir à son amie, Thomas était allé informer d'autres marins de ce qui était advenu du bateau marchand faisant la liaison entre la cité des guildes et Yurzorea tandis que Sasha s'était trouvé un emplacement pour dessiner.

D'ailleurs, en allant la retrouver, il s'aperçut vite qu'elle avait été rejointe par quelques curieux ainsi qu'un chien au pelage bleu et blanc qu'il reconnaitrait entre mille : Repede. Ce dernier, visiblement enchanté d'être avec la jeune femme, se mettait à grogner envers tout homme qui tentait de la toucher sans son accord.

« Tout va bien ? » demanda-t-il une fois qu'il fut à ses côtés, son vieil ami à quatre pattes lui lançant un aboiement joyeux en le voyant.

« Hm ? Oh oui ! » répondit Sasha une fois qu'elle n'était plus uniquement concentrée sur ses croquis. « Je suis désolée mais j'ai tendance à être dans ma bulle quand j'ai du monde autour de moi. Je n'ai pas l'habitude. »

« Ne t'excuse pas. C'est parfaitement compréhensible. Et puis Repede s'assurait qu'il ne t'arrive rien de fâcheux. »

Il se baissa pour caresser la tête du chien, ce qu'il n'avait pas pu faire depuis un bon moment. Yuri n'étant plus là et lui totalement indisponible ainsi que non-membre de Brave Vesperia, l'animal était resté « aux soins » de Karol et se déplaçait presque exclusivement avec ce dernier lors de leurs missions pour la guilde.

« Si vous avez fini, on devrait y aller. » leur dit Thomas quand il les eut rejoints. « Et il vaut mieux éviter de voyager par bateau. Beaucoup ont semble-t-il disparu ces derniers jours. »

« Cela devrait pouvoir se faire si la bonne personne est présente à Danghrest actuellement. » fit Flynn en se relevant avant de remarquer que Repede observait étrangement le jeune homme aux yeux acier, un peu comme il le faisait avec Estellise.

Il ne se souvenait plus tout à fait où se trouvait le QG de Brave Vesperia mais pour cela, il pouvait compter sur un guide fiable qui avait d'instinct compris la destination voulue. Ils le suivirent donc à travers les rues de la cité des guildes, se faufilant entre quelques groupes de personnes. Ils furent obligés de stopper deux reprises, Sasha s'étant arrêtée pour regarder la vitrine d'un magasin qui lui plaisait. A la troisième fois, Thomas avait fini par opter pour la manière forte en portant la jeune femme sur son épaule, celle-ci se mettant, par la suite, à exprimer vivement son mécontentement via des coups de pieds et de poings que le jeune homme ignora superbement, manifestement blasé de par l'expression de son visage.

Par contre, Flynn avait cru voir quelque chose s'échapper du chemisier de la jeune femme tandis qu'elle se débattait et réalisa ensuite ce que c'était : une des médailles que les chevaliers portaient autour du cou. Yuri lui aurait-il donné la sienne ? Ça lui semblait pourtant curieux qu'il ait pu la garder tout ce temps, surtout de par le peu de valeur qu'il avait toujours accordé à cet objet… En même temps, il n'avait jamais pu vérifier s'il la portait donc cela restait possible qu'il l'ait conservée au cas où.

Arrivés à destination, Sasha eut à nouveau l'autorisation de toucher le sol tandis que le jeune chevalier frappa à la porte du QG de la guilde. Le jeune homme aux chevaux châtain en bataille et aux yeux marron qui vint leur ouvrir ne cacha pas sa surprise en les voyant – s'il avait toujours son énorme sac et son foulard rouge autour du cou, Karol avait troqué son t-shirt jaune et blanc contre une chemise ocre à manches courtes et un gilet noir derrière lequel était brodé l'emblème de Brave Vesperia.

« Flynn ? Mais… » commença le dirigeant de la guilde en regardant tour à tour chaque membre de leur groupe. « Mais qu'est-ce que tu fais ici et qui sont ces… »

« Est-ce qu'on peut entrer avant qu'elle n'échappe encore à ma vigilance ? » coupa Thomas qui avait attrapé le poignet de la jeune femme lorsque celle-ci avait voulu faire un pas de côté, probablement pour mieux observer quelque chose.

Ils entrèrent dans la maison abritant la guilde de Brave Vesperia, arrivant ainsi dans ce qui ressemblait fort à une salle commune et où se trouvait, assis à une des tables, Raven, visiblement occupé à lire le courrier du jour et, sortant tout juste de ce qui était la cuisine, Judith qui, de par ce qu'il pouvait en voir via le profil de la robe bleu roi qu'elle portait, avait pris quelques rondeurs. Flynn se fit mentalement la remarque que soit il avait passé beaucoup de temps loin de Zaphias, soit il avait tellement été plongé dans son travail qu'il en avait négligé le reste – cette solution était la plus plausible vu qu'il avait oublié l'anniversaire d'Estellise et s'était peu voire pas du tout préoccupé de sa vie privée depuis que Yuri n'était plus présent, ce qui lui avait coûté ses fiançailles.

Après les échanges de politesse ainsi que les présentations, il avait jugé bon de ne pas perdre de temps et leur avait raconté ce qu'il s'était passé à Zaphias, sa rencontre avec cette femme assassin et le mystère de son réveil à Yurzorea. Il s'abstint de parler des mondes oniriques car cela ne s'était pas reproduit et il n'était pas persuadé que cet épisode ait un réel intérêt pour le moment.

« Sacré aventure ça gamin ! » s'exclama Raven une fois qu'il eut terminé son récit. « Mais je comprends un peu mieux à présent pourquoi le courrier venant de l'Empire avait subitement diminué depuis trois semaines… »

« Il se serait donc écoulé autant de temps… » fit Flynn en se massant les tempes, essayant vainement de se souvenir de ce qui avait pu se produire durant cette période.

« Peut-être même un peu plus mais c'est curieux que cela ne soit pas venu jusqu'ici car ça a dû faire du bruit cette histoire. »

« Sauf si quelqu'un a fait en sorte d'étouffer l'affaire rapidement. » supposa Thomas avant de se tourner vers lui. « Vu que l'on t'avait tendu une embuscade, on peut supposer qu'une personne avec un minimum d'influence voulait se débarrasser de toi. »

« La liste risque d'être longue dans ce cas. » remarqua Karol, assis sur une chaise avec les pieds sur la table. « Il y a pas mal de personnes qui veulent revenir aux blastias et qui jugent l'Empire responsable de leurs malheurs. »

« S'ils avaient toujours vécu sans, ils ne s'en plaindraient pas. Les blastias étaient peut-être pratiques mais pas sans risques contrairement à ce que l'on peut penser.»

« On a eu un accident une fois au village avec un blastia. » précisa Sasha. « Personne ne s'était aperçu qu'il possédait un défaut avant qu'il n'explose et tue une dizaine de personnes avec lui. Suite à cela, le peu que nous avions a été supprimé et nous avons parfaitement réussi à nous en sortir ainsi. »

De par le regard sombre que Judith avait, Flynn sut qu'elle avait deviné la même chose que lui : ils avaient eu un Hermès Blastia. Ils avaient cependant eu de la chance qu'il n'y ait pas eu plus de victimes ou bien une hausse subite de l'aer dans leur environnement. Il se souvenait de quelques vieux rapports mentionnant des Blastias défectueux suite à une mauvaise manipulation d'un mage et qui mentionnaient divers accidents plus ou moins graves.

« Les dispositifs exploitant le mana se multiplient mais ils sont encore expérimentaux pour leur grande majorité. » fit remarquer Raven. « Et pour en revenir au sujet initial, il y a eu plusieurs disparitions de constatées ces derniers jours un peu partout. »

« On a entendu cela au port. » déclara le jeune chevalier. « Patty a eu un accrochage avec des bateaux inconnus au niveau de Zaude qui plus est. »

« Tiens donc… il s'en passe de ces choses là-bas dites-moi… » dit Judith, l'air pensive. « Il faudra y jeter un œil à l'occasion. »

« Elle risque de venir vite si c'est lié aux personnes disparues. » lança Thomas avant de tourner ses yeux acier vers lui. « J'avais demandé à Patty Fleur s'ils ont trouvé d'autres corps dans les restes du navire marchand et il n'y en avait pas. Je n'étais pas le seul qu'il transportait jusqu'à Danghrest donc il se peut que des personnes de notre village étaient à bord. »

« Oh et dernière chose. » coupa Raven. « Comme je l'ai dit, le courrier venant de l'Empire a brusquement diminué mais il semblerait qu'ils aient comme un problème de meurtres de par ce que j'ai pu apprendre ce matin et le coupable a une fâcheuse manie, outre de donner l'impression d'avoir étranglé ses victimes, de laisser une odeur particulière derrière lui. Un nouveau justicier de l'ombre à ce qu'il se raconte vu ses cibles mais l'opium est plutôt cher donc possible que ce soit un noble. »

De l'opium ? Pourquoi c'était ce détail qui le frappait ? Il en avait déjà senti quelques fois chez certains nobles et avait dû en prendre une fois pour raisons médicales mais en quoi cela lui semblait important ?

Et là il revit le moment où, dans la grotte où se trouvait l'aer krene où Yuri était tombé, la femme assassin lui avait sauté par-dessus, lui laissant juste le temps de sentir brièvement son parfum où dominait l'odeur du cuir ainsi qu'une senteur, ténue ou étouffée par sa tenue, d'opium…

Elle était donc bel et bien restée à Zaphias, elle, la seule personne qui serait capable de le renseigner sur ce qu'il s'était passé après ce combat contre ces hommes invisibles.

Sauf qu'il semblerait que la piste menant à elle soit faite d'une rivière de sang…

-§-

La nouvelle était tombée de la bouche de Lady Estellise : la femme mystérieuse avait encore frappé en tuant le couple Gride, suspecté d'avoir été impliqué dans diverses disparitions d'enfants jusqu'à l'arrivée de Flynn au poste de Commandant. Sodia sut ainsi où ce garçon avait été emmené après Halure et, d'après le compte rendu sanglant qu'elle avait pu entendre, le mode opératoire avait été, cette fois-ci, bien plus violent.

Leur invité s'était réveillé et, après examen plus approfondit, n'avait aucune blessure récente mais… des tatouages. L'un derrière sa nuque était le numéro « 117 » et l'autre, recouvrant tout son dos, représentait un cercle contenant un pentacle inversé comportant diverses écritures indéchiffrables au sein de chacune de ses branches. Il n'avait, en plus, aucun souvenir de son nom et disait de le désigner par ce nombre qui lui avait été attribué mais ça, ils l'avaient tous refusé.

« Tu ne te rappelles vraiment de rien ? » demanda encore une fois la princesse avec inquiétude.

« Le plus loin dont je me souviens est le moment où on a tous été mis en rang… » marmonna-t-il à nouveau sans donner plus de précisions, ses yeux noisette luisant avec méfiance. « J'ai pas vraiment envie de me souvenir de ça. »

« Dans ce cas, tu te rappelles de Rita Mordio peut-être. » poursuivit Colin, changeant ainsi le sujet. « Une fille aux cheveux châtain et un peu excentrique. »

« J'ai atterri pas loin de chez elle oui. On n'a pas vraiment eu le temps de faire connaissance car elle m'a poussé dans un coin pour que je m'y cache quand quelqu'un a frappé violemment à sa porte. Je n'ai pas vu qui c'était mais il n'était pas seul et Rita était pas très contente de les voir. Après, y a eu comme une odeur bizarre et je me suis réveillé dans une chambre avec des barreaux aux fenêtres. »

Il était donc bien retenu prisonnier et son témoignage confirmait que Mordio avait dû être enlevée. De plus, il semblerait qu'elle connaissait son kidnappeur…

« C'est quand ils m'ont apporté mon… troisième repas je crois que j'ai réussi à leur piquer la clé de la porte et que je me suis enfui. » poursuivit le plus jeune, visiblement en train de se remémorer les évènements. « Ils pestaient des fois comme quoi ils ne comprenaient pas en quoi ils devaient me garder en vie… »

« Vous pensez que tout cela a un lien avec la disparition de Flynn ? » demanda Estellise avec une certaine inquiétude. « Car si c'est le cas… »

« Nous avons un plus gros problème que nous ne le pensions. » compléta Sodia en serrant les dents.

Elle était sure d'une chose : si le Commandant n'avait pas été enlevé comme Mordio, il ne fallait surtout pas qu'il revienne à Zaphias car elle était certaine qu'il allait se faire exécuter. Il se passait quelque chose dont ils étaient encore incapables de mesurer les conséquences et rien ne garantissait à ce qu'ils y parviennent actuellement.

-§-

Après cette longue discussion, Sasha avait fini par avoir droit à une petite visite de la ville avec Karol et Judith. En plus de voir beaucoup de choses dont elle avait seulement entendu parler, elle avait pu faire connaissance avec des amis de Yuri et ainsi apprendre quelques anecdotes sur son frère que ce dernier s'était bien gardé de lui raconter – en même temps, elle avait admis qu'il ne devait pas trop avoir envie qu'elle se moque de lui en l'imaginant habillé avec un costume de lapin. Elle avait ainsi profité de l'occasion pour contempler les articles dans un magasin spécialisé dans la vente d'objets créatifs et constater que Thomas avait dû beaucoup dépenser pour elle en voyant les prix de certains pastels.

Ils furent invités à passer la nuit au QG de Brave Vesperia pour récupérer des forces et le temps de préparer leur départ demain matin pour Zaphias. L'ancienne chambre de son frère lui fut attribuée – elle sut ainsi qu'elle était volontairement restée inoccupée depuis qu'il avait disparu – et, parmi les épées exposées au mur, elle fut invitée à choisir celle qu'elle désirait emmener avec elle – comme elle hésitait, Flynn était venu à son aide et avait immédiatement porté son choix sur la Vorpale car plus facile à manier pour elle qui débutait par rapport aux autres, plus lourdes. Raven lui avait précisé que des mitaines et des gants étaient rangés dans la petite commande et qu'elle était libre de les prendre si elle le voulait.

C'est en se demandant comment elle allait se débrouiller s'il fallait qu'elle se batte réellement qu'elle s'endormit… et atterrit dans les mondes oniriques.

Elle était de retour sur ce qui était censé être l'autel de l'eau et qui avait subi les assauts violents des cauchemars. Cependant, la couche de glace qui recouvrait la surface de l'eau avait manifestement presque entièrement disparue, ne restant que le grand rectangle sur lequel elle se trouvait actuellement ainsi que trois femmes qui la regardait avec méfiance. Elles avaient toutes un plastron de métal et de cuir adapté au physique féminin – celui-ci ne couvrait pas leurs épaules et le haut de leur dos car noué au niveau de la nuque et de la taille – ainsi que des jambières du même style qui, étrangement, ne couvrait pas leurs orteils et leurs talons. Distinguer leur visage était difficile car chacune portait un casque de métal sombre surmonté de plumes colorées qui masquait leur regard – seul un différait légèrement des deux autres car s'ils avaient tous des plumes marron et rouges, celui-ci avait en plus une grande plume jaune qui tranchait bien avec le reste.

« Qui est-ce Tatiana ? Elle n'a pas l'air de ressembler à une écaille. » demanda l'une d'elle à celle au casque à la plume jaune.

« N'oublie pas Cynthia que nous sommes censées protéger cet endroit en attendant que la grande prêtresse ait terminé de le renforcer. Manquer de respect au peuple qui y évolue n'est pas très bien indiqué, même si ce sont des individus que nous n'aimons pas.» répliqua celle qui portait le même casque.

« Et cette fille n'est pas une sirène. » répondit finalement la dénommée Tatiana qui semblait être la chef. « Elle n'a pas d'écailles sur son corps. »

Sasha hésita un peu avant de répliquer mais elle fut coupée en voyant Flynn apparaître subitement à un mètre d'elle. Sauf que si elle avait eu la chance d'atterrir sur la partie encore gelée, le jeune homme n'en eut pas autant car, n'ayant qu'un partie de son pied droit sur la glace, il fut tout à fait logique que, venant tout juste d'arriver, il n'eut pas le temps d'analyser pleinement la situation et il bascula en arrière, se retrouvant à prendre un bain forcé dans une eau qui, vu la tête qu'il faisait après avoir refait surface, ne devait pas être très chaude. Derrière lui, la tête de Sheen apparut - la jeune femme se demanda d'ailleurs pourquoi ses cheveux étaient devenus vert - ainsi que celle d'une petite fille aux yeux émeraude et aux cheveux d'une curieuse teinte turquoise.

« On vient tout juste de finir de purifier l'eau. » fit le jeune garçon tandis qu'elle tendait la main pour aider le chevalier à remonter sur la plaque de glace. « L'autel n'a pas l'air d'avoir subi de trop lourd dégâts autrement. »

« Voilà une bonne nouvelle. » déclara Tatiana avec un léger sourire aux lèvres. « Et connaissez-vous ces personnes prince ? »

« Ils sont ceux qui sont intervenus avec les princesses du pays du feu et de l'empire de la terre. Sans eux je ne serais peut-être plus ici pour vous parler. »

Quand le jeune garçon et la petite fille montèrent à leur tour sur la plaque de glace, Sasha réalisa que tous deux avaient de fines écailles vert clair aux mains et aux pieds, les deux étant légèrement palmés. Puis tous deux reprirent une apparence humaine, Sheen retrouvant sa tignasse blond vénitien et sa cadette arborant à présent de beaux cheveux blond clair.

« Il semblerait que la grande prêtresse ait terminé s'ils ont pu venir ici. » poursuivit-il avant de s'incliner respectueusement face aux trois femmes. « Et je vous présente encore une fois nos plus sincères condoléances pour ce qui est arrivé à vos consœurs. Même si nos deux peuples ont toujours eut quelques tensions, nous comprenons aisément votre douleur… »

« Elles sont appréciées et seront transmises aux autres sœurs harpies. » fit Tatiana avec chaleur. « Nous vous présentons aussi les nôtres pour la mort de votre frère et ceux qui ont perdu la vie face aux cauchemars. »

Sheen les remercia silencieusement tandis que la petite fille à ses côtés avait pris sa main dans la sienne. C'est d'ailleurs à cet instant qu'elle réalisa qu'elle et Flynn se tenait toujours la main alors que cela n'avait plus lieu d'être. Elle la lâcha discrètement tandis que les trois femmes… prirent littéralement leur envol, une paire d'ailes colorées étant apparue dans le dos de chacune.

« Rentre à la maison à présent Océana. » dit le jeune prince sur un ton bienveillant à sa cadette. « On ira dans les cuisines une fois que j'aurai fini, d'accord ? »

« Bien grand frère. »

Sur cela, la petite sœur de Sheen se dissipa et il ne resta plus qu'eux trois sur la plaque de glace.

« Il n'y a pas eu d'autres attaques de cauchemars ? » demanda Flynn une fois qu'ils se furent mutuellement salués.

« Le roi des démons a demandé aux harpies de nous protéger le temps que l'on ait pu purifier l'autel. » répondit le prince. « La grande prêtresse est venue elle aussi et le ciel est redevenu normal au-dessus de nous. Je crois d'ailleurs qu'elle est encore dans les parages… »

« Serait-on en train de parler de moi ? »

Ils se tournèrent du côté d'où venait la voix de femme pour voir, debout sur la plage de sable, une femme vêtue d'une longue robe blanche aux manches de dentelle et au col montant. Elle avait une ceinture dorée autour de la taille et un bandeau assortie qui tranchait avec ses longs cheveux noirs dont les deux mèches qu'elle avait devant ses épaules passaient au travers d'une série de trois grosses perles d'un blanc nacré. Elle les fixait avec un sourire mystérieux aux lèvres ainsi qu'une étincelle amusée dans son regard améthyste. Dans sa main droite, elle tenait un sceptre en or dont l'extrémité haute était une boule entièrement sertie de différentes topazes de toutes les couleurs.

Ils vinrent donc la rejoindre, non mécontents de quitter la plaque de glace qui n'en avait manifestement plus pour très longtemps…

« Je souhaitai vous remercier encore une fois avant de vous quitter madame. » déclara Sheen en s'inclinant avec respect.

« Ce n'est pas la peine. Je ne fais que mon travail après tout. » dit-elle avec un sourire aux lèvres. « Ma magie devrait tenir les cauchemars à distance pour un bon moment. Cela devrait laisser le temps aux mondes oniriques de se rééquilibrer d'eux-mêmes avec un peu de chance. »

« Bien. » fit le prince avant de se tourner vers eux. « Désolé mes amis mais je ne peux pas rester avec vous cette fois-ci. Peut-être une prochaine fois. »

Puis Sheen se dissipa exactement comme sa sœur l'avait fait peu de temps auparavant.

« Avant que je ne reparte chez moi… » reprit la grande prêtresse, l'air un peu plus sérieuse qu'au départ. « Je pense que vous devriez suivre la direction du serpent car je crois que vous n'êtes pas venus seuls ici. »

« La direction du… » commença Flynn sur un ton interrogateur avant de s'interrompre. « Vous parlez des panneaux. »

« Exact Flynn ! Je savais que je pouvais compter sur toi ! »

C'est sur cette phrase qu'elle disparut dans un éclair de lumière blanche… en les laissant face à une subite réalisation : comment savait-elle comment le jeune homme s'appelait alors que c'était la première fois qu'ils se rencontraient et que personne ne l'avait appelé par son nom jusqu'ici ?


Auteur vs Persos :

Kaleiya & Mélissa (mélangent activement quelque chose)

Asahi : Vous foutez quoi au juste vous deux ?

Mélissa : On se demandait ce que donnerait un mélange de la cuisine de tous les pires cuistots qu'on connait sur des cauchemars.

Orieul : Je ne suis guère persuadée qu'ils y touchent mais qui sait avec ces choses…

Salomé (lit le journal) : Au pire on y gardera pour tuer d'éventuels rats… et quelques fouineurs.

Kaleiya : Ce récipient contient un plat fait par Flynn, un autre fait par Orieul et le dernier fait par Asahi…

Asahi (jette un regard noir à Mélissa) : C'est pour ça que tu m'as fait cuisiner ?

Mélissa : Et je dois encore constater que tu as réussi un exploit : trois cuissons différentes sur un même plat et j'arrive toujours pas à comprendre pourquoi c'est le milieu qui est cramé…

Kaleiya (avec une paire de jumelles) : Ennemi droit devant ! Orieul, on te laisse le plaisir de tirer.

Orieul : Vais pas y aller trop fort.

Sur ce, Orieul envoya le mélange avec force aux pieds du cauchemar. Il l'observa puis le goba à la surprise générale… avant de s'écrouler en hurlant de douleur puis de succomber à la mixture qu'il avait avalée… Face à cette scène, alors que tous les autres étaient restés bouches bée, Orieul et Salomé échangèrent un bref regard avant de partir dans un fou rire, heurtant l'ego d'Asahi, ce qui entraîna l'hilarité de Mélissa quand elle vit la tête qu'il tirait.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Note : Bon, on change de POV ce coup-ci pour passer à celui de Sodia. A ceux qui ne l'aiment pas, je vous préviens d'avance que ce n'est pas mon cas (elle est un des personnages du jeu que j'affectionne le plus, sachez-le), d'où cette fic que j'écris en partie pour lui redorer son image.

Tentative 2

Sodia O'Daly voulait bien croire aux coïncidences et aussi que Terca Lumireis était moins vaste qu'elle ne l'imaginait… mais qu'on la remette sur une mission conjointe avec Yuri Lowell, là elle trouvait cela hautement suspect. Elle en conclut donc qu'elle allait devoir envisager très sérieusement d'inclure dans le courrier du Commandant toutes les lettres de femmes qu'elle ôtait volontairement de la pile afin qu'il ne soit pas distrait par ces multiples demandes en mariage – la rouquine en avait lues certaines et elle se souvenait parfaitement de l'une d'elles, très riche en détails érotiques et dont l'auteur était une duchesse ayant passé la soixantaine qui était connue pour être une véritable croqueuse d'hommes… ce qui était manifestement toujours d'actualité vu toutes les suggestions « d'exercices physiques » qu'elle proposait dans divers endroits de la capitale ainsi que dans pas mal de pièces du palais impérial.

Etrange qu'elle ne le plaigne pas d'avance sur ce coup… La colère sûrement.

Basiquement parlant, sur une mission d'escorte aller-retour au bastion de Deidon, il n'y avait pas de quoi se plaindre et c'était un trajet qui durerait, au plus, deux jours. Sauf que le problème était que la personne qu'ils devaient protéger était une jeune femme de la noblesse nommée Elisabeth Magnolia, une amie d'enfance de Sodia qu'elle n'avait pas revue depuis des années et qui, bien que très gentille, risquait fort de dévoiler des détails sur sa vie privée qu'elle aurait bien aimé garder pour elle.

Dès l'instant où elle avait su cela, elle n'avait pas pu s'empêcher de craindre le pire… ce qui se confirma dès le moment où Betty – c'était le surnom qu'elle employait à l'époque pour désigner la jeune femme aux yeux marron et aux longs cheveux blond platine coiffés en un élégant chignon – commença à essayer de lui faire parler du temps où elles jouaient ensemble enfants et qu'elle repéra inconsciemment la lueur d'intérêt qui s'était allumée dans le regard anthracite de Lowell.

« Je suis ici pour vous protéger de tout danger Lady Magnolia, pas pour faire la conversation. » avait-elle finit par dire froidement, se fermant ainsi totalement à tout ce qui n'avait rien à voir avec son devoir de chevalier.

« Mais… » avait tenté Elisabeth avant de se raviser, l'air visiblement blessée. « Je comprends oui. »

« Je sens que ce travail va être d'enfer si on a déjà la reine des glaces qui est de sortie… » avait lancé l'épéiste avec son habituel ton sarcastique, s'attirant ainsi un regard noir de colère qu'il ignora superbement.

Elle s'était retenue de lui dire sa façon de penser à ce moment-là mais, actuellement, elle était en train de se demander si elle n'aurait pas dû lui coller son poing dans la figure car, si elle se fiait au fait qu'il avait l'air de bien s'entendre avec Lady Magnolia et le ton qu'il employait avec elle, il flirtait avec son amie d'enfance. Le pire était que ça n'avait pas l'air de la déranger outre mesure, ce qui ne faisait que décupler la colère que ressentait Sodia et que Repede, le quatrième membre de leur groupe, semblait parfaitement percevoir vu la façon dont il la fixait de son œil valide.

« Qu'est-ce que tu as au juste ? » demanda-t-elle à l'animal sur un ton agacé, surveillant discrètement les deux autres qui étaient à environ deux mètres derrière eux.

Il lui répondit en continuant de la fixer, ce qui commençait à sérieusement la mettre mal à l'aise.

« Ça m'énerve de voir ton maître faire ça, c'est tout. » déclara-t-elle en s'assurant de prime abord que ceux à l'arrière étaient trop pris par leur conversation, ce qui semblait être le cas. « Nous sommes censés travailler et lui, il en profite pour draguer. C'est d'un manque de professionnalisme… »

La façon que le chien avait eue de gémir l'intrigua, comme s'il lui faisait remarquer que ce n'était peut-être pas la seule chose qui l'agaçait dans cette situation. On aurait vraiment dit qu'il était parfaitement capable de la comprendre…

« Pourquoi est-ce que je te parle au juste ? » demanda-t-elle en soupirant de dépit. « De toute manière, je vais devoir supporter un type que je ne peux pas encadrer donc je suis obligée de faire avec. »

Et puis, même si elle et Elisabeth ne s'étaient pas vues pendant des années, elle savait tout de même pas mal de choses à son sujet qu'elle aurait aimé ne jamais voir ressortir. Ce n'était pas la faute de Sodia si elles avaient perdu contact tout ce temps mais il était vrai qu'elle avait coupé les ponts avec beaucoup de personnes à cette même époque et que le fossé entre elle et sa sœur s'était brusquement élargi par la même occasion…

Elle avait parfaitement conscience qu'elle s'était isolée et, vu ce qu'elle avait fait à Zaude, les minces espoirs de changer cela s'étaient brisés d'un coup.

Quand elle y repensait, elle avait rejoint les chevaliers impériaux pour éviter un mariage arrangé et c'était la seule chose qui la motivait au départ. Sauf qu'elle avait à présent un frein énorme à son ambition de carrière et c'était ce secret qui lui faisait encore faire des cauchemars la nuit. Mais ce n'était pas toujours l'épéiste qu'elle se voyait poignarder…

Le grognement de Repede la fit se mettre immédiatement sur ses gardes. Une dizaine de secondes après, elle vit quatre hommes sortir des buissons qui, à leur attitude, étaient certainement des bandits.

Ça tombait bien car elle mourrait d'envie de frapper quelqu'un…

« Hey les gars ! On a trois gonzesses pour nous tous seuls ! »

… Elle avait bien entendu si elle se fiait au gros soupir d'agacement que Lowell avait laissé échappé. En même temps, elle aurait été un homme, elle non plus n'aurait probablement pas apprécié d'être désignée ainsi. Quoique là, ce qu'elle n'aimait pas, c'était la façon dont l'un d'eux la reluquait…

« Tu crois qu'elle porte quelque chose sous sa jupe la rouquine ? »

Bingo… Le nombre de fois qu'elle y avait eu droit à celle-là, c'était dingue. A croire que les hommes devenaient des animaux dès qu'ils voyaient une femme avec une jupe s'arrêtant au-dessus des genoux voire plus haut encore.

« J'étais pas au courant qu'il y avait un élevage de porcs par ici. » déclara l'épéiste qui s'était placé au même niveau qu'elle. « Faut croire que je devais avoir le nez sacrément bouché la dernière fois que je suis passé par ici. »

« Mais c'est un mec ? » demanda l'un des bandits, réalisant leur première erreur.

« Ravi de constater que vous avez pas autant de merde dans les yeux que ce que je pensais… »

Sodia remarqua que Repede s'était mis en retrait, très certainement suite à un signe de son maître, et qu'il se tenait à présent près d'Elisabeth, paré à la défendre contre tout danger.

« Si ça se trouve c'est un travelo. » reprit un autre bandit. « C'est pas possible pour un mec de porter des cheveux aussi longs. »

« Si Duke Pantarei était présent lui aussi, je me demande ce que ça aurait donné. » fit-elle en sortant son épée, jugeant qu'il était plus que temps d'aller régler leur compte à ces imbéciles.

« Il les auraient probablement ignorés. » lui dit Lowell en l'imitant. « Sauf que là, c'est nous deux qu'ils insultent et en plus, ils nous barrent la route. »

« Un ratio de deux contre un donc. Qui prend qui ? »

« Honneur aux dames. »

Galant, lui ? Elle n'allait pas s'en plaindre aujourd'hui car ça l'arrangeait. Son choix fut très rapide et, en un éclair, elle leur fonça dessus, suivie de près par l'épéiste qui prit le reste de la bande. Bien que les bandits s'étaient préparés à se défendre, ils n'étaient pas très bons au combat et celui-ci fut vite écourté quand, dans un réflexe faussement maladroit, elle frappa l'un d'eux à l'entre-jambe.

« Ils font encore les coques pour protéger les bijoux de famille dans l'armée impériale ? » lui demanda Yuri une fois le combat fini. « Parce que là, j'envisage sérieusement d'investir dedans. »

« Tu as si peur que je te frappe un jour à cet endroit précis ? » répliqua Sodia avec un léger sarcasme, sachant pertinemment que cela risquait fort de ne pas arriver.

« Disons qu'étant un homme, je peux te dire que ça fait VRAIMENT très mal de se prendre un coup à cet endroit. Ce n'est pas une expérience que t'as envie de renouveler généralement. »

Cette escarmouche avait eu le mérite de mettre la rouquine de meilleure humeur qu'à leur départ de Zaphias mais, jusqu'à leur arrivée au Bastion de Deidon, elle ne put s'empêcher de regarder discrètement Elisabeth qui riait en entendant les anecdotes racontées par l'épéiste et dont les joues rosissaient légèrement quand il se montrait plutôt enjôleur. Elle avait du mal à comprendre en quoi cela pouvait autant l'agacer…

Une fois à destination, elle s'était séparée du groupe, officiellement pour leur réserver une tente pour la nuit – Lady Magnolia avait, de par son statut de noble, le droit de dormir dans sa propre tente si elle le souhaitait donc Sodia était allée s'occuper de cela –, officieusement pour être enfin un peu seule et essayer de faire un peu le point sur la situation. Sauf qu'elle se retrouva face à un souci : le seigneur des plaines était apparemment de sortie en ce moment et le nombre d'emplacements pour dormir était donc limité à cause du nombre élevé de personnes qui étaient coincées ici.

En d'autres termes, soit elle partageait la tente d'Elisabeth, soit elle dormait à la belle étoile avec Lowell. Super le choix…

D'ailleurs, en parlant du loup, il était en train de venir à sa rencontre.

« Où est Lady Magnolia ? » demanda-t-elle dès qu'il fut à moins de deux mètres d'elle.

« En sécurité avec Repede. » répondit Yuri avant de reprendre en plissant légèrement le nez. « Il faut qu'on parle toi et moi, de préférence en privé. »

Bien que réticente à la chose, Sodia accepta – en même temps, elle doutait de pouvoir refuser – et elle suivit l'épéiste jusqu'à l'un des postes de vigie du Bastion, actuellement inoccupé vu qu'il était situé à l'opposé de là où sévissait le seigneur des plaines et que les gardes surveillaient grandement la bête pour parer à toute éventualité. Elle s'assit sur la caisse de bois présente à cet endroit, sentant instinctivement qu'elle n'allait probablement pas aimer la conversation…

« Bon, c'est quoi ton problème exactement ? »

Direct, ça on pouvait le dire. Diplomate par contre, ce n'était pas tout à fait cela vu le ton exaspéré qu'il avait employé – et puis elle savait très bien que ce n'était pas une qualité qu'il avait en sa possession.

« Excepté toi ? » répliqua-t-elle avec agacement et une pointe d'ironie.

« Je suis sérieux là. » fit sèchement Yuri, visiblement pas d'humeur à plaisanter. « Tu es d'une sale humeur depuis qu'on est partis et Betty n'a pas cessé de me demander ce qui n'allait pas alors que je n'en ai strictement aucune idée. »

« Oh ? Vous en êtes déjà au stade des surnoms ? Si possible, attendez que je ne sois pas là pour passer à l'étape suivante… »

« Attends, stop. C'est ça qui te dérangeait depuis le départ ? »

« Je te rappelle que nous sommes ici pour travailler, ce que tu as l'air d'avoir totalement occulté vu ton attitude. »

L'épéiste resta stupéfait pendant deux secondes avant de pousser un soupir exaspéré. Il lui fit signe de se pousser un peu puis il s'assit à côté d'elle.

« Tu as ta façon de bosser et moi j'ai la mienne. » déclara-t-il en se tournant vers elle. « Qui plus est, toi t'es sûre d'avoir un salaire, peu importe ce que tu fais. Moi par contre, si je n'ai pas de mission, je ne touche pas un seul gald. C'est compris ça ? »

« Mouais… » fit Sodia avec une moue boudeuse, n'appréciant guère que Yuri Lowell lui parle comme si elle avait six ans. « Je ne suis pas une gamine donc je te prierai de changer de ton. »

« C'est pas l'impression que tu me donnes actuellement et, si je te traite comme une adulte, c'est certain que je vais te coller une paire de baffes. Aux dernières nouvelles, frapper les gens n'aide pas toujours à faire la paix avec eux… »

Faire la paix ? Là, elle était littéralement estomaquée et elle ne pouvait cacher son étonnement à son interlocuteur qui, d'un regard appuyé, lui confirma qu'il était sérieux.

« Là où je voulais en venir, c'est que j'ai besoin de m'assurer que j'aurais du travail donc, pour ça, je fais en sorte que les clients reviennent. » poursuivit-il avec un sourire en coin.

« D'où le flirt… » réalisa la rousse en se frappant le visage. « Je me suis imaginé des trucs donc… »

« Si tu me voyais déjà en train de la demander en mariage, je peux te dire que tu te trompais lourdement. Elle ne m'intéresse pas plus que ça et je ne m'amuse pas à coucher avec mes clientes, même si j'en connais une qui adorerait me mettre la main dessus… »

En le voyant faire la grimace, il n'était pas difficile de comprendre que Yuri n'était pas tenté par l'idée d'avoir des rapports plus intimes avec cette personne… Sodia ne put s'empêcher de pouffer légèrement de rire, ce qui lui valut un coup de coude dans les côtes qui, au lieu de stopper son hilarité, la fit s'amplifier.

« Je te jure que ce n'est absolument pas drôle ! » s'exclama-t-il sur un ton faussement outré. « Imagine-toi à ma place, face à la chef d'une puissante guilde qui demande sans arrêt à ce que ce soit toi qui fasse certaines missions pour elle et qu'elle passe son temps à te faire du rentre-dedans… »

« Tu as donc le privilège d'être le petit préféré de Kaufman ? » comprit la rousse avant de se remettre à pouffer de rire.

« C'est pas la pire encore. J'en ai connu une qui a été assez culottée en proposant carrément de me payer pour que je passe la nuit avec elle. Même si je reconnais que le montant était alléchant, j'aurais préféré qu'elle ne soit pas noble et âgée d'au moins soixante-dix ans… »

« La description que tu me fais me rappelle une duchesse qui a envoyé une lettre très… intéressante au Commandant et que j'avais interceptée… Elle a une réputation de croqueuse d'hommes qui est apparemment véridique. »

« … A tout hasard, tu as gardé cette lettre ? Juste histoire d'avoir une meilleure idée de ce à quoi j'ai échappé. »

« Aux dernières nouvelles, toi et moi ne sommes pas amis. »

A cette remarque, il la fixa en haussant un sourcil.

« Donc, si nous avions été amis, j'aurais pu lire cette lettre ? » demanda Yuri sur un ton moqueur. « Intéressant… »

« On est loin de l'être et ça a très peu de chances d'arriver. » répondit Sodia avec amertume en repensant à ce jour où elle avait pris une des pires décisions de sa vie.

Elle n'avait toujours pas trouvé le courage d'avouer sa faute à Flynn par peur de perdre sa confiance… Ce poids était lourd à porter et elle n'avait personne pour l'y aider… si l'on exceptait le seul autre à savoir ce qu'il s'était réellement passé mais lui avait-il réellement pardonné ?

« Dois-je en conclure que tu es aussi seule que tu en as l'air ? »

La rousse eut la gorge nouée face à cette question et ne put s'empêcher de déglutir en pensant à la réponse. Oui, elle était seule…

« Je propose juste que l'on fasse la paix. » poursuivit l'épéiste en lui tendant la main. « Si ça ne te convient pas, tant pis. »

« … D'accord. » fit-elle en lui serrant la main. « On essaie de partir sur de nouvelles bases. »

Un sourire satisfait se peignit sur les lèvres du jeune homme et elle ne put s'empêcher de l'imiter. Il était vrai qu'elle aurait eu tort de ne pas saisir cette chance, surtout si ça l'aidait à alléger le poids qu'elle avait sur les épaules.

« Bien. » dit-il en se levant. « Et si tu veux un conseil d'un non-ami, je connais une demoiselle très sympathique qui adorerait discuter de trucs de filles avec toi. Je dis ça, je dis rien. »

C'est sur cette phrase qu'il la laissa en lui faisant un signe de la main. Sodia avait parfaitement compris ce qu'il lui suggérait de faire et elle se demanda un court instant si c'était une bonne idée de sa part de renouer avec Betty… avant de convenir que ça ne pouvait pas lui faire de mal de mettre un peu de côté son masque de soldat, ne serait-ce que pour se sentir moins seule.

En retournant au campement, elle ne fut pas surprise de voir Yuri commencer à s'atteler à faire le repas du soir, Repede l'observant du coin de son œil valide. Il lui désigna la tente qui se trouvait derrière lui et elle y entra, trouvant Lady Magnolia en train de défaire son chignon, libérant ainsi ses longs cheveux blond platine qui descendaient jusqu'à sa taille.

« Sod… Ahem… Lieutenant O'Daly. » se corrigea la jeune noble en réalisant sa présence. « Que puis-je faire pour vous ? »

« Je viens m'excuser pour mon attitude de tout à l'heure. » fit la rousse, ce qui étonna son interlocutrice. « Est-ce que ça te dérangerait qu'on reste entre filles cette nuit Betty ? »

A cette question, le visage de son amie d'enfance s'illumina de joie.

-§-

Après une longue réunion, Flynn put enfin retourner dans son bureau où, suite au fait qu'il avait croisé Sodia dans les couloirs du palais, il s'attendait à y voir Judith en train de patienter jusqu'à son arrivée. Cependant, pas de signe de la krytienne excepté la fenêtre grande ouverte… et le tiroir de son bureau où il rangeait sa correspondance personnelle !

Pris de panique, il vérifia ses poches et réalisa son erreur : il avait dû la poser la clé sur son bureau au lieu de la garder sur lui, comme à son habitude. Et bien entendu, elle en avait profité pour agir…

Evidemment, le chevalier n'avait pas de preuves que c'était elle mais qui d'autre avait intérêt à ne prendre que le contenu de ce tiroir précisément ? La liste des suspects était relativement faible et quelque chose lui disait que ses craintes seraient bientôt confirmées…

-§-

Ce n'était pas que Judith ne faisait pas confiance à Flynn – l'existence de ces lettres était tout de même un excellent moyen de pression – mais sa loyauté envers ses amis risquait de lui faire vendre la mèche si elle n'agissait pas vite. Il lui parut donc évident qu'elle devait dérober les lettres pour préserver au maximum son chantage… et qu'elle y gagnerait à se trouver un complice dans cette affaire.

« Oh ? Bonsoir mademoiselle Judith. » la salua l'empereur Ioder quand elle entra dans son bureau. « Que puis-je faire pour vous ? »

« J'aurais un petit quelque chose à vous proposer votre Altesse… »


NB : Judith assure ses arrières tandis que Flynn… est en mauvaise posture.

Auteur vs Persos :

Orieul : Elle aurait pu crocheter la serrure.

Mélissa : Tout le monde n'est pas comme toi à se balader avec un kit de crochetage dans son soutien-gorge…

Asahi : … Dois-je demander comment tu sais qu'elle le range là ?

Kaleiya : C'est vrai qu'avec elle…

Mélissa : Je l'ai vue faire en direct… Quand elle a crocheté la porte de ta chambre hier.

Asahi : … Quoi ?

Orieul (file à l'anglaise)

Asahi : REVIENS ICI ! (la suit)

Kaleiya : Et dire qu'il n'a pas voulu m'écouter lorsque je lui ai conseillé de faire exprès de perdre de temps en temps quand il jouait contre elle à des jeux d'argent…

kaleiyahitsumei: (Default)
 Note : J'avais prévu de m'arrêter ailleurs au départ mais j'ai changé d'avis. Là, je commence à torturer Yuri et encore, c'est relativement gentil…

Chapitre 2 : La tour des illusions

En reprenant connaissance, Yuri fut assez surpris de découvrir qu'il était dans une chambre qui lui était totalement inconnue. Il prit une position assise sur ce lit double aux draps de couleur crème – il soupçonnait fortement qu'ils étaient en soie, ce qui le fit quelque peu grimacer en imaginant qu'il avait pu dormir là-dedans – et put ainsi constater qu'à la place de sa tenue habituelle, il portait ce qui était très certainement un pyjama d'une teinte sombre mais dont le tissu lui paraissait être moins onéreux que celui ayant servi pour le linge de ce lit. En observant la pièce en elle-même, il s'aperçut vite que, bien que faisant au moins le double en taille de la chambre qu'il louait à l'auberge de la Comète, sa décoration était particulièrement sobre – excepté la commode et l'armoire qui étaient en bois sombre avec des dorures ainsi qu'une plante verte dans un coin et un petit cadre sur la table de chevet, il n'y avait que deux épées finement ouvragées accrochées au mur et qui avaient très certainement de la valeur – , lui rappelant celle qu'occupait Flynn au palais impérial. Les tapisseries aux teintes claires tranchaient avec la porte sombre et le parquet en partie dissimulé sous un large tapis crème.

« Bien dormi ? »

Quand il entendit cette douce voix de femme, il se retourna, près à utiliser son bras pour protéger ses yeux de la forte lumière qu'il s'attendait de nouveau à voir mais, au lieu de cela, il ne vit qu'une femme au teint mat qui l'observait avec un sourire amusé. Au dessus de ses yeux améthyste se trouvait un bandeau blanc brodé de motifs dorés qui couvrait entièrement son front, contrastant fortement avec sa longue chevelure noire dont deux mèches, chacune traversant une série de trois perles d'or se trouvant au niveau des épaules de cette inconnue, encadraient l'ovale de son visage. Sa tenue était assez singulière, composé de ce qui semblait être une robe blanche au premier regard mais dont les manches longues et un peu amples n'étaient pas cousues sur la longueur, celle-ci étant maintenue fermée via une série de petits boutons en or. De plus, le vêtement ne possédait visiblement que peu de décolleté au niveau de la poitrine, se contentant surtout de dévoiler la naissance des épaules, et était légèrement transparent dans la lumière, permettant ainsi de distinguer la fine silhouette de celle qui le portait. Le fait qui lui fit comprendre que ce n'était pas tout à fait une robe était que, une fois passée la ceinture de perles or et noir qu'elle avait à la taille, le bas était en réalité un ample pantalon immaculé qui, suivant la position de celle qui le portait, pouvait donner l'illusion que c'était bel et bien une robe. Enfin, quand il constata qu'elle portait des chaussures dorées avec des talons hauts, il comprit que cette femme, qu'il estimait à peine plus grande qu'Estelle, devait en réalité être plus petite qu'il l'avait imaginé au premier coup d'œil.

« Qui êtes-vous ? » demanda Yuri en baissant son bras tout en restant méfiant.

« Moi ? » répondit l'inconnu sur un ton joueur tout en mettant ses mains dans son dos. « Juste celle qui a prit un grand plaisir à jeter un coup d'œil à tes petits secrets. »

Sur cette phrase, elle s'avança jusqu'à se planter face à lui et, sans crier gare, posa sa main droite sur son cœur. Il tenta de reculer pour rompre le contact mais, étrangement, il n'y parvint pas, comme si quelque chose l'en empêchait.

« Pauvre petit cœur meurtri que tu as là Yuri. » dit-elle en plantant son regard améthyste dans ses yeux anthracite. « Et dire que tu ne fais qu'aggraver son état… »

Qu'est-ce qu'elle voulait dire par là ? Et puis comment pouvait-elle savoir comment il s'appelait ?

« Ça va demander un peu de temps pour le guérir ce pauvre chou mais heureusement, la tour des illusions est le bon endroit pour faire cela. » déclara-t-elle en enlevant sa main tout en reculant. « J'ose espérer que ce que je t'ai préparé te conviendra. »

Juste après avoir terminé sa phrase, une vive lumière l'enveloppa et l'inconnue laissa place à un chat au pelage couleur de neige doté de grands yeux violine. Quand Yuri réalisa qu'il pouvait de nouveau bouger, l'animal se dirigea à pas tranquilles vers la porte de la chambre qui s'ouvrit sur une jeune femme, visiblement une domestique de par sa tenue, lui permettant ainsi de sortir de la pièce.

« Bonjour monsieur. » fit la bonne en s'inclinant respectueusement. « Le petit-déjeuner est bientôt prêt. Souhaitez-vous que l'on vous l'apporte à vos appartements ou allez-vous le prendre dans la salle à manger ? »

Il dut réprimer un grognement face à cela. Pas qu'il n'aimait pas avoir quelqu'un à son service mais c'était ce que cela impliquait qui le dérangeait. Qu'est-ce que cette sorcière mijotait au juste ?

« Je descendrai, ça ira. » répondit-il avec un ton agacé.

« Très bien. » dit la domestique sur un ton neutre. « Je vous laisse vous habiller. »

Sur ces mots, elle quitta la pièce et referma la porte derrière, permettant à Yuri de pousser un soupir de soulagement. Cette fille avait quelque chose de… fantomatique. Son regard était complètement éteint et on aurait dit qu'elle était dénuée de toute émotion. Elle lui faisait limite froid dans le dos.

« Elle n'existe pas, c'est pour ça que tu as instinctivement peur d'elle. »

Il tourna la tête vers la commode et y trouva le chat blanc, occupé à le mirer d'un air amusé.

« Si je me trouve dans la tour des illusions, c'est que cette fille en est une. » conclut-il en mettant bout à bout ce qu'il avait observé et les paroles de l'inconnue.

« Créée de toutes pièces. » confirma la magicienne en un miaulement. « Mais tous ne sont pas dénués d'émotions dans ce monde et tous ne sont pas irréels… »

A cette réplique, elle pointa la porte de sa queue légèrement touffue et celle-ci s'ouvrit sur une figure familière qui tenait entre ses mains quelques vêtements…

« Elle la première. »

Il reconnut aisément cette jeune femme qu'il avait trouvée blessée et inconsciente face à cette tour de cristal. Ses longs cheveux châtains aux reflets chatoyants étaient noués en catogan, laissant de fines mèches s'échapper et encadrer son visage aux traits fins. Ses yeux, qu'il vit pour la première fois, étaient bleu acier et remplis de curiosité. Sa tenue n'était plus la même qu'auparavant : elle était à présent composée d'une chemise blanche accompagnée d'un gilet bleu ciel et d'un pantalon gris clair ainsi que d'un gant blanc à la main gauche et d'une paire de chaussures blanches. Par contre, le seul détail qui l'intrigua – exception faite du fait qu'elle n'avait qu'une seule main de gantée – était cette étrange boucle d'oreille en argent qu'elle portait sur son oreille droite et qui était composée d'un saphir bleu auquel était accroché cinq petit pics d'argents qui se courbaient vers l'intérieur, rappelant quelque peu des griffes.

En la regardant, il put vite voir qu'elle devait faire dans les un mètre soixante-dix et qu'elle avait un gabarit proche d'Estelle bien que, vu ses traits, son jeune âge ne faisait aucun doute et rendait difficile de lui donner plus de seize ans.

« A présent, nous pouvons envisager de faire correctement les présentations. » fit la magicienne avant de reprendre. « Mon nom est Calypso et je suis la maîtresse de ces lieux. Cette jeune demoiselle est Alizée et elle jouera le rôle que tu souhaites lui donner ici si cela lui convient. Alizée, ce jeune homme s'appelle Yuri et c'est lui qui t'a donné l'antidote dont tu avais besoin. »

A ces mots, Calypso disparu dans un éclair de lumière, les laissant seuls dans la chambre. Face à cela, la jeune femme ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.

« Elle et ses jeux… » soupira-t-elle avant de reporter son attention sur lui. « Je suis désolée pour tout ça. Elle n'est pas méchante mais elle a parfois trop de temps libre. »

« Je comprends un peu mieux… » dit-il sans trop de conviction. « Et comment on sort d'ici au juste ? »

« Aucune idée. C'est la première fois que je suis chez elle et je suis très loin de son niveau en magie. »

Mauvaise nouvelle ça. Ils allaient donc devoir trouver un moyen de quitter cette tour des illusions en jouant le jeu de cette Calypso.

« Oh et merci pour l'antidote ! » s'exclama Alizée tout en s'inclinant avec respect. « J'ai voulu détourner l'attention d'un cauchemar sur moi et je n'avais sous-estimé sa vitesse. J'espère au moins que cette jeune harpie a pu s'échapper… »

« Une petite seconde… » la coupa Yuri en tiquant sur un mot. « Tu connais les harpies ? »

« Pourquoi je ne les connaitrais pas ? Après tout, elles vivent un peu part… »

La jeune femme, visiblement pas du tout choquée par le fait qu'il l'ait tutoyée, s'interrompit et, visiblement très surprise, le regarda fixement.

« Tu n'es pas du même monde que moi… » réalisa-t-elle avant de prendre un air intriguée. « J'aurais pourtant juré que c'était le cas. »

« En toute honnêteté, je ne sais même pas comment j'ai atterrit ici et on m'a dit que les harpies pouvaient peut-être m'aider à trouver quelqu'un ayant ce genre de réponses. » avoua-t-il, ne voyant pas l'intérêt de cacher cette information.

Alors qu'il s'apprêtait à poursuivre, de légers coups furent frappés à la porte suivit d'un « puis-je faire la chambre ? » qui lui rappelèrent qu'il avait déclaré à cette bonne fantomatique qu'il prendrait son petit-déjeuner en bas. Il attrapa donc les vêtements que tenait Alizée et commença à se changer tandis que la jeune femme alla dire à la domestique d'attendre un peu.

-§-

Ses habits habituels lui manquaient. Pas qu'il détestait sa tenue mais certains éléments le dérangeait un peu, comme ces broderies en fil d'argent qu'il avait sur sa longue veste pourpre au col rouge. La chemise gris clair et le pantalon plus foncé lui convenait assez bien mais il n'adhérait pas vraiment à ces chaussures en cuir marron ayant chacune une boucle dorée sur le dessus. Le fait d'avoir les cheveux attachés en une haute queue de cheval n'était pas ce qu'il préférait qui plus est…

« J'ai l'air ridicule… » déclara-t-il en se regardant dans le reflet d'une vitrine.

« Je te verrai mieux dans quelque chose d'autre, de plus sobre. » admit Alizée qui se retenait visiblement d'explorer l'illusion du quartier marchant de Zaphias.

Comme il ne se sentait pas à l'aise dans cette maison – et pour cause, elle était dans le quartier des nobles -, une fois habillé et ayant pris son petit-déjeuner – il devait quand même admettre que le choix de viennoiseries était le bienvenu -, il s'était empressé de sortir, la jeune femme sur ses talons, pour rejoindre un endroit où il se sentait mieux.

« Est-ce que c'est un tailleur là-bas ? » demanda celle aux yeux bleus en pointant un magasin devant lequel était exposé un mannequin de bois portant une robe bleu pastel. « Je n'arrive pas à lire cette écriture… »

« Hum oui, c'en est bien un. » confirma Yuri avant de se diriger vers le lieu en question. « Si ça me permet de ne plus ressembler à un clown… »

La chance leur sourit quand ils entrèrent dans la boutique : celui qui tenait l'endroit – le jeune homme reconnut d'ailleurs monsieur Vectis dont il avait connu le fils durant le peu de temps qu'il avait passé chez les chevaliers impériaux ainsi que l'une des filles qui avait une fois tenté de séduire Flynn et qui, face à son cuisant échec, s'était laissée embarquer dans un flirt qui avait permis à chacun de passer une bonne soirée – avait une veste assez cintrée de couleur bordeaux qui était pile à sa taille. Le fait qu'elle soit dépourvue de tout détail superflu était une bonne chose bien qu'il l'aurait peut-être préférée en noir mais on ne pouvait pas tout avoir et, par rapport à l'horreur qu'il laissait derrière lui, ce vêtement était plus que somptueux.

Une fois leurs emplettes faites, ils s'installèrent sur les bancs près de la fontaine, regardant les enfants jouer et, pour le jeune homme, observant la barrière de la ville, visiblement active alors que le blastia n'était normalement plus en fonction, constatation dont il fit part à sa partenaire du moment.

« Hmm… » fit-elle, pensive. « Cette illusion se passe peut-être dans le passé de ton monde tout simplement. »

« Je ne pense pas non. » répliqua Yuri sur un ton un peu sec. « Si c'était le cas, je me serais réveillé là-bas. »

Il désigna d'un signe de tête les bas quartiers dont ils pouvaient voir la grande rue qui permettait de s'y rendre ainsi que les premières différences entre les bâtiments.

« Donc tu es dans ton monde… mais pas là où tu es censé te trouver. » dit Alizée en analysant toutes les infos qu'elle obtenait au fur et à mesure. « Calypso a donc dû modifier un ou plusieurs détails mais il me semble que changer de statut social est très difficile vu que l'on vient du quartier des privilégiés et non de chez les plus défavorisés… »

« Ca dépend. » déclara Yuri. « Il est plus facile de perdre son statut que de le gagner. C'est ce qui est arrivé à un ami à la mort de son père. Mais pour ce qui est du quartier noble, à moins d'avoir du sang bleu ou un poste très important au sein de l'empire, c'est quasi impossible d'y parvenir.»

« Hmm… J'ai du mal à comprendre ce que tu veux dire par « sang bleu »… Le concept de noblesse m'échappe un peu lui aussi mais cela vient probablement du fait que je vis en ermite depuis pas mal de temps... »

« Disons que les nobles sont bien souvent des gens riches, imbus de leur personne et bourrés de privilèges. Le pire est que ce sont bien souvent eux qui occupent les postes les plus important au sein de l'empire et pas forcément parce qu'ils le méritent. »

« Je crois que je commence un peu à saisir le concept mais je pense que j'en saurai plus en observant cette illusion. »

Le jeune homme retint un léger rire amusé en voyant qu'Alizée fronçait légèrement ses sourcils, visiblement encore occupée à analyser ce qu'elle venait d'apprendre. D'ailleurs, il commençait à être curieux à son sujet.

« Au fait, en quoi croyais-tu que nous étions du même monde toi et moi ? » la questionna-t-il en se souvenant des évènements d'un peu plus tôt. Il n'avait pas vraiment voulu approfondir la chose, se sentant très mal à l'aise dans cette maison.

« Disons que tu me rappelais un peu quelqu'un que je connais bien. » répondit-elle en le regardant droit dans les yeux. « Je n'ai jamais croisé que des gens de mon monde jusqu'ici donc je ne pouvais pas vraiment imaginer qu'il soit possible qu'un étranger ait atterrit ici. Tu as trouvé une clé de cet endroit peut-être ? »

Voyant qu'il avait piquée la curiosité de son interlocutrice, il lui expliqua sa situation, ce qu'il avait appris et la raison pour laquelle il s'est retrouvé devant la tour des illusions. Après l'avoir écouté attentivement, la jeune femme au regard bleu acier reprit la parole.

« En réalité, je pense que tu aurais trouvé ce que tu cherchais à l'autel du temps qui est justement indiqué par la tête de mort. » lui précisa Alizée. « L'avantage de ce lieu est que les cauchemars ne s'en approchent pas mais l'inconvénient vient de ses habitants qui sont d'une race assez… redoutable. Tu te serais probablement fait manger avant de trouver de l'aide. »

« Sympathique… » ne put s'empêcher de dire Yuri qui commençait à se demander ce qui pouvait bien se trouver à cet endroit. « Donc j'en conclus qu'il faut sortir d'ici et… »

« Pas forcément. » le coupa la jeune femme avant de prendre sa main gauche dans sa main droite.

Le jeune homme haussa un sourcil en voyant sa partenaire du moment regarder en détail la paume de sa main puis se pencher pour la sentir. Elle passa ensuite ses doigts fins sur chaque ligne.

« Je ne ressens aucune anomalie, que de la force. » déclara-t-elle en soulevant légèrement sa manche avant de tracer des symboles invisibles sur sa peau. « Pas de blessure spirituelle et ton âme m'a l'air intacte. »

« Une traduction peut-être ? » suggéra-t-il, ne comprenant pas bien ce qu'elle était en train de faire.

« Un être vivant, pour exister, est composé de trois éléments : un corps, une âme et un esprit. Le corps est forcément quelque chose que l'on peut toucher et, s'il n'est pas fait de chair et de sang, peut-être une enveloppe créée artificiellement ou non. L'âme est ce que nous sommes et elle se résume en apparence à une simple petite boule lumineuse quand elle est seule. Quant à l'esprit, son rôle est de relier le corps et l'âme ensemble afin que les deux puissent communiquer et que cette dernière puisse se cacher en son sein, l'esprit pouvant revêtir l'apparence qu'il désire. Cependant, contrairement à un corps de chair et de sang ou à une âme, l'esprit ne peut pas se régénérer tout seul quand il est blessé. Des questions ? »

« Heu… Qu'est-ce que ça aurait changé si j'avais eu un des problèmes que tu n'as pas trouvé ? »

« Les blessures spirituelles affaiblissent la liaison entre l'âme et le corps, ce qui, à terme, peut entraîner la mort voire, dans les mondes oniriques, en faire une proie de choix pour les cauchemars qui adorent se repaître de ce genre de personnes. Pour ce qui est d'une âme morcelée, ceux qui sont dans ce cas ne peuvent pas, sauf exceptions, entrer sans clé ici. Normalement, il faut qu'elle soit intacte. »

« Donc en gros, je ne sais toujours pas comment j'ai atterrit ici… »

Ca ne l'avançait pas à grand-chose d'avoir apprit cette histoire d'esprits et d'âmes. Il en était toujours au même point et c'était particulièrement frustrant.

« Il y aurait un moyen de la savoir… » fit Alizée, l'air pensive. « Mais pour ça, il faut soit que l'on aille à l'autel de l'air, soit que l'on pose directement la question à Calypso… »

« Cette sorcière pouvait me répondre depuis le début ? » demanda-t-il avec étonnement.

« Qui sait… »

Cette voix au ton joueur ne pouvait signifier qu'une chose : la maîtresse des lieux était là. En voyant un éclat de lumière blanche suivit de l'apparition de la femme vêtue de blanc, il voulut se lever pour aller lui parler mais sa partenaire du moment l'en empêcha en le retenant par le bras.

« Je suis plutôt omnisciente ici donc si vous avez des secrets honteux, je ne vous conseille pas de les avouer maintenant. » déclara-t-elle avec un sourire avant de prendre une expression surprise, sa main venant couvrir sa bouche. « Oh mais suis-je bête ! Je les sais déjà tous ! »

Elle le faisait exprès, c'était évident. Alizée avait fait mine de bailler à ce moment-là, ce qui provoqua une moue boudeuse de la part de la magicienne.

« Ce n'est pas gentil de ta part de m'ignorer tu sais. » lui reprocha Calypso en croisant ses bras contre sa poitrine. « Et puis je lui aurais répondu tu… »

« Tu n'en sais pas plus que nous à ce sujet. » la coupa sèchement celle aux yeux bleu. « Te connaissant, tu comptais surement nous faire miroiter je ne sais quelle promesse en échange d'une victoire à l'un de tes petits jeux. »

« Pff ! Vous êtes aussi agaçantes l'une que l'autre quand vous vous y mettez ! »

Cette exclamation sembla beaucoup amuser Alizée au point que, visiblement, elle dut se retenir de rire. De son côté, Yuri observait attentivement les deux femmes, comprenant que celle au regard bleu acier risquait d'être une alliée de taille pour lui dans les mondes oniriques et plus particulièrement dans la tour des illusions.

« Par contre, j'aimerai bien récupérer mes affaires si possible. » lança celle aux cheveux châtains en levant une de ces jambes. « Je ne suis pas vraiment habitué à ce genre de choses vois-tu. »

« Même chose. » ajouta le jeune homme en désignant les chaussures qu'il avait aux pieds.

« Si vous remportez la première partie de mon jeu, ça peut se négocier. » déclara Calypso dont le sourire en coin était revenu. « Mais comme j'ai beaucoup de travail en perspective, je ne répondrai à sa question que quand il aura comprit. »

« Quelle question ? Vous avez dit que vous ignoriez comment j'avais… »

« Oh mais pas celle-ci voyons ! Je pensais plutôt à ce qu'il t'était arrivé après ta chute dans ce gouffre remplit de… comment ça s'appelle déjà… de l'aer je crois ? »

Yuri se figea en entendant cela tandis qu'Alizée tiqua légèrement. A aucun moment il n'avait dit qu'il était tombé quelque part et il n'avait pas prononcé le mot « aer » devant qui que ce soit.

« J'en conclus que l'on peut commencer. »

Sur cette phrase, Calypso disparue dans son habituel éclair de lumière, laissant à la place une lettre cachetée ainsi qu'un pendentif en or en forme de triangle et à l'intérieur duquel il semblait manquer quatre pierres, une au centre et une dans chacun des angles. Celle aux cheveux châtains s'attela à lire le message, le jeune homme s'apercevant vite qu'il ne pouvait pas en lire un seul mot, tandis qu'il rangea le bijou dans une poche.

« La vie est un long fleuve tranquille aux yeux de certains mais ils oublient qu'un cours d'eau ne l'est jamais dans son intégralité… » lut Alizée en fronçant les sourcils. « Pourquoi faire des métaphores en utilisant l'eau ? »

Il se posa la même question durant une bonne dizaine de secondes avant que ses yeux ne se posent sur la barrière protégeant Zaphias. Sa vie aurait justement pu être un long fleuve tranquille mais, en y repensant, cette figure de style a, dans son cas, été perturbée par un incident dans les bas quartiers qui fut à l'origine de toute sa quête et tout avait commencé par de l'eau…

Pour s'assurer de la chose, il se dirigea d'un pas rapide vers les bas-quartiers, Alizée derrière lui, et il vit ainsi qu'il avait vu juste : la fontaine était cassée et rejetait des litres d'eau dans les rues que les habitants tentaient de canaliser comme ils le pouvaient. Et il était quasi certain que s'il vérifiait les lieux, l'aqueblastia était manquant.

« J'ai déjà vécu cet évènement. » déclara-t-il à la jeune femme qui observait la scène avec curiosité. « Un voleur de noyaux de blastia avait dérobé celui de la fontaine et on était allé à sa poursuite avec Repede. »

« Donc si Calypso a bien créée une illusion de ce moment, la logique voudrait que ce soit aussi le cas du voleur. » conclut-elle. « Tu te souviens où il est allé. »

« Au quartier noble. »

Ils firent donc tout le chemin en sens inverse, retraçant sa poursuite du voleur comme à l'époque où elle s'était réellement déroulée – bien qu'il n'ait pas eu besoin d'assommer de chevaliers cette fois-ci, ce qui aurait pourtant été plus que mérité mais sa compagne de route n'était pas vraiment d'accord – jusqu'à arriver devant cette maison inoccupée et constater que la porte d'entrée était fermée de l'intérieur tandis qu'une des fenêtres ne l'était pas, faisant qu'ils se faufilèrent par là.

« Pourquoi me faire revivre cet évènement ? » se demanda Yuri à voix basse alors qu'ils montaient à l'étage. « Et surtout, pourquoi je suis un noble dans cette illusion ? »

« Elle doit avoir une bonne raison. » lui répondit Alizée sur le même ton. « On la connaîtra bien assez tôt. »

Au moment où ils atteignirent la porte du fond, celle en dessous d'eux s'ouvrit sur un homme caché sous un manteau noir à capuche blanche pointue se dirigeant tranquillement vers la sortie, l'aqueblastia dans sa main droite.

« Et voilà notre voleur ! » s'exclama Yuri sur un ton joueur et en haussant le son de sa voix.

Comme prévu, cela attira l'attention de l'individu qui se tourna vers eux pour constater qu'il n'était effectivement pas seul. Il voulut prendre la fuite mais dans une incroyable acrobatie – le jeune homme était d'ailleurs impressionné par la longueur du saut de la jeune femme et son agilité qui devait largement égaler celle de Judith -, Alizée avait atterrit juste entre lui et la porte tandis qu'il sautait par-dessus la balustrade comme il l'avait fait autrefois.

« Bien. Rends-toi gentiment et on ne te fera pas de mal. »

Honnêtement, Yuri avait proposé ça sans conviction car, comme il s'y était attendu, le voleur utilisa un fumigène pour prendre la poudre d'escampette, laissant derrière le sac contenant tout ce que ceux des bas-quartiers avait donné comme paiement pour réparer le blastia de la fontaine.

« On fait quoi maintenant ? » demanda Alizée en récupérant le sac.

« Si c'est comme dans la réalité, les deux nigauds vont tenter de nous arrêter pour être entrés par effraction et Cumore arrivera ensuite. » répondit le jeune homme en se remémorant l'évènement.

« Donc tu n'as pas rattrapé ce voleur ? »

« J'ai mis du temps pour lui mettre la main dessus car il s'était fait passer pour quelqu'un d'autre. Pour ce qui est de l'aqueblastia, il avait été utilisé par son chef et je l'ai récupéré après avoir vaincu ce dernier. »

« D'accord… Il faudra que tu m'expliques plus tard comment fonctionne exactement ces blastias car on ignore toujours l'utilité du pendentif. »

C'est vrai que maintenant qu'il y pensait, rien n'était indiqué au sujet de ce bijou auquel il semblait manquer les pierres qui étaient censé le composer. Cette sorcière ne leur avait fourni aucun indice sur cet objet et s'était visiblement contentée de lui faire revivre cet évèn…

A cet instant, Yuri réalisa avec effroi la raison pour laquelle son statut social avait changé dans cette illusion. S'il sortait d'ici, il serait peut-être arrêté pour être entré chez un noble par effraction mais très certainement pas conduit en prison, ce qui était logique. Cependant, jusqu'à cet instant, il n'avait pas poussé plus loin sa réflexion et il réalisa la vraie ampleur de ce changement…

« Il faut qu'on trouve une autre sortie. » déclara-t-il avant de se diriger vers l'étage avec précipitation.

« Pardon ? » fit Alizée, ne comprenant pas ce soudain revirement de situation.

« Cette sorcière a changé beaucoup plus que ce que je pensais au départ… Il est hors de question que je me fasse prendre. »

« Si tu ne joues pas selon ses règles… »

« Elle ne les a jamais précisées que je sache donc je ne sortirai pas par cette porte. »

« … Très bien. Débrouille-toi tout seul. »

-§-

Quoique Yuri ait pu comprendre, Alizée s'en fichait un peu actuellement car elle n'avait aucune intention d'aller à l'opposé du jeu de Calypso. Certes, elle n'avait rien précisé sur les règles mais la jeune femme n'était pas dupe : elle la connaissait assez pour savoir que ne pas les respecter allait lui couter une pénalité quelconque. Dans la situation actuelle, elle avait saisi en entrant dans ce manoir que cette espèce de métaphore autour de l'eau ETAIT la règle à respecter : suivre le cours de ce souvenir.

Le jeune homme venait de l'enfreindre et allait donc très certainement en subir les conséquences… Elle aurait pu l'en dissuader mais aurait-il accepté de faire face à ce que la magicienne lui avait préparé ?

En sortant de la bâtisse par la porte principale, des illusions représentants des soldats s'évanouirent, laissant place à une Calypso visiblement déçue de voir comment les choses avaient tournées.

« Pauvre garçon. » dit-elle dans un soupir en faisant apparaître une émeraude dans sa main gauche. « Je vais devoir sévir avec lui. »

Puis elle disparu, non sans laisser derrière elle un mannequin de bois habillé d'un Yukata bleu ciel s'arrêtant au niveau du genou, d'un jinbaori noir et au pied duquel se trouvait une paire de geta ainsi que des tabi blancs.

Ce n'était pas tout à fait sa tenue mais Alizée n'aurait aucun problème pour s'en contenter.

-§-

Il avait réussi à trouver une autre sortie assez facilement en fracturant une porte à l'étage puis cassé un carreau pour passer par la fenêtre. A présent, il n'avait qu'à longer ce bassin pour atteindre la haie puis l'escalader… Sauf que sa poisse légendaire fit qu'il marcha dans une zone peu stable et qu'il glissa dans l'eau, découvrant ainsi que ce qu'il pensait être peu profond au premier regard ne l'était pas, faisant qu'il fut particulièrement surpris de s'y enfoncer totalement sans parvenir à avoir pied.

C'est en refaisant surface et en voyant cette fichue sorcière qu'il comprit : c'était un de ses coups tordus.

« Je me disais bien que tu ne serais pas très coopératif… » fit-elle en jouant avec une émeraude entre ses doigts.

« Etant donné que je ne suis pas ici de mon plein gré, il est plutôt logique que je n'ai guère envie de collaborer. » répliqua Yuri un peu sèchement. « Surtout que contrairement à vous, je ne trouve pas ça amusant du tout… »

Il avait compris son but : le mettre face à cette personne dans un autre contexte car elle avait réussi à découvrir ce secret qu'il désirait enterrer le plus profondément possible depuis qu'il en avait connaissance. S'il avait pu emmener Sasha avec lui, il lui aurait immédiatement fait jurer de tenir sa langue sur ce sujet et ce bien qu'il se doutait qu'elle aurait compris d'elle-même qu'il ne fallait pas en parler en dehors de chez elle.

« Pour avoir voulu t'enfuir, tu auras droit à une pénalité. » déclara Calypso sur un ton joueur. « Et elle commence maintenant. »

La magicienne vêtue de blanc jeta l'émeraude dans le bassin qui, à l'instant où la pierre frôla sa surface, émit une forte lumière verte qui aveugla le jeune homme. Il sentit ensuite comme quelque chose qui serrait son cou avant de se retrouver allongé sur un sol de marbre blanc, face contre terre. Il voulut se relever mais, en tentant de bouger sa jambe gauche, il ne comprit pas pourquoi il n'y parvenait pas avant de se retourner… et découvrir qu'à la place de ses membres inférieurs, il possédait une queue de poisson aux écailles grises parcourues de reflets irisés, exactement comme celle des sirènes à l'autel de l'eau. Il remarqua ensuite un miroir sur sa gauche et vit qu'autre chose avait changé : le pendentif obtenu plus tôt était devenu un ras-de-cou qui se trouvait à présent autour de sa nuque et dont l'un des emplacements vides était à présent occupé par une émeraude.

« Comme tu peux le voir, il y a trois autres sanctions qui sont possibles. » lui expliqua Calypso qui, d'un claquement des doigts, les ramena à la chambre où il s'était réveillé tout à l'heure. « Si tu t'obstine à désobéir, tu sauras très vite ce que je t'ai réservé à ce niveau. »

Puis elle se volatilisa dans un éclair de lumière, le laissant complètement trempé sur le sol jusqu'à ce qu'Alizée arrive quelques minutes plus tard et l'aide à se réchauffer.

-§-

« C'est toi qui fait ça ? »

Alizée avait compris que Calypso souhaitait infliger une pénalité à Yuri depuis le départ. Elle ne voulait manifestement pas qu'il sorte de cette tour et, pour s'en assurer, elle l'a mis dans une situation où elle savait qu'il enfreindrait les règles, faisant qu'à présent, le jeune homme, au moindre contact d'une de ses jambes avec de l'eau, devenait une sirène.

Par contre, ce qui la dérangeait, c'était qu'actuellement, il était en train de dormir dans un monde où cela ne devrait pas être possible…

« Ce n'est pas de mon fait. » déclara Calypso avec un léger froncement de sourcils. « Dans son cas, cela est malheureusement possible et s'il était seul, il se serait certainement déjà fait dévorer par un cauchemar… »

« Ta tour n'est pas à l'abri d'eux que je sache. » fit remarquer Alizée en se souvenant que cet endroit n'était pas un autel, faisant que ces créatures risquaient fort de venir ici à un moment donné. « Tu espères que je lui serve de garde du corps ? »

« Je ne l'espère pas car je sais que tu vas le protéger, surtout que tu es mieux placée que moi pour le comprendre. »

Touché, comme toujours. Et puis en passant du temps avec lui, elle parviendrait peut-être à découvrir quel pouvait bien être le problème avec Yuri et comment il avait atterrit dans les mondes oniriques sans remplir les conditions habituelles…


NB : Pour ceux qui ne s'en doutaient pas, Yuri est prisonnier de la tour des illusions, cette fameuse tour de cristal à la fin du chapitre 1. Va-t-il en sortir un jour ? Bonne question vu que là, c'est mal barré…

Auteur vs Persos :

Asahi : Mes craintes étaient fondées…

Kaleiya : Et force est de constater que c'est hyper vide par ici en ce moment…

Asahi (sort une tablette de chocolat noir aromatisé à la noix de coco) : Ca t'intéresse ?

Kaleiya : … Oui mais tu partages du chocolat toi ?

Asahi (montre dix autres tablettes de chocolat)

Kaleiya : Tu me rassures… Je t'ai cru souffrant pendant un instant…

kaleiyahitsumei: (Default)
 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas

Auteur : Kaleiya Hisumei

Beta : Eliandre

Titre : Off, the third one ! XD (et peut-être le dernier parce que faut quand même envisager de boucler cette chose un jour…)

Rating : M

Note : Je ne pensais pas en faire un troisième, je vous le jure ! Mais l'image de Flynn avec des oreilles de chat a hanté mon esprit…

Note 2 : Je voulais le poster plus tard à l'origine mais j'ai vu qu'une certaine personne (nous l'appellerons Mademoiselle S. ou Miss ToB pour préserver son anonymat) fêtait son anniversaire donc comme Flynn est présent, je le poste plus tôt que prévu en pensant fortement à elle.

Playlist :

Adam Lambert – If I had you

Scorpion – No one like you


 

Usant, c'était le mot. La journée de travail de Yuri avait été particulièrement longue et il en avait assez de devoir tenir une caisse – ça allait étant donné qu'il faisait rarement des erreurs mais l'une de ses collègues, un peu trop bavarde, avait tendance à les cumuler. Comme il avait fini tard, il avait mangé un sandwich lors de sa pause afin de ne pas être affamé en rentrant et pouvoir directement aller s'écrouler quelque part pendant deux jours… tout en essayant de se rappeler ce qu'il avait l'impression d'avoir oublié depuis ce matin.

Sa priorité était surtout de rentrer à l'appartement et d'y retrouver un Flynn probablement en train de travailler. Ça l'énervait de le voir ramener du boulot à domicile en permanence, surtout quand il avait la sensation qu'il ne recevait pas beaucoup de reconnaissance derrière. A chaque fois, il prenait un malin plaisir à l'interrompre, soit en débranchant d'un coup le chargeur de son ordinateur portable quand la batterie était encore faible, soit en le distrayant d'une manière ou d'une autre – suite à une fois où il lui avait carrément fait une fellation alors qu'il était en train de taper un long mémo, son cher meilleur ami gardait à présent l'ordinateur sur ses genoux pour éviter que cela n'arrive de nouveau.

Honnêtement, la situation affective dans laquelle il était lui pesait sur le cœur depuis un bon moment mais si cela rendait service à son ami d'enfance, il continuerait sans hésiter et ce, jusqu'à ce que ce dernier ait trouvé quelqu'un digne de lui. Il avait longuement espéré être cette personne mais il s'était finalement résigné à aller tenter sa chance ailleurs lors de ses années lycées. Puis quand il avait commencé à voir que le comportement de Flynn avait changé, il avait compris qu'il avait peut-être une ouverture possible… avant de se coller une claque mentale en se souvenant qu'il risquait de foutre en l'air leur amitié s'il jouait au con.

Sauf que quand il l'avait mis au pied du mur et qu'il avait vu la détresse dans son regard, il lui avait machinalement proposé de coucher avec lui.

Dans sa tête, Yuri s'était traité de tous les noms pour avoir osé sortir cette phrase à celui qui était son premier amour mais en voyant que celui-ci réfléchissait à cette idée au lieu de s'indigner, il ne lui présenta pas ses excuses, attendant de voir sa réponse. Il se souvenait qu'il avait failli s'évanouir quand Flynn lui avait dit qu'il acceptait… avant de pester pendant plusieurs heures car celui-ci, prudent comme ce n'était pas permis, l'avait contraint et forcé à faire cette putain de prise de sang afin de savoir s'il avait choppé une saloperie avec ses coups d'un soir – suite à cela, il avait appris par cœur les emplacements de tous les endroits en ville où il pouvait trouver ces fichus trucs caoutchouteux pour éviter de renouveler cette expérience…

En tout cas, il avait passé une semaine très… sportive si l'on peut dire. S'il avait surtout utilisé le premier jour pour expliquer à son ami comment il devait s'y prendre, le reste avait été de la pratique où les draps de leurs chambres avaient fini extrêmement froissés à la fin – ils avaient d'ailleurs eu une pensée pour les femmes de ménage à un moment… avant de tester une nouvelle position.

Son ami d'enfance était-il un bon coup ? Oh que oui. Au point qu'il n'avait plus été tenté de vérifier comment c'était ailleurs, surtout après qu'ils mirent leur arrangement tordu au point et où il s'estimait particulièrement satisfait au niveau sexuel.

Cependant, avec le temps, il s'était mis à en vouloir plus et même vivre avec Flynn ne lui suffisait plus. Il commençait sérieusement à en avoir assez de cette situation mais ne savait pas trop comment s'en dépêtrer sans laisser son meilleur ami tout seul. Il avait la trouille qu'en lui avouant son désir d'une vraie relation, celui-ci décide de couper les ponts car il ne voulait vraiment pas le perdre.

Mais ces derniers temps, avec la routine qui s'était installée et les multiples remarques de leurs voisins, il se demandait si, à présent, cela pouvait fonctionner car au final, ça ne changerait pas grand-chose pour eux.

Il était enfin rentré et fut peu surpris de voir que Flynn n'était pas dans la pièce à vivre. Yuri déposa son manteau en vrac sur le sofa et, en voyant de la lumière dans la chambre de son colocataire, se douta qu'il devait être encore réveillé et, à tous les coups, en train de travailler.

Puis il ouvrit la porte dans le but de lui souhaiter une bonne nuit… quand il tomba sur une vision bien différente de celle à laquelle il s'était attendu au départ.

Flynn était assis sur le bord du lit… uniquement vêtu un string blanc – Yuri se posa brièvement la question si le vêtement n'était pas un poil trop petit – qui était assorti aux oreilles de chat qui étaient sur sa tête ainsi qu'aux mitaines qu'il avait aux mains. Autour du cou, il avait un collier en cuir bleu auquel pendait un grelot ainsi qu'une pancarte sur laquelle était marquée « joyeux miaouversaire ! », lui faisant ainsi réaliser ce qu'il avait oublié : demain, c'était son anniversaire…

« Tu… sais que tu as un jour d'avance ? » demanda-t-il en essayant de se remettre du choc qu'il venait d'avoir.

« Oui mais techniquement parlant, tu es né vers une heure du matin donc j'ai plutôt cinq heures d'avance environ. » lui répondit son colocataire, les joues légèrement roses.

C'était curieux… Sauf si…

« Tu travailles demain, n'est-ce-pas ? » questionna Yuri, voyant le truc venir gros comme une maison.

« Je pars en milieu d'après-midi et je reviens la semaine prochaine. » confirma Flynn, l'air désolé.

Bingo : voyage d'affaire. Même si cela le rendait triste, il n'allait pas le retenir car après tout, ils étaient juste des amis et puis le fait que son meilleur ami ait accepté de l'attendre dans une tenue où il n'était visiblement pas à l'aise pour se faire pardonner était… touchant.

« Et tu as eu l'idée de ce charmant accoutrement dans quel film pour adultes que je sache quoi regarder durant ton absence ? » demanda-t-il sur un ton joueur tout en venant s'asseoir à côté de son colocataire, lui permettant ainsi de découvrir qu'au dos de son seul vêtement, une queue blanche et touffue était accrochée.

« Je commence sérieusement à me dire que c'était une mauvaise idée. » fit son meilleur ami en se levant.

Il ne lui laissa pas le temps de s'éloigner, lui attrapant le bras pour le tirer en arrière. Il le regarda d'un air méfiant, craignant probablement des moqueries, mais au lieu de cela, Yuri désigna ses cuisses d'un geste de la main, faisant ainsi comprendre à son partenaire qu'il comptait bien profiter de cette surprise… tout en ne se gênant pas pour admirer cette belle paire de fesses dont il allait bien profiter.

« Donc on fait du cosplay maintenant ? » demanda Yuri une fois que son amant se soit assis sur ses cuisses. « Rappelle-moi pourquoi on a pas fait ça avant ? »

« Parce que tu as dit que tu refusais de faire l'infirmière. » répondit Flynn du tac-au-tac en croisant les bras contre son torse. « Et puis il me semble que l'on ne voulait pas risquer d'attirer l'attention de tu-sais-qui… »

Ah oui… C'est vrai qu'ils avaient des voisins qui auraient flairé le costume à trois kilomètres à la ronde et qui, rien que pour en avoir un aperçu, seraient capables de faire un trou dans le mur – il se demandait d'ailleurs si cela n'était pas déjà fait depuis le temps… Mais bon, c'était tout de même dommage d'avoir attendu si longtemps avant l'étape des déguisements, surtout qu'il était prêt à changer d'avis sur ce point précis.

« Je pense que l'on va revoir cela très vite… »

Sur cette phrase, il entraîna son partenaire dans un baiser passionné en tirant sur la pancarte qu'il avait autour du cou. Il détacha cette dernière alors qu'il sentait une main passer derrière sa tête et une autre se poser sur son épaule. Ils se séparèrent un instant pour recommencer plus fougueusement par la suite, son bras gauche venant enserrer la taille de son compagnon pour approfondir ce contact. Le son du grelot commença à l'agacer, agressant un peu trop ses oreilles à son goût, et il s'attela vite à tenter de le décrocher du collier, sans autre succès que de le rendre encore plus bruyant qu'il ne l'était – avec le boucan que ça faisait, il ne serait pas étonné d'apprendre que ses deux chers voisins les épiaient avidement. Il opta donc pour l'autre solution : enlever, un peu à regret, cette lanière de cuir bleu du cou de son compagnon.

« Est-ce une impression ou bien tu aurais aimé que je garde le collier ? » lui demanda Flynn, quelque peu suspicieux.

« Pour montrer que tu n'étais pas disponible, oui. » répondit machinalement Yuri avant de se mordre la langue, réalisant trop tard ce qu'il venait de dire. « Mais si tu préfères, je peux prendre un marqueur et te laisser un autographe sur ton noble postérieur. »

« Et après, je suis obligée de savonner deux fois plus cette zone car l'encre ne part pas. Tu m'as déjà fait ce coup-là il y a deux ans. »

« Ah. Il va donc falloir que je me renouvelle. Une ceinture de chasteté peut-être ? »

Un léger pouffement se fit entendre… sauf qu'aucun d'eux n'en était à l'origine. Ils échangèrent un regard inquiet, comprenant tous deux que les deux voyeurs qui vivaient près d'eux devaient les observer d'une manière ou d'une autre. Un soupir leur échappa et Yuri se dit que, décidément, il n'était pas possible d'avoir un minimum d'intimité dans cet appartement…

-§-

« Oups ! » fit Judith en décollant son oreille du verre qu'elle tenait contre le mur en carrelage gris de la salle de bain de Raven. « J'ai l'impression qu'ils m'ont entendue… »

Le plus âgé acquiesça… bien qu'il était plus concentré sur les formes de sa voisine, magnifiquement mises en valeur par ce caraco aux tons orangés et ce… était-ce donc un de ces fameux tangas dont il avait entendu parler ? La confusion avec le string était facile mais il fallait reconnaître que la dentelle était très belle à regarder et qu'elle encadrait joliment ces superbes…

« Hm ? Peut-être que non… »

Son imagination lui jouait-elle des tours ou bien avait-elle un petit grain de beauté en haut de sa fesse droite ? Pour en être certain, il lui faudrait soulever délicatement cette bande de tissu coloré et frôler de ses doigts abîmés cette peau qui semblait si douce… De plus, c'était l'une des parties du corps de la jeune femme qui était la plus ronde et cela, peu importe ce qu'elle…

« Fausse alerte. Ils se sont mis à simuler. »

Il faudra peut-être qu'il envisage de jeter un œil à son plafond car il avait l'étrange impression d'avoir quelque chose qui gouttait sur son bras. Mais bon, cela pouvait attendre qu'il ait fini d'admirer ces belles cuisses finement musclées et qui, très certainement, devaient ouvrir les portes de ce petit paradis que chaque femme en ce bas-monde cachait en son sein…

« Raven ? »

Oh oui. Cet Eden que tout homme rêve de visiter en entendant le chant mélodieux de la sirène qui le possède. Tel Ulysse, il ligotera sa conscience au mât du navire de son esprit pour ne pas chercher à rejoindre cette créature enchanteresse mais la lutte sera difficile et il doutait d'avoir assez de courage pour oser tenter de résister à ces sons divins qui donnaient envie de s'y noyer…

« Je vois… »

Un claquement de doigts sortit Raven de sa rêverie et il réalisa ainsi que Judith était face à lui. Elle lui désigna son mention de son index avant de s'en aller en lui faisant un signe de la main. Il la regarda jusqu'à ce qu'il entende sa porte d'entrée se refermer puis il se tourna vers son miroir, constatant ainsi qu'il avait une sacré trace de bave qui partait du coin gauche de ses lèvres pour descendre en bas de son menton. Une goutte était actuellement retenue par un de ses poils de barbe et menaçait de se faire la belle à son tour.

Il était bon pour se nettoyer le visage à présent… et rebrancher ses neurones.

-§-

Ce qu'il ne fallait pas faire des fois… Mais apparemment, cela avait fonctionné et, après quelques minutes pour s'assurer que tout était bon, ils avaient pu reprendre leurs activités puis dormir à poings fermés.

En se levant, Yuri fut à peine surpris de constater que Flynn était déjà parti – ce n'était pas rare qu'il quitte l'appartement sans faire un seul bruit le matin – sauf qu'il ne s'attendait pas à trouver un petit paquet cadeau de couleur dorée posé sur la table de la pièce à vivre. Il l'observa sous toutes les coutures avant de défaire le ruban pourpre l'entourant et d'ôter le papier… dévoilant un petit écrin noir qui lui fit rater un battement de cœur.

La main tremblante, il l'ouvrit et y découvrit un anneau composé d'une bande d'or blanc et d'une autre en or jaune ainsi qu'un morceau de papier plié. Il prit le mot et le déplia, y lisant cette simple phrase :

« Acceptes-tu de rester encore un peu avec moi ? »

Un rire nerveux s'échappa des lèvres du jeune homme quand il réalisa ce que cela signifiait. Il ne parvenait pas à y croire et il dut relire plusieurs fois ces quelques mots écrit à l'encre noire pour pleinement prendre conscience que Flynn lui proposait de partager une véritable relation avec lui.

Il chercha son téléphone portable du regard et le repéra près du pot de géranium qu'Estelle leur avait offert l'année dernière. Il se dépêcha d'écrire un message et l'envoya à son colocataire…

« T'aurais au moins pu avoir le courage de me demander ça en face crétin ! »

La réponse ne se fit pas attendre et c'est après un léger « bip » que Yuri put la lire :

« Pas eu le temps à cause de l'interruption de cette nuit. Dois-je en conclure que c'est oui ? »

Le jeune homme s'apprêtait à confirmer quand une meilleure idée lui vint à l'esprit. Il mit l'anneau à son annulaire gauche et prit une photo avec son téléphone avant de l'envoyer à son compagnon… tout en essayant de retenir le sourire d'imbécile heureux qui menaçait d'apparaître sur ses lèvres.

Maintenant, il ne lui restait plus qu'à faire son petit-déjeuner, prendre le courrier du jour… et allez voir Raven pour lui donner ses revues cochonnes qui, encore une fois, auront mystérieusement atterri dans la mauvaise boîte à lettres…


 

NB : Il semblerait que Raven ait souffert d'un grave trouble de l'attention… Etrange n'est-ce pas ?

Auteur vs persos :

Orieul (occupée à faire des calculs très compliqués)

Kaleiya : Que fait-elle depuis tout à l'heure ?

Salomé : Elle essaie de déterminer combien de coups de reins elle a reçu depuis qu'elle est avec Sheen. Rien de bien étonnant donc. Je lui ai aussi proposé de calculer le nombre de kilomètres tant qu'elle y était.

Kaleiya : … Je comprends pourquoi Belphégor est soudainement absent…

kaleiyahitsumei: (Default)
 Note : Bon, voyons voir ce que nos pauvres protagonistes vont subir…

Tentative 1

Intérieurement, il maudissait à la fois Flynn et ce sale gosse d'Ioder avec leurs idées tordues…

Bon, Yuri reconnaissait que refuser une mission de la part de l'Empereur, ça faisait très mauvais effet pour Brave Vesperia – surtout que leur guilde était devenue très demandée, au point qu'ils étaient obligés de recruter et que la rumeur courait qu'ils allaient peut-être obtenir la place de l'Alliance de Sang au sein de l'Union – mais déjà, il trouvait louche que seul lui ait été exigé pour ce travail et que, en plus, on lui colle d'office un équipier sans lui demander son avis – quoique connaissant la personne, il se doutait que le sentiment était pleinement réciproque.

Merde quoi. Une mission conjointe pour resserrer les liens entre leurs deux nations, il pouvait le comprendre, mais être contraint de le faire avec la fille qui avait tenté de le tuer, c'était un peu fort ça…

Bien entendu, il avait jeté un regard assassin à son meilleur ami auquel ce dernier répondit que c'était son Altesse qui avait exigé cela et qu'il ne pouvait en aucun cas aller contre ses ordres – le léger rire nerveux qu'il avait cru entendre à un moment lui avait confirmé qu'il lui cachait une partie de la vérité. Il lui aurait volontiers collé son poing dans la figure…

A présent, le voilà coincé avec Sodia à enquêter dans les rues de Zaphias pour trouver celui qui avait volé un « objet très précieux » à un baron dont il avait immédiatement oublié le nom – il avait été tenté de lui dire une petite pique bien sentie mais la rousse lui avait écrasé les orteils avec violence et ce, sans interrompre sa discussion avec le noble.

« Sérieusement, comment cet abruti veut qu'on trouve son voleur si on ignore ce qui lui a été pris ? » demanda Yuri à sa camarade sur un ton agacé. « Il aurait au moins pu être précis… »

« Ne te plains pas Lowell. » répliqua la jeune femme d'une voix glaciale. « Et si tu avais été professionnel en écoutant ce qu'il se disait, tu saurais qu'on cherche quelqu'un de pas très malin. »

« Je ne suis pas aveugle tu sais. J'ai bien vu que cet imbécile a dû se prendre de plein fouet cet espèce de buisson dans sa fuite et qu'il… »

« Il a laissé des cheveux d'un blond terne avec un morceau de tissu blanc. »

D'accord… Professionnelle jusqu'au bout cette fille. Elle cachait très bien ses émotions dans ces cas-là et se comportait en parfait petit soldat… bien qu'il ait pu constater qu'elle n'avait aucun souci à faire tomber ce masque quand il était avec elle – il devait admettre qu'elle pouvait exprimer une vaste palette de sentiments quand elle se dévoilait et ce, bien qu'il n'ait essentiellement vu que la peur ou la colère chez elle.

« En d'autres termes, vu la qualité du tissu, nous cherchons tout simplement un noble. » exposa Sodia en lui montrant la preuve en question qu'elle avait pris soin de récupérer.

« Ça réduit effectivement les recherches. » admit Yuri en tournant la tête sur le côté, ne cherchant même plus à cacher tout le mépris qu'il avait pour cette affaire. « On cherche donc un blond de sang bleu qui est assez stupide pour ne pas voir où il va. On y est encore dans un mois… »

Il s'était attendu à une réplique acérée de la part de la jeune femme – il savait par Flynn qu'elle était issue de la noblesse – mais, au lieu de ça, il détecta une micro expression sur son visage qui lui laissait penser… qu'elle était d'accord avec lui ? Tiens donc…

Ils avaient commencé à parcourir le quartier noble en silence, cherchant du regard tous ceux qui pouvaient correspondre – Yuri en avait repérés quelques-uns qui portaient des perruques, ce qui le fit soupirer intérieurement – jusqu'à remarquer un homme qui avait la bonne couleur de cheveux et qui avait quelques griffures au visage, cachées maladroitement sous une couche épaisse de maquillage.

« J'suis pas très au fait de la mode par ici mais c'est la nouvelle tendance chez les hommes ? » demanda-t-il sur un ton ironique.

« Même si certains se maquillent, je doute fort que le style « agressé par un buisson à épines » soit très en vogue actuellement. » lui répondit Sodia sur le même ton.

L'individu tourna la tête vers eux après cette phrase et, en les voyant, se figea d'un coup – bon, il fallait dire aussi que Yuri était en train de lui faire un sourire assez sadique et que la rousse lui faisait signe de venir tout en lui jetant un regard glacial. Il ne fut absolument pas étonnant pour eux de voir leur suspect tenter de fuir… et glisser sur le pavé pour se retrouver les quatre fers en l'air. Cela faisait à peine une seconde de course poursuite.

« Comment il a fait son compte alors que le sol est sec ? » se demanda-t-il à voix haute, encore stupéfait par cette chute inattendue. « Il a deux pieds gauche ou quoi ? »

« Ou des chaussures trop grandes pour lui. » lui pointa la rouquine en désignant le soulier noir qui était au sol et qui, après examen, devait faire une taille de trop pour son propriétaire.

« Ça explique sa façon de marcher. »

Au moment où le type s'apprêtait à se relever, Yuri lui écrasa la main avec son pied, lui arrachant un cri de douleur – quelque peu exagéré vu qu'il n'appuyait pas aussi fort que ça.

« Vous me faites mal ! » s'exclama le noble en essayant de s'échapper. « Je porterai plainte pour agression ! »

« Et moi je peux vous arrêter pour refus d'obtempérer ainsi que cambriolage. » le contra Sodia sur un ton ferme en le pointant avec son épée. « On a une cellule de libre si ça vous intéresse… »

« Estimez-vous chanceux qu'il fasse beau en ce moment car quand il pleut, il y a de sacrées infiltrations d'eau par endroits. » en rajouta l'épéiste sans dissimuler le plaisir qu'il y prenait. « Et je ne parle de l'odeur qui y règne à cause de l'humidité… »

« STOP ! J'avoue tout… »

Il n'aura pas tenu longtemps le bougre. C'est dommage car il s'apprêtait à lui parler de la qualité de la nourriture en prison ainsi que des couchettes très confortables et des rencontres très intéressantes que l'on pouvait y faire des fois – après tout, c'est en cellule qu'il avait connu Raven et grâce à ce dernier qu'il en était sorti, sans oublier le fait qu'il avait aussi été enfermé dans une cellule avec Judith à la tour de Ghasfarost. En plus, pour une fois que Sodia ne lui gâchait pas son plaisir, il aurait aimé pouvoir faire durer un peu plus celui-ci.

Leur type avait vite admis les faits et ils l'avaient donc escorté jusqu'à chez lui pour récupérer ce qu'il avait dérobé. Ils retournèrent donc vite restituer son bien au baron… bien qu'ils tiraient tous les deux une sale tête en constatant que « l'objet très précieux » de l'affaire était en réalité un caleçon pour hommes – soi-disant une édition limitée faite par un tailleur très renommé et qui valait une petite fortune, un détail qui n'allégea en rien la forte exaspération qu'ils ressentaient.

« Mais c'est pas possible de faire perdre du temps aux gens pour des sous-vêtements… » soupira Yuri une fois qu'il furent dehors. « Donner des missions aussi stupides… Je m'en souviendrai que ce gosse est aussi tordu qu'il en a l'air. »

« Je te remercierai de ne pas insulter son Altesse. » lui lança Sodia sur un ton ferme. « Pour le reste, j'admets qu'il y a des manières plus judicieuses d'utiliser le personnel militaire… »

« Oh ? Donc en gros, quand je dis que la noblesse en général est pourrie, tu ne me contredis pas ? »

« Certains nobles sont des gens très biens mais oui, la majorité aime un peu trop leurs petits privilèges et les pires ne sont pas forcément ceux de plus haut rang contrairement à ce que l'on pense. Ma sœur aînée a cherché à me convaincre d'épouser un homme que je méprisais juste parce qu'il avait un meilleur titre que nous et qu'elle espérait voir son époux entrer au Conseil grâce à cette union… »

« Sauf qu'à la place, tu t'es engagée dans l'armée. Pas mal comme acte de rébellion. »

Elle eut un petit sourire en coin à cette phrase, suffisant pour exprimer toute la fierté qu'elle avait d'avoir choisie sa propre voie.

« J'ai aussi été dans la brigade dirigée par cet homme vu qu'à l'époque, il était capitaine. » poursuivit-elle avec une grimace de dégoût en se tournant vers lui. « Il n'arrêtait pas de me faire du rentre-dedans quand je m'entrainais. »

« Cumore… » en conclut Yuri avec les éléments qu'il avait en sa possession. « Un bon exemple de pourri ce type. »

« La chance a été que Flynn Scifo venait d'être nommé lieutenant et qu'il lui fallait un sergent pour le seconder vu qu'il venait tout juste d'avoir sa propre brigade. J'ai immédiatement sauté sur l'occasion alors que je ne savais absolument pas qui il était et que je ne partageai pas vraiment ses espoirs pour l'Empire. »

Leur gros point commun à tous les deux : Flynn. Il n'était pas vraiment étonné de constater à quel point ses idéaux avaient pu séduire ceux qui voulaient du changement, ce qui signifiait aussi que lui et la jeune femme avaient aussi ça en commun.

Arrivés aux abords du palais, Yuri sentit immédiatement que la trêve entre lui et Sodia venait de s'achever, celle-ci ayant remis en place son masque du parfait petit soldat.

« Je m'occupe de faire le rapport au Commandant. » déclara-t-elle avec neutralité. « Ça ne sert à rien d'être deux pour ça. »

« Dommage car j'aurais bien collé mon poing dans sa gueule d'ange pour la peine… » répliqua-t-il en ne plaisantant qu'à moitié.

« Raison de plus pour que je sois la seule à me charger de lui faire un compte-rendu de cette affaire… »

Vu le regard qu'elle lui jetait, il était clair qu'elle voulait qu'il s'en aille et vite. Il s'exécuta donc sans broncher – ça ne valait pas le coup qu'il traîne plus longtemps de toute façon et chercher des poux à la rousse ne l'intéressait pas actuellement – et il alla à l'auberge de la Comète pour oublier un peu le fait qu'il avait perdu son temps pour un simple caleçon… ainsi que peut-être envisager de faire un peu plus d'efforts avec la rouquine car elle commençait à piquer sa curiosité.

-§-

Flynn avait entendu le rapport de Sodia sur son travail conjoint avec Yuri. Si l'on exceptait l'absurdité de cette affaire, cela s'était apparemment bien passé. Il l'avait donc rapidement congédiée… après qu'elle ait eue la sympathie d'apporter une énorme pile de documents à signer – en croisant le regard de sa subordonnée, il comprit tout de suite que c'était sa façon à elle de se venger d'avoir été contrainte à faire cette mission.

Environ une heure plus tard, Judith était arrivée en passant par la fenêtre.

« Je les ai observés et je confirme qu'ils sont parfaitement capables de coopérer. » lui rapporta-t-elle avec un sourire satisfait. « Si on arrivait à les mettre dans un contexte un peu différent, je pense que leur relation s'améliorerait plus rapidement. »

« Je t'arrête : je pense que cette expérience est suffisante. » coupa-t-il en grimaçant face à la paperasse supplémentaire qu'il devait encore lire et signer. « On sait à présent qu'ils peuvent faire des efforts ensemble, ce qui est déjà bien. »

« Hm… Ça me rappelle qu'Estelle voulait qu'on se prenne un thé juste elle et moi. Je me demande de quoi je pourrai lui parler… »

« D'ACCORD ! Je vais voir ce que je peux faire mais ils vont finir par se douter de quelque chose si toutes les missions viennent de l'Empire. »

« Aucun problème. »

Pour elle, c'était certain qu'elle ne craignait pas grand-chose. Lui par contre, il se voyait déjà écrasé sous une montagne de paperasse par Sodia et, très probablement, devoir affronter la mauvaise humeur de Yuri pendant un moment.


NB : Pauvre Flynn… A mon avis, il aurait préféré le coup de poing.

Auteur vs persos :

Flynn (a des cernes horribles sous les yeux) : Enfin terminé…

Kaleiya : On dirait moi quand j'ai pas pu dormir…

Belphégor : Oui, c'est ta tête sans le maquillage.

Kaleiya : … Merci de ta délicatesse…

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 Cafuné : the act of tenderly running one's fingers through someone's hair

Titre : La nouvelle Raiponce…

Genre : Humour, Parodie (Romance en cherchant bien peut-être…)

Rating : T

Mots : 1474

Note : Rendons à César ce qui est à César vu que l'idée de ce crossover me vient d'Eliandre qui, quand je lui ai raconté mon idée de base, a tout de suite proposé cette amélioration.


Il était une fois dans un lointain royaume, une haute tour de pierre qui n'avait pour seule entrée qu'une large fenêtre à son sommet. Comment y pénétrer ? La rumeur racontait qu'une princesse à la voix angélique y vivait et que, si on l'appelait par son nom, elle lâchait sa longue chevelure douce et soyeuse, permettant ainsi à quiconque le désirait de venir la rejoindre… à condition de ne pas craindre la sorcière qui la gardait férocement.

Cette dernière, à ce que l'on disait, était jalouse de la beauté de la belle et, alors que celle-ci n'avait qu'une douzaine d'années, l'avait kidnappée puis l'avait enfermée tout en haut de cette tour où elle cacherait de nombreux trésors. Elle lui aurait ensuite jeté un sort qui serait la cause de l'incroyable longueur de sa chevelure et qui les rendraient insensibles à n'importe quelle paire de ciseaux, faisant qu'il lui était impossible de les couper.

Voilà donc l'histoire qui l'avait amené jusqu'ici…

Sauf qu'actuellement, vu sa situation, il avait vite pu constater quelques incohérences dans les différentes versions du récit qu'il avait pu entendre, l'une d'elle étant de taille : ce n'était pas une princesse mais un prince qui était coincé là-haut ! Mine de rien, ça change pas mal de choses et ça explique qu'il soit toujours ici si tous ceux qui sont venus avant lui pensaient trouver une jolie demoiselle en détresse.

Ils ont dû être aussi bien reçus que lui en toute logique…

Dans les autres erreurs qu'il avait pu constater, l'une d'elle était la sorcière et le kidnapping car, apparemment, le prince était en fait dans cette tour pour se cacher car il n'arrivait pas à assumer ce qui lui était arrivé : une magicienne du palais avait apparemment fabriqué une lotion pour favoriser la pousse des cheveux qui était extrêmement efficace et elle ne l'avait pas très bien rangée, si bien qu'elle s'est mystérieusement retrouvée dans les affaires du prince et qu'un serviteur a cru que la fiole contenait une huile pour entretenir la chevelure de son maître…

Malheureusement, la partie sur l'impossibilité de couper cette incroyable longueur capillaire était vraie et le jeune noble commençait à désespérer de pouvoir sortir un jour d'ici…

Après, en toute honnêteté, Yuri Lowell, jeune voleur de la région, était peut-être le seul qui s'était pointé ici pour le trésor et non pour se taper la prétendue princesse qui vivait dans cette tour. D'ailleurs, il commençait à se demander si cette histoire n'avait pas pour origine les cheveux blonds du prince qui, au soleil, brillaient avec un éclat si intense que la confusion avec ce précieux métal était possible.

Par contre, il aurait dû tenir sa langue quand il a précisé la raison de sa venue car, manifestement, Flynn Scifo, prince malchanceux de cette histoire, n'appréciait pas beaucoup les criminels vu qu'après l'avoir assommé, il s'était servi de ses longs cheveux d'or pour le ligoter à une chaise…

Ça devait maintenant faire une heure qu'il essayait de libérer sa main gauche tout en écoutant d'une oreille les malheurs de son geôlier…

« Donc en définitive, mes chers parents espéraient qu'avec cette histoire de sorcière, quelqu'un viendrait ici avec une solution pour me débarrasser de ça. » fit Flynn en désignant l'incroyable longueur de cheveux blonds qu'il possédait. « Sauf que jusqu'à maintenant, tous ceux qui ont défilé ici espéraient passer du bon temps avec une princesse et éventuellement être entretenus jusqu'à la fin de leurs jours… »

« Ben en même temps, sauver une princesse du danger veut souvent dire qu'elle doit écarter les cuisses après… » répliqua Yuri du tac au tac. « Il aurait mieux valut raconter un récit plus proche de la vérité pour attirer les aventurières… ce qui n'aurait peut-être pas changé les motivations finales. »

« J'avais suggéré cette idée mais la magicienne responsable de ce désastre a menacé de faire exploser le château si on révélait qu'elle était fautive. Je peux attester qu'elle a toutes les capacités pour le faire.»

« C'est chiant ça… Et elle n'a pas essayé de résoudre le problème ? »

« Si les conseillers de mon père lui en avait laissé le temps avant de l'exiler loin du royaume, peut-être qu'elle aurait pu le faire… »

En sentant ses liens se resserrer puis le regard bleu méfiant sur lui, Yuri comprit qu'il n'était pas prêt de sortir d'ici. La poisse…

-§-

Quitte à être captif d'un prince qui avait eu un sacré coup de malchance, autant se rendre utile s'était-il dit… Surtout qu'il n'avait pas vraiment le choix vu qu'à chaque fois qu'il tentait de faire une sieste, il recevait un coup sur la tête.

Par contre, Yuri s'estima heureux de ne pas être dans le même cas que Flynn car déjà qu'il arrivait limite à entretenir ses long cheveux noirs, il imaginait aisément la galère que c'était quand il y avait facilement une vingtaine de mètres de longueur impossible à couper… Dans un sens, c'était dommage car ils étaient beaux et doux au toucher mais le côté totalement encombrant prenait vite le dessus sur les quelques qualités de cette chevelure d'or.

Au bout de deux mois de captivité, il eu le temps de mieux faire connaissance avec le prince… et de chasser cinq coureurs de jupons qui espéraient trouver un très bon parti à épouser – au départ, il les avaient laissé venir pour s'amuser un peu mais l'un d'eux l'ayant pris pour une servante, il n'avait pas pu résister à l'envie de les frapper.

« Bon, si je résume, on a essayé les ciseaux, la scie, la hache, le couteau, le rasoir, la faux, l'épée et pleins d'autres trucs coupants qu'on a réussi à trouver. » déclara Yuri sur un ton blasé. « Au final, aucune lame n'a survécu à ta tignasse Flynn… Et le pire, c'est qu'ils ont l'air plus épais qu'avant.»

« J'avais remarqué, merci… » grogna le concerné en chassant une mèche qui le gênait. « Il y a bien quelque chose que nous n'avons pas essayé, non ? »

« Ben… A part les brûler… »

« … On fait un essai juste sur une mèche dans ce cas… »

Honnêtement, aucun des deux n'était très confiant dans cette idée vu les résultats obtenus précédemment mais le prince reconnaissait que le voleur était le seul qui avait fait l'effort d'essayer de l'aider à se sortir de cette sale situation. Ils tentèrent donc l'expérience avec une flamme de bougie et un seau à proximité au cas où… pour constater que le feu ne faisait que les chauffer, rien d'autre.

C'est sur ce nouvel échec qu'ils s'en allèrent dormir… après avoir chassé un abruti qui chantait faux en bas de la tour tout en jouant très mal de son instrument – les souffrances de la guitare furent vite abrégées quand elle fut confisquée à son propriétaire une fois qu'il eut quelques dents en moins suite à une droite bien placée.

Le lendemain matin, Yuri se réveilla plus tôt qu'à son habitude, se demandant pourquoi il avait l'étrange impression d'avoir dormi sur de la paille… quand il s'aperçut que la longue chevelure d'or avait entièrement roussie ! Il en prit une mèche entre ses doigts et constata qu'en plus d'être devenue rêche au toucher, elle était aussi très fragile, se cassant net alors qu'il la frottait contre son index et son majeur.

Il entendit bouger puis vit Flynn se lever en sursaut, ayant visiblement lui-même remarqué ce phénomène. Ils échangèrent un bref regard puis, d'un coup, le voleur se rua sur le prince et l'aida à se frotter vigoureusement la tête, détachant ainsi toutes les longues mèches roussies qui, séparées des fils d'or, se désagrégèrent au point de devenir poussière.

Il passa une dernière fois ses longs doigts fins dans ces courts cheveux blonds en bataille, les ébouriffants encore plus au passage tout en savourant ce contact et la vision du jeune homme aux yeux azur avec une coiffure qui lui correspondait bien mieux.

« T'étais clairement pas fait pour les porter aussi longs. » fit Yuri avec ironie.

« J'avoue. » répliqua Flynn avec un sourire amusé avant d'attraper une mèche noire entre ses doigts. « Je te laisse volontiers ce privilège. »

Ils échangèrent un léger rire avant, par la suite, de se poser deux questions très importantes.

La première d'entre elle fut quelle était la cause exacte de la libération du prince de cette incroyable masse capillaire ? Etait-ce la flamme de la bougie ou bien les effets de la lotion avait-ils finalement prit fin ? C'était une réponse qu'ils ne sauraient peut-être jamais… et dont ils se fichaient un peu.

Par contre, concernant la deuxième question, ils voulaient VRAIMENT connaître sa solution actuellement…

Comment sortir de cette fichue tour quand la seule ouverture est une fenêtre à son sommet et l'unique moyen d'en descendre littéralement parti en poussière ?

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 Viraag (Hindi) : the emotional pain of being separated from a loved one

Titre : Alliance

Disclaimer : Tales of Vesperia et Pirates des Caraïbes ne sont pas à moi

Genre : AU, crossover

Rating : K+

Mots : 834


Et dire qu'il venait de sauver une pauvre jeune femme de l'infâme emprise de son corset… Alors qu'elle venait de tomber à l'eau, il n'avait pas hésité à plonger pour la repêcher avant qu'elle ne se noie et lui avait ensuite arraché cet horrible vêtement qui l'empêchait de respirer.

Des remerciements pour son geste héroïque totalement désintéressé ? Absolument aucun.

L'un des soldats a vu sa marque sur son bras indiquant qu'il était un pirate et n'a pas hésité une seule seconde à vouloir le jeter dans une cellule ! Quelle ingratitude ! Et le pire, c'est que la clé, il l'avait juste sous le nez mais… il semblerait que le chien borgne au pelage bleu et blanc n'était pas très disposé à la lui donner alors qu'il la désire ardemment ! C'était la seule chose qui lui permettrait de retrouver sa chère et douce liberté qui lui manquait tant… et ainsi de partir en quête de son cher navire qui lui avait été dérobé.

Tout à coup, l'animal s'en alla avec son passeport pour sortir d'ici, laissant sa place au forgeron qui l'avait combattu, un certain Flynn de ce qu'il avait pu entendre.

« Toujours ici à ce que je vois. » constata le jeune homme aux cheveux blonds en croisant les bras contre son torse.

« C'est pas passé loin pourtant mais semblerait que ce n'était pas mon jour de chance… »

En lançant cette réplique, Yuri Lowell désigna la cellule d'à côté dont le mur comportait un trou béant fait par l'un des canons de l'Atherum, au moment où le navire a attaqué le port en compagnie de son équipage maudit. Il avait d'ailleurs eu une petite visite de celui qui en était à présent le capitaine…

« J'ai cru comprendre que tu étais un pirate. » reprit Flynn en fronçant les sourcils.

« Bien observé ! » fit-i avec sarcasme. « Qu'est-ce qui t'as mit sur la voie ? Le tatouage sur le bras, les soldats qui me courraient après ou bien le fait que je sois coincé ici car la clé vient de s'en aller ? »

« J'ai besoin de ton aide… pour retrouver l'Atherum. »

Vu la grimace que faisait le jeune forgeron, cette demande ne lui plaisait pas et il n'avait probablement pas d'autres choix. Pourquoi donc ? Il venait de piquer sa curiosité… mais rien ne l'empêchait de le faire mariner un peu.

« Qu'est-ce que j'ai en échange ? » questionna nonchalamment Yuri, ses yeux gris observant attentivement le langage corporel de son interlocuteur. « Car à moins que tu ne veuilles te lancer dans la piraterie, je ne vois pas vraiment pourquoi tu voudrais trouver un navire maudit… »

« Ils ont enlevés Lady Estellise. » répondit gravement Flynn en détournant légèrement le regard.

Ah… La fille du gouverneur. Celle qui avait faillit se faire tuer par son corset. C'était donc pour ça qu'il était venu : il désirait la libérer et pour ça, il avait choisi de s'adresser à un pirate – pas illogique en même temps et aussi un sacré coup de chance vu qu'il était déjà allé à Zaude, ce qui facilitait pas mal de choses…

Mais risquer sa vie comme ça… En même temps, il trouvait curieux que son ex-second ait agit ainsi car ce n'était pas franchement son style. Il l'aurait plutôt jetée par-dessus bord ou laissée dans une chaloupe. Pas net ça…

« T'avais donc une copine Blondie ! » lança Yuri en se rallongeant au sol. « Si tu tiens tant à la sauver, vas-y donc jouer les preux chevaliers ! »

« Hey ! Je t'ai demandé de m'aider ! » répliqua Flynn, n'ayant visiblement pas apprécié son attitude. « Elle est en danger et personne ne sait où se trouve l'Atherum ! Si tu le sais, je te libère. »

« Et comment ? Je te rappelle que la clé s'est barrée en courant. »

« Je n'en ai pas besoin. »

Son intérêt fut de nouveau piqué et il se redressa pour voir que le jeune forgeron était en train de déplacer un banc de bois.

« Si j'utilise ceci comme levier, la grille devrait se soulever. » expliqua son interlocuteur en plaçant l'objet en question de la façon voulue.

« Rappelle-moi ton nom au juste… »

« Flynn Scifo. »

Oh oh ! Ca pour une surprise… Il lui semblait bien que ce type lui rappelait quelqu'un. Yuri sourit intérieurement tout en pensant que le vieux allait faire une attaque en voyant ce qu'il ramenait avec lui à Danhgrest.

« Alors dépêche-toi de me faire sortir d'ici qu'on se mettre au travail ! »

Finalement, il avait trouvé bien mieux que cette clé et, avec de la chance, il pourrait trouver la fille et ainsi satisfaire le désir de celui qui risquait d'être un sacré gros atout dans sa manche pour récupérer son cher navire…

L'Atherum allait bientôt retrouver son capitaine et ce dernier était très impatient d'en tenir de nouveau le gouvernail.

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Queesting (Dutch) : when you invite someone into your bed for some pillow talk

Genre : Crossover, Romance, AU

 

Disclaimer : Rien ne m'appartient …. Et je me demande encore comment j'ai pu avoir cette idée…

Note : J'en ai fais des choses douteuses mais là… Penser carrément à Crimson Spell…

Mots : 1034

Titre : Possessif

Rating : T


Après ce dur combat et cette expérience littéralement traumatisante qu'il avait vécu, le prince Flynn avait trouvé légitime de coller un coup de poing à Yuri – quand le sorcier et ami qui vous accompagne depuis le début de votre périple s'empale sur votre propre épée sous vos propres yeux et que, quand vous vous réveillez de ce cauchemar, celui-ci fasse comme si de rien n'était en ajoutant que vous aviez eu raison de le tuer alors que, intérieurement, vous étiez totalement fou de chagrin, il y avait de quoi être en colère. Certes, il était content de le revoir dans son état normal mais tout de même…

Il a aussi été face à un choc en voyant son reflet : des marques noires étaient présentes sur ses tempes, ses cheveux étaient plus longs qu'auparavant et ses mains étaient pourvues de griffes… Il comprit à cet instant que c'était ce à quoi il ressemblait quand le démon qui l'habitait prenait le dessus sur lui. Il ressentait aussi un fort désir de luxure… comme si la bête en lui voulait absolument satisfaire un fort appétit charnel et se plonger dans des délices érotiques.

A cet instant, Yuri vint pour s'excuser de son attitude… et ça a rapidement dérapé au point que cette discussion s'achève dans la chambre de ce dernier via des exercices physiques assez intenses et dont il a fait pour la première fois l'expérience – ce n'était pas tout à fait vrai vu que le démon qui l'habite était apparemment un grand amateur de la chose… mais ça ne changeait rien au fait que Flynn avait ressenti un certain embarras à un moment.

La nuit était bien avancée et le prince n'arrivait décidément pas à trouver le sommeil…

« Un problème ? » lui demanda le sorcier en se redressant sur un coude.

« Je me demandais juste si j'allais être libre un jour… » répondit-il en jetant un coup d'œil vers l'endroit où était posée Deim Nomos, l'épée qui l'avait maudit et qu'il était le seul à pouvoir manier.

« Ca prendra du temps… J'aurais eu assez de pouvoirs pour ça, je t'aurais déjà guéri. »

« Même avec ce que tu m'as prit quand je n'en étais pas conscient ? »

Yuri soupira d'agacement avant de se rallonger.

« J'ai profité de l'occasion et je sais que je n'aurais pas dû le faire sans ton consentement ! » s'exclama-t-il sur un ton irrité. « Mais je n'aurais pas fait ça, tu serais devenu hors de contrôle ! »

« C'est vrai… » admit le prince un peu difficilement. « Sauf que j'aurais préféré que tu sois franc avec moi au lieu de me cacher quelque chose comme ça. »

« Oh ? Donc tu aurais voulu que je te dises au p'tit déj' à quel point ton cher démon me suppliait de venir prendre soin de lui chaque nuit et que c'était parfois limite s'il ne tentait pas de m'arracher mes fringues parce qu'il avait des périodes de manque ? »

« … Je t'aurais probablement frappé, effectivement… »

« Et je ne mentais pas quand je te disais que je t'aimais tu sais… »

Là, il sentait parfaitement les battements de son cœur s'accélérer, comme cette fois où il avait regardé les lèvres du sorcier avec tant de désir durant son sommeil ou quand ce dernier lui avait volé un baiser juste après qu'ils aient combattus une horde de monstres attaquant un village.

A cet instant, Yuri vint se coller contre lui, passa un bras autour de sa taille pour approfondir ce contact.

« Flynn… » commença ce dernier en plongeant ses yeux gris dans son regard azur. « Je comprendrai parfaitement que tu ne m'aimes pas mais laisse-moi rester à tes côtés, au moins jusqu'à ce que je tienne la promesse que je t'ai faite. »

« Alors ne me force plus jamais à de telles extrémités. » déclara le prince avec fermeté. « Si je venais à revoir de nouveau ton corps sans vie, je crois bien que j'en mourrai… »

La surprise fut aisée à lire sur le visage de celui qui avait d'abord été son compagnon de voyage, puis son ami avant de devenir son amant. Il combla rapidement la distance qui séparait leurs lèvres, lui offrant ainsi un baiser emplit de toute la passion qu'il avait à son égard et auquel il répondit de la même façon.

« Plus de mensonges donc. » fit le sorcier avec un sourire en coin une fois qu'ils eurent rompu leur contact. « Donc si je dois te dire la vérité, faut-il que je te demande ce qu'il s'est réellement passé avec cette plante ? »

Flynn sentit immédiatement le rouge lui monter aux joues à ce souvenir des plus humiliants. En même temps, qui aurait qu'un végétal aussi tordu – et très certainement pervers – pouvait exister dans la nature ?

« J-je ne s-sais pas de q-quoi tu veux p-parler ! » bafouilla-t-il en repensant involontairement aux évènements.

« Ah ? » fit Yuri en haussant un sourcil. « Il m'a pourtant semblé qu'avait que tu ne casses cette statuette, elle allait parler du fait que tu as beaucoup apprécié ce que… »

« J'ai aimé ça, d'accord ! Sauf que je ne me souviens pas ce qu'il s'est passé ensuite… »

« Ton démon l'a très certainement tué… Ça me fait d'ailleurs penser que j'ai encore l'aphrodisiaque que j'ai fabriqué avec ce monstre… »

En prononçant cette dernière phrase, Flynn vit comme un mélange de sadisme et d'envie dans le regard de son amant. Ça ne présageait rien de bon… et il se demandait d'ailleurs si son compagnon n'avait justement pas utilisé cette plante comme ingrédient par vengeance ou jalousie car, pour avoir passé beaucoup de temps avec lui, c'était quelque chose dont il était parfaitement capable…

« De toute façon, je me suis assuré que plus rien ni personne ne poserait ses sales pattes sur toi. » poursuivit le magicien.

« Comment ça ? » demanda le prince, intrigué.

« J'ai mis un sceau pour m'assurer que personne d'autre ne passera après moi. »

… Jaloux et possessif donc… Dans le fond, ça ne l'étonnait pas tant que ça…

 
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 Gigil : the urge to pinch or squeeze something that is unbearably cute.

Titre : Il était une fois dans l'ouest

Mots : 1514

Genre : Romance, Humour, Western

Disclaimer : Les personnages de Tales of Vesperia ne sont pas à moi.

Rating : T

Note : Petit rappel à quelqu'un d'une discussion très intéressante qu'on a eue il y a quelques temps…


Il faisait chaud ce jour-là à Zaphias, ville qui avait bien prospéré grâce aux filons d'or découverts il y a une vingtaine d'années et dont la population était légèrement redescendue lors de ces trois dernières après la découverte de gisements plus importants du côté de Dhangrest. L'endroit restait un passage très fréquenté et ceux ayant fait fortune grâce au métal jaune s'y étaient définitivement établis. Il y faisait relativement bon vivre mais, comme beaucoup de villes de l'ouest lointain, elle n'était pas épargnée par les hors-la-loi. Il suffisait de passer devant le saloon ou le bureau du shérif pour voir les différents avis de recherche avec les visages des différents bandits, le montant de la récompense et s'ils étaient demandés mort ou vif.

Cependant, il y avait une des affiches qui avait tendance à revenir régulièrement et ce uniquement dans cette ville… Un voyou local qui était la cause de quelques cheveux blancs prématurés pour le shérif Leblanc, de nuits agitées pour deux de ses adjoints, Adeccor et Boccos… Ainsi que de la majorité des crises de colère du plus jeune représentant de la loi – c'était d'ailleurs lui qui avait accroché un panneau avec le nom de ce fameux criminel au dessus de la cellule de gauche car au final, il y dormait au moins une vingtaine de jours par mois.

Aujourd'hui, le dit-criminel était bien parti pour y retourner…

« Ralenti Flynn ! J'ai mal aux pieds ! »

« Tu n'avais qu'à y réfléchir avant de choisir ce déguisement Yuri. »

Flynn Scifo, jeune adjoint du shérif Leblanc, avait, encore une fois, réussi à attraper le criminel Yuri Lowell en un temps record. Ses cheveux blonds étaient en partie cachés sous le Stetson blanc qu'il portait sur la tête mais l'étoile en or épinglée sur sa chemise bleu ciel était parfaitement visible, signe qu'il était là pour faire appliquer la loi.

« Si j'avais su plus tôt que je gagnerai en une heure l'équivalent d'une journée de travail, j'aurais testé ça plus tôt. »

« Je m'assurerai personnellement à ce que tu ne mettes plus un pied au saloon vu qu'à chaque fois, tu provoques une bagarre… »

« Hey ! Mais c'est l'autre ivrogne qui a commencé en me pinçant les fesses ! »

Le jeune adjoint du shérif se stoppa brusquement à cette phrase et se tourna vers son captif qu'il tenait par le bras et dont il avait solidement ligoté les poignets avec une corde. Il admit intérieurement qu'il était tenté de faire la même chose au jeune homme aux longs cheveux noirs mais très certainement pas en public.

Yuri avait quand même fait fort en se faisant passer pour une des filles du saloon avec cette robe rouge – dont la jupe s'arrêtait au milieu des cuisses sur le devant et au niveau des chevilles sur l'arrière – ainsi que le corset noir et les bas en dentelle qu'il portait avec mais il regrettait visiblement d'avoir dû mettre des chaussures à talons et, surtout, d'avoir dansé avec pour donner le change face aux clients ainsi qu'à Adeccor et Boccos lorsqu'ils étaient venus prendre un verre – et dire que son ami d'enfance s'en était sorti avec un éventail pour cacher son visage et ses cheveux attachés en une haute queue de cheval…

« J'ajoute donc incitation à la débauche à la longue liste de tes méfaits. » fit le blond en tournant de nouveau son regard azur vers le bureau du shérif. « Chance pour toi que la propriétaire de ces vêtements ne veuille pas porter plainte pour vol. »

« Etant donné que je les aient payés, c'est plutôt logique. » répliqua le brun en faisant une grimace. « Et puis je n'ai tenté de séduire personne donc, techniquement, je suis innocent ! »

« Tu conteste les faits en plus alors qu'il y a eu des témoins ? Refus d'obtempérer donc… »

« Je me défends contre des accusations totalement injustifiées ! Et puis la moitié de tes « témoins » était ivre au moment des faits. »

« Et outrage à un représentant de la loi. Le châtiment sera donc exemplaire. »

Alors que Yuri s'apprêtait à répliquer, il fut subitement coupé dans son élan quand Flynn l'attrapa par la taille et se mit à le porter sur son épaule comme un vulgaire sac de patates. Passé les cinq secondes de choc, il commença à se débattre dans le but d'avoir à nouveau les deux pieds au sol mais fut brusquement stoppé quand une fessée claqua de façon sonore sur son postérieur, lui arrachant un petit gémissement de douleur et faisant rosir ses joues.

« Flynn… » grogna-t-il entre ses dents.

« Tu veux que je recommence ? » demanda l'adjoint du shérif, prêt à renouveler son geste.

« … Non, ça ira. »

Cette réponse fit sourire le jeune représentant de la loi qui reprit sa route vers le bureau du shérif avec sa prise du jour – qui était aussi sa proie régulière – tandis que celle-ci jetait un regard noir à tous ceux qui riait à ses dépens suite à l'agression – totalement injustifiée selon lui – qu'avait subie la partie postérieure de sa personne.

C'est une fois arrivé à destination que le délinquant put enfin avoir à nouveau ses deux pieds au sol avant d'être assis sur le bureau occupé par le jeune adjoint. Il tendit ses poignets liés en soupirant d'agacement mais, au lieu de voir ses liens être ôtés, ses jambes furent écartés de force et il se retrouva allongé sur le meuble de bois, celui aux cheveux blonds positionné entre ses cuisses en train de soulever la jupe de sa robe avec un intérêt non feint.

« Jusqu'aux sous-vêtements… » constata Flynn en passant sa main sur la partie des cuisses qui n'était pas couverte par les bas. « Et tu t'étonnes que certains aient voulu profiter des charmes la mignonne petite nouvelle du saloon ? »

« Alors comme ça je suis « mignonne » ainsi ? » demanda Yuri avec ironie. « Dommage mais seul un client très… privilégié a le droit de jouir pleinement de mes services et il a eu un peu de retard je dois dire. »

« Il a probablement été victime d'un contretemps fâcheux. Je suis persuadé qu'il est plus que frustré de ne pas avoir été à l'heure à son rendez-vous… »

« Viens-là mon mignon ! »

L'adjoint ôta rapidement son chapeau de sa main libre, ce qui permit à son compagnon, s'étant remis en position assise, de passer ses bras plus facilement autour de sa nuque puis d'écraser violemment ses lèvres contre les siennes dans un baiser fougueux tout en nouant ses jambes autour de sa taille pour le serrer encore plus contre lui. Une main passa dans ses longs cheveux noirs, les libérant du ruban rouge qui les maintenaient jusqu'ici, puis se perdit avec ardeur entre les mèches sombres. Le contact fut rompu à peine une seconde avant de reprendre de plus belle, leurs corps se pressant mutuellement l'un contre l'autre.

Quand ils se séparèrent, Flynn passa une main sous les cuisses de Yuri et le souleva du bureau pour le poser au sol une fois qu'il l'eut lâché. Ce dernier tendit à nouveau ses poignets liés vers lui avec un sourire coquin aux lèvres… qui se mua en grimace quand il vit la lueur sadique au fond des yeux bleus de son compagnon.

« Pour avoir déclenché une bagarre au saloon, tu resteras en cellule jusqu'à ce soir. » déclara l'adjoint du shérif avec un sourire satisfait aux lèvres. « Bien entendu, tu garderas ces vêtements jusqu'à ta libération. »

« … Espèce de salaud… » grogna le criminel en jetant un regard noir à son compagnon. « Les charmes de la mignonne te sont définitivement refusés… »

« Ton séjour sera prolongé pour outrage à un représentant de l'ordre si tu persistes dans cette voie. »

« Leblanc va forcément me faire sortir demain matin… »

« Ça dépend… Une clé est relativement facile à égarer tu sais… »

Pendant un très court instant, Yuri se dit que Flynn n'oserait pas aller jusque-là mais il repensa au coup de la fessée ainsi qu'aux précédentes fois où son compagnon l'avait capturé et se dit qu'en fait, il en était parfaitement capable et qu'il n'en éprouverait probablement aucun remord.

« La mignonne est de nouveau disposée à satisfaire son client privilégié… » capitula celui aux cheveux longs en faisant la moue, peu satisfait d'avoir perdu.

« Parfait ! » fit le représentant de la loi en déposant un rapide baiser sur les lèvres de son amant avant de se pencher vers l'oreille de celui-ci. « J'ai plus que hâte de te serrer toute la nuit entre mes bras et d'entendre ta délicieuse voix résonner dans la pièce, mignonette… »

Après un dernier baiser, Yuri consentit à rejoindre sa cellule, se préparant mentalement à subir les moqueries de Leblanc et des deux nigauds en attendant patiemment que le soleil se couche et que Flynn vienne le transférer dans une prison bien plus douce et chaleureuse…


Conclusion : Faites gaffe quand vous me parlez car on ne sait jamais si certaines de vos idioties vont réapparaitre ou non dans mes textes...

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Saudade (Portuguese) : the feeling of longing for something or someone that you love and which is lost

Titre : Liberté

 

Genre : Crossover, UA

Crossover : White Collar/Fbi duo très spécial

Mots : 838

Disclaimer : Encore une fois, rien n'est à moi.

Rating : K+


Yuri grognait intérieurement depuis sa sortie de prison mais il savait que s'il voulait sortir de là, le prix à payer était sa liberté… et ce fichu bracelet à sa cheville qui sonnait dès qu'il sortait de son périmètre – bon, il était correct et puis Raven lui avait raconté le cas d'un de leurs collègues qui n'avait pas eu tant de chance et qui devait jouer les équilibristes pour prendre une douche. Devenir consultant était sa meilleure option s'il voulait mettre la main sur celui qui avait probablement enlevé Judith… Même si c'était une grande fille, il avait su dès sa dernière visite que quelque chose clochait et sa disparition subite était suspecte.

Qui aurait cru qu'il serait à présent consultant pour le FBI et qu'il ferait équipe avec celui qui l'avait arrêté ?

« Je suis en train de me demander ce qui est pire : ta voiture ou le fourgon pour les planques ? » lança-t-il à l'agent assit à la place du conducteur qui, en même temps qu'il surveillait l'entrée de la maison de leur suspect dans une affaire d'escroquerie immobilière, mangeait un sandwich à l'odeur suspecte.

« Si tu n'es pas content, je peux toujours demander à te raccourcir un peu ta laisse. »

Bon, en même temps, Yuri savait qu'il aurait pu tomber sur pire. Flynn Scifo était loin d'être un sale type, bien au contraire. Ils s'entendaient relativement bien si on exceptait leurs différences de goûts culinaires et de loisirs – il en avait strictement rien à cirer du baseball donc il fut plus qu'heureux d'entendre la fin du match dans l'autoradio.

« Elle me tire déjà assez comme ça à mon goût… » marmonna le criminel en fronçant le nez face au parfum que cet en-cas dégageait. « Rappelle-moi combien de temps je dois bosser au bureau déjà ? »

« Trois ans, sept mois et dix jours approximativement. » répondit Flynn dont les yeux bleus restaient fixés sur cette porte. « A condition bien entendu que tu respectes la loi jusqu'à ce jour. »

Bon ben il n'était pas près de la revoir sa chère liberté…

« Je te rappelle juste que si tu t'enfuies, je me ferais un plaisir de revenir te chercher. » poursuivit l'agent du FBI en désignant la paire de menottes dans la poche de sa veste. « Ça ne ferait que la troisième fois… »

« Deuxième. » rectifia immédiatement Yuri. « Je t'ai laissé volontairement m'avoir la dernière fois. »

« Ça ne change rien au résultat : je t'ai passé les menottes deux fois et je suis prêt à recommencer encore s'il le faut. »

« Désolé chéri mais je ne suis pas persuadé que ta femme apprécierait que tu scelles à nouveau ton union avec moi. »

Un rire amusé s'échappa des lèvres de Flynn, ce dernier ayant visiblement saisi le sarcasme.

« Estellise ne m'en tiendra pas rigueur je pense. »

Cette fois, l'agent s'était tourné vers lui pour lui répondre, leur permettant d'échanger un sourire.

« Promets-moi que le jour où vous irez en vacances tous les deux, ce ne sera pas Sodia qui devra s'occuper de moi. » lança-t-il avant de faire une grimace. « Elle n'a aucun sens de l'humour. »

« C'est la meilleur de mon équipe et je lui fais entièrement confiance. » répliqua Flynn avec sérieux en regardant de nouveau la porte de la maison de leur suspect. « Et pour le moment, je n'ai pas le temps de prendre des vacances. »

« Vu comme tu te tues à la tâche, ça ne m'étonnes pas ! »

Ils échangèrent un rire avant de se concentrer sur leur objectif : résoudre cette affaire en coinçant le pourri de l'histoire – dans le cas présent, Yuri était d'accord vu que le type aimait voler des personnes déjà dans le besoin mais dans d'autres enquêtes, il trouvait un peu dommage de voir de tels talents de faussaires sous les verrous… jusqu'à ce qu'il comprenne que ça lui faisait moins de concurrence pour lui et le vieux.

Ses pensées dérivèrent à nouveau sur sa liberté perdue et il songea à ces voyages qu'il ne pourrait plus faire… Il aurait bien fait un tour à Paris cet été…

« Il sort enfin. »

Le voleur sortit de sa torpeur pour constater que leur suspect quittait effectivement son domicile avec une mallette qui lui était étrangement familière…

« Ce ne serait pas celle d'un type qu'on a interrogé ce matin ? » demanda-t-il en désignant ce que leur cible avait en main.

« Elle y ressemble fortement. » approuva Flynn en mettant le contact quand il vit leur homme monter en voiture. « On va le suivre et voir où il nous mène. »

« On pourrait aussi rentrer chez lui et… »

« Quand on aura un mandat, ce qui n'est pas le cas. »

Plus libre d'aller où il veut quand il le veut… Pareil pour ses actes. Ô chère et regrettée liberté, comme elle lui manquait en cet instant…


L'idée m'est venue la veille où il fallait le poster... Un moment que j'avais pas écrit un texte (certes court) aussi vite...

 
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Vedriti (Slovene) : to take shelter from the rain and wait for it to finish so you can go on your way

Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas tout comme Ranma ½ (bien que je n'utilise que peu de choses dans ce dernier)

Titre : Jour et nuit

Rating : K +

Mots : 1353

Genre : UA et croosover (humour bien caché tant qu'on y est)

Note : Suite d'un petit texte débile publié sur tumblr il y a un moment. Participait au Fluri week 2015.


Au départ, l'idée d'aller s'entraîner dans les montagnes était excellente. Personne pour les déranger, pas de téléphone qui sonne, pas de stress… Ils étaient totalement coupés du monde et n'avaient aucun élément qui risquait de perturber leur entraînement.

Par contre, le choix de ces sources… sur le papier, le lieu était parfait ! Mais dans les faits, un petit détail non négligeable sur la particularité de cet endroit… dont il avait vite fait les frais en tombant tous les deux dans les eaux magiques de l'une d'elles.

« La pluie n'a pas l'air de vouloir se stopper. » constata Flynn en jetant un coup d'œil par la fenêtre de la cabane où ils s'étaient abrités.

S'il avait eu le temps de rentrer à l'intérieur avant que la douche froide ne se mette subitement à tomber, Yuri n'avait pas eu autant de chance et, en plus de s'être fait trempé de la tête aux pieds – ses longs cheveux noirs étaient encore gorgés d'eau –, la malédiction dont il était victime s'était activée et le jeune homme s'était donc changé en une jeune femme… qui était actuellement entièrement nue le temps que ses vêtements soient secs tandis qu'elle essorait soigneusement sa chevelure sombre.

« C'est dommage que nous n'ayons pas de quoi faire un feu ici. » fit Yuri en se recoiffant à l'arrache. « Je rêve d'un bain chaud ou d'une grosse couverture… »

« Il faudra attendre que ça se calme. » répliqua le jeune homme aux cheveux blonds en gardant obstinément ses yeux tournés vers l'extérieur. « Je doute qu'on retrouve le chemin vers le village avec toute cette pluie. »

Sans avertissement, Flynn vit son ami le rejoindre d'un coup, fixant la météo humide en faisant une moue tout se penchant légèrement en avant, mettant en valeur une partie de son anatomie actuelle que celui au regard azur aurait souhaité ne pas voir d'aussi prêt… Ce dernier quitta immédiatement la place qu'il occupait pour échapper à cette vue qui le gênait fortement.

« Va falloir que tu t'y fasses tu sais. » lui lança son meilleur ami avec un sourire en coin. « Y a pas de remède connu à cette malédiction. »

« Il y a surement une source qui en annule les effets ! » s'exclama-t-il en gardant ses yeux tournés vers le mur. « En cherchant bien… »

« Nos vacances se terminent dans deux jours donc sauf miracle ou coup de génie, c'est mal barré. Faut que tu vives avec ! »

« Moi je ne suis pas comme toi à… à… »

« Un problème Flinnie ? »

Flynn sursauta en sentant le souffle de Yuri contre son oreille, réalisant qu'il avait baissé sa garde et laissé « l'ennemi » entrer sur son territoire. Il s'écarta donc vite du danger mais fut immédiatement suivi – ce qui n'était pas difficile vu la taille de la cabane – et à nouveau nez à nez avec ce qu'il ne voulait absolument pas voir.

« Yuri, laisse-moi tranquille ! » s'exclama-t-il avec force, ce qui ne sembla pas émouvoir son interlocuteur.

« Je m'ennuie et tu es ma seule distraction. »

Sur cette phrase, il recula d'un dernier pas… et eut le malheur de trébucher, ouvrant la porte de la cabane. Il tomba à l'extérieur, dans le sol boueux et sous la pluie glacée, déclenchant ainsi une transformation dont il se serait volontiers passé.

Deux bonnes heures plus tard, la météo ne se décidait toujours pas à se calmer et ils commençaient tous les deux à avoir froid : l'un grelotait car il n'avait plus rien pour le couvrir et l'autre car il avait, pendant tout ce temps, conservé des vêtements mouillés sur le dos.

« Tu vas attraper la mort. » dit Yuri en frottant énergiquement ses mains contre ses bras.

« La faute à qui au juste ? » répliqua Flynn sur un ton acide.

« Tu es tombé tout seul. »

« Parce que tu n'as rien trouvé de mieux à faire que ton intéressant. »

« C'est surtout que tu as clairement un problème avec la nudité. »

« Absolument pas ! »

« Donc tu ne verras aucun inconvénient à aller dans un camp de nudistes un jour ? »

Il marqua un temps avant de répondre, se souvenant que Yuri était tout à fait capable de s'exécuter. Il décida finalement de ne rien dire et l'ignora superbement… jusqu'au moment où ce dernier se colla fortement à lui. Il s'apprêtait à lui lancer une réplique acide quand il le vit trembler puis, se souvenant tout à coup qu'il n'avait pas très chaud lui aussi, laissa passer la chose sans un mot et tous deux attendirent ainsi, dans le silence, que la météo soit plus clémente.

C'est après plus de deux bonnes heures de patience que le ciel se dégagea enfin, les nuages emmenant la pluie avec eux. Yuri s'était rhabillé – Flynn ne s'en était pas plaint, bien au contraire – et ils avaient rapidement reprit la route du retour, le crépuscule étant très proche…

« Tu comptes faire comment donc ? » demanda subitement celui aux longs cheveux sombres, rompant le long mutisme qu'ils avaient entretenu jusqu'à cet instant.

« Déménager peut-être. » répondit-il, ayant eu largement le temps d'y réfléchir durant tout le temps où ils étaient dans la cabane. « Si on ne veut pas finir en bêtes de foires, il va bien falloir en arriver là le temps de trouver un remède. »

« J'ai bien entendu un « on » dans ta phrase ? Qui te dit que ça ne me conviendrait pas de rester ainsi ? »

« Je t'imagine surtout mal enfermé dans une cage et à recevoir de l'eau à différentes températures sans prévenir pour amuser les curieux. Je n'ai jamais douté du fait que tu parviendrais très bien à te faire à cette situation et à en tirer profit de manière plus ou bien louable… »

A cette remarque, Yuri fit une moue boudeuse.

« J'ai passé l'âge d'aller épier le vestiaire des filles tu sais Flinnie… » marmonna-t-il tandis que le village était en vue.

« Ce n'est pas à cela que je pensais… » répliqua Flynn en jetant un regard d'avertissement à son meilleur ami.

De retour au village, ils allèrent vite à l'auberge où ils séjournaient et furent surpris de voir une jeune femme à la chevelure bleutée qui avait une pancarte entre les mains portant leurs noms.

« Vous devez être les nouveaux. » dit-elle avec un sourire mystérieux. « Je m'appelle Judith et je suis votre nouveau guide à partir de maintenant. »

Ils échangèrent un regard intrigué, tous deux se souvenant très bien que leurs vacances se terminaient dans deux jours et qu'ils avaient déjà eu quelqu'un pour les escorter jusqu'aux fameuses sources qui étaient l'origine de leurs malheurs.

« Je m'occupe de ceux qui ont été maudits comme vous. » expliqua-t-elle en voyant leurs airs perplexes. « Il y a un village qui a été construit et où vous pouvez venir vous installer en toute discrétion. Une maison vous est déjà réservée. »

« Plutôt rapide par ici… » lâcha Yuri, impressionné.

« C'est un peu soudain… » compléta Flynn. « Il nous faut du temps pour organiser nos départs… »

« Pas de problème ! » s'exclama Judith en lui tendant une carte de visite. « Dès que vous aurez prit votre décision et réglé vos affaires en cours, passez-moi un coup de fil. »

… Puis elle s'en alla sans un mot, les laissant littéralement en plan et avec une solution potentielle à leur souci majeur…

« On fait quoi ? » demanda celui aux cheveux longs avec un air interrogateur.

« Honnêtement… Je n'en ai aucune idée. » répondit-il, son cerveau encore en train d'étudier cette proposition assez intéressante.

« Bon ben en attendant, moi je vais prendre un bon bain chaud ! »

C'est sur cette phrase qu'ils retrouvèrent leur chambre… et que Flynn dû rappeler à Yuri que lui aussi avait besoin de l'eau chaude car il n'avait aucune envie de rester une fille toute la nuit.


Avais-je bien joué le jeu selon vous ? Je reconnais avoir écrit mieux mais je m'y suis mise un peu tard sur ce texte...

 
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 Note de Kal : Les bizarreries continues avec ce chapitre.

Chapitre 2 : Feu et glace

C'était agaçant d'être coincée ici sans avoir rien d'autre à faire que de chercher des infos sur le climat de ce monde et de récupérer le moindre petit objet qui n'avait rien à y faire.

Zaphias n'était pas différente des autres villes qu'elle avait déjà visité : grande, divers quartiers bien spécifiques à chaque classe sociale et dirigée par un monarque. S'y adapter n'avait donc pas été très difficile et il ne lui avait pas fallu longtemps pour repérer un bon pigeon à plumer parmi la noblesse, lui permettant ainsi d'avoir de quoi se payer une chambre à l'auberge et de quoi manger pour un petit moment. Elle en avait aussi profité pour voir ce qu'était la mode du moment et elle fut enchantée de constater que, là encore, elle était proche de ce qu'elle avait déjà pu voir dans le passé.

Après avoir troqué sa tenue d'assassin contre une robe pourpre partant en évasé en bas ainsi qu'aux épaules dénudées correspondant à la tendance actuelle puis rassemblé ses trois tresses en une seule, elle s'était mise à fureter un peu partout, cherchant quoique ce soit pouvant l'aider à comprendre ce qu'il s'était passé dans cette grotte et, surtout, qui était ce dénommé Flynn Scifo qui n'avait rien à faire sur cette liste.

De plus, elle avait un autre problème et de taille : son chasseur d'aurores était à plat et elle avait perdu son seul moyen de pouvoir contacter quelqu'un de son monde. Elle était donc coincée à Terca Lumireis pour un petit moment…

L'interrogatoire de ce garçon aux cheveux rouges lui avait permis d'apprendre pas mal de choses comme le fait que ce Flynn était le Commandant des Chevaliers Impériaux et que, visiblement, quelqu'un avait profité de sa disparition pour occuper la place qu'il avait laissée, ce qui n'était pas du goût de tous. Comme ce jeune poil de carotte lui avait été utile, elle s'était sentie d'humeur généreuse et s'était contentée de le laisser partir.

De toute façon, personne ne connaissait son nom et quelque chose lui disait que ceux qui l'avait piégée ignoraient qu'elle était une femme vu qu'excepté ce qu'il s'est passé à cette grotte, elle avait plutôt eu une paix royale – sauf peut-être un ou deux malchanceux qui l'avait confondue avec une prostituée et qui n'auront plus aucune possibilité d'avoir une descendance légitime. Mais bien qu'elle était certaine d'avoir perdu cet objet là-bas, elle n'avait pas pu remettre la main dessus.

Où avait bien pu passer cette fichue clé ?

-§-

A Yurzorea, Flynn avait parlé de son intention de partir pour Dahngrest dès le lendemain. Thomas lui avait expliqué qu'il avait environ une journée de marche à prévoir pour rejoindre un embarcadère où il y avait un bateau faisant le trajet régulièrement pour réapprovisionner le village et qui prenait quelques passagers en échange de quelques Galds. S'il avait de la chance, le voyage durerait à peu près trois jours.

« Ce ne serait pas mieux que vous restiez ici encore un peu ? » lui avait demandé Sasha avant qu'il n'aille dormir.

« Non. Il faut que je retourne au plus vite à Zaphias. » répondit-il directement puis, en voyant l'air un peu triste du visage de la jeune femme, il poursuivit. « Mais je promets de revenir très vite une fois les affaires les plus urgentes réglées. »

« Il a raison Sasha. » ajouta Thomas après avoir vérifier que sa lance était à sa place. « Et puis tu sais aussi bien que moi que ce ne serait pas possible qu'il reste actuellement. »

Oui. D'une part, Flynn ne souhaitait pas s'imposer et d'autre part, il craignait de les déranger plus longtemps. Cependant, en apercevant cet air abattu qu'avait celle aux yeux perle, il eut un pincement au cœur.

« Si vous le dites… Bonne nuit. » fit Sasha en montant l'escalier sans leur accorder un regard.

Il voulut lui emboîter le pas mais une main vint se poser sur son épaule, l'empêchant d'avancer. Il se tourna vers le jeune homme aux yeux acier qui lui fit comprendre d'un mouvement de tête de ne pas la suivre.

« Elle ira mieux demain. » lui dit Thomas en le lâchant. « C'est juste qu'elle a du mal avec les promesses depuis la mort de son frère. »

Flynn n'eut pas besoin d'en demander davantage pour savoir que Sasha avait dû aussi mal encaisser que lui le décès de Yuri. Surtout qu'en plus, elle n'avait pas pu profiter de la personne aussi longtemps que lui.

« Pensez juste à me prévenir avant votre départ. » poursuivit le jeune homme aux yeux acier. « Je vous laisserai un bouclier et une épée à ce moment là. »

« Je m'arrangerai pour vous dédommager pour tout ce que vous avez… » commença celui aux yeux azur avant que son interlocuteur ne lui coupe la parole.

« Ça ira. Ce qui m'importe est que vous rentriez chez vous en un seul morceau. »

Il aurait pu insister un peu plus mais Flynn savait que s'il voulait partir au plus tôt, il devait aller dormir. De plus, rien ne l'empêchait de tout de même donner une compensation financière à Thomas une fois qu'il serait revenu à Zaphias.

Après avoir souhaité une bonne nuit à son hôte, il monta dans la chambre qu'il occupait, non sans jeter un coup d'œil du côté de celle de Sasha et constater, grâce à la faible lumière en bas de sa porte, qu'elle devait être encore éveillée. Il se dit qu'il lui parlerait demain et il ferma derrière lui. Une fois sa lampe posée sur la table de chevet, il observa de nouveau cette étrange clé, se demandant quel était son rôle exact. Se disant qu'il aurait peut-être sa réponse à Zaphias, Flynn se coucha puis éteignit sa lampe avant de commencer à laisser venir le sommeil, les yeux toujours fixés sur l'endroit où se trouvait ce curieux objet.

Soudain, il vit une lumière bleutée luire. Il se releva et s'aperçut qu'elle venait de la clé et, plus précisément, du lapis-lazuli qui émettait une lueur bleu roi ainsi que quelques points argentés. Les deux améthystes brillèrent ensuite chacune d'une lueur violette qui s'éteignit quelques secondes après, laissant derrière elles deux papillons d'un violet éclatant.

« Qu'est-ce que… » commença Flynn avant de s'interrompre.

Les deux insectes s'étaient mis à battre des ailes, s'élevant gracieusement en faisant tomber une poussière argentée dans son sillage. L'un d'eux se dirigea vers un des murs de la pièce et, à la surprise du jeune homme, passa au travers. L'autre, quant à lui, vint se poser sur la main du chevalier, laissant ce dernier admirer les élégantes arabesques sur ses ailes de lumière violette avant d'émettre une lueur argentée qui le fit sombrer dans le sommeil.

Les mondes oniriques vous sont à présent ouverts…

-§-

Une odeur de bois brûlé et d'encens le prit aux narines puis vint s'y ajouter le son de flammes qui crépitaient avec allégresse ainsi qu'une chaleur frappant sa peau avec de plus en plus d'intensité…

« Que fait un étranger ici ? » demanda la voix d'un jeune garçon.

« Il va peut-être servir d'offrande pour le rituel… » ajouta un autre, probablement plus âgé de par le fait que sa voix semblait être en train de muer.

Le son d'un violent coup suivi d'un « aïe » fut ce que Flynn entendit juste avant d'ouvrir les yeux et de découvrir deux garçons, visiblement de la même famille de par les quelques ressemblances physiques qu'ils partageaient – à savoir des cheveux d'un noir de jais, des yeux sombres et légèrement bridés, un teint un peu mat -, et une femme, qui lui semblait de petite taille, ayant certainement passé la cinquantaine et dont les cheveux noirs étaient parsemés de quelques fils blancs.

« James Liang Hooks. » fit-elle sur un ton sévère. « Tu es prié de te tenir à carreau dans la demeure de celui qui deviendra notre seigneur et maître. »

« Et pourquoi je dois être son gardien ? » répliqua le dénommé James avec une certaine insolence. « Moi je veux entrer dans l'armée ! Jason serait bien meilleur que moi en nounou ! »

« Les règles sont les règles ! Tu es l'aîné et c'est à toi d'endosser cette lourde responsabilité. »

Alors que le plus âgé des deux garçons poursuivit sa querelle avec la cinquantenaire, Flynn se leva, observant l'endroit où il se trouvait avec curiosité : un sol noir dans un matériau qu'il ne reconnut point, des murs en bois sur lesquelles étaient peintes diverses fresques en rapport avec le feu, une structure en bois soutenant le toit lui rappelant quelque peu celle de Yumanju, diverses vasques d'une dizaine de centimètres de diamètres dans lesquelles brûlaient de vives flammes et, plus loin, une bien plus large au sein de laquelle se trouvait un véritable brasier.

Le plus jeune des enfants, Jason, s'inclina respectueusement devant lui.

« Bienvenue dans l'autel du feu monsieur. » dit-il sur un ton neutre. « Mon nom est Jason Lu-Pan Hooks et voici grand-mère Wong ainsi que mon grand frère James. »

« Enchanté. » répliqua Flynn avant d'imiter le salut de son jeune homologue. « Je m'appelle Flynn Scifo et... je me demandais au juste où je me trouvais exactement. »

« Vous êtes dans les mondes oniriques jeune homme. » lui répondit madame Wong. « D'ailleurs, vous tombez au bon moment car j'étais face à un dilemme suite au manque de sérieux de l'un de ces jeunes gens. »

A cette phrase, elle jeta un regard noir à James qui croisa les bras sur sa poitrine, visiblement de mauvaise humeur.

« Normalement, le rituel doit être accompli par un de nos meilleurs moines mais le concerné a négligé ses devoirs et se voit privé de cet honneur. » poursuivit-elle avant de tourner son regard sombre sur Jason. « Quand à l'autre candidat possible, il n'a pas encore accompli son rite de passage et, n'ayant pas le droit de l'accomplir moi-même pour l'avoir déjà fait il y a quelques décennies, je me voyais contrainte de faire un choix. »

« Mais je peux faire ce combat grand-mère ! » s'exclama l'aîné des garçons avec force. « Et tu verras que ce sera la dernière fois qu'il aura lieu ! »

« Attendez… » les interrompit le chevalier. « Combattre qui au juste ? »

« L'incarnation du feu. » précisa le plus jeune avant de désigner la vasque la plus grande. « Le duel se fait à mains nues et, pour permettre à son esprit de renaître, il faut lui redonner son humanité ainsi qu'un nouveau nom pour cette vie présente. »

« Et je crois bien que l'heure est venue. » constata la femme âgée en fixant le sol.

Tous l'imitèrent et, luisant d'une lumière dorée, un immense cercle apparut à l'intérieur duquel se dessina progressivement une image qui s'avéra être celle d'un immense oiseau aux ailes de flammes. Au moment où Flynn s'apprêtait à se retourner, il reçut un violent coup de bâton dans le dos qui le déséquilibra, le forçant à avancer de deux pas pour retrouver sa stabilité, ce qui l'amena à l'intérieur de cette immense illustration. Juste après, des flammes d'or surgirent du bord du cercle, le retenant prisonnier tandis que le brasier de la plus grande des vasques s'intensifia brusquement.

« Qu'est-ce que… » commença-t-il en constatant qu'il était pris au piège.

« Ce rituel est un combat entre deux adversaires pleins d'ardeur. » le coupa madame Wong. « Montre-nous donc ta valeur jeune Flynn Scifo. »

« Et souvenez-vous que le but n'est pas de gagner ! » s'exclama Jason.

Alors qu'il allait demander où se trouvait son adversaire, l'immense brasier prit la forme d'un oiseau de feu et celui-ci prit son envol. Une fois au-dessus du cercle enflammé, il se posa au sol et ses flammes s'éteignirent, laissant place à une personne portant un masque noir dépourvu d'expression faciale et dont les rares détails étaient soulignés de teintes rouges et or. La tenue de son opposant était dans les mêmes tons et du même style que celles des deux enfants : une sorte de tunique rouge à manches longues possédant trois fermetures noires en tissu au niveau du col, un pantalon noir et des chaussures en cuir souple. Les seules différences, si l'on exceptait le masque, étaient les gants en cuir noir et une sorte de bonnet en soie rouge et noire avec une fine tresse noire qui s'en échappait. Autrement, de par sa taille devant avoisiner le mètre soixante-cinq et de ce lui semblait être une faible carrure, le jeune homme supposa qu'il avait affaire à un adolescent ou peut-être à une femme d'un physique proche de celui d'Estellise.

Lorsque son adversaire s'inclina respectueusement devant lui, Flynn imita le geste puis quand celui-ci se mit dans une posture offensive, il mima de nouveau la chose.

Celui en rouge lança l'assaut avec une série de coups de poings rapides qu'il eut du mal à contrer sans autre moyen de défense que ceux que lui offrait son propre corps, surtout face à une technique de combat qui lui était inconnue. Il fut pris de court quand son opposant lui sauta par-dessus avec une étonnante facilité pour, avec rapidité, atterrir dans son dos puis se retourner tout en lui assénant un violent coup de pied dans le ventre pile au moment où il était en train de se tourner pour se remettre face à lui, ce qui le mit à terre en un clin d'œil.

Le jeune homme, bien que fortement gêné par la douleur qu'il ressentait au niveau de l'abdomen, se releva rapidement et lança sa contre-attaque. Cependant, son poing fut bloqué par la fine main de son adversaire et la deuxième vint attraper le col de sa chemise puis, utilisant l'élan qu'il avait pris pour porter son coup, le projeta au sol en retournant sa propre force contre lui.

« Pff ! C'est qu'un amateur ce type ! » fit James avec ennui. « Faut vraiment être un incapable pour ne pas penser qu'un moine ne saurait pas parer ce genre d'attaq- Aïe ! »

« Laisse-le s'échauffer un peu. » dit sèchement madame Wong. « Ce n'est pas parce qu'il ne se bat pas comme nous qu'il ne sait pas combattre. »

Ça, Flynn espérait bien le leur prouver, surtout après toutes les bagarres auxquelles il avait participé avec Yuri. Tout ce qu'il devait faire était de s'adapter à celui qui lui faisait face, ce qui promettait d'être assez difficile.

Un léger déclic se fit dans son esprit : si le coup de pied qu'il avait reçu avait beaucoup de force, les coups de poings manquaient de puissance et, manifestement, son opposant ne devait pas avoir une grande force physique. Par contre, il était rapide, agile et savait comment retourner la puissance de son adversaire contre lui. En conclusion, il avait affaire à une personne bien entraînée pour le combat au corps-à-corps.

« L'objectif n'est pas la victoire qui plus est mais lui rendre son humanité… » fit Jason sur un ton pensif. « Le but est donc de résoudre cette énigme en plein combat. »

Lui rendre son humanité ? Qu'est-ce que cela pouvait signifier ?

Après s'être relevé et remit en position offensive, Flynn trouva la réponse à cette question : il devait lui ôter son masque dénué d'expression et, ainsi, dévoiler son visage. Cela pourrait même s'avérer plus facile à faire que de gagner s'il calculait bien son coup…

Il tenta d'abord une feinte en faisant croire à une attaque sur la gauche mais son adversaire se baissa rapidement puis effectua un balayage avec sa jambe. Il parvint cette fois-ci à éviter de se retrouver de nouveau allongé au sol en faisant une pirouette tout en s'appuyant par terre sur une main. L'ennemi répliqua rapidement en reproduisant le premier coup qui l'avait mis au tapis mais, sachant à présent où était le danger, il le para en attrapant sa cheville et le tira vers lui. Cependant, il ne s'était pas attendu à ce qu'il lui attrape violemment le bras droit, appuyant fortement avec ses doigts, et le relâche quelques secondes après en lui laissant son membre complètement engourdi…

Flynn dut lâcher sa cheville et il releva la manche de sa chemise pour essayer de comprendre ce qui clochait. Tout ce qu'il put voir, c'était les marques de certains des doigts qui, à ce qu'il lui paraissait, avaient appuyé des points bien précis…

« Ça va passer assez vite. » lui précisa madame Wong. « Il n'aurait pas eu de gants, ça aurait été différent. »

Bon à savoir mais ça n'arrangeait pas ses affaires. Il devait trouver une stratégie pour prendre le dessus ne serait-ce qu'un court instant et, le temps de réfléchir, il se mit en position défensive, laissant son bras engourdi le long de son corps.

Dans ces moments-là, il enviait Yuri et ses aptitudes à assimiler rapidement les techniques de combat qu'il voyait…

Son opposant passa à l'attaque en prenant de l'élan pour lui donner un coup de pied quand Flynn eut une idée.

Au lieu de se préparer à esquiver ou parer le coup, il fonça droit sur son adversaire et, tandis qu'il sentait le pied de celui-ci lui frapper le flanc, il lui donna un violent coup de tête au niveau du front, ses yeux bleus croisant fugitivement le regard embrasé et surpris de celui lui faisant face, ne s'étant visiblement pas attendu à cela.

Après être de nouveau tombé au sol et avoir entendu le son de quelque chose qui se brisait, le jeune chevalier, la tête douloureuse, se releva sous les applaudissements de madame Wong et de Jason. Il se tourna vers son adversaire qui était à terre, son masque noir s'étant brisé en plusieurs morceaux et son bonnet de soie ayant quitté son crâne, révélant sa longue chevelure d'un noir de jais ainsi que ses traits féminins et sa bouche charnue. A vue de nez, il ne lui donnait pas plus de seize ans.

Soudain, la tunique rouge ainsi que les gants prirent feu et, quand les flammes s'éteignirent au bout de quelques secondes en même temps que celles du cercle, la jeune fille portait à présent un haut en soie sans manches de couleur rouge et or ainsi que des mitaines en cuir marron.

« Ce rituel est une réussite ! » s'exclama madame Wong avec une certaine fierté. « Très bien joué jeune homme. »

« J'admets qu'il s'en est bien sorti… » fit James, encore surpris par ce qu'il venait de se passer.

« Ne reste plus qu'à la baptiser pour sa nouvelle vie. »

A cette phrase, la jeune femme se mit à froncer le nez avant d'ouvrir les yeux, son regard sombre aux reflets orangés croisant ses orbes azur quand il s'approcha près d'elle. Elle s'assit au sol, l'air un peu sonnée, avant de secouer vivement sa tête.

« Ouille… » dit-elle en posant sa main contre son front. « J'ai l'impression d'avoir une cloche dans mon crâne… »

« Il se peut que j'y sois allé un peu fort. » déclara-t-il d'un ton désolé.

« Elle a vu bien pire, croyez-moi. » fit madame Wong. « Et bien que la tradition veut que cela soit son gardien qui lui choisisse son nouveau nom pour sa vie actuelle, je propose de faire une petite exception en vous laissant le choix du prénom. »

Devant son air interrogatif, Jason s'empressa de l'éclairer sur le sujet.

« En fait, vous avez accompli le rituel de renaissance qui lui permet de se réincarner après sa mort. A chaque fois qu'elle revient à la vie, il faut lui donner une nouvelle identité pour la protéger de ses ennemis éventuels le temps qu'elle soit prête pour l'éveil final. »

« Encore faut-il que je me fasse pas tuer avant comme à chaque fois… » précisa la jeune femme avec un ton amer avant de se tourner vers lui. « Propose un prénom qui t'inspire de préférence et pas un truc au hasard ou cherché dans un horoscope. »

Plus facile à dire qu'à faire. Un prénom féminin qui l'inspirait… Maintenant qu'il y réfléchissait, il en voyait peut-être un…

« Mélissa… » dit Flynn, d'abord à voix basse puis en reprenant à voix haute. « Pourquoi pas Mélissa ? »

« Il a quoi de particulier ce prénom à part qu'il n'est pas franchement de chez nous ? » demanda James qui s'étirait paresseusement avant de recevoir un coup de bâton sur la tête.

« C'était celui de ma mère. »

« Ah… Je vois » fit madame Wong avec empathie avant de se tourner vers la jeune fille. « Qu'en dites-vous votre Altesse ? »

Le nez froncé, la jeune femme semblait réfléchir intensément. Puis, tout à coup, elle se tourna vers lui, une légère lueur de curiosité dans les yeux.

« Est-ce que tu aimais sincèrement ta mère ? »

« Pardon ? » répliqua Flynn face à cette question plus qu'inattendue avant de se reprendre face au regard insistant que lui lançait sa cadette. « Oui, comme beaucoup de petits garçons. Elle était douce, aimante et… très à cheval sur ses principes. Elle n'a jamais voulu accepter la générosité des autres quand elle savait qu'ils avaient volé pour l'aider. »

Il avait eu du mal à se remettre de la mort de son dernier parent encore en vie. Sans Yuri et les habitants des bas-quartiers, qui sait ce qu'il aurait pu devenir ?

« Alors dans ce cas, j'adore ce prénom ! » s'exclama avec un grand sourire celle qui venait de recevoir son prénom.

« Bien votre Altesse. » fit madame Wong en tapant trois fois le sol de son bâton. « Votre nouveau nom est à présent Mélissa Ando Langlay. Qu'il vous apporte toute sa force et vous offre une longue vie parmi nous. »

Mélissa se leva d'un bond puis étira ses bras vers le haut.

« C'est parti pour attendre le moment de la renaissance et le jour du rituel de l'éveil ! » s'exclama-t-elle tout en se laissant aller en arrière afin de faire une pirouette et de se rétablir adroitement sur ses deux pieds puis elle reprit la parole en regardant les deux jeunes garçons. « C'est lequel qui va me servir de gardien ? »

« Moi ! » fit James en levant la main avec peu d'enthousiasme. « Ce serait pas plus simple que vous reveniez directement sous votre forme actuelle plutôt que de renaître en bébé ? »

« D'accord… Et lui c'est qui du coup ? » demanda Mélissa en pointant Jason du doigt. « Je le trouve vachement plus sérieux à côté. »

« Jason est le cadet et n'a pas encore fini son initiation. » répondit madame Wong avec une pointe de déception dans la voix. « D'ailleurs, il serait temps pour nous d'y aller. »

A cette phrase, Flynn fut assez surpris de voir se dissiper petit à petit les deux garçons ainsi que leur grand-mère. Celle-ci ainsi que le plus jeune des enfants inclinèrent leur tête en signe d'au revoir tandis que l'aîné se contenta d'un geste de la main… qui lui valut un dernier coup de bâton sur le crâne. Quelques secondes plus tard, il ne restait plus que lui et la jeune femme.

« Bon, tu fiches quoi au juste dans les mondes oniriques ? » lui demanda Mélissa de but en blanc en se tournant vers lui.

« Euh… » fit Flynn, pris de cours. « Je ne sais pas moi-même comment j'ai atterri ici… »

« Forte affinité avec le feu je dirais et t'as dû toucher une clé de ce monde, c'est tout. »

Le déclic se fit dans l'esprit du jeune commandant : la clé en argent que Sasha avait trouvé servait en fait à accéder à cet endroit, d'où cette phrase qu'il avait entendu en perdant connaissance. C'était très certainement lors de l'apparition de ce papillon qu'il… Non, il y avait eu deux papillons et le second était allé…

« Attendez… » dit-il en réalisant ce que cette information impliquait. « On a été deux à toucher cet objet et je suis persuadé que cette personne devrait être ici elle aussi. »

« Sauf que je suis certaine que tu es le seul humain à l'autel du feu. » répliqua Mélissa avant de reprendre. « Si ton ami a une affinité avec un autre élément, alors il est à l'autel qui lui est dédié dans les mondes oniriques. »

Le souci, c'était que Flynn ignorait comment cette affinité était déterminée, ce qui signifiait que Sasha pouvait être n'importe où. Surtout qu'en plus, ils ne se connaissaient qu'à peine tous les deux…

« Y a plus qu'à faire le tour donc ! » s'exclama la jeune femme en se dirigeant à l'opposé du plus grand des brasiers, vers ce qui devait mener à la sortie. « Avec du pot, en allant à l'autel de la lumière, la grande prêtresse nous aiguillera ! »

« Ça va prendre combien de temps au juste ? » demanda-t-il en lui emboîtant le pas.

« Ça dépend. Les routes des mondes oniriques changent sans arrêts et la dernière fois que je suis sortie d'ici doit remonter à ma dernière altercation avec Saphir qui s'est encore soldée par ma mort… Tu te bats comment d'habitude ? »

« Avec une épée et un bouclier ? Pourquoi donc ? »

A cette question, Mélissa frappa deux fois dans ses mains et une gerbe de flammes jaillit d'un des brasiers pour atterrir à une dizaine de mètres devant eux, s'éteignant pour laisser place à une épée au pommeau d'or sertie d'un rubis et d'opales de feu ainsi qu'un bouclier circulaire composé de ce qui ressemblait à des écailles rouges.

« Un truc qui cessera de prendre la poussière au moins… » fit la jeune femme en lui désignant les deux objets qui venaient d'apparaître. « Ça t'ira s'il faut se battre ? »

Flynn, une fois remis de sa surprise, examina d'abord le bouclier qui lui semblait particulièrement résistant puis l'épée où il remarqua des mots gravés sur la lame :

Beaucoup de combats se font par l'épée

Mais par ce biais, tous ne peuvent être gagnés

La violence n'est pas toujours une bonne solution

Il y a parfois d'autres options

« Cette épée est la réplique exacte de celle du fondateur du pays du feu. » expliqua la jeune femme avec une pointe de tristesse dans la voix. « Il a fait graver ses mots pour rappeler à ses successeurs sur le trône que faire couler le sang n'est pas la meilleure idée en soi. Malheureusement, je n'ai pas souvenir qu'ils aient tous bien suivi ses conseils dans la branche principale… »

Ils continuèrent leur route jusqu'à parvenir à un mur de flammes qui leur bloquait le passage. Mélissa frappa de nouveau dans ses mains, libérant le chemin… pour révéler une sorte d'énorme serpent aux yeux rouges dont le corps était fait de brume noire et qui enserrait un dragon rouge sombre qui battait vainement l'air de son aile libre pour tenter de se libérer.

« Mais qu'est-ce qu'un cauchemar fiche ici ? » fit la jeune femme avec colère, prenant une posture offensive.

« Il craint les épées ? » demanda Flynn, prêt pour se battre.

« Celle-là oui. Je vais le forcer à lâcher sa proie… »

A ces mots, les deux brasiers les plus proches se mirent à émettre des flammes de plus en plus grandes. Mélissa prit une forte inspiration puis, tandis que le jeune homme se déplaçait pour se préparer à porter ses coups, elle lança ses deux bras en avant en hurlant « CREVE ! », deux puissants tourbillons de feu venant frapper de plein fouet le dragon et le cauchemar qui poussa un cri de douleur avant de relâcher sa prise, sa victime se laissant tomber au sol avant de se relever difficilement en toussant.

Quand la créature brumeuse fut à sa portée, Flynn fonça droit sur elle et planta sa lame dans le corps de celle-ci, ce qui lui arracha un cri perçant. Après avoir ôté sa lame, il lui porta un second coup fatal qui fit se dissiper le nuage sombre enveloppant ce mystérieux monstre, révélant ce qui ressemblait plus à une sangsue et dont le corps sombre était parsemé de veines de couleurs vives. La chose finit par s'écrouler au sol et se désagréger en un tas de poussière sombre qui se dissipa par la suite.

« Je ne sais pas ce qu'il se passe dans les mondes oniriques mais ce n'est pas un très bon présage. » déclara Mélissa en le rejoignant avant de regarder de loin le dragon. « En tout cas, on est arrivé juste à temps. Il devrait s'en tirer sans blessures spirituelles. »

« Des blessures spirituelles ? » demanda-t-il, intrigué.

« Un individu vivant est composé d'un corps, d'une âme et d'un esprit qui fait la liaison entre les deux. Quand ce dernier est endommagé, celui-ci ne peut pas guérir de lui-même et ça peut laisser des séquelles voire entrainer la mort si cela traîne trop longtemps. Dans les mondes oniriques, c'est les cauchemars qui ont tendance à provoquer ce genre de blessures mais d'habitude, ils ne sont pas téméraires au point de pénétrer ici… »

Durant cette explication, Flynn avait pu constater que le dragon s'était relevé et, tels les deux jeunes garçons ainsi que leur grand-mère, il se dissipa, signe qu'il s'était probablement réveillé. Il regarda ensuite autour de lui, admirant le chemin en dalles de pierres grises qui menait jusqu'à l'autel du feu, une bâtisse dont la toiture rouge en pagode lui donnait un côté majestueux et exotique à la fois. Par contre, il avait du mal à se faire à ce ciel mauve parsemé de quelques fines zébrures couleur sang…

« C'est normal que… » commença-t-il en baissant les yeux vers Mélissa.

« Pas vraiment. » coupa-t-elle abruptement. « Mauve oui mais pas comme ça. Et ça à l'air d'être plus prononcé par là. »

Elle désigna du doigt un endroit de la voûte céleste dont les teintes étaient plutôt dans le pourpre voire le carmin. Sans prévenir, elle se remit en marche d'un pas rapide, lui sur ses talons, et s'engagea sur une route de pierres jaunes qui était souillée de quelques tâches bordeaux. A un moment, ils arrivèrent devant ce qui semblait être les restes en partie calcinés d'un arbre à l'écorce de bronze ainsi que d'un panneau indicateur se trouvant au croisement entre quatre chemins et dont seule une direction semblait avoir résisté aux flammes.

« Mais c'est pas vrai ! » s'exclama la jeune femme avec colère en désignant la planche de bois sur laquelle se trouvait un épais cercle noir. « Et il faut que le seul truc qui ait survécu soit celui qui indique la route vers l'autel des ténèbres ! »

« Il suffit tout simplement de choisir un chemin et de revenir sur nos pas si ce n'était pas le bon. » déclara Flynn avec pragmatisme.

« Pas dans les mondes oniriques… A peine on sera arrivé à un endroit que les routes mèneront autre part et ces panneaux sont les seuls qui peuvent nous éviter de nous perdre… »

Ça, c'était un coup dur. S'ils ne pouvaient pas se diriger de façon classique dans ce monde et que leur seul moyen de se repérer n'existait plus, ils ne retrouveraient jamais Sasha…

« Par contre… » fit Mélissa en tournant ses yeux sombres vers le coin où le ciel était pourpre. « Il y a deux lieux où je peux me rendre sans avoir besoin de ces trucs : l'autel du feu et son opposé, l'autel de l'eau. Le hic, c'est que j'ai l'impression que c'est lui qui est sous ce ciel bizarre… »

Ça ne coûtait rien d'aller voir et d'aider quiconque en avait besoin. De plus, peut-être que quelqu'un là-bas saurait où était Sasha.

-§-

Qu'est-ce qu'elle faisait là, occupée à résister à des créatures étranges derrière cette sorte de fort de glace ?

Quand Sasha s'était réveillée, la première chose qui l'avait frappée était la température glaciale du sol puis les sons étranges qu'elle entendait. C'est en se levant qu'elle réalisa ce qu'il se passait : des choses composées de brume sombre et aux yeux luisants étaient en train d'attaquer un groupe de personnes qui ne parvenait visiblement pas à lutter. Avec elle, elle vit, assis avec les genoux maintenus contre lui et vêtu d'habits mêlant turquoise ainsi que quelques pointes de blanc, un garçon aux cheveux blond vénitien qui, si elle se fiait au vide dans son regard vert émeraude, ne semblait pas conscient de ce qu'il se passait.

La situation empira quand elle vit que ceux qui se battaient avaient perdu le combat et que l'une de ces choses, sa forme évoquant celle d'un requin, fonça droit sur elle, le bras de sa dernière proie dans ce qui semblait être sa gueule et tenant encore une dague à la lame argentée en main. Alors qu'elle était paralysée par la peur, elle fut sauvée in extremis par une fillette aux cheveux blancs, visiblement d'une dizaine d'années, qui avait frappé la créature dans le flanc droit avec l'aide d'une énorme hache en métal sombre qu'elle maniait avec une aisance étonnante. La chose brumeuse devint ensuite un être au corps noir parcouru de veines colorées qui, après un dernier sursaut, se changea en un tas de poussière, laissant tomber sa prise au sol.

« La dague, vite ! »

La jeune femme, sortant subitement de son état de stupéfaction, remarqua que l'arme blanche à la lame argentée était à présent juste devant ses pieds. Elle s'empressa de la ramasser, se demandant un instant comment avait pu se former ces petits stalagmites de glace qui faisait un arc de cercle devant elle, et y jeta un coup d'œil rapide. Elle nota que le manche était dans un métal blanc, une grosse émeraude sertie à son extrémité et une série de petites aigues-marines le décorant. Le fait le plus curieux était cette phrase gravée sur la lame :

Quoi de mieux qu'un outil de destruction pour y cacher un pouvoir de création ?

« Arrête de rêvasser et agis bordel ! »

L'une de ces choses était passée à l'attaque, fonçant droit sur elles sous son apparence de squale brumeux. Pendant un instant, Sasha ne sut que faire puis, sur l'impulsion du moment, elle brandit la dague comme on le ferait avec une épée et, à son plus grand étonnement, une douce lumière s'échappa de l'arme avant qu'une lame de glace ne vienne transpercer la créature, lui arrachant un cri de douleur avant que celle-ci ne meure.

Le sens de cette phrase fut limpide à partir de cet instant : la dague cachait une magie créant de la glace suivant ce qu'elle lui dictait via son imagination.

En constatant que les autres monstres avaient été alertés par le cri de leur congénère, elle chercha tout de suite une idée et, face au nombre énorme qui faisait à présent marche vers eux, elle choisit la toute première qui lui vint à l'esprit : une forteresse. La douce lumière s'échappa de nouveau de l'arme puis suivit l'apparition d'une brume blanche qui les entoura tous les trois, se transformant progressivement en un épais dôme de glace qui les protégea de l'assaut de ces étranges créatures.

Depuis maintenant une bonne minute, elles se heurtaient contre la paroi, n'ayant visiblement pas d'autre idée fixe que de passer au travers afin de leur faire subir le même sort qu'aux autres. S'ils restaient aussi têtus, ils finiraient par bel et bien briser la glace…

« Qu'est-ce que c'est que ces choses ? » demanda Sasha, essayant de retrouver son calme.

« Des cauchemars. » lui répondit la fillette aux cheveux blancs en sautillant légèrement sur place pour se réchauffer, ayant très certainement froid avec son short noir et son haut sans manches beige. « Ils pénètrent jamais dans les territoires des autels habituellement mais là… »

Elle tourna son regard sombre vers celui aux cheveux blond vénitien qui n'avait toujours pas réagit.

« Je crois qu'il les attirent. » supposa-t-elle avant de s'agenouiller près de lui, agitant une main devant ses yeux. « Sheen… Hey ! Sheen ! »

« Et ces… cauchemars… » commença Sasha pour essayer d'en savoir plus. « Pourquoi ils seraient attirés par lui ? »

« Vu les rumeurs qui sont parvenues dans mon pays, son frère a été assassiné et il est resté enfermé dans sa chambre depuis ce jour. Ces monstres adorent dévorer les esprits et les âmes fragiles et les repèrent de loin. »

Elles fixèrent brièvement la paroi avec inquiétude, espérant qu'elle tiendrait le temps qu'elles trouvent une idée pour les combattre.

« … ne peux… roi… »

Leur attention se reporta immédiatement sur le garçon, Sheen, quand elles réalisèrent qu'il s'était mis à parler à voix basse.

« Sheen ! C'est moi, Orieul ! » s'exclama celle aux cheveux couleur de neige en secouant l'épaule de celui aux yeux émeraude. « Réponds-moi ! »

« Je ne peux pas devenir roi… » murmura-t-il, le regard toujours vide et semblant toujours déconnecté de la réalité. « Je ne peux pas… »

« C'est pas le moment de ressasser ça ! T'es le fils d'une maîtresse, et alors ? Mais écoute-moi… »

« On dirait qu'il est ailleurs. » fit Sasha qui ne comprenait pas tout ce qu'il se passait mais qui faisait de son mieux pour cela. « On ne pourra jamais se sortir de là s'il reste comme ça. »

La jeune femme, bien que n'ayant jamais combattu de sa vie, n'était pas stupide. Entre ce que lui racontait Thomas et les récits de Yuri, elle savait qu'il était plus difficile de se battre quand l'on devait protéger quelque chose en même temps. De plus, vu le nombre de ces créatures dehors, elles ne tiendraient probablement pas longtemps si elles n'étaient que deux à lutter.

« Même si les lamias viennent à mon secours, elles ne peuvent pas se déplacer sur de la glace, même dans les mondes oniriques. » fit Orieul en se mordant la lèvre inférieure.

« Quoi ? » demanda la jeune femme, ne comprenant pas ce dont parlait sa compagne d'infortune mais y voyant une possible explication sur l'endroit où elle se trouvait, elle enchaina rapidement. « Qu'est-ce que les lamias et ces mondes oniriques ? »

A cette question, son interlocutrice s'apprêtait à lui répondre quand elle se figea, ses yeux sombres la détaillant du regard.

« Une minute… » dit-elle en penchant légèrement la tête sur le côté. « J'ai l'impression qu'on s'est déjà vu… »

« Je pense que je m'en souviendrai si c'était le cas. » la coupa Sasha, jugeant qu'il était difficile d'oublier une enfant à la peau mate et aux cheveux blancs.

« Pourtant ce visage… Ah ça y est ! C'était le mec que Sheen avait amené avec lui deux ans plus tôt et qui cherchait un moyen de quitter ce monde mais comme il ne savait même pas comment il était entré… »

« C'était Yuri ? »

La jeune artiste le savait bien : il n'y avait pas grand monde à sa connaissance qui pouvait lui ressembler et avoir été aperçu à cette période. Ça ne pouvait être que son frère et, s'il était venu ici, c'est qu'il n'était peut-être pas mort en réalité…

« Heu… Je crois que c'était effectivement comme ça qu'il s'appelait. » lui répondit la cadette en fouillant dans sa mémoire. « Mais je ne l'ai plus revu après donc soit il s'est réveillé, soit… »

Elle ne poursuivit pas sa phrase, fixant les cauchemars qui tentaient toujours d'entrer dans leur refuge glacé.

« Ce qui était bizarre par contre, c'était qu'il ne venait pas de notre monde… » poursuivit-elle en reportant son attention sur la jeune femme. « J'ai lu pas mal de bouquins entretemps dont un rédigé par un exorciste et normalement, sans la clé, il n'aurait pas dû atterrir chez nous, ce qui veut dire que les mondes oniriques pourraient souffrir d'une anomalie… D'après le livre en tout cas. C'était surtout des hypothèses et le type doit être mort depuis un bail vu que l'ouvrage était à la cité Mirage… »

« Concernant la clé… » commença Sasha, ayant tiqué sur ce point en particulier. « Elle ne serait pas des fois en argent avec deux améthystes et un lapis dessus ? »

« Donc vous êtes venue normalement vous ! Ça me rassure car là, je me voyais mal tenter de partir à l'aventure vu le bordel actuel… »

Un léger craquement retentit, ce qui était mauvais signe. Elles tournèrent immédiatement leurs têtes vers son origine et virent avec horreur la fissure qui était en train de se créer dans la glace. Elles étaient bientôt fichues.

Orieul se remit tout de suite à la tache de sortir Sheen de sa torpeur, le secouant vivement et lui donnant même des coups de poings mais tout cela resta sans effet. Face à ce constat et à celui que les cauchemars allaient les avoir d'ici quelques secondes, elle finit par serrer son ami dans ses bras, lui répétant incessamment de revenir. De son côté, Sasha avait tenté de réparer les dégâts avec la dague enchantée mais un violent mal de tête la prit, comme si elle tentait d'en faire de trop, et la magie n'opéra pas cette fois-ci. Résignée, elle s'assit aux côtés des deux enfants et, d'instinct, se plaça de sorte à être entre eux et la fissure.

Alors que, en entendant le craquement derrière elle avait fermé les yeux, appréhendant la mort qui venait la chercher, ce fut le cri de souffrance d'une de ces créatures qui parvint à ses oreilles. En se retournant, elle constata que la chose avait à peine pu passer ce qui lui servait de bras que des flammes étaient venues l'attaquer, la dévorant sur place. Ses semblables s'étaient éloignés de la paroi qui se brisa en partie, laissant à leur groupe la possibilité de voir qui était intervenu…

« Putain de glace ! Ça glisse, ça fond et y a que ça ! » vociféra une fille vêtue d'un haut rouge et d'un pantalon noir, une de ses mains gantées tenant une torche dont la flamme avait une forme plutôt étrange. « Je sens que je vais exiger de la part de la grande prêtresse que l'on foute un volcan près d'ici parce qu'il n'y a rien de plus galère que d'être coincée sur ce bout de colonne tout ça car je ne peux pas produire mes propres flammes ! RHA ! »

Les cauchemars s'étaient éloignés d'eux puis, tout à coup, la paroi fut brisée par un coup d'épée et, en voyant que c'était Flynn, Sasha se sentit à la fois soulagée et emplit d'une joie intense que le jeune homme semblait visiblement partager.

Cependant, une des créatures tenta de l'attaquer par derrière mais Orieul, l'ayant visiblement vue venir, lui envoya sa hache de toutes ses forces, l'arme frappant sa cible de plein fouet et la projetant quelques mètres plus loin où elle succomba à ses blessures. Puis voyant qu'ils avaient une chance de s'enfuir, ils quittèrent vite leur refuge, les filles forçant Sheen à les suivre et le jeune chevalier couvrant leurs arrières tandis que celle maniant les flammes attirait l'attention de leurs ennemis au maximum avant de les détruire par le feu.

Une fois tous réunis et leurs opposants les plus proches éliminés, ils firent de rapides présentations.

« Est-ce que quelqu'un ici peut m'expliquer le bordel qu'il y a dans les mondes oniriques ? » demanda Mélissa qui ne voulait pas quitter sa place sur le morceau de colonne qui dépassait de la glace. « Depuis quand ces saloperies s'attaquent aux autels ? »

« Tout ce que je sais c'est qu'il y a eu divers conflits isolés dans notre monde et que l'héritier du royaume de l'eau s'est fait assassiner… » répondit Orieul en jetant un regard inquiet à son ami. « Si Sheen pouvait se réveiller… »

En observant les alentours, Sasha réalisa que quelque chose clochait : les cauchemars restaient à distance et ne cherchaient plus à les attaquer. Pourquoi ?

La réponse ne tarda pas à venir quand l'épaisse couche de glace sur laquelle ils se trouvaient se fissura à quelques mètres d'eux et qu'un gigantesque cauchemar en forme de serpent sortit de l'eau noire. Alors qu'il allait attraper Sheen, Orieul le poussa brusquement sur le côté et fut capturée à sa place, poussant des cris et hurlant à la créature de vite la lâcher tandis que Mélissa pesta sur le fait qu'elle ne pouvait rien faire dans cette situation. Cependant, le jeune garçon sortit enfin de sa torpeur…

« ORIEUL ! » cria-t-il avec effroi avant de froncer les sourcils avec colère en voyant l'état des lieux.

« Enfin l'incarnation de l'eau se réveille ! » s'exclama celle maniant le feu. « Pas trop tôt ! »

Sheen se mit à chanter dans une langue inconnue et, sous les yeux ébahis de Sasha et de Flynn, l'eau noire se mit à enserrer le cauchemar qui commença à pousser des gémissements de douleur. Profitant que la créature ait relâchée sa prise, Orieul s'échappa et vint vite les rejoindre.

« Ils ont pollué l'eau. » constata le jeune garçon avec un ton amer. « Je ne vais pas pouvoir le retenir très lon… »

Il ne put terminer sa phrase car soudain, le son d'une lame sortie de son fourreau retentit suivi du cri d'agonie de la créature qui se désagrégea rapidement, permettant ainsi de voir que derrière elle se trouvait un individu dos à eux, tenant un long sabre dans sa main gauche et portant une peau de loup sur la tête et les épaules, recouvrant en partie ce qui ressemblait à une veste bleu marine à manches amples qui était accompagnée d'un pantalon blanc du même style. Ce qui intrigua le plus Sasha fut le fait qu'il portait des sandales en bois aux pieds.

« Restez tranquilles. » leur déclara l'inconnu – qui était manifestement un homme - d'une voix ferme.

Il se déplaça en un clin d'œil vers les cauchemars qui se tenaient à distance et, en d'habiles mouvements, il les trancha un à un de son sabre sous les yeux admiratifs de presque tous, Mélissa ayant poussé un soupir de frustration.

« C'est de la triche la téléportation… » fit-elle en prenant une moue boudeuse.

« Contrairement à certaines personnes, j'ai pas mal de choses à faire donc c'est plus qu'utile par moments. »

A la surprise générale, l'inconnu était réapparu près d'eux, le sabre rangé dans le fourreau se trouvant contre son flanc droit. De ses yeux cuivrés luisait une étincelle d'amusement qui perçait à travers son visage sévère auquel il était étrangement difficile de donner un âge. Le détail étrange était cet épais trait noir qui barrait son œil droit.

Mélissa s'apprêtait à répliquer mais l'homme vêtu de la peau de loup avait déjà disparu, ce qui lui fit pousser un cri de rage.

« Saleté de roi des démons ! » s'exclama-t-elle avec colère avant de lever son poing vers le ciel. « Reviens ici Baran ! »

« Je suis peut-être plus vieux que vous tous réunis mais j'entends encore très bien. » fit le dénommé Baran en réapparaissant à quelques pas de Flynn, sa main gauche sur son oreille. « Et je te signale que ça doit faire trois jours que je sillonne ces mondes à éliminer des cauchemars que je n'avais pas du tout prévu de combattre dans une telle quantité. »

Mélissa finit par croiser les bras contre sa poitrine, grommelant diverses choses tout en jetant un regard noir à l'épéiste. Ce dernier s'était, de toute façon, totalement désintéressé d'elle, son regard cuivré fixant avec attention Sheen.

« Quant à toi jeune ondin… » commença-t-il d'une voix où transparaissait une certaine empathie. « Même si ton angoisse est légitime, souviens-toi que tu n'es pas tout seul. »

Le jeune garçon échangea un regard avec Orieul – celle-ci lui faisait un grand sourire qui, au plus grand amusement de Sasha, le fit légèrement rougir – avant de se tourner vers Baran et d'hocher la tête pour montrer qu'il avait compris.

« Bien. » fit l'homme vêtu d'une peau de loup avant de s'intéresser à elle et Flynn. « Cela vaut aussi pour vous autres bien que vous le saviez déjà. »

« A ce sujet grand chef… » coupa la fillette aux cheveux couleur neige en levant la main. « Pourquoi depuis deux ans des gens d'un autre monde que le notre viennent ici ? C'est normal ça ? »

La question intrigua fortement Mélissa ainsi que le jeune chevalier et le garçon aux yeux émeraude. Cependant, elle ne sembla pas surprendre leur nouvel interlocuteur… ce qui rappela à la jeune femme un détail non négligeable.

« Ce qu'on désirerait savoir en réalité, c'est si vous connaissez quelqu'un qui… » commença Sasha avant de se faire interrompre d'un signe de la main.

« Je n'ai personnellement pas rencontré ton frère jeune fille mais de par ce que j'ai pu entendre, il est très certainement encore dans les mondes oniriques actuellement. » déclara Baran sur un ton neutre avant de fixer Flynn – celui-ci avait les yeux grands ouverts sous l'étonnement d'apprendre que Yuri n'était pas mort. « Cependant, je peux tenter de le pister en échange d'un message à transmettre à une compatriote… »

« Quel est-il ? » demanda brusquement le chevalier, intriguant la jeune artiste.

« Le prisme s'est fissuré de l'intérieur. »

-§-

Flynn n'eut pas le temps de répondre à ce mystérieux Baran que tout autour de lui était devenu brusquement noir. Puis il perçut le gazouillement des oiseaux à l'extérieur et ouvrit les yeux, réalisant qu'il était dans la chambre qu'il occupait dans ce village à Yurzorea. Encore un peu secoué par tout cela, il se mit en position assise sur son lit, se demandant un instant ce qu'était ce rêve étrange qu'il avait fait durant la nuit avant que ses yeux ne se posent sur cette mystérieuse clé…

Avait-il vraiment imaginé tout ça ?

De légers coups se firent entendre à sa porte puis cette dernière s'ouvrit sur une Sasha qui venait visiblement de se réveiller, sa longue chevelure sombre n'étant pas coiffée et étant simplement vêtue d'une nuisette blanche qui s'arrêtait au milieu de ses cuisses – le jeune homme détourna vite la tête, les joues légèrement rosies, en remarquant la tenue de son hôtesse.

« Désolée d'entrer comme ça… » chuchota-t-elle en refermant soigneusement la porte derrière elle.

« Vous êtes chez vous donc… » commença-t-il avant que la jeune femme ne viennent s'asseoir sur le lit.

Un malaise régna durant quelques secondes puis Sasha fixa la clé en argent de ses yeux perle.

« On a bien rêvé de la même chose n'est-ce pas ? » demanda-t-elle en s'installant en tailleur sur le matelas. « C'était bien réel ? »

« Cela en avait tout l'air… » répondit Flynn, repensant aux combats menés dans ce monde étrange. « Et si c'est le cas… »

« Yuri est là-bas et il faut qu'on le retrouve. »

Au ton employé par la jeune femme, le chevalier eut comme un mauvais pressentiment et, quand il leva ses yeux azur pour rencontrer son regard déterminé, il sut d'instinct ce qu'elle allait lui demander et qu'un refus n'était pas envisageable si elle était aussi têtue que pouvait l'être son frère.

« Je viens avec toi. »


Auteur vs Persos :

Belphégor : Hé ben… Orieul enfant ou comment elle arrivait à perdre son arme en s'en servant comme projectile sans réfléchir…

Asahi : La façon dont tu le dis sent le vécu.

Kaleiya : Je soupçonne qu'il a dû l'aider à en récupérer pas mal vu la force de la bête…

Belphégor : Je préfèrerai une autre partenaire des fois…

Asahi : Je te filerai bien Mélissa mais tu sais aussi bien que moi qu'elle part au quart de tour…

Belphégor : Je n'ai pas ton talent pour la mettre en rogne donc je te la laisse volontiers.

Kaleiya : Pendant que vous parlez « échanges », moi je vais voir si Sheen a fini de faire le dîner.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Note : Comme je coince un peu pour Rita, je passe à Karol.

Karol Capel était un jeune adolescent de douze ans qui se fondait facilement dans la masse avec ses cheveux châtain en bataille et ses yeux marron. Cependant, il était très reconnaissable à son gros sac qu'il trimballait en permanence avec lui et qui semblait peser lourd, faisant que beaucoup s'étonnaient de voir un garçon de cette taille arriver à soulever avec facilité un objet qui avait l'air de faire la moitié de son poids. Sa camarade de classe, Patty Fleur, était plus originale avec son chapeau de pirate, la jeune adolescente aux nattes blondes adorant se faire passer pour l'un d'eux quand ils jouaient ensemble.

Quand on y réfléchissait, c'était plutôt étonnant que deux jeunes gens comme eux viennent d'eux-mêmes dans un salon de thé dont la clientèle était généralement des adultes. Mais le hasard faisant parfois bien les choses, c'est Repede, le chien du gérant et leur compagnon de jeu régulier, qui les avaient amenés à cet endroit. Yuri leur avait ainsi fait découvrir le thé sous toutes ses couleurs, à la fois à leur plus grand plaisir et leur regret…

Oui car si Patty n'avait aucune préférence particulière et laissait le jeune homme choisir pour elle le plus souvent, le palais de Karol lui avait vite révélé que le thé vert n'était pas du tout de son goût, faisant qu'il ne demandait quasiment que des thés noirs aromatisés, le plus souvent quand ils avaient des saveurs caramélisées.

Le salon de thé était ainsi devenu leur lieu de rendez-vous favori où ils avaient rencontré beaucoup de personnes intéressantes. Régulièrement, ils venaient faire leurs devoirs là-bas, trouvant cela bien plus agréable que de rester chez eux.

« Vous faites un exposé sur quel sujet au juste ? » leur demanda Yuri après avoir déposé une théière en fonte noire contenant du thé au caramel et une autre rouge qui dégageait une légère odeur de châtaigne.

« On nous a imposé Louis XIV. » soupira Patty avec dépit. « J'aurais voulu Barbe Noire nanoja… »

« Je ne crois pas qu'il était au programme tu sais… » fit remarquer Karol en se souvenant de la tête de leur professeur quand celle aux nattes blondes avait suggéré de faire la biographie de ce célèbre pirate. « Et puis il y a beaucoup de choses à dire sur le roi soleil donc on a de quoi faire. »

« Va falloir bien trier dans ce cas car si ma mémoire est bonne, il a vécu longtemps. » déclara le gérant en jetant un coup d'œil aux livres que les plus jeunes avaient empruntés à la bibliothèque.

« C'est un peu pour ça qu'on est venu le commencer ici car on s'est dit qu'on aurait de bonnes chances de trouver un expert en buvant du thé chez toi. »

Yuri avait parfaitement compris de quel expert ils parlaient mais, ce dernier étant plutôt imprévisible concernant ses visites au salon de thé, il pouvait très bien ne jamais venir ce jour… C'était la raison pour laquelle ils avaient joué la sécurité en faisant un détour par la bibliothèque.

« C'est un scandale que vous ne serviez pas de café monsieur ! »

Les deux adolescents levèrent le nez pour voir que leur aîné et ami était derrière son comptoir, visiblement exaspéré par une cliente un peu bourgeoise.

« J'ai du café mais pas de l'alcool. Nuance. » rectifia Yuri d'un ton glacial.

« Comment pouvez-vous ne pas servir ma boisson préférée ? » s'emporta la femme sans écouter son interlocuteur. « Mais après tout, un établissement bas de gamme comme celui-ci ne peut pas connaître des breuvages qui les dépassent ! »

« Mais quelle cruche celle-là ! » murmura Patty à l'oreille de Karol. « Elle n'a rien de mieux à faire que d'ennuyer les autres ? »

« Je plains Yuri… » dit-il à voix basse à sa camarade. « Il a l'air de se retenir de lui sauter à la gorge. »

Puis la porte d'entrée s'ouvrit sur une femme à la peau bien mate et dont les courts cheveux blancs créaient un fort contraste, accentué avec le pull beige dénudé aux épaules et le jean noir qu'elle portait. Ses yeux sombres s'étaient à peine posés sur la bourgeoise que cette dernière fit demi-tour vers la porte et… semblait attendre quelque chose.

« Eh bien ! » s'exclama celle qui avait fait un scandale. « Ouvrez-moi donc la porte ! »

La nouvelle venue échangea un regard interloqué avec le gérant avant que ses lèvres peintes de noir n'esquissent un sourire moqueur.

« Mais bien sûr madame… »

Elle s'exécuta dans un geste théâtral et, tandis que celle qui l'avait traitée comme une domestique passait près d'elle, sa longue main aux doigts fins se glissa rapidement dans son sac à main pour en ressortir avec un portefeuille de cuir blanc qu'elle fourra ensuite sous son pull. Une fois la voie libre, elle partit dans un grand éclat de rire et reprit en main l'objet du délit.

« Ça lui apprendra à oublier que l'esclavage a été aboli depuis un moment. » déclara-t-elle en posant sur le comptoir un billet venant du portefeuille qu'elle avait dérobé à l'instant. « Et la même chose que d'habitude s'il te plait. »

« Thé à la figue donc. » confirma Yuri avec un sourire complice. « Oh et Orieul, tes services sont demandés dans un autre domaine. »

L'intéressée haussa un sourcil avant que le gérant ne lui désigne leur table. Karol leva la main pour lui dire de venir, ce qu'elle fit avec un plaisir non dissimulé – c'était plutôt logique dans le sens où Orieul Ryo, en plus d'avoir des talents de pickpocket largement reconnus par les habitués du salon de thé et les services de police, était une passionnée d'histoire et n'hésitait pas à partager ses connaissances quand on savait comment le lui demander ou qu'elle était de très bonne humeur.

« Ça sent les devoirs d'histoire ça… » fit-elle en s'installant à leur table avec un grand sourire aux lèvres. « Et aussi la châtaigne caramélisée donc j'imagine que quelqu'un a un thé à la châtaigne par ici. »

« Bien vu nanoja ! » fit Patty en désignant la théière de fonte rouge où se trouvait la boisson que Yuri lui avait choisie.

« On a un exposé sur Louis XIV à faire. » précisa Karol en montrant au passage les livres qu'ils avaient empruntés. « J'imagine qu'il faut forcément parler du château de Versailles… »

« Si tu parles de Versailles, tu dois d'abord mentionner qu'il est inspiré du château de Vaux-le-Vicomte ou bien tu vas passer à côté d'un détail important. » le coupa Orieul tandis que son thé à la figue lui était servi. « Louis XIV l'avait visité et en a été jaloux. C'est ce qui l'a amené à faire construire celui de Versailles. »

Comme espéré, elle connaissait bien le sujet. Elle allait bien les aider donc.

« L'exposé doit durer combien de temps en présentation ? » demanda la voleuse en sirotant son thé.

« Une demi-heure environ. » répondit le jeune adolescent en vérifiant ce qui était noté sur son agenda.

« Le sujet nous a été imposé malheureusement… » s'attrista de nouveau celle aux nattes blondes. « J'aurais voulu faire Barbe Noire… »

« Ah ! L'histoire de la piraterie ! » s'enthousiasma Orieul. « Edward Teach est un des plus connus , c'est vrai, mais il y a eu de sacrés personnages comme Olivier Levasseur dit « La buse », Anne Bonnie, Mary Read, John Rackam, Avery … »

« On pourrait peut-être travailler sur le plan de l'exposé non ? »

Dès qu'on parlait de piraterie, Karol savait que ces deux-là étaient immédiatement à fond dans le sujet donc s'il ne les coupait pas vite, ils en avaient encore pour un bon moment.

« Exact. » admit la voleuse avant de se mettre à réfléchir. « Louis XIV a eu plusieurs maîtresses donc on va juste survoler le sujet en ne citant que les plus connues comme Louise de Lavallière, Françoise de Montespan ou encore Madame Scarron alias Madame de Maintenon… »

« Et n'oublie pas que c'est un exposé présenté devant des gosses de treize ans ! » rappela Yuri alors qu'il passait à côté d'eux pour nettoyer une table.

« Je ne vois pas ce que tu peux sous-entendre mon cher… »

« Que de ce que j'ai pu apprendre via quelques ragots, toi et ton fiancé êtes très portés sur les histoires réservées aux adultes. Et vous ne faites pas qu'en raconter parait-il… »

Karol et Patty échangèrent un regard intrigué à cette phrase, se demandant de quoi leur ami pouvait bien parler tandis qu'Orieul s'était mise à pester au sujet de celui qu'elle appelait communément « le frangin » et qu'il ferait bien, selon elle, de se mêler de ses affaires s'il ne voulait pas voir sortir certains de ses petits secrets un jour.

« Je n'ai pas encore été arrêtée pour exhibitionnisme mon cher donc tut tut ! » fit-elle en lui mimant de fermer sa bouche.

« Vol à l'étalage par contre… » contra Yuri d'un air blasé avant de regarder en direction de la boulangerie. « Le pire est qu'il ne t'empêche pas… »

« Je n'aborderai plus ce sujet en dehors de la présence de mon avocat… »

« Sauf si ton avocate décide de ne plus payer ta caution un jour… »

En entendant cette voix glaciale, Orieul se mit à pâlir d'un coup et découvrit ainsi que, pendant qu'ils discutaient, Salomé était entrée dans le salon de thé. Karol, à cet instant, se demanda pourquoi tant de gens avait peur de cette femme qui était pourtant si gentille avec lui et Patty…

« Patron… » commença la voleuse en tremblant de peur. « Je suis juste en train de donner un petit cours d'histoire à ces deux jeunes gens pleins d'avenir… »

« Cesse ton baratin. » coupa fermement la propriétaire des lieux avant de plisser les yeux avec méfiance. « D'ailleurs, je me demande à présent quel objet a bien pu tomber entre tes mains et dont la disparition ne t'a pas encore été imputée… »

« Je jure que j'ai été sage comme une image ! »

Même Karol n'était pas dupe, lui-même ayant pu voir que leur passionnée d'histoire avait des mains baladeuses qui étaient capables de s'emparer de tout et de n'importe quoi – il se rappelait notamment la fois où son stylo avait mystérieusement disparu de sa trousse alors qu'il venait de l'y ranger et qu'il avait récupéré ce dernier après que Yuri ait forcé celle aux cheveux blancs à le lui rendre si elle ne voulait pas qu'il ordonne à Repede de la chasser dès qu'elle était à moins de deux mètres de la porte d'entrée. Déjà que le chien était très méfiant vis-à-vis d'elle au point de refuser tout ce qu'elle avait tenté de lui donner pour l'amadouer… Quoique le jeune adolescent avait déjà reçu comme conseil de Sheen de ne pas accepter tout plat que la voleuse aurait pu cuisiné.

« Nous règlerons ça plus tard… » déclara Salomé avant de s'installer à leur table et d'arborer un sourire quelque peu… sadique. « J'attendrai que tu ais fini pour ça. »

C'est avec une grimace d'effroi qu'Orieul se remit à les aider pour leur exposé, leur indiquant les points essentiels et ceux dont ils pouvaient amplement se passer – ils avaient ouverts des yeux ronds quand elle leur expliqua que Louis XIV n'avait absolument aucune intimité, y compris quand il s'agissait de satisfaire ses besoins les plus primaires. Elle tenta une ou deux fois de gagner du temps pour retarder l'arrivée de sa « sentence » mais la propriétaire des lieux, voyant venir la chose, émettait un claquement de langue sonore qui la coupa net à chaque fois.

Une fois tout ce dont ils avaient besoin obtenu, ils rangèrent leurs affaires et quittèrent le salon de thé après avoir dit au revoir à tout le monde… en tentant d'ignorer les appels au secours silencieux de la voleuse.


NB : J'ai fais Karol et Patty ensemble vu qu'ils y vont souvent tous les deux et que j'avais moins de choses à caser les concernant.

Auteur vs persos :

Asahi : Je suis le seul à avoir remarqué que jamais la profession d'Orieul n'est mentionnée ?

Salomé : Il vaut mieux qu'elle ne le soit pas, crois-moi…

Kaleiya : En même temps, vu ses compétences, peut-elle vraiment faire un travail honnête et en toute légalité ?

Asahi : … Certainement pas.

Kaleiya : Donc officiellement, de bonnes chances qu'elle soit au chômage.

Asahi : Et officieusement… (regard suspect vers Salomé)

Salomé : Si tu as des preuves, montre-les-moi et on en discutera.

Asahi & Kaleiya : On sait déjà que ça va finir en non-lieu de toute façon…

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 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas

Titre : Qui aime bien châtie bien

Auteur/Cerveau diabolique : Kaleiya Hitsumei

Beta/Complice/Partenaire de crime : Eliandre

Rating : K+

Genre : Humour, Friendship, Romance

Résumé: Judith observe, amusée, Yuri et Sodia qui se disputent et suggère à Flynn un stratagème pour améliorer leur relation.


« Pour la dernière fois Lowell, cesse de te servir dans les cuisines à chaque fois que tu viens ici ! »

« D'une, je ne vois pas pourquoi je suis le seul à m'en prendre plein la tronche et de deux, tu penses vraiment qu'un misérable petit pain au lait va manquer à quelqu'un ? »

Flynn se massa les tempes face à cette énième dispute entre Yuri et Sodia. Aujourd'hui, c'était elle qui l'avait attaqué, ayant pris sur le fait l'épéiste sortir des cuisines avec son butin dont il venait juste d'avaler une bouchée. Il n'était pas le seul à le faire – et honnêtement, par rapport à Raven qui ciblait quasiment toujours les bouteilles de spiritueux, il était plutôt raisonnable – mais à chaque fois, c'était lui qui se faisait crier dessus par la rouquine… ce que le Commandant n'avait plus trop tenté d'arrêter depuis qu'il avait réalisé que ces deux-là se cherchaient toujours mutuellement.

A côté de lui, Judith semblait plutôt amusée par cette scène.

« C'est drôle de voir comment ils communiquent ensemble. » fit-elle avec un sourire. « Un peu dommage qu'ils n'arrivent qu'à exposer le pire de l'autre. »

« J'avoue que je ne sais pas quoi faire pour qu'ils se parlent sans chercher en permanence le conflit. » soupira le Commandant avec dépit. « Je peux toujours user de mon autorité sur Sodia mais pour Yuri… »

« On ne peut pas les contraindre à passer du temps ensemble… Quoique… »

La krytienne réfléchit quelque secondes avant de se tourner vers lui, l'air très satisfaite.

« S'ils doivent travailler ensemble, il leur faudra bien coopérer. » lui exposa-t-elle avec un sourire espiègle. « Un travail conjoint avec l'Empire ne serait pas anormal après tout vu que l'Empereur Ioder veut améliorer les relations avec les Guildes. »

« Ce serait leur forcer la main et je ne suis pas persuadé que son Altesse approuve que l'on se serve de son nom juste pour que deux personnes fassent des efforts entre elles. » déclara Flynn, n'approuvant pas vraiment l'idée de faire cela à deux personnes dont il était proche.

« Oh ? Je serais curieuse de connaître son avis réel mais sache que si tu acceptes… »

Elle se rapprocha de lui et se pencha vers son oreille.

« … Je ne dirai pas à une certaine personne où elle peut trouver la vingtaine de lettres que tu lui as écrite sans les lui envoyer. »

A cette phrase, le chevalier sentit le rouge lui monter aux joues avec violence et se dit qu'il ferait bien de ranger sa correspondance personnelle dans un endroit bien plus sûr – c'est-à-dire loin de son bureau et sous clé.

« D'accord, je marche. »

« Je savais que tu serais de mon avis ! »

Oui… Il ferait surtout n'importe quoi pour que ces lettres ne soient pas connues du public et, encore moins, de Lady Estellise envers qui il n'était pas encore prêt à avouer ses sentiments. Le voilà à présent contraint d'obéir à un odieux chantage…


NB : Pauvre Flynn… Il est mal barré là.

Auteur vs Persos :

Orieul : Mais… Elle a été promue ta beta ?

Kaleiya : Elle l'avait très bien remarqué oui.

Orieul : Attends, mais ça fait des années que je bosse avec toi et j'ai même pas eue d'augmentation !

Kaleiya : Honnêtement, tu augmenterais une personne qui se sert très souvent dans la caisse et dont il faut sans arrêt réparer les conneries parce qu'elle détruit des choses dans des bagarres et vole tout et n'importe quoi ?

Orieul : … J'avoue que…

Kaleiya : Et je suis persuadée qu'à ma place, Salomé t'aurait réduis ton salaire et rétrogradée au plus bas rang possible… J'aurais dû sortir cette menace plus tôt d'ailleurs car t'es bizarrement plus efficace quand tu bosses pour elle…

Belphégor : Globalement oui. Mais quand on regarde le détail, sa performance devient subitement excellente quand la boss la punit en lui donnant des boulots stupides…

Orieul (grogne) : Je vous emmerde tous les deux…

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 Note : Premier chapitre assez déroutant et qui est lié au chapitre 2 d'Aquarelle.

Chapitre 1 : Un monde curieux…

Des rires, le son d'une harpe et une odeur marine…

En ouvrant les yeux, Yuri vit trois visages féminins qui le regardaient avec beaucoup d'amusement.

« On dirait qu'il se réveille. » fit la première d'une voix un peu trop aigüe à son goût.

« Rho… Mais on avait à peine commencé ! » répliqua la seconde en tournant la tête vers sa camarade, faisant tournoyer les boucles blondes qui encadraient son visage.

« Ce n'est pas grave, regardez ! Le jeune prince est arrivé ! » lança la dernière en tournant ses yeux verts sur le côté, un sourire joyeux sur les lèvres.

Il les vit s'éloigner rapidement, pouvant ainsi constater qu'elles portaient toutes trois des tenues légères et colorées… et qu'elles avaient des écailles de poisson sur les jambes ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Une nouvelle mode ? C'est à ce moment qu'il prêta plus d'attention à l'environnement dans lequel il se trouvait, ne reconnaissant absolument rien autour de lui.

Entre le sol en marbre blanc, les colonnes intégralement recouvertes de coquillages, le plafond qui donnait l'étrange impression d'être uniquement fait d'eau, le gigantesque bassin au milieu duquel trônait une statue en pierre blanche représentant une femme jouant de la harpe, trois énormes coquillages ouverts à l'intérieur desquels il pouvait voir plusieurs personnes qui se coiffaient entre elles… Mais il avait atterri où au juste ?

En passant une main dans ses cheveux, Yuri y trouva une résistance anormale et réalisa vite ce que ces trois filles faisaient : elles s'étaient très certainement amusées avec sa chevelure et, en regardant une de ses mèches de plus près, il découvrit qu'il avait eu droit à des tresses, ce qui n'était pas du tout de son goût. Il s'empressa de commencer à les défaire tout en observant les personnes qui se trouvaient dans ce lieu et qui… hein ?

Il dut cligner plusieurs fois des yeux pour s'assurer qu'il avait bien vu et, quand il vit cette queue de poisson de couleur mauve sortir de l'eau puis y replonger aussitôt, il comprit que ce n'était pas son imagination : les jambes de cette fille, une fois qu'elle eut plongé dans l'eau, étaient devenues cette queue de poisson et, de par l'absence de réaction ainsi que le fait que d'autres devenaient ainsi, il semblait que, pour les gens d'ici, ce phénomène était tout à fait normal.

En entendant que la mélodie à la harpe avait changé et qu'elle était accompagnée de sons qu'ils ne parvenait pas à identifier, il tourna la tête dans la direction en question et vit, « assis » sur ce qui ressemblait à divers récifs, quelques hommes et femmes poissons, l'un d'eux jouant de la harpe, d'autres soufflant dans d'énormes coquillages et les derniers semblant attendre, battant leur nageoire en rythme avec la musique. Puis le moment venu, ils entamèrent leur chanson…

Vive notre prince ! Longue vie à son altesse !

Sa simple présence nous emplit d'allégresse.

Vive notre prince ! Bonheur à son altesse !

Honorons le prince ondin et sa grande gentillesse !

Partageons notre joie en chantant !

Montrons notre bonheur en dansant !

La chanson n'était pas riche en paroles mais Yuri devait admettre que le spectacle était beau à voir et à entendre. Même ceux qui ne faisaient pas partis du groupe s'étaient mis à chanter et, étonnamment, ils formaient un chœur harmonieux, sans personne qui ne faisait de fausse note.

Alors qu'il écoutait pour la troisième fois ces même vers, le jeune homme eut la mauvaise surprise de sentir quelque chose le cogner brutalement dans le dos puis le pousser jusqu'à ce que son nez soit à presque moins de cinq centimètres du sol et qu'il se retrouve dans le noir total. A cet instant, il comprit qu'il devait se trouver dans un de ces énormes coquillages et que, trop occupé à regarder les alentours, il n'avait pas fait attention à l'endroit où il était installé, si bien qu'il était fort probable que quelqu'un ait trouvé très drôle de l'enfermer là-dedans.

« Hi hi hi ! Il a rien vu du tout ! » s'exclama une voix qui devait être celle d'un enfant.

« Rien du tout du tout ! » en rajoutant une autre au ton tout aussi juvénile.

« Ha ha ha… Maintenant que vous avez bien rit, vous pourriez me sortir de là peut-être ? » demanda Yuri qui n'avait pas trop envie de rester comme ça dans le noir et dans une position assez inconfortable.

« Hi hi hi ! Non ! »

« Non non non, tu ne sortiras pas ! »

Sales gosses… Puisque c'était comme ça il allait…

« Laissez-le sortir s'il vous plait. » fit une troisième voix d'enfant, celle d'un garçon.

« Mais prince… » répliqua le premier avec un ton suppliant.

« Il serait triste que deux jeunes sirènes me contraignent à les envoyer par le fond, non ? »

Suite à cette phrase, le coquillage s'ouvrit et Yuri revit enfin la lumière. En levant les yeux, il découvrit à quoi ressemblait ce « prince » qui l'avait aidé : des cheveux blonds vénitiens ébouriffés, un regard émeraude, une peau légèrement bronzée, les épaules recouvertes d'une cape en soie vert émeraude et des vêtements aux tons verts… A vue d'œil il devait avoir une dizaine d'années.

« Vous n'êtes pas des nôtres vous… » constata l'enfant aux yeux verts en fronçant le nez. « Je ne me souviens pas avoir vu un mercenaire vous ressemblant dans le royaume de l'eau. »

« Le royaume de l'eau ? » demanda-t-il, sans vraiment comprendre de quoi lui parlait ce gosse.

Le garçon aux cheveux blond vénitien le regarda d'abord avec étonnement puis avec curiosité, le détaillant de bas en haut.

« Se pourrait-il que vous ne veniez pas du même monde que nous ? » fit-il, pensif. « Ce serait bien la première fois que je vois ça dans les mondes oniriques. »

Yuri devait reconnaître que là, il était largué. Entre ces personnes avec une queue de poisson, cet étrange endroit et ce dont lui parlait celui que tous désignait comme étant leur prince ici, il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il se passait ici.

« Ecoutez, je ne pige rien du tout donc je vais sortir d'ici pour essayer d'en savoir plus par moi-même. » dit-il en se levant puis en se dirigeant vers ce qui lui semblait être la sortie.

« Hein ? Mais… » commença le jeune garçon avant de venir immédiatement lui emboîter le pas. « Vous n'avez même pas d'arme pour vous défendre face aux cauchemars ! »

Il allait répliquer en lui démontrant le contraire mais, à cet instant, le jeune homme réalisa que, effectivement, il n'avait pas son épée avec lui. Qu'est ce que ça signifiait au juste ?

« Attendez-moi un instant et je vous promets d'essayer de vous aider. » lui déclara le garçon d'un ton presque suppliant.

Hésitant quelques secondes, Yuri finit par acquiescer et, le sourire aux lèvres, le plus jeune se dirigea vers une statue de marbre blanc représentant une jeune femme jouant de la flute. Il prit un peu d'eau dans une petite fontaine située juste à côté et en jeta sur la statue. Au contact du liquide, l'apparence de la figure de pierre changea : sa chevelure prit une teinte vert clair et ses yeux devinrent vert émeraude. Puis, après cet étrange phénomène, elle pivota sur elle-même, révélant un compartiment secret dans lequel se trouvait une épée dont la lame légèrement bleutée avait des reflets verts.

Le jeune garçon prit l'arme puis revint vers lui.

« Tenez. » fit-il en lui offrant l'épée. « On est plutôt pacifiste ici donc on se sert assez peu de ce genre de choses, surtout à l'autel de l'eau. »

« Merci. » dit-il en prenant la lame en main, admirant les reflets singuliers qu'elle possédait.

« Oh et je ne me suis pas présenté. Prince Sheen mais vous pouvez juste m'appeler Sheen si vous préférez. »

« Yuri. »

Ils échangèrent une franche poignée de main après ces présentations.

« Donc, votre aide se résume en une simple épée ou bien il y avait plus de prévu ? » demanda Yuri avec un sourire en coin.

« Ha ha ! Disons que je comptais moi-même sortir d'ici et que vous risquez d'apprécier ma présence. » lui répondit Sheen tout en se remettant à marcher vers la sortie, le brun le suivant de près. « J'ai un rendez-vous avec une connaissance et il est possible qu'elle ait quelques idées. »

« Du genre ? »

« Disons que je la pense plus apte que moi à savoir vers où vous diriger. De plus, il y a toujours la possibilité de poser la question à ceux de l'autel de la terre en dernier recours… »

Pendant un instant, Yuri vit un léger tremblement saisir le jeune garçon. Quelque chose devait lui faire peur et il était possible qu'il découvre ce que c'était une fois arrivé à destination.

A un moment donné, ils stoppèrent leur avancée, se retrouvant nez à nez avec un mur d'eau qui, pour une raison obscure, restait en place. Derrière, le sol en marbre blanc laissait place à un escalier du même matériau qui montait… vers la surface ?

A sa grande surprise, Sheen fit deux pas en avant, passant de l'autre côté du mur liquide, et son apparence se modifia : ses cheveux prirent une teinte verte et de fines écailles vert clair étaient présentes au niveau de ses mains et de ses pieds. Qu'est-ce que c'était que ça encore ?

Le jeune garçon lui fit signe d'avancer et, après une courte hésitation, Yuri s'exécuta. Etonnamment, l'eau semblait reculer au fur et à mesure qu'il progressait, son guide nageant devant lui. En regardant autour de lui, il réalisa que le liquide reprenait sa place derrière lui, comme s'il avait attendu qu'il se soit suffisamment éloigné pour cela. C'était comme s'il était dans une bulle d'air.

A un moment donné, l'eau se trouvant au dessus de sa tête disparue, lui faisant ainsi comprendre qu'ils étaient proches de la surface. Il n'eut qu'a monter les dernières marches de marbre blanc pour découvrir qu'il était arrivé sur une sorte de plage de sable fin comme il en avait déjà vues à Terca Lumireis… ou presque si l'on prenait en compte les palmiers aux feuilles turquoise qu'il pouvait voir ainsi que la route pavée de pierres jaunes qui traversait une prairie aux teintes roses. En levant la tête, il s'aperçut que le ciel était mauve et que les quelques rares nuages présents évoquaient énormément de la barbe à papa à ses yeux.

« Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? On se croirait dans un… » commença Yuri sans cacher son incompréhension.

« Dans un rêve. » termina Sheen à sa place tandis qu'il reprenait son apparence humaine. « C'est exactement ça. Vous êtes dans les mondes oniriques. »

« Je suis… en train de rêver ? C'est une blague ? »

« Oui et non en réalité. C'est par le biais de vos songes que vous êtes entré dans ce monde, très certainement en utilisant une des clés qui en déverrouille l'accès. »

« Une clé ? Quelle clé ? »

A cette question, le jeune prince eut l'air stupéfait. Qu'avait-il dit d'étrange ?

« Vous ne vous souvenez pas d'en avoir touché une ? » fit-il, ses yeux verts ronds comme des soucoupes. « Une clé en argent avec un anneau en forme de papillon, ça ne vous dit rien ? »

« Absolument pas. »

Yuri état certain qu'il se serait souvenu d'avoir vu un objet aussi insolite, surtout que la dernière chose dont il se rappelait était que Flynn avait tenté de l'empêcher de tomber…

« Bizarre ça… » dit Sheen en croisant les bras, visiblement en train de réfléchir. « Je ne connais que cette méthode pour avoir accès à ce monde mais il se peut que vous en ayez utilisé une autre qui m'est inconnue. Je me demande si elle en sait plus que moi sur le sujet… »

A cet instant, le jeune garçon se dirigea vers la route, son aîné suivant ses pas, et regarda de tous les côtés. Ses yeux verts se fixèrent sur un petit panneau indiquant deux directions opposées qui était caché par un énorme buisson aux feuilles bleues et aux fleurs blanches. En l'observant, Yuri vit que seuls des symboles servaient d'indications : le chemin partant à gauche était désigné par un serpent et celui allant à droite par une tête de mort.

« Chouette ! » s'exclama Sheen avant de partir à gauche. « Cette fois-ci, on est pas loin. »

« Et on va où au juste ? » demanda l'épéiste, souhaitant être éclairé sur la signification de ces symboles.

« A l'autel de la terre. Les routes changent très souvent dans ce monde donc quand on ne connait pas le signe associé à chaque endroit, c'est facile de se perdre. »

« J'en conclus donc que le serpent correspond à là où l'on va. »

« Exact. Pour l'autel de l'eau, c'est un poisson et, concernant la tête de mort, c'est le cimetière de la lune rouge qui est accolé à ce qui équivaut à l'autel du temps. »

« Il y a un cimetière ici ? Etonnant. »

« Quand on sait qui le fréquente, ce n'est pas si surprenant en fait… »

A cette phrase, Yuri crut voir un frisson parcourir l'échine de son guide. Quoiqu'il pouvait y avoir à cet endroit, cela ne lui plaisait visiblement pas.

A un moment donné, la prairie aux teintes roses laissa place à une étendue de sable ainsi qu'à une odeur alcoolisée. La végétation se résumait à d'immenses arbres aux feuilles cuivrées qui ressemblaient fortement à des figuiers. Dans les branches de ceux-ci, en plus des fruits aux teintes argent, il y avait de nombreux serpents de toutes sortes qui semblaient y dormir. Plus loin, il y avait deux petits obélisques de granit encadrant ce qui ressemblait fortement à l'entrée d'un tombeau. A leurs pieds se trouvaient deux statues représentant des vipères. Enfin, devant l'une d'elle, il y avait une fille à la peau mate et aux cheveux d'une incroyable blancheur qui était occupée à compter une série de bouteilles en céramique.

« Orieul ! » appela Sheen.

La dénommée Orieul leva ses yeux sombres vers eux puis, après avoir épousseté son short en lin beige et son haut kaki, vint vite les rejoindre, courant pieds nus sur le sable.

« T'es en avance Sheen ! » s'étonna-t-elle en regardant tour à tour son ami et Yuri. « Et c'est qui lui ? »

« Yuri. Il était à l'autel de l'eau quand je suis arrivé. » le présenta celui aux yeux émeraude en le désignant d'un geste de la main.

« Yo. » fit le jeune homme en saluant celle à la peau mate qu'il estimait être du même âge que son guide bien qu'un peu plus grande en taille.

« Il ne se souvient pas avoir eu une clé pour entrer ici. Tu ne saurais pas des fois s'il n'y aurait pas un autre moyen pour ouvrir les mondes oniriques ? »

« Moi non. » répondit-elle avant de regarder l'entrée de ce qui ressemblait à un tombeau. « Mais elles, ça se pourrait. Par contre, elles ne lui répondront pas gratuitement. »

Après cette remarque, Orieul vint se planter devant lui, les bras croisés sur sa poitrine et ses yeux sombres fixés dans les siens. Puis elle lui fit un sourire qu'il reconnut aisément : celui des petites pestes qui aimaient bien jouer avec les nerfs des adultes.

« Elles aiment les figues donc je pense que si tu en cueilles une toi-même, elles apprécieront le geste et se montreront généreuses. Mais si tu as peur des serpents… » fit-elle sur un ton de défi.

« Aucun problème. » répliqua-t-il en lui rendant son sourire.

Façon de parler… Il avait déjà grimpé à plusieurs arbres dans sa jeunesse mais jamais dans des qui étaient infestés de reptiles ! Il risquait d'avoir des difficultés à ne pas en blesser un accidentellement ou à ne pas se faire mordre…

Repérant un arbre à proximité et un peu moins haut que les autres, Yuri commença son ascension, veillant soigneusement à ne pas poser ses mains ou ses pieds sur quoique ce soit possédant des écailles. Il se hissa sur une branche, attirant sur lui l'attention des serpents les plus proches, et chercha du regard le fruit le plus près de lui… avant de s'apercevoir que celui-ci était farouchement gardé par une vipère aux écailles sombres qui n'avait visiblement aucune envie de le lui céder. Il jeta donc son dévolu sur une autre figue, se penchant le plus possible pour l'attraper.

Une fois en main, il eut à peine le temps de se réjouir de sa réussite qu'il glissa et atterrit brusquement sur le sol, son dos heurtant le sol et ses cheveux s'éparpillant dans le sable. Un rire enjoué parvint à ses oreilles suivi d'un autre, plus discret.

« HA HA HA ! » rit Orieul à gorge déployée. « C'était une belle chute ça ! »

Il se releva en grommelant, secouant sa longue chevelure brune en constatant qu'elle était pleine de sable. Par contre, il était plutôt satisfait d'avoir attrapé ce fruit argent… que cette petite peste aux cheveux blancs s'empressa de lui dérober.

« Merci ! » lui fit-elle avec un sourire narquois qui s'atténua rapidement. « Je vais leur donner cette offrande en ton nom. »

Sur cette phrase, elle se dirigea vers ce qui ressemblait à un tombeau et y entra, descendant les marches puis disparaissant dans les ténèbres. Tandis qu'il se relevait, Sheen vint le rejoindre, ses yeux verts fixés sur l'endroit où son amie avait disparue.

« Les lamias sont probablement de bonne humeur actuellement donc elles devraient nous aider un peu… » murmura le jeune garçon.

« Lamias ? » demanda le jeune homme, entendant encore un mot qui lui était inconnu. « Qu'est-ce que c'est au juste ? »

« Elles ne vivent pas dans mon pays donc je ne sais pas grand-chose sur elles exceptés que ceux de l'empire de la terre leur font régulièrement des offrandes et que les membres de la famille impériale seraient liés à elles par le sang. Je ne sais pas du tout à quoi elles ressemblent. »

Une série de sifflements se firent entendre au bout de quelques secondes. Yuri regarda les serpents situés dans les arbres mais il s'aperçut bien vite que ceux qui s'étaient réveillés durant son ascension s'étaient rendormis et qu'ils étaient parfaitement silencieux. Il reporta ensuite son attention sur le tombeau et fit deux pas dans sa direction avant que Sheen ne l'arrête en le retenant par le bras.

A cet instant, le jeune homme comprit que ces sons venaient de là-bas et, en tendant l'oreille il réalisa que c'était en réalité des voix particulièrement sifflantes.

« Notre chère enfant… » fit l'une d'elle. « Quelle est donc ta demande ? »

Il ne perçut pas clairement ce qu'était en train de leur dire la petite fille, le son de ses paroles étant masqué par les sifflements de ses interlocuteurs… ou plutôt interlocutrices car il avait l'impression que c'était des femmes.

« Intéressant… » répondit de nouveau l'une de ces voix sifflantes. « Laisse-nous donc l'éclairer chère enfant… »

Le silence se fit après cette phrase. Yuri garda ses yeux fixés sur l'entrée du tombeau et, à un moment, il vit une silhouette qui semblait recroquevillée sur elle-même, cachée sous une cape sombre élimée et qui aurait pu être celle d'une personne âgée au dos voûté si elle avait été un peu moins haute. Elle se stoppa en haut des marches puis, à peine une seconde plus tard, elle fut rejointe par Orieul, cette dernière tenant une fiole en céramique entre ses mains.

« Un jeune loup égaré et un petit poisson… » fit la silhouette dont la voix sifflante paraissait être celle d'une femme. « Approchez un peu… »

Les garçons s'exécutèrent puis s'arrêtèrent une fois qu'ils ne furent plus qu'à un mètre de leurs interlocutrices. A ce moment, le jeune homme s'aperçut que non seulement cette étrange femme, bien que se tenant le dos voûté, devait être en réalité plus grande que lui mais, qu'en plus, il ne voyait absolument pas ses pieds ou ses mains, cette cape les masquant entièrement. D'ailleurs, il trouvait anormal qu'elle n'ait pas marché sur le bas de ce vêtement vu sa longueur.

« Les mondes oniriques ne sont pas comme les autres… » poursuivit la femme. « Ceux qui n'en ont pas ouvert la porte via l'une des clés sont souvent de ceux qui ont plongé dans un profond sommeil… Est-ce ton cas jeune loup ? »

« Je me rappelle avoir perdu connaissance après avoir été blessé. » répondit Yuri, cherchant à se remémorer ce qu'il avait vécu dans la grotte.

« Il serait donc dans le coma ? » demanda Sheen, curieux.

« Ou mort… »

Vu quelles étaient les dernières choses dont il se souvenait et si l'endroit où il était tombé était bien celui auquel il pensait, la possibilité qu'il ait perdu la vie était élevée.

« Les morts ne peuvent plus rêver… » coupa fermement celle à la voix sifflante. « Par contre, es-tu seulement de notre monde jeune loup… Car si ce n'est pas le cas, nos réponses risquent fort d'être erronées…. »

Là, Yuri fut légèrement surpris. Il se souvenait avoir vaguement montré à Sheen son incompréhension sur ce qui l'entourait mais pas à son amie aux cheveux couleur de neige. Cette dernière semblait même agréablement surprise.

« Alors ces histoires de chasse au trésor à travers l'univers seraient vraies ? » se demanda-t-elle, une étincelle s'allumant soudainement dans son regard. « Ça me donne encore plus envie d'accompagner cette madame Kingdom dans ses voyages ! Mon père m'avait raconté la fois où ils… »

« Ne me dis pas que tu admires cette folle furieuse qui t'avait servi de garde du corps une fois ? » l'interrompit son ami, l'air estomaqué par ce qu'il venait d'entendre. « Tu réalises quand même qu'elle aurait pu tuer ce type qui a essayé de te toucher si elle l'avait vraiment voulu ? »

Une chasse au trésor à travers l'univers ? S'il avait bien compris, cette personne dont la fillette parlait voyageait de monde en monde…

« Cette femme serait capable de me dire exactement comment j'ai atterri ici à tout hasard ? » demanda Yuri, se disant qu'il avait peut-être une nouvelle piste.

« Tu ne la verras pas dans les mondes oniriques… » répondit sèchement la femme à la voix sifflante. « Par contre, il nous semble qu'elle a quelques accointances avec ces créatures aux cris stridents… »

« Les harpies ! » s'exclamèrent avec surprise les deux plus jeunes.

« Tout le monde raconte des histoires horribles sur elles ! » fit Orieul avec une grimace. « Certains disent même qu'elles mangeraient les entrailles des hommes avec qui elles se sont accouplées ! »

« Ça c'est un mensonge. » démentit immédiatement Sheen. « Par contre, elles et les sirènes se détestent et quand elles se croisent, tu le sais tout de suite. Après, j'avoue n'avoir jamais tenté d'en approcher une mais il me semble qu'elles aiment les hauteurs…»

« En résumé, si je trouve une harpie, je pourrais peut-être avoir la réponse que j'attends. » synthétisa Yuri tout en se posant une question : à quoi ces créatures pouvaient bien ressembler ?

« Possible… » fit celle à la voix sifflante. « Mais rien n'est sûr… Il faudrait te rendre à l'autel de l'air pour le savoir… »

Nouvelle promenade en perspective donc. Il ne lui restait donc plus qu'à savoir quel était le symbole correspondant mais s'il suivait la logique de cet endroit, le signe était en rapport avec le lieu où il souhaitait se rendre.

« Si c'est comme chez nous, il est surement abandonné de tous dans un coin paumé… » déclara Orieul avec un soupir de dépit. « Il n'existe même plus du tout si ça se trouve. »

« Non, je ne crois pas. » contredit Sheen, l'air pensif. « Je me souviens avoir vu un oiseau une fois sur les panneaux donc ça doit probablement lui correspondre. »

« Probablement ? » demanda Yuri en haussant un sourcil face à cette déclaration qui en disait assez long à elle toute seule.

« Ce qu'il veut dire c'est qu'on ne connaît que certains symboles. » expliqua la fillette aux cheveux immaculés. « Quand on ne sait pas à quel lieu un panneau correspond, nous n'y allons pas, surtout si cet endroit est potentiellement lié à un pays ou à un peuple qui peut s'en prendre à nous. »

« Par exemple, le pays d'Orieul a de très mauvaises relations avec celui lié à l'autel du feu. » compléta le jeune garçon aux cheveux blonds vénitiens. « Mais on peut vous aider à trouver les harpies si vous le désirez. »

« Non, ça ira. » fit le jeune homme à la longue chevelure sombre.

Maintenant qu'il comprenait un peu la logique de ces mondes oniriques, il devrait pouvoir se débrouiller seul…

*§*

Avant qu'il ne quitte l'autel de la terre, cette femme – une lamia de ce qu'il avait compris – lui avait remis la fiole en céramique en lui précisant que c'était un puissant contrepoison qui pourrait éventuellement lui être utile. Il sut ensuite par Sheen que les harpies étaient des êtres capables de voler et de rester prudents avec elles car ce n'étaient pas des créatures réputées pour être amicales au premier abord.

Une fois qu'il eut repris la route, il trouva assez facilement un panneau indiquant deux directions différentes mais, en voyant les symboles, il constata que les chemins avaient dû changer : à gauche était indiqué ce que le jeune garçon avait désigné comme un cimetière et le signe correspondant à ce qui se trouvait au bout de la route devant lui ressemblait en tous points à un chat.

Il avait donc le choix entre un endroit qui était manifestement à éviter et un autre dont il ne savait strictement rien. Il opta donc pour ce dernier, prêt à changer de route à la première occasion.

Pendant sa marche, il vit le paysage autour de lui changer, le sable laissant sa place à la prairie aux teintes rosées puis à de multiples fleurs colorées. Il passa au dessus d'une petite rivière aux tons turquoise avant d'entrer dans ce qui ressemblait fortement à un rideau de brume orangé dont il ressortit au bout de quelques secondes… pour découvrir, à une trentaine de mètres plus loin, une haute tour cylindrique qui semblait avoir été taillée dans du cristal. Entre lui et elle, il y avait un portail ainsi qu'une clôture en or massif puis, juste en face, un croisement entre différents chemins des mondes oniriques.

En se rapprochant, il trouva le panneau à côté d'un arbre aux feuilles d'or et à l'écorce de bronze mais celui-ci semblait avait été cassé, une des directions ayant l'air d'avoir été arrachée. C'est en tournant la tête vers un buisson de couleur argent qu'il trouva le morceau manquant… en partie coincé sous le corps d'une jeune femme dont la longue robe bleu pastel avait une grosse tache rouge sombre sur le flanc...

Sans réfléchir plus longtemps, Yuri se précipita à se côtés puis dégagea les longues mèches châtains qui cachaient en partie son visage, posant ensuite sa main au niveau de sa nuque.

« Vous m'entendez ? » tenta-t-il en constatant qu'elle avait un pouls.

Aucune réponse. Il reporta son attention sur la tache rouge au niveau de son flanc droit et, en s'excusant par avance, déchira le tissu pour s'apercevoir qu'elle était effectivement blessée mais que la plaie était assez… étrange. Elle ne saignait pas abondamment et semblait même avoir cicatrisé par endroits mais, ce qui l'interpella, c'était les vaisseaux sanguins autour de sa blessure qui prenaient progressivement une teinte sombre, lui rappelant l'effet de certains poisons des monstres qu'il avait pu affronter.

N'ayant rien à perdre, il prit la fiole en céramique qu'il avait reçue un peu plus tôt et la déboucha, son nez étant immédiatement agressé par la forte odeur d'alcool qui s'échappa du petit récipient. Il en versa quelques gouttes sur la plaie puis, avec un certain soulagement, observa attentivement les veines gorgées de poison reprendre peu à peu une couleur normale.

Par contre, la jeune femme était toujours inconsciente et, fait curieux qu'il n'avait pas noté au départ, son bras gauche était entièrement bandé, ne laissant point entrevoir le moindre centimètre de peau.

« Il me semblait bien avoir entendu un beau vacarme un peu plus tôt. »

Au son de cette voix de femme, il tourna la tête pour s'apercevoir que le portail doré était à présent grand ouvert mais, étrangement, il ne vit personne. Yuri crut l'avoir imaginée quand une silhouette blanche et éclatante fit brusquement son apparition, l'aveuglant au point qu'il dut protéger ses yeux de son bras.

« Tu devrais l'emmener dans ma tour. Elle y sera à l'abri des cauchemars le temps qu'elle récupère. »

Cette voix était aussi douce que celle d'Estelle mais pouvait-il vraiment lui faire confiance ? Il devait cependant reconnaître qu'il ne pouvait pas laisser cette fille ici…

« Qu'est-ce qui me garantit qu'elle y sera en sécurité ? » demanda-t-il de but en blanc, toujours en partie aveuglé par cette forte lumière.

« Oh mais je ne te faisais pas une suggestion. »

A cette simple phrase, un puissant flash lumineux se fit avant qu'il ne sombre dans le noir total…


NB : Les habitués de mes délires de fin et ceux lisant Salon de thé ont dû reconnaître des noms… Pas forcément une bonne nouvelle pour Yuri vous me direz vu les personnages.

Auteur vs Persos :

Asahi : … Il est pas arrivé là où je pense des fois ?

Kaleiya : Possible.

Asahi : … J'ignore quoi penser vu que ça peut vite se retourner contre moi…

Kaleiya : Tu sais, je ne suis pas mieux…

kaleiyahitsumei: (Default)
 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas. Par contre, le reste m'appartient.

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Songes éternels

Rating : T (par précaution)

Genre : Mystery

Note : En parallèle d'Aquarelle. Elle raconte ce qu'il est arrivé à Yuri après sa chute dans l'aer krene. De plus, les personnages y apparaissant évoluent dans leur propre univers en quelque sorte donc on peut dire que c'est une sorte de crossover.


Prélude

« Promets-moi que tu reviendras bientôt ! »

Il n'aimait pas vraiment ne pas tenir ses promesses mais là, vu comment le combat tournait, quelque chose lui disait qu'il ne reverrait plus Sasha ou, du moins, pas avant que son heure n'ait sonnée. Ils étaient tombés dans une embuscade et, s'il ne faisait rien, Flynn allait se faire tuer par un de ces types.

Merde.

« Si tu oses me dire que ce mariage te convient, je te jure que je vais te tuer cette fois ! »

Rita l'avait bien cerné à la longue. Autant l'un que l'autre, ils s'étaient répétés que les fiançailles de Flynn et d'Estelle étaient une bonne chose mais aucun d'eux n'avait vraiment accepté cette union à venir, aussi bénéfique qu'elle pouvait l'être pour l'Empire. Rien ne pourrait plus être pareil et leurs illusions seraient perdues…

A tout jamais.

« Tu devrais être fier de tes origines tu sais. »

Thomas Foehn… Bien qu'il soit un ami de sa sœur et qu'il s'occupait d'elle avec une grande attention, quelque chose chez lui ne lui avait pas plu. Pourtant, rien dans son attitude ou son langage ne lui indiquait que cet homme était un ennemi potentiel. Mais malgré tout, son instinct s'acharnait à lui dire qu'il devait s'en méfier. Il s'était demandé un instant si ce n'était pas le fait qu'il lui parle si souvent de cet homme qui lui disait d'être sur ses gardes. Cependant, d'autres que le jeune homme aux yeux acier vantaient les exploits de cet individu à un point qu'il en avait mal au cœur. Seule Sacha évitait le sujet car elle ne souhaitait pas le contrarier et lui ne voulait pas lui faire du mal en tachant certains de ses souvenirs les plus précieux.

Mais peu importe, jamais il ne pourrait accepter que cet homme et lui étaient du même sang.

« Il y a encore du travail mais bientôt, notre rêve deviendra réalité. »

Oui Flynn. Même si beaucoup de personnes leur mettaient des bâtons dans les roues, petit à petit, les lois injustes étaient remplacées par des plus équitables et les moins privilégiés pouvaient faire entendre leurs voix aux oreilles de l'empereur.

Mais Yuri avait vite compris que, à partir de maintenant, son meilleur ami allait devoir se passer de lui…

Quand il s'était interposé entre Flynn et cette épée, recevant de plein fouet le coup qui était destiné au jeune Commandant, la douleur avait été intense au point qu'il eut du mal à rester conscient. Pendant un instant, au moment où il se sentit tomber, il crut que ses jambes n'étaient plus capables de le porter mais, en réalité, c'était le sol qui s'était dérobé sous ses pieds.

Avant de sombrer, la dernière chose qu'il vit était cette main qui avait tenté d'attraper la sienne…


NB : Très court, je sais. A l'origine, je pensais le faire plus long mais l'idée a changé quand j'ai rallongé ce que j'avais prévu de mettre avec.

Auteur vs persos :

Asahi : … Où sont passés les autres ?

Kaleiya : Ils sont occupés pour un bon moment.

Asahi : On est seuls donc ?

Kaleiya : Jusqu'à ce que ceux qui ont du temps libre viennent le passer ici. Pourquoi ?

Asahi : Parce que j'aimerais beaucoup faire une partie d'Uno et je sais que tu en as un.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Note : Bien bien bien… Il est temps à présent de découvrir ce qu'il est advenu de notre chevalier préféré. Bonne lecture !

Chapitre 1 : L'arbre qui cache la forêt…

Quand il ouvrit les yeux, la première chose que réalisa Flynn était, en voyant le plafond de bois, qu'il n'était très certainement pas dans sa chambre. La seconde fut le mal de tête carabiné qui le fit grogner à l'instant où ses iris azur rencontrèrent la lumière du soleil. Il referma ses paupières puis se mit à réfléchir, cherchant à rassembler ses souvenirs pour comprendre où il était et pourquoi il avait une telle migraine.

Les dernières images de sa mémoire étaient la tombe de Yuri à l'aer krene au sud de Zaphias, ce mystérieux assassin avec ses deux épées courtes qui l'avait attaqué, leurs assaillants invisibles et cette lumière…

Il eut beau chercher plus loin, c'était le trou noir. Cette femme étrange l'avait-elle emmené quelque part ? Cela n'expliquait pas son mal de tête…

Il retenta d'ouvrir les yeux, constatant avec soulagement que la lumière le faisait moins souffrir, puis s'attela à se mettre dans une position assise, ce qui s'avéra un peu moins facile que prévu en réalisant qu'il avait mal un peu partout. Une fois parvenu à son but, il balaya la pièce du regard.

A première vue, il n'y avait rien d'extraordinaire : un lit confortable assez grand pour deux personnes et aux draps blancs recouverts d'une couverture épaisse en laine composée de carreaux colorés, une table de nuit en bois basique sur laquelle se trouvait une lampe à huile, une énorme malle recouverte de cuir sombre et contenant très certainement des vêtements, un grand miroir et une chaise sur laquelle étaient posés des vêtements qui étaient très certainement les siens – en s'observant rapidement, il s'aperçut vite qu'on avait dû le déshabiller puis le rhabiller avec un pyjama bleu pastel. Par contre, il ne voyait pas son épée et son bouclier.

Ce qui sortait de l'ordinaire, c'était ce chevalet sur lequel se trouvait une toile dont il ne pouvait voir ce qui se trouvait dessus, les deux objets n'étant pas placés de façon à ce qu'il puisse savoir cela dans sa position actuelle et le premier étant recouvert d'un tissu beige. Le tabouret qui se trouvait en face lui suggérait que quelqu'un s'était installé ici un petit moment.

Flynn se leva avec précaution, grimaçant légèrement en sortant ses jambes de sous les draps, et se dirigea vers la porte en se tenant contre le mur. Il l'ouvrit, découvrant ainsi qu'il devait être à l'étage d'une maison puis commença à s'avancer vers l'escalier.

Lorsqu'il passa près de la porte entrouverte de ce qui devait être une deuxième chambre, il jeta d'abord un premier coup d'œil rapidement mais, alors qu'il entamait un pas pour poursuivre sa route, il revint en arrière et, cette fois-ci, observa plus attentivement l'intérieur de cette pièce afin d'être certain de ce qu'il avait cru voir.

Oui, il n'avait pas rêvé. Sur le pan de mur qu'il pouvait voir par l'entrebâillement était accroché un portrait, probablement fait au pastel, d'une personne qu'il n'aurait jamais pensé voir ainsi, la dernière fois qu'il avait été dessiné – même Ted aurait fait mieux – étant pour un avis de recherche vieux de cinq ans.

Qui avait réalisé ce portrait si réaliste de Yuri ?

Son intérêt fortement piqué, Flynn entra dans la pièce qui, contrairement à la chambre dans laquelle il s'était réveillé, était un peu plus meublée – il y avait une belle armoire en bois clair et une coiffeuse qui étaient difficiles à manquer – et décorée de différents dessins. Parmi les œuvres les plus frappantes, excepté le portrait de feu son meilleur ami, il y avait une peinture de Repede qui semblait hurler à la lune, une autre d'un jeune homme aux cheveux châtains qui était manifestement en train de faire des exercices de musculation et un dessin à l'encre représentant à nouveau Yuri mais dans une position plutôt… sensuelle vu la façon dont il était allongé sur ce qui devait être des draps.

En observant un peu plus l'endroit, le jeune homme s'aperçut que le lit en dessous de la fenêtre était occupé mais impossible de voir qui était en train d'y dormir, cette mystérieuse personne s'étant cachée sous la couverture de laine mauve. Cependant, s'il se fiait à la robe bleu canard qui était posée sur la chaise, cette chambre appartenait à une femme.

Devait-il la réveiller pour en savoir plus ? Il hésitait, surtout en ignorant ce qu'elle portait actuellement – les convenances voulaient d'ailleurs qu'un homme ne voit pas la chambre d'une femme s'ils n'étaient pas de la même famille ou mariés – mais s'il voulait connaître sa situation réelle, c'était peut-être la meilleure solution.

Le son d'une porte qui s'ouvrait à l'étage du dessous attira son attention, signifiant probablement qu'une deuxième personne y vivait et qu'elle venait soit de rentrer, soit de sortir. Il quitta donc la pièce dans laquelle il était et se dirigea vers l'escalier, percevant le bruit de la porte ayant été fermée suivi de pas, signalant donc que la personne était entrée dans la maison. Il descendit donc les marches pour se retrouver dans ce qui était une pièce commune composée d'une table en bois clair et de quatre chaises du même style, d'un autre chevalet où il lui était possible de voir qu'une toile représentant un paysage avait été commencée, de divers dessins décorant les murs, d'une lance posée sur le dessus de ce qui devait être un large buffet et de deux doubles portes, très certainement battantes, qui possédaient un large espace ouvert en haut et un plus petit vers le bas, lui permettant ainsi de voir que derrière devait se trouver la cuisine et que quelqu'un était à l'intérieur.

Flynn se rapprocha et heurta accidentellement une des chaises, attirant sur lui l'attention du jeune homme aux cheveux châtains. Celui-ci sortit de la partie cuisine, lui permettant ainsi de constater que ce dernier était plus grand que lui, et le fixait de ses yeux acier avec intensité.

« Bien dormi ? » demanda-t-il de but en blanc.

« Heu… oui. » répondit le blond, un peu déstabilisé. « Où je suis au juste et qui êtes-vous ? »

« Vous êtes sur le continent de Yurzorea et vous pouvez m'appeler Thomas… Commandant Scifo. »

… Il était où ?

Comment avait-il pu atterrir aussi loin de Zaphias ? Combien de temps s'était-il écoulé ? Et pourquoi avait-il l'étrange impression que ce Thomas ne l'aimait pas beaucoup ?

Son interlocuteur avait visiblement perçu son étonnement d'apprendre le lieu où il se trouvait, le fixant à présent avec surprise.

« Vous ne vous en doutiez pas ? » demanda-t-il, intrigué. « Vous avez surement dû passer par-dessus bord… »

« Impossible. » coupa Flynn, le teint devenu livide. « La dernière chose dont je me souviens est que j'étais sur le continent d'Illycia. »

Se sentant soudainement fébrile, il fut contraint de s'asseoir sur l'une des chaises de la pièce, se repassant dans sa tête tout ce dont il se souvenait avant son réveil.

Il voyait de nouveau Seconde Etoile enfoncée dans le sol, cette femme combattant avec deux lames courtes, leurs assaillants invisibles et… cette lumière. Après elle, il ne se rappelait plus de rien. C'était le vide total. C'était comme s'il s'était instantanément déplacé d'un point A à un point B sauf qu'il ignorait totalement combien de temps s'était écoulé.

Le cours de ses interrogations fut interrompu lorsque Thomas posa un verre d'eau en face de lui ainsi qu'une pomme bien rouge.

« Je vais expliquer aux autres que vous n'êtes pas un danger pendant que Sasha répondra à vos questions. » déclara celui aux cheveux châtains avant de regarder l'escalier et de hausser un peu la voix. « Et je sais que tu es debout donc pas la peine de te cacher ! »

Sasha ? La supposée jeune femme qui dormait dans la chambre où il avait vu ce portrait de Yuri ?

« T'es agaçant Thomas ! » s'exclama une voix féminine d'en haut.

Sur ces mots, des pas se firent entendre à l'étage du dessus puis, descendant les marches de bois, vint une jeune femme dont il ne vit d'abord que les chaussures en cuir marron ainsi que des collants en laine noire. Apparurent ensuite une jupe évasée s'arrêtant en haut du genou de couleur bleu roi un peu froissée puis un chemisier noir dans un état similaire. Enfin, quand il aperçut ce visage aux traits fins et si familiers encadré d'une longue chevelure sombre nouée en une queue de cheval sur le côté, Flynn crut pendant un instant qu'il voyait un fantôme.

Cette fille ressemblait énormément à Yuri ! Certes, ses yeux étaient plus clairs et sa carrure un peu plus fine mais côte à côte, il était certain que cette jeune femme aurait facilement pu passer pour la sœur de son meilleur ami tellement ils avaient de points communs au niveau physique.

« T'étais vraiment beaucoup plus agréable avant… » se plaignit la dénommée Sasha dont la moue contrariée rappelait étrangement à Flynn celle que faisait feu son meilleur ami dans son enfance quand quelque chose ne lui plaisait pas ou qu'il perdait à un de leurs jeux.

« Et avant tu ne passais pas ton temps à filer en douce et à risquer de te faire bouffer par un monstre tout ça parce que tu cherches un nouveau sujet de dessin. » répliqua Thomas avec fermeté avant de pointer ses cheveux de son index droit. « Ça va bientôt faire deux ans que j'ai des cheveux blancs à cause de toi et de ton attitude. »

« Je prends toujours un répulsif pour les éloigner et ça a toujours fonctionné ! Et puis tu crois que ça m'amuse de rester sagement ici à faire la potiche ? »

« Je te signale que je suis le seul à faire le ménage ici et vu le bazar que tu es capable de laisser derrière toi… »

Alors qu'il suivait cette dispute entre ses deux hôtes avec attention, Flynn se sentit soudainement mal et, juste après qu'un sifflement se fasse entendre dans ses oreilles et que sa vue se brouille, il perdit connaissance.

-§-

Quand ils avaient entendu ce grand bruit à côté d'eux, Sasha et Thomas avait vite stoppé leur querelle, s'apercevant ainsi que leur invité était écroulé au sol, inconscient. Ils l'avaient ramené dans la chambre et le jeune homme aux yeux acier était ensuite sorti, ayant pas mal de travail en perspective.

Pendant son absence, la jeune femme avait repris la place qu'elle occupait : assise sur son tabouret, face à son chevalet mais de sorte à pouvoir observer à loisir le blond. Ainsi, en plus de veiller sur lui, elle pouvait profiter de cette occasion d'avoir un nouveau sujet de dessin… surtout que celui-ci était très certainement celui qui lui avait fait le plus envie depuis environ quatre ans.

Flynn Scifo… Physiquement parlant, Yuri ne lui avait pas menti en le décrivant. Il était vraiment très beau à regarder, ce qui était surement dû à cette mâchoire si bien dessinée et qui rendait son visage très attrayant. Elle aurait eu une autre forme, cela n'aurait certainement pas été pareil.

En l'observant de plus près, Sasha avait pu constater qu'il était aussi très bien proportionné – elle n'avait pas pu vérifier si c'était le cas partout bien entendu, Thomas ne lui en ayant pas laissé l'occasion bien qu'elle ne l'aurait probablement pas saisie – avec un corps ni trop ni pas assez musclé, des épaules un peu carrées et, sur son torse, la présence de quelques poils blonds assez difficiles à distinguer au premier coup d'œil – à contrario, elle avait pu constater que Yuri était complètement imberbe, faisant qu'il aurait pu passer pour un peu plus jeune qu'il ne l'était en réalité s'il l'avait vraiment voulu.

Pour ce qui était du caractère, elle n'avait pas encore pu juger mais si ce que l'épéiste lui avait raconté de son vivant était vrai, tous deux pouvaient très bien s'entendre. Et puis la jeune femme adorerait entendre quelques anecdotes croustillantes sur le brun concernant son enfance…

Cela faisait plus de quatre ans que Sasha avait rencontré Yuri Lowell pour la première fois…

Yurzorea – environ quatre ans auparavant

Quand Thomas lui avait dit qu'il lui avait ramené une surprise de Dahngrest, la jeune femme s'était attendue à des pastels, des fusains, des craies ou tout autre outil permettant de dessiner que le jeune homme aux yeux acier lui ramenait souvent quand il allait à Yumanju ou jusqu'à la ville des guildes. Elle ne s'était absolument pas attendue à ce qu'un jeune homme qu'elle n'avait jamais rencontré entre dans sa chambre accompagné d'un chien borgne au pelage bleu et blanc. De par l'expression qu'elle avait pu lire sur son visage, il avait été aussi étonné qu'elle. Elle se serait volontiers levée de son lit pour aller le toucher pour ainsi savoir si elle ne rêvait pas mais ce jour-là, ses jambes ne la portaient pas, comme bien souvent d'ailleurs…

« Qu'est-ce que… » commença-t-il, son regard onyx la détaillant attentivement. « Non… Il a certainement pas menti… »

Elle aurait volontiers répliqué après ça mais une légère quinte de toux l'en empêcha. Qu'est-ce que c'était agaçant que cela arrive maintenant…

Quand elle cessa de tousser, elle constata que le jeune homme s'était approché d'elle et qu'il lui tendait le verre d'eau qui était présent sur sa table de chevet.

« Merci » lui dit-elle avant de boire une gorgée puis de le fixer intensément de ses yeux perle. « C'est un peu bizarre non ? »

« J'en ai vu d'autres mais je dois admettre que c'est étrange comme rencontre. » fit-il avec un sourire en coin tout en s'asseyant sur le bord du lit. Il tendit ensuite amicalement la mais vers elle « Yuri. »

« Sasha. » dit-elle avant de lui serrer chaleureusement la main. « Ravie de te connaître. »

« De même p'tite sœur. »

Yurzorea – Présent

Un soupir échappa à la jeune femme. Bien que cela fasse deux ans, elle n'arrivait toujours pas à se faire à l'idée que son frère, seul membre restant de sa famille, était décédé. Elle trouvait cela injuste qu'il soit mort alors qu'il avait encore la possibilité d'accomplir bien des choses…

En entendant bouger, Sasha quitta des yeux son dessin au pastel pour se tourner vers le lit. Elle constata ainsi que leur invité s'était réveillé et était en train de se mettre en position assise… ou du moins essayait vu les difficultés qu'il semblait avoir. Elle vint vite l'aider à conserver sa position assise en plaçant derrière son dos des coussins qu'elle avait pris dans sa chambre.

« Merci… » dit-il avant de s'appuyer sur les oreillers.

Il avait vraiment l'air épuisé. Elle se demandait ce qui avait pu lui arriver avant qu'elle ne le trouve sur la plage.

A cet instant, Sasha réalisa qu'il la fixait intensément de ses yeux azur au fond desquels elle pouvait lire de l'étonnement et une certaine incompréhension.

« Comment est-ce… » commença-t-il avant de s'interrompre, tournant la tête sur le côté. « Non, je dois me tromper. »

« Je ressemble à quelqu'un en particulier ? » demanda-t-elle avec un peu d'ironie, se doutant bien de ce qui pouvait perturber le jeune homme.

« Je dois dire que ou… Une minute. Comment est-ce que vous le savez ? »

Elle eut un léger rire en entendant cette question avant de le regarder avec un sourire en coin.

« Disons qu'il se peut que j'ai connu cette personne et que celle-ci m'ait longuement parlé d'un certain ami d'enfance. » déclara-t-elle avec une pointe de malice en se rappelant quelques anecdotes qu'elle avait pu entendre.

-§-

Depuis son réveil, Flynn avait beaucoup de questions en tête et elles étaient de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que le temps passait. Pendant un instant, la plus grande interrogation qu'il avait était comment il avait atterri à Yurzorea mais, après avoir vu Sasha, elle fut balayée par la forte ressemblance que la jeune femme avait avec Yuri.

Il ne tarda pas à obtenir quelques réponses sur ce dernier point ainsi que concernant ces dessins qu'il avait pu voir dans cette chambre.

Yuri et Sasha étaient frère et sœur, très certainement des jumeaux étant donné qu'elle avait le même âge que lui. Ils avaient fait connaissance huit mois après la destruction de l'Adephagos. Le dénommé Thomas avait vu le jeune homme aux longs cheveux bruns à une taverne de Dahngrest et, sous couvert d'un travail pour Brave Vesperia, lui avait demandé de l'escorter. Ce n'est qu'arrivé à ce fameux village qu'il lui avait révélé le pourquoi de ce travail et qu'il l'avait conduit dans la demeure où résidait la jeune femme.

Suite à cela, dès qu'il en avait la possibilité, l'épéiste venait rendre visite à sa sœur, lui racontant ses aventures ou lui servant de modèle pour ses dessins – Flynn avait complimenté Sasha sur ses œuvres après qu'elle lui avait dit qu'elle passait une bonne partie de son temps à dessiner et que tout ce qu'il avait pu voir en peintures ou croquis était d'elle.

« N'exagérons rien. » fit-elle avec une certaine gêne. « Tout ce que je sais faire, c'est reproduire au mieux ce que j'ai déjà vu, rien de plus. »

« Je trouve déjà que c'est, en soi, très impressionnant. »

Cette simple phrase fit se teinter ses joues d'une adorable couleur rosée qu'elle tenta de cacher en tournant sa tête sur sa droite. Elle remit en place derrière son oreille une de ses mèches de cheveux avant de se lever un peu brusquement.

« Je… » commença-t-elle sur un ton un peu hésitant. « Je vais aller te chercher de quoi manger. »

Sur cette phrase, elle se dirigea vers la porte d'un pas rapide. Elle sortit de la pièce et ferma derrière elle… avant de rouvrir la porte pour libérer sa jupe, celle-ci s'étant coincée sans qu'elle ne s'en aperçoive. Flynn se surprit à sourire face à cette scène, quelque peu amusé de retrouver chez Sasha quelques ressemblances avec Yuri bien que, sur le fond, il soupçonnait que la jeune femme soit plus calme et posée que son frère.

Pendant qu'il attendait qu'elle revienne, il se demanda ce qui se passait actuellement à Zaphias et, surtout, depuis combien de temps il avait disparu…

-§-

Ça devait faire un petit moment qu'il était perché dans cet arbre, observant une dizaine d'hommes de la brigade d'Arpagon qui faisaient des manœuvres près du Bastion de Deidon en pleine nuit. Il aurait bien changé de place mais, vu sa chance, il savait qu'il ferait mieux de rester tranquille, surtout que, depuis que la disparition du commandant avait été confirmée il y a un mois, il n'était plus vraiment bien vu chez les chevaliers impériaux. En même temps, à la base, ce n'était pas le cas et il ne devait son poste de sergent dans la brigade de Leblanc qu'à Flynn, ce dernier ayant jugé qu'il avait quelques talents autres que ses perpétuelles maladresses…

Au départ, il avait été assigné – en vérité, il l'avait demandé à son capitaine – à la protection du lieutenant O'Daly après que l'on ait réalisé que quelqu'un s'en était pris à elle alors qu'elle était sous sédatifs. Ce n'était pas facile de la voir ainsi et de se dire qu'il ne la croiserait plus sur le terrain d'entrainement la nuit mais il lui devait au moins ça…

« Halte ! »

Il sursauta en entendant un des chevaliers prononcer ce mot mais réalisa vite, en tournant la tête, que ce n'était pas à son attention mais plutôt à celle de cette femme qui, visiblement, avait voulu s'approcher d'un peu trop près. D'où il était, il ne pouvait pas tout voir mais il lui était possible de dire qu'elle avait les cheveux châtains et qu'elle devait porter une tenue assez provocante s'il se fiait à la posture de certains soldats qui l'encadrait. Par contre, il avait l'étrange impression qu'elle devait tenir un objet faisant de la fumée dans sa main gauche. Etait-ce une pipe ?

« Bonjour à vous aussi messieurs. » dit-elle d'une voix un peu trop doucereuse à son goût. « Je me suis perdue et je cherche un endroit sûr pour passer la nuit. »

« M-Mais nous s-serions ravis de v-vous aider m-ma-madame ! » bredouilla difficilement le premier chevalier.

« L-les nuits sont fraiches q-qui plus est et dans cette tenue, v-vous devez êtes frigorifiée ! » ajouta le second.

« Il est vrai qu'il y un léger souffle d'air frais… » fit la femme en faisant un mouvement de la main gauche, ce qui lui confirma qu'elle devait tenir une pipe. « Je regrette de n'avoir pris aucun châle avec moi… »

Tous les hommes de la brigade avaient interrompu ce qu'ils faisaient, leur attention attirée par cette inconnue qui, de ce qu'il pensait, n'était pas très nette. De ce qu'il avait pu voir en patrouillant avec Adeccor et Boccos dans les bas quartiers, cette personne n'était très certainement pas une prostituée mais son attitude pouvait le laisser penser.

Soudain, il vit cette légère volute de fumée se mettre à entourer tous les soldats présents et ce, sans qu'aucun d'eux ne s'en aperçoive, leur regard étant très certainement fixé sur cette inconnue qui continuait à prononcer des mots sur un ton mielleux.

« Votre sollicitude est touchante messieurs mais il serait temps pour vous d'aller dormir je pense… » déclara-t-elle en mettant le bec de sa pipe dans sa bouche durant à peine deux secondes.

« T-tout ira… » commença le premier chevalier.

Il entendit la femme chuchoter quelque chose mais impossible de savoir quoi exactement. Puis, juste après, tous les chevaliers s'écroulèrent au sol, ronflant de façon sonore pour certains, tandis qu'il crut voir une étincelle bleutée sur cette pipe que tenait l'inconnue.

En tentant de changer de position, il perçut un sifflement qui venait vers lui puis entendit le son typique d'un projectile qui se fichait dans du bois, soit, pour être exact, sur la branche sur laquelle il se tenait. Le son, en plus de le surprendre, lui fit perdre son équilibre et retrouver la terre ferme d'une façon particulièrement brutale via un atterrissage sur le dos des plus bruyants.

« Je me disais bien que j'avais vu un truc rouge dans cet arbre… » fit la voix de la femme qui se rapprochait de lui.

Il avait tout juste commencé à se relever qu'un métal froid se trouvait contre sa gorge, prêt à la trancher au moindre mouvement de sa part, ainsi que la personne qui l'avait en main, soit cette femme aux cheveux châtains dont il pouvait clairement voir le regard bleu acier qui le fixait avec une certaine curiosité.

« Comment vous avez fait ça ? » demanda-t-il, ayant encore du mal à comprendre de quelle manière une dizaine d'hommes avait pu tomber endormi aussi facilement.

« Rien qui te regarde poil de carotte. » répondit-elle avec un léger rire amusé en voyant sa grimace face à ce surnom qui n'était pas du tout de son goût. « Par contre, je suis très curieuse de savoir ce que tu faisais perché là-haut. »

« A votre avis ? »

Une odeur familière commença à envahir ses narines. Il l'avait déjà senti près d'une boutique voisine de celle de sa famille, quand un de ces nobles venait pour en fumer : de l'opium. Cette femme devait avoir de sacrés moyens pour fumer ça…

« Espionnage, c'est évident. » déclara-t-elle en prenant une bouffée dans cette pipe qu'il vit enfin de près et dont il trouva la longueur, ainsi que le style, assez inhabituels. « La tenue de camouflage est bien pensée mais si ces idiots n'avaient pas eu de casques masquant autant leur vision en hauteur, ils auraient déjà remarqué ta charmante couleur de cheveux. »

Vrai qu'avec ses cheveux auburn tirant plus vers le rouge qu'autre chose, il était facilement repérable… Sans son bandeau vert foncé, il les aurait eus sans arrêt dans les yeux, comme quand il avait son uniforme de sergent où il ne pouvait se permettre de le mettre.

« Tu comptes parler ou tu souhaites un peu d'aide ? » lui demanda-t-elle en lui faisant un sourire qui ne présageait rien de bon.

-§-

Après avoir mangé, Flynn ne se sentit pas capable de rester plus longtemps allongé et décida de se lever tandis que Sasha terminait son dessin, s'assurant par de brefs coups d'œil qu'il n'allait pas s'écrouler à nouveau. Il en profita donc par inspecter ses affaires…

« Il n'y avait rien d'autre ? » demanda-t-il, un peu intrigué par le fait que son épée et son bouclier manquaient à l'appel.

« Rien qui ressemblait à ce que vous chercher en tout cas. » répondit la jeune femme en stoppant son activité pour fouiller dans une poche de sa jupe. « Par contre, quand on vous a transporté jusqu'ici, il y avait ceci qui était tombé. »

Le jeune homme haussa les sourcils quand elle lui mentionna cet objet. Il ne se souvenait pas d'avoir eu quoique ce soit dans ses poches à part peut-être quelques galds ou, éventuellement, un papier sans importance mais cela lui paraissait étrange. Qu'est-ce que cela pouvait bien être ?

Il eut sa réponse quand son hôtesse lui montra ce qui ressemblait fort à une clé en argent, à un détail près que le panneton de forme rectangulaire comportait deux petites améthystes en son sein ainsi qu'un lapis-lazuli de même taille et que la forme de l'anneau rappelait celle d'un papillon. L'ouvrage était joli mais l'on pouvait légitimement se demander quel genre de porte pouvait être ouverte avec cette clé.

« Ça ne m'appartient pas. » déclara Flynn en prenant l'objet dans sa main. « Je ne sais même pas si ceci est destiné à être une œuvre de joaillerie ou non. »

« Je doute fort qu'elle puisse réellement correspondre à une serrure. » ajouta Sasha en jouant distraitement une mèche de ses cheveux. « Ça n'a pas vraiment de sens de faire une clé qui ne peut pas ouvrir de porte. Ce n'est pas un objet qui est fait pour être aussi travaillé que ça mais plutôt pour être pratique non ? »

« Cela dépend pour qui. J'ai déjà vu certaines clés du palais impérial qui étaient très travaillées mais je dois bien reconnaître que c'est la première fois que j'en vois une sertie de pierres fines sur la partie qui est censée actionner le pêne de la serrure… Et elle était dans ma poche donc ? »

« Hum… En fait… Je l'ai entendue tomber quand on a commencé à monter l'escalier donc nous avions supposé qu'elle venait effectivement d'une de vos poches. »

Ce qui signifiait qu'elle avait aussi pu se loger dans son armure, comme par exemple lors de cet étrange combat contre ces hommes invisibles et où cette femme lui avait prêté ses lunettes pour qu'il puisse les voir. Cette clé serait-elle en fait à elle ?

Il laissa ce problème pour quand il serait de retour à Zaphias et qu'il aurait les ressources nécessaires pour la retrouver. Même si elle lui avait rendu un grand service et qu'il se devait de lui rendre ce qui était probablement sa propriété, elle avait tout de même tenté de le tuer et il devait découvrir pourquoi. Et puis il avait l'impression qu'elle pourrait peut-être lui permettre de comprendre comment il s'était retrouvé à Yurzorea…

Flynn posa la clé sur la table de nuit pour l'instant puis jeta un rapide coup d'œil par la fenêtre, constatant que le jour commençait à décliner. Il n'allait donc pas pouvoir envisager de se rendre à Dahngrest aujourd'hui et, de toute façon, il ne savait pas dans quelle direction aller pour rejoindre Tolbaccia.

Tandis qu'il revenait vers Sasha pour voir ce qu'elle était en train de dessiner, aucun d'eux ne remarqua les deux améthystes de la clé émettre une brève lumière violette…


NB : Je précise que notre mystérieuse clé n'est pas une Keyblade. Vous aurez la réponse très vite, rassurez-vous. Par contre, pas certains que les concernés vont apprécier ce qu'ils vont découvrir concernant ce petit objet…

Auteur vs Persos :

Asahi : C'est moi ou bien il manque du monde ici ?

Kaleiya : Certains c'est normal mais d'autres…

Asahi : Bon ben tu es partante pour une partie de dominos ?

Kaleiya : Ça me va. Je vais faire chauffer l'eau pour le thé.

Asahi : Je m'occupe du chocolat.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Disclaimer : Tales of Vesperia, ses persos et son univers ne sont pas à moi. Par contre, le reste m'appartient.

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Aquarelle

Genre : Aventure, Major character death, Suspence

Rating : T

Note : Gros projet en perspective. Ayant, comme je le craignais, foiré mon coup avec Memories, je retente ma chance dans les fics à chapitres avec ce nouveau projet mais, cette fois-ci, en y incluant de persos originaux que je n'ai pas créé à la va-vite, ce qui devrait rendre ce projet plus solide je l'espère…

Note 2 : Bonne année 2015 au passage et ayant du taf en perspective, pas la peine de me demander quand je vais mettre la suite car avant, il y aura le prélude de "Songes éternels" qui "complète" cette nouvelle fic on va dire. Je ne sais pas encore quand je vais le mettre car je n'ai pas assez avancé à mon goût sur mes projets et que je ne veux pas poster trop vite puis ne plus rien mettre d'un coup. Donc je vous souhaite une bonne lecture et un peu de patience.


Prologue

Deux ans, jour pour jour. C'était le temps qui s'était écoulé depuis qu'une simple expédition pour étudier l'aer krene près de Zaphias avait tourné au cauchemar lorsqu'un groupe d'extrémistes les avaient attaqués. Sur trente hommes – quinze chevaliers dont lui-même, dix érudits et cinq membres de l'Union -, il y avait eu vingt-deux blessés dont deux dans un état critique ainsi qu'un mort dont le corps n'avait jamais été retrouvé, celui-ci étant tombé dans l'aer krene, rendant impossible toute tentative pour le récupérer et tout espoir de le retrouver en vie.

Flynn avait bien compris que le but de ces individus était de le tuer. Ils étaient trop bien préparés et étaient suffisamment nombreux pour les égaler, ce qui laissait penser que quelqu'un au sein du palais avait dû les renseigner. Cependant, les différentes enquêtes menées n'avaient fournies aucune preuve solide et, de plus, aucune autre attaque à son encontre ou à celle de l'empereur n'avait suivi. L'aide des membres de Brave Vesperia n'avait malheureusement pas été d'un grand secours, ne permettant que de conclure que ces extrémistes avaient comme disparu de la surface de Terca Lumireis, laissant à tous un goût très amer en bouche.

L'image de Yuri qui avait reçu ce coup d'épée à sa place était encore très vive dans sa tête ainsi que le moment où le sol, fragilisé avec le temps, s'était dérobé sous ses pieds. Flynn se souvenait encore très bien qu'il avait tenté d'attraper la main de son meilleur ami mais une seconde trop tard, leur dernier contact se résumant au frôlement de leurs doigts.

Cet évènement avait créé comme un vide en lui et avait eu de multiples conséquences.

La disparition d'un de leurs meilleurs combattants et membre fondateur avait affaibli Brave Vesperia, les forçant à travailler plus dur pour combler une partie du manque à gagner. Raven avait été d'un grand soutien moral à Karol qui avait été celui de la guilde ayant eu le plus de mal à faire son deuil. Le jeune homme, ayant à présent dix-huit ans, en était ressorti plus fort émotionnellement.

De son côté, Rita n'acceptait tout bonnement pas que ceux qui avaient provoqué la mort de Yuri et perturbé ses recherches ne paient pas pour cela. Elle s'était remise à vivre comme une ermite, travaillant sans relâche et chassant quiconque – excepté Estellise – osait la déranger. Elle était littéralement devenue une recluse.

Quant à lui, avant cet évènement, ses projets d'avenir sur le plan personnel – et indirectement professionnels – étaient plutôt radieux suite à ses récentes fiançailles avec Estellise, moyennement approuvées par la noblesse et le Conseil. A son départ, la jeune femme était très occupée à planifier tous les détails de leur mariage, souhaitant que ce jour soit absolument parfait. Mais à son retour, face à son regard vert qui, après avoir remarqué les nombreux blessés, cherchait avec inquiétude le jeune homme aux longs cheveux bruns, il dut lui annoncer la triste vérité. Il y eut quelques secondes de déni avant qu'elle ne fonde en larmes dans ses bras. Les préparatifs de leurs noces furent d'abord retardés puis, face à la dégradation de leur relation, définitivement annulés une fois les fiançailles rompues.

Estellise avait besoin d'aller de l'avant et elle avait compris que ce ne serait pas avec lui qu'elle pourrait faire cela. De plus, elle était la seule qui pouvait raisonner Rita quand celle-ci devenait littéralement folle de rage au point d'en détruire tout ce qui avait le malheur d'entrer dans son champ de vision.

Flynn avait eu un peu de mal à encaisser cette rupture et s'était encore plus plongé dans le travail qu'à son habitude, au point que Sodia avait dû à plusieurs reprises le freiner jusqu'au jour où, en ayant probablement assez de le voir s'épuiser ainsi, elle lui avait remis les idées en place avec une violence particulièrement surprenante venant d'elle. Elle s'était ensuite excusée de lui avoir hurlé dessus puis giflé mais il ne lui en voulait pas, bien au contraire. C'était exactement ce dont il avait besoin et cela lui avait permis de commencer à pouvoir tourner la page.

Seulement, il y a quelques jours, le cauchemar recommença.

Qui avait mis au point ce piège ? Il l'ignorait mais ce qui était certain, c'était que c'était lui la cible et que son lieutenant ne méritait pas d'être dans l'état dans lequel elle était actuellement. Certes, sans elle, c'est lui qui aurait subi le plus de dommages dans cette explosion et qui serait allongé dans un lit, gravement brûlé sur une bonne partie du corps et avec d'autres blessures dues aux objets projetés et aux meubles s'étant effondrés.

Sodia avait remarqué avant lui que quelque chose n'allait pas dans la bibliothèque, la domestique qui en était sortie avant eux ayant une attitude étrange. Elle comprit quelques secondes avant le drame qu'ils ne devaient pas rester là et l'avait poussé à sortir de la pièce. Seulement, l'explosion eut lieu et si lui fut projeté à l'extérieur, sa subordonnée se retrouva envoyée contre un mur avant qu'une énorme pile de livres ne lui tombe dessus et qu'un incendie ne se déclare. Le choc l'avait sonnée et, le temps que les hommes de Leblanc n'arrivent sur les lieux, le feu l'avait atteinte. Ses cris de douleurs résonnaient encore dans ses oreilles et sans cela, ils ne l'auraient pas trouvée à temps. Mais bien qu'elle ait survécu, les dommages que son corps avait subis étaient lourds autant physiquement que mentalement.

Le dos de la jeune femme ainsi qu'une partie de sa jambe gauche étaient les parties de son corps qui souffraient des plus graves brûlures. Sa tresse avait pris feu elle aussi et Flynn, devant agir très vite, l'avait coupée. Elle allait très certainement garder des cicatrices sur la joue et ce, même si cette partie n'était pas aussi brûlée que les autres.

Bien qu'Estellise était à Halure lors de cet incident, les médecins étaient rapidement intervenus et lui avaient confirmé que si elle était restée plus longtemps dans la pièce, elle serait morte brûlée de par le fait qu'elle était allongée au sol et que le feu se propageait essentiellement par projections de diverses braises. Lui ainsi que les hommes de Leblanc furent gardés en observation afin de s'assurer qu'ils n'avaient pas respiré trop de fumées. De ce qu'il sut par la suite, l'incendie fut vite maîtrisé et ce, grâce à une pompe à eau (1) basée sur le mana qu'avait mise au point Rita ainsi que le fait qu'ils avaient agi très vite et qu'excepté les meubles et leur contenu, les murs et le reste de la bibliothèque étant fait de matériaux comme le marbre ou le grès et les portes, bien qu'en bois, étaient épaisses (1).

De par la douleur qu'elle ressentait, Sodia avait dû être mise sous sédatifs pour lui permettre de récupérer et la gravité de ses blessures lui promettaient une longue convalescence avant de pouvoir revenir à son poste. Flynn ainsi que l'empereur Ioder avaient été mis sous protection pour prévenir une éventuelle nouvelle tentative d'assassinat et le capitaine Leblanc avait mené les recherches dans tout le palais pour retrouver le coupable et aussi s'assurer qu'il n'y avait pas d'autres dangers possibles qui avaient été placés.

Seulement, personne n'avait jugé nécessaire d'assigner un garde à la jeune femme autre que des médecins car, celle-ci étant maintenue endormie, elle était devenue une proie très facile.

C'est une infirmière, qui était chargée de vérifier chaque matin ses pansements, qui réalisa que celui qu'elle avait à la jambe avait été défait puis mal refait. Elle avait immédiatement alerté un médecin qui était à proximité, occupé à discuter avec le conseiller Maxwell, qui avait d'abord dit qu'elle se faisait des idées mais face à son insistance et au fait que le membre du conseil avait cru bon de lui rappeler que le père de Sodia était une bonne connaissance à lui, il vérifia les dires de l'infirmière, ne pouvant que constater, après avoir ôté le bandage, qu'elle disait vrai, ayant découvert une incision suspecte, refermée à la hâte avec des points de suture particulièrement mal réalisés.

De ce que Flynn avait pu comprendre, quelque chose avait été sectionné dans sa jambe, plusieurs nerfs apparemment, et ce n'était pas réparable. Le coupable avait fait cela sciemment car rien de par ses blessures ne nécessitait une intervention chirurgicale. L'auteur des faits était peut-être un médecin ou même tout simplement une personne avec assez de connaissances en anatomie. Donc même si les blessures de Sodia dues au feu guérissaient, elle ne pourrait jamais reprendre son poste de lieutenant, ayant perdu l'usage de la jambe gauche.

Après avoir ordonné à un de ses chevaliers de confiance d'assurer la sécurité de sa subordonnée jour et nuit dans le cas où un évènement de ce genre risquait de se reproduire – il en doutait mais mieux valait la mettre sous protection –, Flynn avait discrètement quitté le palais pour se rendre à ce fameux aer krene où son meilleur ami avait perdu la vie.

Ce n'était pas très agréable de se tenir ici, devant l'épée de Yuri, Seconde Etoile, plantée dans le sol depuis le lendemain de ce jour fatidique. Il pouvait constater que, de par la présence des nombreuses fleurs laissées au pied de ce qui servait de pierre tombale, quelqu'un était très certainement passé avant lui.

« Hey… » commença-t-il avec difficulté. « Je sais que j'aurais dû venir plus tôt mais… J'imagine que tu es déjà au courant. »

Le silence fut sa seule réponse. En même temps, il s'y attendait un peu.

« Je ne comprends pas ce qu'il se passe. Il y a deux ans, ils nous ont attaqués et ont disparus juste après… ta disparition. Cette fois-ci, il y a eu cet attentat dans la bibliothèque qui m'était très certainement destiné. Si j'étais leur cible, pourquoi revenir s'en prendre à Sodia ? »

Ce n'était pas logique. C'était comme si ce mystérieux ennemi s'était volatilisé à chaque fois en ne laissant quasiment aucun indice de son passage. Avaient-ils accompli leurs objectifs ou non ? C'était impossible à dire.

Flynn s'apprêtait à faire demi-tour quand il eut soudain un mauvais pressentiment. Son instinct lui hurlait de prendre son épée, comme s'il était menacé d'une façon ou d'une autre. Il prit donc rapidement son arme en main et se retourna rapidement… pour se retrouver nez à nez avec un étrange individu se tenant à environ cinq mètres de lui.

Il lui était difficile de dire si c'était un homme ou une femme, ses vêtements gris et kaki étant assez amples pour dissimuler ses formes, la capuche assortie masquant ses cheveux et son visage étant caché par d'énormes lunettes aux verres sombres et par une espèce de masque de métal sombre parcourue de diverses fentes au niveau de ce qui devait correspondre au nez et à la bouche, faisant qu'il entendait distinctement sa respiration calme et lente. Ses seules certitudes étaient que cette personne était plus petite que lui et qu'elle tenait une dague dans sa main droite. Par contre, elle avait aussi l'air d'avoir un autre objet dans la main gauche mais il n'était pas certain de ce que cela pouvait être.

Le jeune homme se mit en garde tandis que son mystérieux adversaire pencha sa tête sur le côté, rangeant au passage ce qu'il tenait dans sa main gauche dans une poche de sa veste. Il plaça ensuite la dague à l'intérieur d'une de ses bottes, ce qui intrigua quelque peu Flynn. Allait-il se rendre car il l'avait découvert avant qu'il n'ait pu passer à l'acte ?

Il comprit que non quand, il ne sut pas vraiment comment, son adversaire sortit de ses manches deux épées à lame courte qui ne devaient pas dépasser les cinquante centimètres de longueur.

Le mystérieux ennemi fut le premier à lancer son attaque, comblant si rapidement la distance entre eux que Flynn ne parvint que de justesse à parer le coup avec son bouclier. Il riposta presque immédiatement mais son épée fut arrêtée par celles de son adversaire, celui-ci les ayant croisées de sorte à bloquer l'avancée de son attaque. Lorsqu'il tenta de forcer pour lui faire lâcher ses lames, l'ennemi recula aussitôt d'un bon mètre avant de foncer sur lui à nouveau, visant son flanc droit. Ce ne fut qu'en pivotant sur lui-même que le jeune homme parvint à réussir une nouvelle parade avec son bouclier, ce qui fit à nouveau se reculer son opposant.

Flynn s'apprêtait à lancer une nouvelle riposte quand un léger bruit le fit se stopper. Son adversaire l'avait manifestement entendu lui aussi car il avait cessé de bouger, scrutant rapidement les alentours. Ce son se fit à nouveau entendre et son mystérieux opposant se mettait à présent à fixer un point derrière lui.

Puis, sans prévenir, il lança avec force une de ses lames dans la direction en question et le jeune homme, après avoir senti le sifflement de la lame près de son oreille gauche, perçut à peine une seconde après un son étranglé puis le bruit typique d'un corps qui s'écroulait au sol.

En se retournant, il put voir un homme allongé au sol, l'épée plantée entre ses deux yeux et ses bras bougeant encore faiblement avant de tomber raides, lâchant au passage le poignard qu'il avait en main. Le plus étrange était le bracelet qu'il avait à son poignet et qui ressemblait fortement à un blastia encore en état de marche.

« Reste pas comme ça beau gosse car ils sont encore onze. » fit une voix féminine à côté de lui.

Cette personne était donc une femme.

Un autre bruit suspect s'approcha de lui et, sans réfléchir, il donna un grand coup d'épée dans ce qu'il voyait être du vide et fut très surpris de sentir que sa lame s'était enfoncée dans quelque chose. En la retirant, il fut stupéfait de voir apparaître un homme, tenant lui aussi un poignard dans la main et possédant un bracelet semblable à celui qui avait été tué par la femme mystère, tomber au sol.

Ce fut là que Flynn réalisa qu'il venait d'avoir une réponse à l'une des nombreuses questions qu'il se posait depuis deux ans : pourquoi l'ennemi avait subitement disparu. Il était tout simplement devenu invisible…

Si le Commandant ne pouvait percevoir ses adversaires qu'aux sons qu'ils émettaient en se déplaçant, il soupçonnait fortement que cette étrange combattante pouvait les voir d'une manière ou d'une autre vu qu'elle avait été capable de lui dire combien ils étaient en tout.

Juste après avoir pensé cela, la femme fonça sur lui et, d'une pirouette, lui sauta par-dessus tout en lui mettant sur le nez les énormes lunettes qu'elle portait jusqu'ici.

Si, jusqu'ici, il ne voyait que la grotte contenant l'aer krene, à présent, il percevait d'étranges formes blanches et brillantes qui se dirigeaient vers lui et vers la femme, manifestement avec des intentions hostiles.

« Comme ça, ce sera plus facile pour toi. » déclara-t-elle en se plaçant à côté de lui pour trancher le bras d'un de leurs assaillants avant de lui planter son autre lame dans le ventre.

« Qui sont ces hommes au juste ? » demanda-t-il en parant un coup avec son bouclier avant de riposter d'un coup d'épée mortel.

« Tout ce que je sais, c'est qu'ils se tenaient en embuscade quand je suis arrivée et que je n'ai pas compris tout de suite que c'était moi qu'ils attendaient. »

Ils continuèrent d'éliminer leurs opposants un à un jusqu'à ce qu'ils furent tous à terre, morts ou agonisants. Flynn ôta cette étrange paire de lunettes tandis que la femme enlevait son masque et sa capuche, lui permettant de constater qu'elle avait un regard bleu acier rempli de dureté et de colère, de longs cheveux châtains aux reflets chatoyants coiffés en trois tresses qui avaient été faites à partir d'une même queue de cheval et une peau claire sans imperfection.

Elle marcha vers l'homme le plus proche, mort après avoir eu le cœur transpercé, et se pencha pour regarder à l'intérieur de sa bouche.

« Tss. Il a la langue coupée. » déclara-t-elle avec un agacement très prononcé avant de se relever et de balayer les autres du regard. « Et ça doit être pareil pour les autres donc inutile d'essayer de les interroger. »

Elle passa ensuite à la fouille du cadavre tandis que Flynn se rapprocha pour observer ce qu'elle faisait. Son regard se fixa sur le bracelet que portait l'homme lorsqu'elle s'attela à le lui ôter.

« Est-ce que c'est un blastia ? » demanda-t-il avec curiosité.

A sa question, la mystérieuse femme se tourna vers lui, ne comprenant visiblement pas de quoi il parlait.

« Blastia ? » répéta-t-elle, ses yeux bleus remplis d'incompréhension avant de désigner le bracelet. « C'est ça que tu appelles ainsi ? »

« Euh… Oui. » dit-il, assez étonné de par ses réactions. Ne saurait-elle pas ce qu'est un blastia ?

« Hum… Ça fonctionne comment un blastia exactement ? »

Exact, elle ne savait pas ce que c'était. Il lui expliqua rapidement le principe et leur conception en précisant que, normalement, ils ne pouvaient plus fonctionner depuis la destruction de l'Adephagos cinq ans plus tôt.

« Alors non, ça ne correspond pas mais j'admets qu'il y a des similitudes frappantes… » déclara-t-elle fermement en regardant le bracelet doté d'une pierre d'un jeune très clair en son centre encadré de quatre pierres, plus petites, d'une couleur laiteuse. « Pour être honnête, ça ne vient même pas de ce monde et il ne devrait pas s'y trouver. »

Flynn haussa les sourcils à cette phrase, intrigué. D'un autre monde ?

« Qu'est-ce qu… »

L'inconnue posa brutalement sa main sur sa bouche, l'empêchant de poursuivre sa réplique. Elle le regarda avec un sourire en coin qu'il trouvait particulièrement malsain.

« Ça ne te regarde pas beau gosse. » fit-elle sur un ton mêlant malice et menace. « Tu devrais plutôt te… »

Elle s'interrompit brutalement lorsqu'un son étrange se fit entendre, semblable à un grondement. Elle s'écarta subitement de lui, juste à l'instant où un rayon de lumière s'apprêtait à la toucher. Flynn se retourna pour en chercher l'origine mais un autre le frappa de plein de fouet, lui coupant le souffle avant qu'il ne perde connaissance…

-§-

Elle avait eu du mal à s'éclipser du village sans être repérée par un garde. Certes, elle aurait pu poser son chevalet pour peindre chez elle mais elle se lassait d'avoir toujours les mêmes sujets. La plage était un endroit où elle cherchait sans cesse à se rendre cependant, elle s'était faite attraper par Thomas la dernière fois, ayant perdu une de ses ballerines en marchant dans un sol un peu boueux – elle avait ainsi retenu qu'elle avait intérêt à mettre d'autres chaussures si elle passait par la forêt.

Ce coup-ci, elle avait pris cette paire de bottes de rechange dans le peu d'affaires qu'il avait laissé – elle avait dû retenir un cri de joie en s'apercevant qu'elles étaient pile poil à sa taille – puis avait déclaré qu'elle était fatiguée afin de pouvoir gagner un peu de temps. Quand elle fut certaine que la voie était libre, elle ouvrit la fenêtre de sa chambre et s'éclipsa. Elle récupéra ses affaires de dessin dans le buisson où elle les avait cachées et traversa les bois jusqu'à la plage. Après avoir trouvé un coin qui lui convenait, elle s'était installée et avait commencé à peindre le paysage.

« SASHA ! »

Surprise, Sasha lâcha son pinceau qui laissa une tache de peinture verte sur la longue jupe beige qu'elle portait avant de tomber au sol. Elle se retourna rapidement, se doutant très bien que ses yeux gris perle allaient rencontrer la haute silhouette de Thomas qui se rapprochait rapidement d'elle en la fixant de ses yeux bleus aussi durs que l'acier.

N'ayant guère envie de voir son escale se terminer aussi vite, la jeune femme préféra abandonner tout son matériel de peinture et prendre la fuite tant qu'elle le pouvait encore, attrapant juste ses bottes avant de foncer sur la plage de sable fin. Elle aurait bien aimé pouvoir prendre le temps de savourer ces sensations sur ses pieds nus mais là…

« REVIENS ICI SASHA ! »

… Quand Thomas laissait tomber les formalités et les politesses avec elle, c'est qu'elle n'aurait aucune chance de pouvoir discuter avec lui. Chance pour elle qu'il n'ait pas enlevé ses lourdes bottes car tandis qu'il s'enlisait dans le sable, elle pouvait prendre un maximum d'avance.

Ce n'est qu'après quelques minutes de course que, à bout de souffle, Sasha s'arrêta enfin et ôta sa jupe beige, révélant le bermudas de toile marron qu'elle portait en dessous, en dénouant le lacet noir qui servait à la fermer puis, une fois le vêtement changé en une simple pièce de tissu, elle mit ses chaussures à l'intérieur et replia le tissu de sorte à en faire un sac de toile. Elle jeta ensuite un rapide coup d'œil par-dessus son épaule, en profitant pour remettre en place une mèche brune qui avait dû s'échapper de son chignon improvisé, avant de repartir d'une allure plus tranquille, les cheveux châtain foncé de Thomas n'étant plus en vue.

Elle respira à pleins poumons l'air marin, savourant cette liberté si longtemps désirée et qui, elle le savait, ne durerait probablement pas éternellement. Sasha aurait volontiers enlevé sa chemise blanche pour piquer une tête et se rafraîchir un peu, ayant plutôt chaud après être restée un moment à peindre au soleil puis après sa course.

Cependant, quand elle remarqua que quelqu'un était allongé dans le sable, les vagues venant lécher son corps, elle accéléra son allure puis se remit à courir jusqu'à l'atteindre. Elle s'agenouilla près de lui et écarta des mèches blondes humides de son front.

« Tout va bien ? » demanda-t-elle en lui passant la main sur le visage.

Il était brûlant de fièvre mais il respirait. Par contre, elle ne pouvait pas le laisser seul ici et sans défense.

« SASHA ! »

La jeune femme grinça des dents en entendant la voix de Thomas. Il l'avait rattrapée… sûrement en passant par les bois afin de ne pas avoir à enlever ses bottes et ses jambières.

« Si tu t'avises encore de me… » commença le jeune homme qui s'interrompit une fois arrivé à sa hauteur, son regard d'acier se fixant sur celui qui était allongé sur le sable. « Qui est-ce et que fait-il par ici ? »

« Aucune idée. Je viens de le trouver. » déclara-t-elle en commençant à le fouiller. « Vu sa tenue, on dirait que c'est un chevalier. »

« Aide-moi à le tirer loin de l'eau. »

Habituellement, elle ne le laissait pas lui donner des ordres mais là, la situation était différente. Ils le tirèrent plus près des bois puis le brun l'examina plus attentivement, s'intéressant surtout à son uniforme.

« Il doit être gradé, ça c'est certain. » constata Thomas en poursuivant son examen. « Au moins Capitaine je dirais. »

« Il a l'air d'avoir notre âge non ? » demanda Sasha, curieuse.

« Parce que c'est certainement le cas. Par contre, je doute que qui que ce soit le reconnaisse au village. »

Le jeune homme commença à lui ôter son armure avec l'aide de la jeune femme puis il commença à ouvrir le haut de son uniforme, dévoilant ainsi une chaîne sur laquelle se trouvaient deux médailles en argent (3).

« C'est normal qu'il en ait deux ? » se demanda celle aux yeux perle.

« S'il avait un proche parmi les chevaliers qui est mort, il a pu récupérer la sienne. » lui répondit celui au regard acier avant de froncer les sourcils en lisant les noms sur les médailles. « Et on va avoir un problème si on le ramène avec nous. »

« Comment ça ? »

Thomas lui montra les deux médailles sur lesquelles elle put lire les noms suivants : Finath Scifo et Flynn Scifo.


1 : Ce feu ayant eu lieu dans une bibliothèque, il était évident que le combustible serait principalement du papier, ce qui le plaçait dans les feux dit de classe A (solides braisant) qui peuvent être éteints avec de l'eau ou avec ce qu'on appelle de la poudre polyvalente (attention car c'est toxique). Evitez les extincteurs à CO2 dans ces cas-là. Ils sont généralement réservés pour des feux d'origine électrique car contrairement aux autres types d'extincteurs, ils ne font pas de dégâts supplémentaires et étouffent le feu en supprimant le comburant (l'oxygène) mais ne restez pas trop près car vous risqueriez d'être asphyxié. Si vous ne savez pas à quel type d'extincteur vous avez affaire, il suffit de regarder ce qui est écrit dessus. Généralement, c'est indiqué ainsi que les types de feux qu'ils peuvent éteindre.

Dans notre contexte, l'intervention avec la pompe à eau a dû être très rapide car autrement, il devenait hors de contrôle et c'était tout le palais qui pouvait brûler. Donc à ce niveau, ils ont eu de la chance et, de plus, on peut aussi supposer que le feu avait déjà consommé une grosse partie du combustible qu'il avait à sa disposition et que, bloqué par des portes (je ne parle pas des fenêtres car, dans ce contexte, nous allons supposer qu'il n'avait pas de quoi les atteindre comme des rideaux ou des meubles en bois) trop épaisses pour lui, il s'était retrouvé piégé dans la pièce. Cependant, cela n'exclut pas qu'il ait pu se propager d'une autre manière…

2 : Un feu peut se propager de quatre façons : par projection de particules incandescentes, par rayonnement de chaleur, par conduction de la chaleur des flammes au niveau du sol et par convection de la chaleur des fumées au plafond. De par le lieu, la propagation par projection était la plus logique et le papier est un matériau ayant une réaction au feu rapide et produisant des braises. Le bois, bien que pouvant lui aussi prendre feu, met plus longtemps à se consumer suivant son épaisseur (si vous avez déjà fait du feu, vous devez savoir que les grosses bûches sont plus difficiles à enflammer que du petit bois).

Sodia a été malchanceuse sur ce coup car si des livres ne s'étaient pas effondrés sur son corps, le feu ne l'aurait pas atteinte et, confiné comme il l'était, elle serait probablement morte en respirant les fumées dégagées par les flammes et ce, même si elle se trouvait au niveau du sol. Ses meilleures chances de survie était soit de vite sortir de là, soit d'ouvrir les fenêtres (mais logiquement, si les flammes étaient assez chaudes, les carreaux ont dû éclater et permettre ainsi d'évacuer les fumées qui auraient pu descendre au niveau du sol.)

3 : Petit ajout de ma part concernant les chevaliers : une médaille en argent sur laquelle se trouve leur nom. Ça aura son importance par la suite.

Auteur vs persos :

(Suite à une pénurie assez grave de thé chez Kaleiya, tout le monde est allé en chercher avant qu'un désastre ne se produise... Signé Belphégor, actuellement en train d'écouter les CD de sa créatrice pendant que personne n'est là pour le déranger)

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 Note : Encore FF V mais vu que j'y joue actuellement, c'est assez peu étonnant. Quand je suis arrivée de nouveau à cette scène, je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer un certain duo à la place des gardes de la citadelle de Bal…

Après être revenu du Val des dragons, le groupe ne prit pas le temps de se reposer à Quelbe, n'ayant guère le temps de s'accorder ce luxe. Ils étaient partis en quête de l'herbe aux dragons, seul remède permettant de soigner les blessures de ces créatures, et avaient ainsi découvert la raison de leur disparition dans le monde de Raven : cette plante était devenue un monstre redoutable qui avait, de par les multiples ossements qu'ils avaient pu voir, dû occire bon nombre de ces majestueuses créatures.

A présent arrivés devant les portes de la Citadelle de Bal dont leur aîné était le seigneur, il ne leur restait qu'à les franchir afin de rejoindre Patty et ainsi soigner le dragon de la jeune fille…

« Ouvrez les portes ! » ordonna Raven aux gardes de la porte.

Sauf qu'avant de partir pour le Val des dragons, le seigneur de Bal leur avait ordonné de n'ouvrir à personne suite aux nombreux assauts des monstres qu'il y avait à ce moment-là et qu'il avait quelque peu oublié à qui il avait confié cette tache…

« Bien essayé Monsieur le monstre mais vous ne nous aurez point ! » s'exclama un des gardes, un certain Adeccor.

« Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie ! » ajouta le second, un dénommé Boccos.

A la suite à ces réponses, Raven afficha une mine dépitée face à cet excès de zèle – ou d'idiotie suivant le point de vue – qui aurait grandement fait rire Yuri si Flynn ne lui avait pas marché sur le pied afin qu'il se taise.

« Comment faire pour entrer à présent ? » demanda candidement Estellise.

« On passe au plan B ! » s'exclama le plus âgé après avoir poussé un soupir d'exaspération.

Il se dirigea vers les douves et sauta dedans, faisant que les trois autres constatèrent ainsi que le niveau de l'eau n'était pas aussi haut qu'il y paraissait, Raven n'étant immergé que jusqu'à la taille. Yuri l'imita et attrapa Estellise dans ses bras quand elle fit de même afin d'amortir sa chute. Flynn, un peu hésitant à l'idée de plonger dans cette eau, les rejoignit. Ils suivirent ensuite le plus âgé jusqu'à un passage secret qui menait à un bassin à l'intérieur de la Citadelle – le jeune homme aux cheveux blonds avait dû subir quelques moqueries du pirate sur son attitude de tout à l'heure.

C'est ainsi qu'ils arrivèrent, trempés, devant les deux gardes qui constatèrent vite leur méprise…

« Seigneur Raven ! » s'exclama Adeccor avec étonnement. « Nous ne savions pas que c'était vous… »

« La prochaine fois, nous ouvrirons la porte pour être certains de ne pas nous tromper ! » ajouta Boccos face à un Raven qui se massait les tempes.

« De vrais nigauds ces deu- AIE ! » commença Yuri à voix basse avant de se prendre un violent coup de coude de la part de Flynn. « Quoi encore ? »

« Tu crois vraiment que c'est le moment ? » demanda celui au regard azur avec un ton sévère.

« Moi au moins je n'essaie pas de me sauver quand il faut voyager à dos de dragon. »

« J'ai VRAIMENT le vertige ! Je dois te le dire comment à la fin ? »

« Calmez-vous ! » les coupa brusquement Estellise avant de se diriger vers le château. « Il faut vite rejoindre Patty si l'on veut sauver le dragon. »

Ils se toisèrent du regard encore quelques secondes avant d'emboîter le pas à leurs compagnons, se souvenant que leur combat primait sur les rivalités qu'ils avaient entre eux.


NB : Bien que Yuri ait le rôle de Faris, je garde son caractère et sa relation amitié/rivalité avec Flynn mais pour ceux qui connaissent le jeu, il est évident que j'ai gardé les liens de parentés entre les personnages. La scène ici n'est pas celle d'origine dans son intégralité. Seul le début est à peu près conforme.

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 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Parfum de Myosotis

Genre : Romance

Rating : T

Arc UA : Autour des fleurs

Note : Dernier OS de cet arc. J'espère qu'il vous plaira autant que les précédents.


Parfum de Myosotis (1)

C'était leur deuxième jour de leur lune de miel en cette fin du mois de juin et, honnêtement, Yuri n'avait pas envie que la semaine se termine, très certainement parce que cela devait faire vingt bonnes minutes qu'il était dans la baignoire remplie d'eau chaude de leur suite, regardant paresseusement les pétales de roses (2) qui flottaient tandis que sa tête était posée contre l'épaule de celui qui était son époux depuis seulement trois jours. Il savourait bien cet instant car tous deux avaient pu à peine se voir avant le mariage, étant trop occupés avec leur travail, l'organisation de cet évènement… et leurs enterrements de vie de garçon respectifs.

Honnêtement, il avait dû maudire au moins quinze fois Judith – il se demandait encore pourquoi il avait accepté de la choisir pour être son témoin – qui avait trouvé très drôle de lui faire vendre des feuilles de papier toilette dans la rue… en étant habillé d'une robe de mariée qui devait certainement être un déguisement et dont il se serait bien passé – son amie avait sorti comme argument que vu que personne n'aurait ce vêtement le jour J, autant faire ça au moment où il pouvait encore profiter de sa vie d'homme libre.

Il s'était donc juré de faire en sorte que ce soit elle qui attrape le bouquet afin d'augmenter ses chances de pouvoir lui rendre la politesse.

Pour ce qui était de la cérémonie, ils avaient juste invité leurs familles et leurs amis proches, ce qui était amplement suffisant. Tous deux portaient un smoking, blanc pour Flynn et noir pour Yuri, et il avait accepté d'être celui qui porterait le bouquet, une composition florale de lys blancs (3), chrysanthèmes éclatants (4), quelques brins de véroniques (5) et, la petite touche surprenante, des œillets rouges (6). Les alliances, toutes deux en or blanc, avaient été échangées une fois leurs vœux prononcés puis, une fois sortie de la mairie, ils faillirent se faire ensevelir sous la montagne de riz qui leur était jetée dessus, au point qu'ils furent plus que ravis de pouvoir souffler un peu dans leur voiture durant le trajet jusqu'à la salle des fêtes.

La décoration de l'endroit était simple avec des ballons blancs et noirs, des nappes blanches, des orchidées panachées (7) au milieu des tables… Un ensemble épuré mais élégant. Ils ne voulaient pas en faire des tonnes à ce niveau et avaient plutôt misé sur un repas digne de ce nom. Et pour le dessert, une pièce montée au chocolat noir et crème vanille recouverte d'une pâte à sucre blanche et de nombreuses fleurs de toutes les couleurs, elles aussi faites en sucre – si lui s'était montré très gourmand, il n'avait pas été étonné de voir son conjoint laisser de côté les éléments présents sur le gâteau vu qu'il n'était pas un grand amateur de sucré.

Quant à la partie où ils faisaient la fête… On pouvait facilement dire que beaucoup s'étaient lâchés sur la piste de danse.

Bien entendu, les jeunes mariés avaient ouvert le bal dans un slow… un peu maladroit vu que Yuri, peu habitué à ce genre de danses, avait malencontreusement marché deux ou trois fois sur le pied de son partenaire qui avait souffert en silence. Puis arrivèrent des danses plus rythmées où Judith, dans sa robe bleu roi au décolleté vertigineux, avait fait tourner les têtes de tous les célibataires présents, en particulier Raven qui avait tenté toute la nuit de l'inviter dans un tango endiablé. Estelle avait réussi à convaincre Rita de la rejoindre pour une chanson mais cette dernière accepta de rester un peu plus longtemps en voyant que sa meilleure amie s'amusait beaucoup – elle avait pas mal grogné quand Yuri était venu lui emprunter sa cavalière, ce qui l'avait beaucoup amusé.

La surprise de la soirée fut Sodia qui étonna tout le monde avec Flynn sur un rock où elle montra ses talents sur cette danse – tout le monde comprit ainsi pourquoi elle portait une robe rouge et blanche style années 50 – et qui lui rappela que du temps où son conjoint et la jeune femme étaient en couple, ils avaient pris des cours de danse ensemble – il lui en avait d'ailleurs touché un mot après leur prestation, faisant sortir la question moqueuse « serais-tu jaloux ? » des lèvres de son époux. Juste après les applaudissements reçus, la rousse proposa au plus vieux de leurs amis d'être sa partenaire sur la prochaine musique, ce que ce dernier accepta avec grand plaisir.

Tous restèrent dormir sur place afin d'aider à tout débarrasser et nettoyer le lendemain – ils avaient d'ailleurs fait de sympathiques découvertes, notamment Estelle, celle qui parvint au final à attraper le bouquet, qui parlait en dormant et qui évoquait un rêve où elle faisait sa demande à Rita.

Le soir, après un trajet d'environ cinq heures en taxi, ils arrivèrent à leur hôtel et purent enfin profiter de leur nuit de noces ainsi que de leurs congés.

« Tu veux qu'on aille chercher un restaurant après ou tu préfères commander quelque chose ? » lui demanda son compagnon, le ramenant à la réalité.

« Faut déjà que j'ai envie de sortir de là, ce qui n'est actuellement pas le cas. » répondit Yuri en se blottissant encore plus contre Flynn. « Et je suis encore vexé que tu n'ais pas apprécié ma proposition de faire tu-sais-quoi dans la piscine de l'hôtel. »

« Nous ne sommes pas ici pour faire de l'exhibitionnisme mais pour notre lune de miel. Et puis tu imagines si on nous avait surpris et que mes supérieurs l'apprenaient ? »

« C'était pour rire et puis si j'avais vraiment voulu me montrer aux yeux de tous dans toute ma splendeur, je serais allé sur une plage naturiste. »

« Attends… « Dans toute ma splendeur » ? Aurais-je eu une meilleure intuition en t'offrant des narcisses (8)? »

Yuri fit une brève moue à son amant avant de lui tirer la langue, faisant grandement rire ce dernier.

« Rectification : des boutons d'or (9) t'iraient bien mieux ! » s'exclama Flynn sur un ton moqueur.

« Et toi tu mériterais que je te foute la tête sous l'eau… » menaça-t-il sans vraiment parvenir à garder son sérieux.

« Je ne te savais pas si pressé de devenir veuf… »

Il rit légèrement à cette remarque avant de se relever légèrement pour embrasser brièvement son époux sur les lèvres. Cependant, celui-ci passa une main derrière sa tête, frôlant la pince qui retenait ses longs cheveux noirs en une sorte de chignon, et l'entraîna dans un baiser langoureux qu'il savoura tout le temps qu'il dura.

« Et j'ai décidé pour le dîner : on commande. » fit Yuri avec un petit sourire séducteur.

« Qu'est-ce qui a donc motivé ta décision, chéri ? » demanda Flynn avec une pointe de taquinerie vers la fin.

« Je savais que j'aurais dû ajouter une clause au contrat de mariage concernant les surnoms débiles… »

« Tu préfères mon poussin, mon chaton, mon roudoudou, mon chouchou, mon sucre d'orge… »

« Finalement, va pour chéri. »

Décidément, son homme était déchaîné depuis l'instant où ils avaient échangé les alliances. Peut-être parce qu'ils étaient restés longtemps sans se voir ou encore la libération face à tous ces préparatifs qui leur avaient donné mal au crâne – bien que Yuri s'était occupé du traiteur et du choix de la pièce montée, Flynn était celui qui s'était chargé du reste, principalement après avoir dû freiner une Estelle un peu trop ambitieuse à ce niveau… De toute façon, ils avaient une semaine rien qu'à eux et il était plus que certain qu'ils allaient en profiter.

« Et tu ne m'as pas répondu. » lui rappela son conjoint. « Pourquoi ce choix de commander à manger pour ce soir ? »

« Oh ? Voyons… » commença en gardant volontairement un peu de suspense avant de se rapprocher encore plus de son compagnon afin de pouvoir lui murmurer dans l'oreille. « Il me semble que l'on n'a pas encore essayé de faire tu-sais-quoi dans la baignoire… »

L'effet fut direct : les joues de son époux prirent immédiatement une teinte pivoine et ses yeux bleus s'ouvrirent encore plus sous la surprise. En remettre un peu sur le feu ne coûtait rien…

« Et puis ça nous ouvrira l'appétit… » ajouta Yuri sur un ton sensuel avant de mordiller l'oreille de Flynn.

« Tu vas être insatiable après ça… » constata celui aux cheveux blonds une fois que son partenaire se soit légèrement éloigné pour le regarder en face.

« Tant que je t'aurais pour moi tout seul, ne t'attends pas à ce que je te laisse tranquille. »

Il fut brusquement attiré dans un baiser passionné auquel il participa avec autant d'ardeur que son compagnon puis ils profitèrent pleinement de ce pur moment d'intimité… et du fait qu'ils avaient la chance d'avoir une baignoire dans la salle de bain de leur chambre d'hôtel.


NB : Et oui, je n'ai pas collé Yuri en robe le jour du mariage. C'était fait exprès car j'ai soupçonné très vite que je serais attendue sur ce point. Donc il l'a juste eue pour l'enterrement de vie de garçon.

1 : Le Myosotis est une fleur bleue qui doit sa symbolique à une légende médiévale. En anglais, il se nomme « Forget-me-not » qui fait lui-même écho à cela. Il signifie une fidélité éternelle et /ou un amour véritable.

2 : Oui, ceci est un putain de cliché mais vu où j'ai eu l'idée de faire ce dernier OS, ça me paraissait plus que logique.

3 : Le lys blanc a certes déjà été utilisé auparavant mais il est là pour faire clin d'œil au premier OS. Autrement, il est censé ici symboliser la virginité et la fécondité… Sauf qu'ici, c'est particulièrement ironique vu la nature du couple.

4 : Si en France le chrysanthème a, malheureusement, une connotation négative, c'est tout le contraire au Japon, pays dont cette fleur est l'emblème, et dans les autres pays d'Extrême-Orient où il symbolise la longévité et l'éternité. Dans ce contexte, il symbolise un amour durable voire éternel.

5 : La véronique, qui symbolise la fidélité, est une fleur que j'avais hésité à utiliser car je pensais me servir du Myosotis dont la symbolique est plus forte… jusqu'à ce que je constate que la période de fleuraison de cette dernière est plutôt sur le printemps. De cette façon, elle complète parfaitement le bouquet.

6 : L'œillet rouge signifie ici un amour charnel, ce qui peu paraître maladroit ou osé de ma part pour un mariage. Je l'ai aussi utilisé à cause du fait que cette fleur fait partie des superstitions théâtrales car, au XIXème siècle, quand un directeur souhaitait renvoyer une actrice, il lui offrait un bouquet d'œillets, faisant que cette fleur est à présent considérée comme portant malheur dans ce milieu.

7 : L'orchidée est une fleur symbolisant le raffinement et/ou la perfection.

8 : Le narcisse doit sa symbolique d'égocentrisme au mythe de Narcisse qui était un jeune homme d'une grande beauté et qui tomba amoureux de son reflet.

9 : Le bouton d'or signifie l'esprit d'enfance. En gros, Yuri se comporte comme un gamin.

Auteur vs persos :

Asahi : Il manque une fleur là…

Orieul : Elle avait indiqué le camélia dans ses notes. Pourquoi ne pas l'avoir mis ?

Kaleiya : J'en mourrais d'envie… Puis j'ai vu sa période de floraison et j'ai déchanté…

Belphégor : Ça fleurit de l'automne au printemps.

Mélissa : Et pourquoi vouloir cette fleur ? Elle signifie quoi ?

Kaleiya : Beauté parfaite ou encore fierté d'aimer.

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Kaleiya Hitsumei

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