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2017-08-13 06:55 pm

Mélodie Funèbre - 4

 Mélodie Funèbre - 4

Fluristelle Month : Day 4 : Anniversary – Illness

Notes : Bon, très en retard sur celui-ci et ça va faire pareil pour tout le reste… Le manque d'inspiration et le fait que j'ai jeté aux orties plus de 2000 mots car l'idée ne me plaisait pas ont contribué à creuser le retard. Bonne lecture !


C'était le 31 octobre, jour d'Halloween, et Yuri s'estimait heureux de ne pas travailler aujourd'hui car il était plus que crevé. Déjà, il avait été contraint de jeter des restes de nourriture à la poubelle car ce qu'il avait mangé la veille avait fini dans la cuvette des toilettes ce matin en plus de lui couper l'appétit un bon moment. En prime, il devait avoir de la fièvre vu qu'il avait chaud alors que le thermomètre affichait à peine dix-huit degrés et qu'il était en t-shirt. Il était donc en pyjama, à moitié somnolant devant son bol de riz et sa pomme qui, tant qu'il n'était pas fixé sur ce qu'il avait bien pu attraper, seraient son seul repas du jour.

Ces rêves étranges et ces absences avaient continué, lui montrant d'autres moments de la vie de cette Lilith qu'il commençait à bien connaître et apprécier : elle aimait jouer du piano, s'habiller comme elle le désirait – il avait vu la mode des femmes ainsi que son évolution au XIXème siècle et il devait reconnaître que les robes étaient de moins en moins pratiques avec le temps –, être libre de ses faits et gestes… Il était certain qu'elle aurait adoré vivre au XXIème siècle. Par contre, il n'arrivait toujours pas à comprendre ce qu'il lui était arrivé la nuit où elle a été vraisemblablement assassinée ainsi que la signification de ce morceau joué au piano.

Après son repas frugal, il s'accorda une sieste pour essayer de récupérer…

-§-

Le soleil brillait ce jour-là et Lilith jouait au piano « Lettre à Elise » avec Repede à ses côtés comme spectateur. Seulement, le chien n'était visiblement pas au mieux de sa forme : il avait un bandage autour de la tête qui couvrait son œil gauche et, à son attitude, il était clair que quiconque entrerait pour faire du mal à la jeune femme risquait de subir son courroux.

Soudain, l'animal se mit à grogner, attirant l'attention de sa maîtresse qui cessa de jouer… lui permettant d'entendre ce qu'il se passait derrière les portes.

Vous avez… commença la voix de sa tante, manifestement choquée. Et vous croyez vraiment que cela va changer qui vous êtes ? Vous n'êtes qu'un moins que rien !

Faites très attention Lady Greed, l'avertit son interlocuteur. Cette demeure ne vous appartient pas à ce que je sache…

Sortez d'i-

Refusez encore une fois ce mariage et je me verrai contraint de révéler à tous vos intentions réelles vis-à-vis de votre nièce ainsi que la longue liste de vos crimes.

Très intéressée, Lilith se rapprocha de la porte pour écouter, percevant ainsi le cri étranglé de sa tante quand leur visiteur lui énonça tous les évènements inhabituels ayant eu lieu au manoir ainsi qu'une dizaine de noms.

Je vois laisse le choix Lady Greed, déclara l'homme sur un ton glacial. Soit vous quittez cette maison et abandonnez l'idée de mettre la main sur l'héritage, soit je me verrai dans l'obligation de vous conduire devant la justice. Dans les deux cas, ce mariage se fera, que ce soit avec ou sans votre accord.

Lorsque ces mots résonnèrent à ses oreilles, la jeune femme ne put s'empêcher de sourire, incapable de cacher sa joie de savoir qu'enfin, sa tante allait quitter cet endroit. Elle était enfin libérée de ce tyran…

-§-

Des coups à la porte réveillèrent Yuri qui constata qu'il était bientôt cinq heures du soir. Difficilement, il se leva et alla ouvrir… à une pré-ado aux longues nattes blondes qui était en avance pour la chasse aux bonbons. Son déguisement de pirate lui allait très bien, il le reconnaissait, mais là, il n'avait vraiment pas envie de la voir.

—Bisou ou friandise nanoja ? lui demanda-t-elle en tendant son panier en forme de crâne tout en le fixant d'une manière qui ne lui inspirait guère confiance.

—Patty, comment tu sais où j'habite et comment tu es arrivée jusqu'ici ? la questionna-t-il, suspicieux. Tu ne m'as quand même pas suivi ?

Patty Fleur, une ado qui, à son plus grand désarroi, avait flashé sur lui et passait à l'épicerie une fois par semaine pour le voir tout en essayant de le convaincre de sortir avec elle, ce qui amusait grandement un certain Flynn qui avait faillit se prendre un coup de poing dans la figure pour avoir ricané alors qu'elle lui offrait un gâteau sur lequel elle avait réussi à faire son portrait en chocolat – il reconnaissait cependant qu'elle avait un certain talent en cuisine. Cette fille était têtue et quand il croyait qu'il en était débarrassé, elle lui prouvait vite le contraire.

—Hummm, fit-elle, l'air pensive. Peut-être ?

—C'est pas vrai, grogna Yuri en se passant une main sur le visage. Rentre chez toi.

—Attends ! Bisou ou friandise nanoja ?

En guise de réponse, il lui claqua la porte au nez… puis il nota dans un coin de sa tête qu'il ferait bien de déménager au plus vite car il avait au moins un voisin qui laissait entrer n'importe qui dans l'immeuble.

-§-

Ce jour-là, il pleuvait à l'extérieur mais cela n'empêchait en rien Lilith de jouer du piano, plus particulièrement le deuxième mouvement de la sonate Clair de Lune qui emplissait les lieux d'une musique joyeuse contrastant avec la grisaille qui régnait dehors. Assis sur la causeuse, un homme aux cheveux blonds consultait des documents éparpillés sur la table basse avec grand intérêt.

Visiblement, elle a dépensé une partie de ton héritage, lui déclara-t-il en classer les papiers qui étaient devant lui. Heureusement, elle n'avait pas accès à l'intégralité de celui-ci grâce aux instructions très claires de Robert Blackwood.

Grand-père avait spécifié que je ne pourrais me servir de l'argent qu'à partir de mes dix-huit ans, précisa la jeune femme en terminant de jouer le morceau. En plus, il m'avait montré où il avait caché certains de ses biens de valeur au cas où. Cette demeure est un vrai coffre au trésor quand on sait où regarder.

Je l'avais constaté quand tu m'avais montré que l'on pouvait passer de ta chambre à celle d'à côté en tirant sur la bonne applique. Sans ça, tu serais peut-être…

Je le sais oui.

Lilith attaqua ensuite le troisième mouvement de la sonate avec vigueur, concentrée sur ce qu'elle jouait…

-§-

La sonnette de la porte le tira de ce nouveau rêve. Yuri constata qu'il était presque six heures et alla ouvrir pour tomber sur un adolescent déguisé en grenouille et une jeune femme dont la tenue de diablesse ne laissait nullement place à l'imagination – elle n'avait pas froid avec juste un short ultra-court et un soutif ?

—Farces ou friandises ? demandèrent-ils en tendant chacun la citrouille qu'ils avaient en main.

—C'est toi cap'tain ? s'étonna-t-il en reconnaissant la voix de Karol, un adolescent avec qui il discutait souvent à l'épicerie de sujets divers et variés.

—Ouais, confirma le plus jeune en enlevant la tête de son costume, révélant ses cheveux châtains en bataille. Je m'y suis pris trop tard donc c'était ça ou me déguiser en fille…

—Je ne vois pas ce que tu as contre les robes, fit la jeune femme, ses cheveux bleus attachés en chignon étant surmontés d'une paire de cornes rouge vif. Elle t'allait à ravir !

—Judith ! Au moindre coup de vent, on voyait tout !

Elle par contre, c'était la première fois qu'il la voyait… quoiqu'il était prit d'un doute car il lui semblait l'avoir déjà aperçue quelque part mais cela devait dater d'avant son déménagement car jamais elle n'était venue à l'épicerie et c'était le seul endroit à Halure où il voyait passer du monde.

—J'imagine que t'es la baby-sitter, supposa Yuri en jetant un rapide coup d'œil au tour de poitrine de la jeune femme.

—C'est exact, confirma la dénommée Judith avec un sourire en coin. Ses parents ont peur de le laisser sortir tout seul la nuit et j'aime bien me déguiser donc je l'accompagne. C'est plus amusant de chasser les bonbons en groupe.

—Si tu veux, tu peux venir avec nous, proposa Karol avant de remettre correctement son costume.

—Désolé mais ce ne sera pas possible, s'excusa Yuri en baîlant. L'année prochaine peut-être.

Après leur avoir donné quelques bonbons, le jeune homme leur souhaita bonne chance pour leur collecte de sucreries et referma la porte.

-§-

C'était un beau matin de printemps dans le salon. Lilith venait visiblement de se lever, étant encore vêtue de sa robe de chambre et ses cheveux étant un peu en désordre, signe qu'elle ne s'était pas coiffée. Assise sur la causeuse, elle contemplait l'anneau en métal sombre à sa main.

Me voilà mariée… souffla-t-elle comme si elle semblait avoir du mal à y croire.

Tu as des regrets ?

Un peu surprise, la jeune femme se tourna vers le jeune homme aux cheveux blonds qui, contrairement à elle, avait pris la peine de s'habiller. Il vint la rejoindre, appréhendant visiblement la réponse de sa compagne.

Non, répondit Lilith en lui souriant. C'est juste que je vais avoir du mal à m'habituer à ne plus être seulement Lady Blackwood…

Je peux comprendre cela, la rassura son époux. Moi-même je ne me suis pas encore fait à ce titre que j'ai dû acheter…

La jeune femme rit légèrement en entendant ces mots, son regard anthracite étincelant de malice.

A ce sujet Flynn, je dois me présenter comme la comtesse Scifo ou comme Elisabeth Scifo ?

A cette question, son compagnon eut un léger rire puis la fixa de ses yeux azur avec intensité.

Fait comme bon te semble. Si tu es heureuse, alors je le suis aussi.

-§-

Cette fois-ci, Yuri se réveilla en sursaut, l'image du mari de Lilith lui ayant provoqué un choc auquel il ne s'était pas attendu : était-ce son imagination ou c'était LE Flynn Scifo qu'il connaissait, son ami, qui était apparu dans ses songes ? Jusqu'ici, il n'avait jamais pu voir ses traits mais là, il était certain d'avoir reconnu son visage donc soit son cerveau lui jouait de sacrés tours, soit… il y avait un truc pas clair chez cet homme et il était temps qu'il s'intéresse à lui de beaucoup plus près.

Il était presque sept heures et demie quand il se mit à activement rechercher sur internet tout ce qu'il pouvait sur le nom Scifo, ne sachant pas trop sur quoi il pourrait tomber. Ce qui le frappa très vite, c'était que personne sous ce nom n'était inscrit sur les réseaux sociaux et ce, quels qu'ils soient. Une recherche plus approfondie lui confirma qu'il n'y avait personne avec ce nom de famille avec un profil accessible, faisant qu'il se rabattit sur les sites de généalogie.

Bien qu'il ignorait la date exacte de cet évènement dans ses songes, il chercha la trace d'un acte de mariage au nom de Scifo ou de Blackwood… et en trouva un datant de 1866 – bien entendu, il devait payer pour pouvoir le consulter en entier mais l'aperçu lui serait amplement suffisant – qui lui confirma qu'une certaine Elisabeth Blackwood avait bien épousé un dénommé Flynn Scifo le 13 avril 1866 dans la région d'Halure.

Perplexe face à cela, Yuri finit par réaliser une chose : et si le lieu où se déroulaient ses songes existait toujours ? De ce qu'il avait compris, c'était un manoir mais il n'avait rien vu d'aussi vieux les quelques fois où il s'était perdu en ville.

Il allait entamer une nouvelle recherche quand tout son appartement fut victime d'une coupure de courant, le plongeant dans la pénombre. Le temps que ses yeux s'habituent au peu de luminosité qu'il avait grâce aux réverbères, tous ses voisins étaient en train de râler, signe que c'était les plombs de tout l'immeuble qui avaient dû sauter pour une raison ou une autre.

Après quelques secondes d'hésitation, Yuri finit par chercher ses vêtements avec la lumière de son téléphone portable et il s'habilla rapidement avant d'attraper ses clés et son manteau pour sortir d'ici. Sans surprise, il croisa un ou deux faisceaux de lampes torches qui cherchaient visiblement à rétablir la lumière mais visiblement, la panne était grave vu que quelqu'un était en train de chercher à joindre le propriétaire des lieux – le jeune homme, en arrivant au rez-de-chaussée, entendit deux hommes dire que bizarrement, il y avait eu une surtension dans tout leur bâtiment mais pas dans le reste du quartier alors que les derniers travaux sur les lignes électriques remontaient au printemps et que personne n'avait entendu le tonnerre.

Une fois dehors, il grimaça en découvrant que quelques gouttes de pluie commençaient à tomber mais il décida de faire avec le temps de trouver ce qu'il cherchait. Il marcha environ cinq minutes, le temps d'arriver dans une zone un peu moins résidentielle, et il finit par repérer un panneau avec le plan de la ville. Certes, cela ne lui disait pas où était ce qu'il cherchait mais cela pouvait lui donner des pistes… et il tendait à penser que si ce manoir existait, il était à l'extérieur d'Halure. Il concentra son attention sur les limites de la ville mais rien ne lui sauta aux yeux, lui faisant lâcher un soupir de dépit.

—Ca aurait été trop facile, se dit-il en se grattant l'arrière du crâne.

Les mains dans les poches de son manteau, Yuri fit demi-tour pour rentrer chez lui quand soudain, il se sentit observé. Il regarda discrètement autour de lui pour essayer de savoir qui pouvait l'espionner, voyant passer quelques personnes en costumes d'Halloween mais qui étaient trop occupées à récupérer leur butin en friandises – il repéra d'ailleurs au loin un chapeau de pirate qu'il espérait fortement ne pas appartenir à Patty.

Rien ne lui sauta aux yeux jusqu'à ce qu'il repère un type étrange déguisé en zombie et qui le fixait avec insistance. Son instinct lui disait que quelque chose n'allait pas, surtout quand il repéra une autre personne avec la même attitude un peu plus loin et qui risquait fort de lui bloquer le passage s'il empruntait cette route pour rentrer.

Afin de vérifier ses soupçons, le jeune homme alla dans une direction opposée à celle de son appartement… puis au premier tournant, se mit à courir dans le dédale de ruelle.

-§-

—Non mais tu aurais pu faire gaffe ! C'est les plombs de tout l'immeuble qui ont sautés !

—J'avais un poil surestimé leur réseau électrique faut croire…

—Un poil ? BEAUCOUP OUI !

Là, Judith devait le reconnaitre : Raven s'était bien loupé sur ce coup mais bon, c'était ça ou bien leur cible trouvait où était le manoir Blackwood et, sauf cas extrême, Flynn leur avait clairement dit qu'il préférait éviter que Yuri y mette les pieds. Si elle avait eu une chance réelle de lier une amitié avec ce dernier, elle était sure qu'elle aurait pu contrôler un minimum ses faits et gestes mais malheureusement, sa mort remontait à une vingtaine d'années – elle ne remerciait pas les deux autres alpinistes qui l'avaient sciemment laissée faire une chute d'une bonne trentaine de mètres afin de se livrer tranquillement à leur trafic d'œufs d'oiseaux… auquel elle avait mis un terme en se vengeant d'eux à la première occasion – et son corps avait été retrouvé puis identifié seulement cinq ans plus tôt, faisant que sa photo avait pas mal circulé dans les médias et qu'elle était contrainte de se faire discrète. Si le Faucheur ne lui avait pas demandé d'emménager au manoir, elle aurait probablement fait des ravages auprès de ceux qui ne respectaient pas la cause animale.

Pour l'instant, elle se contentait d'observer Sodia engueuler copieusement leur aîné mais elle restait très attentive au reste de leur environnement…

—Ma jolie, j'peux pas savoir si c'est vétuste ! s'exclama Raven, un trentenaire vêtu d'un immonde manteau violet et dont le décès devait remonter au milieu du XIXème siècle si sa mémoire était juste. Et puis t'sais aussi bien qu'moi que l'gamin est pas bête !

—C'est justement pour ça qu'il aurait mieux valut ne PAS plonger tout le bâtiment dans le noir ! répliqua la rousse qui semblait se retenir d'étrangler son aîné. Il va finir par se douter de quelque chos-

—Silence ! leur intima Judith en repérant des sons suspects dans le couloir. Quelqu'un vient par ici.

Ils passèrent vite à travers les portes d'un placard pour se cacher et attendirent. Seulement, un bruit plutôt étrange se fit entendre puis un râle qui ne semblait pas humain résonna dans l'appartement. Il y avait quelqu'un qui était entré mais celui-ci devait plus tenir de l'ectoplasme qu'autre chose vu que la porte n'avait pas grincé… Elle tendit l'oreille pour essayer de savoir à quoi ils avaient affaire exactement et ne perçut que deux ou trois respirations fortes, ce qui n'était pas forcément positif.

—Fantômes, murmura Raven, confirmant ainsi qu'ils avaient des visiteurs surnaturels. Par contre, y a un truc pas clair là…

—Ils ne parlent pas entre eux, nota Sodia à voix basse. Et puis ce n'est pas un ancien cimetière ici…

Ce n'était pas normal… Le jour d'Halloween, c'était généralement celui où les fantômes étaient de sortie pour se mêler aux humains – du moins, ceux qui pouvaient se le permettre – ou pour retrouver leurs comparses pour faire quelques farces et s'amuser. Seulement là, leur attitude était à l'opposé de ce qu'elle devrait être et ce n'était pas une bonne nouvelle. Judith ne savait pas comment expliquer cela vu qu'elle ne connaissait pas tous les types de spectres qui existaient mais elle trouvait que c'était une coïncidence plus que douteuse…

—Ca sent pas bon ça, murmura Raven tandis que leurs mystérieux invités étaient toujours dans l'appartement. De mémoire, Flynn nous a rien dit sur comment traiter des intrus…

—Je vais retrouver Karol pour le prévenir, leur dit Sodia en s'éloignant. Empêchez-les de me suivre.

—Ca marche.

La rousse s'en alla tandis qu'eux deux sortirent de leur cachette, découvrant trois fantômes vêtus de loques et qui ne semblaient pas être en très grande forme contrairement à eux – Judith aurait juré qu'ils étaient tous morts affamés à cause de leurs visages où la peau leur collait sur les os mais elle savait qu'il ne fallait en aucun cas se fier aux apparences avec les morts.

—J'comprends mieux pourquoi j'ai raté mon coup, fit son aîné en désignant un ectoplasme sur la gauche dont les cheveux étaient en partie dressés sur sa tête. Lui il a dû mourir électrocuté et si j'me fis aux flaques d'eau, les deux autres sont des noyés.

—C'est moi ou bien ils ont un regard un peu… vide ? se demanda-t-elle en constatant leur absence de réaction. On dirait qu'ils attendent quelque chose…

—Ou quelqu'un… comme celui qui vit ici peut-être ?

Ce serait effectivement l'explication logique… et signifierait donc que leurs intentions vis-à-vis de Yuri sont loin d'être amicales. Pour en avoir le cœur net, Judith usa de ses pouvoirs et provoqua un violent courant d'air, faisant claquer la porte de la salle d'eau… et attirant immédiatement l'attention des fantômes sur eux.

A présent, ils allaient pouvoir s'amuser un peu…

-§-

Au manoir Blackwood, Flynn était revenu de sa tournée des défunts et, comme chaque 31 octobre, était allé s'enfermer dans le petit salon, la pièce préférée de Lilith, pour broyer du noir. L'anniversaire de la mort de sa compagne lui minait toujours le moral et cette année plus que n'importe quelle autre car il craignait que l'histoire ne se répète avec Yuri. Pour cette raison, il avait demandé à ses amis fantômes d'aller le surveiller, profitant d'Halloween pour se fondre plus facilement dans la masse mais les plus dangereux pour les humains étaient restés ici. Avait-il raison en l'empêchant à tout prix de trouver ce lieu ?

Brusquement, les portes s'ouvrirent sur Estellise qui semblait paniquée.

—Flynn ! s'exclama-t-elle en lui désignant le téléphone portable qu'elle avait en main. Il y a un problème !

—Quoi donc ? demanda-t-il en se levant de la chaise à bascule puis en attrapant son téléphone. Que se passe-t-il au juste ?

—Des types bizarres sont à Halure ! lui répondit Karol au téléphone. Personne ne les remarquent à cause d'Halloween mais ils suivent Yuri et il essaie de les semer !

—Il n'a aucune chance, ajouta Patty qui devait être à côté de lui. Ce sont tous des fantômes, nanoja.

Qu'est-ce que cela signifiait au juste ? Que les morts profitent de ce jour pour faire quelques frayeurs aux humains n'était pas anormal mais pourquoi se focaliser sur un seul ? Ce n'était pas normal…

—Flynn ! fit Sodia qui avait dû rejoindre ses camarades. D'autres fantômes sont dans l'appartement de Lowell. Raven et Judith se chargent de leur cas.

—T'es sérieuse ? demanda Karol. Mais il se passe quoi au juste ?

—Je n'en sais rien mais à priori, ils ont une idée fixe et leur attitude n'est pas celle qu'ils devraient avoir, un peu comme s'ils étaient des zombies ou quelque chose de ce style.

… Ou bien ils étaient sous l'emprise de quelqu'un, ce qui signifierait qu'une personne ne voulait pas que l'on puisse remonter jusqu'à elle. Le Faucheur devait vite prendre une décision mais s'il voulait sauver Yuri, il n'en voyait qu'une seule à prendre… et le regard suppliant d'Estellise finit par le convaincre qu'il n'avait pas d'autre choix.

—… Emmenez Yuri au manoir, leur ordonna Flynn. Tout de suite.

—Entendu !

L'appel était terminé. Le Faucheur se sentait à présent extrêmement fébrile et dut retourner s'asseoir dans la chaise à bascule. Seulement, à peine fut-il assit que Rita entra à son tour dans la pièce.

—Quelqu'un sait ce qui lui prend au cleb's ? demanda-elle, visiblement perplexe. C'est pourtant pas la pleine lune…

—Je n'entends pas Repede pourtant, fit remarquer Estellise en se tournant vers son amie.

—C'est normal. Tout à l'heure, il est parti comme une fusée à travers un mur! C'est bien la première fois que je le vois faire un truc pareil !

Même Flynn devait reconnaître que c'était surprenant de la part de Repede qui était très calme depuis la mort de sa maîtresse… mais qui avait déjà eu ce genre de comportement du temps où Lilith était menacée. Se pourrait-il qu'il ait senti le danger ? Si c'était le cas…

-§-

Après avoir bien tourné dans les ruelles d'Halure, Yuri s'était arrêté pour écouter et n'avait entendu aucun pas venir dans sa direction… mais quand il repéra ces deux types louches sur ses talons, il reprit sa course en se demandant comment ils avaient réussi à le suivre alors qu'il avait tout fait pour les semer.

Il arriva sur une place pavée avec une grande fontaine en son centre et où de la brume s'était formée, rendant les lieux assez sinistres. Bizarrement, il ne semblait y avoir personne dans les parages mais peut-être était-ce dû au fait que tous les commerces étaient fermés à cette heure-ci. Alors qu'il allait tourner à gauche, sa poisse décida de lui jouer un mauvais tour : son pied se posa sur un pavé qui n'était plus en place, ce qui le déséquilibra et le fit chuter au sol… et permis à ses poursuivants de le rattraper.

—Qu'est-ce que vous me voulez au juste ? leur demanda Yuri en se relevant, prêt à se battre.

Pour toute réponse, il n'eut droit qu'à de profonds râles qui lui donnèrent froid dans le dos… et il réalisa soudain que le costume de ces types était bien trop réaliste quand il vit que l'œil qui manquait à l'un d'eux n'était en aucun cas du maquillage ou que l'odeur putride qu'ils dégageaient était bel et bien authentique.

Il voulut fuir mais un troisième zombie lui barra la route, réduisant ses options de façon drastique – il se serait bien battu contre eux mais il avait vu suffisamment de films dans ce style pour savoir qu'une morsure d'un de ces trucs était potentiellement risquée.

Soudain, un grondement animal se fit entendre, attirant leur attention à tous sur une forme menaçante dans la brume. Celle-ci s'avança, révélant un chien borgne au pelage bleu et blanc qui fit avoir un choc au jeune homme : c'était Repede, le chien de Lilith.

Sans crier garde, l'animal se jeta sur l'un des zombies, lui arrachant un bras avec aisance. Les deux autres tentèrent de l'attraper mais Yuri donna un violent coup de pied au plus proche pour le repousser, ce qui eut une efficacité assez discutable bien qu'il entendit clairement des os fragiles se briser sous le choc. Une main décharnée lui saisit la cheville et il s'en débarrassa en donnant un coup de poing dessus, la faisant voler en éclats… et grogner de douleur – en regardant sa main gauche, il vit qu'un morceau d'os s'était logé dedans et il le retira très vite.

Concentré sur comment repousser ces choses, il perçut à peine les sons derrière lui, faisant que lorsqu'il se retourna, il constata in extremis que leur nombre d'assaillants avait doublé. Il crut que c'était fichu quand il entendit un grand PLOUF du côté de la fontaine qui ne perturba nullement les morts-vivants… jusqu'à ce qu'une espèce de tentacule fait d'eau sortit du bassin et attrapa l'un d'eux pour le jeter violemment contre un mur, poussant les autres à s'écarter. Cependant, un autre vit sa tête se faire éclater par une batte de baseball tandis que le plus proche de lui perdit ses jambes après que celles-ci aient été fauchées par une hache.

—Beurk ! fit une voix qu'il reconnut comme celle de Karol. Il y avait des insectes dans celui-là !

—Crois-moi, il y a pire, lui lança Sodia avant de donner une bonne série de coups de batte au mort-vivant qu'elle venait de décapiter.

Mais que se passait-il ici au juste ? Yuri se le demandait mais vu que leurs ennemis ne semblaient pas renoncer à leur idée fixe, il décréta que cela allait attendre que ce bordel soit terminé.

L'adolescent essayait visiblement de s'assurer qu'une fuite était possible seulement, d'autres zombies apparurent, bloquant toute possibilité de quitter la place. Face à ce constat, il grinça des dents, ce que le jeune homme ne pouvait que comprendre. Il fut cependant surpris de voir Patty à leurs côtés, se demandant d'où elle pouvait bien venir.

—Ca sent mauvais… déclara Karol d'une voix blanche.

—Combien ils sont au juste ces zombies ? questionna le jeune homme avant de retenir un grognement de douleur, sa main gauche se mettant à le lancer fortement.

—Ce ne sont pas des zombies nanoja, répondit Patty en faisant la moue. Plutôt des fantômes qui ont piqué des cadavres…

Brusquement, Sodia lui attrapa le bras gauche. Yuri allait lui demander quel était son problème quand il vit l'état de sa main : des lignes violacées venant de sa blessure apparaissaient, expliquant ainsi pourquoi il avait mal. De plus, il fut frappé par la présence d'un anneau en métal sombre à son annulaire sur lequel des lettres gravées en une langue qui lui était inconnue brillaient d'une lueur argentée.

—Et certains sont morts empoisonnés, grogna la jeune femme en le lâchant avant de le regarder droit dans les yeux. Si tu en touches encore un autre, tu es condamné à mort.

—Sympa… dit-il en grimaçant à cause de sa blessure. Et comment tu sais ça au juste ?

—J'crois pas qu'ils vont nous laisser l'occasion de l'expliquer… constata Karol avec crainte.

Et il n'avait pas tord : leurs ennemis se rapprochaient d'eux dangereusement et aucune fuite n'était possible. Face à cela, Sodia lui donna sa batte de baseball pour se munir d'un couteau à la lame bien aiguisée tandis que Patty s'arma d'un bilboquet et que lui ainsi que l'adolescent se tenaient prêts à défendre leurs vies. Enfin, Repede se mit en position d'attaque et lâcha un hurlement… avant que ne commence le combat.

-§-

En apprenant que Repede était parti en trombe, Flynn n'avait pas mis longtemps à comprendre que la nature du danger était probablement plus grave que prévue et s'il fallait combattre des fantômes, un vivant n'avait aucune chance de s'en tirer, ce qui signifiait que Yuri allait mourir ce soir. Même si ses amis intervenaient à temps, seuls Patty, Judith et Raven pouvaient efficacement lutter contre des ectoplasmes car ils avaient acquis en mourant des pouvoirs qui pouvaient aussi affecter les fantômes, ce qui n'était pas le cas de Karol ou de Sodia – il avait d'ailleurs des inquiétudes pour cette dernière et espérait qu'elle n'allait pas aller au combat.

Dans tous les cas, il était à présent convaincu d'une chose : depuis le début, son enquête sur la mort de Lilith était condamnée à ne pas avancer car il n'avait pas envisagé que le coupable n'était pas un mortel… ce qui plaçait les autres faucheurs dans sa nouvelles liste de suspects.

Rapidement, il avait demandé à Estellise et Rita de garder les lieux en son absence puis il était parti dans l'immeuble où vivait Yuri pour récupérer Raven et Judith… qui avaient eu le dessus sur leurs adversaires – c'était plutôt logique car Raven était mort électrocuté, ce qui lui donnait un gros avantage contre des fantômes de noyés, et Judith, contrainte de rester au manoir en quasi permanence, tuait le temps en s'entrainant au combat avec Patty le plus souvent.

Une fois qu'il eut envoyé ces trois âmes dans l'au-delà, il dut réfléchir à comment localiser Yuri car Karol ne répondait pas sur son téléphone, ce qui était plutôt mauvais signe. Il allait partir dans la direction indiquée par ses amis quand il entendit le hurlement de Repede…

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C'était très mauvais pour eux et leurs chances de survie devait approcher de zéro. Tous se défendaient comme des diables contre ces assaillants surnaturels mais Yuri savait qu'ils allaient tous y rester si cela continuait ainsi. Son bras le lançait terriblement, faisant qu'il ne pouvait plus se servir de sa main gauche… et cela lui aurait coûté cher si Sodia n'avait pas réagi en recevant le coup à sa place, laissant le temps à Repede de régler son compte à l'ennemi le plus proche.

Seulement, s'ils avaient réussi à en repousser une dizaine, ils étaient épuisés, blessés ou dans le cas de la rousse, dans un état inquiétant face à encore une vingtaine de ces choses qui ne semblaient pas vouloir renoncer.

Alors qu'un de ces zombies voulait profiter que Sodia était inconsciente pour l'attaquer, Yuri s'interposa et ferma les yeux, attendant le coup fatal… mais à la place, sentit un courant d'air devant lui puis un bruit métallique. En ouvrant les yeux, il reconnut, devant lui, la silhouette de Flynn… qui tenait en main une longue faux en métal sombre.

—Tout le monde va bien ? demanda-t-il sans les regarder tandis que leurs ennemis, étrangement, semblaient reculer, comme s'ils craignaient le jeune homme aux cheveux d'or.

—T'en fais pas pour nous ! lui répondit Karol qui alla auprès de la rousse, rejoint par Judith et un homme avec un manteau violet.

—Yuri, lui dit Flynn qui s'était légèrement tourné vers lui. Je…

—On en parlera plus tard, le coupa Yuri en grimaçant à cause de cette fichue douleur. C'est pas trop le moment là.

D'un signe de tête, son ami lui signifia qu'il avait compris puis il reporta son attention sur cette armée de mort-vivants. Il avança de quelques pas avant de brandir son arme vers eux.

—J'imagine qu'il n'est pas nécessaire que je vous rappelle que vous ne pouvez pas me tuer, leur déclara le jeune homme aux cheveux d'or sur un ton glacial.

Visiblement, leurs ennemis étaient au courant car tout dans leur attitude indiquait qu'ils craignaient celui tenant la faux – Yuri lui-même commençait à ne pas être à son aise en voyant cette brume noire qui en émanait.

—J'imagine aussi que vous êtes tous parfaitement au fait qu'aucun de vous ne pourra m'échapper, poursuivit Flynn tandis que cette brume noire se mit à l'envelopper, donnant des frissons à toute l'assemblée.

—Flynn-chan est pas content… souffla Patty en se collant à Repede, le seul d'entre eux qui ne semblait pas gêné par tout cela.

Soudain, Yuri vit son ami s'élancer vers les morts-vivants, fauchant d'un coup trois d'entre eux. Une vague de panique se créa au sein des zombies qui tentèrent de fuir mais la redoutable faux et son porteur ne leur laissa pas la moindre chance, les réduisant tous en poussière dès qu'ils en entrèrent en contact avec ce métal sombre. Ses gestes étaient précis et sa technique impeccable… mais il réalisa vite, en voyant l'aspect à présent squelettique des mains de son ami, ce que celui-ci était réellement : la Mort.

Le dernier ennemi éliminé, Flynn fit disparaître sa faux ainsi que la brume qui était avec elle puis il vint vite les rejoindre. Ses yeux bleus s'agrandirent d'horreur en voyant l'état dans lequel était sa main gauche mais ce n'était pas lui qui était le plus amoché ici…

—Sodia est bien atteinte, lui dit Judith en désignant la rousse dont les veines des bras étaient devenues fortement violacées. Je n'arrive pas à la réveiller.

—… Raven, fit son ami en se tournant vers l'homme au manteau violet. Vous êtes prié de ne rien faire d'indécent…

—J'suis quelqu'un d'bien élevé ! s'offusqua le plus vieux avant d'afficher un sourire quelque peu… pervers. Depuis le temps que j'attends cela…

En soupirant d'exaspération, Karol aida Judith à allonger Sodia et à déboutonner son haut, révélant que les veines au niveau de son torse étaient elles aussi atteintes. Yuri allait vérifier l'avancement chez lui quand Flynn lui prit le bras pour soulever la manche de son manteau, visiblement pour s'assurer de la même chose que lui. Chance ou non, ce truc n'avait quasiment pas progressé mais il lui faisait toujours très mal.

—… Sans l'anneau, tu serais déjà mort, constata son ami en pointant l'endroit où s'était stoppée la propagation de cette saleté. Tu es entré en contact avec le fantôme d'une personne morte empoisonnée et, généralement, aucun humain n'y survit.

—Dans ce cas Sodi- réalisa Yuri en reportant toute son attention sur la jeune femme.

—Elle n'est plus humaine mais elle aura besoin de beaucoup de repos pour s'en remettre.

En entendant cela, il reporta son attention sur celle-ci. Elle était allongée au sol, son chemisier ouvert et laissant pleine vue sur un soutien-gorge noir et l'étendue de l'empoisonnement. Assit à côté d'elle, Raven inspira un bon coup en se frottant rapidement les mains l'une contre l'autre… créant de légers éclairs. Puis il expira et posa ses paumes au niveau du cœur de la rousse, créant un choc, comme si elle avait été en contact avec un défibrillateur. Cette dernière ouvrit brièvement les yeux, cette fois-ci, sa poitrine se soulevant clairement pour indiquer qu'elle respirait. Le plus vieux voulu répéter l'opération mais Judith lui donna un bon coup de poing dans la mâchoire pour lui en faire passer l'envie.

Les yeux de Yuri se posèrent tour à tour sur chaque personne présente, essayant de comprendre ce qu'il se passait exactement...

-§-

Même s'il regrettait de ne pas avoir laissé un de ces fantômes pour l'interroger, Flynn savait qu'il aurait pu ne rien en tirer et risquer d'avoir plus de blessés de son côté. Bien que Judith et Raven ait pu stabiliser l'état de Sodia, il n'était pas tranquille vu ce par quoi elle était passée avant sa mort et les séquelles qu'elle en avait, ce qui allait nécessiter qu'elle soit mise à l'écart des vivants pendant un certain temps.

Le plus urgent à présent, c'était Yuri qui, visiblement, était complètement perdu suite aux derniers évènements. Dans son cas de figure, l'empoisonnement était freiné par l'anneau, ce qui laissait pleinement le temps de traiter cela avant que cela n'atteigne le cœur. Seulement, cela nécessitait de l'amener au manoir…

—Qui es-tu au juste ? lui demanda son ami, l'air méfiant. Et ne me ment pas cette fois…

—Je n'ai pas menti sur mon nom et mon âge, répondit le Faucheur tandis que Patty vérifiait que Repede n'avait rien. J'ai juste omis de préciser que c'était l'âge que j'avais quand je suis devenu ce que je suis à présent.

Aux réactions du jeune homme, il savait que celui-ci n'était pas terrifié : il voulait des réponses à ses questions, exactement comme Lilith à l'époque. Seulement, il n'était pas persuadé qu'il allait bien les prendre…

—Tu as aussi omis de préciser que tu connaissais cette fille qui est morte, souligna l'employé sur un ton sec, signe qu'il n'était pas très content.

Flynn allait lui répondre quand Yuri sembla soudainement aller mal. Il eut juste le temps de réagir pour l'empêcher de tomber au sol, le tenant entre ses bras. Un coup d'œil à son bras gauche lui confirma que le poison n'était pas la cause de cela vu qu'il n'avait pas progressé mais quand il posa sa main sur le front de son ami, il réalisa que celui-ci était brûlant.

Vu les évènements, il n'avait pas d'autres choix que de l'emmener au manoir sans son consentement… et prier pour qu'il passe la nuit.


NB : Bon, vu mon temps libre, la suite va se faire attendre un peu…

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2017-08-06 02:24 pm

Mélodie Funèbre - 3

 Fluristelle Month 2017 : Separation – Reunion

Note : Là, on va plutôt s'intéresser à Flynn et répondre aux questions qui le concerne… donc pas de passages dans le monde des rêves pour ce chapitre.


Fin septembre dans les environs d'Halure un an plus tôt. L'été laissait place à l'automne, teintant les arbres de teintes chaudes qui créaient progressivement un beau festival de couleurs sur les collines et les montagnes aux alentours, tandis que venait le moment de commencer à ratisser les feuilles mortes avant que celles-ci n'envahissent les pelouses et qu'elles ne deviennent plus difficiles à rassembler avec la pluie.

Dans le jardin du manoir Blackwood où il vivait depuis pas mal de temps, Flynn enlevait les quelques feuilles qui étaient tombées sur une pierre tombale où était gravé « Elisabeth Blackwood, 1849 – 1870 ». Ses yeux azur lurent ce nom pour la énième fois et, comme à chaque fois, il avait une douleur dans la poitrine, comme si on lui avait arraché le cœur… ce qui était à peu près ce qu'il s'était produit cette nuit fatidique où, à son retour, il l'avait trouvée dans le petit salon, gisant sur le parquet et avec un foulard fermement serré autour de sa nuque délicate. En sentant son corps glacé contre ses doigts, il avait cru mourir une seconde fois…

Sa première mort remontait bien des siècles plus tôt quand, jeune chevalier, il avait participé aux Croisades et où il avait combattu de toutes ses forces. Mais un jour, son épée s'était attaquée à ce qu'elle n'aurait jamais dû toucher : un Faucheur d'âmes en train d'accomplir sa besogne. Il l'avait tué en un coup… et s'était condamné par la même occasion à devoir prendre la place qui était à présent vacante, que cela lui plaise ou non. Il avait gagné l'immortalité mais celle-ci avait un goût bien amer en bouche…

Pendant des décennies, il avait envoyé bon nombres d'âmes là où elles le méritaient, que ce soit dans un lieu meilleur ou dans un endroit digne de l'Enfer, tout en se mêlant discrètement à la population, évoluant en même temps qu'elle, s'adaptant aux modes, aux avancées scientifiques ou techniques… Il avait perdu goût à la vie, se considérant comme étant un mort parmi les vivants.

Puis un jour, il avait croisé la route de Lilith.

C'était en hiver en l'an 1863 : il s'était rendu au manoir Blackwood en tant qu'artiste pour accompagner un comte qui avait été invité par Lady Greed qui gérait les lieux depuis la mort de Robert Blackwood, le beau-père de sa sœur défunte. Seulement, il n'était pas resté longtemps car peu avant son arrivé, elle s'était disputée avec sa nièce et cela avait quelque peu gâché la soirée. Mais quand il s'était aperçu qu'il avait oublié un de ses gants dans le petit salon, il avait rebroussé chemin. Sa première idée avait été d'user de ses pouvoirs de Faucheur pour entrer et récupérer discrètement son bien, ce qu'il comptait faire lorsque, en arrivant, il vit à travers la fenêtre que quelqu'un l'avait déjà trouvé : une jeune fille aux cheveux de jais qui était vêtue d'une robe de chambre d'homme aux tons violacés qui semblait un peu grande pour elle.

Ce n'était pas la première fois qu'il l'apercevait, ayant déjà eu l'occasion de la voir à l'automne suite à la mort de son grand-père, évènement qu'elle avait très mal vécu – il était malheureusement habitué à voir la peine des proches au point d'en devenir presque totalement indifférent. Seulement, cette fois-ci, quelque chose chez elle le captivait…

Sans vraiment réfléchir, il avait toqué à la fenêtre, la faisant sursauter elle et son jeune chien. Réalisant à son regard qu'il lui avait probablement fait peur, il fit quelques gestes pour lui faire comprendre la raison de présence, faisant que, un peu soulagée, elle lui avait ouvert.

—Pardon, s'était-il excusé en restant à l'extérieur. Je ne voulais pas vous faire peur mais comme j'ai vu du mouvement…

—Je m'en remettrai, avait-elle dit à voix basse avant de lui tendre le gant. C'est à vous je présume ?

—Oui, merci. Je suis vraiment désolé pour le dérangement.

Il s'était avancé d'un pas pour récupérer son bien puis avait baissé la tête vers le jeune chien qui l'observait attentivement. Il s'était accroupit pour se mettre au niveau de l'animal et avait attendu un peu, laissant le temps au chien de le renifler avec attention. Son examen finit, le jeune chien avait remué joyeusement la queue et Flynn lui avait caressé affectueusement la tête avant de se relever.

—Il n'aime pas les étrangers d'habitude, avait remarqué l'adolescente, étonnée.

—Il protège sa maîtresse, ce qui est normal, lui avait-il répondu. Par contre, je vais devoir vous laisser…

—Vous reviendrez ?

Surpris par cette question, il avait marqué un temps d'arrêt, captivé par ce regard anthracite et cette peau claire qui luisait sous le clair de lune.

—Uniquement si vous le désirez.

Il avait prononcé ces mots sans réfléchir et ce ne fut que plusieurs jours plus tard qu'il avait réalisé que cette nuit-là, il avait commencé à tomber amoureux d'elle alors qu'il savait très bien qu'elle n'avait que quatorze ans à cette époque. Pendant un bon moment, il avait essayé de se convaincre que c'était mal d'être attiré par elle, une simple mortelle qu'il serait bien contraint d'envoyer un jour dans l'au-delà. Cela avait marché et il avait évité le manoir Blackwood avec soin…

Jusqu'à un soir en 1864 : c'était le mois d'août et le soleil ainsi que la chaleur étaient au rendez-vous, faisant que la nuit, les fenêtres étaient souvent laissées ouvertes pour faire rentrer la fraicheur. Seulement, il avait été contraint de retourner dans la demeure qu'il évitait, plus précisément dans le salon, car sa funeste besogne l'attendait : une employée du manoir était morte, vraisemblablement suite à un empoisonnement.

Arrivé sur les lieux, Flynn avait revêtu sa tenue macabre et n'avait pas eu longtemps à attendre avant que l'âme de la défunte ne prenne forme. Elle était désorientée au début mais en comprenant ce qu'il lui était arrivé, elle se mit à paniquer et le Faucheur avait été contraint d'user de ses pouvoirs pour la calmer afin de l'envoyer dans un lieu où elle pourrait reposer en paix. Mais à peine avait-il terminé que le son du parquet qui grinçait lui avait fait brusquement tourner la tête vers la double-porte du salon… et qu'il avait découvert que Lilith l'avait vu, visiblement choquée par ce qui se trouvait devant ses yeux.

La capuche qu'il avait sur la tête ne permettait pas de voir son visage… mais c'était sans compter sur Repede, le chien de l'adolescente, qui, profitant de sa surprise, avait attrapé son long manteau noir avec ses crocs et l'avait tiré d'un coup, révélant ses traits à la jeune fille sans qu'il ait eut le temps de réagir. Flynn allait lui expliquer quand elle lui avait fait signe de se taire… et qu'il eut entendu du bruit venant de l'étage.

Ses yeux azurs avaient rapidement observé l'ensemble du tableau et il en avait conclu que s'il fuyait, certaines personnes pourraient penser que l'adolescente de quinze ans avait tué son employée, ce qui était faux. Or, vu ce que ce comte lui avait raconté, Lady Greed avait plutôt intérêt à ce que sa nièce ne soit plus dans ses pattes pour espérer mettre la main sur l'héritage… et il en était venu à se demander si le poison n'était pas en fait destiné à cette jeune héritière.

D'autres sons se faisant entendre, Flynn avait vite récupéré son manteau noir et, tandis que Repede avait sauté par une fenêtre ouverte en aboyant, il avait enveloppé Lilith et lui-même avec le tissu puis usé de sa magie… pour les transporter dans la chambre de la jeune fille. Il n'avait ensuite pas perdu plus de temps et avait quitté les lieux… pile au moment où le corps de l'employée de maison avait été découvert par sa collègue qui avait poussé un cri déchirant, alertant la demeure toute entière.

Ce ne fut que le lendemain qu'il revint sur place, cette fois-ci en tant que photographe mandaté par le comte qui l'avait invité ici l'hiver précédent. Lady Greed avait facilement gobé ce prétexte, peu mécontente d'apprendre que ce cher comte voulait montrer un portrait de sa nièce à certains de ses amis. C'était donc en toute confiance qu'elle l'avait laissé seul au manoir, ayant apparemment des choses à faire en ville.

Il avait facilement trouvé Lilith au son du piano, le premier mouvement de la sonate Clair de Lune résonnant dans le petit salon tel un chant funèbre. Sa façon de jouer de cet instrument était remarquable : il sentait toute la tristesse qu'elle insufflait dans les notes de ce morceau, intensifiant cette lamentation musicale. Il était limpide pour lui que si elle connaissait ce passage sur le bout des doigts, elle savait comment transmettre ses émotions à travers les sons qu'elle tirait des touches du piano.

—Est-ce qu'elle m'entend jouer ? avait soudain demandé la jeune femme sans lui jeter un regard.

—Qui do-, commença Flynn avant de comprendre ce qu'elle venait de lui demander. Je ne sais pas. J'ignore ce qu'il se passe de l'autre côté.

Comment avait-elle deviné qu'il était derrière elle ? Il avait cherché et vite compris en notant que Repede était installé à côté d'elle et que l'animal avait réagi en le voyant, signalant ainsi à sa maîtresse que quelqu'un était entré ainsi que si la personne était ou non un ami.

Avec précaution, le jeune homme avait posé son matériel dans un coin discret puis s'était assit sur la causeuse, écoutant la fin du premier mouvement de la sonate. Elle enchaîna ensuite directement avec le suivant, cette fois-ci en y mettant de la joie, ce qui se voyait au sourire qu'elle avait sur les lèvres.

—Je n'étais pas sure de vous revoir, lui dit Lilith en continuant de jouer. Ce qu'il s'est passé cette nuit était si étrange que j'ai pensé un temps l'avoir rêvé…

—Vous étiez parfaitement éveillée, lui confirma Flynn. J'aimerai d'ailleurs m'excuser de la frayeur que je vous ai faite et… vous demander de garder cela pour vous.

—Ce n'est pas comme si nous allions le crier sur tous les toits. N'est-ce pas Repede ?

A sa question, le chien répondit par un aboiement affirmatif, ce qui fit sourire le Faucheur.

—Par contre, j'avoue me poser quelques questions… admit la jeune femme en approchant de la fin du deuxième mouvement. Si j'ai bien compris, vous êtes la mort…

—Plutôt un de ses nombreux émissaires, la corrigea le jeune homme. Nous sommes plusieurs à assumer cette fonction à travers le monde depuis des décennies.

Lilith acheva le deuxième mouvement sans problème… puis il la vit se mordre la lèvre inférieure et entamer le dernier mouvement avec maladresse, ce qui l'étonna quelque peu car il l'avait déjà entendu jouer ce passage et elle n'avait pas ces difficultés. Son manque d'assurance se ressentait et très vite, elle fit des fausses notes puis arrêta de jouer, visiblement agacée par cet échec.

—Inutile que je continue ce… massacre, dit-elle en soupirant de dépit. Je suis une bien piètre pianiste…

—Absolument pas, lui dit-il avec conviction. Vous êtes capable de jouer ce morceau.

—Je sais… Mais je n'y arrive plus depuis que cette chose qui me sert de tante veut gérer ma vie !

Brusquement, elle se leva de son banc puis vint s'asseoir à côté de lui en soupirant, ce qui n'était pas vraiment une attitude que devait avoir une jeune femme de son âge mais qui, lui, ne le dérangeait pas. Pour lui remonter le moral, il avait beaucoup parlé avec elle et celle-ci s'était beaucoup intéressée à lui. Ils avaient échangé sur leurs passés respectifs sans trop entrer dans les détails mais suffisamment pour avoir un meilleur aperçu de l'autre. Flynn l'avait ensuite prise en photo dans le jardin afin de rendre son mensonge plus crédible et il était reparti quand il avait senti que du travail l'attendait.

Régulièrement, il était revenue la voir et avait ainsi découvert qu'elle s'était liée d'amitié avec une jeune fille plus jeune qu'elle : Estellise Sidos Heurassein qui était issue d'une famille noble. Il leur arrivait de prendre le thé tous les trois pour bavarder, surtout en l'absence de Lady Greed. Lorsqu'il devait partir, Lilith l'aidait toujours à trouver une bonne excuse pour cela.

Puis, après qu'elle ait eu seize ans, elle lui avait posé des questions sur les anneaux qu'elle avait vus autour de son cou et il lui avait répondu… sans se douter qu'elle profiterait de l'occasion pour en passer un à son doigt et lui déclarer qu'elle voulait se marier avec lui. Il avait d'abord essayé de lui faire comprendre qu'elle n'aurait jamais une vie normale mais ce n'était pas ce qu'elle désirait. Son souhait, c'était d'être libre et il comprit qu'il était le seul à pouvoir l'exaucer, même si cela impliquait que leur idylle serait à la fois brève et compliquée. Par amour pour elle, il avait accepté de se fiancer avec elle…

Seulement, comme il s'y était attendu, Lady Greed n'avait pas vu cela d'un bon œil car Flynn était un simple artiste et n'avait rien. Elle avait donc précipité sa nièce dans un mariage arrangé… qui avait vite tourné court avec le pouvoir des anneaux des Faucheurs lorsque le marié, un vieux bourgeois fortuné, n'a jamais pu arriver à temps aux noces : il avait fait une mauvaise chute de cheval et en était mort. D'autres prétendants avaient saisi l'occasion pour prendre la main de la belle Elisabeth Blackwood mais le malheur s'abattit aussi sur eux, au point que la rumeur courait comme quoi la jeune femme était maudite, ce qui n'arrangeait pas les affaires de sa tante… qui opta pour d'autres solutions afin de se débarrasser de celle qu'elle considérait comme un problème.

Lilith était intelligente et avait donc réussi à esquiver toutes les tentatives d'empoisonnements la visant, principalement en usant de la maison elle-même qui, de ce que le Faucheur avait compris, recelait de recoins cachés que feu Robert Blackwood avait aménagés et dont seule sa petite-fille connaissait les emplacements exacts. Seulement, elle était passée à d'autres méthodes comme payer quelqu'un pour tuer sa nièce. Là encore, elle avait échoué mais cela avait coûté un œil à Repede qui, suite à cela, ne laissait presque plus personne s'approcher de sa maîtresse.

C'était suite à cet évènement que Flynn avait travaillé plus dur pour amasser une énorme somme d'argent tout en négociant avec le comte qui lui avait permis de passer inaperçu. Ce dernier était un bon vivant mais les dettes dont il avait hérité ainsi que son titre étaient un handicap pour lui, faisant que le Faucheur avait réussi à le convaincre de lui vendre son titre de noblesse et à entamer une nouvelle vie dans une autre ville.

Quand il fut revenu au manoir Blackwood mais en tant que comte Flynn Scifo, Lady Greed était loin d'être ravie et avait encore tenté de le chasser mais le jeune homme avait une autre carte dans sa manche : les témoignages de ceux qui avaient été engagés pour assassiner Elisabeth Blackwood et qui avaient échoués ainsi que des preuves prouvant qu'elle avait tout intérêt à voir sa nièce disparaître pour avoir accès à l'héritage de Robert Blackwood. Il lui avait donné le choix entre le laisser épouser Lilith ou bien faire face à la justice. Le choix avait été rapide et elle avait quitté la demeure.

Quelques jours plus tard, il avait enfin pu célébrer son mariage avec celle qu'il aimait durant le printemps de l'année où elle allait avoir ses dix-sept ans. Le comité avait été très restreint avec pour seuls invités, leurs témoins respectifs : Estellise, Repede et un Faucheur que Flynn avait rencontré deux siècles plus tôt. Seulement, il avait tenu à ce que leur nuit de noces attende qu'elle ait dix-huit ans, principalement car ils n'avaient encore jamais vécu sous le même toit et qu'il leur fallait donc s'habituer à vivre ensemble.

A cause des manigances de Lady Greed et du fait qu'il fallait que le jeune homme garde ses secrets, il n'y avait plus aucun domestique au manoir Blackwood, faisant que c'était à eux d'entretenir la demeure. Avec les horaires chaotiques du Faucheur, Lilith avait vite prit en main la cuisine, ce qu'elle avait déjà commencé à faire avant que sa tante ne s'installe. Même si jouer les femmes au foyer la faisait souvent grimacer, elle pouvait s'organiser comme elle le désirait et, surtout, elle se sentait vraiment libre de ses mouvements chez elle, y compris quand elle invitait son amie qui appréciait beaucoup la nouvelle ambiance des lieux.

Un jour, en revenant d'une matinée passée à envoyer des âmes dans l'au-delà, il avait trouvé sa compagne en train de s'occuper du jardin… vêtu de l'un de ses pantalons de travail et d'une de ses vieilles chemises. Elle avait attaché ses cheveux à la va-vite en un chignon assez brouillon mais qui lui correspondait à merveille. Elle avait un peu de terre sur les bras et le visage, signe qu'elle avait été très occupée en son absence. Quand elle avait réalisé qu'il était là en train de la regarder, elle lui avait demandé ce qui n'allait pas… et il l'avait embrassée avec fougue, ce à quoi elle lui avait répondu qu'elle savait à présent qu'elle pouvait continuer à lui piquer ses vêtements.

Bien entendu, il leur arrivait de se disputer sur des sujets divers et variés mais chacun avait son exutoire à sa propre colère : lui dessinait ou peignait tandis qu'elle jouait du piano, généralement le troisième mouvement de la sonate Clair de Lune qu'elle sublimait avec sa frustration et sa rage. Une fois, ils avaient eu un désaccord assez violent alors qu'il essayait de peindre une nature morte et ils en étaient venus à se jeter de la peinture à la figure jusqu'au moment où sa compagne lui avait sauté dessus pour essayer de le plaquer au sol… ce qui n'avait pas vraiment fonctionné vu qu'il l'avait vite dominée… et qu'il n'avait pas pu s'empêcher de rire en voyant l'état de son visage, mettant fin à leur querelle du moment.

Jusqu'aux dix-huit ans de Lilith, ils avaient fait chambre à part pour limiter les tentations et aussi parce qu'il avait besoin de peu d'heures de sommeil à cause de son statut de Faucheur. Le soir de l'anniversaire de son épouse, cette dernière l'avait rejoint dans sa chambre… uniquement vêtue de sa robe de chambre mauve qu'elle avait ensuite ouverte en grand puis laissée tomber au sol, le laissant face à une vision qui lui donnait l'impression de contempler une œuvre d'art. Elle était tellement belle avec ses longs cheveux de jais qui lui tombaient sur la poitrine qu'il osait à peine la toucher.

Aucun d'eux ne regrettait d'avoir attendu pour leur nuit de noces. Flynn ne se lassait pas de sentir sa peau nue sous ses doigts ou de la voir endormie, ses longs cheveux noirs étalés sur les draps. Les étreintes passionnées qu'ils avaient partagées n'avaient fait que lui confirmer son amour pour cette femme et son désir de partager le plus de moments possibles avec elle.

Après cette délicieuse nuit, il s'était mis en tête de faire quelques tableaux de sa compagne et ce, bien qu'il avait déjà pas mal de photos d'elle, que ce soit vêtue de ces robes style empire qu'elle aimait tant ou d'une tenue masculine, bravant les codes vestimentaires des femmes de l'époque. Il s'était surtout appliqué à faire un portrait d'elle puis, sur la suggestion de cette dernière, une toile où elle était assise de façon aguicheuse et ce, entièrement nue…

Ils avaient été heureux… jusqu'au 31 octobre 1870, le jour où leur bonheur vola en éclats.

Ce soir-là, Flynn était allé envoyer de nombreuses âmes dans l'au-delà, le choléra ayant fait des ravages dans une ville de la région. Il venait de terminer sa besogne quand son instinct de Faucheur l'avait appelé… à rentrer chez lui car quelqu'un y était mort. Son sang s'était immédiatement glacé et il était vite retourné au manoir pour s'assurer qu'il s'était trompé. Mais à son retour, aucun son ne se faisait entendre… et Repede était étendu au sol, baignant dans son sang. Avec précipitation, il avait cherché sa compagne dans toute la demeure… pour la trouver dans le petit salon, morte après avoir été étranglée.

Bien qu'il savait qu'un jour, ils devraient se séparer, jamais il n'aurait pu imaginer que cela se produirait si tôt et d'une manière si douloureuse. Il avait hurlé jusqu'à en perdre la voix, ses larmes ruisselant le long de ses joues et venant s'écraser sur le visage figé de son aimée. Sa peine était immense… au point qu'il n'avait réalisé que bien plus tard qu'étrangement, l'âme de Lilith n'était pas présente.

Le cœur lourd, il s'était résolu à enterrer son épouse dans le jardin du manoir et avait ensuite usé de ses pouvoirs de Faucheur sur cette demeure, faisant en sorte que personne ne puisse y entrer sans sa permission.

Plus d'un siècle plus tard en ce mois de septembre, il s'était rendu dans la ville d'Halure pour accomplir sa macabre besogne et venait de finir quand il s'était rendu à l'épicerie de la ville pour acheter de quoi manger. Son esprit était à nouveau obnubilé par ce drame et, surtout, d'essayer d'en déterminer l'auteur. Il avait depuis longtemps écarté Lady Greed car celle-ci avait succombé au choléra l'année avant la mort de Lilith et il en avait fait de même avec tous ceux qui auraient eu l'héritage comme mobile, aucun ne s'étant trouvé dans la région le jour du meurtre. Quelque chose lui échappait…

—Ce serait possible de vous décaler ?

Sortant de ses pensées, Flynn s'écarta pour laisser passer l'employé de l'épicerie… et il crut frôler la crise cardiaque en voyant son visage : il ressemblait trait pour trait à Lilith !

Essayant de se montrer plus rationnel, le Faucheur l'observa de loin, supposant qu'il était un descendant de la famille Blackwood qu'il avait peut-être raté en faisant leur généalogie. Seulement, en voyant les expressions de son visage, l'étincelle dans ses yeux anthracite et sa façon de râler, il avait eu un sérieux doute car cet inconnu et feu sa compagne avaient bien trop en commun.

En remarquant que l'employé semblait galérer pour trouver dans quel rayon il devait ranger les boîtes de conserves qui avaient manifestement été déplacées par un petit malin, il se dit que c'était peut-être l'occasion idéale…

—Besoin d'aide ? proposa Flynn, attirant sur lui ce regard anthracite qui l'intéressait tant.

—Ouais, admit l'employé en grimaçant. Je viens de commencer ce job et je dois déjà ranger tout le magasin alors que je viens d'arriver… en retard.

Amusé, il lui avait expliqué où allaient certains articles pour lui faciliter la tâche et ils avaient un peu discuté. Ainsi, il avait appris que ce jeune homme se nommait Yuri et qu'il venait d'emménager à Halure. Ils avaient fait connaissance au fil des jours, le Faucheur ayant fait en sorte de passer le plus souvent possible à l'épicerie, leur permettant de se lier d'amitié bien qu'ils ne se voyaient pas beaucoup en dehors de ce lieu, lui parce qu'il savait qu'il risquait de devoir partir à l'improviste et l'employé car il lui semblait qu'il maintenait volontairement une légère distance entre eux.

Un jour où Yuri était un peu distrait, Flynn en avait profité pour vérifier quelque chose… et avait confirmé ses soupçons en voyant apparaître brièvement cette alliance au doigt du jeune homme, lui révélant la vraie cause des malheurs affectifs de son ami : Elisabeth Blackwood, sa compagne qu'il avait tant aimée, s'était réincarnée en tant que Yuri Lowell.

Le Faucheur était sincèrement heureux d'avoir retrouvé l'âme de son amour… mais lorsque, après avoir fêté ses vingt-et-ans, son ami se mit à faire ces rêves où il voyait la scène du meurtre de Lilith, il eut des sueurs froides à l'idée de perdre à nouveau cette personne. Il avait tenté de reprendre l'anneau et ainsi briser le mariage mais à chaque fois, c'était un échec car, consciemment ou non, Yuri refusait de briser ce lien.

En voyant la date fatidique se rapprocher dangereusement et suite aux remarques de Sodia, Flynn en avait convenu qu'il ne pouvait plus se permettre de garder cela pour lui. Il avait besoin d'aide pour à la fois résoudre ce meurtre vieux de plus d'un siècle et empêcher un drame de se produire de nouveau.

Or, durant toutes les années s'étant écoulées depuis le jour où son cœur avait été brisé, il avait rassemblé dans sa demeure quelques âmes qui ne souhaitaient guère quitter le monde des vivants et qui, en échange, lui rendaient divers services. Dans une des chambres à l'étage, il y avait justement trois d'entre elles qui étaient présentes… et plus particulièrement Repede, le chien de Lilith qui refusait de l'abandonner, et Estellise Sidos Heurassein, empoisonnée quelques mois après la mort de son amie par un membre de sa famille et qui souhaitait élucider le meurtre ayant eu lieu au manoir Blackwood avant de trouver le repos éternel. A ses côtés, il y avait Rita Mordio, un autre fantôme qui avait refusé de rejoindre l'au-delà après avoir été brûlée vive pour sorcellerie alors qu'elle était une scientifique – celui qui s'était occupé de son cas au départ avait préféré la laisser errer en pensant qu'elle ne ferait pas plus de dommages qu'un feu follet… sans se douter qu'elle provoquerait des incendies sur son passage, faisant que Flynn avait rendu un grand service aux habitants de la région en la ramenant chez lui.

—Oh ? fit Estellise en le voyant entrer. Bonsoir Flynn. Il y a un problème ?

—C'est deux heures du matin, remarqua Rita en jetant un œil à l'horloge. Ca ne peut pas attendre que le soleil se lève ?

—Pas vraiment non, déclara le Faucheur avant de se tourner vers la jeune femme aux grands yeux turquoise. Il faut que je te parle en privé au préalable.

Soupirant d'exaspération, celle aux yeux verts quitta la pièce tandis qu'Estellise s'était mise à le fixer avec curiosité, tout comme Repede qui sentait que quelque chose n'allait pas.

—Lilith s'est réincarnée, révéla Flynn, provoquant la joie de la jeune femme. Seulement, il n'a aucun souvenir de sa vie antérieure.

—Il ? questionna-t-elle, intriguée. Elle est devenue un garçon ? Ce serait logique en même temps…

—Oui, c'est un homme à présent mais depuis quelque temps, il rêve de la nuit du meurtre et ces derniers jours, cela a empiré au point que cela en affecte son quotidien. Je… ne sais pas quoi faire et le 31 est de plus en plus proche…

Il lui avait tout avoué : sa rencontre avec Yuri, la surveillance discrète qu'il faisait du jeune homme… il ne lui avait caché aucun détail, estimant qu'elle méritait de savoir ce qu'il se passait. Elle l'avait patiemment écouté, ne lui faisant aucun reproche pour lui avoir dissimulé tout cela jusqu'à ce jour.

—Ne t'en fais pas, lui dit Estellise avec un sourire emplit de douceur. Nous serons ravis de t'aider.


NB : C'était important que j'introduise au plus tôt Estelle vis-à-vis du Fluristelle Month… Rita n'était pas essentielle mais je la voyais mal sans Estelle et vice versa.

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2017-08-05 06:00 am

Mélodie Funèbre - 2

 Fluristelle Month 2017 : Day 2 : Constellation – Home

Note : Plus compliqué celui-là et là, ça va sentir un peu donc j'ai rebondi sur ce que je connaissais en astronomie. Au départ, je ne comptais pas faire ce thème mais après vérification de ce que j'avais cassé, me suis aperçue que je pouvais faire Home et ainsi éviter l'insertion trop brusque de certains personnages… tout en préservant un peu mon suspense d'origine qui a pris un coup lors du cassage.

Bonne lecture !


 

C'était un jour de printemps. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les fleurs coloraient et embaumaient les jardins… et une petite fille aux cheveux de jais tenait la main d'un homme d'une cinquantaine d'années.

A partir de maintenant Elisabeth, tu vas habiter avec moi, lui dit l'homme avec bienveillance. Ma demeure est la tienne.

D'accord… répondit la petite fille, visiblement intimidée par celui qui, à ses yeux, était un géant. Où sont papa et maman ?

—… Ils sont partis très loin et ne peuvent pas revenir.

Ils arrivèrent sur le perron d'un manoir et grimpèrent les trois marches menant à la porte d'entrée en bois massif. Celle-ci fut ouverte de l'intérieur par une femme qui était vêtue d'un uniforme, indiquant qu'elle était une employée dans cette maison. Elle les laissa entrer puis referma derrière eux avant de retourner vaquer à ses occupations.

Le hall d'entrée était sombre à cause des tapisseries rouges et du parquet foncé. Il était long, comportant un escalier en bois massif menant à l'étage et des portes desservant les différentes pièces du rez-de-chaussée.

Je t'ai fait préparer ta chambre en haut, lui dit l'homme avant de lui désigner une porte sur leur gauche. Ici, c'est ma pièce favorite. Tu veux la voir ?

Elisabeth lui fit un oui timide de la tête et, avec le sourire, il ouvrit les doubles portes, révélant un petit salon sobrement décoré avec un magnifique piano noir. Il l'invita s'asseoir sur la causeuse et, une fois qu'elle fut installée, il prit place sur la banquette et commença à jouer le premier mouvement de la sonate Clair de Lune, puis le second et, enfin, le troisième. Durant toute la prestation, la petite fille avait été très attentive, ses oreilles écoutant les sons produit par l'instrument massif et ses yeux suivant les doigts qui appuyaient sur les touches.

A la fin du morceau, une larme lui échappa, signe de l'émotion que lui avait fait ressentir ce morceau en la transportant de la tristesse à la joie avant de finir sur une note épique et puissante dont elle ne saisissait pas tout à fait l'impact sur elle-même.

Grand-père ? demanda-t-elle à l'homme. Tu peux m'apprendre ?

J'en serais ravi, lui répondit-il en lui faisant signe de le rejoindre.

-§-

Encore une fois, Yuri avait eu une absence et au travail qui plus est. Heureusement, les clients ne semblaient pas s'en être aperçu mais il était de plus en plus fatigué ces derniers jours et ce, au point qu'il lui arrivait de ne plus se souvenir de ce qu'il avait fait la veille. En prime, c'était la dernière semaine d'octobre donc pas mal de monde commençait à se préparer pour Halloween donc il allait devoir penser à se mettre des bonbons de côté avant que ceux-ci ne soient tous partis.

Avant que son patron ne se rende compte qu'il tirait au flanc, l'employé alla réapprovisionner les rayons qui en avait besoin mais à peine eut-il atteint les rayonnages pour les produits sucrés qu'il grimaça en réalisant que, durant son moment d'égarement, il n'avait pas fait attention qu'une certaine personne était entrée, ce qui n'était pas son cas à elle vu le regard qu'elle lui jetait. C'était quand même difficile de la manquer pourtant : ses ballerines rouge vif avec ses collants à pois noirs se mariaient bien avec sa minijupe blanche et son chemisier ample noir – il suspectait qu'elle cherchait à cacher le fait qu'elle n'avait pas beaucoup de formes car jamais il ne l'avait vue avec un décolleté ou avec autre chose qu'une jupe – ainsi qu'avec ses cheveux roux noués en une natte sur le côté.

—Bonjour Roxy, grommela-t-il en regardant ce qu'il manquait.

—Tu sais très bien que c'est Sodia mon prénom, répliqua-t-elle d'un ton sec. Si tu arrêtais de dormir derrière ton comptoir, peut-être que tu t'en souviendrais enfin…

Cette fille n'était autre qu'une voisine de son ami. Il la détestait et c'était réciproque… Au moins, sur ce point-là, ils étaient toujours d'accord.

—Et Flynn m'a demandé de lui faire quelques achats, précisa-t-elle en lui sortant une liste de courses, ce qui n'était pas inhabituel vu qu'elle lui rendait souvent de genre de service quand il était trop occupé. Il vous en reste encore en stock ?

—Voyons… fit-il en regardant ce qui était marqué sur le papier. Il n'achète pas de bonbons pour le 31 ?

A sa question, la mine de Sodia s'assombrit.

—Non, répondit-elle en détournant le regard. Il n'aime pas ce jour-là.

Maintenant que Yuri y repensait, Flynn lui avait mentionné détester le mois d'octobre mais il ne lui avait jamais demandé pourquoi. Si un jour l'occasion se présentait, il essaierait de la saisir…

N'ayant plus d'autres raisons de parler avec elle tant qu'elle ne passait pas en caisse, l'employé s'attela à remplir les rayons vides, pestant intérieurement contre cette vieille peau qui lui avait encore fait le coup de tout déplacer pour l'enquiquiner. Autant dire qu'il avait hâte de finir son service…

-§-

Les rayons du soleil éclairaient le salon du manoir, permettant ainsi de bien voir le beau piano noir qui trônait fièrement dans cette pièce. Assise sur le banc, Elisabeth, âgée d'une dizaine d'années, jouait le premier mouvement de la sonate « Clair de Lune » de Beethoven, cela sous l'œil attentif de son grand-père qui lui servait de professeur. Les longs doigts fins de l'enfant semblaient caresser les touches de l'instrument tandis qu'elle en tirait progressivement les notes désirées et ce, jusqu'à parvenir à la fin de ce mouvement.

C'est très bien, la félicita le vieil homme. Maintenant, montre-moi où tu en es avec le deuxième mouvement.

D'accord.

La fillette s'exécuta, moins sure d'elle. Quelques fausses notes se glissèrent dans sa prestation, la faisant grimacer tandis qu'elle s'évertuait à poursuivre le morceau.

Bien, nous allons travailler cela tous les deux, déclara calmement le vieil homme en venant s'asseoir près de sa petite fille. Regarde bien.

A ces mots, il montra à sa petite fille comment jouer les passages qui lui posaient problème…

-§-

Un son brutal le ramena à la réalité : celui de Sodia qui avait frappé le comptoir du poing, certainement car il ne réagissait pas au fait qu'elle avait posé son panier de courses devant son nez depuis un bon moment.

—Sur quelle planète tu étais pour ne pas être fichu d'entendre quand on te parle Lowell ! s'exclama-t-elle en voyant qu'il était enfin redescendu sur Terre.

—Pas tes oignons Roxy, répliqua Yuri en faisant la moue, mécontent d'avoir eu une absence à ce moment précis.

—Quelque part entre Orion et la Grande Ourse donc…

Il grogna un peu pour la forme, étant concentré sur scanner tous les articles qu'elle avait pris et s'assurer qu'elle avait de quoi payer – pour cela, il n'était pas inquiet car Sodia avait toujours l'appoint, ce qui lui rendait plutôt service quand elle passait après quelqu'un qui venait de lui prendre presque tous ses centimes. Une fois obtenu ce qu'elle voulait, elle s'en alla et il put s'occuper des autres clients tout en notant que le ciel était en train de se dégager.

-§-

C'était un après-midi de printemps dans le salon. Elisabeth était une jeune adolescente à présent et ses longs cheveux noirs étaient rassemblés en un chignon tressé qui allait bien avec sa jolie robe bordeaux. Assise devant son piano, elle entama le deuxième mouvement de la sonate « Clair de Lune » de Beethoven avec une aisance qu'elle n'avait pas enfant.

Cependant, elle n'était pas seule : à côté de son banc, il y avait un chiot au pelage bleu et blanc qui l'écoutait jouer avec attention. Dès que les longs doigts fins jouaient une note bien précise, l'animal lâchait un bref aboiement bien sonore, comme pour accompagner la musique de sa maîtresse tout en faisant rire cette dernière.

Sciemment, la jeune fille appuya de façon répétée sur cette note, faisant que le chiot aboya jusqu'à ce qu'elle cesse.

Tu as fait des progrès Repede, dit-elle en caressant la tête de l'animal. On dirait que tu t'es habitué au piano.

En guise de réponse, elle reçut un aboiement joyeux et un coup de langue affectueux sur sa main.

-§-

Cinq minutes avant la fermeture, il avait eu une nouvelle absence, cette fois-ci vue par son patron qui l'avait sermonné un bon coup avant de lui dire de dégager car il n'avait pas besoin d'un employé qui dormait debout pour fermer les lieux. Ce fut donc avec l'arrière de son crâne douloureux et un bon coup de fatigue qu'il quitta son travail en bâillant.

Mais à peine eut-il tourné à l'angle de la rue que Yuri eut la mauvaise surprise d'être victime de vertiges. Il s'adossa contre le mur le plus proche en se tenant la tête, attendant que cela passe. Il se laissa glisser jusqu'au sol et ferma les yeux…

-§-

C'était un soir d'automne dans le salon et, cette fois-ci Elisabeth, approchant visiblement des quinze ans, jouait difficilement le dernier mouvement de la sonate Clair de Lune, ses yeux étant embuées par les larmes. Elle était vêtue en noir des pieds à la tête et ses cheveux étaient en partie décoiffés, comme si elle avait ôté un chapeau à la hâte. Repede semblait aussi triste qu'elle et restait à ses côtés, n'ayant pas d'autre moyen de la réconforter.

Grand-père… dit-elle dans un sanglot. Pourquoi ?

Son dernier parent était mort et elle venait d'assister à son enterrement. Elle avait le cœur en miettes après avoir perdu un être si cher à ses yeux…

Pourquoi… POURQUOI !

Elle posa brutalement ses coudes sur les touches du piano, faisant sursauter Repede, puis elle se tint la tête entre les mains, laissant les larmes couler sur son visage. Aveuglée par le chagrin, elle ne vit pas l'ombre qui était dans la pièce et qui s'approcha doucement d'elle… jusqu'à s'arrêter à ses côtés.

Son heure était venue.

-§-

Yuri ouvrit les yeux en grognant, sortant ainsi de sa dernière vision. Il voulut se relever… et réalisa que sa main n'était pas en contact avec le trottoir froid mais avec des draps tièdes. Il se mit d'un coup en position assise et regarda tout autour de lui, constatant qu'il était dans son studio et, vu les quelques étoiles qu'il apercevait par sa fenêtre, la nuit était tombée depuis un moment – d'ailleurs, l'éclairage de sa rue était visiblement en panne car il ne voyait pas la lumière orangée des lampadaires qui, habituellement, empêchait de voir autre chose que la lune dans le ciel nocturne. Comment était-il rentré chez lui au juste ?

Seulement, quelques détails lui indiquèrent très vite qu'il n'était pas arrivé seul ici : son tas de linge sale avait disparu, sa vaisselle était faite et n'attendait que d'être rangée, les papiers qu'il avait laissé en vrac avait tous été soigneusement classés dans des piles bien nettes, le parquet venait clairement d'être lavé, ça sentait la lavande… et la pendule en forme d'étoile qu'on lui avait donnée indiquait qu'il était dix heures du soir passées, ce qui signifiait que cela devait faire trois heures qu'il dormait.

Alors qu'il se levait de son lit, la porte d'entrée s'ouvrit puis se referma. Deux secondes après, Sodia était dans son champ de vision, un tas de linge plié dans les bras.

—Je peux savoir ce que tu fiches ici toi ? demanda Yuri, assez surpris de voir la rousse chez lui. J'ai pas souvenir que tu connaisses mon adresse…

—Je l'ai trouvée en fouillant dans ton portefeuille, lui répondit la jeune femme en posant le linge propre sur la table basse. Tu as d'ailleurs eu de la chance que je t'ai vu perdre connaissance car certains auraient pu en profiter…

—Normalement, une personne saine d'esprit appelle les pompiers…

—Tu dormais et c'était impossible de te réveiller. Je suis même étonnée que tu n'ais pas bronché quand je t'ai mis dans ma voiture.

… Vu qu'à priori, la police n'était pas venue ici, c'était qu'elle ne l'avait pas mit dans le coffre, chose dont il l'estimait parfaitement capable. Par contre, elle avait dû s'amuser pour l'amener seule ici...

—Tu m'as monté seule jusqu'ici ? demanda-t-il, intrigué vu la corpulence de la jeune femme.

—J'ai demandé un coup de main à une connaissance, répondit Sodia en ouvrant les tiroirs de la commode pour ranger les vêtements qu'elle avait apportés avec elle. Elle m'a aidée avec la lessive et la vaisselle.

—D'acc- Heu attends, t'as aussi lavé mes sous-vêtements ?

—Tu devrais t'en racheter. Excepté un ou deux boxers, ils ont tous des trous mais comme ça ne m'appartient pas, je me suis retenue de les jeter.

En jetant un œil dans les tiroirs, il réalisa que le bazar qui était à l'intérieur avait été soigneusement rangé et plié, ce qui le fit quelque peu flipper en comprenant qu'elle avait dû ranger TOUT son appartement et qu'il ne s'était pas réveillé pour autant.

Parce qu'il n'avait rien mangé depuis un moment, il jeta un œil au contenu de son frigo et en sortit un fondant au chocolat qu'il avait fait ce matin.

—T'en veux ? proposa-t-il en montrant le gâteau.

—Pourquoi pas…

Ce fut donc comme ça qu'ils se retrouvèrent tous les deux à manger du fondant au chocolat et à boire une infusion aux fruits rouges qu'il avait achetée en promo, le tout dans une ambiance un peu bizarre. En même temps, c'était logique : ils n'étaient pas amis et leurs rapports avaient toujours été tendus donc la situation actuelle était un peu… inconfortable.

—T'as vraiment fait ça avec un micro-ondes ? lui demanda Sodia, étonnée après avoir goûté le gâteau.

—Faut pas croire mais c'est pas mal comme outil quand on sait s'en servir, répondit-il en désignant l'appareil. C'est pas mal aussi pour faire cuire des pâtes quand t'as pas de casserole propre pour ça.

Yuri devait admettre qu'il était étonné de voir que, pour la première fois, il n'avait aucun souci diplomatique avec la rousse bien que cela restait bizarre de discuter avec elle. Il la trouvait même très détendue par rapport à ce dont il était habitué avec elle. Est-ce que c'était la situation qui faisait cela ou bien autre chose ?

—Je suis surprise de voir que l'on voit assez bien les étoiles de chez toi, lui fit remarquer Sodia alors qu'elle avait tourné la tête vers la fenêtre.

—Sans l'éclairage public, ça aide, admit-il avant de se souvenir de la phrase qu'elle lui avait sortie plus tôt. Et Orion, elle est visible actuellement ?

A sa question, la jeune femme observa le ciel avec attention, cherchant la fameuse constellation dans le morceau de voûte céleste qui lui était visible.

—J'en doute, fit-elle en prenant une bouchée de sa part de fondant. Il me semble apercevoir le Sagittaire et il est proche du Scorpion…

—Traduction pour les non-passionnés d'astronomie ? demanda-t-il, ne comprenant pas trop ce qu'elle voulait dire.

—Dans la mythologie grecque, Orion était un chasseur redoutable mais un jour, une divinité a envoyé un scorpion pour le tuer puis Orion et le Scorpion ont été changés en constellations, chacun placés à un bout du ciel. En d'autres termes, quand le Scorpion est visible, Orion ne l'est pas.

Il allait dormir moins bête cette nuit… Par contre, l'ambiance était moins tendue donc peut-être était-ce une bonne occasion pour tenter de briser un peu la glace mais encore fallait-il qu'il trouve comment faire.

—Sinon, qui est Elisabeth ? lui demanda Sodia, curieuse. Je t'ai entendu dire cela quand je cherchais les chaussettes ales sous ton lit.

—T'as aussi…. fit-il, estomaqué avant de se recentrer sur le sujet initial. Si je te le dis, tu vas me croire fou…

—Et si je te dis un truc sur moi en échange ? Ca te convient comme deal ?

Là, elle venait de piquer son intérêt…

—Ca marche, accepta Yuri sans hésiter. En fait, depuis quelques temps, je n'arrête pas de faire des rêves bizarres. Celui qui revient le plus souvent est celui d'une fille morte dans un salon avec un piano qui joue toujours le même morceau. Seul Flynn est au courant.

—C'est assez… glauque, lui dit Sodia en grimaçant. Et Elisabeth, c'est son nom ?

—Je pense oui mais je ne sais toujours pas pourquoi elle est morte ou qui l'a tuée.

Vu les réactions de la rousse, elle ne le prenait pas pour un déséquilibré, ce qui était déjà un bon point.

—Toujours le même morceau… dit-elle, l'air pensive. Une signification cachée peut-être ?

—Si c'est le cas, je la cherche encore, déclara Yuri en soupirant. Et sinon, c'est quoi ton problème avec moi au juste ? Je suis quasi certain que tu m'as détesté au premier regard.

—Ca c'est parce que tu es un homme. Mais maintenant que j'ai vu ton charmant calendrier des Dieux du Stade, je suis convaincue que tu n'es pas attiré par les femmes.

Il l'avait oublié celui-là… En même temps, en temps que célibataire, il avait le droit de se rincer l'œil de temps en temps… Mais la façon dont elle avait formulé cela l'interpella.

—Mauvaise expérience avec un mec ? demanda-t-il tandis qu'elle prenait une gorgée de son infusion.

—Très, dit-elle sur un ton extrêmement froid qu'il ne lui connaissait pas, lui laissant penser qu'il avait du toucher un point sensible. J'ai mis du temps à m'en remettre.

—Désolé. Je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs.

—C'est rien. Ce n'est pas comme si cela allait se reproduire un jour…

Vraiment étrange comme formulation… Qui plus est, le regard vide qu'elle avait eu à ce moment-là lui avait fait froid dans le dos. Qu'est-ce qu'elle ne lui disait pas sur ce sujet ? Il n'était pas sûr de vouloir le savoir…

—Donc j'imagine que tu en pinces pour Flynn, supposa Sodia en posant sa tasse vide.

—Oui mais je ne compte pas entamer de relation pour le moment, lui avoua Yuri en jouant avec sa petite cuillère. Je n'ai pas eu de chances à Zaphias avec mes ex et je ne me sens pas encore prêt à retenter le coup.

—D'accord. De toute façon, je doute qu'il ait en tête d'entamer une relation amoureuse, surtout en ce moment.

La rousse semblait en grande réflexion et le jeune homme préféra ne pas l'interrompre, de crainte qu'elle ne se ferme totalement à lui. Après une bonne vingtaine de secondes, elle le fixa avec prudence.

—Flynn t'as déjà parlé de ses relations passées ? demanda-t-elle avec précaution.

—Jamais, répondit-il, se souvenant que son ami avait toujours éludé ce sujet.

—Tu ne le sais pas par moi. Il a été marié par le passé mais sa compagne est morte et depuis, il est veuf. Je ne crois pas qu'il s'en soit remis vu qu'il va tous les jours sur sa tombe… Elle est décédée un 31 octobre.

Le beau blond était donc hétéro, ce dont il aurait dû se douter. Et il comprenait mieux maintenant pourquoi Flynn ne fêtait pas Halloween ou pourquoi il était discret sur sa vie privée.

—Tu la connaissais ? demanda Yuri, un peu curieux.

—Non, je suis arrivée à Halure après son décès, répondit Sodia en soupirant. J'ai juste vu quelques photos d'elle chez lui…

Alors qu'il allait lui demander si elle savait comment s'appelait l'ex-épouse de Flynn, la chanson Harley Davidson de Brigitte Bardot se fit entendre. Brusquement, la jeune femme fouilla dans son sac pour sortir son téléphone puis s'excusa pour aller répondre. Pendant qu'elle était occupée, il en profita pour mettre les tasses et les assiettes dans l'évier pour les laver plus tard.

—Il faut que j'y aille, lui dit Sodia en raccrochant. Tu t'en sortiras tout seul ?

—Sans problème, lui répondit Yuri avant de lâcher un bâillement. On se revoit à l'épicerie et…

—Cette conversation privée n'a jamais eue lieu et tout reprendra exactement comme avant. Compris ?

—Cinq sur cinq.

Retour à la case départ donc mais bon, si cela permettait d'éviter les ragots, il acceptait cela sans broncher.

-§-

C'était un jour d'hiver dans le salon et Elisabeth semblait contrariée. Il y avait du monde autour d'elle et une femme d'une quarantaine d'années essayait de la convaincre de parler à quelques hommes qui étaient présents. Seulement, elle n'en avait pas la moindre envie et semblait vouloir partir dès que possible.

Chère nièce, ces messieurs sont venus exprès pour vous voir ! finit par s'exclamer, très agacée, celle qui était sa tante.

Et je ne veux pas les voir ! répliqua la jeune fille avec force. Je ne veux pas me marier avec l'un d'eux !

Le son d'une gifle fit taire toutes les conversations, les yeux se tournant tous vers la jeune fille dont la joue venait d'être frappée par la main de sa tante.

Feu Lord Blackwood était bien trop coulant avec vous, déclara la femme plus âgée sur un ton glacial. Montez dans votre chambre et ressortez-en quand vous aurez appris où est votre place !

Après un regard noir à sa parente, l'adolescente quitta la pièce… et n'y revint que bien plus tard, à la nuit tombée. Plus personne ne s'y trouvait et, Repede à ses pieds, elle s'installa devant le piano et attrapa une partition qu'elle lue au clair de lune. Une page lui glissa des mains et s'envola sous la table basse, la forçant à se baisser pour la récupérer.

Seulement, elle fut surprise de sentir contre ses doigts, en plus de la feuille de papier, un tissu qui ne devrait pas se trouver là. Curieuse, elle attrapa cette mystérieuse étoffe et découvrit que c'était en fait un gant noir qui avait probablement été oublié par l'un des invités de sa tante. Comment avait-il atterrit là ?

Elle sursauta en entendant de légers coups derrière elle. Elisabeth se retourna, Repede grognant doucement, et vit une ombre derrière la fenêtre. A la silhouette, c'était certainement un homme mais la pleine lune l'éclairait de dos, faisant qu'il lui était impossible de distinguer ses traits. Elle avait le cœur qui battait la chamade et ne savait quoi faire… puis l'inconnu lui montra sa propre main qu'il plongea dans une poche de sa veste pour en sortir un unique gant.

Hésitante, elle avança prudemment vers la fenêtre et l'ouvrit avant de reculer très vite.

Pardon, s'excusa l'inconnu en restant à l'extérieur. Je ne voulais pas vous faire peur mais comme j'ai vu du mouvement…

Je m'en remettrai, dit-elle à voix basse avant de lui tendre le gant. C'est à vous je présume ?

Oui, merci. Je suis vraiment désolé pour le dérangement.

Il s'avança d'un pas pour récupérer son bien puis baissa la tête vers Repede qui l'observait attentivement. L'inconnu se baissa pour se mettre au niveau de l'animal et attendit un peu, laissant le temps au chien de le renifler avec attention. Son examen finit, le jeune chien remua joyeusement la queue et l'homme lui caressa affectueusement la tête avant de se relever.

Il n'aime pas les étrangers d'habitude, remarqua l'adolescente, étonnée.

Il protège sa maîtresse, ce qui est normal, lui répondit l'inconnu. Par contre, je vais devoir vous laisser…

Vous reviendrez ?

Il marqua un temps d'arrêt, visiblement surpris par la question.

Uniquement si vous le désirez.

-§-

Il était près de minuit quand, profitant que Yuri dormait d'un sommeil de plomb, quelqu'un s'introduisit chez lui… en passant à travers la porte d'entrée. Un fantôme entra dans son studio avec aisance puis s'arrêta, l'observant dormir.

—Il ne se réveillera pas avant l'aube. J'ai déjà vérifié.

Sortant de l'ombre, Flynn rejoignit l'ectoplasme… qui n'était autre que Sodia O'Daly, une jeune femme morte depuis l'année 1967 dans des circonstances peu enviables… Normalement, il aurait dû l'envoyer dans l'au-delà mais dans son cas, il avait fait une exception, ce qui lui rendait bien service.

—C'est effarant la ressemblance entre Lowell et le portrait d'Elisabeth Blackwood, lui déclara la rousse dont le regard violine fixait toujours le jeune homme endormi. S'il ne m'avait pas parlé de ses rêves étranges, j'aurais continué de penser qu'il était son descendant.

—Je peux te certifier que Lilith n'a aucune descendance directe, précisa-t-il avec amertume. Elle était enfant unique et j'ai personnellement vérifié si elle avait un demi-frère ou une demi-sœur quand j'ai rencontré Yuri. J'ai beau chercher, je ne comprends pas pourquoi elle s'est réincarnée…

—Moi ce qui me choque, c'est qu'elle soit passée de femme à homme…

—Vu comment était la société à l'époque, je ne suis pas surpris. Son âme n'a jamais vraiment aimé qu'on l'empêche de vivre.

Flynn trouvait cela plus que logique que Lilith soit devenue Yuri : elle avait tellement détesté le statut des femmes à son époque qu'elle devait désirer ardemment être aussi libre de ses faits et gestes que pouvait l'être un homme. De toute manière, peu importe qu'elle soit fille ou garçon, c'était l'âme d'Elisabeth Blackwood qui l'avait séduit et jamais il n'en avait trouvé d'aussi belle à ses yeux.

—Oh et désolée d'avoir été indiscrète, s'excusa Sodia, penaude. Je voulais essayer de comprendre ce que tu nous cachais et si je ne lui donnais pas de grain à moudre…

—Tu as eu raison, la rassura-t-il. C'est moi qui aurais dû vous dire à tous ce que je faisais au lieu de garder cela pour moi. Mais j'avoue que je crains un peu ce que peuvent faire certains d'entre eux…

Il allait devoir les canaliser un peu mieux s'il leur disait toute la vérité sur Yuri, surtout ceux qui étaient susceptibles de faire une gaffe…

—Que se passera-t-il quand il aura retrouvé toute sa mémoire ? demanda la jeune femme, curieuse.

—Je l'ignore, avoua Flynn qui se sentait impuissant depuis le moment où ces cauchemars avaient commencés. Techniquement, le manoir Blackwood lui revient car c'est sa maison mais… j'ai peur que l'histoire se répète.

Non, il ne voulait pas que Yuri vienne au manoir tant que le 31 octobre n'était pas passé. Lilith avait vingt-et-un ans à sa mort, tout comme lui. Il était plus prudent qu'il le surveille de loin et s'assure personnellement que ce drame n'allait pas se reproduire sous ses yeux… tout en essayant de comprendre la raison de cette réincarnation.


NB : Le suivant sera plus simple à écrire logiquement mais pas forcément rendu dans les temps vu mon planning (sauf si je parviens à m'isoler tout le week-end et que la connexion internet est correcte)

kaleiyahitsumei: (Default)
2017-08-01 02:44 pm

Mélodie Funèbre - 1

Disclaimer : Tales of Vesperia ne m’appartient (sinon j’aurais déjà fait une suite du jeu…)

Titre : Mélodie funèbre

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Rating : T (pour l’instant… Je me méfie avec moi…)

Genre : Heu… Mystery/ Romance c’est certain.

Fluristelle 2017 : Day 1 : Flower Crown – Promises

Note : A l’origine, j’avais écris une fic avec Yuri qui avait eu une mauvaise surprise dans un manoir mais… j’ai abandonné le projet car je n’y accrochais plus (10000 mots pourtant…) et je l’ai remanié mais là, ça partait un peu trop dans tous les sens à cause du format choisi donc vu que je voulais quand même garder ce scénario, j’ai profité du Fluristelle Month pour casser ce projet, quitte à prendre le risque d’anéantir quelques éléments de suspense. Je ne sais pas si j’arriverai à faire tous les thèmes mais je vais essayer quand même. Bonne lecture !

 



Cette nuit-là, des notes de piano résonnaient, jouant furieusement le dernier mouvement de la sonate « Clair de lune » de Beethoven. Les doigts bougeaient rapidement sur les touches, suivant scrupuleusement la partition, faiblement éclairée par les rayons de l’astre lunaire qui passaient à travers la vitre… du moins, quelqu’un devait bien être en train d’en jouer si l’on était logique donc… pourquoi le piano semblait-il jouer lui-même ces notes ?

Une vieille chaise à bascule se balançait d’elle-même dans un coin de la pièce, faisant grincer le plancher massif. Un courant d’air glacé soufflait dans la pièce, soulevant les rideaux blancs qui encadraient les fenêtres. Sur une table basse, un plateau en argent était présent et, posé sur celui-ci, il y avait une théière de porcelaine, une petite cuillère, un petit sucrier et une petite soucoupe de porcelaine. Cependant, sur la surface métallique et sur le meuble, il y avait des gouttes de thé qui, si on les suivaient, amenaient aux débris de la tasse correspondant à ce service éparpillés sur le sol… à environ un mètre d’un guéridon renversé, d’un fauteuil qui avait été déplacé, d’une lampe brisée… et du corps sans vie d’une femme dont la main gauche était fermement agrippée à un foulard de soie déchiré.

Ses longs cheveux noirs entouraient son visage au teint pâle et sans vie, tranchant avec la blancheur de sa robe de style empire qui laissait ses épaules découvertes. Elle ne portait pas de chaussures et aucun bijou excepté une bague en métal sombre à sa main gauche…

-§-

Une violente tape derrière la tête réveilla Yuri, endormi sur le comptoir de l’épicerie de la ville d’Halure. Il se frotta l’arrière du crâne, peu enchanté de ce réveil brutal et très désagréable. Il croisa le regard noir de son patron et afficha un air désolé en enlevant ses fesses du tabouret puis en allant dans les rayons pour faire un peu de rangement tout en lâchant un bâillement sonore, avant de passer sa main droite dans ses longs cheveux de jais pour se masser l’arrière de la tête.

Encore ce rêve… Il le faisait depuis qu’il avait fêté ses vingt-et-un ans cet été et à chaque fois qu’il le faisait, celui-ci gagnait en précision – au départ, tout était flou et il était impossible de savoir quelle musique était jouée au piano. Le détail de la bague était nouveau mais les couleurs restaient encore difficiles à distinguer. Peut-être qu’il arrivera à savoir la couleur exacte de ce foulard lors de sa prochaine sieste ?

Le jeune homme nota que certains articles n’étaient plus à leur place – encore un coup de cette vieille peau qui aimait bien tout déplacer pour l’enquiquiner – donc il se mit au travail en pestant contre ça ainsi que contre cette chemise à rayures oranges qu’il détestait porter.

—Je serais toi, je garderai ce genre de pensée pour moi.

A l’entente de cette voix masculine, Yuri eut un sourire amusé et, après avoir remis à la bonne place un pot de moutarde, il se tourna vers un de ses clients réguliers qui le fixait de ses yeux azur en tenant un panier contenant ses courses du jour.

—S’il n’y a que toi pour les entendre, je ne vois pas où est le mal, répliqua-t-il en prenant un paquet de biscuits qui avait été laissé avec les conserves. Tu les veux Flynn ?

Le dénommé Flynn leva les yeux au ciel avant de prendre les gâteaux et de les mettre dans son panier avec la bouteille de lait et le sachet de pâtes qui s’y trouvaient déjà.

Tous les deux avaient le même âge et, depuis que Yuri avait emménagé à Halure et commencé son travail à l’épicerie l’année précédente, il avait fait la connaissance du jeune homme au regard azur et aux cheveux blonds avec qui il discutait presque tous les jours – à force, ils étaient devenus amis bien qu’ils ne se voyaient que très peu en dehors de cet endroit à cause de l’emploi du temps variable du blond. Auparavant, Yuri vivait à Zaphias mais il était parti après ce qu’il était arrivé à son dernier petit ami…

—Tu fais toujours ce rêve étrange ? lui demanda Flynn, l’air soucieux.

—Ouais, répondit l’employé en continuant son travail. Comme d’hab’, il gagne de plus en plus en précision. Ce coup-ci, j’ai vu que cette fille devait être mariée mais je ne sais toujours pas qui l’a tuée…

Ce songe qu’il faisait sans arrêt, il n’en avait parlé qu’à son ami, ayant peur d’être prit pour un fou. Celui-ci ne l’avait pas jugé et l’avait même aidé à mieux comprendre ce qu’il voyait – par exemple, il lui avait amené plusieurs vieux CD de musique classique, lui permettant ainsi de découvrir quel morceau était joué sur ce piano. D’après ce qu’ils avaient réussi à savoir via les éléments de ce rêve et les différentes recherches effectuées, la période où cette scène avait eu lieu se situait entre 1860 – le style de la chaise à bascule indiquait qu’elle n’avait pas pu être fabriquée avant cette année-là – et maintenant. Par contre, il était compliqué de l’identifier car il n’avait toujours pas pu distinguer les traits de son visage. Qui était-elle au juste ?

—A part ça, comment vas-tu ? demanda Yuri en prenant un paquet de pâtes qu’il glissa dans le panier de son ami. Toujours occupé par le travail ?

—C’est plus calme pour l’instant, répondit Flynn en remettant en place un bocal d’olives que l’employé avait glissé parmi ses courses. J’espère juste que ça va continuer à l’être à la fin du mois car ce sera déjà assez agité comme ça avec Halloween.

Ils étaient actuellement à la mi-octobre, une période où la ville fleurie d’Halure prenait surtout des teintes orangées avec les feuilles qui tombaient des arbres. Il commençait à faire froid, signe que l’été était parti et que l’automne préparait le terrain pour l’hiver à venir. Si le jeune homme aux cheveux de jais appréciait de pouvoir porter ses vieux jeans sombres et une veste noire bien confortable, son ami, souvent vêtu d’un pantalon bleu clair léger avec un haut blanc, allait devoir commencer à sortir les pulls et autres habits chauds.

Un bip sonore retentit et, en grognant, Flynn sortit son téléphone portable de la poche de sa veste en coton beige.

—Je vais devoir y aller en urgence, déclara-t-il après avoir regardé le message qu’il avait reçu. Ca te dérange si je te laisse…

—C’est moi qui fait la fermeture donc pas de souci, coupa Yuri avec un sourire en coin. Passe chercher tout ça quand tu auras fini.

Ce n’était pas une première : son ami pouvait être appelé n’importe quand pour une urgence et il devait partir au plus vite, plaquant du coup tout ce qu’il était en train de faire. L’employé de l’épicerie s’y était adapté et lui gardait souvent ses courses quand cela arrivait ici pour qu’il puisse venir les récupérer plus tard ou demander à un voisin de le faire pour lui. Il l’aurait bien invité à un rencard s’il était certain que c’était possible et qu’il n’avait pas eu ces petits soucis à Zaphias avec ses ex…

Après le départ de Flynn, Yuri vérifia que son patron ne pouvait pas le voir et sortit son vieux téléphone de sa poche. L’appareil ne lui servait qu’en cas de problème, le jeune homme ayant renoncé à sa vie sociale pour éviter de se retrouver en couple et de relancer cette série de malchance qui s’enclenchait dès qu’il commençait à fréquenter quelqu’un. Sans surprise, il n’y avait aucun message – il avait changé de numéro en déménageant – donc il remit l’appareil dans sa poche et reprit son travail.

Les minutes défilèrent, tout comme les clients. Il avait vu passer pas mal de monde : des adolescents qui avaient tenté d’acheter de l’alcool sans avoir l’âge légal pour cela, quelques accros au sucre, une ou deux pâtissières en herbe qui étaient en panne d’ingrédients, la kleptomane du quartier qui avait tenté de lui piquer des pots pour bébés, un mec qui semblait assez perplexe devant ce qu’il avait acheté – manifestement, il avait dû faire les courses de sa copine et découvert pour la première fois ce qu’était une boîte de tampons – et une mère dont la fille avait flashé sur la longueur de ses cheveux – l’employé avait grincé des dents quand elle avait commencé à mentionner le film Raiponce et, plus particulièrement, le passage où les cheveux de cette dernière avaient été coiffés par des petites filles et qu’elles y avaient ajouté pleins de fleurs.

—C’est dommage que ce soit finit les pâquerettes, lui dit la petite fille alors que sa mère était en train de payer ses articles. Ca aurait été trop joli dans vos cheveux…

—Une prochaine fois peut-être, avait répondu Yuri en espérant intérieurement que cette idée de se servir de lui comme tête à coiffer allait lui passer d’ici le printemps. Merci à vous et bonne soirée.

Au moment même où la mère passa la porte de l’épicerie, Flynn revint et, manifestement, il n’avait pas manqué le regard peiné de la fillette.

—Qu’est-ce que tu lui as fait au juste ? demanda son ami en haussant un sourcil.

—Elle voulait faire un remake de Raiponce sur moi, répondit l’employé en récupérant le panier de courses qu’il avait mis de côté. La scène avec la tresse et les fleurs pour être exact…

—Celle-là… C’est vrai que ce serait réalisable sur toi.

En entendant ces mots, Yuri jeta un regard noir à son ami, lui promettant mille souffrances pour avoir osé dire cela… ce qui amusait beaucoup ce dernier.

—Toi, je te jure que tu vas me le payer…

Il dut se retenir de lui faire payer le double pour ses articles…

Alors qu’il venait de scanner une boîte en métal contenant du thé, dernier objet présent dans le panier, Yuri eut comme une drôle de sensation. Il mit cela sur le compte de la fatigue et ferma brièvement les yeux...

… mais quand il les rouvrit, il vit ce salon dont il rêvait pratiquement toutes les nuits sauf que, cette fois-ci, il le voyait en plein jour. Les rayons du soleil filtraient à travers les grandes fenêtres, éclairant le beau piano noir, la table basse en bois sombre, la causeuse en tissu mauve, la chaise à bascule, les murs recouverts d’un papier peint clair aux motifs fleuris…

Assise sur la banquette du piano, il y avait une jeune femme vêtue d’une robe bordeaux style empire qui ne cachait en rien ses épaules et dévoilait grandement ses bras. Ses longs cheveux de jais étaient libres de toute entrave, encadrant un visage aux traits fins et au teint clair tandis que ses yeux gris étaient concentrés sur la partition, ses doigts jouant avec soin la mélodie au piano qui était le premier mouvement de la sonate Clair de Lune…

—Yuri ?

Brutalement, le jeune homme revint au moment présent et s’aperçu que Flynn le fixait avec inquiétude.

—Désolé, s’excusa l’employé en soupirant. Je dois être plus crevé que ce que je pensais.

—Tu as déjà eu d’autres absences comme ça ? lui demanda son ami en lui donnant l’argent qu’il lui devait.

—Nan, c’est la première fois à ce que je sache. Faut juste que j’aille me coucher.

—Fais attention en rentrant chez toi.

—Promis.

Pendant un instant, Flynn avait eu l’air sceptique et il lui aurait certainement proposé de rester si son cher téléphone n’avait pas de nouveau sonné, le contraignant à repartir. Yuri resta donc durant l’heure qu’il lui restait à s’occuper des derniers clients, veillant à ce que certains ne tentent pas de piquer quoique ce soit et râlant intérieurement contre ceux qui n’avaient pas l’appoint – la spécialiste de la chose et qui venait toujours quand sa caisse n’avait quasiment plus de centimes était une vieille de soixante ans qui ne pouvait pas l’encadrer. Puis enfin, il put fermer l’épicerie et compter cette fichue caisse – il grogna en constatant qu’il lui manquait de l’argent, surement à cause de cette histoire d’appoint vu que la somme était petite mais cela allait lui valoir un bon sermon demain.

Il était près de vingt heures quand il put enfin partir, une veste noire sur le dos pour le protéger du vent froid qui s’était mis à souffler. Il devait compter au moins un bon quart d’heure de marche à pied pour rentrer chez lui s’il allait vite sauf que pour atteindre son immeuble, le chemin le plus court était une montée méchamment raide qui était loin d’être agréable à faire quand on était déjà crevé à la base. Seulement, il n’avait pas envie de faire tout le tour et de perdre encore plus de temps donc il se résolu à l’emprunter, ce qu’il fit sans se presser pour éviter d’être essoufflé à la moitié du parcours.

Mais même en prenant son temps, aux deux tiers de la montée, il fut obligé de s’asseoir sur une des marches pour récupérer… Il avait vraiment sous-estimé sa fatigue et le fait qu’il commençait à avoir des vertiges lui laissait penser qu’il ferait mieux de manger quelque chose dès que possible.

Sortant une barre de céréales de sa poche, Yuri en ôta l’emballage et en croqua un bon morceau – de mémoire, cela devait être la dernière qu’il avait donc il faudra qu’il pense demain à en racheter tout en se demandant s’il essayait celles aux fruits rouges ou non. Son esprit vagabonda vers ce salon dont il rêvait si fréquemment puis s’attarda sur cette femme…

Bien qu’il avait eu une vision des lieux en plein jour, impossible pour lui de se souvenir des traits du visage de cette inconnue qui était vraisemblablement celle dont il voyait le corps inerte chaque nuit. L’époque se précisait de plus en plus et il était à présent quasi certain que cette personne avait vécu durant la deuxième moitié du XIXème siècle bien que le mobilier et son style vestimentaire correspondaient plus au début de cette période. S’il pouvait obtenir plus d’indices ou voir d’autres pièces de cette demeure, il lui serait possible de confirmer son hypothèse.

Il ferma les yeux pour essayer de visualiser à nouveau cette pièce… et il y fut de nouveau précipité. Cette fois-ci, cette femme portait une robe blanche assez simple dans sa coupe sur laquelle étaient brodées des fleurs violettes. Ses cheveux de jais avaient été rassemblés en un chignon bas orné de quelques fleurs mais quelques mèches étaient laissées libres, encadrant son visage. Elle était assise sur la causeuse avec un homme aux cheveux blonds vêtu d’une chemise claire sur laquelle il y avait des tâches de peinture et d’un pantalon marron qui n’avait rien d’extraordinaire. Seulement, impossible de distinguer leurs traits.

Entre ses doigts, la femme tenait un anneau en métal sombre qu’elle regardait sous tous les angles.

—Qu’est-ce qu’il représente au juste ? demanda-t-elle, curieuse. Je n’arrive pas à lire ce qui est gravé à l’intérieur…

—La promesse d’un engagement mutuel, lui répondit l’homme en sortant un deuxième anneau qui était attaché à une chaine autour de son cou. Quant à l’inscription, c’est plutôt une sorte… de sortilège.

—De sortilège ? Donc si l’un trompe l’autre…

—En fait, les anneaux symbolisent le lien créé entre les deux âmes et il ne peut être rompu que si l’un des deux désire profondément casser celui-ci. Et s’il y a adultère, c’est plutôt l’amant qui devrait s’inquiéter…

—C’est à partir du mariage ?

—A partir des fiançailles plutôt.

Après quelques secondes, la femme prit le bijou entre son pouce et son index avant de le passer à son annulaire gauche, provoquant une réaction paniquée chez son interlocuteur.

—Lilith ! s’exclama-t-il avec surprise. Mais qu’est-ce que tu fais ?

—Je me fiance avec toi, dit-elle avec désinvolture. Pourquoi ?

—Mais… Tu réalises ce que cela va impliquer ? Je sais que tu veux fuir un mariage arrangé mais…

—C’est pour toi que je veux faire ça, pas pour moi.

En entendant ces mots, l’homme ne sut visiblement pas quoi répondre. Il restait figé, stupéfait par cette réponse tandis que Lilith agitait sa main devant ses yeux pour le faire réagir.

—Je… commença-t-il avant de s’interrompre. Tu es folle. Je ne vois que ça.

—Apprend moi quelque chose que j’ignore car j’entends déjà ça tous les jours, répliqua la femme en lâchant un soupir exaspéré.

—Je veux dire… T’engager avec moi comme ça n’est pas une bonne chose. Jamais je ne pourrais t’offrir une vie normale…

—Si j’avais voulu finir mariée avec le premier type venu et devoir lui pondre pleins de gosses pendant qu’il dilapide l’argent que m’a léguée mon grand-père ou qu’il se tape je ne sais qui dans mon dos, ce serait déjà fait. Je ne t’aurais pas rencontré, j’aurais déjà fugué depuis un moment.

Sans laisser le temps à l’homme de lui répondre, Lilith combla rapidement la distance entre eux et posa ses lèvres sur les siennes…

Ce fut des gouttes de pluie qui sortirent Yuri de son rêve éveillé, le poussant à vite rentrer chez lui s’il ne tenait pas à finir tremper. Il ne mit pas longtemps à atteindre son immeuble, pressé qu’il était de se mettre au sec. Arrivé à son studio, il avait balancé dans un coin sa veste et s’était affalé sur son lit.

-§-

Lilith rompit le contact, s’écartant un peu tandis que l’homme aux cheveux blonds portait sa main tremblante à sa bouche.

—Je sais que tu n’es pas heureux d’être ce que tu es, lui dit-elle avant de lui sourire. C’est pour ça que j’aimerai alléger un peu ton fardeau en t’offrant ma compagnie, même si, pour toi, elle ne sera certainement qu’éphémère. Et puis tu es le seul homme que je connaisse qui ne veut pas m’empêcher de vivre.

—Parce que c’est ce que j’aime chez toi, avoua-t-il en prenant sa main entre les siennes. J’aime ton côté rebelle, j’aime t’entendre rire, j’aime t’écouter jouer du piano nuit et jour, j’aime te voir te promener pieds nus, j’aime quand tu ne veux pas suivre les modes, j’aime…

Il fut interrompu dans sa tirade quand Lilith l’embrassa à nouveau, un geste auquel il répondit sans hésiter. Quand il se rompit, il détacha la chaîne autour de son cou et en libéra l’anneau qu’il déposa dans le creux de sa main.

—Ta famille ne va pas être ravie, constata-t-il avec un léger sourire.

—Je ne fais que leur rendre la monnaie de leur pièce, répondit-elle en prenant le bijou avant de le passer au doigt de son amant. Et puis comme ça, je pourrais enfin récupérer tout ce que mon grand-père m’a laissé.

—Ils y seront contraints et si jamais ils refusent, alors j’userai de certains atouts que j’ai dans ma manche.

—Oh ? Tu as donc tant de secrets que cela Flynn ? Moi qui croyais les avoir tous découverts…

A ces mots, il lui sourit, plantant ses yeux bleus dans son regard anthracite, puis il lui baisa amoureusement la main…

-§-

Profondément endormi sur son lit, Yuri n’avait pas réalisé qu’il n’était pas seul dans son studio : quelqu’un l’observait depuis un bon moment déjà et, une fois certain qu’il ne réveillerait pas l’occupant des lieux, était sorti de sa cachette.

Soupirant face au bazar des lieux, Flynn dut se retenir de tout ranger et s’approcha du lit avec précautions, enjambant un tas de vêtements qui auraient bien besoin d’être lavés. Prudemment, il s’assit sur le lit et prit la main gauche du jeune homme dans la sienne. Il posa son annulaire gauche sur celui de son ami… dévoilant un anneau en métal sombre autour de chacun d’eux.

—Ca empire de jour en jour… murmura-t-il avec inquiétude.

Il tenta d’ôter la bague au doigt de Yuri mais à peine eut-il essayé de bouger le bijou que son porteur se mit à gémir dans son sommeil, lui faisant stopper son geste.

—Flynn… souffla l’endormi. Reste…

—… Je ne peux pas te faire cette promesse, dit-il en lui lâchant la main avant de le recouvrir avec la couverture abandonnée au pied du lit.

Avec réticence, il se leva et s’éloigna. Il ne pouvait pas rester plus longtemps car il avait à faire. Octobre était le pire mois de l’année, à la fois à cause de sa charge de travail qui était plus forte et aussi parce que le dernier jour était très éprouvant pour lui au niveau moral.

—Ne meurs pas de nouveau, lui dit Flynn avant de commencer à disparaître dans un nuage de fumée noire. Je ne le supporterai pas cette fois-ci…

 


 

NB : Pas certaine d’avoir réussi à caser les deux thèmes… Vais essayer de faire mieux pour les suivants.

kaleiyahitsumei: (Default)
2017-04-12 02:29 pm

Qui aime bien châtie bien - Tentative 5

 Note : Un an et demi que je l’avais pas continuée celle-ci… Merci à Fjeil et Eydol pour leurs commentaires qui m’ont donné envie de reprendre cette fic ! Bonne lecture !

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Tentative 5

Cela faisait plusieurs jours que Yuri était en proie à de multiples interrogations concernant sa relation avec Sodia O’Daly. Ce n’était pas qu’il voulait couper les liens avec elle mais… disons que la manière dont son intérêt pour elle évoluait le laissait perplexe.

Déjà, quand il s’était réveillé à l’auberge de Dahngrest, il avait constaté qu’elle n’était certainement pas très pudique et qu’elle n’avait pas peur de partager sa chambre avec un homme qui n’était pas de sa famille ou son mari – vu qu’elle avait tourné le dos à son statut au sein de la noblesse, cela ne l’étonnait pas qu’elle n’en respecte plus certains codes. Il s’était aussi dit que même si elle était loin d’être une beauté pulpeuse comme Judith ou une jeune fille à la pureté flagrante comme Estelle, elle possédait elle aussi des atouts qui, vu les cicatrices qu’elle possédait, étaient ceux d’une farouche guerrière dont la férocité égalait la valeur de ce qu’elle souhaitait protéger – rien que les évènements de Zaude lui avait prouvé qu’elle avait les capacités pour aller jusqu’au bout et ce, même si elle regretterait amèrement son geste par la suite.

Jusqu’à cette nuit à Aurnion, il considérait qu’elle était une personne en qui il pouvait avoir confiance et cela s’arrêtait là.

Il ne dormait pas au moment où il l’avait entendue commencer à se tourner et à se retourner dans ses draps et il n’y aurait pas prêté plus d’attention si elle ne s’était pas mise à parler dans son sommeil. Il n’avait pas tout saisi mais vu le ton employé pour parler à cette Sarah, ce que Sodia vivait dans ses songes était loin d’être agréable. Yuri venait de se lever quand la jeune femme s’était mise à pousser un cri déchirant, faisant qu’il s’était précipité auprès d’elle pour la réveiller.

Après coup, il avait compris qu’il s’était vraiment inquiété pour elle et il en était à se demander si tous deux ne faisaient pas le même genre de cauchemars vu qu’ils avaient chacun vécu un profond traumatisme psychique à Zaude.

Pendant environ une heure ou deux, ils s’étaient amusés à lire ces demandes de fiançailles pour Flynn et si Yuri avait bien rit, il avait quand même un peu plaint son meilleur ami qui, comme toujours, était un véritable aimant à femmes. Cette lecture s’interrompit quand le jeune homme sentit comme un poids contre son épaule et qu’il s‘aperçut que c’était Sodia qui s’était endormie. Normalement, il se serait contenté de l’allonger lentement pour qu’elle ne se réveille pas mais ses yeux n’avaient pas pu s’empêcher de noter que la boutonnière de la chemise de nuit de la jeune femme s’était ouverte et, étant un homme, il avait instinctivement jeté un œil…

Il était certain qu’elle n’avait pas une poitrine généreuse comme Judith mais il savait à présent qu’à cet endroit précis, Estelle la surpassait, même si c’était de peu. C’était loin d’être une chose le gênant chez une femme – il n’avait jamais vraiment compris cette fascination que certains avaient pour des seins énormes et préférait de loin une fille avec une silhouette harmonieuse. Il remarqua aussi que la rousse avait deux petits grains de beauté au-dessus du sein droit et il se doutait que si elle avait été nue, il en aurait repéré d’autres – une mode venue des nobles était de se dessiner de faux grains de beauté et de cacher les vrais sous une épaisse couche de maquillage, une lubie que Yuri n’avait pas du tout appréciée chez certaines filles avec qui il avait eu une relation se limitant à un simple flirt.

Ce fut quelques jours plus tard qu’il se posa des questions sur sa vie sentimentale… et qu’il réalisa que cela faisait depuis sa chasse à l’aque-blastia qu’il n’avait pas eu la moindre partie de jambes en l’air, étant beaucoup trop occupé avec son travail au sein de la guilde pour dénicher un coup d’un soir qui n’allait pas lui prendre toutes ses économies – bon, il pouvait se permettre d’aller dans un lupanar une fois de temps en temps maintenant qu’il avait un peu d’argent mais c’était moins intéressant que de jouer au jeu de la séduction dans une taverne.

A vingt-deux ans, il avait encore pas mal de temps devant lui pour s’amuser un peu mais il n’était plus intéressé par l’idée de partager son lit avec une inconnue. Il pouvait toujours tenter ce genre d’aventure avec Judith mais il y avait conflit d’intérêt et c’était une amie donc non. Estelle, ce n’était même pas la peine de l’envisager, surtout que Rita et Flynn chercheraient à avoir sa tête rien que pour avoir osé proposer cela. Concernant la magicienne, là aussi il ne fallait pas essayer sauf si finir cramé était l’objectif souhaité.

Et Sodia… De toutes les filles qu’il avait parmi ses connaissances, elle était peut-être celle qui l’intéressait le plus, ce qui était particulièrement troublant car jusqu’à récemment, ils étaient incapables de s’entendre.

Sa réflexion se serait arrêtée là s’il n’avait pas, une nuit, fait un rêve où il était à plat ventre sur un lit, torse nu, les mains attachées au-dessus de sa tête… et la rousse dans une tenue légère qui lui fouettait le dos avec une cravache. Quand il s’était réveillé, Yuri était encore estomaqué par cette vision… puis fut pris d’un rire nerveux à l’instant où il vit que son corps avait apparemment beaucoup apprécié cette vision – une longue, très longue douche froide fut de rigueur.

A présent, le revoilà à Zaphias, d’une part parce qu’il avait une livraison à y faire et d’autre part pour prendre des nouvelles des bas-quartiers ainsi que de ses amis. Il en profita aussi pour récupérer ses vêtements de rechange qu’il avait laissé dans sa chambre à la Comète, essentiellement parce qu’il avait enfin deviné qui était en possession de ses fringues : Ioder en personne, ce sale gosse qui avait des vues sur son cul depuis il ne savait quand et qu’il aurait dû laisser mourir noyé quand il en avait eu l’occasion. Judith avait été gonflée de lui faire ce coup-là et, un jour où il arriverait à lui mettre la main dessus, il trouverait comment lui rendre la monnaie de sa pièce.

Une fois son travail pour Brave Vesperia achevé, Yuri emprunta le passage secret menant au palais et profita que personne ne le voyait pour enfiler cette tenue de chevalier correspondant à la brigade de Leblanc qu’il avait gardée au cas où. Ainsi, une fois arrivé à destination, il évolua dans les couloirs sans attirer l’attention et put se rendre au bureau du Commandant sans être reconnu.

« J’ai une réunion importante dans quelques minutes donc faites vite. » avait déclaré Flynn, le nez plongé dans la paperasse.

« Trop occupé à répondre à tes prétendantes pour dire bonjour ? »

A cette phrase, son meilleur ami leva brusquement les yeux vers lui et, après quelques secondes de flottement, un soupir agacé se fit entendre tandis que l’épéiste ôtait le casque qu’il portait.

« Yuri… » grogna le chevalier en se levant de son bureau. « Où est-ce que tu as eu cette tenue ? »

« J’avais le choix entre ça et le costume de soubrette de Judy. » répondit l’intéressé en s’éventant avec sa main. « Et j’avais oublié à quel point il faisait chaud là-dedans… »

Flynn se contenta de lever les yeux au ciel, signe qu’il n’avait pas de temps à lui accorder pour leurs chamailleries habituelles, et il lui emboîta le pas quand celui-ci sortit de la pièce, certainement pour se rendre à cette réunion qu’il avait évoquée au début. Par contre, Yuri ne put s’empêcher de noter qu’il manquait quelqu’un…

« Tu as perdu ton chien de garde ? » demanda l’épéiste qui trouvait curieux que Sodia ne soit pas dans les parages.

« Elle avait une affaire personnelle à régler. » répondit le chevalier avec un léger froncement de sourcils, signe qu’il était soucieux. « A part ça, comment ça se passe pour Brave Vesperia ? »

L’échange de nouvelles et de banalités fut assez rapide étant donné que leur dernière entrevue datait d’une quinzaine de jours et que rien de très important n’était arrivé durant ce laps de temps. Par contre, Yuri trouvait curieux que Flynn n’ait pas tiqué sur le fait qu’il se soit d’abord intéressé à la rousse… Lui cachait-il quelque chose la concernant ou bien était-ce autre chose ?

« Dis-moi, il y a un truc qui me dérange mais je ne sais pas si je peux t’en parler. » déclara le garçon des rues en repensant à cette nuit à Aurnion.

« Décide-toi vite car je n’ai plus qu’une minute à t’accorder. » le prévint le Commandant en s’arrêtant près d’une armure ornementale.

« Par rapport à Sodia, qui est Sarah ? »

Cette question prenait visiblement le chevalier au dépourvu qui, après avoir vérifié que personne n’était près d’eux, lui fit signe de se rapprocher.

« Comment es-tu au courant ? » demanda Flynn en baissant la voix. « C’est impossible qu’elle t’en ait parlé. »

« Disons qu’à Aurnion, j’ai partagé sa chambre avec elle et qu’elle a marmonné ce prénom dans son sommeil. » répondit Yuri de la même manière, notant que si son meilleur ami n’était manifestement pas ravi d’entendre parler de cette Sarah, il n’avait fait aucune remarque sur le fait qu’il ait dormi dans la même pièce qu’une femme. Bizarre ça…

« Sarah Devon est la sœur aînée de Sodia ainsi que la femme du Baron Devon qui était un proche de Cumore. Pour avoir déjà eu affaire à Lady Devon, je peux t’assurer qu’elle est tout le contraire de sa cadette. »

De bonnes chances donc que cette femme et son mari incarnaient tout ce qu’il détestait chez la noblesse. Pas étonnant que la seule rousse qu’il appréciait fasse des cauchemars…

« Et je présume que la fameuse affaire personnelle est une histoire de famille. » fit le garçon des rues en grinçant des dents, n’ayant pas besoin de plus d’éléments pour savoir que c’était cela qui inquiétait tant Flynn. « Je vais voir si je lui mets la main dessus. »

« Tu n’y es pas obligé. » lui rétorqua son meilleur ami bien qu’il cachait difficilement son soulagement.

« Tu as du travail et moi j’ai fini le mien. En prime, vaut mieux qu’elle se défoule sur moi que sur quelqu’un d’autre. »

Après une légère hésitation, le Commandant lui fit un signe de tête et se rendit à sa réunion tandis que l’épéiste, après avoir remit correctement son déguisement, partit en quête de Sodia.

Il avait d’abord commencé par interroger quelques chevaliers en prétendant qu’il avait une missive urgente pour la jeune femme et leurs témoignages lui avait tous indiqué qu’elle avait quitté le palais il y avait peu. Une fois qu’il eut l’adresse du manoir du Baron Devon, Yuri repassa par le passage secret pour remettre ses vêtements habituels avant de sortir dans le quartier noble et de commencer à chercher le lieu voulu.

Comme toujours, la majorité des habitants de ce quartier le regardait de haut ou bien parlait dans son dos – contrairement à ce que cet homme qui empestait le parfum était en train de raconter à cette femme aux joues trop fardées, il se lavait bien plus souvent que certaines personnes qui masquaient leur odeur corporelle sous un flacon entier d’eau de Cologne – mais il avait mieux à faire que de se soucier d’eux.

Ses yeux cherchaient la demeure des Devon quand il entendit des éclats de voix quelques mètres plus loin. Deux femmes se disputaient puis un grand bruit retentit, comme si l’on avait renversé quelque chose avec un coup de pied. Quelques secondes plus tard, il repéra Sodia qui s’éloignait d’un pas rapide d’un manoir. Vu la manière dont elle serrait ses poings et le regard noir qu’elle avait, cette réunion de famille s’était très mal passée…

Il s’apprêtait à la rejoindre quand un homme d’une quarantaine d’années – à son accoutrement, c’était clairement un noble – la rattrapa et essaya de la calmer… en vain vu que quand il lui toucha le bras, la jeune femme s’écarta d’un pas et le gifla avec force.

« Je ne vous permets pas ! » s’exclama la rousse avec rage. « Jamais je ne donnerai mon accord pour cette mascarade ! »

Puis elle s’en alla, passant à coté de Yuri sans le voir.

L’épéiste hésita un peu sur quoi faire mais en voyant le noble qui envisageait visiblement de rattraper la jeune femme, il le stoppa en lui faisant un croche-pied, faisant tomber celui-ci sur le sol de tout son long avant de faire demi-tour en marchant sur la main de l’individu… puis en accélérant le pas quand il nota que des chevaliers l’avait vu faire et qu’il risquait fort de devoir rendre des comptes à Flynn plus tôt que prévu s’il ne leur faussait pas très vite compagnie.

Après avoir réussi in extremis à se réfugier dans le passage secret, il s’était de nouveau changé pour à nouveau se faire passer pour un chevalier impérial. Il avait caché ses vêtements dans une sacoche et était retourné au palais pour essayer de savoir où avait pu passer Sodia. Il découvrit vite qu’elle n’était pas revenue et, utilisant le prétexte de la missive urgente, il partit à sa recherche dans les rues de la capitale impériale – il eut beaucoup de mal à ne pas rire quand il croisa ceux qui étaient à sa recherche et que ceux-ci étaient venus lui demander s’il n’avait pas vu un individu suspect aux longs cheveux noirs.

Après une bonne demi-heure de recherches, il avait fini par la trouver dans un lieu où il n’aurait jamais pensé la voir : la taverne de la Comète, plus précisément la table du fond qui était celle où se mettaient ceux qui voulaient avoir la paix. Vu la bouteille qu’elle avait en face d’elle, elle ne comptait pas retourner à son poste avant un bon moment…

« Laissez-moi seule. » grommela-t-elle en se versant un verre de ce qui ressemblait fort au cidre un peu trop acide que l’on trouvait ici. « Et puis qu’est-ce que vous faites là au juste ? »

« C’est plutôt moi qui devrais poser cette question. »

En l’entendant, Sodia se mit à le fixer avec de grands yeux avant de lâcher un soupir agacé.

« Qu’est-ce que tu fiches dans cette tenue Lowell ? » demanda-t-elle en se pinçant l’arête du nez.

« Longue histoire. Et toi, que fais-tu ici ? » répliqua-t-il du tac au tac.

« Même chose. »

Elle allait probablement ajouter quelque chose quand deux chevaliers impériaux entrèrent dans la taverne. En les entendant prononcer son nom, Yuri se doutait fortement du pourquoi on le cherchait et s’avéra plutôt heureux de son déguisement… du moins, jusqu’à ce qu’il se souvienne avec qui il était en train de parler.

La lieutenant avait eu l’air très tentée de le dénoncer mais, après avoir demandé ce que l’on pouvait bien lui reprocher cette fois-ci, elle ne vendit pas la mèche et invita les deux chevaliers à aller voir ailleurs car ils la dérangeaient. Elle lui fit ensuite signe de s’asseoir, ce qu’il fit après que les deux chevaliers soient partis tout en ôtant ce casque sous lequel il crevait de chaud.

« Je ne pense pas que mon beau-frère sache que tu es ami avec le Commandant mais s’il l’apprend… » commença Sodia en grimaçant. « Si je pouvais trouver quelque chose pour le discréditer publiquement… »

« Ce type est une telle enflure ? » questionna Yuri, se demandant s’il n’avait pas été trop gentil avec l’individu.

Il y eut un silence avant que la jeune femme ne se rapproche de lui tout en jetant des coups d’œil sur toutes les personnes présentes.

« Il y a un endroit où ce serait possible de parler sans oreilles indiscrètes ? » demanda-t-elle, méfiante.

Bien que l’épéiste avait confiance en ceux des bas-quartiers, il n’était pas impossible que l’un d’eux soit à l’affût d’un ragot quelconque à monnayer – il avait d’ailleurs un doute sur l’ivrogne accoudé au bar et qui semblait plus frais qu’il ne le laissait paraître.

Yuri fit donc signe à Sodia de le suivre dans la chambre qu’il louait toujours à l’étage – il embarqua au passage deux gobelets et la bouteille de cidre. Une fois à l’intérieur, il ferma la porte à clé puis ôta quelques pièces de cette fichue armure avant de s’installer près de la fenêtre.

« Désolé pour le bazar mais j’avais pas prévu de recevoir. » déclara-t-il tandis que la jeune femme s’asseyait sur son lit.

« Ce n’est rien. » dit-elle en attardant un peu son regard sur les épées accrochées au mur. « L’espace est plutôt bien optimisé en tout cas. »

Il posa ce qu’il avait en main sur la table puis remplit les deux gobelets avant d’en tendre un à la jeune femme. Il prit ensuite l’autre avant de s’asseoir à côté d’elle, laissant environ trente centimètres entre eux, et attendit patiemment en buvant une gorgée de cidre…

« Ils veulent que je leur fasse un gosse. »

Yuri faillit recracher ce qu’il avait en bouche en entendant ces mots. Finalement, il aurait peut-être dû aussi s’essuyer les pieds sur ce type…

« C’est quoi cette histoire ? » demanda-t-il après avoir posé son gobelet sur la table, jugeant cela plus prudent. « Une nouvelle mode stupide ? »

« Je dirais plutôt ma sœur qui ne veut pas perdre la face. » répondit Sodia en grognant. « Cela fait plutôt mauvais effet pour elle de ne toujours pas avoir eu d’enfant et comme elle et son mari sont plutôt du genre à ne pas aimer utiliser une domestique aux origines incertaines comme poule pondeuse, c’est moi qui les intéresse. »

Après ces mots, la rousse avala le contenu de son verre d’un trait puis utilisa des mots bien fleuris pour décrire sa sœur et son beau-frère – l’épéiste constata à quel point son vocabulaire était riche dans ce domaine et que, jusqu’ici, il n’en avait entendu qu’une petite fraction, signe qu’elle ne devait probablement pas le détester autant qu’il se l’était imaginé.

« En gros, l’idée était que tu te fasses engrosser par l’autre abruti que j’ai croisé. » grimaça Yuri dont l’opinion sur la noblesse ne s’arrangeait pas. « Très sympathique… T’en a d’autres des comme ça ou bien je peux espérer boire mon verre sans risquer de m’étrangler ? »

Sodia eut un léger rire amusé, signe qu’elle était déjà de meilleure humeur.

« Et tu comptes faire comment pour échapper à la prison cette fois-ci ? » demanda-t-elle avec un sourire en coin avant de le regarder de bas en haut. « Ce déguisement ne va pas marcher longtemps et le Commandant sait où te trouver. »

L’épéiste était effectivement un peu embêté, surtout que Flynn savait très bien quelle était sa couverture donc compliqué de lui échapper sur ce coup…

« En panne d’idées ? » questionna la rousse avec un sourcil haussé.

« Ouais… » admit-il en se grattant l’arrière du crâne. « A part quitter la ville, j’suis un peu coincé. »

« Alors je peux peut-être arranger ça… »

En voyant ce rictus moqueur qu’elle avait sur les lèvres, Yuri sentait d’avance que cette option n’allait pas forcément beaucoup lui plaire…

-§-

Quand il était venu aux oreilles de Flynn que Yuri avait encore dépassé les bornes, il avait soupiré de dépit avant de se mettre lui-même à sa recherche en fouillant ses cachettes habituelles. Au final, à la nuit tombée, il ne l’avait pas trouvé et tout semblait indiquer qu’il avait quitté Zaphias avant de se faire prendre – même si le chevalier n’appréciait pas le baron Devon, il était bien obligé de prendre sa plainte en considération vu le nombre de témoins de la scène et son cher meilleur ami ne pourrait pas échapper éternellement à la justice.

Il se rendait à ses appartements quand il nota de la lumière sous la porte de Sodia… et des ricanements.

Intrigué, Flynn colla discrètement son oreille contre la porte… et reconnut la voix de Yuri qui grognait après la rousse – de ce qu’il comprenait, elle avait réussi à le convaincre de se déguiser en femme pour ne pas se faire prendre et pouvoir discrètement quitter la ville le lendemain.

Le Commandant se pinça l’arête du nez en se disant qu’il allait devoir se lever plus tôt afin d’empêcher son ami d’enfance de se faire la malle. Encore une journée chargée en perspective…

_________________________

NB : … et le lendemain, Yuri gagna deux nuits gratuites en cellule, petit-déjeuner compris dans la formule. 

kaleiyahitsumei: (Default)
2017-04-10 10:02 pm

Petites anecdotes de TOV - Volume 2

Bon sang... J'ai fais une suite... Bon ben bonne lecture !


Lors d’une soirée où ils avaient été invités par un de leurs clients réguliers, Yuri avait fait l’effort de s’habiller un peu mieux que d’habitude et Judith avait sortie sa longue robe noire qui ne laissait pas beaucoup de place à l’imagination.

Ce qui n’était pas prévu, c’était que l’hôte de la soirée était quelque paranoïaque et faisait fouiller tous ses invités par ses gardes. Lorsqu’était venu leur tour, l’épéiste avait grimacé quand on lui avait dit de poser son épée au vestiaire mais il avait noté le regard lubrique d’un des hommes envers sa camarade. Quand le dit garde pervers avait déclaré qu’il devait fouiller la krytienne pour s’assurer qu’elle ne cachait rien sous ses vêtements, celle-ci lui avait fait un grand sourire et, en un geste… avait ôté sa robe qui tomba à ses pieds, la montrant nue aux yeux de tous ceux qui étaient présents.

Alors que les gardes étaient figés par cette vision et avaient eu largement le temps de constater que Judith ne portait pas de culotte, Yuri leur avait calmement demandé s’ils pouvaient enfin y aller.

Dans la catégorie « accidents scientifiques », Rita en avait un certain nombre à son actif dont quelques-uns qu’elle gardait planqués dans un coin au cas où un jour elle voudrait revenir dessus.

Seulement, elle constata assez vite qu’elle aurait mieux fait de ne pas garder cette information pour elle seule le jour où Witcher débarqua chez elle et qu’il lui emprunta quelques fioles pour une expérience au palais.

Autant dire que quand Rita réalisa enfin ce qu’il avait pris, c’était déjà trop tard : elle ne savait comment, un des dits-ratés avait fini ses jours dans les cuisines du palais impérial et avait très certainement été utilisé pour faire un plat.

En ayant plus qu’assez des rapports tendus entre Yuri et Sodia, Flynn avait décidé de les forcer à en parler en jouant les médiateurs autour d’un repas qu’il avait fait lui-même. Bien qu’ils aient tenté de se défiler en réalisant pourquoi il leur avait été demandé de venir dans les appartements du Commandant, ils avaient fini par accepter de faire un effort et d’au moins goûter le contenu de leurs assiettes.

Sans trop savoir comment cela avait pu se finir ainsi, Flynn se réveilla le lendemain matin complètement nu dans sa chambre… avec Yuri et Sodia dans son lit qui étaient dans la même tenue. Si son meilleur ami se plaignait d’avoir mal partout, la rousse avait l’air épuisée et quelque peu euphorique.

Bien que la soirée ne se soit pas passée comme envisagé, il avait obtenu des résultats plutôt encourageants…

Pour le premier anniversaire de l’empereur Ioder Argylos Heurassein, un bal masqué avait été organisé. Excepté les chevaliers, tous les invités portaient un masque, un moyen subtil pour forcer des personnes de rangs et d’origines différentes à interagir entre elles.

L’empereur lui-même s’était prêté au jeu et il avait bien profité de la situation. Pour lui, cette soirée avait été un vrai succès.

—Mais puisque je te dis que c’est surement lui qui a fait le coup !

—Impossible. Quelqu’un de son rang ne se permettrait pas ce genre de comportement.

Yuri grinça des dents face à l’obstination de Flynn qui refusait d’entendre ses arguments concernant l’identité du petit malin qui avait profité du bal masqué pour mettre discrètement la main aux fesses d’une dizaine de demoiselles et d’un homme… qui n’était autre que l’épéiste, forcé d’assister à l’évènement pour faire plaisir à Estelle.

Ce qui agaçait le plus Yuri dans cette histoire, c’était que le pervers de la soirée était revenu trois fois à la charge avec lui et qu’il avait bien reconnu la tignasse blonde ainsi que le grand sourire d’Ioder quand il l’avait pris la main dans le sac.

Il nota dans un coin de sa tête de se méfier de ce gosse à l’avenir.

Un jour, Raven avait fait une partie de poker contre Kaufman où chacun misait de l’argent. Manque de chance, il s’était fait assez vite plumé, facilement déconcentré par le décolleté de son adversaire. N’ayant plus de quoi parier, il avait accepté sans réfléchir un travail proposé par la dirigeante du Marché de la Fortune.

Ce fut ainsi que Raven fut contraint, pendant toute une journée, de se balader dans les rues de Dahngrest dans un costume de poulet afin de promouvoir un nouveau produit commercialisé par la guilde de Kaufman.

Autant dire que pour draguer, ce n’était pas pratique du tout…

Lors d’une visite dans les locaux de Brave Vesperia, Flynn avait pu constater à quel point Karol était bien organisé au niveau des comptes de la guilde. Son cadet était un excellent comptable, ce qui était plutôt un atout pour un chef, mais il peinait un peu sur le côté administratif.

Le Commandant lui avait donc fournit quelques conseils pour bien classer ses documents afin de s’y retrouver facilement puis donné quelques pistes sur comment investir leurs économies afin de développer au mieux Brave Vesperia.

Autant dire que Flynn était très fier de Karol.

Face au nombre de plus en plus élevés de requêtes, Brave Vesperia avait dû se décider à recruter de nouveaux membres permanents au lieu de compenser avec leurs amis – Raven avait déjà assez de travail, Patty aussi, Estelle ne pouvait pas sans arrêt venir les aider et Rita coûtait trop cher en indemnisations quand elle se mettait en colère.

Ils avaient reçu pas mal de monde… dont quelques cas – celui qui remportait la palme était celui qui avait exigé d’avoir tous ses week-end, les jours fériés et les vacances scolaires.

Finalement, ils allaient continuer comme avant…

Dans la catégorie « job bizarre », le dernier en date de Yuri avait été à Hyponia où il avait dû collaborer avec Sodia, essentiellement parce qu’autrement, il était seul pour se battre contre des monstres réputés costauds à cette période de l’année et aussi parce que le client de Brave Vesperia était un noble d’Heliord.

Autant dire qu’autant l’un que l’autre n’avait pas été spécialement enchanté de devoir se balader dans la forêt d’Egothor afin de ramener… un représentant d’une race de canards qui ne vivait que dans cette partie de Terca Lumireis.

Tous deux se demandait encore comment il était possible pour quelqu’un de collectionner des canards, vivants qui plus est.

Dès qu’elle avait du temps libre, Patty l’utilisait pour cuisiner de délicieux plats qui faisaient saliver d’envie n’importe qui pouvait en sentir l’alléchante odeur ou en voir la couleur.

La Saint-Valentin approchant, elle avait préparé une grosse boîte de biscuits faits avec amour et qu’elle avait, au préalable, trempés dans un philtre d’amour que Rita avait préparé par erreur pour les envoyer à celui qui détenait son petit cœur de pirate depuis pas mal de temps à présent.

Sauf que cinq jours après son envoi, celui-ci lui fut retourné pour cause de « refus du destinataire», faisant qu’elle devrait se résoudre à recourir à une autre méthode…

— — — —

Durant une vilaine affaire de contrebande à Capua-Nor, Flynn avait dû instaurer un poste de douane le temps de pouvoir stopper l’entrée de tout élément douteux au sein de l’Empire. Tout le monde était contrôlé, y compris Brave Vesperia qui n’avait eu droit à aucun traitement de faveur.

Rita avait râlé un bon moment après s’être faite confisqué bon nombre de produits dangereux qu’elle comptait utiliser pour ses expériences. Après un long interrogatoire qui, sans Estelle, aurait vite mal tourné, elle avait pu récupérer ses biens et s’était juré de ne plus passer par là avant un bon moment…

Certains gardes avaient été fortement tentés de fouiller plusieurs fois Judith de fond en comble mais celle-ci leur en avait vite fait passé l’envie, surtout lorsqu’elle leur avait ajouté avec le sourire que leur Commandant serait certainement enchanté d’apprendre à quel point ses douaniers pouvaient être zélés.

Raven avait tenté de passer en usant de son bagou mais manque de chance pour lui, Sodia était présente ce jour-là et l’avait contraint à déclarer toutes les bouteilles d’alcool qu’il avait cachées sur lui ainsi que dans le sac de Karol pendant que celui-ci avait le dos tourné.

Quant à Yuri, il avait tenté d’éviter le poste de douane, sachant pertinemment que les deux nigauds étaient de service et qu’ils risquaient de ne pas le rater… sauf que Flynn était lui aussi dans le coin et qu’il l’avait attrapé à l’instant même où il avait essayé d’escaler un mur. Du coup, son meilleur ami lui avait fait passer un sale quart d’heure et lui avait offert une nuit en cellule le temps de vérifier que rien de louche ne s’était glissé dans ses affaires.

Au bout d’une semaine, tout le réseau de contrebandiers avait enfin été démantelé et ce, avec l’aide des membres de la guilde Brave Vesperia qui étaient très motivés pour mettre fin à leurs crimes.

— — — — — — — — — — —

Durant cette affaire de contrebande, Patty avait bien entendue été contrôlée mais comme elle avait pu planquer tout ce qui risquait de la faire arrêter, elle avait pu passer après avoir déclaré quelques marchandises. Elle avait ensuite déposé un colis à la poste locale pour Zaphias et était ensuite repartie, n’ayant plus rien d’autre à faire dans les parages.

— — — —

Quand cette histoire de douanes à Capua Nor fut enfin finie, Yuri fut contraint d’accompagner Flynn à Zaphias pour finir le reste de sa peine via des travaux d’intérêts généraux. Lorsque l’épéiste rentra chez lui, il trouva un énorme colis dans sa chambre qu’il trouva immédiatement suspect.

Après inspection à une distance raisonnable, il avait jugé préférable de le faire renvoyer à son expéditeur.

— — — —

S’il y avait bien un détail qui permettait à quiconque de reconnaître Duke Pantarei, c’était sa longue chevelure d’un blanc éclatant, aisément repérable.

Cependant, certains ignoraient que, quand il était plus jeune, Duke avait été victime d’une vilaine plaisanterie : quelqu’un avait mis un colorant vert dans son shampooing, faisant qu’il avait eu les cheveux de cette couleur pendant un bon moment et avait subit bien des moqueries…

C’était probablement en partie à cause de cela qu’il préférait de loin être seul.

— — — — —

Lors d’un passage à Zaphias, Flynn avait insisté auprès de Yuri pour qu’il prenne une boîte de gâteaux. L’épéiste, très suspicieux, avait demandé à Sodia qui les avait fait, craignant que ce soit son meilleur ami mais quand elle lui dit qu’elle l’ignorait, il estima qu’ils n’étaient donc pas empoisonnés. Seulement, mieux valait deux précautions qu’une seule…

— — — — —

Quand Patty se rendit à Zaphias pour savourer la réussite de son plan, elle avait déjà presque tout planifié dans sa tête pour le moment où elle retrouverait son cher et tendre Yuri… mais elle n’avait pas envisagé que celui-ci avait encore une fois déjoué son stratagème en donnant les gâteaux à manger à Adeccor et Bocos qui se mirent tous deux à lui compter fleurette sans qu’elle ne l’ait demandé.

Patty supplia donc Rita de fabriquer un antidote puis elle repartit très vite sur son bateau mettre au point une nouvelle tactique pour séduire celui qu’elle considérait comme l’homme de sa vie.


NB : J'ignore si je tenterai une autre suite mais au moins, j'ai bien exploité Patty pour une fois. 
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2017-03-25 10:37 am

Soleil de Minuit - Partie 4

 Notes : Pour le passage au chant, les paroles correspondent à la chanson « Veil of Elysium » de Kamelot, plus précisément à sa version acoustique (il n'y a pas de guitare électrique dans cette fic donc je prends les versions acoustiques quand elles existent).

Playlist :

Emmanuel Moire – Etre à la hauteur

Sofia Essaidi – Tout sera stratagème

Kamelot – Veil of Elysium (acoustic)

Halestorm – Familiar taste of poison

Battle Beast – Familiar Hell


Partie 4

Illuminée par des torches et par les derniers rayons du soleil, la salle de banquet du palais royal était grandiose. Avec son sol de marbre blanc, ses colonnes sur lesquelles étaient gravées des scènes de la vie quotidienne et son plafond où était peint un ciel azuré, cette pièce était une des plus belles qu'il était possible de voir. Concernant son ameublement, il était sobre, se limitant aux tables en bois laqué dont le bord était plaqué or et aux sièges fait de bois d'ébène venu tout droit de Séléné avec des coussins colorés sur lesquels s'asseyaient les convives – seul le roi avait un fauteuil avec un haut dossier dont les bras étaient plaqués or et qui lui permettait de clairement se démarquer par rapport à ses invités.

Cependant, lorsque cette salle était remplie et ses tables richement garnies de mets divers et variées, ce bel endroit était à la fois celui où toute personne de la haute société souhaitait ardemment se trouver mais aussi celui qui pouvait donner mal au crâne à n'importe quel Nyx qui était assis sur l'un de ces sièges.

Yuri avait l'habitude d'occulter les manigances et faux-semblants au sein du harem pour s'éviter des migraines face à tous les mensonges qu'il percevait mais pour faire cela, il fallait qu'il soit en pleine possession de ses moyens. Or, l'idéal pour lui aurait été d'être en bout de table ou juste à côté du roi mais la présence de notables et des autres favoris le contraignait à être placé face à Orpin et Narcisse et à côté d'un noble qui s'était bien trop parfumé – il ne détestait pas les odeurs fleuries mais celle-ci était bien trop entêtante à son goût. Normalement, Lucrèce devrait être assis à sa gauche mais il n'était toujours pas arrivé, ce qui signifiait qu'il n'aurait personne pour faire la conversation à sa place si nécessaire.

Heureusement, un divertissement était offert aux invités : des jongleurs, des joueurs de luth et des cracheurs de feu animaient la soirée, de quoi occuper ceux qui ne s'intéressaient pas aux affaires du royaume. De plus, il savait que, debout derrière lui, il y avait Flynn, très certainement droit comme un i et qui allait garder les deux yeux sur lui.

Cependant, un détail avait attiré son attention lors de son arrivée : le nombre de gardes qui était plus élevé qu'auparavant. Même s'il n'évoluait pas librement hors du harem, il avait déjà été assez souvent dans ce genre de mondanités pour savoir que cela était inhabituel. Peut-être y avait-il une crainte d'une tentative d'assassinat sur le roi d'Hélios…

« Dites-moi, que pensez-vous des… » commença son voisin de droite sur un ton un peu trop doucereux à son goût.

« Rien du tout. » coupa abruptement le favori avant de boire une gorgée de sa coupe de vin.

Officiellement, cette boisson venait de Séléné mais il reconnaissait le goût du vin blanc légèrement sucré et fruité produit dans les Terres des Nyx – il suspectait que le roi Thar le faisait importer à Aurum uniquement pour lui car excepté Raven, personne ne s'en était fait servir. Seulement, comme il ne souhaitait absolument pas être pris dans ces toiles de mensonges, il préférait encore obscurcir ses sens plutôt que de supporter consciemment les manières de la haute société – certes, il aurait pu prendre de la bière mais il avait toujours détesté la saveur de cette boisson.

Côté nourriture, il avait jeté son dévolu sur le canard à l'orange, un plat assez populaire sur les côtes de la mer Azurée où les agrumes poussaient en grand nombre. Il aurait volontiers opté pour des gâteaux aux dattes si ceux-ci n'avaient pas déjà été monopolisés par Orpin qui était connu pour en raffoler. Heureusement, pour ce qui était des desserts, il avait encore pas mal de choix – dans tous les cas, il bouderait ceux aux figues, même ceux où elles étaient noyées dans du miel – mais avant de s'attaquer à du sucré, il hésitait entre accompagner sa viande de lentilles ou de fèves – à Némésis, il n'aurait jamais pu avoir un tel choix de plats à cause des conflits réguliers mais il lui arrivait de regretter les truites fraichement pêchées du Lymna ou encore les lapins accompagnés de carottes et de pommes de terre.

Yuri regarda rapidement les convives, remarquant quelque chose d'un peu curieux concernant l'ambiance des lieux. S'il ne voyait rien d'inhabituel du côté des invités et des autres favoris – Narcisse avait toujours adoré les commérages et ce genre d'occasion était parfaite pour en apprendre de nouveaux –, il trouvait le roi ainsi que le capitaine de la garde plutôt tendus tandis que Garista semblait contrarié. Le maître des lieux, comme à chaque apparition publique, portait un Némès aux rayures horizontales jaunes et bleu roi qui masquait intégralement sa chevelure. S'il était vêtu d'une simple toge blanche à manches longues faite avec le lin le plus précieux qui soit, celle-ci était accessoirisée d'une ceinture épaisse composée des multiples perles bleues, turquoises et ocres ainsi que d'un collier plastron composé des mêmes perles colorées mais comportant un soleil en or en son centre.

Les yeux mordorés du souverain croisèrent les siens avant de se poser sur la place vide de Lucrèce avec un léger mécontentement… ou peut-être même de la suspicion – les sens du Nyx étaient un peu perturbés par le peu d'alcool qu'il avait bu et tout ce qui l'entourait donc il avait un peu de mal à décrypter cette expression qui n'avait duré qu'à peine deux secondes. Il le vit se pencher vers le soldat à sa droite et lui murmurer quelque chose à l'oreille.

Pour une raison ou pour une autre, il sentait qu'il n'allait pas tarder à quitter sa place.

Le favori s'intéressa à sa coupe en or gravée de motif fleuris et la tourna légèrement entre ses doigts avant de prendre une nouvelle gorgée de vin blanc. Ayant eu une sensation bizarre à sa lèvre inférieure, il examina plus attentivement le rebord de cet objet, notant qu'il avait un défaut : d'une manière ou d'autre autre, le métal avait été abîmé sur une petite zone, si bien que seul un examen approfondi ou, comme à l'instant, un contact sur cette partie bien précise permettait de savoir qu'elle était légèrement ébréchée.

Le notable à sa droite allait tenter à nouveau d'engager la conversation avec lui quand Raven vint se placer entre eux avec une mine grave, ce qui convainquit le noble de changer d'idée.

« Son Altesse veut te parler maintenant. » lui déclara le soldat à voix basse avant de s'écarter.

Bingo… Yuri se retint de soupirer de soulagement car il doutait fort d'obtenir la place du vieux jusqu'à la fin du banquet et qui lui aurait permis d'avoir une paix royale – par le passé, il n'avait été assis à côté du roi que lors de deux occasions similaires mais dans les deux cas, Garista était absent faisant que, dans ces cas-là, son siège était offert à un membre du harem qui était soit un favori, soit un nouveau venu au harem qui avait plu au souverain.

Le Nyx posa sa coupe de vin puis se leva et jeta un coup d'œil rapide à Flynn, remarquant ainsi que le capitaine de la garde s'était placé à côté de celui-ci et qu'il avait engagé la conversation – cela n'avait rien d'anormal en soit entre un soldat et son supérieur. Sous les regards de quelques curieux, le favori rejoignit la place vacante à droite du roi Thar et s'y assit en croisant les jambes, dévoilant en partie l'une d'elle quand le lin noir et fin glissa contre sa peau claire. A peine deux secondes plus tard, le souverain était penché vers lui et avait posé une main chaude sur sa cuisse.

« Tu portes toujours cette couleur à merveille. » lui susurra le dirigeant d'Hélios en glissant ses doigts jusqu'aux deux pans de tissus qui s'étaient séparés en haut de son genou. « Si nous étions seuls, cet habit serait déjà plus ouvert que maintenant. »

« Et moi qui vous croyais capable de me baiser devant un large public. » répliqua Yuri à voix basse pour que seul son interlocuteur l'entende. « Je suis déçu. J'avais bu du vin exprès pour m'y préparer ! »

« Je préfères un bien plus petit comité pour admirer le spectacle mais trêve de plaisanteries. »

Le roi Thar enleva sa main de sa cuisse pour la placer derrière sa nuque. Il sentit les doigts du souverain se refermer sur son cou, prêts à écraser sa gorge si nécessaire, ainsi que le contact du métal sur sa peau, là où le maître des lieux portait ses bagues.

« Qu'est-ce que c'est que cela ? » demanda le roi en le forçant à regarder en direction de l'endroit où se tenaient Flynn et Raven. « C'est un nouveau jeu que de faire porter un masque à ton garde ? »

« J'ai naïvement pensé que vous feriez un bal masqué ce soir. » répondit le Nyx qui ne comptait pas dévoiler la vraie raison de ce petit manège. « Il semblerait que je me sois trompé. »

Un petit soupir agacé lui indiqua que le maître des lieux n'était pas satisfait de ce qu'il venait d'entendre mais il n'avait eu aucune autre réaction. Puis le jeune homme eut la tête tourné vers le siège vide, probablement la vraie raison de son geste.

« Où est Lucrèce ? » questionna le souverain sur un ton beaucoup moins agréable.

« Je ne suis pas sa nounou. » répliqua Yuri avant de sentir les doigts du roi appuyer brièvement sur sa gorge, lui faisant comprendre que le temps des sarcasmes était passé. « Je ne l'ai pas croisé en partant. »

Du coin de l'œil, le favori apercevait Flynn qui avait serré les dents et à côté de lui, Raven qui, certainement, lui avait conseillé de se tenir à carreau vu que le soldat se forçait à regarder devant lui.

« Autre chose votre Altesse ? » demanda le Nyx en tournant son visage vers celui du souverain, plantant ses yeux anthracite dans ceux mordorés.

« Oui, mais pas ici. » répondit sèchement le roi Thar. « Nous en discuterons dans un autre lieu quand cela sera possible. Et tu es prié d'amener ton garde du corps avec toi que je vois ce que tu caches exactement… »

« Rassurez-vous, je ne couche pas avec lui. »

La pression des doigts sur sa gorge s'accentua, signe qu'il avait, sans surprise réelle, réveillé la part de jalousie et de possessivité du souverain. Il aurait pu se passer de le provoquer ainsi, surtout en public, mais il n'avait pas pu s'en empêcher, à croire qu'il avait des pulsions suicidaires cachées pour allumer une flamme de colère dans ces yeux aux teintes dorées.

Lorsqu'un serviteur vint pour remplir la coupe du maître des lieux, ce dernier lâcha enfin le favori mais continua de le fixer avec intensité, laissant pleinement le temps au Nyx de déceler quelques détails et micros-expressions : un léger froncement de sourcils, des signes de fatigues dissimulés avec les talents d'un bon maquilleur, le mouvement des iris…

Manifestement, quelqu'un avait des soucis en ce moment…

« Courte nuit ? » fit Yuri avec un léger sourire, cherchant à détendre un peu l'atmosphère en réalisant qu'il ne percevait pas beaucoup de sons provenant du banquet. « Vous devriez essayer la camomille… »

« Ça ne m'a jamais vraiment réussi. » répliqua le roi Thar, un peu plus calme à présent. « Cependant, je ne serai pas contre une berceuse… »

La main chaude du souverain vint chercher la sienne puis l'amena à ses lèvres afin d'y déposer un bref baiser accompagné d'un regard où luisait une étincelle de défi.

« Depuis quand ne t'ai-je pas entendu faire résonner ta voix à mes oreilles ? » questionna le maître des lieux avec envie.

« A peine quelques secondes ? » répondit le favori avec ironie. « Si vous voulez que je joue les pipelettes... »

« Je pensais plutôt à une chanson. »

Exactement ce que redoutait le Nyx. Certes, il savait chanter mais il n'avait que peu de chansons à son répertoire et le souci était qu'elles venaient toutes de son pays d'origine – certaines étaient aussi connues à Séléné sauf qu'à Hélios, il était probable que celles-ci ne soient pas au goût de ce public…

« Vous savez très bien que je n'en connais aucune de ce pays. » déclara Yuri à voix basse. « Qui plus est, rien ne me dit que vos musiciens pourront m'accompagner s'ils n'en connaissent pas la mélodie. »

« Cela sera aisé à vérifier. » répliqua le souverain avant de faire signe aux deux joueurs de luth.

Intrigués, les convives stoppèrent leurs conversations, suivant du regard les deux musiciens qui vinrent s'agenouiller près de leur roi tandis que le favori observa plus attentivement ces artistes : si le premier était assurément un hélien d'une trentaine d'années dont la peau avait enduré pendant longtemps la puissance des rayons du soleil, le second semblait plus jeune mais il était difficile de déterminer son âge exact à cause du turban qui couvrait sa tête et du foulard qui masquait son visage, ne laissant voir que ses yeux verts et une partie de son teint qui était bien pâle pour un citoyen d'Hélios.

« Quels sont vos désirs votre Altesse ? » demanda le plus âgé des joueurs de luth, la tête baissé avec respect.

« Je souhaiterais que vous accompagnez de vos notes le chant de mon favori ici présent. » répondit le roi Thar en faisant signe qu'il n'avait pas terminé. « Cependant, il ne connaît aucune chanson d'Hélios mais quelques-unes de Séléné. Cela vous poserait-il un problème ? »

« Personnellement, j'ai peur de ne pouvoir satisfaire votre demande mais peut-être que mon partenaire en est capable. Il n'en a pas l'air mais il a beaucoup voyagé. »

Les sens de Nyx de Yuri sentirent immédiatement le mensonge qui venait d'être dit mais il eut beau observer attentivement le plus âgé des musiciens, celui-ci n'avait aucun tic nerveux ou micro-expression qui pourraient le trahir. Or, il était certain que cet homme avait menti… mais était-il possible qu'il n'en ait même pas eu conscience ? Si c'était le cas, soit il était un menteur pathologique, soit il avait été envoûté par un Nyx.

Face à cette constatation, il tourna ses yeux gris vers le second joueur de luth, réalisant que celui-ci le fixait à la fois avec intérêt et étonnement. Ce regard vert n'avait rien d'extraordinaire en soi mais son instinct lui disait que si cette personne dissimulait son apparence, c'était parce qu'elle était probablement du peuple de la nuit.

« Connais-tu « Voile de l'Elysée » ? » demanda le favori, guettant les réactions du mystérieux musicien.

« Oui. » fut la seule réponse verbale qu'il obtint mais elle lui fut suffisante pour estimer qu'il devait avoir affaire à une femme.

De toutes les chansons qu'il connaissait, il n'avait pas choisi celle-ci au hasard : très populaire chez les Nyx, elle plaisait aussi à Séléné bien qu'ils n'en saisissaient pas pleinement le sens. Le peuple de la nuit se transmettait l'air et les paroles depuis toujours ainsi que la légende qui serait qu'elle avait été écrite par Umbra et Topaze – personne ne savait réellement pourquoi car leur relation avait, au final, été de courte durée et l'on pouvait légitimement supposer à qui elle s'adressait réellement.

Sans précipitation, Yuri suivit les deux joueurs de luth jusqu'à leur place. Après avoir pris une bonne inspiration, il fit signe au mystérieux musicien de commencer à jouer. Les premières notes retentirent, envoûtantes, mélancoliques… puis il entama le premier couplet d'une voix puissante et pleine d'émotion.

Hear my promise of blistering light

Sowing a rose of obsidian

My dear I promise

Death comes to all

In a heartbeat only silence

Let's play with the fire that runs in our veins

Trust in the might of a miracle

Now winter has come and I'll stand in the snow

I don't feel the cold

And it's all that I will ever need to believe

Juste avant d'entamer le refrain, il s'accorda un rapide coup d'œil sur l'assemblée, constatant que tous avaient les yeux rivés sur lui, plus particulièrement le roi Thar qui semblait plus apaisé qu'au début du banquet.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will I know you then?

Ce mystérieux musicien connaissait très bien cette chanson, ce qui suffit à Yuri pour confirmer que c'était bel et bien un Nyx qui l'accompagnait au luth. Il n'y avait pas la moindre fausse note, ce qui était un peu surprenant quand on savait que cet instrument à cordes n'était pas très courant chez le peuple de la nuit. Cette personne avait très certainement dû apprendre à en jouer grâce à un musicien hélien ou sélénite. Il n'était cependant pas à exclure que cet individu soit un autodidacte et dans ce cas, il – ou plutôt elle – était doué.

Now bring down your fortress and swallow your pride

Don't break in your moments of ignorance

Existence will capture a spark of life

Just a fragment, but it's all that I will ever need to revive

Du coin de l'œil, il aperçut Raven regagner sa place, les sourcils légèrement froncés. Il fixait le mystérieux musicien avec suspicion, se doutant très certainement que quelque chose n'était pas très clair. Le plus inquiétant, c'était que Garista semblait penser la même chose.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will you be there in that darkness

Of the shadow that comes over all?

Dear friend will I know you then?

Will I know you then at all?

Toujours à son poste, Flynn l'écoutait attentivement, ses yeux bleus croisant son regard anthracite. Pour une raison qui échappait au favori, quelque chose l'attirait chez le soldat, ce qui était totalement nouveau pour lui. Il reconnaissait qu'il avait un certain charme, de la personnalité et qu'il avait pas mal d'autres atouts mais il lui tapait aussi sur les nerfs par moments…

Sauf que sans cet idiot de blond, il risquait fort de s'ennuyer, s'étant habitué à sa présence à ses côtés.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will I find you then?

La chanson se termina sur les dernières notes de luth. Lorsque revint le silence, celui-ci fut rompu par les applaudissements du roi, vite imité par ses convives. Yuri et le musicien saluèrent avec respect leur public puis le Nyx fit de même avec le joueur de luth qui l'imita… leur permettant ainsi de lui parler sans risquer d'être entendu.

« A ta place, je ne m'éterniserai pas. » dit-il au musicien dans la langue du peuple de la nuit à voix basse. « Je ne suis pas le seul à t'avoir repéré et quitte à choisir, j'éviterai de me faire capturer par le sorcier solaire. Il est du genre sadique, surtout avec les Nyx. »

« Compris. » se contenta de lui répondre celle qui était une Nyx avant de se redresser.

Peu importe qui était cette fille, il ne voulait pas qu'elle soit faite prisonnière par Garista car autrement, elle allait certainement y passer. Le roi Thar n'était pas plus recommandable donc il valait mieux qu'elle puisse s'enfuir avant qu'il ne soit trop tard et ce peu importe ce qu'elle était venue chercher au palais.

« Portons un toast en l'honneur du roi ! » s'exclama l'un des convives en levant sa coupe alors que Yuri regagnait sa place. « Remercions-le pour cette magnifique table et ces splendides divertissements ! »

Plusieurs invités approuvèrent vivement cette idée et, à l'instant où le favori se rassit sur son siège, le souverain avait fini par céder et prit en main sa coupe en or et en lapis-lazuli.

« A Hélios ! » déclara le maitre des lieux en levant son verre, vite imité par ses invités.

Tout le monde porta sa coupe à ses lèvres et le Nyx allait faire de même…

« NON ! »

La main de Flynn lui attrapa vivement le poignet, l'empêchant de finir son geste et renversant une partie du vin blanc sur la table. Yuri regarda le soldat avec surprise et quand il vit l'expression de son visage, il sut tout de suite que quelque chose clochait avec ce qu'il tenait dans sa main.

« Que signifie ceci ? » questionna la voix emplie de colère du roi Thar.

Immédiatement, le jeune homme aux cheveux d'or lâcha le favori et s'agenouilla, baissant la tête avec respect.

« Pardonnez-moi votre Altesse. » s'excusa-t-il. « Il m'a semblé voir un fait curieux avant que votre favori ne rejoigne sa place et je n'en ai compris l'importance que maintenant. »

Rapidement, le Nyx examina sa coupe, cherchant ce qui avait bien pu alerter son ami… et découvrit un détail qui lui glaça le sang : le défaut qu'il avait remarqué sur le rebord n'était plus là. Ceci n'était pas son verre.

« Quel est-il au juste ? » demanda Raven qui essayait de masquer comme il le pouvait son inquiétude.

« Quand les serviteurs sont passés resservir les invités, Yuri a été le seul dont la coupe a été changée. » expliqua Flynn calmement en fixant son supérieur droit dans les yeux.

« Je confirme ses dires. » fit le favori en se levant tout en montrant l'objet du délit. « Ma coupe avait un défaut et celle-ci n'en a aucun. »

Jamais un serviteur n'aurait dû lui donner une nouvelle coupe à moins qu'il ne l'ait demandé. La remplir était tout ce qu'ils étaient censés faire mais la sienne n'était pas vide car il n'avait bu que deux gorgées de son contenu. Il ne restait donc qu'une possibilité : c'était une tentative d'empoisonnement.

Un coup d'œil rapide lui permit de constater que la musicienne Nyx s'était volatilisée, ayant certainement profité de l'agitation pour filer – elle n'était pas à suspecter car si elle avait voulu le tuer, elle l'aurait poignardé ou égorgé dans un recoin sombre. Le sorcier solaire n'avait pas l'air surpris et cherchait quelque chose du regard – Garista pourrait être le coupable mais il n'était pas le genre à faire cela devant témoins, surtout que l'usage de poisons faisait automatiquement de lui le suspect principal. Quant aux autres favoris, si Orpin était aussi outré que les autres invités, Narcisse cachait mal sa rage.

En d'autres termes, si quelqu'un avait voulu le tuer dans cette pièce, c'était certainement le brasseur d'air mais en l'absence de preuves ou d'aveux, ce serait la parole de Flynn contre la sienne, ce qui plaçait le soldat dans une très mauvaise posture : si le serviteur ou le poison n'étaient pas identifiés, il allait être exécuté pour avoir troublé le banquet.

Or, il le savait, jamais cet égoïste n'avouerait cela, surtout qu'il y laisserait assurément sa tête s'il admettait son crime. Qui plus est, celui qu'il avait chargé de placer la coupe avait déjà dû quitter les lieux, emportant avec lui ce qui avait contenu le poison.

La seule solution qu'il avait à sa portée pour sauver son ami d'une mort certaine, c'était d'user de ses pouvoirs de Nyx, ce qui, à cette heure-ci où la nuit était à présent tombée, était parfaitement possible… même si cela signifiait qu'il allait être à coup sûr découvert et que le roi ne pourrait jamais empêcher qu'il soit décapité à l'aube.

« Cela ne prouve rien ! » s'exclama un noble avant de se faire tout petit face au regard noir du roi Thar.

« Si cela est vrai, qui est ce serviteur au juste ? » questionna Garista dont les yeux semblaient fouiller la pièce en long et en large.

En voyant Flynn se mordre la lèvre inférieure, Yuri devina qu'il ne le connaissait pas, certainement parce que celui-ci ne travaillait pas au harem, seule partie du palais dont le soldat avait vu le personnel. Même s'il le décrivait physiquement, le reconnaître allait être compliqué s'il n'avait pas un signe particulier qui le faisait sortir du lot mais malheureusement, les serviteurs étaient souvent choisis pour être capables de se fondre aisément dans le décor…

« Ce n'est qu'un tissu de mensonges ! » vociféra un noble plus âgé que les autres. « Qui pourrait croire à cela ? »

Résigné, le Nyx se tourna vers Narcisse pour user de son pouvoir de persuasion…

« Moi je pense qu'il dit la vérité. »

A l'entente de cette voix posée, tout le monde se tourna vers les portes de la salle de banquet, y découvrant Lucrèce dans ses habits plus sobres que ceux des autres invités et qui tenait dans la main un rouleau de papyrus. Le favori taciturne s'inclina avec respect.

« Pardonnez mon retard votre Majesté mais alors que je m'apprêtais à rejoindre le banquet, quelque chose de suspect a attiré mon regard et il me fallait tirer ça au clair en urgence. » s'expliqua-t-il en fixant le roi avec ses yeux marrons. « Cela concerne à la fois le harem et cette coupe dont je me garderai bien de boire le contenu. »

« Il m'a semblé avoir précisé que je ne voulais en aucun voir ces histoires de rivalités sortir de cette partie du palais. » répliqua le souverain avec colère bien que son regard mordoré était très intéressé par ce que tenait le nouveau venu. « Cependant, je suis extrêmement curieux de savoir ce que tu as découvert donc parle librement. »

Des quatre favoris du harem, il était connu que ce n'était pas par ses charmes que Lucrèce avait gagné sa place mais grâce à son intelligence et à son savoir, des qualités qu'il ne montrait pas toujours au grand jour mais qui faisait du jeune homme un érudit des plus intéressants à écouter quand il daignait partager ses connaissances – lui et Rita se seraient très certainement bien entendu bien qu'ils n'avaient pas tout à fait le même caractère.

D'un pas rapide, la favori taciturne s'avança jusqu'au siège du roi Thar tandis qu'imperceptiblement, les soldats bloquèrent les sorties – Raven avait surement dû leur faire un signe pour qu'ils empêchent quiconque de sortir… et d'ailleurs, depuis quand le capitaine s'était-il absenté ? Peut-être était-il parti à la recherche du serviteur en question.

« Vous trouverez là-dedans la liste de toutes les plantes, quelque soit leur forme, qui ont été apportées au palais ces dix derniers jours ainsi que leur provenance, leur quantité et à qui elles étaient destinées. » informa Lucrèce en remettant son rouleau de papyrus au souverain qui le déroula pour le lire. « J'ai mis une croix sur les importations suspectes. »

« Des cactus ? » demanda le maître des lieux, intrigué, tandis que le sorcier solaire lisait par-dessus son épaule. « Qui aurait l'idée de vouloir cela ? »

« Des cactus Peyotl. (1) » précisa Garista après avoir rapidement regardé le contenu du papyrus. « Ce n'est pas anormal en soit car il m'arrive d'en utiliser mais j'avais trouvé curieux que l'on m'en livre dix fois plus que nécessaire. Qui plus est, les symptômes dont avaient souffert ceux qui avaient mangé cette possible nourriture empoisonnée au harem correspondraient sans problème à cette plante. »

Des murmures résonnèrent dans la pièce, les convives étant à la fois curieux d'entendre la suite et se demandant si le sorcier solaire était responsable de ces mystérieux empoisonnements. A contrario, Yuri suspectait grandement qu'il avait déjà eu l'occasion de goûter à cette plante à plusieurs reprises…

« Et tu n'as pas jugé bon de m'en aviser ? » reprocha le roi Thar à celui qui représentait le culte de Sol.

« Je range ce genre d'ingrédients dans une pièce à part et je ne m'y suis pas rendu ces deux derniers jours. » s'expliqua calmement Garista. « N'importe quel serviteur qui avait connaissance de cela pouvait venir se servir dans mes réserves. Cependant, j'imagine que c'est le second que tu as noté qui t'avait interpellé Lucrèce. »

« Le laurier rose (2), oui. » confirma le favori taciturne avec un hochement de tête.

Cette fois-ci, plusieurs personnes ouvrirent de grands yeux d'effroi et d'autres fixaient la coupe de vin blanc avec horreur. Visiblement, quelle que soit cette plante, elle était connue et n'avait pas une bonne réputation.

« Qu'est-ce que c'est au juste ? » demanda Yuri à voix basse au soldat.

« Je n'en ai jamais vu mais mon père m'a raconté que c'est un arbuste dont la plantation avait été interdite sur les bords du Neilos car il empoisonne l'eau qu'il touche. » répondit Flynn de la même manière. « A présent, on ne peut en trouver que dans les villes de la Mer Azurée à condition qu'il ne soit en contact avec aucun point d'eau potable. Il m'avait aussi dit qu'on le reconnaissait à ses feuilles allongées et à ses fleurs… »

Le jeune homme aux cheveux d'or ne poursuivit pas sa phrase et, du coin de l'œil, le Nyx le vit subitement observer Narcisse avec attention, semblant chercher quelque chose… tout comme l'avait fait Garista un peu plus tôt.

« Qui a demandé cette plante maudite au juste ? » demanda un noble d'une voix blanche.

« Il n'y avait pas de nom malheureusement. » répondit calmement Lucrèce avant de se tourner vers le brasseur d'air qui n'était visiblement pas tranquille. « Cependant, il a été indiqué que des fleurs de celle-ci ont été livrées au harem. »

« Ceci ne prouve rien ! » finit par riposter Narcisse en se levant brutalement de son siège, frappant ses mains contre la table. « N'importe quel idiot a pu en demander pour décorer les jardins ou bien sa chambre ! »

« Dans ce cas, cet idiot doit vraiment détester les animaux, plus particulièrement les chiens, les petits singes et les oiseaux. »

Cette phrase eut pour effet de faire réagir Orpin – il était, jusqu'ici, plus intéressé par son assiette que par l'arrivée tardive de Lucrèce – qui, à présent, avait les oreilles grandes ouvertes bien qu'il était encore difficile de savoir ce qu'il ferait ensuite. Cependant, ce n'était pas le cas de Yuri qui avait bien l'intention de profiter de cette occasion pour mettre les choses au clair avec ce crétin de brasseur d'air.

« C'est toi qui a tenté de tuer Repede ? » questionna le Nyx avec une rage non dissimulée.

« Ton sale clébard plein de puces ? » répliqua Narcisse sur un ton venimeux. « Je n'en ai rien à cirer de ce truc miteux avec lequel tu te trimballes, tout comme de ce gamin qui est à ton service ! »

« Vraiment ? C'est étrange car quelqu'un passe beaucoup de temps à empoisonner ma nourriture quand je suis au harem et heureusement pour mon chien qu'il a du flair car autrement, il aurait fini comme les rats à qui je donne tous les plats qui me paraissent douteux ! »

« Il est vrai que notre empoisonneur a au moins eu l'avantage de nous débarrasser des nuisibles. » fit Lucrèce avec ironie. « Mes livres ne sont plus mangés par les rongeurs. »

Personne parmi les invités n'osait réagir, observant la situation et plus particulièrement le roi Thar dont les yeux mordorés luisaient de colère, attendant visiblement de voir la suite des évènements pour décider des sentences à appliquer.

« Pourquoi je perdrai mon temps avec vous deux ? » lança Narcisse avec agacement. « Je n'ai aucun intérêt à vous empoisonner. »

« Vraiment ? » répliqua le favori taciturne en croisant les bras contre sa poitrine, un sourcil haussé. « Combien de fois as-tu été appelé dans les appartements royaux ce mois-ci ? »

Cette question fit pâlir le brasseur d'air, rappelant au Nyx les dernières rumeurs que Karol leur avaient apprises : la favori égocentrique était en disgrâce et risquait fort de perdre sa place vu que cela faisait une année entière qu'il n'avait pas quitté le harem pour satisfaire les désirs du souverain. C'était un mobile plus que suffisant pour éliminer la concurrence…

« Personnellement, j'ai été mandé trois fois auprès de son Altesse. » déclara Lucrèce après quelques secondes de silence. « Pour Orpin, il me semble que c'est une fois. »

« Deux fois. » rectifia immédiatement le roi Thar d'une voix sèche, le favori aux habits très colorés n'étant visiblement pas en état de répondre. « La deuxième fois, je l'ai brièvement convoqué pour lui remettre en personne un singe en guise de cadeau pour son anniversaire. »

« Sept fois dans mon cas. » dit Yuri, confirmant ainsi qu'il était certainement le pensionnaire du harem le plus demandé par le maître des lieux. « Qui plus est, j'étais souffrant ces derniers jours avec interdiction de quitter ma chambre. »

Il était inutile de révéler à tous pourquoi il était alité, sauf s'il voulait rediriger la colère royale contre lui. Dans tous les cas, le silence du brasseur d'air en disant suffisamment long pour que tout le monde devine qu'il était dans une position précaire au harem.

« Pour en venir enfin au fameux détail qui m'a titillé… » commença Lucrèce en fixant le favori égocentrique avec assurance. « Qu'est devenue cette couronne de fleurs roses que tu avais dans les cheveux en quittant le harem Narcisse ? »

A cet instant, le Nyx comprit la réaction de Flynn en entendant parler du laurier rose : posté comme il l'était à l'étage du bâtiment occupé par les favoris, il avait été très bien placé pour voir comment chacun était vêtu et l'absence de cet accessoire au banquet l'avait interpellé. Seulement, qu'était devenue cette couronne de fleurs ? Sans elle, il serait difficile de confirmer une tentative d'empoisonnement et c'était déjà un miracle en soi que le roi Thar se soit montré si patient…

« Si je puis émettre une hypothèse… » fit Garista qui lançait un regard assassin vers Narcisse. « Si j'étais lui, je me serais hâté de remettre cet objet à un serviteur, ce qu'il me semble l'avoir vu faire un peu après qu'il se soit installé. Orpin ? »

La voix du sorcier solaire sembla sortir le favori amateur de couleurs vives de la transe dans laquelle il était depuis que Lucrèce avait parlé des animaux empoisonnés. Le jeune homme aux boucles blondes se tourna vers celui qui l'avait appelé, la lèvre inférieure tremblante.

« Qu'as-tu vu exactement ? » demanda le sorcier de sa voix sifflante.

Le plus simplet des pensionnaires du harem était aussi le plus imprévisible des quatre favoris, ce qui posait problème car avait-il seulement fait attention à ce qu'il s'était produit ? C'était difficile à dire avec lui et Yuri suspectait que le bariolé ne devait pas être tout seul dans sa tête à cause de l'impossibilité de déceler le vrai du faux chez lui.

« Jamais il ne met de fleurs. » dit Orpin, contredisant l'hypothèse émise par Garista.

Le Nyx n'avait décelé aucun mensonge chez lui, réduisant ainsi à néant les chances de retrouver ces fleurs ou encore le serviteur qui avait échangé les coupes de vin. Cependant, il s'aperçut que le favori aux boucles blondes n'avait pas terminé, s'étant brusquement levé de son siège en pointant un doigt tremblant en direction de Narcisse.

« C'est pour ça que je n'ai pas compris pourquoi tu avais ces fleurs roses sur la tête ! » s'exclama le bariolé avec force, l'air complètement affolé. « Je t'ai vu donner cette couronne à un serviteur ! J'étais juste à côté de toi et… et tu aurais pu me tuer ! »

« Espèce de… » grogna le brasseur d'air, visiblement dans une colère noire.

« Tous les jours on t'entend dire à quel point tu nous hais ! Tu comptais tous nous empoisonner ! »

« LA FERME ! »

Avec brutalité, Narcisse prit sa coupe en or et allait s'en servir pour frapper Orpin au visage… quand Flynn, ayant dû sentir venir la chose, traversa la table de banquet pour attraper fermement les deux bras du favori égocentrique, laissant le temps à d'autres gardes du palais de venir l'aider.

Seulement, le brasseur d'air ne se laissait pas faire et se débattait avec force afin de se libérer de la prise du soldat, au point qu'il lui donna un coup de tête au visage, faisant légèrement glisser le masque ainsi que le casque et dévoilant une des mèches or qui, jusqu'ici, était soigneusement cachée à tous ceux présents dans la pièce.

« ASSEZ ! » tonna le roi Thar, sa patience ayant certainement atteint ses limites, tout en toisant le favori égocentrique du regard. « Pour qui te prends tu pour oser afficher une telle attitude devant nos invités ? Qui plus est, tu es une honte pour Hélios et cela suffira amplement à justifier ton exécution ! »

Toute couleur avait quitté le visage de Narcisse, à présent agenouillé de force par un membre de la garde royale tandis que Garista faisait respirer le contenu d'un flacon à un Orpin dans tous ses états et que Lucrèce aidait Flynn à stopper le saignement de nez provoqué par le coup de tête qu'il avait reçu quelques secondes plus tôt.

« Mensonges… » mentit le brasseur d'air sans aucune conviction. « Il n'y a pas de preuves… »

« Votre Majesté ! »

D'un pas rapide, un serviteur arriva dans salle de banquet en tenant une boule de tissu entre ses mains. Il se dirigea vers la place occupée par le souverain et se prosterna à ses pieds en lui tendant ce qu'il avait avec lui.

« Le sieur Narcisse m'a ordonné de faire cela contre de quoi nourrir les miens ! » s'exclama l'homme sans lever les yeux. « Je jure que j'ignorais que c'était du poison ! Le capitaine Schwann m'a dit que vous épargneriez ma famille si j'avouais tout ! »

Sur un signe du roi, un des gardes prit la boule de tissu et l'ouvrit, révélant aux yeux de tous des fleurs roses un peu écrasées qui avaient visiblement étaient reliées entre elles avec des fils de lin.

La preuve manquante était là mais même si Yuri reconnaissait les talents d'espion de Raven, il doutait fort que celui-ci ait trouvé si vite l'individu recherché seul et, en prime, l'ait convaincu d'avouer cela… mais encore fallait-il qu'il sache à quel moment le capitaine s'était volatilisé : était-ce avant ou après l'arrivée de Lucrèce ? Sa seule certitude était que la dernière fois qu'il l'avait vu, c'était juste avant qu'il ne remarque que la musicienne Nyx était partie.

« Pour un crime dont tu es le seul coupable, c'est toi seul qui mérite un châtiment. » déclara le roi Thar au serviteur. « Cependant, pour avoir avoué ton délit et apporté de quoi prouver les fautes de la créature perfide qui se cachait dans ma demeure, je t'accorde ma clémence en te laissant la vie sauve mais tu es prié de quitter mon palais sur-le-champ. Tu n'es plus digne d'y travailler. »

Après un faible « merci », l'homme quitta la salle de banquet, gardant la tête baissée. Puis le souverain se leva de son siège, fixant Narcisse avec rage. Seulement, au lieu de se diriger vers ce dernier, il alla en direction des deux autres favoris – vu les deux serviteurs qui étaient près de Garista, Orpin avait probablement été drogué car il devenait trop agité – et s'arrêta face au Nyx. D'un geste de la main, il fit signe aux soldats d'amener le brasseur d'air et celui fut jeté à ses pieds avec brutalité.

« Quant à toi… » commença le maître des lieux sur un ton cruel en fixant le favori égoïste avec froideur. « J'avais juste pensé te rétrograder au sein du harem mais apprendre que tu as osé faire tes petits coups perfides sous mon nez m'a écœuré au plus haut point. Une chose telle que toi n'a pas sa place en Hélios et mérite une sentence adéquate aux affronts qu'elle a osé commettre. »

Yuri vit le roi Thar lui faire signe de lui donner la coupe empoisonnée, ce qu'il fit sans discuter – quand il était dans cet état, il valait mieux se taire et obéir car dans le cas inverse, les conséquences pouvaient être fâcheuses, ce qu'il avait plusieurs fois expérimentés à ses dépens.

« Maintenez-lui la bouche ouverte. »

Les gardes exécutèrent cet ordre malgré les protestations de Narcisse qui ne voulait pas se laisser faire. Cependant, face à deux hommes bien mieux entraînés que lui, il ne faisait pas le poids et il se retrouva à genoux au sol, la tête levée et la mâchoire fermement maintenue ouverte.

« Tu passeras la nuit au cachot et, si Sol décide de te laisser survivre à cette boisson, tu seras exécuté à l'aube. »

Après cette déclaration et sous des exclamations horrifiées de la part des personnes présentes, le souverain força le favori égocentrique à boire le vin empoisonné, ignorant les larmes qui perlaient aux yeux de celui-ci. La coupe vide, l'un des soldats maintint la bouche du brasseur d'air fermée jusqu'à ce qu'il ait avalé la dernière goutte d'alcool. Une quinte de toux saisit Narcisse avant qu'il ne soit traîné hors de la salle de banquet, telle une poupée de chiffon.

Il était plus que clair que toute potentielle bonne humeur ou envie de se divertir qui aurait pu subsister s'était envolée à l'instant même où le brasseur d'air avait commis l'erreur de tenter de frapper Orpin, faisant comprendre à tous que le roi Thar était dans une colère noire. Si la majorité des personnes présentes était choquée, d'autres arrivaient à afficher un sang-froid à toute épreuve – Yuri faisait partie de ceux-là avec Garista et Lucrèce.

« Tout cela m'a coupé l'appétit. » déclara le souverain d'une voix glaciale. « Ce banquet est terminé ! J'exige que l'on me nettoie ce harem de tous les complices de ce misérable qui a gâché cette soirée ! »

Les membres de la garde royale firent un signe d'affirmation et une partie d'entre eux sortirent de la pièce pour exécuter les ordres reçus, suivis par les invités qui commençaient à quitter les lieux, tout comme les favoris qui s'apprêtaient à les imiter.

« Je n'ai pas fini avec vous deux. » fit le souverain sur un ton ferme, retenant Yuri, Lucrèce et Flynn dans la pièce. « Vous mériteriez vous aussi une sentence publique pour ce désordre mais vu les circonstances, je me contenterai d'un avertissement. »

« Nous ne recommencerons pas votre Altesse. » déclarèrent les trois jeunes hommes en s'inclinant avec respect.

« J'ose l'espérer. Allez m'attendre tous les deux dans les appartements de la reine et emmenez le soldat avec vous. Lucrèce, tu en connais le chemin donc je te fais confiance. Je vous y retrouverai quand j'aurais réglé certaines choses.»

-§-

Quand il l'avait vue se faufiler hors de la salle de banquet, profitant de la confusion, Raven avait été assez pessimiste sur ses chances de l'attraper, faisant qu'il s'était reporté sur l'idée de mettre la main sur le serviteur qui avait été complice de Narcisse avant qu'il ne quitte le palais. Cependant, jamais le capitaine n'aurait cru mettre si facilement la main sur les deux personnes qui l'intéressait… tout cela parce que la joueuse de luth, une Nyx, avait trouvé ce domestique avant lui et qu'elle était en train d'user de son pouvoir pour lui faire tout avouer.

Quand elle l'avait repéré, il s'était immédiatement adressé à elle dans la langue d'Umbra en se désignant comme un ami de Yuri puis il l'aida à persuader le serviteur d'avouer son crime.

Une fois celui-ci partit, il s'était hâté d'embarquer cette fille, Droite, dans un lieu où personne n'irait les chercher, pas même Garista : le bâtiment des enfants du harem, aujourd'hui à l'abandon suite à l'incendie qui l'avait ravagé avant le couronnement du roi Thar – son souverain lui avait confié, lors d'un de leurs rares entretiens privés, qu'il lui arrivait encore d'entendre les cris des femmes et des enfants morts cette nuit-là.

Les murs en pierre tenaient encore debout malgré les larges fissures que certains avaient mais la majorité des étages s'étaient effondrés, le sol ayant soit été dévoré par les flammes, soit ayant été endommagé par la chaleur. Tout avait été laissé en état : les parois noircies par la fumée, les plafonds éventrés, les vestiges des rares meubles qui n'avaient pas été entièrement consumés… et les os calcinés des malheureux qui s'étaient retrouvés prisonniers de cet horrible brasier.

« Ici, personne d'indésirable n'osera venir. » précisa Raven à la jeune Nyx.

« Pas même ces soldats que j'entends fouiller les environs ? » demanda Droite, une adolescente aux yeux verts et aux cheveux vert anis coiffées en couettes.

« Aucun n'aura ce courage, croyez-moi. »

D'un signe de tête, il montra ce qui devait être un berceau à l'origine et dont les quelques ossements intacts qui étaient autour en disait assez long pour savoir qui avait dû se retrouver piéger ici.

« Effectivement… » fit Droite avant de déglutir, prouvant ainsi que même un Nyx n'était pas à l'aise face à ce genre de scène. « Il y a de quoi en faire des cauchemars. »

« Vous ne croyez pas si bien dire. »

La jeune fille se mit immédiatement en position offensive en entendant cette voix mais l'espion lui fit signe de rester calme. Sans surprise pour lui, le roi Thar les rejoignit, débarrassé de sa coiffe qu'il avait dû déposer quelque part. Des signes de contrariété étaient visibles sur son visage, probablement dus aux évènements du banquet.

« Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda la jeune Nyx, manifestement prête à en découdre s'il le fallait.

« Un entretien secret. » répondit calmement le dirigeant d'Hélios, semblant avoir mis de côté sa rage de tout à l'heure qu'il avait certainement dû assouvir d'une manière ou d'une autre. « Il s'avère que nous avons peut-être des intérêts communs avec les Griffes de Léviathan… »

« La fin de l'Alliance de Sang j'imagine. » répliqua Droite en croisant les bras contre sa poitrine. « Maître Yeagar n'a pas besoin de vous pour éliminer Barbos ! »

A l'entente de cette phrase et en se remémorant le temps nécessaire pour aller de Nomos à Aurum, Raven comprit instantanément que cette fille n'avait pas eu vent de la mort du sage nocturne. Depuis quand était-elle dans leur pays au juste ?

« Tu n'es donc pas au courant des dernières nouvelles. » fit le roi Thar avec neutralité, étant probablement arrivé à la même conclusion que lui.

« Quoi donc ? » demanda la Nyx, sur la défensive.

« Barbos a tué votre sage nocturne. La nouvelle nous est parvenue il y a quelques jours. »

A ces mots, le visage de Droite se décomposa et l'agressivité qu'elle affichait au départ s'était changée en une profonde détresse. Ses yeux verts les fixaient avec intensité, cherchant le moindre signe de mensonge mais face à l'absence de ceux-ci, elle tourna la tête vers le sol calciné, murmurant des phrases en Nyx – via les bribes qu'il parvenait à comprendre, l'espion sut qu'elle était tout aussi horrifiée qu'eux par cet acte abject qui condamnait tout un peuple.

« J'en conclus que vous êtes à présent disposée à nous écouter. » dit le capitaine avec neutralité.

« Que voulez-vous au juste ? » demanda-t-elle, la voix tremblante. « Comment ça se fait que Yuri soit à Hélios ? »

« Il a été fait prisonnier il y a trois ans de cela alors qu'il fomentait une rébellion contre moi. » répondit calmement le roi Thar. « Je l'ai placé au harem en tentant de cacher au mieux qu'il était du peuple de la nuit car je n'ai aucun intérêt à ce qu'il meure. »

« Vraiment ? Pourtant, vous seriez débarrassé de nous. »

« Exact mais Umbra est nécessaire à l'équilibre des choses et votre fin ne profiterait à personne. Qui plus est, je n'ai jamais apprécié Barbos et il m'a été rapporté avant le banquet que ses hommes avaient massacré un village, femmes et enfants compris. »

La nouvelle était tombée juste avant que le roi n'aille accueillir ses invités et Raven n'avait absolument pas été ravi de la lui transmettre, surtout en sachant ce qu'elle signifiait : l'Alliance de Sang se dirigeait vers Aurum.

Visiblement, cette annonce avait eu le même effet sur Droite, celle-ci ayant grimacé de dégoût mais le bref froncement de sourcils qu'elle avait eu lui laissait penser qu'il y avait peut-être autre chose.

« Que faites-vous au palais au juste ? » demanda le capitaine, désirant enfin savoir la raison de sa présence.

« On avait repéré vos espions donc maître Yeagar voulait savoir ce que vous prépariez contre nous. » répondit la Nyx sans détours. « Il nous avait secrètement envoyé à Aurum pour essayer de tirer ça au clair. »

Le « nous » fit tiquer Raven ainsi que la façon dont cette fille l'avait prononcé. Il s'était passé quelque chose…

« Cependant, sur les cinq que nous étions au départ, nous ignorions que l'un d'entre nous avait changé de camp. Il a tué mes trois camarades pendant que je m'étais introduite chez un noble puis il a pris la fuite. J'ai enterré mes amis comme j'ai pu et décidé de poursuivre ma mission coûte que coûte. »

Très mauvaise nouvelle. Si la jeune Nyx avait réussi à entrer au palais sous l'identité d'un joueur de luth, alors celui qui l'avait trahie était déjà à la capitale, probablement en train d'attendre les renforts qui avaient fait un carnage à Hamil – il y avait aussi fort à parier qu'ils avaient dérobé tout ce qui pourrait réduire leur temps de trajet comme des chevaux ou des barques pour descendre le Neilos jusqu'aux quais d'Haria qui étaient les plus proches d'Aurum. En sachant que la nouvelle lune était dans deux jours, il n'était pas compliqué de deviner à quel moment une attaque risquait d'avoir lieu et aussi que, même avec un renforcement du nombre de soldats, l'Alliance de Sang serait tout de même avantagée par le décuplement de ses capacités ainsi que leur vision nocturne.

Leur seule solution était de barricader les portes le plus solidement possible pour gagner du temps et user de leur avantage au niveau du terrain.

Restait le problème de la protection de Yuri qu'il fallait revoir en conséquence, Flynn n'étant pas du tout apte à lutter contre une menace pareille.

« Ton verdict Raven ? » lui demanda le roi Thar, celui-ci ayant probablement lui aussi analysé la situation sous tous les angles.

« Il faudra vite convaincre les habitants de se barricader la nuit et faire de même au palais. » répondit le capitaine, ayant achevé sa réflexion. « L'ennui, cela reste le harem qui est la partie la plus compliquée à protéger, surtout avec qui-vous-savez dedans. »

« Ils veulent Yuri, n'est-ce pas ? »

A cette question de Droite, l'espion répondit par un hochement de tête affirmatif.

« Serais-tu intéressée à l'idée de nous aider ? » questionna le souverain, ayant visiblement une idée derrière la tête. « Nous avons des intérêts communs à ce que Barbos ne reste pas le dirigeant des Nyx… »

« Qui vous dit que j'accepterai ? » répliqua sèchement la jeune Nyx. « Vous retenez en otage notre seul espoir de nous en sortir et rien ne dit que vous allez le libérer. »

« Et si je te dis que suite aux agissements de l'Alliance de Sang, je prévois de faire très prochainement un voyage le long du Neilos et que je compte emmener avec moi l'un des pensionnaires du harem ? »

Cette déclaration intéressa grandement leur invitée qui cherchait tout signe de mensonge dans les paroles du roi. Raven, quant à lui, réalisa que cela devait bien faire trois ans que son souverain n'avait pas fait le tour des villages, certainement à cause de l'arrivée de Yuri qui nécessitait une attention très particulière.

« Que voulez-vous que je fasse exactement ? »

-§-

Ils avaient suivi Lucrèce dans les couloirs du palais, celui-ci les guidant vers une zone qui leur était complètement inconnue. Flynn notait qu'ils croisaient moins de gardes que lors de leur allée dans la salle de banquet et que cette zone semblait moins bien entretenue – c'était plutôt logique vu que le roi Thar n'avait jamais pris d'épouse et qu'en conséquence, personne ne devait occuper cette partie du bâtiment excepté, peut-être, des serviteurs. Qui plus est, même s'il restait choqué par les évènements du banquet, marcher lui faisait du bien – par contre, il avait remarqué que Yuri était étrangement silencieux, ce qui l'avait poussé à se placer derrière lui au cas où.

A un moment, ils arrivèrent devant de grandes et épaisses doubles portes en bois sombre sur lesquelles des scènes avec Topaze avaient été soigneusement sculptées – la poussière ternissait grandement la beauté de ce travail – et dont les poignées étaient en or. Une serrure du même métal était visible, maintenant les deux battants de bois fermés. Le favori taciturne se mit à fouiller dans une poche intérieure de sa toge blanche et il en sortit une grosse clé ouvragée.

« Comme presque personne ne vient par ici, le roi Thar m'a donné une des clés permettant d'entrer ici. » expliqua l'érudit en insérant la clé dans la serrure. « Cette pièce est reliée à la chambre du roi par une autre porte qui est cachée et dont seul lui possède la clé. »

« Et il n'y a aucun garde d'assigné à cette zone ? » s'étonna tout de même le soldat, voyant ici une grosse faille de sécurité.

« Une poignée tout au plus et je pense qu'il ne doit y avoir qu'un seul serviteur. »

Lucrèce ouvrit les portes qui grincèrent avec force, révélant une grande chambre au sol de marbre clair dominée par un large lit au sommier en bois avec des draps en lin blanc qui semblaient être d'une qualité exceptionnelle et munis de colonnes en bois incrustées d'ivoire et de topazes colorées, soutenant un cadre auquel étaient accrochés des rideaux blancs quasiment transparents. Le reste du mobilier était tout aussi inestimable : deux fauteuils en bois sculptés dont les pieds et les bras avaient été dorés à l'or fin, un tabouret dans le même style installé à côté d'une table sur laquelle trônaient de multiples flacons en terre cuite, deux guéridons de chaque côté du lit, une table basse magnifiquement décorée, un tapis aux couleurs vives représentant une scène de la vie quotidienne, une grande broderie accrochée au mur et montrant des femmes en train de semer le blé, des vases en métal précieux ou en faïence soigneusement travaillées, d'autres rideaux très fins qui encadraient un accès à une terrasse privée…

La pièce était magnifique, surtout avec l'éclat des quelques bougies qui avaient été allumées par le vieux serviteur présent dans la chambre et qui s'inclinait respectueusement devant eux – il était clair que cet endroit était parfaitement entretenu contrairement au reste de la partie du palais réservée à une éventuelle reine.

« Le roi tient à ce que cette chambre reste en bon état. » dit Lucrèce en s'asseyant calmement sur un fauteuil. « De plus, elle a la plus belle vue qui soit sur le soleil couchant. »

« Et tu es le seul favori à avoir eu le droit de venir ici ? » demanda Yuri, manifestement très étonné.

« Toi et moi ne sommes pas convoqués pour fournir les mêmes services. »

Flynn se souvint que cela lui avait déjà été mentionné : le favori taciturne était réputé pour son savoir et c'était la raison principale de son entrée au harem ainsi que de son statut. Manifestement, il avait des privilèges différents de ses pairs.

« A ta place, je m'allongerai. » déclara Lucrèce en fixant le Nyx. « Tu as une très mauvaise mine. »

Le soldat s'était attendu à ce que Yuri réplique qu'il allait bien mais il réalisa que le jeune homme à la chevelure de jais semblait lutter pour ne pas tomber. Il s'apprêtait à le retenir quand les jambes du favori finirent par céder, lui laissant tout juste le temps de se jeter sous lui pour amortir sa chute et l'empêcher de cogner sa tête contre la table basse. Il regarda ensuite s'il allait bien, entendant sa respiration saccadée, puis il vit les yeux du Nyx : si l'œil droit était toujours gris anthracite, le gauche s'était à demi teinté de rouge et cette couleur progressait de plus en plus dans l'iris.

« Ce n'est pas vraiment une bonne idée de lutter contre un dieu aussi puissant qu'Umbra. » dit calmement l'érudit. « S'il veut te posséder, il le fera, peu importe que tu le veuilles ou non. »

Yuri était en train d'empêcher le dieu des ténèbres de prendre le contrôle ? Comment Lucrèce pouvait-il le savoir ? Et pourquoi Umbra avait décidé de se montrer maintenant au lieu d'attendre comme c'était convenu au départ ?

Le Nyx s'écarta de lui pour s'asseoir contre le lit et, à l'instant même où il ferma les yeux, un courant d'air glacé vint éteindre toutes les bougies, exactement comme cette fameuse nuit aux bains. Les yeux rouges luisants d'Umbra vinrent percer les ténèbres qui n'étaient éclairée que par l'ouverture de la terrasse.

« Li tiaçnemmoc à m'recaga… » déclara la voix rauque de la divinité dans la langue du peuple de la nuit.

En essayant de bouger, Flynn constata qu'encore une fois, il avait été paralysé, ce qui devait être aussi le cas de Lucrèce. Sans son bracelet, il lui serait impossible de lutter.

Le dieu des Nyx le fixa intensément avant de se rapprocher de lui. Si le soldat ne pouvait qu'à peine distinguer ses gestes, il pouvait parfaitement sentir que la divinité s'installait sur lui, s'asseyant à califourchon sur son bassin avant de se baisser jusqu'à ce que leurs nez se touchent. Son cœur battait la chamade quand il sentit ce souffle tiède sur sa peau puis un doigt venir caresser sa lèvre inférieure.

« Sesilaér-ut tnemelues à leuq tniop ut seriséd ressarbme'l ? » fit Umbra sur un ton étrange. « Tse'c à es rednamed leuqel tse el sulp elgueva. »

Alors qu'il essayait de trouver un sens aux paroles qu'il venait d'entendre, la réflexion de Flynn s'arrêta net quand il sentit les lèvres du dieu sur les siennes. Les yeux à l'éclat carmin étaient fixés dans les siens, analysant toutes ses réactions et semblant s'amuser de sa stupeur.

Le contact fut bref mais suffisant pour que ses sens soient dominés par le parfum entêtant qui émanait de Yuri depuis sa sortie du harem – était-ce l'odeur de la lavande qui était la plus puissante ou bien celle d'une autre fleur ? –, la douceur de sa bouche contre la sienne et par sa mémoire qui lui montrait bon nombre d'images du favori à la beauté indéniable. Son imagination s'emballa, créant des scènes où tous deux partageaient des moments intimes dans divers lieux : l'un donnant une datte à manger à l'autre, une séance de massage, une baignade au clair de lune – il sentit le rouge lui monter aux joues en se voyant en train de coucher avec le Nyx dans la chambre de ce dernier ou encore face à une scène se déroulant aux bains et où la bouche du bel éphèbe semblait très occupée entre les cuisses de son gardien.

Soudain, une vive lumière apparut au dessus d'eux et Umbra, surpris, se tourna vers son origine. Sa vue étant à présent dégagée, Flynn réalisa que le plafond était sculpté et qu'en son centre, un soleil était à présent en train de briller vivement, ce qui n'était visiblement pas du goût de la divinité des ténèbres. A peine ce dernier tenta de s'en éloigner qu'un rayon de lumière le frappa de plein fouet dans le dos, assommant le dieu des Nyx qui s'écroula à côté du soldat tandis que les ténèbres s'estompèrent enfin.

Encore estomaqué par ce qu'il venait de se produire, le soldat vit à peine Lucrèce s'approcher et placer ses doigts contre la nuque de Yuri.

« Il devrait reprendre conscience assez vite. » déclara le favori taciturne avec un calme extraordinaire. « Par contre, il a eu de la chance que ce soit Topaze et non Sol qui ait placé cette défense car autrement, ce n'est pas un mal de tête qu'il aurait eu. »

Flynn allait lui demander des précisions quand le Nyx émit un grognement avant de commencer à se relever en se massant le crâne. En l'aidant avec Lucrèce à s'asseoir sur le lit, il constata que si le bel éphèbe avait repris le contrôle, son œil gauche était resté rouge sang.

« Ça va aller ? » questionna le soldat en essayant de ne pas croiser le regard anthracite, les images montrées par Umbra étant encore très vives dans son esprit.

« Ouais… » grogna Yuri qui évitait de le fixer, très certainement pour des raisons similaires. « Par contre… »

Sans prévenir, le Nyx attrapa la toge du favori taciturne et le tira vers lui jusqu'à ce que leurs visages soient face l'un de l'autre. Ses yeux remplis de colère se vissèrent dans ceux marron qui eux, exprimaient un étonnement non feint et de la peur.

« Qu'est-ce que tu fabriques au juste ? » demanda le membre du peuple de la nuit avec méfiance.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » répondit Lucrèce avant de déglutir.

A ces mots, Yuri, visiblement plus fort physiquement que le favori taciturne, força ce dernier à s'allonger sur le lit, ignorant Flynn qui vit à quel point le jeune homme ne semblait pas avoir de mal à maîtriser son camarade du harem. Ensuite, il plongea sa main sous la toge de l'érudit qui tenta de résister mais qui se faisait écraser par le poids qui était sur lui puis, quand cette main pâle réapparut, elle tenait entre ses doigts une lanière en cuir très familière.

« Et ça, c'est quoi ? » questionna le Nyx avec froideur en montrant le bracelet du soldat.

Sa couleur tranchant avec les teintes de la pièce, il lui était impossible de ne pas reconnaître la turquoise qu'il avait porté au poignet depuis le jour où son père lui en avait fait cadeau et qui était censée être au harem, à l'abri des regards.

« Pourquoi as-tu ceci en ta possession ? » demanda Flynn, encore sous le coup de la surprise.

« Je vous ai vu le cacher et je l'ai pris juste avant de rejoindre le banquet. » avoua Lucrèce en serrant les dents. « Je savais que mes accusations risquaient de mener à une fouille du harem et je ne voulais pas que Garista tombe là-dessus. »

« Et ? » insista Yuri, son ton étant étrange à l'oreille du soldat, comme s'il était en train de réprimer une émotion – un coup d'œil à ses lèvres lui fit réaliser que celles-ci tremblaient légèrement.

« Il voulait juste me parler. »

Le son de la voix éthérée leur fit réaliser à tous les trois que la divinité était avec eux, une légère lumière bleutée émanant de la turquoise. Le Nyx s'écarta brutalement du lit, jetant le bracelet sur les draps tandis que l'érudit lâcha un soupir de soulagement avant de se mettre à genoux devant le bijou.

« Mes excuses pour tout cela vénérable. » déclara Lucrèce en s'inclinant avec respect. « J'ai été si concentré sur le fait d'arriver à temps pour contrer Narcisse que j'en ai oublié mes bonnes manières. J'espère pouvoir racheter mes fautes… »

« Je ne suis pas fâché contre toi. Tu étais dans l'urgence. » répliqua le dieu mystérieux tandis que la lumière bleutée semblait s'être légèrement accentuée. « Cependant, il faudrait que l'un de vous aille calmer Yuri car je ne pense pas que mon oncle se soit contenté de lui dire que j'étais avec vous. »

A l'entente de ces mots, Flynn chercha le favori du regard et constata vite qu'il n'était plus dans la pièce. Ne se souvenant pas d'avoir entendu les portes grincer, il se dirigea directement vers la terrasse cachée derrière les fins rideaux blancs qui ondulaient sous la légère brise nocturne.

Cet espace extérieur était plus petit que la chambre mais assez grand pour y installer un banc en bois sculpté, des plantes décoratives et une petite table avec un vase en terre cuite – il suspectait que cet emplacement était parfait pour lire ou simplement pour admirer le soleil dans sa course vers le couchant.

Malgré le peu de lumière que les étoiles lui offraient avec le fin croissant de lune, il repéra Yuri assis dans un coin, ses cheveux sombres et ses habits se confondant avec les ténèbres alors que sa peau captait en partie le scintillement des astres. Seulement, il ne vit pas ce dernier bouger, comme s'il n'avait pas remarqué sa présence.

Avec précaution, il s'accroupit devant le favori pour être au même niveau que lui et ôta ce fichu masque qui lui cachait une partie du visage.

« Yuri ? »

Un léger sursaut secoua le Nyx qui leva brusquement les yeux vers lui – depuis cette fameuse nuit aux bains, il n'avait plus eu autant l'impression que le jeune homme face à lui était si fragile.

« Ça va aller ? » demanda le soldat avec inquiétude avant de poursuivre face au silence du favori. « Est-ce que… »

« Non. » coupa Yuri en baissant la tête. « J'aimerai vraiment que ça s'arrête enfin mais… »

Pendant un moment, aucun d'eux ne prononça le moindre mot, l'un semblant perdu dans ses pensées et l'autre attendant que son interlocuteur soit prêt à lui parler de ce qu'il avait sur le cœur – en temps normal, il l'aurait certainement brusqué mais face aux évènements du banquet et aux images que le dieu de la nuit lui avait mises en tête, il avait plus envie d'aller enfin se coucher que de hausser le ton. Puis le regard sombre croisa le sien.

« Aide-moi à me lever. »

Le soldat s'exécuta, tendant une main au favori une fois qu'il se fut remis debout puis il le tira vers lui. Une main pâle se posa sur son épaule pour éviter de perdre l'équilibre avant que les yeux anthracite viennent chercher les siens avec une certaine urgence.

« Umbra est un menteur, n'est-ce pas ? » lui demanda soudainement Yuri dont le ton trahissait une angoisse qu'il peinait à dissimuler.

« C'est ce qu'il se dit oui. » répondit Flynn dont l'inquiétude grandissait, surtout en se souvenant des paroles prononcées par la voix éthérée. « Qu'est-ce qu'il t'a dit au juste ? »

Le Nyx déglutit avant d'ouvrir la bouche mais, avant même qu'un mot n'en sorte, un grincement se fit entendre, coupant net leur conversation quand ils reconnurent celui-ci : la porte de la chambre avait été ouverte.

Rapidement, le favori lui prit le masque qu'il tenait dans sa main gauche pour le lui remettre en place, y glissant au passage une mèche blonde qui avait réussi à s'échapper du casque. Ils mirent ensuite très vite de la distance entre eux : le soldat se posta à côté de l'ouverture de la chambre tandis que le bel éphèbe alla se placer contre le muret en pierre, faisant mine d'admirer la vue qui lui était offerte sur les jardins du palais.

Quelques secondes après, Flynn entendit Lucrèce indiquer où ils se trouvaient et, un instant plus tard, il vit le roi Thar passer à côté de lui puis s'arrêter en voyant Yuri. Le regard du souverain s'attarda sur la silhouette du favori, semblant en détailler la moindre courbe, avant de se tourner vers lui.

« Laisse-nous seuls. » ordonna le maître des lieux avec dureté. « Je m'occuperai de ton cas après. »

Des images de cette fameuse nuit où le Nyx était revenu dans un sale état lui revinrent en mémoire. La marque de morsure sur la nuque, le coup reçu en bas du visage, les griffures sur le dos, le sang qui coulait le long des jambes, l'horreur qui l'avait saisie face à cette vision… et la colère qu'il avait éprouvée envers le roi pour ce qu'il avait fait.

A contrecœur, il obéit à l'ordre qui lui avait été donné mais une fois de retour à l'intérieur, il resta près de l'ouverture menant à la terrasse, paré à intervenir au moindre signe de danger. Ses yeux bleus se posèrent sur le lit où Lucrèce était assis face au capitaine Schwann – le bracelet n'était plus là, signe que l'érudit avait certainement dû le cacher en entendant la porte grincer. Son supérieur, l'air visiblement épuisé, le fixa d'un air grave.

« J'ai prévenu Karol que vous resteriez ici cette nuit. » déclara le trentenaire dont le regard bleu glissa avec suspicion vers le favori taciturne. « La fouille du harem va être longue mais rien de suspect n'a été trouvé dans vos appartements. »

« Yuri et moi n'avions rien à cacher de toute manière. » souligna Lucrèce, ses yeux marron allant du capitaine au soldat. « Mais pour les autres… »

S'il y avait bien une chose dont Flynn était à présent convaincu, c'était que l'érudit leur avait bien caché son jeu à tous. A priori, il n'était pas leur ennemi car il aurait très bien pu les dénoncer au roi dès qu'il avait compris ce qu'était le bracelet… ou réalisé que Yuri était un Nyx. D'ailleurs, depuis quand savait-il cela au juste ?

« Concernant demain matin, il se peut que l'exécution ait lieu. » poursuivit le capitaine avec gravité. « Je doute que les connaissances de Narcisse dans les poisons soient assez poussées pour qu'il ait pu mettre la dose mortelle dans le vin et puis… »

« Il n'est pas commun d'user du cactus Peyotl. » compléta Lucrèce en fronçant le nez. « Sauf s'il on a eu les enseignements nécessaires à cela, je ne vois pas comment il aurait pu connaître ses effets. Cela limite pas mal la liste de ses complices potentiels, surtout qu'il n'était pas du genre à batifoler avec son personnel… »

Ces quelques mots suffirent à faire rougir le soldat, se souvenant de ce que le Nyx lui avait raconté sur ce que faisaient les pensionnaires du harem entre eux et de sa prudence vis-à-vis de ses faits et gestes – il se rappela notamment de ce massage des épaules qu'il avait reçu et où Repede montait la garde pour, justement, éviter qu'ils ne soient aperçus dans une position qui pourrait être mal interprétée. Sa mémoire lui rappela aussi qu'il n'était pas aussi insensible aux charmes du favori qu'il aurait aimé l'être, s'étant laissé plusieurs fois séduire par sa beauté physique et les visions d'Umbra ne l'ayant pas laissé aussi indifférent qu'il aurait aimé l'être.

« Pour ce qui est de… »

Le son d'un vase brisé interrompit le capitaine Schwann. Des cris venant de la terrasse suivirent très vite et Flynn se hâta d'aller voir ce qu'il se passait.

-§-

Après leur conversation avec Droite, Raven et le roi Thar étaient revenus dans la partie principale du palais via le passage secret qu'il avait emprunté et qui débouchait tout droit dans sa salle de travail – l'espion savait via le souverain qu'il existait une dizaine de couloirs cachés dont seule la famille royale connaissait l'emplacement pour chacun d'entre eux et qu'ils avaient différents rôles comme permettre de sortir en cachette ou de rejoindre discrètement le harem si nécessaire, une fonction qui avait été grandement prisée par le précédent roi dont la reine était connue pour sa jalousie envers les concubines de son époux.

Ils n'avaient quasiment échangé aucune parole sur leur route vers les quartiers de la reine, un lieu où son maître n'avait pas d'excellents souvenirs – quand on savait qu'il était le fils d'une des favorites et non de la reine, il était aisé de comprendre d'où venait le problème, surtout quand l'on avait discuté avec Rowen, le plus vieux des serviteurs officiant au palais, et que celui-ci avait mentionné de quelle manière elle punissait les enfants de ses rivales ainsi que la façon dont elle élevait sa fille. Ils avaient été stoppé par un des soldats venu leur faire un compte-rendu de la fouille du quartier des favoris au harem – s'il était soulagé que rien n'ait été trouvé contre Yuri, le fait que Lucrèce n'avait rien d'étrange dans sa chambre l'étonnait quelque peu vu d'où sortait l'individu – qu'ils avaient ensuite congédié – il lui avait cependant été demandé de transmettre aux serviteurs concernés que leurs maîtres ne dormiraient pas au harem cette nuit.

A leur arrivée, le doyen des serviteurs leur ouvrit les portes grinçantes des appartements de la reine. Seul Lucrèce était visible, sa toge quelque peu en désordre et sa respiration plus rapide qu'à l'accoutumée, ce qui était hautement suspect aux yeux de l'espion. Seulement, le roi ne s'en formalisa pas et demanda où se trouvait Yuri, l'érudit désignant rapidement la terrasse avant de s'asseoir dans une position plus confortable sur le lit.

Quand le souverain fut sorti puis Flynn rentré, Raven engagea la conversation, observant de près ce favori dont il se méfiait grandement pour guetter la moindre réaction suspecte… mais il fut interrompu par du bruit venant de la terrasse.

Le jeune soldat s'y était tout de suite précipité, imité par le capitaine qui avait immédiatement posé la main sur la garde de son sabre. Sauf qu'à peine eurent-ils mis un pied à l'extérieur qu'il leur fallut retourner dans la chambre, le roi y conduisant le jeune Nyx qui semblait en état de choc.

Il n'en fallait pas plus pour que l'espion comprenne que le souverain venait d'annoncer à son favori la mort du sage nocturne… et que ce dernier prenait très mal la nouvelle – cela était logique vu qu'il était le plus à même de savoir les conséquences de cela sur son peuple.

« Rowen ! » appela le roi Thar tandis qu'il laissait Yuri entre les mains de Lucrèce qui commença immédiatement à l'examiner. « Amenez tout de suite ce qu'il faut ! »

A peine le vieux serviteur eut vu la situation qu'il se hâta de sortir chercher le nécessaire. Pendant ce temps, l'érudit avait forcé le Nyx à s'asseoir sur le lit avec l'aide du jeune soldat qui essayait de calmer le favori en lui parlant. Seulement, quelqu'un n'avait pas oublié l'autre raison de sa venue…

« Toi, debout ! » fit le souverain d'un ton sec en attrapant brutalement le bras de Flynn pour le forcer à se lever. « Qu'est-ce que tu me caches au juste ? »

Pendant un instant, les deux hommes se toisèrent du regard, tout cela sous les yeux effarés de l'espion et des deux favoris – de ce qu'il pouvait en juger, Lucrèce était le plus calme d'entre eux à l'inverse de Yuri qui était littéralement terrifié, ce qui était plus que surprenant chez lui. Puis, sans un mot, le jeune soldat ôta le masque qu'il portait et le laissa tomber au sol avant de faire de même avec son casque, dévoilant aux yeux du roi des cheveux blonds en épis et un regard azur qui n'avait absolument pas peur de soutenir ces yeux mordorés le fixant avec étonnement… et un intérêt loin d'être feint.


1 : Le cactus peyotl a des propriétés hallucinogènes ainsi que des effets secondaires peu agréables…

2 : Le laurier rose est une plante décorative qui est certes très belle mais aussi très toxique ! Il est effectivement déconseillé de la planter près d'une source d'eau car elle peut contaminer celle-ci.

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2016-12-25 11:17 pm
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Petites anecdotes TOV

Disclaimer : TOV n’est pas à moi.

Titre : Petites anecdotes de Tales of Vesperia

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Note : Comme j’ai foiré mon coup pour finir dans les temps la suite de Soleil de Minuit, je vous propose de reprendre ici un format que, jusqu’ici, je n’avais utilisé que sur le fandom D. Gray-man avec plus ou moins d’humour. Bonne lecture !


Lors des élections pour élire Miss Dahngrest, Judith s’était inscrite mais suite à un vilain rhume, n’avait pas pu participer et Yuri, seul membre de Brave Vesperia ayant des mensurations approchantes des siennes, dû prendre sa place pour essayer de gagner un des prix en jeu.

Yuri se demandait encore comment les juges avaient fait pour ne pas réaliser, durant le défilé de maillot de bain, qu’il était un homme et par quel miracle il avait fini première dauphine avec un gain de cinq mille galds.

Il fit cependant jurer à toute la guilde de ne jamais parler à Flynn de cette histoire.

— —

Chaque matin pendant plusieurs jours, Rita avait sans cesse trouvé à sa porte une rose rouge avec une carte sur laquelle était écrite des poèmes d’amour et qui n’était pas signée. En ayant assez de ce mystère, elle finit par mener l’enquête et découvrit que leur auteur était un jeune agriculteur d’Halure.

Après un interrogatoire quelque peu brulant, elle finit par comprendre que celui-ci s’était trompé de maison et qu’il était en fait amoureux de la fille de l’aubergiste et qu’il était trop timide pour aller lui parler.

Le lendemain, Rita trouva une carte de remerciement et un panier de légumes fraichement récoltés en guise de cadeau d’excuse.

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S’il y avait bien une chose que Sodia n’appréciait pas, c’était que l’on remette en doute ses capacités à cause du fait qu’elle était une femme. Entendre des rumeurs disant qu’elle couchait avec son Commandant lui hérissait le poil et ternissait l’image de son supérieur.

Lorsqu’un groupe de chevaliers fraichement enrôlés lui manqua de respect devant le Commandant Scifo, ce dernier leur proposa donc de vérifier par eux-mêmes si le poste de son lieutenant était justifié.

Autant dire que Sodia avait beaucoup apprécié de pouvoir se défouler en bottant les fesses d’une bande de jeunes recrues indisciplinés puis de leur apprendre le respect à leurs supérieurs en les assignant aux pires corvées pendant un bon mois.

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Lors d’un séjour à Dahngrest, Sodia eut un accrochage avec deux hommes dans une taverne, le tout sous le regard indifférent de Yuri Lowell. Quelques habitués lancèrent des paris sur qui sortirait victorieux de la bagarre et si tout le monde paria entre dix et cinquante galds contre elle, étonnamment, ce fut Lowell qui paria sur elle et ce, la somme de mille galds.

Quand elle eut gagné, le membre de Brave Vesperia se fit un plaisir de récolter l’argent des paris puis, une fois qu’il eut établit le total, il lui donna le tout en lui précisant de remettre cette somme à Hanks dans les bas-quartiers pour lui rembourser quelques carreaux qu’il avait cassé durant son enfance.

Bien que prise de court, Sodia avait exécuté cette demande sans poser plus de questions.

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Opportuniste comme il l’était toujours, Raven avait trouvé un moyen d’entrer dans les vestiaires de l’élection de Miss Dahngrest sans se faire prendre. Cependant, il n’aurait jamais imaginé tomber nez à nez avec Yuri qui était en train d’enfiler tant bien que mal une robe de soirée.

S’il avait bien pensé un temps se moquer de son ami, il y avait vite renoncé en réalisant que celui-ci comprendrait très vite de quelle manière il aurait pu découvrir cela…

Qui plus est, Yuri était loin d’être désagréable à regarder en robe.

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Si Flynn tolérait que son ami d’enfance apprenne à Lady Estellise comment se débrouiller seule hors du palais, il aurait tout de même aimer avoir son véto sur certaines choses, notamment sur l’argot parfois utilisé dans les bas-quartiers.

Le Commandant a mis une bonne demi-journée à défaire les bêtises de Yuri en expliquant à la princesse le véritable sens de ces mots et que non, quand un homme disait qu’il allait « s’astiquer », cela ne signifiait pas qu’il allait se laver.

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Vers l’âge de dix ans, Yuri et Flynn s’étaient tous deux demandés pourquoi les adultes s’embrassaient sur la bouche. Ils avaient tenté l’expérience de leur côté et à l’époque, ils trouvaient ça dégoutant.

Trois ans plus tard, ils avaient retenté cela avec la langue et là, ils avaient surtout réussi à se refiler leurs microbes vu que tous deux avaient attrapé un virus qui les avaient cloué au lit pendant deux jours.

L’année suivante, lors d’un nouvel essai, Yuri avait perdu l’équilibre et avait eu une belle bosse sur le crâne.

D’un commun accord, ils avaient conclu qu’il valait mieux qu’ils ne renouvellent pas cela encore une fois.

— — —

Quand Karol était venu le voir pour lui demander des conseils sur comment plaire à Nan, Yuri lui avait répondu tout simplement d’être lui-même et qu’elle l’aimerait ainsi pour ce qu’il était réellement. Pour appuyer son argument, il lui montra Raven en train de draguer une fille dans la rue puis se prendre une magnifique baffe quand sa langue fourcha sur la nature du lieu où il voulait l’emmener dîner.

Karol se jura intérieurement que, concernant les histoires d’amour, il ne prendrait jamais Raven en exemple.

— —

Lors d’un passage à Nam Cobanda, Rita et Karol furent fortement incités par un mystérieux croupier de venir jouer à la roulette, celui-ci leur ayant précisé que le jeu était très simple. Sceptiques, ils avaient appelé Judith qui, en voyant l’individu, l’avait immédiatement reconnu comme étant un escroc.

Elle l’avait regardé avec un grand sourire avant de s’installer à table… et de totalement dévaliser celle-ci à une vitesse ahurissante. Quand le prétendu croupier avait tenté de s’enfuir, elle l’avait assommé en lui rappelant au passage qu’inciter des mineurs à jouer à des jeux d’argent était illégal.

L’homme purgeait à présent une peine d’emprisonnement pour escroquerie et Rita cherchait encore à comprendre comment la krytienne avait réussi l’exploit de gagner la somme de cinq cents mille galds sur un jeu régit par le hasard.

— —

Dans la catégorie « requêtes bizarres », la liste de Brave Vesperia s’allongeait de plus en plus. Le dernier en date avait été décroché par Judith qui, contre la somme de dix mille galds, devait amener à un noble d’Heliord un total de… dix canards du continent de Yurzorea. Qui plus est, les animaux devaient impérativement être vivants.

Elle comprit plus tard que l’homme collectionnait les canards et qu’il dépensait à chaque fois des fortunes pour en obtenir un.

— —

—Judith ? Je peux t’emprunter ce livre ?

—Hmm, non. Je ne l’ai pas encore terminé.

Calmement, la krytienne avait récupéré des mains d’Estelle le roman du Prince Captif et l’avait remis à sa place d’origine. C’était encore un peu tôt pour que son amie attaque ce genre de lecture. Par contre, il faudra qu’elle trouve un bon endroit où le cacher pour ne pas que Karol tombe dessus.

— —

En lisant le journal, Flynn était tombé sur un article parlant des élections de miss Dahngrest qui était accompagné d’une image représentant la gagnante et sa dauphine. Il avait observé celle-ci pendant un bon moment avant de se dire que, personnellement, il aurait fait le choix inverse.

Il en avait parlé avec Yuri lorsque celui-ci était passé lui rendre visite et son ami d’enfance s’était bien gardé de dire quoique ce soit.

— —

Quand il avait vu que Sodia était tombé sur ce fameux article, Yuri s’était dit qu’elle allait se moquer de lui, ce qui serait logique vu leurs rapports. Cependant, au lieu de ça, la rousse l’avait plusieurs fois regardé de haut en bas, l’air sceptique, avant de lui demander de but en blanc comment il avait réussi à ne pas se faire griller, ce à quoi il répondit qu’il se posait encore la question.

Puis il ajouta que même Flynn était tombé dans le panneau, faisant que tous deux commencèrent à remettre en question la qualité de la vue de ce dernier.

— —

—Eh le chien ! Va chercher !

L’homme, un peu louche, lança ce qu’il tenait à la main… mais Repede ne prêta aucune attention à l’emplacement où était tombé l’objet en question. Il poussa donc un grognement sonore puis, quand il vit que cet humain était encore là, il montra les crocs et aboya, ce qui le fit détaler.

Repede avait été chargé de surveiller cette porte et il était hors de question pour lui de se faire avoir ainsi. De tous les membres de Brave Vesperia, il était le seul à savoir rester professionnel en toutes circonstances.

Une fois son travail terminé, il pouvait s’autoriser à relâcher sa vigilance mais pas avant.

— —

Au sein de Brave Vesperia, Karol gérait beaucoup de choses à la fois en tant que chef de la guilde mais aussi parce qu’il n’avait pas une totale confiance envers ses camarades sur certaines choses comme la logistique ou la comptabilité.

Sur ce dernier point, l’adolescent s’estimait heureux de tenir fermement les cordons de la bourse car en plus des frais de fonctionnement et de ce qu’il mettait de côté pour payer le crédit sur leurs locaux, il fallait en plus qu’il prévoit une cagnotte spéciale réservée à toutes les fois où Yuri et Judith cassait du mobilier dans des bagarres ou pour quand l’épéiste se retrouvait derrière les barreaux durant son travail et que Flynn refusait de payer la caution le jour même.

Heureusement que Repede savait bien se comporter car autrement, les comptes de Brave Vesperia seraient certainement dans le rouge.

— —

A la fin du mois, Karol faisait le bilan des requêtes effectuées par chacun et des sommes gagnées. En regardant les parties les concernant, Yuri et Judith se demandèrent si leur cadet ne s’était pas trompé car c’était eux qui avaient eu le plus de travail.

Puis leur chef leur expliqua calmement que les frais qu’ils avaient chacun engendrés de leur côté avaient été déduits : pour Judith, c’était le coût du remplacement du piano d’un bar à Nordopolica qu’elle avait cassé durant une bagarre ainsi que plusieurs autres éléments de mobilier et pour Yuri, c’était la caution que Karol avait dû payer pour le libérer après qu’il ait cherché à refaire le portrait d’un noble hautain à Capua Torim ainsi que les dommages et intérêts qu’il devait après avoir renversé accidentellement un stand appartenant à la guilde de Kaufman.

Après cela, Yuri et Judith avaient compris que s’ils ne faisaient pas plus attention, Repede risquait de gagner souvent le quintuple de leur salaire.


NB : Voilà pour cette fois. Je reconnais que ça ne vole pas haut mais ça me permet de vider mon cerveau. Sur ce, bonnes fêtes de fin d’année à tous et à bientôt sur une autre fic !

kaleiyahitsumei: (Default)
2016-09-25 11:49 am

Soleil de Minuit - Partie 3

 Note : Alors… Cette fic n'a pas avancé depuis… Houlà ! Tant que ça ? Bon ben il est temps de vous redonner de la lecture et je vais me remettre à écrire car j'ai quand même pas mal de boulot.

Playlist :

Xandria – On my way

Xandria – Nightfall

Delain – Here come the vultures

Emmanuel Moire – L'attraction

Epica – Unchain Utopia


 

Partie 3

A Séléné, la demeure du devin lunaire était un peu plus animée qu'auparavant. Duke avait fait la connaissance de Rita, la jeune hélienne qui avait réussi à s'introduire dans leur empire, et celle-ci s'était révélée être une compagnie des plus intéressantes…

Normalement, il ne devait partager sa demeure qu'avec son ou ses éventuels apprentis mais la princesse Estellise, vu son statut, résidait au palais, faisant que quand cette jeune adolescente d'Hélios lui avait demandé si elle pouvait rester chez lui pour faire ses recherches, il avait hésité avant d'accepter. Cependant, aucun courroux divin de la part de Luna ou d'Océan n'étant venu les frapper, il en avait conclu que cette jeune fille était la bienvenue en ces lieux.

Le récit qu'elle lui avait conté lui parut des plus vraisemblables et expliquerait que la colère de Sol soit telle… mais son sang de Nyx avait perçu quelques vérités dissimulées qu'il s'était attelé à déterrer quand il fut seule avec elle. Elle lui fournit l'histoire complète assez rapidement et il ne put s'empêcher d'être intrigué qu'un jeune homme du peuple de la nuit ne se soit pas caché à Séléné, ce que sa locataire avait-elle aussi trouvé curieux mais qu'elle n'avait pas pu creuser car son ami avait été fait prisonnier avant qu'elle n'ait pu se renseigner. Elle lui avait aussi avoué avoir dérobé pas mal de choses appartenant aux prêtres de Sol, dont un parchemin détaillant quelques rituels pour appeler le dieu solaire – comme elle avait mémorisé son contenu, Duke en discuta avec elle et il constata vite qu'elle avait des connaissances théoriques plus que dignes de quiconque commencerait un apprentissage pour entrer au service d'une divinité.

A défaut de pouvoir pleinement l'aider dans sa quête, le devin lunaire proposa à Rita de l'aider dans ses rituels pour prier Luna, ce qu'elle accepta avec gratitude. Ainsi, il remarqua chez elle ce désir d'apprendre et cela confirma le potentiel qu'elle possédait – son seul défaut restait son caractère un peu explosif qui ne convenait guère pour une déesse calme comme Luna mais qui pourrait éventuellement plaire à un dieu comme Sol ou amuser Umbra qu'il imaginait aisément s'occuper en lui faisant des farces. Un sorcier solaire comme elle serait très intéressant à voir en action.

Cela faisait presque une semaine qu'ils travaillaient ensemble, attendant des nouvelles d'Hélios, quand la princesse Estellise vint les rejoindre près de l'étang ce matin-là, l'air grave. Derrière elle, il y avait un homme dissimulé sous un épais manteau sombre à capuche avec une écharpe en fourrure brune et des bottes montant jusqu'en dessous de ses genoux. Cette tenue était lourde pour la saison et le style n'était pas celui de Séléné… mais Duke, bien que cette époque était très lointaine, reconnaissait parfaitement l'habit typique des Nyx qui évoluaient en dehors de Némésis, habitués à braver le climat froid des hauteurs des Dents de Cerbère – les Terres des Nyx n'étaient pas très clémentes quand on quittait la région du lac Lymna et que l'on ignorait qu'il fallait se méfier de l'une des nombreuses rivières qui prenait sa source dans ces montagnes.

« Pardonnez-moi Duke mais il a demandé à vous voir de toute urgence. » s'excusa la princesse en le fixant de ses grands yeux turquoise. « Il est arrivé il y a peu avec une dizaine de personnes. »

« Ce n'est rien. » fit le devin lunaire en reposant le shamisen (1) dont il jouait pour prier Luna avant de se relever, prenant soin de se placer entre le nouveau venu et Rita. « Je n'avais pas réalisé que nous étions encore en hiver sur les Terres des Nyx. »

« J'ai dû contourner la capitale via les plus hauts sommets pour arriver jusqu'à vous. » s'expliqua l'inconnu avant d'ôter sa capuche, dévoilant un trentenaire aux cheveux bruns – il avait une longue mèche sur le devant et le reste était plus court – dont les yeux marron brillaient d'intelligence. « Wonderful pays qu'est Séléné… »

L'accent de cet homme était typique des Nyx qui ne fréquentaient pas les alentours du lac Lymna et le langage utilisé ressemblait à celui qu'employaient les montagnards. Quand il ôta son manteau, dévoilant une veste en cuir sombre ainsi qu'une broche en argent sur le col de celle-ci, Duke comprit à qui il avait réellement affaire : le chef des Griffes de Léviathan, le clan rival de l'Alliance de Sang.

« Il l'est tant que l'on ne cherche pas à en perturber l'équilibre. » avertit le devin lunaire qui, notant le regard de son interlocuteur dévier vers la droite, comprit qu'il avait remarqué la présence de Rita. « Nous sommes d'accord ? »

« My dear… Je ne suis pas ici pour tuer une hélienne si cela peut vous rassurer. » répliqua le Nyx avant de se tourner vers la princesse. « Forgive me d'abuser de votre hospitalité mais avez-vous un endroit où nous pourrions discuter tous les quatre tout en se désaltérant ? La marche jusqu'à Tsuki fut assez longue… »

« Il y a un Kotatsu (2) que nous pouvons utiliser et si cela vous convient, je peux faire un peu de thé. » proposa Estellise en désignant la demeure du devin lunaire.

« Du thé ! Cela est parfait my dear ! »

Emboîtant le pas de la jeune femme aux cheveux roses, ils pénétrèrent dans la modeste maison du devin. Après avoir laissé leurs chaussures dans le casier de bois prévu pour cela dans l'entrée, ils se rendirent dans la première pièce à leur gauche, une salle dont le sol était recouvert de tatamis et dont la décoration se limitait à une aquarelle de Luna qui composait un bouquet de fleurs ainsi qu'à un dessin à l'encre représentant des poissons nageant dans l'eau.

Tandis que la princesse et Rita se rendirent dans la petite cuisine adjacente, Duke invita son visiteur à s'installer sur l'un des zabutons (3) placé autour du Kotatsu.

« Votre pays natal ne vous manque pas my dear ? » lui demanda le chef de clan avec un sourire malicieux.

« Les coutumes du peuple de la nuit sont encore très vives dans mon esprit mais je ne regrette pas d'être venu à Séléné. » répondit calmement le devin lunaire, ce qui sembla satisfaire son interlocuteur. « Par contre, nous avions peu de nouvelles de Némésis donc excusez-moi de ne pas connaître votre nom. »

« I forget que Barbos avait grandement freiné le commerce avec l'empire. Mon nom est Yeager et j'aurais besoin de votre aide. »

La mine grave qu'arborait à présent le dirigeant des Griffes de Léviathan ne promettait pas de bonnes nouvelles. Que s'était-il donc produit pour qu'il vienne à Séléné ? Avait-il besoin d'une protection quelconque pour ne pas rester sur les terres des Nyx ?

« La situation doit être grave pour que vous ayez quitté les montagnes. » constata Duke tandis que les filles revenaient avec le thé et s'installaient. « De plus, je ne vois pas pourquoi c'est de moi dont vous auriez besoin. »

« My friend, croyez-moi que cela ne m'enchante pas mais j'ai dû prendre une décision en catastrophe face aux derniers évènements. » déclara Yeager tout en fixant avec un intérêt non feint la théière en fonte noire. « My dear princess, dites-moi que vous avez préparé ce thé dont nous avions discuté sur le chemin. »

« Oui sieur Yeager, c'est bien du Genmaïcha. (4) » confirma Estellise avec un sourire avant de servir chacun d'eux.

« Wonderful ! Hélios faisait de bons thés à une époque mais j'ai cru comprendre qu'eux aussi avaient quelques soucis… »

Un coup d'œil sur le côté permit au devin de constater que Rita faisait de son mieux pour rester discrète, très certainement parce que cet ami qu'elle avait évoqué lui avait conseillé de se méfier des Nyx et qu'elle ne voulait pas lui donner des informations dont il risquerait de se servir contre le royaume de Sol.

« Pourrions-nous réduire les politesses et en venir aux faits ? » questionna Duke en fixant son interlocuteur de ses yeux rouge sang. « Que me voulez-vous exactement ? »

« M'aider à résoudre un grave problème provoqué par Barbos. » répondit Yeager tout en tenant sa tasse de céramique entre ses mains, savourant la chaleur qu'elle dégageait. « Some days ago, l'Alliance de Sang était dans une position assez précaire car nous, les Griffes de Léviathan, avions réussi à réduire leur influence dans les montagnes et la capitale. Recruter leurs membres de force avait fini par se retourner contre eux car nous étions bien plus nombreux et mieux organisés. Cependant, alors que nous mettions au point une stratégie pour se débarrasser de la garde rapprochée de Barbos, ce dernier nous a réservé une très mauvaise surprise qui a mis tous nos projets à mal : il a tué le sage nocturne. »

En entendant les derniers mots, le devin lunaire, habituellement peu expressif, ne put s'empêcher de montrer son horreur et sa stupéfaction face à cette nouvelle, un sentiment qui était visiblement partagé par les deux jeunes femmes qui avaient laissé échapper un petit cri choqué.

« Mais… Pourquoi ? » demanda Estellise, visiblement épouvantée face à cette nouvelle. « Je croyais pourtant que le sage nocturne était neutre. »

« Il l'est my dear princess. » répondit le chef des Griffes de Léviathan, la mine sombre. « Seulement, chez les Nyx, pour obtenir le droit de diriger le pays, il faut effectuer une cérémonie avec le sage nocturne. En le tuant, Barbos s'est assuré que personne ne risquerait de lui prendre sa place, même si, pour cela, il s'est attiré la haine de beaucoup de Nyx. »

« Le plus gros problème pour le peuple de la nuit, c'est qu'il ne peut plus communier pleinement avec Umbra. » précisa Duke qui commençait à mieux comprendre la situation. « Malheureusement, bien que j'appartienne en partie aux Nyx, je ne peux pas quitter Séléné vu ma fonction et ce même si je souhaite comme vous rétablir un bon équilibre dans mon pays d'origine. »

Oui… La seule raison pour laquelle Yeager voulait le voir lui était qu'il espérait le voir remplacer le sage nocturne. Seulement, ceci était impossible car le devin lunaire ne pouvait quitter l'empire de Séléné ou rester trop longtemps éloigné de Tsuki. Les Nyx étaient dans une crise sans précédent s'ils avaient perdu le seul d'entre eux capable de pleinement communiquer avec leur divinité. La sentence d'Umbra allait tomber au moment où Barbos s'y attendrait le moins, cela, c'était certain. Mais le hic, c'était que sans une personne ayant été initié aux rituels, le peuple de la nuit risquait fort de disparaître…

« Votre sage nocturne n'avait pas d'apprenti ? » demanda Estellise, à la fois curieuse et étonnée. « Il me semblait pourtant que cela se faisait… »

« Sadly, la guerre contre Barbos a plus incité à s'engager dans un clan plutôt qu'à s'intéresser à nos croyances. » répondit Yeager avant que son regard ne se tourne vers Rita qui, depuis quelques minutes, montrait des signes de nervosité. « Auriez-vous un problème my dear ? Je vous vois martyriser votre lèvre inférieure depuis tout à l'heure. Ma présence vous met-elle si mal à l'aise ? »

Il était vrai que la jeune hélienne n'était pas très tranquille depuis l'arrivée du Nyx, ce qui était compréhensible à la vue des histoires, bien souvent fausses, qui circulaient sur le peuple de la nuit ainsi qu'à cause des nombreux raids qu'ils avaient faits contre des villages d'Hélios dans le passé. Cependant, cette nervosité s'était accentuée quand il fut mentionné que le sage nocturne avait été tué…

« Ce n'est pas ça mais… » commença Rita, visiblement très hésitante. « Pourquoi Barbos aurait fait cela au juste ? Aurait-il pu devenir fou ? »

« J'ai quelques doutes my dear… » fit Yeager en fronçant les sourcils, ayant très probablement perçu cette vérité cachée derrière les mots de la plus jeune. « Furthermore, j'avais noté des soldats d'Hélios autour du lac Lymna. Certains ont été assez difficiles à repérer… »

Cette information était vraie, Duke le sentait. Seulement, la révéler avait pour but de pousser l'adolescente à dévoiler ce qu'elle voulait leur dissimuler, une ruse classique mais qui ne fonctionnait pas sur tout le monde. Allait-elle se faire avoir ? Vu son caractère…

« Je suis certaine qu'il n'a rien à voir avec cela… » marmonna la jeune hélienne avant de réaliser qu'elle avait été entendue. « Je veux dire… Oh et puis zut ! »

D'un coup elle se leva et se mit à marcher de long en large dans la pièce, visiblement en proie à une grande réflexion tandis que Yeager regardait la scène avec un amusement non dissimulé. De son côté et via ce qu'il savait de la cadette, le devin lunaire suspectait que cela avait un rapport avec ce fameux ami dont elle lui avait parlé…

« Tout va bien Rita ? » demanda Estellise, un peu inquiète.

« Non, tout ne va pas bien ! » répondit la concerné avec un profond soupir d'agacement. « D'un côté on a Sol qui menace de réduire son propre royaume en cendres depuis des années et de l'autre, on a un peuple qui est voué à l'extinction si son dieu décide de les punir pour la mort du sage nocturne. Or, je suis certaine que tout ça n'est pas un hasard. Ces deux situations peuvent être résolues mais il faut trouver pourquoi elles sont arrivées et le nœud du problème est probablement à Hélios ! »

« My dear, dans le cas du sage nocturne, il n'y a pas de solution. » déclara le chef des Griffes de Léviathan mais, au son de sa voix, il n'en était pas certain…

« A moins de savoir où se cache l'apprenti. » répliqua Rita avec fermeté, ce qui attisa grandement l'intérêt de l'assemblée. « Je ne sais pas comment Barbos a pu le découvrir vu où il est mais s'il est au courant, c'est que quelqu'un là-bas l'en a informé, une personne qui peut potentiellement être liée à ce qu'il se passe en Hélios… »

« Ce fameux ami… » conclut Duke en se remémorant ses conversations avec la jeune hélienne. « Cependant, j'avoue être encore assez surpris qu'il ne soit pas venu à Séléné. »

« De quoi parlez-vous au juste ? » demanda la princesse, visiblement perdue.

Si Estellise ne parvenait plus à suivre la conversion, Yeager ne semblait pas avoir ce problème car, après un court instant de réflexion, il s'était mit à afficher un sourire satisfait, signe qu'il avait probablement compris qui était celui dont ils parlaient.

« Le sage nocturne nous a bien eu ! » s'exclama le Nyx avec un léger rire. « Prétendre que son apprenti s'était noyé dans le Styx était un mensonge grossier mais personne ne serait allé le vérifier vu que le gamin n'est jamais revenu à Némésis. Je n'aurais pas pensé qu'il était à Hélios. Very clever. »

« Vous voulez dire qu'il avait bel et bien un apprenti ? » réalisa la princesse, regardant tour à tour chaque personne présente.

« Un gamin dont les parents ont été tués par l'Alliance de Sang. Il devait avoir à peine trois ans quand il a été recueilli par le sage nocturne et il a disparu quand il avait… quatorze ans I think. Je l'ai croisé une fois ou deux et vu la manière dont il fixait Barbos, il le détestait. Il était du genre têtu celui-là… »

« Je doute qu'il ait changé. » fit Rita en reprenant sa place. « Il fait souvent passer les autres avant lui, ce qui l'a mené dans la situation où il est actuellement… »

Puis la jeune hélienne leur raconta comment elle avait rencontré Yuri, l'aide qu'il lui avait apportée pour comprendre ce qu'il se passait en Hélios, la rébellion contre le roi Thar et la manière dont elle s'était terminée. Elle ajouta ensuite qu'elle était encore en contact avec l'espion qui les avait dupés dans le but qu'il l'aide à sauver son pays. Duke l'encouragea à parler de ses découvertes, ce qu'elle fit avec une légère hésitation – Yeager était intelligent donc s'il sentait qu'on lui cachait quelque chose, il risquait d'être dangereux et de se retourner contre eux.

Une fois le récit terminé, le chef des Griffes de Léviathan resta pensif un bon moment puis, après avoir bu une gorgée de thé, il laissa échapper un éclat de rire joyeux qui laissa l'assemblée quelque peu perplexe.

« Voilà donc ce que préparait ce vieux bougre ! » s'exclama le Nyx avec un grand sourire. « Il va avoir une sacrée surprise quand il mettra la suite de son plan à exécution… »

« Que voulez-vous dire au juste ? » demanda Rita, intriguée.

« My dear, si vous aviez été comme moi dans les Terres des Nyx durant cette décennie, vous sauriez que Barbos a une petite tendance à se montrer plus gourmand qu'il ne le devrait et elle n'a fait qu'empirer au fil des ans. Supposons que quelqu'un de votre pays lui ait fait miroiter quelque chose qui l'intéresse… »

« L'apprenti du sage nocturne par exemple. » coupa Duke, souhaitant écourter les bavardages inutiles. « S'il possède un allié à Hélios, il se peut qu'il tente de le doubler à la première occasion en ramenant Yuri de force à Némésis et, ainsi, regagner les faveurs des autres Nyx. »

« Mais cette personne ne risquerait-elle pas de se venger ? » questionna la princesse.

« Yes princess mais Barbos peut profiter de la faiblesse du royaume de Sol en lançant de multiples raids sur celui-ci. » répondit Yeager avant d'émettre un léger ricanement. « Sauf qu'il va avoir une drôle de surprise… »

Une forte étincelle de malice brillait dans les yeux du Nyx, signe qu'il avait probablement prévu de quoi contrer son adversaire. Une courte réflexion permit à Duke de comprendre que leur invité avait vraisemblablement bien tenu compte de la présence d'espions d'Hélios et qu'il avait peut-être scindé ses troupes : une partie l'avait accompagné à Séléné tandis que l'autre s'était certainement infiltrée en Hélios et attendait des instructions. Cet homme était intelligent et si le chef de l'Alliance de Sang était allé jusqu'à tuer le sage nocturne, c'était qu'il craignait réellement de perdre sa place.

Cependant, le devin lunaire ne pouvait s'empêcher de se demander si le chef des Griffes de Léviathan ferait un bon dirigeant. Dans quelle direction allait-il mener le peuple de la nuit ?

-§-

Il avait fallu deux jours à Yuri pour correctement récupérer et un jour de plus de soins à base de pommades pour que Karol juge que les égratignures sur son dos cicatrisaient bien. Suite à l'état physique dans lequel il était revenu après sa nuit avec le roi Thar, le favori avait interdiction de sortir du harem, y compris pour satisfaire les désirs du souverain – sur ce point-là, Raven s'était montré très strict… voire même un peu trop selon son sang de Nyx.

Heureusement, le jeune homme avait d'autres choses à penser, notamment par rapport à ce que Flynn lui avait appris.

Le lendemain matin de leur conversation, le soldat avait accepté de lui parler de ce qu'il s'était produit après son retour au harem et, si le garde n'avait pas découvert son secret, il aurait eu du mal à croire qu'Umbra s'était servi de lui de cette manière – bon, ayant été l'apprenti du sage nocturne, il savait que la divinité des ténèbres s'amusait certaines fois mais il ignorait que la perversité faisait autant partie de ses traits de caractère. Difficile de dire ce qui avait poussé le dieu à lui voler son corps mais, ce qui inquiétait Yuri, c'était que suite à cette nouvelle, il s'était remémoré au mieux tout ce qu'il avait pu apprendre… et il suspectait à présent son ancien mentor de s'être servi de lui comme réceptacle pour communiquer avec Umbra – le rituel était très simple pour l'appeler vu qu'il suffisait juste de connaître les bonnes paroles et que l'hôte soit un Nyx. Il pouvait difficilement le prouver mais son absence de souvenirs sur certaines périodes dont la nuit où il était entré en Hélios serait à présent parfaitement logique s'il n'était pas celui aux commandes de son corps à ce moment précis.

Pour ce qui était de cette mystérieuse divinité liée au bracelet, il leur était difficile de l'appeler sans savoir son nom ou dans quel but elle – ou plutôt il car, de ce qu'il avait compris, c'était un homme – était vénéré. Le favori avait interrogé Karol sur l'histoire du dieu Sol et de sa progéniture mais le récit qu'il connaissait était, dans une version plus allégée, celui que lui avait conté Rita… ce qui lui fit se poser des questions sur comment le père de Flynn avait pu avoir connaissance d'une version différente. Quelle fonction cet homme avait bien pu occuper pour posséder ce bijou et savoir que le cadet des fils de Sol était d'une santé fragile ? Vu que le village d'origine du soldat était au bord du Neilos, il était probable que si ce dieu anonyme avait eu un temple, il devait se trouver près du fleuve, ce qui pouvait signifier que le cours d'eau était son domaine – le Nyx en était quasi certain vu que l'eau présente dans les bains du harem venait en grande partie de là-bas ou du delta qui se jetait dans la mer Azurée.

Cependant, leur enquête sur les intentions réelles d'Umbra et sur son neveu avait été quelque peu retardée suite aux histoires du harem…

Deux jours plus tôt, un des serviteurs du brasseur d'air – Narcisse de son vrai nom – avait tenté de droguer Repede quand il faisait le tour de la cour mais l'animal ne s'était pas laissé prendre au piège. Seulement, celui qui s'était fait avoir était un petit singe particulièrement agressif que venait d'adopter le bariolé – alias Orpin, un autre des favoris qui n'était pas réputé pour son intelligence – et qui avait fini son bref séjour dans le bassin. Les deux concernés s'étaient disputés dans la cour durant un bon moment sous le regard des serviteurs et du renfrogné – Lucrèce, celui dont l'oiseau avait subi un sort similaire quelques mois plus tôt – qui avait visiblement la furieuse envie de se venger vu comme il fixait Narcisse avec qui il était en froid depuis un bon moment – Yuri était probablement le seul du harem à ne pas avoir de soucis avec Lucrèce mais il gardait ses distances avec lui par mesure de précaution et aussi parce qu'il avait appris qu'il venait du temple de Sol.

Tout ceci ne serait pas sorti du quartier des favoris s'il n'y avait pas eu une partie de la nourriture destinée aux autres pensionnaires du harem qui avait été elle aussi empoisonnée et qui rendit malade un bon tiers de la vingtaine des jeunes éphèbes qui n'avait pas encore suffisamment plu au roi pour gagner le droit de déménager dans le meilleur bâtiment. Des médecins furent amenés en urgence par Raven pour soigner tout ce petit monde mais il était clair pour tous que cela n'était pas un accident. Cependant, tout aliment avait été jeté par les serviteurs et il était donc devenu difficile de savoir lequel avait été agrémenté d'un ingrédient indésirable… ainsi que de remonter jusqu'au coupable bien que les soupçons se portaient sur Narcisse, celui des favoris dont la place était la plus précaire selon les dernières rumeurs – le Nyx trouvait parfaitement logique d'être parmi ses cibles vu qu'il était le préféré du souverain et que le brasseur d'air n'avait pas quitté le harem la nuit depuis une bonne année.

Aujourd'hui, l'ambiance était assez tendue, surtout si l'on se rapprochait du coin de la cour où se faisait éventer leur potentiel adepte des ingrédients secrets douteux.

« J'ai discuté avec un des soldats de Lucrèce. » déclara Flynn, le dos appuyé contre l'encadrement de la porte et qui fixait du coin de l'œil l'endroit où se trouvait le brasseur d'air. « Narcisse est un noble mais il semblerait que sa famille ait perdu en prestige à Aurum ces derniers jours. »

« Voilà pourquoi les deux derniers à être entrés au harem sont nobles ! » s'exclama Karol qui terminait de recoudre le haut d'une tunique. « Ils ont été empoisonnés eux aussi et la garde a été renforcée au harem. Je me demande si ça servira à quelque chose… »

« Va savoir. » fit Yuri, plus préoccupé par autre chose que par la potentielle disgrâce d'un des trois autres favoris. « Flinnie, tu as déjà parlé avec le renfrogné à tout hasard ? »

« Il ne m'a jamais parlé mais il m'a déjà adressé un signe de la main. »

Le Nyx hocha la tête face à cette information. Lucrèce était plutôt quelqu'un de discret et avec lui, il valait mieux obtenir un silence qu'un long discours en guise de premier contact car cela signifiait qu'il tolérait bien la personne. Il était assez difficile de savoir ce qu'il pensait des autres si l'on ne prenait pas le temps de l'observer.

« A l'occasion, ça pourrait valoir le coup que tu essaies. » suggéra le favori en repensant à ce qu'ils savaient de ce bracelet. « Peut-être qu'il peut nous apprendre des trucs sur Sol mais il faudra être prudent avec lui car je crains qu'il soit proche de Garista vu d'où il vient… »

« Je pense qu'il est surtout intéressé par l'idée de voir Narcisse dégager du harem. » fit le serviteur en rangeant le vêtement qu'il avait achevé de raccommoder. « Et encore, pas de la manière douce… »

Si le renfrogné avait pu faire au brasseur d'air ce qu'il avait prétendument osé faire à son oiseau, il ne s'en serait pas privé. Or, Lucrèce n'était pas un idiot et il savait qu'en face, il avait affaire à un noble qui s'arrangeait toujours pour qu'un serviteur goûte ses plats avant lui. Une simple disgrâce de son ennemi ne lui suffirait jamais et Yuri mettrait sa main à couper que le plus calme des favoris devait prier Sol tous les matins pour qu'il abatte sa rage sur ce cher Narcisse…

Des coups à la porte de la chambre coupèrent court à leur conversation. Karol alla ouvrir et laissa entrer les deux serviteurs du roi qui n'étaient pas venus les mains vides.

« Son Altesse vous offre ces modestes présents et souhaiterait votre présence au dîner de ce soir. » déclara un des hommes dont la tenue beige rehaussée de fils d'or sur le col ainsi que de la broche en forme d'œil qu'il portait à l'épaule gauche attestaient de la personne pour qui il travaillait. « Bonne journée à vous. »

Après avoir déposé sur le lit ce qu'ils avaient amenés, ils repartirent, les laissant observer les cadeaux du roi plus attentivement.

Le Nyx s'intéressa en premier au vêtement qui était dans un style un peu inhabituel : l'ensemble ressemblait fort à une toge à manches longues mais le côté étrange était la manière dont elle semblait se fermer qui lui évoquait plutôt un habit sélénite, la ceinture épaisse en moins – il pousserait même le vice en disant que cette tenue lui évoquait encore plus ce qu'il portait à Némésis en dessous de la veste chaude que le peuple de la nuit revêtait pour aller chasser dans les montagnes. Poursuivant son étude de la chose, il nota la qualité du lin noir, la présence de fils d'or dans le col et sur les extrémités des manches, la finesse du tissu qui n'était probablement pas aussi opaque qu'il en avait l'air au premier coup d'œil, la coupe qui était destinée à souligner la silhouette sans la mouler pour autant…

Pas de doute, c'était le roi Thar qui avait commandé ce vêtement exprès pour lui et Yuri était certain qu'il serait parfaitement à sa taille.

Ses yeux sombres passèrent en revue le reste qui se composait d'une ceinture d'améthystes, d'un bracelet en or serti d'un rubis et de petits pots de terre cuite qu'il reconnu comme contenant du maquillage – l'idée de servir à nouveau de poupée ne l'enchantait absolument pas mais il avait encore une légère marque du coup qu'il avait reçu au visage donc il n'avait pas d'autre choix que de se prêter à ce jeu ridicule. L'absence de pinceaux et autres outils destinés à appliquer correctement le contenu de ces récipients fit grommeler Karol qui marmonna qu'il avait mieux à faire que de courir après des ustensiles pour la cosmétique avant de s'éclipser pour récupérer ce qu'il lui manquait.

Par contre, il y avait un paquet de tissu clair dans le lot qui ne venait très certainement pas du souverain… Il l'ouvrit et y découvrit un masque de bronze qui devait pouvoir couvrir la moitié haute du visage ainsi qu'un morceau de papier avec un oiseau dessiné à l'encre noire dessus.

« Qu'est-ce que c'est que cela ? » demanda Flynn en regardant le dernier élément avec un haussement de sourcil. « Le roi fait un bal masqué ? »

« En réalité, ce n'est pas pour moi. » répondit Yuri avec un léger sourire en tendant l'objet du délit à son interlocuteur. « C'est pour toi. »

Cela pouvait paraître étrange mais en fait, le favori avait eu, quelques mois plus tôt, une conversation avec Raven après que le garde qu'il avait eu à l'époque ait rejoint les pensionnaires du harem suite au fait qu'il l'avait accompagné lors d'un dîner et qu'il avait physiquement plu au roi – malheureusement pour ce garçon, il n'avait pas été très malin et n'avait été capable de tenir seul qu'une petite semaine avant d'être retrouvé un matin aussi raide qu'une planche. N'ayant aucune envie de voir de nouveau cette situation se reproduire, il avait été convenu entre lui et le vieux que dès qu'il était susceptible de sortir du harem avec un jeune éphèbe en guise de chaperon, celui-ci devrait porter un masque ainsi que son casque afin que le regard mordoré du souverain ne détaille pas trop ses traits.

« Je dois vraiment porter ceci ? » fit le soldat en tenant le masque entre ses mains. « Ce n'est pas un peu exagéré ? »

« Vu ton physique et ton minois, si tu te balades avec moi sans ça, tu risques de recevoir un traitement proche du mien si tu vois ce que je sous-entends… »

La grimace que fit Flynn à cette réponse lui confirma que l'idée de passer dans le lit royal lui déplaisait fortement. Par contre, son regard onyx nota un léger mouvement de l'épaule de la part de son interlocuteur…

« Mal à l'épaule ? » supposa Yuri qui se souvint d'avoir entendu le garde se tourner plusieurs fois sur sa paillasse durant la nuit.

« Un peu oui. » admit le jeune hélien en posant sa main sur son épaule gauche. « J'ai mal dormi cette nuit. Cela se voit à ce point ? »

« Je suis naturellement entraîné à détecter les mensonges en lisant le langage corporel de ceux à qui je parle. Si je me mélangeais aux autres pensionnaires du harem, je percevrais tellement de bêtises dans leurs paroles que j'en aurais le tournis ! »

Un rire amusé leur échappa à cette phrase qui était un peu exagérée – en même temps, entre les complots, les ragots et les paroles noyées sous une bonne couche de miel, la favori avait vite appris à se déconnecter des autres ainsi que de leurs faux-semblants.

« Je vais t'arranger ça. » fit Yuri en faisant signe à Flynn de s'approcher… mais celui-ci semblait assez hésitant. « Je compte juste te masser les épaules, rien d'autre. »

Cette précision eut son effet car le soldat accepta la proposition et quitta sa place, remplacé par Repede qui s'attela à faire le guet – en aucun cas il ne fallait qu'un autre que Karol n'entre ou ne les voie car sinon, cela risquait d'être mal interprété et de leur coûter très cher. Le Nyx invita l'hélien à s'asseoir au sol tandis qu'il l'imitait en s'installant derrière lui.

« Tu devrais enlever ta tunique tu sais. » suggéra le favori en fixant le vêtement de lin blanc dépourvu de manches que son homologue portait habituellement sous son armure de bronze – celle-ci ne se composait que d'un plastron et d'épaulettes mais elle était certainement difficile à supporter avec la chaleur.

Après quelques secondes de réticence, le garde se décida à ôter son haut, dévoilant aux yeux onyx ce dos musclé qu'il avait, jusqu'ici, vaguement pu apercevoir. La peau était légèrement bronzée et, à certains endroits, il était possible de voir d'anciennes cicatrices, probablement dues à l'entraînement qu'il avait reçu ou à quelques aventures d'enfance. Ce qui était le plus frappant, c'était l'odeur légèrement musquée qui montait vers ses narines et qui n'était en rien masquée par des huiles ou des parfums. Ce n'était pas désagréable à respirer.

Son observation finie, Yuri plaça ses mains sur les épaules de Flynn et se concentra sur sa tâche : masser cette zone pour soulager un peu son homologue. Cependant, il ne put s'empêcher de continuer à détailler le jeune homme face à lui avec tous ses sens, un peu comme quand il était privé de sa vue les nuits où il rejoignait les appartements royaux. Ses doigts savouraient inconsciemment la texture de cette peau lisse et légèrement humide, signe qu'il avait bel et bien transpiré. Ses oreilles étaient focalisées sur cette respiration dont le rythme régulier était coupé par un léger grognement ou un soupir d'aise suivant l'endroit qu'il touchait.

Qu'il soit autant absorbé par la présence d'un autre n'était pas du tout normal… Qu'est-ce qu'il lui arrivait aujourd'hui ?

Difficile de dire combien de temps s'était écoulé exactement mais un grognement de Repede le sortit de tout cela et le reconnecta à la réalité : quelqu'un qui n'était pas un ami se rapprochait. Ce son fit que le Nyx et l'hélien se séparèrent aussitôt et si le garde se hâta de remettre sa tunique, le favori choisit de feindre de l'intérêt pour les derniers présents du roi bien qu'en réalité, il était encore perturbé d'avoir eu son esprit accaparé à ce point par le soldat.

-§-

La sensation de quelque chose de dur dans son dos et la chaleur étouffante furent ce qui la réveilla. Ses yeux s'ouvrirent et au lieu de voir les murs familiers de sa chambre, elle aperçut les branches d'un dattier. Elle tourna la tête et vit, plus loin, un champ d'orge et quelques maisons en briques crues. Au son qui parvenait à ses oreilles, elle était à quelques mètres du Neilos…

La grande question pour Sodia était comment elle avait réussi à arriver jusqu'ici cette fois-ci ? Rien n'était familier autour d'elle, signifiant qu'elle s'était bien éloignée de son village… très certainement de la même manière que la dernière fois : en marchant alors qu'elle était profondément endormie. Si elle ne se trompait pas dans le compte, elle en était à présent à vingt-deux crises de somnambulisme depuis trois ans environ – elle le savait grâce à Flynn qui avait, une nuit, été témoin de cela et qui l'avait empêchée de justesse de se diriger droit dans le fleuve.

Prenant une position assise, elle se retourna pour voir ce qui était derrière elle, s'attendant à une pierre ou à une racine. Sa surprise fut assez grande quand elle y vit un objet qu'elle n'avait jamais vu auparavant : une sorte de pierre noire ovale munie de trous.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » se demanda-t-elle à voix haute en prenant ce truc en main.

Un examen approfondi lui permit de constater que cette pierre avait été taillée pour avoir cette forme ovale avec, curieusement, un morceau qui dépassait. En tout, il y avait huit trous sur un côté et un neuvième au bout de cette partie qui lui évoquait étrangement le bec d'une flûte. A tout hasard, elle souffla dedans… et eut un léger sursaut en constatant qu'une note en était sortie.

En résumé, elle avait affaire à un instrument de musique qu'elle ne connaissait absolument pas.

Sodia se décida à se lever puis s'adossa contre le tronc du dattier. Son pied gauche était endolori et un simple coup d'œil lui suffit pour comprendre que la cause de cela était qu'elle avait certainement dû marcher sans ses sandales pendant un bon moment. Elle ne fut pas surprise de découvrir, bien cachée sous la poussière qui recouvrait sa peau, une coupure en dessous de son petit orteil qui, curieusement, semblait avoir bien cicatrisé. Sa robe en lin blanc s'arrêtait au niveau de ses genoux mais elle avait dû s'accrocher quelque part car le bas était déchiré et dévoilait à présent la moitié de sa cuisse gauche. La corde de chanvre qu'elle portait en guise de ceinture était intacte mais sa tresse était défaite et ses cheveux tombaient en boucles rousses sur ses épaules.

La dernière question que la jeune femme se posait était à quel endroit du Neilos elle se trouvait exactement. Etait-elle plus proche du delta ou bien des chutes d'Abou Simbel ? La deuxième option était la plus probable car jamais ses crises de somnambulismes ne l'avaient amenée du côté de la mer Azurée. Même si elle savait très bien dans quel sens aller pour rentrer chez elle, elle ignorait combien de temps il lui faudrait pour arriver à destination.

Cependant, un détail commençait à l'intriguer : le silence qui régnait.

Levant ses yeux violine vers le ciel bleu, Sodia vit que le soleil n'avait pas encore atteint son zénith, signe qu'il n'était pas encore midi. Or, dans ces heures-ci, elle devrait apercevoir les habitants du village qui vaquaient à leurs différentes occupations ou entendre des enfants qui jouaient ensemble près du fleuve. Ce calme était anormal…

Le mystérieux instrument de musique dans une main, elle s'avança avec prudence vers la maison la plus proche, coupant à travers le champ d'orge dont les épis frottaient contre sa peau. Il ne lui restait qu'une dizaine de mètres à parcourir quand deux choses la frappèrent de plein fouet : une odeur métallique et de multiples bourdonnements qui lui donnèrent la nausée. De moins en moins tranquille, elle continua d'avancer, ignorant son pied douloureux, et arrivée près de l'entrée de la petite bâtisse en briques crues, elle jeta un coup d'œil dans l'ouverture… avant de faire deux pas en arrière, sa main libre plaquée contre sa bouche.

Sodia comprit avec horreur ce qu'il s'était très certainement passé dans ce village : les habitants avaient été tués… ou plutôt massacrés du peu qu'elle avait pu apercevoir. Elle rassembla son courage pour regarder à nouveau mais elle dut s'éloigner au bout d'une dizaine de secondes, la vue de tous ces corps mutilés et entassés dans cette petite habitation étant difficile à supporter. La certitude, c'était que cela s'était probablement produit dans la nuit… et qu'elle avait eu une chance incroyable d'y échapper.

Elle perçut des bruits plus loin et, le plus silencieusement possible, elle progressa jusqu'à une grosse jarre de terre cuite derrière laquelle elle se cacha afin d'épier ce qu'il se passait. Après une minute d'attente, elle vit deux personnes sortir d'une maison à deux étages – probablement celle d'un artisan vu la sobriété de la demeure – qui, à en juger par leurs habits sombres et leurs bottes, n'étaient certainement pas des héliens. Leurs visages étaient cachés sous une capuche et un foulard aux tons bordeaux mais il était aisé de distinguer le symbole cousu dans le dos de leur veste : celui de l'Alliance de Sang, un clan de Nyx dont elle avait entendu parler quelques années plus tôt et dont la réputation était loin d'être amicale.

Cependant, le peuple de la nuit était censé avoir été repoussé dans son territoire il y a une vingtaine d'années suite aux massacres des villages frontaliers et tout le monde disait que les enfants d'Umbra n'étaient plus qu'une poignée tout au plus. Or, cette rumeur était visiblement fausse…

« No truem ed duahc ici ! » s'exclama l'un des Nyx, un homme, dans la langue du peuple de la nuit. Si Sodia se souvenait bien de la période où elle apprenait cette langue, celui qui avait parlé s'était plaint de la chaleur… Elle ouvrit grand ses oreilles et écouta leur conversation.

« C'est Hélios, c'est sec et t'as le soleil tous les jours vieux. » répliqua le second, un homme lui aussi, avec un certain agacement. « Pour ça qu'on bouge que la nuit. »

« Sérieux, tu crèves de chaud le jour et tu te les gèles la nuit. Ce pays est un enfer ! »

« Au lieu de te plaindre, aide-moi à entasser les derniers corps et après, on va se pieuter. »

« Quand je pense que les autres sont… »

« Ta gueule ! C'est le chef qui a décidé comme ça alors tu obéis ! »

Tout cela n'apprenait quasiment rien à Sodia excepté qu'elle ne devait pas rester dans les parages. Elle profita donc que les deux hommes rentraient dans la maison d'artisan pour repartir vers le champ d'orge mais elle dut de nouveau se cacher quand elle vit un troisième Nyx plus loin, précisément devant le dattier sous lequel elle s'était réveillée. Celui-ci ne semblait pas l'avoir remarquée mais dans le doute, elle resta accroupie derrière les épis, avançant lentement dans la direction opposée au village.

Puis soudain, quelque chose craqua de façon sonore sous son pied. Elle resta immobile, le cœur battant la chamade dans sa poitrine… et quand elle entendit que quelqu'un traversait le champ dans sa direction, elle sut que le Nyx l'avait entendue. Elle était fichue.

« Tiens ? » fit l'homme avec un étonnement non feint. « On a donc une survivante ? »

Sodia fit celle qui ne comprenait rien à la langue du peuple de la nuit et elle se contenta de fixer cet individu avec effroi. Cependant, celui-ci la détaillait de haut en bas jusqu'à ce que son regard s'arrête sur ce qu'elle tenait dans sa main.

« C'est donc toi qui a trouvé mon ocarina… » dit-il, cette fois-ci en lui parlant de façon distincte dans la langue d'Hélios de sorte à être certain qu'elle le comprenne. « Rends-le moi et je te laisserai partir. »

Honnêtement, elle n'y croyait pas, surtout au moment où il avait ajouté dans le jargon des Nyx qu'il comptait s'amuser un peu avec elle… La jeune femme esquissa un mouvement de recul, ce qui ne passa pas inaperçu.

« Comme tu voudras. » déclara l'homme en sortant une dague du petit fourreau de cuir qu'il portait à la ceinture. « Quel gâchis de devoir abîmer une fille comme ça ! »

Sauf qu'à peine avait-il commencé à se baisser vers elle que son crâne fut frappé de plein fouet par un caillou aussi grand que la paume de sa main, l'assommant et le faisant tomber sur le côté. Sodia se retourna pour voir d'où venait le projectile puis aperçut une krytienne, aisément reconnaissable à sa chevelure bleutée et ses oreilles pointues, qui venait rapidement vers elle.

« Il faut vite que l'on aille vers le Neilos ! » s'exclama l'inconnue en l'aidant à se relever. « Je connais un endroit où ils ne nous trouveront pas. »

La jeune hélienne ne se posa pas de question et suivit sa sauveuse, l'ocarina en pierre noire toujours dans sa main…

-§-

Durant tout l'après-midi, le bâtiment des favoris avait été très actif en prévision du dîner avec le roi, plus particulièrement les serviteurs qui s'activaient afin de satisfaire les exigences de leurs maîtres. Cette effervescence, Flynn l'avait observée de loin durant tout le temps où Karol avait aidé Yuri à se préparer. Le favori, ayant senti venir la chose, avait décidé de se rendre aux bains vers midi et de manger après, ce qui s'était avéré être une bonne idée car ceux-ci avaient ensuite été monopolisés par Narcisse pendant deux bonnes heures, ce qui avait fortement déplu à Orpin – de ce qu'il avait entendu, Lucrèce y était allé le matin et avait donc lui aussi échappé à un conflit avec un des autres éphèbes préférés du roi.

Le soldat avait déjà constaté que le Nyx, en grande partie à cause de sa longue chevelure de jais qui mettait un bon moment pour sécher, avait besoin de temps pour se coiffer. Cependant, il portait encore des traces visibles des coups qu'il avait reçus quelques nuits plus tôt et, visiblement à contrecœur, il allait être contraint de les camoufler au mieux afin d'être présentable car le repas avec le souverain était en fait un banquet où plusieurs notables étaient conviés.

Pendant que le jeune serviteur s'attelait à essayer de maquiller un Yuri peu coopératif, Flynn avait mis son casque puis il prit le masque dans sa main et s'était un peu éloigné, laissant à Repede la garde de la porte de la chambre. Sous les rayons du soleil couchant, le regard azur de l'hélien ne tarda pas à repérer une silhouette couverte de bijoux – Narcisse, reconnaissable à ses cheveux blonds foncés ornés d'une couronne de fleurs roses ainsi qu'à ses habits en lin blanc très fin, ses nombreux bracelets et l'énorme collier qu'il portait autour du cou – qui se dirigeait avec ses serviteurs vers la sortie du harem. Quelques secondes plus tard, ce fut Orpin, vêtu d'une tenue très colorée et dont les boucles blondes étaient probablement agrémentées de barrettes en or.

« Ces deux-là sont incorrigibles. »

Le soldat fut surpris en entendant cette voix posée et quand il se tourna pour voir qui avait parlé, il constata que c'était Lucrèce, le favori aux cheveux châtains clairs et aux yeux marron qui ressortaient peu sur sa peau bronzée. Etonnamment, il était vêtu bien plus sobrement que les autres, sa tenue étant seulement composée d'une toge de lin blanc, d'une boucle d'oreille en rubis et d'un bracelet en or sur lequel un soleil était gravé.

« Quand je pense qu'ils se battaient pour les bains juste pour blanchir leur peau… » soupira l'éphèbe en fixant la sortie du harem avec une légère grimace. « Qu'ils cessent d'aller au soleil au lieu de se baigner dans de l'albâtre ! »

« Excusez-moi mais il faut que… » commença le garde avant de s'interrompre en voyant que son interlocuteur lui faisait signe de rester.

« C'est bien Flynn votre nom ? »

« C'est cela oui. Que me voulez-vous ? »

Le regard de Lucrèce se baissa et en suivant celui-ci, le jeune hélien réalisa qu'il fixait son bracelet avec un certain intérêt.

« Je l'avais remarqué l'autre jour et il m'intrigue. » répondit le favori, ses yeux fixés sur le bijou. « Je suis presque certain d'avoir déjà vu cette pierre quelque part… »

« Ce n'est qu'un souvenir de mon village. » déclara le soldat de façon évasive.

L'ancien prêtre de Sol plissa les yeux, manifestement suspicieux. Il ne chercha pas à creuser la question et resta silencieux pendant une longue minute qui s'avéra des plus stressantes pour son interlocuteur.

« Je viens de me souvenir que j'ai une lettre importante à rédiger. » fit Lucrèce de sa voix posée. « Ouvrez bien vos deux yeux durant le banquet et excusez mon retard auprès de son Altesse. »

Cette dernière phrase était quelque peu étrange pour Flynn mais il n'eut pas la possibilité d'y penser plus longtemps car un léger aboiement de Repede lui indiqua que son maître était enfin prêt pour sortir du harem. Il mit son masque en place puis il fixa l'entrée de la chambre du favori… où il eut du mal à cacher sa surprise face à ce qui était en train d'apparaître devant ses yeux.

Sans nul doute, la silhouette du Nyx était parfaitement mise en valeur dans cet habit de lin noir qui soulignait celle-ci avec élégance. Seule une partie du torse était visible dans l'ouverture du vêtement qui n'était maintenu fermé que par la ceinture en or sertie d'améthystes et par quelques barrettes en or que Karol avait dû y ajouter pour tenir tout cela un minimum en place. La finesse de l'étoffe était incroyable et les fils d'or présents au bout des manches et sur le col la rendait encore plus précieuse. Les sandales surmontées de quelques petites améthystes et onyx faisaient une belle finition à l'ensemble.

Ce qui était à couper le souffle, c'était le travail du serviteur sur la mise en beauté. Les traces de coups qui étaient encore présentes avaient disparues, probablement cachées habilement avec de la poudre d'albâtre et uniformisant sa peau blanche. Les yeux gris étaient soulignés par un fin trait de khôl, accentuant ce regard pénétrant tandis que la bouche avait été légèrement rougie par de la poudre d'ocre rouge, donnant l'impression que les lèvres étaient plus pulpeuses. Les longs cheveux de jais avaient été rassemblés sur l'épaule droite en une natte, dévoilant le côté gauche de la nuque.

S'il devait décrire Yuri simplement, il était…

« Sublime… »

En réalisant que ces yeux gris s'étaient légèrement agrandis et que les joues du Nyx avaient rosies, Flynn compris avec un certain embarras qu'il avait parlé à voix haute. Il détourna le regard sur le côté tout en serrant un peu les dents.

« On… On devrait y aller avant que l'on ne vienne nous chercher. » déclara le favori en se dirigeant d'un pas rapide vers les escaliers, le son de sa voix trahissant un certain inconfort.

Le soldat le suivit en silence, essayant de se focaliser sur son travail plutôt que sur la beauté indéniable du jeune homme aux longs cheveux de jais et sur le parfum fleuri qu'il avait probablement appliqué après son passage dans les bains. Cependant, leur mutisme fut de courte durée car Yuri stoppa près de la grille qui séparait le troisième bâtiment du reste du harem.

« Cache ton bracelet. » fit le Nyx en se tournant vers lui, les sourcils froncés. « Je viens seulement de me rappeler que Garista risque d'être présent et je n'ai pas envie qu'il le voit… »

« Et où veux-tu que je le mette ? » questionna Flynn dont la gêne s'était dissipée. « Il aurait été mieux de le laisser à Karol… »

« Pas la peine de faire demi-tour. »

A l'entente de cette voix éthérée, le soldat ne fut guère surpris, ayant déjà eu affaire à deux reprises à la mystérieuse divinité. Par contre, Yuri eut du mal à cacher sa surprise, même si elle fut de courte durée lorsque ses yeux gris s'étaient fixés sur la turquoise qui dégageait à présent une légère lueur.

« Il y a un creux en bas de ce mur qui doit être juste assez large pour me cacher là. Ce sera parfait. » déclara l'être divin avec neutralité.

« Vous êtes sûr que c'est une bonne idée ? » demanda le garde avec une pointe d'inquiétude.

« A cette hauteur, excepté votre chien Repede, personne ne me verra facilement. Oh et avant que je n'oublie : j'aimerais avoir une conversation avec mon oncle dès que possible. »

Un léger hochement de tête du Nyx signifia qu'il avait compris puis, une fois la pierre revenue à son état normal, Flynn ôta son bracelet et, une fois qu'il eut repéré l'endroit indiqué, il se baissa pour y glisser soigneusement le bijou. Sa tâche achevée, lui et Yuri reprirent leur route à travers le palais.

« Il a attendu longtemps pour se manifester… » lui murmura le favori en ralentissant légèrement son allure. « S'il est aussi affaibli qu'il te l'a dit, il avait peut-être besoin de reprendre des forces. »

« J'ai encore du mal à comprendre comment c'est possible. » avoua le soldat bien que son compagnon lui ait expliqué que cela était éventuellement lié à la destruction du temple de cette mystérieuse divinité. « Et puis quelle peut bien être sa fonction ? »

« Si je repense à tout ce dont nous avons parlé, j'aurais tendance à penser qu'il est le dieu du Neilos mais je doute que ce soit ce qui l'ait régénéré car nous ne sommes pas à côté du fleuve et le seul endroit au palais qui utilise ses eaux sont les bains… »

Sol, Umbra et Luna avaient chacun plusieurs rôles ainsi que Topaze et Océan. Il était donc logique de penser que cette entité mystique possédait elle aussi un autre attribut et que c'était celui-ci dont elle dépendait. Or, quel était-il ?

« Bon, on sera bons derniers mais j'avoue que ce genre de repas m'exaspère d'avance… » soupira Yuri qui ne cachait pas son agacement. « Obligé de jouer les potiches pour avoir la paix… »

« Avant-derniers en fait. » réalisa Flynn après-coup, se remémorant la conversation qu'il avait eu il y a quelques minutes. « Lucrèce m'a dit qu'il avait une lettre importante à rédiger un peu avant que tu ais terminé et il n'est pas ressorti de sa chambre. »

« Une lettre ? D'habitude, il est plutôt occupé à lire. »

Le froncement de sourcils du Nyx en disait assez pour que le soldat comprenne que cela était assez étrange.

« Autant Narcisse ment comme il respire, autant Lucrèce est franc quand il parle... » fit le favori, l'air pensif. « Il aurait un truc à cacher ? »

« Et pour Orpin ? » demanda le garde, n'ayant jamais vraiment réussi à se faire une opinion tranchée sur ce pensionnaire du harem. « C'est lui aussi un menteur ? »

« Lui est… un cas assez particulier. Il peut affirmer une chose qui est parfaitement vraie puis redire celle-ci une minute après et je la perçois comme fausse. J'évite de rester trop près de lui quand il commence à parler car c'est la migraine assurée pour moi, même si j'essaie de faire abstraction de cet arc-en-ciel vivant. Ce type est une contradiction permanente. »

Il était vrai que le favori, assez excentrique, avait une attitude parfois un peu étrange comme se mettre à danser en étant vêtu d'habits improbables ou bien imiter des animaux de façon bruyante. L'individu était plutôt perturbant dans ces moments-là mais il était difficile de dire s'il le faisait exprès ou non.

« L'heure est venue de se préparer à entrer dans la fosse aux lions. »

-§-

Elles étaient restées cachées pendant un bon moment quand Judith jugea qu'elles pouvaient sortir de leur cachette – celle-ci était principalement composée de nombreux roseaux et papyrus mais c'était largement suffisant pour dissimuler deux personnes du regard perçant d'un groupe de Nyx. A l'origine, elle remontait le Neilos dans le but de rejoindre le lac Lymna mais lorsqu'elle avait atteint le village d'Hamil, son intuition lui avait crié qu'il y avait un problème avec ce lieu. Elle ne tarda pas à en avoir confirmation quand elle vit un membre de l'Alliance de Sang qui s'apprêtait à s'en prendre à une jeune femme. Sans réfléchir, la krytienne l'avait visé avec la première chose qu'elle avait pu attraper puis elle était allée aider Sodia, probablement la seule hélienne aux cheveux roux qu'elle ait pu rencontrer depuis son arrivée à Hélios.

Il devait être le milieu de l'après-midi quand elles avaient commencé à remonter le cours du Neilos et réellement entamé la discussion. Sa compagne de voyage vivait dans un village plus en aval mais elle avait fait une crise de somnambulisme et s'était retrouvée ici. Judith lui avait proposé de la reconduire chez elle mais elle avait refusé, déclarant qu'elle voulait d'abord comprendre ce qu'il se passait avant de rentrer chez elle. Après une courte réflexion, la krytienne lui demanda si elle pouvait, dans ce cas, lui servir de guide car elle ne connaissait pas du tout cette partie d'Hélios, ce à quoi Sodia lui répondit qu'elle avait déjà été une fois jusqu'aux chutes d'Abou Simbel quand elle était plus jeune mais qu'elle n'était pas certaine de pouvoir vraiment l'aider si elle souhaitait passer le poste frontière.

Elles avaient marché jusqu'au crépuscule, constatant que seul Hamil semblait avoir été victime de ce raid de l'Alliance de Sang – l'une comme l'autre, elles trouvèrent cela clairement suspect car ce hameau était certes petit mais il était à plus de soixante kilomètres de la région du Lymna, ce qui n'en faisait pas une cible de choix pour une attaque de ce genre. Leur arrivée au village frontalier de Notos leur confirma que quelque chose clochait : celui-ci était calme or, si des Nyx avaient été repérés, ses habitants seraient tout sauf calmes.

Comment des membres du peuple de la nuit auraient réussi à passer la frontière sans être repérés ?

La réponse, elles la trouvèrent en entendant quelques personnes parler des mines dans la région des Dunes et à partir desquelles étaient extraites des minerais et des pierres précieuses. La galerie principale de l'une d'elles s'était écroulée et les rumeurs disaient qu'ils avaient probablement creusé trop près des Gorges d'Echidna. Ce lieu appartenait à Séléné et était réputé pour sa dangerosité, principalement à cause du Fleuve Sauvage qui le traversait. Or, si les héliens s'en tenaient éloignés, cela ne signifiait pas que les Nyx faisaient de même et cela expliquerait qu'ils n'aient pas été repérés à la frontière.

La seule question qui demeurait encore était pourquoi des membres de l'Alliance de Sang auraient prit tant de risques pour entrer en Hélios ? La krytienne ne trouvait pas cela logique, surtout après la manière dont Yuri lui avait décrit ce clan et les tensions que celui-ci créait avec les autres membres du peuple de la nuit.

« C'est se donner beaucoup de mal rien que pour un raid sur un village. » lui fit remarquer Sodia alors qu'elles étaient installées sous un figuier à essayer de comprendre les évènements que chacune avait vécu. « Traverser les Gorges d'Echidna est encore pire que d'affronter le Fleuve Sauvage d'après mon père donc pourquoi prendre un chemin si dangereux ? Ils auraient pu forcer le passage à la frontière en étant assez nombreux. »

« Sauf que s'ils avaient fait cela, la nouvelle se serait répandue dans le pays comme une trainée de poudre. » estima Judith en essayant de se remémorer si Yuri lui avait dit comment il avait réussi l'exploit de ne pas se faire repérer en entrant en Hélios. « Hors, il se peut que nos individus ne souhaitaient pas cela… »

Une prière à Océan s'imposait car quelque chose de grave devait se tramer. Peut-être que sa divinité en savait plus qu'elle et si ce n'était pas le cas, alors il n'y avait rien d'autre à faire que d'essayer de glaner des informations, ce qui était ce qu'elle et sa compagne de voyage étaient en train de faire. Que l'Alliance de Sang prenne un tel risque pour venir en Hélios était hautement suspect…

Elle aperçut Sodia passer ses doigts sur la surface noire l'ocarina qu'elle avait récupéré à Hamil et gardé depuis. Cet instrument de musique était courant chez les Nyx qui aimaient bien les petits instruments à vent ainsi que les appeaux dont ils se servaient pour chasser certains animaux tandis qu'à Séléné, les instruments à cordes étaient plus populaires et ce, peu importe leur taille – Judith avait entendu parlé d'un lieu où les sélénites venaient se réunir pour assister à un spectacle nommé « Opéra » et qui était très réputé.

Puis la krytienne se souvint que le membre de l'Alliance de Sang qu'elle avait assommé cherchait à récupérer cet objet mais était-ce parce qu'il lui était précieux ou bien était-ce pour une toute autre raison ?

« Dis-moi, tu pourrais en jouer un peu à tout hasard ? » demanda-t-elle, souhaitant vérifier son intuition.

« Je ne sais pas vraiment m'en servir. » répondit la rousse, étonnée par cette question.

« En fait, j'aimerais savoir comment sonne cet instrument mais je n'ai jamais joué de musique de ma vie. »

Après un court instant d'hésitation, Sodia finit par accéder à sa requête et, avec application, elle chercha toutes les notes qu'il était possible de jouer sur cet ocarina. Elle eut quelques ratés au début, ne trouvant pas comment placer correctement ses doigts pour obtenir un autre son, mais elle s'adapta assez vite à la forme de l'instrument et elle parvint, au bout de cinq bonnes minutes de pratique, à en sortir une petite mélodie de cinq notes plus ou moins appuyées.

Grace à cela, Judith devina la raison pour laquelle ce Nyx souhaitait récupérer cet objet : ce n'était pas pour jouer de la musique mais pour envoyer de discrets messages aux membres de son clan – Yuri lui avait expliqué que les appeaux pour la chasse servaient aussi à communiquer dans certains cas. Même si le son de cet instrument n'était pas connu des Héliens, ils pouvaient tout de même le confondre avec celui d'une flûte et ne jamais se rendre compte de la présence de membres du peuple de la nuit.

Par contre, cette découverte ne présageait rien de bon sur les intentions réelles de l'Alliance de Sang.

« Si j'ai raison, ils ne sont pas venus pour faire un simple raid. » exposa Judith à sa partenaire du moment. « Si cela se trouve, ce n'était même pas prévu. »

« Alors que pourraient-ils vouloir faire ici ? » demanda Sodia, visiblement très intriguée par cette situation. « Ils ont dit que d'autres allaient venir mais pour quoi faire ? Ils voudraient nous envahir de l'intérieur ? »

« C'est possible mais maintenant que nous avons prévenu les soldats à Notos, ils vont être attendus à Aurum donc si c'est une prise de pouvoir qu'ils veulent, elle risque fort d'échouer. Seulement, je crois que c'est plus compliqué que cela. »

Envoyer des hommes tuer le roi Thar ou faire un coup d'Etat à Hélios était suicidaire car forcément, les appartements royaux seraient sous bonne garde et assassiner le sorcier solaire aurait un impact très négatif sur Barbos auprès des sélénites ainsi que des autres Nyx. Le plus probable aurait été une mission d'espionnage mais le massacre perpétré à Hamil et l'attente de renforts contredisait cette hypothèse.

Soudain, une mélodie se fit entendre : celle d'un ocarina… qui n'était qu'à quelques mètres d'elles, leur provoquant à toutes deux des sueurs froides en réalisant qu'elles n'étaient pas aussi seules qu'elles l'avaient espéré. Les deux jeunes femmes se levèrent précipitamment dans le but de fuir mais elles furent vite encerclées avec un groupe de Nyx dont les yeux rouges luisaient avec intensité. Cependant, leurs accoutrements différaient de ceux de l'Alliance de Sang : ils avaient de longs manteaux à capuche de couleur sombre avec des vêtements plus légers en dessous avec un brassard moutarde portant l'emblème d'un autre clan.

Celui qui devait être leur chef dévoila son visage, se révélant être une jeune fille aux cheveux ondulés de teinte auburn et coiffés en couettes.

« Est-ce que c'est vous qui avez signalé un raid de l'Alliance de Sang dans un village en aval ? » demanda-t-elle avec une certaine froideur.

« C'est bien nous oui. » admit Judith, sachant pertinemment qu'il était dangereux de mentir à un Nyx. « Je présume que vous êtes l'un des clans qui sont contre eux. »

« Nous sommes le seul autre clan restant : les Griffes de Léviathan. L'Alliance de Sang n'est qu'un ramassis de brutes et de traîtres à Umbra. Eux et leur chef méritent la mort… »

La bonne nouvelle était que ce groupe n'avait pas l'intention de les tuer, juste obtenir d'elles des informations. La mauvaise, c'était qu'ils allaient ramener leur guerre entre clans à Hélios… ce qui était très curieux car qu'est-ce qui les pousseraient à cela ? Dans tous les cas, le nombre de victimes risquait fort de s'alourdir vu la colère qu'elle percevait chez eux.

« Je présume que vous voulez autre chose de nous. » déclara Sodia qui s'était légèrement rapprochée d'elle.

« Tout ce que vous pouvez nous apprendre sur notre ennemi. » confirma la jeune Nyx avant de faire un signe à ses camarades qui reculèrent d'un pas. « Je suis Gauche, un des lieutenants du clan. »

« Judith et elle c'est Sodia. » répondit la krytienne avec une pointe de méfiance. « Nous ne savons pas ce qu'ils fabriquent en Hélios donc je crains que nous ayons bien peu de renseignements à vous fournir. »

« Nous ferons avec. Vous avez dit qu'ils attendaient des renforts. Comment le savez-vous au juste ? L'une de vous parle le Nyx ? »

« Je le comprends mais je ne le parle pas. » précisa l'hélienne qui n'était pas très tranquille, ce qui pouvait aisément se comprendre après ce qu'elle avait vécu. « Ils sont passés près de notre cachette en disant que leurs amis étaient en retard et en se plaignant de la chaleur. Oh et l'un d'eux avait essayé juste avant de me tuer et de me violer pour récupérer ceci mais je ne suis pas certaine que c'était dans cet ordre. »

La grimace que fit Gauche montrait qu'elle n'approuvait guère ce genre d'attitude chez les siens, ce qui pouvait certainement venir du fait qu'elle était une femme mais quand elle nota d'autres expressions de dégoûts chez les autres membres des Griffes de Léviathan, Judith comprit que ce clan avait des valeurs différentes de l'Alliance de Sang.

« Pouvons-nous savoir ce qu'il se trame ? » questionna la krytienne, très intriguée par ces évènements. « Manifestement, cela doit être très grave… »

« Exact. » répondit simplement la jeune Nyx, sur la défensive. « Notre conflit interne n'a rien à faire ici mais je crains fort que nous n'ayons pas d'autre choix que de traquer les traîtres à Umbra. »

Comme elle aurait du s'y attendre, les Griffes de Léviathan ne comptaient pas lui répondre. Cependant, s'ils avaient eu ce qu'ils voulaient, ils seraient partis or, il semblait qu'ils désiraient encore une chose d'elles mais difficile de dire quoi. Elle suspectait une méfiance de leur part vis-à-vis de ce qu'elle était, raison pour laquelle ils se montraient prudents.

Heureusement, elle avait une petite interrogation à leur soumettre…

« Serait-il indiscret que je vous demande comment vous avez réussi à passer la frontière ? »

Un échange de regards eu lieu entre les Nyx et leur lieutenant, visiblement en train de peser le pour et le contre sur le fait de révéler cette information.

« Vous n'êtes pas passés au même endroit que l'Alliance de Sang car autrement, vous ne seriez pas ici. » poursuivit Judith en notant un intérêt du peuple de la nuit pour l'ocarina que tenait Sodia. « Qui plus est, si je vous demande cela, c'est parce que je suis moi-même en mission pour mon peuple et que je pense que certaines réponses sont dans la région du Lymna. »

Dévoiler cette carte était un risque à prendre mais elle avait encore un jeu suffisamment fourni pour continuer cette partie. Tout ce qu'elle voulait, c'était voir la main de l'adversaire… ne serait-ce que partiellement.

« Quel genre de mission au juste ? » demanda Gauche, ses yeux se plissant légèrement.

« Je pense que vous le ressentez vous aussi. » répondit la krytienne en continuant d'observer la jeune Nyx, s'assurant que celle-ci ne lui dissimulait pas des intentions meurtrières à leur égard. « Un profond déséquilibre a lieu dans ce pays et mon peuple craint que celui-ci n'affecte les autres pays. Cela fait trois ans que j'en cherche l'origine, trois années que je prie mon dieu pour qu'il étende sa protection aux héliens. »

« Nous en avons entendu parler oui… Et l'Alliance de Sang nous a mis dans une très mauvaise position vis-à-vis d'Umbra. »

Les visages des autres membres des Griffes de Léviathan montraient leur colère et aussi une certaine inquiétude qui en disait suffisamment long pour savoir que quoiqu'il se soit produit, c'était suffisamment grave pour justifier les actes étranges des Nyx.

« Hélios subit la colère de Sol mais nous risquons de subir celle d'Umbra à tout instant. » poursuivit Gauche en grinçant des dents de rage. « Barbos a tué le sage nocturne pour s'assurer que maître Yeagar ne puisse plus tenter de lui prendre sa place. Lui et l'Alliance de Sang toute entière nous ont trahis et nous voilà contraint de fuir notre propre patrie si nous voulons espérer trouver un Nyx qui a connaissance de nos rituels ! Cet homme nous a condamnés à disparaître mais il est hors de question que nous nous laissions faire ! »

Face à ce discours plein d'émotions, les autres membres du peuple de la nuit firent des signes d'approbations allant d'un poing levé à une exclamation féroce qui montrait leur envie d'en découdre avec leurs ennemis. Gauche essuya les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues pendant que les deux jeunes femmes accusaient le choc de ce qu'elles venaient d'apprendre.

« Nous savons que nous sommes détestés par les autres pays. » poursuivit-elle en étouffant difficilement un sanglot. « Maître Yeagar nous a juré qu'il ferait tout ce qu'il peut pour que nous ne soyons plus autant d'orphelins à devoir combattre entre nous juste pour savoir qui dominera les autres. Nous voulons la paix mais cela, ce n'est pas le désir de Barbos. »

« Il veut la guerre, n'est-ce pas ? » demanda Sodia d'une voix blanche. « Quasiment tout le monde en Hélios pense le peuple de la nuit éteint donc une attaque de leur part nous serait fatale, surtout en ce moment où nos ressources sont limitées. »

« C'est très probable oui. » confirma Gauche d'un hochement de tête. « Cependant, il a peut-être perdu une partie de ses hommes dans les Gorges d'Echidna donc nous avons une chance de les arrêter si vous nous aidez. »

« Dans ce cas, comment êtes-vous entrés en Hélios ? » demanda de nouveau Judith. « Si cela se trouve, je peux peut-être trouver quelque chose dans la région du Lymna… »

Elle le savait, elle allait obtenir cette information qui pouvait se révéler très précieuse. Les Griffes de Léviathan étaient visiblement désespérés et prêts à toute alliance si celle-ci pouvait les aider à éradiquer leurs ennemis. L'ennui, c'était qu'ils étaient aussi parés à tous les sacrifices pour arriver à leurs fins…

Rien que pour cela, il fallait impérativement trouver comment régler leur problème car un Umbra en colère risquait fort de porter préjudice à tout le monde.

« Seuls ceux qui viennent du village de Parques connaissent ce secret : un passage caché qui passe par les chutes d'Abou Simbel. » répondit la jeune Nyx avant de désigner l'ocarina. « La rumeur veut qu'il en existe d'autres à Hélios qui peuvent s'ouvrir avec cet instrument si l'on joue la bonne mélodie. Pour l'instant, nous n'avons pas encore pu vérifier cela car nous ignorons où ils peuvent se cacher mais c'est une histoire souvent contée parmi les Nyx. »

Tiens donc… Cela, elles n'auraient jamais pu le deviner et cela expliquait pleinement le fait que ce membre de l'Alliance de Sang ait voulu le récupérer. Dans ce cas, où comptaient-ils se rendre exactement et qui aurait nécessité l'utilisation de ces passages secrets ?

« Vous avez dit « Parques », le village de Topaze ? » questionna la rouquine, manifestement très intéressée par cette information. « Les prêtres du temple de Sol nous avaient pourtant dit qu'il était détruit depuis longtemps. »

« Calomnies ! Cet endroit existe toujours ! » s'exclama un des hommes du clan.

« Les héliens tiennent tant que ça à oublier notre existence ? » ajouta un autre, outré par ce qu'il venait d'entendre.

La vivacité des réactions et leur véhémence confirma à Judith ce qu'elle et Rita avaient déjà découvert : les prêtres de Sol avaient dissimulés des choses à leur peuple et cela, certainement pas dans un but très noble. Entre les fausses rumeurs sur les Nyx, les histoires incomplètes et ça, il semblerait que beaucoup de choses ne tournaient pas rond en Hélios au niveau religieux – le sorcier solaire, Garista, n'y était probablement pas inconnu mais il était peu probable qu'il en soit à l'origine, juste qu'il s'est évertué à maintenir cette situation pour des raisons qu'il fallait encore découvrir.

« Stop ! » ordonna Gauche en levant la main, quelque peu contrariée. « Qu'est-ce que c'est que ces mensonges que ces individus répandent ? Pas étonnant que les rapports entre nos deux peuples soient si mauvais ! »

« Pourquoi ? Qu'est-ce que ce village a de si particulier pour que quelqu'un ait fait en sorte qu'elle soit oubliée ? » demanda la krytienne, désireuse d'avoir la version du peuple de la nuit.

Que souhaitaient tant cacher les prêtres de Sol au sujet de Topaze ? Yuri aurait très certainement pu lui répondre si, à l'époque, ils avaient connu quelqu'un qui s'intéressait fortement à cette divinité. Le peuple de la nuit et les sélénites devaient probablement détenir des morceaux du puzzle menant à la vérité mais cela, elle ne le saura que le jour où elle reverra Rita. En attendant, elle devait glaner ce qu'elle pouvait…

« Parques est le village d'origine de Topaze et il est situé dans les Terres des Nyx, plus précisément dans une petite vallée des Dents de Cerbère. »


 

1 : Le Shamisen est un instrument de musique japonais qui ressemble à un luth.

2 : Le Kotatsu est une table basse recouverte d'une couverture. La particularité de cette table est qu'elle est chauffante via un système de chauffage qui se trouve en dessous.

3 : Le Zabuton est un coussin pour s'asseoir.

4 : Le thé Genmaicha est un thé vert japonais mélangé à des grains de riz grillés.

Auteur vs Persos :

Kaleiya (à côté du climatiseur) : Saleté d'été…

Belphégor : Chaque année tu râles contre cette saison.

Kaleiya : Et chaque année, je prie pour qu'il fasse doux et non hyper chaud !

Belphégor : C'était pire l'année précédente…

Kaleiya : Je sais… Mais je n'aime pas cette saison et pas seulement à cause de la chaleur ! J'ai hâte que l'automne arrive…

kaleiyahitsumei: (Default)
2016-08-17 11:50 pm

Le cuisinier des... enfers ?

 Titre : Le cuisinier des… enfers ?

Auteur : Kaleiya

Beta : Eliandre

Disclaimer : Tales of Vesperia et les Douze travaux d'Astérix ne m'appartiennent pas.

Note : Là, impossible de garder l'épreuve d'origine et, en revoyant Fort Boyard cet été, je me suis dit qu'on pouvait modifier cette épreuve, tout simplement en changeant le cuisinier ! Eliandre m'a traitée de folle mais c'est le seul moyen pour que notre duo réussisse ce défi. On peut dire que c'est un double crossover…


A Zaphias, les conseillers s'inquiétaient depuis qu'il leur avait été confirmé que l'hypnotiseur Iris n'était plus en état de continuer d'envoûter quiconque venait le voir, que ce soit des volontaires ou non. Certains d'entre eux étaient aussi de très mauvaise humeur, ayant parié plus ou moins gros que cette épreuve aurait raison de ce duo qui commençait sérieusement à les agacer… tandis que l'empereur Ioder semblait grandement s'amuser.

« Un problème messieurs ? » leur demanda le jeune souverain lors de leur réunion.

Le silence se fit dans l'assemblée, aucun d'eux n'ayant très envie de répondre à leur cadet, d'autant plus qu'il avait parié contre eux précédemment et qu'il fallait à présent discuter de cette sixième épreuve… et de ce que chacun était prêt à proposer.

« Je pense qu'ils n'ont pas tous digéré que vous les ayez délestés d'une partie de leur argent et de certaines de leurs propriétés votre Altesse. » répondit Alexei, conseiller militaire qui, lui, avait choisi de s'abstenir de toute mise, un choix qui s'était avéré des plus sages. « Il faut aussi comprendre que cette victoire fut assez… surprenante à leurs yeux. »

« Pas tellement je trouve. » déclara Ioder avec un sourire énigmatique. « Vu ce que ce cher Yuri nous avait montré dans l'arène, je me doutais qu'il possédait les ressources nécessaires pour réussir. Cependant, je pense que le sixième défi ne sera pas du tout de son goût… »

« Quel est-il cette fois-ci pour que vous soyez certain de cela ? »

« Disons qu'il se peut que j'ai cru ouïr certaines rumeurs venant de Yurzorea au sujet d'un individu assez haut en couleurs… »

Cette simple phrase fit s'étrangler l'un des conseillers, celui-ci ayant apparemment compris de quoi il allait en retourner. Ses confrères le regardèrent à la fois avec interrogation et inquiétude, se demandant ce qui avait bien pu provoquer cette réaction.

« Non… » déclara le concerné avec terreur. « Vous n'avez quand même pas osé les envoyer devant LUI ? C'est inhumain ! »

« Voyons, n'exagérez rien. » répliqua l'empereur sur un ton empli d'une bienveillance feinte. « Cet individu est parfaitement humain de ce que j'en ai entendu donc les envoyer face à lui n'a absolument rien de cruel. Je dirais même que, vu ce qui leur reste encore comme épreuves, ceci est un acte de clémence de ma part. »

« Pourriez-vous développer votre Altesse afin que nous comprenions tous de quoi il s'agit exactement. » coupa Alexei avant que d'autres de ses confrères ne se mettent à paniquer pour rien.

« Oh ? Juste une petite dégustation de mets… peu communs dirons-nous. »

Vu l'expression qu'arborait son souverain, le conseiller militaire se doutait qu'il y avait un piège dans ce défi et, vu la réaction d'un de ses collaborateurs, cette épreuve culinaire dissimulait quelque chose de peu agréable… Qu'était-ce donc et en quoi était-elle un échec certain pour celui qui était originaire de l'île du Plaisir ?

« Messieurs, commençons les paris ! »

-§-

Décidemment, Flynn ne se faisait pas aux trajets par bateau. Le tangage du navire finissait toujours par avoir raison de son estomac et, à moins de voyager le ventre vide, il était certain que son repas allait finir jeté dans l'eau salée d'une manière très peu élégante. Etre sensible au mal de mer n'était vraiment pas une partie de plaisir pour lui…

Si le reste du voyage avait été plus aisé pour lui, c'était principalement grâce à Yuri qui le forçait à prendre l'air dès qu'il se sentait un peu nauséeux et qui s'était arrangé pour faire la cuisine pour lui – il avait déjà constaté sur l'île du Plaisir que son compagnon de voyage se débrouillait bien dans ce domaine mais il n'avait pas pleinement savouré ses talents auparavant. Une fois arrivés sur la terre ferme de Yurzorea, sa faim n'était pas pleinement revenue mais ça ne l'avait pas empêché de chasser dans les bois – d'après Rita, ils avaient au moins trois jours de marche avant d'arriver à destination, ce qui était plus qu'assez pour profiter des lieux.

Lors d'une escale à Yumanju, Flynn put enfin convaincre, suite à quelques accrochages à des branches basses, ce cher Yuri d'échanger sa toge – celle-ci avait souffert après avoir été prise dans un buisson de ronces – contre une tenue plus adaptée au voyage, c'est-à-dire un pantalon sombre et une tunique sans manches en laine noire… contre laquelle le jeune homme aux cheveux longs pesta un moment car elle le démangeait énormément. Ses plaintes cessèrent lorsque le guerrier finit par avoir pitié en le voyant frotter son dos contre un arbre et, lors de leur dernier arrêt de la journée, avait offert de lui passer un onguent sur sa peau afin de le soulager un peu, une proposition qui fut très vite acceptée… et qu'il regretta en partie quand il entendit les profonds soupirs de soulagement que son compagnon poussait dès qu'il posait les mains sa peau.

Bien entendu, Yuri avait poursuivi son jeu favori consistant à l'embrasser à la moindre occasion. Sur les trois dernières tentatives, il était parvenu à esquiver la seconde, essentiellement grâce à Rita qui avait poussé un juron après avoir marché dans les déjections d'un animal.

Autant dire que lorsque leur arbitre, après qu'ils aient passé un petit village, leur annonça qu'ils n'étaient plus très loin de la prochaine épreuve, Flynn avait eu du mal à cacher son soulagement. Il allait enfin pouvoir se concentrer sur quelque chose d'autre qu'éviter les avances du bel éphèbe qui… ahem… du jeune homme à la longue chevelure sombre.

« Avant de continuer, on pourrait éventuellement manger, non ? » suggéra Yuri avec justesse, leur dernier repas commençant à être bien lointain…

« Vu ce qu'est la prochaine épreuve, ce n'est pas utile. » répondit leur cadette en regardant ses documents. « Quelques mètres plus loin, il y a un restaurant assez connu dans la région et c'est là-bas qu'a lieu votre sixième tâche. »

« Dans un restaurant ? » s'étonna Flynn, trouvant ce choix étrange… et l'emplacement de ce lieu quelque peu suspect maintenant qu'il y réfléchissait. « Pourquoi un lieu où l'on se restaure est si éloigné des habitations ? Ce serait plus logique qu'il soit au sein même du village que nous avons traversé il y a peu. »

« C'est vrai que ce n'est pas très commun… » approuva l'autochtone de l'île du Plaisir en observant les alentours. « Et si l'endroit est si connu, pourquoi sommes-nous les seuls à nous y rendre ? »

Le guerrier repensa aux précédentes épreuves et la première chose qui lui vint en tête était de se demander où pouvait bien être le piège cette fois-ci. Ils n'allaient probablement pas devoir faire la vaisselle vu que Rita leur a dit qu'il était inutile de manger, signe qu'ils allaient donc se restaurer là-bas. La nourriture était-elle empoisonnée ? Il espérait que non car cela signifierait qu'à aucun moment l'empereur n'avait souhaité la paix. Donc où était le problème ?

-§-

Bientôt la moitié. Une fois cette épreuve réussie, il n'en resterait plus que six et Yuri espérait qu'il parviendrait à les réussir, essentiellement parce qu'il ne souhaitait pas qu'une guerre se déclenche parce qu'il avait décidé sur un coup de tête de quitter l'île du Plaisir en embarquant Flynn avec lui – en même temps, il aurait dû se douter que, lorsque le guerrier reprendrait ses esprits, celui-ci chercherait à le neutraliser d'une manière ou d'une autre. Bon, leur petit combat avait tourné court quand sa toge, absolument pas faite pour être portée dans ce contexte, se défit en dévoilant grandement son anatomie, ce que son adversaire n'avait pas manqué vu la couleur que son visage avait prise ce jour-là.

Suite à cela, Flynn avait fait demi-tour et Yuri, après s'être vite rhabillé, s'était hâté de l'en empêcher, ce qui avait provoqué cette dispute… et leur capture. Si le guerrier avait été conduit directement en cellule, celui originaire de l'île du Plaisir avait dû faire comprendre aux soldats lui servant « d'escorte » qu'il n'était pas du tout disposé à satisfaire leurs désirs avant de pouvoir enfin être amené en prison – entre se faire tripoter par des types aux mains baladeuses et jeté ans un cachot humide, la deuxième option lui avait immédiatement paru très alléchante. Même s'il avait connu mieux question confort, la vue qu'il avait sur un jeune homme aux cheveux d'or lui avait fait revoir son appréciation des lieux à la hausse.

Le lendemain, ils furent amenés devant l'empereur et Yuri, qui avait déjà réussi à arracher quelques informations de Flynn sur les raisons de sa présence en Illycia, eut les quelques renseignements qui lui manquaient en se contentant de tendre l'oreille – le seul moment où il avait pris la parole fut quand il sut que Judy avait demandé à ce qu'il revienne et qu'il avait déclaré en grimaçant qu'il ne comptait pas rentrer chez lui.

Quand Ioder proposa son « pari » au guerrier – en vérité, cela ressemblait plutôt à un odieux chantage déguisé par un grand sourire faussement innocent –, celui à la longue chevelure sombre en avait bien mémorisé les termes, lui permettant ainsi de s'apercevoir que le souverain avait précisé ceux-ci au pluriel et non au singulier, certainement parce qu'à la base, il y avait deux espions. A ce moment-là, il ne savait pas vraiment quoi faire de cela mais ce dont Yuri était certain, c'était qu'il n'approuvait pas ce jeu qui pouvait fort s'avérer être plus pervers qu'il ne le semblait au premier abord.

Cependant, après que l'empereur lui ait proposé le statut d'invité, il put assister aux premières épreuves qui attendaient Flynn… tout en gardant un œil sur Ioder depuis qu'il avait remarqué la façon très déplaisante dont il le détaillait du regard.

Si les deux premiers défis avaient été remportés par le guerrier, la situation changea avec le troisième et, après un nouvel échec du guerrier pour vaincre son adversaire, Yuri avait trouvé comment exploiter cette faille dans les règles énoncées par le souverain et, à la surprise générale, il avait sauté dans l'arène et, grâce à sa longue observation du combat, renversé la situation à son avantage très aisément. Une fois victorieux et face aux cris consternés des conseillers, il avait exprimé son souhait d'être le remplaçant de Raven pour ces épreuves, une proposition qui fut acceptée par l'empereur.

Cette décision de s'embarquer dans cette aventure sans être certain de réussir – il n'avait pas envie de retourner dans l'immédiat sur l'île du Plaisir et devenir le serviteur personnel de ce gamin en cas de défaite était une idée qui le répugnait fortement – pouvait sembler irréfléchie voire impulsive mais en fait, Yuri était persuadé que seul, Flynn ne pouvait pas gagner. Afin que le guerrier de Danhgrest ait toutes ses chances, il lui fallait un partenaire capable de compenser les lacunes qu'il possédait.

Et puis bon, le jeune homme aux cheveux d'or avait fortement éveillé son intérêt, faisant que l'idée de parvenir à le séduire sans utiliser de nectar l'attrayait fortement.

De ce qu'il avait pu observer, Yuri savait que si Flynn ne répondait pas à ses multiples avances, il n'y était pas forcément indifférent. Avec de la persévérance, il pouvait donc réussir à le faire tomber sous ses charmes.

Pour le moment, il avait surtout eu pitié de son compagnon de voyage lors de leur trajet en bateau… ce qui fut vite oublié quand il eut ce gilet en laine qui le démangeait fortement. Comment était-il possible pour un vêtement d'être aussi désagréable à porter ? Sa chance fut que le guerrier avait trouvé de quoi stopper son calvaire – le jeune homme avait ainsi pu ajouter « peau fragile » aux inconvénients liés à sa vie sur l'île du Plaisir.

A présent, sa préoccupation était de savoir ce qui pouvait bien se cacher derrière cette épreuve-ci…

« Disons que le menu est assez… unique en son genre. » déclara Rita avec une grimace qui lui laissait penser qu'il risquait fort de perdre l'appétit. « Très peu d'amateurs pour cette cuisine doivent exister… s'il en existe. »

… Le restaurant était mauvais à ce point-là ? Comment des plats pouvaient être aussi répugnants pour que la réputation de cet établissement ait atteinte Zaphias ?

Ils arrivèrent devant une bâtisse en bois devant laquelle plusieurs pancartes avaient été plus ou moins bien plantées dans le sol. Sur celles-ci, Yuri pu lire des choses comme « N'y allez pas, même si vous mourrez de faim ! », « PLUS JAMAIS ! », « ARGH ! », « Pitié, pitié, pitié ne le laissez pas me resservir ! » ou encore « Mais qu'ai-je fait au bon Dieu pour mériter un tel supplice ? », ce qui ne fit qu'amplifier ses craintes sur la nourriture servie à cet endroit – la palme revenait au « Faites demi-tour, FAITES DEMI-TOUR ! » qui était écrit en très gros et souligné trois fois.

« La prochaine épreuve consiste à finir les plats cuisinés par le chef de ce restaurant. » commença à expliquer l'adolescente tout en désignant une ardoise sur laquelle était marqué le menu du jour. « En d'autres termes, manger le contenu de la carte qui est indiqué juste ici. »

« C'est à moitié effacé. » constata Flynn en montrant les mots illisibles. « Qui plus est, c'est assez mal écrit… »

Ce n'était pas vraiment ce qui était le plus inquiétant aux yeux de celui aux cheveux de jais mais plutôt l'odeur douteuse qui émanait des lieux. Ça sentait comme un mélange de légumes fermentés et de poisson pourri…

« Dans ce cas, ce sera une surprise totale. » fit Rita avant de tirer sur la corde de la cloche de l'entrée. « Bonne chance ! »

Et rapidement, leur cadette prit ses distances, les laissant seuls devant la porte du restaurant. A peine fut elle hors de leur vue que des pas précipités se firent entendre de l'autre côté du panneau de bois et que celui-ci s'ouvrit sur un homme plus petit qu'eux aux courts cheveux bruns bouclés, aux yeux noirs et vêtu d'une tenue blanche de cuisinier.

« Bienvenue mes amis ! Bienvenue chez Willy Rovelli ! » s'exclama celui qui était manifestement le propriétaire des lieux avec un grand sourire. « Je vous attendais. Venez, entrez ! Entrez ! »

Si Flynn pénétra calmement à l'intérieur du bâtiment, Yuri eut un gros moment d'hésitation lorsqu'une odeur encore plus nauséabonde arriva à ses narines et qu'il entendit des bruits très suspects. Il emboîta prudemment le pas de son compagnon de voyage en se pinçant le nez, son regard anthracite examinant les murs en bois sur lesquels il y avait des tableaux un peu étranges, la seule table présente qui était recouverte d'une nappe à carreaux et sur laquelle étaient posés des assiettes, des couverts ainsi qu'une bougie.

Le dénommé Willy Rovelli les installa à cette fameuse table et une fois qu'ils furent assis, il sortit un petit calepin et un crayon de la poche de son tablier.

« J'imagine que vous prendrez tous deux la formule du jour qui, je dois vous le dire, est à la fois la plus complète et la plus exquise ! » leur déclara le cuisinier en griffonnant quelque chose sur son carnet.

« A vrai dire, nous n'avons pas réussi à la lire sur le tableau à l'extérieur. » signala le guerrier pendant que son camarade d'infortune avait pris sa serviette pour essayer de protéger son nez. « C'était en partie effacé. »

« Ah, c'est vrai qu'il a plu l'autre jour. Toutes mes excuses pour cela. Alors la formule complète comprend l'entrée, le plat, le fromage et le dessert. Je vous apporte le début d'ici cinq petites minutes ! »

Sans crier gare, Willy Rovelli s'éclipsa en vitesse dans ses cuisines, les laissant seul dans la petite salle du restaurant. Habituellement, Yuri aurait tenté de dérober un baiser à Flynn mais l'odeur des lieux l'incommodait beaucoup trop pour ça.

« Comment tu fais pour supporter cette puanteur ? » demanda-t-il en réalisant que le guerrier tolérait bien mieux que lui les effluves nauséabonds de cet endroit. « J'ai l'impression d'être dans une poubelle tellement ça sent mauvais ! »

« Je sais mais crois-moi, il y a pire. » lui répondit calmement son compagnon d'infortune. « J'ai déjà eu droit à du fumier, l'auge des cochons élevés au village, la viande oubliée dans le fumoir, le poisson pourri vendu au marché… »

« Ça va, j'ai compris… »

En d'autres termes, à Dahngrest, ils avaient le nez bouché. Dans le cas présent, il y avait de quoi être jaloux.

-§-

Excepté l'auberge de son village, Flynn n'avait jamais été dans un restaurant mais il doutait fort que l'odeur qui régnait ici soit normale. Il commençait à mieux comprendre les pancartes qu'ils avaient lues avant d'entrer ici et pourquoi ce lieu était celui de leur sixième épreuve. Restait à savoir ce qui allait leur être servi mais déjà, il se doutait que Yuri allait avoir du mal à user de sa ruse – déjà, il le voyait regarder avec suspicion le contenu de la carafe d'eau, ce qui était compréhensible.

Le guerrier voulu observer un peu plus attentivement les lieux quand il sentit quelque chose sur sa cuisse qui le fit légèrement sursauter. Il ne lui fallut pas très longtemps pour en trouver l'origine : en soulevant la nappe, il vit le pied de son camarade qui se frottait contre sa jambe. Il lui répliqua en lui jetant un regard agacé avant de lui donner une pichenette au pied, arrachant un « aïe ! » au jeune homme.

« Assieds-toi correctement au lieu de faire n'importe quoi. » lui fit-il remarquer sur un ton un peu sec.

« Pas de ma faute si tu es le seul élément ici qui me permet de patienter. » répliqua du tac au tac son interlocuteur.

A cette remarque, Flynn lâcha un soupir exaspéré et il s'apprêtait à aller voir le chef pour lui demander encore combien de temps ils allaient attendre quand celui-ci sortit rapidement de sa cuisine avec deux assiettes en main.

« Voilà, voilà ! » s'exclama Willy Rovelli en posant les entrées sur la table. « Voici une petite entrée pour commencer : des sushis faits maison ! Je vous laisse déguster le temps de préparer le plat. Bon appétit ! »

Sur ces mots, le propriétaire des lieux repartit rapidement derrière ses fourneaux, laissant ses deux invités observer ce qu'il venait de leur servir… et constater que ces sushis n'avaient rien de classique car si le riz était bien présent, sur le dessus de chacun se trouvait non pas une tranche de poisson frais mais des tarentules et des criquets. En résumé, ils avaient deux sushis chacun : deux aux tarentules et deux aux criquets, ce qui semblait ne pas enchanter du tout Yuri.

« C'est une blague j'espère ? » dit-il en regardant le contenu de leurs assiettes avec une grimace.

« J'ai bien peur que non. » confirma Flynn qui, après avoir observé les entrées, fut certains que les insectes étaient morts. « J'ai l'impression qu'ils ont été grillés au préalable. Ça pourrait être pire. »

Manifestement, son camarade avait l'air de penser la même chose vu comme il avait blêmi, s'étant certainement souvenu que ceci n'était que le début du repas.

L'épreuve consistant à manger le contenu des assiettes qui leur étaient servies, le guerrier n'attendit pas plus longtemps : il prit dans sa main un des sushis au criquet et mordit dedans, l'insecte craquant dans sa bouche. Il ne s'attarda pas à savourer le mets et mangea l'autre morceau avant de faire de même avec son second sushi, tout cela sous le regard médusé de Yuri qui, après un instant d'hésitation, se mit à l'imiter.

« Beurk ! » fit son compagnon d'infortune en grimaçant. « Je commence sérieusement à regretter l'Ile du Plaisir… »

« Il y a plus ignoble à manger. » dit-il après avoir fini son assiette. « Une fois, je me suis perdu en forêt et j'ai dû manger des insectes vivants faute de trouver du gibier. Quand tu as faim, tu apprends à faire des concessions. »

En l'occurrence, celui originaire de Dahngrest avait souffert de mal de mer pendant un moment et son estomac criait famine depuis un moment déjà donc il n'allait pas faire le difficile. Cependant, il avait intérêt à convaincre celui qui venait de l'Ile du Plaisir d'au moins goûter au contenu de son assiette car seul, il doutait d'arriver à tout finir en sachant qu'ils avaient un menu complet à déguster.

Heureusement, même s'il avait eu du mal, Yuri avait fini son entrée et avalé un grand verre d'eau pour faire passer le goût. C'était déjà ça de gagné.

A peine une minute plus tard, le chef arriva avec le plat : de la cervelle bouillie accompagnée de natto (1), un mets dont l'odeur ne passa pas du tout inaperçue. L'aspect était certes répugnant mais ce parfum de soja fermenté agressait les narines à un tel point qu'il vit son camarade faire un mouvement de recul.

« Tout s'est bien passé ? » leur demanda Willy Rovelli en débarrassant les assiettes des entrées.

« C'était immonde. » répondit le bel éphèbe avant de plaquer une main contre son visage, se sentant visiblement mal.

« C'est la cervelle de quel animal au juste ? » questionna le guerrier, faisant abstraction de la puanteur émise par les plats face à eux.

« Du porc qui est élevé dans un village pas très loin et livrée ce matin… ou la veille, je ne sais plus. Bonne dégustation ! »

Et encore une fois, leur hôte s'éclipsa rapidement en cuisine.

Comme Flynn était habitué à manger de la viande, la cervelle bouillie ne lui faisait pas peur car il connaissait – il avait toujours préféré les abats aux fruits de mer, ayant une aversion pour les moules et les huîtres depuis l'enfance. Par contre, le natto était un aliment qu'il n'avait jamais goûté mais il savait par Raven ce que c'était et que ce n'était pas aussi mauvais qu'on pouvait le penser.

Prenant sa fourchette en main, il décida de tester ce natto et il tenta d'en prendre un morceau… réalisant ainsi que celui-ci faisait des fils gluants, ce qui n'encouragea nullement Yuri à l'imiter vu l'expression de son visage.

« C'est quoi cette chose encore ? » demanda son camarade qui n'appréciait vraiment pas ce qu'il voyait.

« Des graines de soja fermentés. » répondit-il en toute simplicité avant de goûter cela… et de constater que ça n'avait pas une saveur extraordinaire. Il trouvait cela même plutôt fade, surtout après qu'il eut mangé un morceau de cervelle bouillie.

Après une longue hésitation, son compagnon d'infortune se décida à essayer le plat mais après une bouchée de chaque, il était clair qu'il n'aimait pas du tout le natto et qu'il n'allait certainement pas faire l'effort de le finir. Il reconnaissait que la texture était très particulière en bouche et lorsqu'il vit qu'il avait terminé, difficilement certes, sa part de cervelle bouillie, le guerrier lui prit son assiette pour finir le natto, même si lui-même n'aimait guère cet aliment mais plus à cause de son manque de saveurs.

« Comment t'arrives à manger un truc aussi infect ? » lui demanda Yuri après avoir de nouveau avalé un grand verre d'eau.

« D'une, ce n'est pas aussi mauvais et de deux, je n'ai pas envie de perdre mon village. » répondit Flynn en finissant son assiette. « Qui plus est, après la longue diète que j'ai eu, je meurs de faim ! J'avalerai un sanglier entier s'il y en avait un. »

Le bel éphèbe eut un rire amusé en entendant cette phrase et le jeune homme aux cheveux d'or réalisa que sa présence ne le gênait plus. Il s'y était habitué à force de voyager ensemble et même s'ils avaient des origines différentes, il ne trouvait pas sa compagnie désagréable, bien au contraire. D'ailleurs, en repensant aux épreuves qu'ils avaient déjà effectuées, il constata qu'ils étaient complémentaires : là où l'un avait des difficultés, l'autre était là pour les compenser et inversement.

En d'autres termes, à eux deux, ils avaient une chance de réussir à gagner le pari fait avec l'empereur Ioder.

« Au fait, si on venait à réussir toutes les épreuves, que comptes-tu faire ? » se demanda subitement le guerrier en se souvenant que seuls les conséquences d'un échec avaient été évoquées pour son camarade. « Tu vas rentrer chez toi ? »

« Je n'y ai pas réfléchi. » avoua Yuri, visiblement un peu surpris par cette question. « Je sais juste que je ne veux pas retourner dans l'immédiat sur l'Ile sur Plaisir ou finir en serviteur particulier pour ce gamin… »

Leur conversation, qui était très agréable, fut brusquement interrompue par le retour de leur hôte, venu pour débarrasser leurs plats et leur amener la suite : le fromage. Certes, la portion était petite mais elle était dans la même veine que les mets précédents, c'est-à-dire peu appétissante pour le commun des mortels.

« Mes chers amis, ceci est du Casgiu Merzu(2), une spécialité locale très réputée. » leur expliqua le cuisinier tandis que, de la préparation fromagère se mouvaient des asticots qui, cela ne faisait aucun doute, étaient bel et bien vivants. « C'est un fromage pourri aux larves de mouches que vous avez la chance de pouvoir déguster ici aux frais de l'empire. Bon appétit et je vous retrouve pour le dessert. »

Encore une fois, Willy s'éclipsa rapidement, leur laissant tout le temps d'observer ce qui venait de leur être servi.

-§-

Il allait étrangler ce sale gosse d'Ioder s'il venait à le recroiser. Cet endroit était tout bonnement affreux au point qu'il en était venu à regretter l'Ile du Plaisir et son excellente nourriture – certes, c'était surtout lui qui cuisinait là-bas mais c'était clairement meilleur que ce qu'il y avait dans ce boui-boui !

Sincèrement, Yuri se serait arrêté à l'entrée si Flynn n'avait pas été là. Sans lui, il n'aurait jamais réussi à se convaincre d'avaler ces horribles sushis aux insectes et de faire de même avec la cervelle bouillie – il avait tenté avec le natto mais l'odeur l'avait beaucoup trop dérangé et s'il avait continué, il aurait probablement vomi le contenu de son estomac, leur faisant échouer cette épreuve à tous les deux par la même occasion.

Là, le coup du fromage pourri, il aurait quand même dû le voir venir, surtout qu'il en avait entendu parler quand il était sur l'Ile du Plaisir mais jamais il n'en avait vu jusqu'ici. Lui qui n'aimait déjà pas le fromage à la base, là, il était servi…

Un coup d'œil au guerrier lui permit de voir que les asticots vivants ne semblait pas du tout le déranger : il avait pris un morceau de pain pour le tartiner de cette chose vraiment pas appétissante et il croquait dans sa tartine comme si de rien n'était.

Avec la pointe du couteau, le bel éphèbe goûta ce mets… et fut dégoûté par cette saveur très amère et piquante. Ce fromage, en plus d'être pourri, était très fort, au point qu'il en venait à regretter le natto qui leur avait été servi plus tôt. Sans hésitation, il laissa sa part à Flynn en priant intérieurement pour que le dessert n'ait rien de vivant à l'intérieur car sinon, il risquait de rendre tout ce qu'il avait avalé juste avant.

Le seul point positif qu'il avait noté pour le moment était que leur hôte semblait moins guilleret qu'au départ, signe qu'il ne s'était probablement pas attendu à ce qu'ils parviennent jusque-là. Avec de la chance, il n'aura pas le temps de leur faire un sale coup pour le dernier plat… mais il n'y croyait pas trop.

De plus, un détail de taille commençait à le titiller : s'il savait à présent d'où venait l'odeur de légumes fermentés, il n'avait toujours pas trouvé l'origine de celle de poisson pourri, ce qui lui laissait penser que le dessert risquait fort d'en contenir. Qui plus est, son nez commençait enfin à s'habituer à ces senteurs désagréables et il pouvait maintenant se concentrer sur autre chose que sur son odorat qui se faisait plus que malmener depuis leur entrée dans ce restaurant.

« Je crois qu'il nous réserve le pire pour la fin. » déclara Yuri à son camarade. « Ça sent le poisson pourri depuis un moment déjà et on a rien eu à base de poisson pour le moment. »

« Cela se tient. » approuva Flynn en grimaçant une fois qu'il eut fini son assiette. « Mais un dessert à base de poisson ? »

« C'est étrange oui mais comparé à ce qu'on a eu avant… »

Qu'allaient-ils donc avoir à manger en dernier ? Les fruits de mers étant trop fragiles comme produits, il aurait tendance à les exclurent, doutant fort que leur hôte veuille les empoisonner car techniquement parlant, tout ce qui leur avait été servi était certes loin d'être appétissant mais cela restait des produits comestibles et donc, en théorie, non destinés à causer une intoxication alimentaire. Le plus probable, vu l'odeur, était un poisson fort et qui était dans la même veine que tout ce qu'ils avaient eu auparavant.

En fouinant dans ses souvenirs de l'Ile du Plaisir, le bel éphèbe se souvint d'un homme qui venait d'un pays loin au nord et qui avait posé quelques soucis aux prêtresses car celui-ci n'aimait que des poissons forts en goût. Au final, elles avaient réussi à le faire tomber sous leurs charmes et cet homme avait évoqué une spécialité de son pays – le seul truc qu'il avait retenu du nom de ce plat était son côté imprononçable – qui, justement, était du poisson fermenté.

Si c'était bien ça, sous quelle forme allait-elle leur être présentée ?

La réponse ne tarda pas à arriver en la personne du cuisinier qui, après avoir débarrassé leurs assiettes et leurs couverts, vint leur apporter des cuillères ainsi qu'une coupe en cristal en fredonnant une chanson d'amour. A l'intérieur, il y avait deux boules de glace d'une couleur indéfinissable et qui sentaient le poisson bien pourri.

« Ah, mes chers amis… » commença Willy Rovelli, la voix chargée d'émotion. « C'est avec une immense joie que je vous annonce que vous êtes les premiers à être parvenus jusqu'à cet instant fatidique : ce dessert ! Qui plus est, c'est aussi mon mets favori et vous ne pouvez pas imaginer à quel point de suis fier de vous présenter la spécialité de mon restaurant : la glace au surströmming (3)! »

Yuri reconnut ce nom bizarre qui lui confirma qu'ils avaient affaire à une crème glacée au poisson. En théorie, lui qui aimait bien les desserts, il ne devrait pas avoir de souci mais en pratique, il se demandait sérieusement si ce truc était bel et bien mangeable…

En levant son regard sombre vers son partenaire, il constata que celui-ci était plus pâle que tout à l'heure. En cherchant dans sa mémoire, il se rappela que Flynn n'avait jamais été très enthousiaste face à des plats à base de fruits de mer et il comprit instantanément que celui-ci n'arriverait jamais à se forcer à finir ce dernier mets.

La ruse qu'il aurait été possible de faire était de jeter discrètement la nourriture mais si elle aurait pu être tentée avec les plats précédents, ce coup-ci, elle était impossible car le propriétaire des lieux n'avait visiblement pas l'intention de retourner en cuisine.

« Mangez ! Mangez ! » s'exclama vivement Willy avec un grand sourire. « Ne faites surtout pas attention à moi ! »

Facile à dire… mais face au conflit interne plus qu'évident chez le guerrier, c'était à son tour de sacrifier son haleine et ses papilles gustatives. Haut les chœurs…

« T'as de la chance que je t'aime… » dit-il à voix basse avant de prendre une cuillère de glace et de la mettre rapidement dans sa bouche.

A l'instant où il sentit le froid envahir son palais, Yuri réalisa qu'il avait eu une très mauvaise idée en mettant autant de crème glacée dans sa bouche d'un seul coup car il s'était presque gelé le cerveau. Le pire restait tout de même le goût qui, certes, le dérangeait moins que celui du fromage mais le natto gardait tout de même sa grande préférence. C'était TRES salé pour un dessert et sincèrement, il avait l'impression de manger une crème dans laquelle un énorme bloc de sel avait été jeté ainsi qu'une bouteille d'un vinaigre bien acide, tout cela avec en plus la saveur du hareng qui avait été très longuement oublié. Le plus dur allait être de ne pas vomir…

Il voulut prendre un verre d'eau pour faire passer le goût… mais il réalisa avec horreur que la carafe était vide, ce qui n'arrangeait vraiment pas leurs affaires. Cependant, en un clin d'œil, le cuisinier leur en avait ramené une pleine… ou du moins, il avait déjà vu la chose et s'était préparé à leur ramener de quoi boire.

Flynn tenta sa chance lui aussi… et l'expression de son visage en disant suffisamment long pour que son compagnon d'infortune sache qu'il avait certainement la même opinion que lui sur cette glace, voire même pire…

Et encore, ils devaient s'estimer heureux de ne pas avoir le produit de base car il avait l'étrange impression que ce serait mille fois pire.

« Alors, quel goût ça a ? » leur demanda leur hôte avec un intérêt quelque peu sadique aux yeux de Yuri.

« C'est infect ! » répondirent les deux camarades au même moment avant de rassembler leur courage pour essayer de finir cette chose immonde.

Sérieusement, ce prétendu cuisinier le faisait exprès ou bien il ne goûtait jamais ses plats ? A tous les coups, c'était les deux et le jeune homme aux cheveux de jais se jura que si un jour il revoyait cet énergumène, il lui ferait avaler son menu entier à la première occasion !

A force de volonté et avec beaucoup d'efforts, ils arrivèrent difficilement à terminer ce dernier plat. Ils étaient au bord du malaise mais ils étaient, pour l'instant, encore vivants. Par contre, leurs papilles gustatives risquaient fort de leur faire défaut pendant un moment et leurs haleines… non, il ne valait peut-être mieux ne pas y penser, surtout que rien ne garantissait que leurs estomacs puissent se remettre de tout ça.

« Bravo ! Bravissimo ! » s'exclama avec émotion le propriétaire des lieux en applaudissant avec force tout en reniflant. « Jamais personne n'avait réussi à finir mon menu en entier et… excusez-moi une seconde. »

Sur ces mots, le chef se moucha bruyamment dans son tablier avant d'essuyer quelques larmes de joie qui menaçaient de couler.

« Vous avez vraiment été un formidable duo ! » poursuivit Willy en s'approchant… avant de reculer d'un pas, certainement à cause des deux regards assassins dirigés contre lui. « Revenez quand vous voudrez ! »

Intérieurement, Yuri et Flynn pensaient la même chose : ça ne risquait pas d'arriver !

Après leurs adieux à leur hôte, ils sortirent avec joie du restaurant, respirant à plein poumons l'air extérieur… avant d'aller chercher où pouvait bien se planquer Rita afin de lui faire savoir qu'ils avaient réussi cette épreuve.


Notes :

1 : Le natto est fait à base de graines de soja fermentées et est un aliment très populaire au Japon mais généralement peu apprécié par les occidentaux.

2 : Le Casgiu Merzu est un fromage corse fort qui est pourri avec des larves de mouches. Il peut être mangé avec ou sans les asticots.

3 : Le surströmming est du hareng fermenté et est très populaire en Suède. Son odeur est, paraît-il, une des pires qui existe et il serait interdit dans les avions à cause du risque d'explosion des boîtes de conserve dans lequel il fermente.

kaleiyahitsumei: (Default)
2016-05-03 01:18 pm

Après l'enfer

May 3 – 4 Stock : “You’ll always be beautiful to me”

Titre : Après l’enfer

Beta : Eliandre

Note : Deuxième thème du Fluri Month 2016. Par contre, si vous permettez, je vais aller me chercher une nouvelle cachette...

__________________________________

D’eux deux, jamais Yuri n’aurait imaginé que Flynn serait celui qui aurait besoin d’aller voir un psychiatre. Il avait honnêtement envie de dire que cela ne servait à rien et aurait voulu croire que son compagnon parviendrait à surmonter cela, comme il avait toujours réussi à le faire jusqu’à présent face aux coups durs de la vie.

Mais cette fois-ci, la douleur de la blessure à la fois physique et morale était plus difficile à supporter que prévu et il avait fallu se rendre à l’évidence : s’ils ne parvenaient pas à le convaincre de se faire aider, il risquait de faire une grave dépression.

Dans l’appartement, tous les miroirs que Yuri n’avait pas eu le temps de dissimuler avaient été brisés avec rage et toutes les surfaces réfléchissantes qu’il avait repérées avaient été recouvertes avec une bombe de peinture pour éviter une nouvelle crise. S’il pouvait éviter de jouer encore une fois les femmes de ménage, ça l’arrangerait grandement car il servait déjà d’infirmier depuis quelques jours et il craignait que cela dure encore un moment.

Sans surprise, il retrouva Flynn dans le noir sur leur vieux sofa, assis avec les genoux pliés contre son torse et ses mains tenant ses jambes. Ses yeux bleus avaient perdu leur éclat depuis qu’il avait été sorti de cet enfer et son visage d’ange était caché sous des bandages et des pansements qui dissimulaient le carnage d’en-dessous.

—Tu sais qu’il va falloir que j’allume pour te changer tes pansements ?

Sa seule réponse fut un faible hochement de tête, ce qui lui donnait quelque peu la nausée en repensant à leurs échanges avant que son compagnon n’ait été capturé puis torturé par ce fou. Il avait échappé à la mort car la police l’avait retrouvé à temps et abattu ce psychopathe alors qu’il essayait de s’enfuir. Cependant, si Yuri le pouvait, il sortirait volontiers cet enfoiré de sa tombe pour lui infliger un supplice plus cruel que celui qu’il avait fait subir à son conjoint.

Il alluma la lumière, s’attirant un grognement de mécontentement de Flynn. Il n’était que trois heures de l’après-midi mais ouvrir les rideaux risquait de faire fuir son compagnon et ce n’était pas ce dont il avait besoin, surtout quand il faisait déjà appel au peu de patience qu’il possédait pour le gérer alors qu’il était dans un état pire que lamentable.

Ca le faisait vraiment chier d’avoir dû devenir l’adulte responsable de ce couple.

Yuri posa la boîte contenant tous les bandages propres, pansements et produits pour désinfecter sur la table basse puis il s’assit à coté de Flynn. Ce dernier, avec réticence, s’assit correctement, son regard fixé au sol et la mâchoire serrée. Depuis son retour, il ne parlait presque plus et s’il continuait ainsi…

Doucement, il commença à ôter les bandes blanches qui ne servaient plus à cacher qu’autre chose puis il s’attela à la partie la moins évidente : décoller les pansements avec délicatesse. Le premier sur la joue gauche partait assez facilement et révéla les dégâts les moins graves qui étaient une série de cinq coupures peu profondes faites délibérément et qui cicatrisaient très bien. Pour ce qui recouvrait le côté droit du visage, il prit plus de précautions car il se doutait d’avance que même si ce n’était plus aussi horrible que le premier jour, jamais ces marques ne disparaîtraient complètement.

A présent, le carnage était visible en plein lumière : les multiples brûlures faites avec une cigarette, d’autres coupures peu profondes mais plus nombreuses et d’autres blessures dont une, vue sa forme, avait probablement été faite avec un morceau de métal chauffé. Il avait aussi été battu mais ce taré, apparemment un tueur en série qui s’attaquait aux hommes homosexuels, aimait défigurer ses victimes avant de les tuer. Son compagnon avait échappé de peu au pire mais les dommages physiques et émotionnels ne seraient jamais complètement réparés.

Yuri essaya, comme souvent, de caresser sa joue mais Flynn écarta la tête en grognant, détournant ses yeux sur le côté. Là, sa patience atteignait ses limites…

—Flinnie, regarde-moi, ordonna-t-il avec fermeté.

—Laisse-moi, répondit son compagnon avec une voix éraillée.

—Si tu n’obéis pas, je ne vais plus tenir compte des recommandations qu’on m’a faites et te coller mon poing là où je pense.

—Alors fais-le. Ca ne va pas changer gran…

Si Flynn avait été dans un état autre que celui-ci, il l’aurait bel et bien frappé pour lui remettre les idées en place mais là, c’était loin d’être une solution à ce problème. Pour cette raison, Yuri avait opté pour l’option opposée : il lui a attrapé le menton pour le forcer à tourner la tête vers lui puis il l’embrassa sur la bouche. Son compagnon tenta de se libérer de sa prise mais il ne le laissa pas faire et passa sa main libre derrière son crâne pour l’empêcher de rompre trop tôt ce contact.

Il s’écarta légèrement, ses yeux gris fixés dans les iris bleus qui étaient emplis de stupéfaction et de regrets.

—Pourquoi tu fais ça ? demanda Flynn avec étonnement.

—Parce que je refuse de te laisser tomber et que je t’aime espèce d’abruti ! répondit Yuri avec véhémence. Tu as besoin de moi et je compte bien te coller aux basques jusqu’à ce que tu ailles mieux, peu importe le temps que ça prendra.

—Et si…

Il ne le laissa pas continuer sa phrase et le coupa en l’embrassant à nouveau. Cette fois-ci, il ne chercha pas à se retirer et au bout d’une bonne seconde, il répondit timidement au baiser.

—C’est pas pour ta belle gueule que je te supporte depuis tout ce temps, fit Yuri avec un sourire taquin. Depuis le temps qu’on se connait, tu devrais le savoir.

Ces quelques mots firent apparaître un léger sourire sur les lèvres de son compagnon. Ce n’était pas grand-chose mais c’était toujours mieux que de le voir broyer du noir. Avec du temps et avec le soutien nécessaire, il parviendra peut-être à reprendre sa vie en main mais pour le moment, il devait absolument l’aider à remonter la pente et veiller à ce qu’il ne dégringole pas de nouveau.

kaleiyahitsumei: (Default)
2016-02-14 05:19 pm

Soleil de Minuit - Partie 2

 Note : Il me semble que cela fait un moment que je n'ai rien publié. Bonne lecture à vous.

Playlist :

Lacuna Coil – Trip to the darkness

Xandria – Beware

Luca Turilli – Mystic and Divine

Xandria – Emotional man


Partie 2

Prenant sa source au lac Lymna, seule frontière commune entre Hélios, Séléné et les terres des Nyx, le fleuve Neilos traversait tout le royaume du dieu Sol en lui faisant profiter de ses bienfaits avant de se jeter dans la mer Azurée. Ses crues fertilisaient les sols, donnant ainsi des récoltes luxuriantes et abondantes… jusqu'à ces dernières années. Les rives du fleuve dépérissaient très lentement, faisant que les réserves de nourriture baissaient en conséquence. La situation n'était pas encore dramatique mais elle risquait de le devenir si la prochaine crue n'était pas assez forte.

Même si le Neilos n'était pas à la charge du dieu Océan, Judith avait choisi de prier son dieu à chaque fois qu'elle était sur les rives du grand fleuve, comme c'était le cas cette nuit. Les Krytiens n'avaient pas besoin de rituels complexes pour communiquer avec lui, leur divinité leur ayant offert, en échange de leur dévouement, une intuition plus développée afin de mieux comprendre le cœur des gens. C'était grâce à cette capacité que la jeune femme avait appris à qui faire confiance et de qui se méfier – bien que pour ceux vénérant Umbra, une longue observation de la personne lui était nécessaire car ils étaient souvent très doués pour dissimuler leur vraie nature, ce qu'elle avait appris tardivement.

Quand son peuple avait réalisé qu'un déséquilibre se faisait en Hélios, elle s'était portée volontaire pour enquêter un peu plus de trois ans plus tôt. Les siens n'avaient pas vraiment des âmes d'aventuriers, une des raisons pour laquelle elle avait choisi de remplir cette mission en plus du fait que le dernier membre de sa famille, son père, était décédé quelques années auparavant. Elle avait donc chevauché Ba'ul, une des nombreuses entités créées par Océan, de Myorzo et avait traversé la moitié de la mer Azurée pour atteindre le delta du Neilos.

A partir de ce point, elle était seule.

Pendant plusieurs jours, Judith avait remonté le fleuve, visitant village après village avant de s'éloigner du cours d'eau et finir par trouver une preuve de ce qu'elle cherchait. Ce petit hameau avait vu sa réserve d'eau tomber dans un seuil critique et ses habitants ne savaient quoi faire. Si elle ne fut pas étonnée de voir Rita qui travaillait dur pour essayer de résoudre cette situation, elle fut cependant très surprise de rencontrer Yuri dont les caractéristiques physiques correspondaient plus aux Nyx qu'aux Héliens – les Krytiens n'avaient jamais eu d'animosité envers le peuple des ténèbres mais restaient méfiants envers eux car, si son peuple était réputé pour sa franchise, les Nyx avaient la réputation inverse et n'aimaient guère les Krytiens car ils étaient insensibles à leurs talents de persuasion.

Après de longs échanges, tous trois s'étaient aperçus qu'ils poursuivaient le même but et le jeune homme avait ainsi poussé les habitants à se révolter… ce qui causa sa perte en attirant Raven parmi eux. Judith n'avait réalisé que trop tard son double-jeu et n'avait pas pu intervenir à temps pour sauver son ami du piège dans lequel il était tombé. Deux mois après, elle avait réussi à s'infiltrer dans Aurum et tenté de l'aider à s'évader mais ce fut un cuisant échec.

Puis Raven l'avait trouvée… et elle lui avait collé un coup de poing pour les avoir dupés. Elle lui avait accordé ensuite deux minutes pour parler et ce fut là qu'elle avait su qu'il avait au moins été honnête sur une chose : lui aussi cherchait à comprendre ce qu'il se passait en Hélios. Il l'avait informée sur la condition exacte de Yuri et lui avait conseillé de partir puis d'attendre qu'il la contacte elle ou Rita.

Au bout de trois ans d'une correspondance discrète, la Krytienne reçut enfin une missive plus que pertinente : en fouillant les archives, l'espion avait découvert que plusieurs temples avaient été dégradés au fil des ans et cela correspondait à la période où la colère de Sol avait commencé à s'abattre sur eux. Un examen approfondi de ces lieux de cultes s'imposait mais rien ne disait que cela les aiderait. Après mûre réflexion, Rita avait décidé de se rendre à Séléné pour obtenir leur aide et, éventuellement, trouver des indices via Luna. Là encore, Raven les avaient bien aidées en leur indiquant le seul passage possible sans risquer de se faire arrêter, bien qu'il soit aussi le plus périlleux.

Ce soir, elle avait décidé qu'il était plus que temps de prier Océan, à la fois pour qu'il procure ses bienfaits à Hélios et aussi pour qu'il aide son amie tant qu'elle était à Séléné. Elle ôta ses vêtements, les déposant près d'un épais buisson de papyrus, avant de prendre une inspiration… et de commencer à marcher sur l'eau. Elle s'arrêta au bout de vingt pas puis leva ses bras au ciel avant de se pencher jusqu'à toucher la surface du Neilos. Quand l'eau se mit à remonter le long de ses membres, elle sut que son dieu l'écoutait.

Elle plongea dans le fleuve tête la première et nagea en effectuant un cercle. A son troisième tour, la zone où elle était passée s'illumina d'une lueur bleu sombre. La jeune femme se plaça au centre et s'allongea sur le dos, se laissant totalement porter par le liquide translucide. De minces fils de cette eau lumineuse vinrent parcourir son corps, retraçant ses courbes, passant entre ses seins ou encore frôlant ses lèvres. Judith sentait à peine cela, son esprit étant uniquement concentré sur sa prière à Océan.

-§-

Cela faisait à présent une semaine que Flynn travaillait au harem, restant à l'affût du moindre de ses dangers. Karol lui avait appris certains des codes que lui et Yuri avaient mis au point pour se défendre contre d'éventuelles tentatives d'empoisonnement, à qui il ne fallait pas faire confiance parmi les serviteurs, les habitudes des autres favoris… tout cela sans que le principal concerné n'intervienne.

Que le favori ne l'apprécie pas, il pouvait aisément le concevoir. Par contre, qu'il persiste à l'ignorer ainsi en permanence l'exaspérait au plus haut point. Le soldat avait des fois une folle envie de lui coller son poing dans la mâchoire mais les conséquences potentielles de son geste lui ôtaient l'envie de passer à l'acte. Il n'en valait pas la peine. Il devait se contenter de faire son travail et de veiller à sa sécurité.

Cette nuit-là, Flynn avait de nouveau du mal à dormir et il avait commencé à entamer une promenade nocturne quand, venant de l'entrée du harem, il vit la silhouette du capitaine Schwann qui portait quelque chose dans ses bras… ou plutôt quelqu'un car il reconnut la tenue aux teintes sombres que le roi avait faite porter à Yuri dans l'après-midi.

« Aide-moi à l'emmener dans les bains. » lui ordonna son supérieur en remarquant sa présence.

Le soldat s'exécuta sans poser de questions. Il vint prendre les jambes du favori et, à deux, l'emmenèrent à côté de l'un des bassins qui était éclairé par les quelques bougies encore allumées. Le jeune homme avait senti comme quelque chose de poisseux contre ses doigts sans trop savoir ce que c'était et, quand il eut un minimum de lumière et l'occasion d'utiliser son odorat, il réalisa que c'était du sang.

« Qu'est-ce que… » commença-t-il à demander en tournant son regard azur vers son capitaine.

« Le roi n'était pas d'excellente humeur et c'est Yuri qui en a fait les frais. » répondit Raven en ôtant les vêtements sombres du pensionnaire du harem. « Il a été drogué au préalable donc ne t'étonne pas s'il est étrange. Si tu juges qu'il ne va pas mieux, préviens-moi dès que possible. Je repasserai au harem au plus tard demain soir. »

Ce qui signifiait qu'il allait devoir s'occuper seul du favori à partir de maintenant – il pouvait toujours aller chercher Karol mais si c'était pour voir son ami et protecteur dans cet état, Flynn préférait lui épargner cela.

Après un salut à son supérieur, il reporta toute son attention sur le jeune homme aux longs cheveux bruns… et ne put s'empêcher de déglutir en constatant l'étendue des dégâts. Il se pencha sur lui et entama une inspection complète du corps pâle allongé au sol. En lui soulevant légèrement la tête et après avoir écarté ses mèches sombres, il découvrit une marque de morsure à la base de sa nuque et la trace d'un coup qu'il avait dû recevoir en bas du visage et qui n'allait pas du tout être beau à voir le lendemain. Ayant remarqué des éraflures sur le torse du favori, il le tourna ensuite sur le côté pour examiner son dos, découvrant ainsi d'autres traces, plus nombreuses, qui suggéraient qu'il s'était frotté contre quelque chose de rugueux, sa peau étant griffée jusqu'au niveau de sa taille.

Vint ensuite l'emplacement sur lequel le soldat redoutait le plus de devoir s'attarder : son bassin. Il remit délicatement le jeune homme sur le dos, notant de nouveau le sang qui avait coulé le long de ses jambes et qui n'était pas encore tout à fait sec. Il suivit la coulée rouge sombre de son regard azur, découvrant avec une grimace à la fois de dégoût et d'horreur qu'elle venait de ses parties intimes. Prenant son courage à deux mains – et surtout après s'être répété en boucle que tous deux étaient des hommes –, il écarta les jambes du favori et vit à quel point cette nuit fut différente des autres.

Cela ne faisait certes qu'une semaine qu'il était en poste au harem mais Yuri ne s'était pas gêné pour le pousser à bout de diverses manières. L'un des sujets qu'il avait abordé pour le faire réagir était les relations sexuelles entre deux hommes, un thème où il avait été dans le détail concernant les bonnes techniques pour donner du plaisir à celui qui était soumis durant l'acte.

Sauf que là, pour Flynn, ce n'était pas une relation consentante qu'il y avait eue mais un viol pur et simple. L'acte avait manifestement été très brutal et il ne pouvait s'empêcher d'avoir pitié du favori. Combien de fois avait-il eu droit à ce genre de traitement ? Etait-il le seul dans ce cas précis ? De toutes les rumeurs qui pouvaient être entendues sur le roi Thar, jamais il n'avait ouïe dire qu'il déchaînait sa colère sur les hommes désignés pour satisfaire ses désirs charnels.

Pour le moment, sa seule certitude était qu'il devait le laver puis le monter dans ses appartements, tout cela le plus discrètement possible.

Le soldat ôta rapidement son pagne et ses sandales, ayant jugé plus aisé d'accompagner le favori dans le bassin plutôt que d'opter pour une autre méthode. Il se baissa ensuite pour l'y porter quand un détail important s'imposa à son esprit : la longue chevelure noire qui, au vu de la fraîcheur nocturne, risquait fort de ne pas sécher avant que le soleil n'ait réchauffé le harem. S'il la laissait détachée ainsi, elle serait trempée et Yuri risquait d'attraper la mort durant la nuit. La solution se présenta moins d'une minute plus tard sous la forme de bandeaux en lin de divers coloris qui étaient parmi différents ornements destinés à la chevelure. Il attrapa le premier venu, un de teinte orangée, le passa autour de la tête du favori. Ensuite, se remémorant les gestes précis de Sodia quand elle se recoiffait après s'être baignée dans le Neilos, il rassembla les mèches sombres et soyeuses puis les sépara en trois parties égales et commença à les tresser soigneusement ensemble.

Ses yeux azur ne pouvaient s'empêcher de trouver une certaine beauté fragile à ce jeune homme qui était particulièrement exaspérant dès qu'il ouvrait la bouche. Si l'on s'arrêtait à son visage imberbe et ses traits fins, il était aisé de le confondre avec une femme. Actuellement, il n'avait plus l'impression d'être avec cet individu rebelle et provocateur mais avec un être qui, s'il se montrait trop brusque, pouvait se briser à tout instant.

Après avoir achevé son œuvre et rassemblée celle-ci en un chignon qu'il maintint en place à l'aide d'épingles d'or, Flynn prit délicatement le favori dans ses bras et, avec précaution, descendit les marches du bassin, se glissant ainsi dans l'eau tiède dont émanait de légères senteurs fleuries. Il entreprit avec soin de s'asseoir sur les marches carrelées tout en plaçant Yuri sur ses cuisses, le dos contre son torse et sa tête posée sur son épaule gauche, faisant que le liquide translucide les atteignaient tous deux en haut de la poitrine.

La position était loin d'être idéale mais c'était la seule qui lui évitait d'avoir une mort par noyade sur la conscience.

Son bras gauche enroulé autour de la taille du favori, il attrapa un savon de sa main droite et le frotta minutieusement contre cette peau claire. Quand il frôlait ou touchait une zone meurtrie, il entendait la respiration lente de son homologue se couper dans un faible gémissement de douleur avant de reprendre sur ce même rythme. A chaque fois que cela se produisait, un léger frisson d'horreur parcourait le soldat, d'une part parce qu'il n'approuvait pas ces méthodes pour neutraliser quelqu'un et d'autre part… à cause de ce que cette trop grande proximité déclenchait chez lui.

Ignorer cela était compliqué, surtout quand il arriva à la partie où il devait laver le bas de ce corps âbimé…

Installant Yuri plus en hauteur sur les marches, Flynn déglutit tout en lui écartant les jambes, se plaçant entre elles en se répétant à lui-même qu'il n'avait aucune raison d'être gêné. Une bonne partie du sang était parti avec l'eau tiède, la souillant dans cette zone du bassin, mais quelques traces demeuraient encore.

Sauf qu'à peine avait-il commencé à promener ses doigts sur cette peau douce et laiteuse qu'une voix rauque retentit…

« Is Spmetgnol… »

Le soldat fixa son regard azur sur le visage du favori et constata que son expression demeurait inchangée. Qu'est-ce que…

« Euq tnengèr sel serbmo ! »

Dans un souffle glacial, toutes les bougies s'éteignirent au même instant, faisant que la seule source de lumière furent les quelques rayons de lune qui parvenaient à s'infiltrer jusqu'aux bains. Flynn ne se sentait vraiment pas en sécurité et, quand il vit deux yeux rouges luire dans l'obscurité et le fixant avec avidité, il regretta amèrement d'être dans sa condition actuelle.

« Siuped dnauq sneiv ut em riov al tiun nom rehc erèrf ? »

Qu'est-ce que c'était cette langue ? Flynn n'en comprenait pas un traître mot et surtout, pourquoi ne parvenait-il pas à faire le moindre mouvement ? Etait-ce parce que ces iris carmin le figeaient sur place ?

« … Ej sneiv ed risias. Ut se'n sap Los te ut en sdnerpmoc neir à al eugnal sed Xyn. »

Pendant un instant, le jeune homme crut discerner de la peine dans ce regard mais cela fut si court qu'il pensa l'avoir imaginé.

« Ut saref nu tiafrap tutitsbus. »

Tout à coup, il sentit des jambes se serrer autour de sa taille et le visage de cet inconnu s'approcha du sien… révélant, via le faible rayon de lune qui l'éclairait, que personne n'avait pénétré dans les bains. Il n'y avait que lui… et Yuri dont les iris, auparavant d'un bel anthracite, s'étaient changés en deux orbes rouges brillants et le fixant d'une telle manière qu'il en avait froid dans le dos. Il aurait voulu parler, crier, pouvoir émettre le moindre son mais étrangement, il n'y parvenait pas. Il était seul avec le favori, manifestement possédé par quelque chose qu'il ne pouvait identifier.

L'être aux yeux carmin pencha sa tête vers la nuque du soldat et, après avoir expiré sur sa peau hâlée par le soleil un souffle chaud qui lui provoqua un frisson le long de sa colonne vertébrale, il lui mordilla le lobe de l'oreille, coupant nette la respiration de Flynn qui ne s'attendait pas du tout à ce genre de chose. Il sentit une main descendre le long de son torse, s'attardant sur chaque détail de sa musculature tandis qu'une langue chaude et humide léchait son oreille, ramenant ces sensations dérangeantes qu'il avait ressenti plus tôt.

Le jeune homme voulait que cela cesse car, instinctivement, il savait comment cela risquait de se finir. Il avait surpris par hasard deux pensionnaires du harem s'échanger ce genres de « faveurs » avant de s'éloigner vers leurs appartements. Même si son corps réagissait à tout cela, il n'avait aucun désir d'avoir ce genre de proximité avec le favori, une personne qui, malgré sa beauté indéniable, l'agaçait au plus haut point – il avait aussi parfaitement conscience des retombées potentielles et ne tenait pas vraiment à terminer prématurément sa carrière. Il devait garder l'espoir de pouvoir se tirer de ce guêpier…

Soudain, une lueur bleue apparut, stoppant les actions de l'être aux yeux rouges, puis elle se propagea à toute l'eau du bassin, révélant au regard azur de Flynn des zébrures noires sur son corps qui se dissipaient, lui rendant du même coup toute sa mobilité. Il s'éloigna donc rapidement de son assaillant et s'immergea complètement dans le liquide devenu étincelant.

« Je ne peux pas repousser Umbra éternellement… »

Qui était l'homme qui venait de lui parler de cette voix éthérée ? Et… avait-il dit « Umbra », comme le dieu des Nyx ?

Le soldat refit surface et, après un rapide balayage de la pièce du regard, trouva où était celui qu'il cherchait : il était accroupi en haut des marches du bassin, ses yeux le fixant intensément de leur éclat carmin. La lumière émanant de l'eau permit au jeune homme de bien le voir et ainsi de se souvenir de la seule représentation du dieu des ténèbres qu'il avait pu voir dans sa vie : un homme au teint clair, à la longue chevelure sombre…

Et Yuri lui ressemblait énormément… ce qui ne pouvait signifier qu'une chose quand on sait que cette divinité avait créée à elle seule tout un peuple qui la vénérait : le favori était très certainement un Nyx.

« On est visiblement moins bête que je ne l'aurais imaginé. » déclara Umbra avec un sourire en coin, cette fois-ci dans un langage que Flynn comprenait. « Dommage car j'aurais pu bien m'amuser à te torturer… »

« Menteur… » fit la voix éthérée qui semblait émaner de l'eau elle-même.

« Tss… Veux-tu bien te montrer au lieu de te cacher comme cela ? »

« Ej en xuep sap… No tuev em eriurtéd siuped srueisulp seénna te erèp esnep euq tse'c iot. »

Quoiqu'ait pu dire l'inconnu, cela avait eu un fort effet sur Umbra dont le visage s'était décomposé. Toute l'assurance qu'il dégageait au départ s'était brusquement évanouie et il affichait à présent une mine abattue, comme s'il venait d'apprendre la plus terrible des nouvelles. Puis quand la lumière bleue commença à faiblir, le dieu des Nyx grogna de colère.

« Quel crétin ! »

A l'instant où le bracelet cessa de luire et rendit au bassin sa nature d'origine, les bougies se rallumèrent et la divinité des ténèbres s'écroula au sol…

-§-

Son corps endolori, Yuri ouvrit difficilement les yeux, maudissant intérieurement ce rayon de soleil qui l'avait tiré du sommeil. Couché sur le ventre, il leva légèrement son buste pour tourner sa tête de l'autre côté mais à l'instant où elle toucha son oreiller, une vive douleur le réveilla complètement et le força, avec quelques difficultés, à s'asseoir sur son lit. Il porta sa main à sa mâchoire, la retirant presque aussitôt quand il sentit que cela lui faisait très mal.

Des bribes de souvenirs lui revenaient : le roi qui était d'une humeur exécrable et lui qui n'avait pas pu s'empêcher d'ouvrir la bouche... avant de recevoir un violent coup de poing au visage. Après ça, tout était flou, signe qu'il avait très certainement été drogué cette nuit-là mais, étrangement, il n'avait pas envie de vomir, ce dont il n'allait pas se plaindre.

Par contre, en réalisant qu'il était totalement nu sous ses draps, le favori se demanda qui l'avait amené jusqu'à son lit et, surtout, qui l'avait déshabillé – il ressortait toujours des appartements royaux avec au minimum un long pagne, le souverain n'appréciant guère que tous au palais puissent reluquer ce qu'il considérait comme sa propriété exclusive. Etait-ce Raven ou bien Karol ? Quoique non, son cadet ne serait pas parvenu à le coucher seul et puis la nuit, il dormait et le vieux ne l'aurait pas réveillé. Quant à son aîné, jamais il n'aurait pris le risque de le monter dans cette tenue jusqu'à sa chambre.

… Et par élimination, Yuri comprit que ça ne pouvait être que Flynn, le soldat ayant, de ce qu'il en avait vu, le sommeil léger et ayant très bien pu se lever en entendant du bruit dehors. Quelle joie…

D'ailleurs, où était-il le coincé de service ?

En balayant la pièce de son regard anthracite, il le vit debout dans un coin, les bras croisés sur son torse nu et ses yeux bleus le fixant avec une rage non dissimulée. Personne d'autre n'était présent dans la pièce et la porte était fermée, faisant que quoiqu'il pouvait se passer ici, personne ne les verraient – le favori se demandait sincèrement ce qu'il avait bien pu faire au soldat pour le mettre dans un état pareil ce coup-ci.

« C'est quoi le problème aujourd'hui ? » demanda le jeune Nyx en grimaçant légèrement, sa mâchoire n'ayant pas beaucoup apprécié d'être sollicitée. « J'ai insulté ta famille en dormant ? »

L'absence de réponse n'était pas un très bon signe, surtout quand il nota que les jointures de ses mains avaient légèrement blanchies. Son garde utilisait visiblement tout le contrôle qu'il avait sur lui-même pour ne surtout pas répliquer à la provocation, que ce soit physiquement ou verbalement.

« D'accord… T'as coupé ta langue pendant que je dormais ? »

Si parler ne lui faisait pas aussi mal, il aurait fait des phrases plus longues. Sa mâchoire n'était certainement pas cassée mais elle avait subi un sacré choc, ce qui ne lui permettait pas d'essayer de tester pleinement les limites actuelles de Flynn. Qu'avait-il bien pu dire ou faire bon sang ?

Jugeant que le plus simple serait probablement d'essayer de le frapper, il voulut se lever de son lit… mais eut la très désagréable surprise de s'apercevoir que ses jambes n'arrivaient plus à le porter, faisant qu'il retomba brusquement sur ses draps – c'était probablement ça l'effet secondaire de la drogue à laquelle il avait eue droit la veille, ce qui n'était vraiment pas de son goût actuellement. Heureusement, il les sentait encore, signe qu'avec un peu de repos, il pourrait marcher. Par contre, pas question de sortir du harem, surtout si, comme il le pensait, son visage avait pris des couleurs à un endroit bien précis.

« Cela arrive souvent que tu sois ramené ici après avoir été maltraité par le roi ? »

Etonné par cette question à laquelle il ne s'était nullement attendu, Yuri reporta son attention sur Flynn, notant qu'il avait accumulé une sacrée tension dans les épaules. Ce n'était pas tout à fait la raison de sa colère mais au moins, il ouvrait la bouche.

« En quoi ce que je fais hors de ta présence te regarde ? » demanda le favori, un peu irrité par ce sujet qui lui rappelait à quel point il avait été obligé de se soumettre aux désirs de celui qui était son geôlier.

« J'ai bien compris que tu n'étais pas ici de ton plein gré et je ne saisis pas pourquoi tu ne cherches même pas à lutter contre les abus dont tu es la victime. » répliqua sèchement le soldat. « Pourquoi tu ne cherches pas à changer ta situation ? »

« Parce que la seule et unique fois où j'ai tenté de m'évader, Sa Majesté a eu le grand honneur de faire décapiter mon serviteur et mon garde de l'époque devant moi au lieu de me jeter dans une cellule. »

Il avait eu un ton glacial en évoquant ce jour où ses espoirs de liberté avaient été réduits à néant et où il avait dû mettre sa fierté de côté pour se soumettre aux désirs du roi. De plus, il avait bien remarqué que le souverain ne se lassait pas de lui, bien au contraire. Le roi Thar faisait toujours en sorte que son cher petit Nyx, être exotique par excellence, reste dans la prison doré qu'était le harem dont il n'ouvrait la porte que pour prendre possession de ce corps selon son envie du moment. Il n'avait pas d'autre choix que d'écarter les cuisses, même les nuits où il aurait voulu que son cul serve à autre chose qu'à être empalé sur ce pénis et à subir des va-et-vient jusqu'à épuisement.

Le visage de Flynn avait pâli à cette phrase, signe qu'il avait à présent compris pourquoi le favori ne cherchait pas à changer sa situation… ce qui, après coup, attisa la méfiance de Yuri. C'était la première fois que le soldat avait une attitude offensive avec lui et, qui plus est, il aurait pu poser ces questions à Karol ou à Raven car tous deux lui auraient répondu assez facilement.

Le jeune Nyx se concentra sur l'attitude de son garde, notant sa posture défensive et qu'à présent, il faisait tout pour ne pas croiser son regard. Il remarqua un tic inhabituel : sa main qui venait triturer nerveusement le lobe de son oreille.

« Que s'est-il passé pendant que je dormais ? » demanda brusquement Yuri, son regard anthracite fixé sur la seule autre personne présente dans la pièce.

« Rien de particulier. » répondit Flynn un peu trop rapidement, ses yeux bleus tournés sur le côté tandis que sa respiration s'était très brièvement bloquée.

« La vérité Flinnie… »

La patience du favori commençait déjà à atteindre ses limites, sûrement parce qu'il ne pouvait pas quitter son lit pour aller régler cela via un bon coup de poing. Le soldat était toujours en colère contre lui mais il ne lui en dévoilait pas la raison…

« Pour la dernière fois, crache le morceau ! » s'exclama Yuri en haussant le ton, agacé par cette situation qui ne se débloquait pas.

Enfin, Flynn se décida à le regarder de nouveau dans les yeux et ce fut là que le Nyx décela le sentiment qui était caché derrière les autres : la peur. Le garde le craignait et, avec une réticence qu'il ne dissimula pas, il se rapprocha jusqu'au lit, réduisant la distance les séparant.

« Comment un Nyx a-t-il fait pour entrer au harem ? » demanda le soldat à voix basse.

Le sang de Yuri se glaça en entendant cette question. De quelle manière avait-il pu se trahir ? En avait-il parlé à quelqu'un ? Non, probablement pas vu son caractère… Mais il fallait vraiment qu'il tienne sa langue autrement, cela ferait une tête coupée supplémentaire.

« Qu'est-ce qui te fait dire que je suis ce que tu prétends ? » lança le favori, tentant ainsi de provoquer son interlocuteur pour obtenir plus d'informations. « Un petit oiseau est venu te le murmurer à l'oreille ? »

« Cesse de te moquer de moi ! » répliqua Flynn, visiblement agacé. « Est-ce que ce, pour changer, tu pourrais me répondre franchement au lieu de détourner la conversation quand le sujet ne te plaît pas ? »

« Techniquement parlant, c'est à moi que tu es censé obéir au sein du harem et je n'ai pas de comptes à te rendre ! Nous ne sommes pas amis que je sache. »

Un silence pesant se fit entre eux, un mutisme où chacun se toisait du regard, attendant que l'autre réagisse. Puis le soldat ricana et rompit ce contact en penchant légèrement sa tête en avant.

« Toi et moi, amis ? » fit le garde sur un ton sarcastique avant de relever les yeux, ses iris bleus devenus aussi froids qu'un bloc de glace. « Depuis le premier jour, tu fais tout pour me faire partir donc dans ces conditions, comment cela pourrait-il être envisageable ? »

« Quitte donc ton poste si ça t'amuse Flinnie. » répliqua Yuri d'une voix froide sous laquelle il essayait de masquer son inquiétude. « Sauf que si tu racontes partout que je suis un Nyx, je doute fort que l'on se revoit toi et moi. »

-§-

Si Rita avait eu vent des rumeurs sur Séléné, elle aurait su qu'elle ne devait surtout pas toucher aux arbres, plus particulièrement si c'était pour faire du feu. L'adolescente avait bien compris la leçon : si ramasser du bois mort ne craignait rien, essayer d'en prélever directement à la source était risqué car celle-ci pouvait potentiellement tenter de la suspendre en l'air par les pieds. Elle s'était évanouie au bout d'un moment et, à son réveil, elle était à Tsuki, la capitale de l'empire.

En tant que citoyenne d'un royaume potentiellement ennemi, elle s'attendait à être en cellule mais, au lieu de cela, elle avait été reçue et traitée comme une invitée, ayant même le privilège de s'asseoir à la table du jeune empereur Ioder ! Comment pouvaient-ils se montrer si ouverts envers elle alors qu'elle pourrait très bien être une espionne d'Hélios ? Elle eut la réponse de la bouche même de la princesse Estellise : si elle avait eu de mauvaises intentions, jamais la forêt, progéniture d'Océan et de Luna, ne l'aurait laissée aller aussi loin sur leurs terres.

L'adolescente en conclut donc que si les Héliens étaient victimes du terrible courroux de Sol, ce n'était pas le cas des Sélénites qui profitaient pleinement des bienfaits de la divinité qu'ils priaient.

Ainsi, Rita essayait de se montrer digne de cette hospitalité… bien qu'elle ait dû se battre un moment pour comprendre comment enfiler cette énorme pièce de tissu et comment mettre cette fichue ceinture – sérieusement, comment était-il possible de nouer un ruban dont la longueur devait au minimum être de deux fois sa taille ? Si les serviteurs avaient subi un bon moment sa mauvaise humeur, elle se calma instantanément quand ce fut la princesse qui vint à son secours : Estellise, en plus d'avoir de grands yeux turquoise emplis d'une douceur qui ne la laissait pas indifférente, dégageait une aura d'une bonté incroyable, raison pour laquelle elle la laissa lui mettre des barrettes en forme de fleurs de cerisier dans les cheveux.

Le plus compliqué restait de s'adapter au mode de vie des habitants car bien qu'elle appréciait ces bâtiments en bois aux toits en pagode et l'élégance de l'habillement sélénite, l'adolescente avait du mal à marcher avec ces sandales nommées « getas » (1) et, surtout, les couverts d'Hélios lui manquaient cruellement – sincèrement, comment arrivaient-ils à manger avec deux baguettes en bois sans en mettre partout ? De plus, certains aliments lui étaient totalement inconnus, notamment le riz et de nombreux fruits comme les cerises ou les pommes – pour ces dernières, la princesse lui avait expliqué que les Nyx cultivaient d'autres variétés chez eux, plus adaptées à leur climat plus frais.

L'instant le plus redouté par Rita fut l'audience auprès de l'empereur Ioder… qui était très différent du roi Thar. Si le souverain d'Hélios était un homme dur qui avait un visage marqué par les années ainsi que de la cinquantaine qui s'approchait de lui à grand pas, le dirigeant de Séléné était un jeune homme à qui l'on donnait difficilement quinze ans et qui cachait derrière ses sourires innocents un cœur presque aussi grand que celui de sa cousine Estellise et qui recherchait avant tout la paix et ce, malgré les difficultés politiques actuelles.

« La situation était donc si grave à Hélios… » avait déclaré l'empereur en perdant son sourire une fois qu'elle lui eut raconté la situation dans laquelle se trouvait son pays. « Cela est pire que ce que Luna nous avait annoncé. »

« La déesse Luna a parlé à notre devin à travers moi. » expliqua Estellise face à la question qu'elle avait silencieusement formulée. « Sol est très en colère et impossible de lui parler pour en découvrir l'origine exacte. De plus, Umbra refuse lui aussi de parler à Luna. »

« Pour ce qui est de la rage du dieu solaire, avec une amie et une… vague connaissance, nous pensons que cela aurait un rapport avec des temples qui ont été dégradés sur plusieurs années. » expliqua Rita, exposant ainsi les résultats actuels de cette longue enquête. « Nous en avions étudié les vestiges de l'un d'eux et à l'époque, je le pensais dédié à Sol… »

Sauf qu'à présent, l'adolescente était revenue sur ses hypothèses d'origine car elle avait conservé des doutes sur ceux du grand temple de Sol situé à Aurum, là où chaque sorcier solaire avait été élu à vie parmi les prêtres qui y officiaient… C'était peut-être juste parce qu'elle ne les appréciait pas eux et leur hypocrisie depuis qu'ils l'avaient rejetée car elle était soi-disant trop jeune pour les rejoindre mais elle n'avait pas oublié que Raven lui avait recommandé de se méfier de ces individus, plus particulièrement de Garista qui était l'actuel sorcier solaire.

« Se pourrait-il que ces temples détruits étaient ceux de Topaze ? » demanda la princesse avec une vive inquiétude. « Cette divinité est pourtant la protectrice du foyer et de la famille, y compris à Séléné… »

« Cela est probable mais dans le temple en question, aucune femme n'était, de ce que nous avions identifié, représentée. » répondit Rita en se remémorant ses longues heures de fouilles avec Judith. « Cependant, mon amie, qui est Krytienne, avait pensé un instant que nous étions dans un lieu dédié à Océan car il était étrangement proche du Neilos… »

« Même si ceci me paraît logique, il me semble que le dieu des Krytiens n'est pas vénéré au royaume de Sol. » déclara Ioder avec un léger froncement de sourcils. « Pardonnez-moi d'avance mais ce serait peut-être comme avoir un temple dédié à Umbra en plein milieu d'Aurum ! »

« J'avoue avoir pensé quelque chose de ce style quand elle m'a dit cela… » admit l'adolescente en se retenant d'ajouter qu'elle connaissait au moins deux personnes qui vénéraient le dieu de la nuit dans la capitale hélienne. « Mais les gravures, bien que très endommagées, semblaient représenter quelqu'un qui était semblable à Sol, d'où ma première conclusion. »

Un détail dans les histoires sur Sol et Topaze avait toujours dérangé Rita : pourquoi Topaze, certes compagne du dieu solaire, avait été divinisée APRES la naissance de leurs deux fils qui fondèrent Hélios ? La raison de cela était obscure et l'adolescente suspectait qu'elle avait été oubliée ou bien effacée des récits mais si elle pouvait poser cette question à Luna…

« Puis-je avoir un entretien avec le devin lunaire ? » questionna-t-elle, souhaitant échanger ses idées avec lui et connaître son avis.

« Certainement oui ! » s'exclama Estellise avec un grand sourire. « Il sera sûrement enchanté de voir que tu vas bien. »

Ah oui… Rita avait oublié que, d'après ce qui lui avait été rapporté, c'était lui qui l'avait tirée des griffes de la forêt de Séléné. Ce serait donc une bonne occasion de le remercier mais elle espérait en son for intérieur qu'il n'était pas du même acabit que le sorcier solaire.

Accompagnée comme presque toujours par la princesse, l'adolescente la suivit hors de la salle privée où elle avait été reçue, traversant plusieurs passages qui offraient une belle vue sur de petits jardins intérieurs avant d'arriver devant un pont de bois blanc dont les rambardes étaient décorées de rubans colorés.

« Hum… Estellise ? » fit Rita, un peu nerveuse en pensant à ce qu'elle comptait lui demander.

« Oui Rita ? » dit la princesse avec son habituel sourire, celui qui donnait l'impression qu'elle était la bonté incarnée quand quelqu'un le voyait.

« Heu… Ahem ! Tu disais tout à l'heure qu'Umbra ne parlait plus à Luna. Vous avez des nouvelles concernant les Nyx ? »

La mine de celle aux grands yeux turquoise s'assombrit instantanément, donnant ainsi une partie de la réponse qu'attendait l'adolescente.

En temps qu'hélienne, elle était censée ignorer le fonctionnement du peuple de la nuit mais elle s'était renseignée sur le sujet quand elle avait su que Yuri était un Nyx. Certes, il n'était pas très causant sur son pays natal mais il avait fini par céder face à son désir de savoir et il lui avait expliqué que les enfants d'Umbra étaient répartis en différents clans dont les chefs luttaient entre eux afin d'obtenir le droit de régner sur tous les Nyx. A l'époque où son ami avait quitté Némésis, quatre clans étaient en guerre et le sage nocturne, seul individu neutre, avait poussé son protégé à fuir cette folie provoquée par le clan dominant : l'Alliance de Sang.

« Le dirigeant actuel, Barbos, est loin d'être en accord avec nos idéaux pacifiques. » déclara Estellise avec une profonde tristesse dans la voix. « S'il n'était pas en conflit avec l'autre clan, il aurait probablement déjà tenté d'attaquer ton pays. »

« Il n'y a plus que deux clans ? » s'étonna Rita avant de se mordre la langue, réalisant qu'elle n'était pas censée savoir ce détail.

« Oui. L'Alliance de Sang a éliminé les Chasseurs d'Ombres et les deux autres clans, suite à la mort de leurs chefs respectifs, se sont alliés derrière un nouveau leader qui s'avère être un adversaire de poids pour Barbos. De ce que l'on sait, il risque fort de perdre sa place. »

De mémoire, ce Barbos était déjà à la tête des Nyx quand Yuri vivait à Némésis, signifiant qu'il ne devait pas être de première jeunesse. A tous les coups, son adversaire était plus jeune que lui et, avec de la chance, suffisamment raisonnable pour faire cesser les luttes internes qui existaient au sein du peuple de la nuit depuis… tiens ? Son ami ne lui avait pas donné de date précise maintenant qu'elle y repensait…

« Est-ce que l'empereur pense que ce nouveau chef de clan pourrait pacifier les Nyx ? » tenta Rita, espérant ainsi obtenir l'information qu'il lui manquait.

« Pour l'instant, nous ignorons qui il est. » répondit la princesse qui semblait réfléchir à la question. « D'après les rumeurs qui nous sont parvenues, il se peut qu'il arrive à unifier les clans mais cela ne s'est plus produit depuis plus de vingt ans… C'est dommage car le commerce serait plus florissant. »

L'adolescente estimait que cela était une drôle de coïncidence car Hélios subissait le courroux de Sol tandis que les Nyx vivaient dans un conflit permanent… et ce à partir de la même période ! Difficile de penser que cela était l'œuvre du dieu solaire donc soit cela était un pur hasard, soit Umbra n'était pas inconnu à toute cette histoire car elle trouvait curieux qu'il ait laissé son peuple se faire la guerre alors qu'un pays ennemi était en train de s'affaiblir. Si un lien existait entre ces deux évènements, elle devait le trouver et vite.

-§-

Après coup, Flynn s'était dit qu'il n'avait pas eue une excellente idée en claquant la porte de la chambre de Yuri. Encore une fois, le favori avait joué avec ses nerfs… mais cette fois-ci, c'était différent et il avait vraiment besoin de prendre l'air.

Ignorant tous ceux qui étaient présents dans la cour ainsi que le soleil brûlant de l'après-midi, le soldat marcha sans se soucier de là où il se rendait, ses pensées emplies des évènements de la nuit dernière ainsi que des questions que tout cela avait soulevées.

Yuri, un Nyx ? Il avait encore du mal à le réaliser, surtout en repensant à toutes les histoires horribles que l'on racontait sur le peuple de la nuit, l'une des pires étant probablement celle où ils enlevaient les nouveau-nés durant les nuits sans lune et qu'ils versaient leur sang dans le lac Lymna afin d'honorer Umbra. Cependant, cela se tenait, le favori n'étant absolument pas matinal et sa garde-robe étant aussi noire que les ténèbres. De plus, il avait aussi le statut de prisonnier et était donc potentiellement dangereux.

Sauf que Flynn ne comprenait toujours pas comment un membre du peuple de la nuit avait réussi à entrer au harem et ce, sans que personne ne s'en soucie ! Il avait espéré que cet imbécile parlerait mais c'était trop lui demander. Il n'avait plus qu'à signaler cela à son capitaine ou demander une entrevue avec le roi et…

« Je ne ferais pas ça à ta place. »

En entendant cette voix éthérée, le soldat s'arrêta brusquement. Il jeta un œil à son bracelet qui luisait faiblement, fronçant le nez en repensant aux évènements de la nuit. Il tourna la tête pour s'assurer qu'il était seul et entreprit de tirer les choses au clair.

« Qui êtes-vous au juste ? » demanda Flynn à voix basse, un peu exaspéré qu'on lui dise quoi faire sans lui expliquer ce qu'il se passait réellement.

« Quelqu'un qui préfère te voir vivant que mort. » lui répondit son mystérieux interlocuteur. « Si tu ébruites ce que tu sais, c'est ta tête qui sera tranchée et pour rien qui plus est. »

Machinalement, le jeune homme ne put s'empêcher de déglutir. Karol lui avait déjà raconté que certains de ses prédécesseurs avaient eu ce genre de fin suite à un impair de leur part mais il était resté très évasif sur la faute en question. Si ce que cet être mystérieux lui disait était vrai, alors… cela sous-entendrait-il que quelqu'un ne voulait pas que l'on sache qu'un Nyx était au harem ?

« J'en conclus que je vous dois la vie par deux fois… » murmura le soldat avec respect.

« Juste une fois. » rectifia la voix éthérée. « Quoiqu'Umbra comptait faire, il ne t'aurait jamais tué, ça j'en suis certain. »

« Permettez-moi d'en douter… »

« Il est loin d'être quelqu'un de mauvais, crois-moi. C'est juste que, tout comme Sol, il a une forte personnalité et il n'est pas évident à gérer quand il lui prend l'envie de s'amuser. »

La divinité des ténèbres avait voulu s'amuser avec lui ? Etrangement, Flynn n'avait aucune envie de savoir à quel genre de jeu le dieu de la nuit comptait jouer avec lui…

« Et si tu veux payer ta dette envers moi, j'ai une suggestion à te faire. » poursuivit le mystérieux interlocuteur sur un ton ferme. « Fais confiance à ton ami… »

« Ce n'est pas mon ami. » coupa abruptement le soldat.

« Mais il n'est pas ton ennemi et je sais que tu en es conscient. C'est bien pour cela qu'il faut impérativement, pour ta survie et éventuellement la sienne, que vous fassiez des efforts pour vous entendre autrement, ce n'est pas que vous deux qui serez en danger. »

Cette phrase intrigua grandement Flynn. Qu'est-ce qui était sous-entendu ici ?

« Qu'est-ce que cela veut dire exactement ? »

« Cela signifie que, si tu venais à mourir aujourd'hui, je disparaîtrai avec toi. »

Sur ces dernières paroles, le bracelet cessa de luire.

-§-

En tant que capitaine et homme de confiance du roi Thar, le capitaine Schwann Oltorain – il préférait son pseudonyme « Raven » mais seules quelques personnes l'employaient en ces lieux – possédait ses appartements au palais. Rien de bien extravagant : une chambre sobrement meublée adjacente à un bureau où il recevait différents rapports venant de ses hommes. Quelques caches avaient été aménagées par ses soins, lui permettant ainsi de dissimuler certaines petites choses comme une correspondance entre lui et deux jolies demoiselles qu'il n'était pas supposé fréquenter…

Ce jour-là, Raven avait pas mal de choses en tête mais il dut les mettre de côté, prenant en main la dernière lettre reçue il y avait quelques minutes de la part de leurs espions près des terres des Nyx et quitta son domaine, quelque peu soucieux. Il salua distraitement plusieurs de ses hommes, poursuivant sa route d'un pas rapide jusqu'à parvenir devant ces portes de bois ouvragé et gardées par deux soldats qui les ouvrirent avant de l'annoncer.

« Votre Majesté, le capitaine Schwann. » répéta le serviteur qui était présent dans ce qui était la salle de travail du roi, là où il gérait les affaires du royaume.

Le roi Thar leva brièvement son regard mordoré vers lui avant de le reposer sur la lettre qu'il avait entre ses mains. Les audiences publiques étant finies depuis le début de l'après-midi, le souverain avait ôté la plupart de ses bijoux en or ainsi que la coiffe qui masquait intégralement ses cheveux blonds parsemés de fils d'argent, ne laissant apparaître que le bouc qu'il arborait depuis la veille – sa Majesté s'était lassée du collier de barbe et l'avait fait raser par un serviteur pour ensuite laisser ses poils repousser le temps nécessaire avant une nouvelle taille. Cependant, il portait toujours les mêmes habits, à savoir une longue toge blanche brodée de fils d'or sur les extrémités des manches et très certainement cette ceinture en cuir sur laquelle étaient cousues des perles turquoise et bleu roi.

« Laissez-nous je vous prie. » fit Raven à l'attention du serviteur qui se hâta de s'exécuter. Il n'avait pas besoin d'une paire d'oreilles potentiellement indiscrète.

« Assieds-toi. » ordonna Thar en terminant sa lecture.

« Je préfère rester debout votre Majesté. »

Le capitaine Schwann n'avait guère envie de rester trop longtemps ici, surtout qu'il n'avait pas encore été voir au harem comment se portait Yuri. Il s'en voulait de l'avoir envoyé subir la rage du roi et de lui avoir fait boire cette drogue faite par Garista mais un autre pensionnaire du harem n'aurait pas eu la volonté nécessaire pour se remettre d'une nuit aussi violente… ou même de tout simplement y survivre car la colère qui émanait du souverain était encore palpable et les nouvelles qu'il amenait n'allaient pas arranger cela…

« Dis-moi ce qui t'amène dans ce cas. » exigea le roi sur un ton agacé. Il n'aimait guère que l'on discute ses ordres quand il était contrarié.

« Il semblerait que quelque chose cloche du côté des Nyx. » débuta Raven, intriguant immédiatement le souverain. « Dans les derniers rapports, il était mentionné que deux clans avaient fusionné pour mieux combattre l'Alliance de Sang… »

« Les Griffes de la Nuit et Les Crocs du Serpent, je sais. » coupa le roi Thar avec fermeté.

« Oui… Mais je viens de recevoir un rapport qui a dû partir avant l'aube et il mentionne qu'un évènement grave a dû se produire à Némésis car les deux clans auraient subitement cessé de se battre alors que leurs deux chefs étaient encore en vie. »

Cette information fit tiquer le souverain qui délaissa totalement sa correspondance, exigeant d'un geste de la main ce dernier rapport que Raven se hâta de lui remettre. Les yeux mordorés parcoururent rapidement les quelques lignes présentes.

« N'auraient-ils pas pu essayer d'en apprendre davantage avant d'envoyer un oiseau porter cette missive ? » demanda Thar avec une rage qu'il s'efforçait de contenir.

« N'oubliez pas que nous jouons avant tout contre Barbos qui nous est ouvertement hostile… » rappela le capitaine Schwann, ayant bien en mémoire les dégâts que pouvaient faire l'Alliance de Sang. « S'il venait à lancer un raid contre un des villages les plus proches du lac Lymna, ce serait un véritable massacre et si nos hommes sont découverts, nous perdrons toute chance de les contrer à temps. »

« Et tu me suggères donc d'attendre que Sol ait achevé de détruire notre pays ? »

« Je vous conseillerai plutôt de ne pas passer vos nerfs sur vos amants en ce moment, plus spécialement sur ce bel éphèbe que vous avez fait entrer de force au harem avec mon aide. »

Le regard du roi lançait des éclairs mais Raven voyait à la manière dont son visage se contractait qu'il mettait toute sa volonté pour se maîtriser. Le capitaine se souvenait encore de la façon dont le souverain avait fixé avec grand intérêt ce jeune homme qui avait osé le défier et dont la longue chevelure sombre tranchait avec sa peau claire. A cet instant, il avait su qu'il pouvait peut-être éviter un bain de sang dans ce village en trompant habillement ce garçon, ce qui avait fonctionné à merveille. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était que ce jeune Nyx serait directement propulsé au rang de favori et qu'il occulterait les autres pensionnaires du harem aux yeux de sa Majesté…

Après de gros efforts, le roi Thar lâcha un soupir d'agacement et se tint l'arête du nez entre l'index et le pouce de sa main gauche.

« J'aurais mérité d'être assommé cette nuit-là… » grogna le souverain avant de quitter son siège pour se placer face à Raven et le dominer de son bon mètre quatre-vingt. « Tu aurais dû t'arranger pour que je ne boive pas autant avant de rejoindre mes appartements. »

« En toute honnêteté votre Majesté, j'aurais eu bien du mal à y parvenir avec Garista à vos côtés. » répliqua le capitaine, notant vite le léger froncement de sourcils de son interlocuteur. « J'imagine que ce qu'il vous a dit lors du dîner de la veille est la cause de votre colère. »

« Il souhaiterait invoquer Sol et il voulait mon accord, ce que je lui ai refusé. »

Le sorcier solaire voulait forcer leur divinité à leur parler ? Certes, cela permettrait peut-être de découvrir la cause réelle de sa rage mais Sol pouvait aussi décider de détruire tout Hélios… Il fallait être fou pour avoir une telle idée.

« Aurait-il perdu l'esprit ? » demanda l'espion, ne cachant pas sa stupéfaction face à cette nouvelle. « Je ne sais pas ce qu'il prépare mais… »

« Rien de bon, je sais. » coupa le roi Thar en prenant un parchemin qu'il lui tendit. « Il m'a donné tout le détail de ce qu'il comptait faire mais il lui manque un élément essentiel : un réceptacle qui sera accepté par Sol. Cela va certainement lui prendre du temps donc essaie de le devancer si tu le peux. »

« Entendu. »

Garista avait beau être le sorcier solaire et donc le personnage le plus important du royaume après le roi Thar, ce dernier ne lui faisait aucunement confiance ainsi qu'à ceux du temple de Sol d'Aurum. Son travail était d'apaiser la colère du dieu solaire mais celle-ci ne faisait qu'augmenter, comme si elle était perpétuellement alimentée par quelque chose. Raven avait été promu capitaine quand Yuri s'était retrouvé au harem et l'espion avait eu pour mission de creuser de son côté sur les vraies origines de la colère de leur divinité avec une liberté d'action presque totale. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour suspecter les prêtres de Sol de ne pas être très clairs et il en avait immédiatement fait part à son souverain… qui ne faisait plus confiance à grand monde à présent – si on devait citer la liste de ceux qu'il jugeait fiables, il devait difficilement y avoir plus de cinq noms et ce même si l'on incluait les serviteurs.

Cependant, le capitaine Schwann gardait quelques petits détails secrets tant que cela lui était possible…

« Une dernière chose. » fit le roi Thar, cette fois-ci l'air soucieux. « Comment se porte Yuri ? »

« Je ne suis pas encore allé le voir mais il est entre de bonnes mains. » répondit Raven sur un ton rassurant. « Le soldat que j'ai placé à ses côtés est digne de confiance bien qu'il y ait quelques étincelles… »

Le favori n'avait presque pas évoqué son gardien auprès du souverain mais l'espion avait suffisamment de retours de la part de Karol pour savoir que Flynn avait du mal avec le caractère du jeune Nyx. Il fallait cependant espérer qu'il ne craquerait pas comme tous ceux qui l'avaient précédé…

« D'où vient-il exactement ? » questionna le roi, un sourcil haussé. Son Altesse n'avait pas encore pu voir à quoi ressemblait le jeune soldat, Yuri faisant en sorte de ne pas sortir du harem avec une autre personne que Raven.

« D'un village au bord du Neilos. » répondit l'espion afin de satisfaire la curiosité de son interlocuteur. « Il est très dévoué à son travail et je doute fort qu'il soit corruptible si c'est ce qui vous inquiète. Je ne l'ai pas choisi par hasard. »

« Bien… Pense à me l'amener un jour en même temps que Yuri que je juge cela par moi-même. »

Le capitaine Schwann hocha la tête pour bien lui signifier qu'il avait compris. Puis le souverain reprit place sur son siège et se replongea dans la paperasse. Leur conversation était terminée… pour l'instant.

Raven quitta la salle de travail et prit la direction du harem, son esprit essayant de chercher ce qui avait bien pu se passer chez les Nyx.

Via tout ce qu'il savait sur les coutumes et les mœurs du peuple de la nuit, ce n'était certainement pas une trêve – Barbos était quelqu'un qui posait problème depuis bien longtemps et la paix n'était pas envisageable avec lui ou son clan. Il ignorait encore qui était l'autre chef de clan car ce personnage était très discret et bien que cela faisait deux mois qu'il était en activité, les rapports le concernant étaient contradictoires mais le seul point sur lequel il était sûr, c'était sur l'intelligence de l'individu. Pour qu'il ait cessé de faire la guerre à l'Alliance de Sang, c'était qu'un évènement grave avait eu lieu à Némésis ou ailleurs dans les Terres des Nyx – il n'était pas à exclure qu'Umbra ait décidé de mettre lui-même fin au conflit à la vue de ce que Sol infligeait à Hélios depuis des années.

Un autre point sur lequel l'espion se devait de méditer était Garista et sa subite envie d'appeler le dieu solaire via un réceptacle humain. L'idée n'était pas illogique mais bien tardive quand l'on savait que cet homme occupait cette fonction depuis sept ans et ce suite au décès de son prédécesseur. Le sorcier solaire était élu parmi les prêtres les plus importants du temple de Sol d'Aurum mais le roi Thar suspectait qu'une partie des offrandes était détournée, ce qui expliquerait la colère perpétuelle de Sol. Cependant, le capitaine Schwann était dans l'impossibilité d'y infiltrer un de ses hommes sans que celui-ci ne se fasse repérer… Il était donc contraint de faire surveiller Garista quand il était au palais et d'espérer qu'il fasse une erreur, ce qui n'était pas encore arrivé.

Les portes du harem passées, Raven prit le chemin menant au bâtiment des favoris quand il nota la présence de Flynn, adossé contre la grille de métal bloquant l'accès à une partie des lieux – l'espion ne savait pas exactement pourquoi cette grille avait été érigée mais il avait eu vent que l'édifice qui se situait de l'autre côté aurait brûlé plusieurs années auparavant.

« Alors soldat, on tire au flanc ? » lança le capitaine avec un brin d'humour quand il fut à quelques pas du jeune homme. Quand il nota que ce dernier avait sursauté en entendant le son de sa voix, il comprit qu'il ne l'avait pas vu.

« Non capitaine. » répondit le jeune soldat en se mettant au garde-à-vous. A l'expression de son visage, quelque chose devait le tourmenter.

« On se calme petit. Je viens juste prendre des nouvelles. »

S'il n'avait pas été attentif, il aurait probablement manqué le léger soupir de soulagement que Flynn laissa échapper avant qu'il ne lui fasse son rapport sur l'état de Yuri. Le favori s'était réveillé mais il aurait besoin d'un ou deux jours de repos ainsi que de pas mal de temps pour que ses blessures s'estompent, ce qui était prévisible vu comme la nuit avait été violente pour le concerné – Raven nota dans un coin de son esprit qu'il était préférable de le laisser au harem tant qu'il portait des traces visibles de ce qui avait été un déchaînement de rage.

« Bon, j'expliquerai à son Altesse qu'il va devoir se passer de notre jeune ami pendant un petit moment. » déclara l'espion en se grattant machinalement le menton. « Et te serais-tu pris la tête avec Yuri à tout hasard ? »

« On peut dire cela… » fit Flynn, restant étrangement évasif et dont le regard bleu s'était légèrement détourné. Il cachait quelque chose…

« Rassure-moi, il ne t'a pas dégoûté au point que tu désires déjà changer de poste ? »

La réponse qu'il reçut fut rapide et elle était négative… mais le soldat était clairement tourmenté et quoique ce soit, il essayait de ne pas lui en parler. Le souci, c'était que la dernière fois que le capitaine Schwann avait vu ce genre de réaction chez un des hommes assignés à la protection de Yuri, c'était que celui-ci avait accidentellement ou non découvert la vraie nature du favori… et qu'il cherchait comment présenter la chose. Seulement, aucun n'avait connaissance que le roi avait donné l'ordre d'exécuter tout garde assigné à ce poste qui aurait le malheur de ne pas tenir sa langue sur ce point.

Raven espérait intérieurement que son cadet ignorait encore la vérité… Sauf qu'il se doutait que c'était le cas contraire et cela lui ferait mal au cœur de devoir éliminer ce garçon.

« Quelque chose te tracasse-t-il ? » demanda l'espion, appréhendant les prochains mots de son interlocuteur.

« En fait… » commença Flynn avec quelques secondes d'hésitation. « Comment se fait-il que Yuri ait fini au harem ? Je veux dire… Peut-être que je ne suis pas censé le savoir…»

« Tu as entendu parler de la dernière fois qu'un village s'est rebellé contre le roi ? »

La question prit de court le jeune homme qui le fixa avec un étonnement non feint.

« Oui. Le chef de la rébellion a été emprisonné en échange de la vie des habitants et le village a été… » déclara-t-il avant de réaliser, ses yeux s'étant légèrement agrandis face à cette révélation. « C'était Yuri. »

« Exact. » confirma Raven avec un léger hochement de tête tandis qu'il nota que son cadet avait tourné son regard sur le côté. « Il a négocié auprès de sa Majesté pour que ceux qui l'avaient suivi dans cette révolte ne soient pas exécutés. Comme tu t'en doutes, le prix qu'il a payé est sa liberté. »

« C'était à ce sujet que nous nous sommes disputés. Je ne comprenais pas pourquoi il ne se révoltait pas et… il m'a dit ce qu'il s'était passé la seule fois où il a tenté de s'échapper. »

Ah… Ceci expliquait cela. La version officielle était, effectivement, que le serviteur et le garde du favori avaient été mis à mort pour servir de punition à Yuri.

Mais officieusement, le capitaine Schwann avait émis des doutes sur ce serviteur quand il avait noté que le jeune Nyx était étrangement fatigué durant les deux premières semaines où il était au harem. Il avait été volontairement indiscret en examinant la chambre et l'état physique du jeune homme s'était subitement amélioré, ce qui avait confirmé ses soupçons : il avait été drogué et les deux personnes censées s'occuper de lui y étaient mêlées. La tentative d'évasion de Yuri fut un excellent prétexte pour se débarrasser d'eux. La vérité fut volontairement dissimulée car le roi Thar avait bien noté que le favori était bien plus altruiste que les autres pensionnaires du harem et que le meilleur moyen de lui ôter toute envie de se rebeller était de s'en prendre à son entourage.

« Depuis ce jour, Yuri fait tout ce qu'il peut pour éloigner les autres de lui. » déclara le capitaine Schwann, la mine sombre. « Il a demandé au roi de récupérer Repede puis il a exigé que Karol soit son serviteur attitré quand il a noté que le petit était malmené par les autres mais je doute fort, le connaissant, qu'il lui dise tout ce qu'il a sur le cœur. »

« Parce que vous espériez que je réussirai à obtenir sa confiance ? » questionna le soldat qui le fixait de nouveau, cette fois-ci dans un froncement de sourcil qui était étrangement familier à l'espion. « Comment pourrais-je réussir à établir une relation avec lui s'il me rejette même quand je veux l'aider ? »

« Tout simplement car je suis persuadé que tu es parfaitement capable d'être plus têtu que lui. »

Flynn manifesta à nouveau sa surprise, effaçant sans le savoir cette expression qui évoquait quelque chose de connu à Raven.

-§-

Le soir était arrivé et, pendant que les autres favoris ainsi que leur suite profitaient d'un banquet avec le roi, l'angoisse de Yuri n'avait fait que croître. Ce n'était pas pour lui qu'il avait peur mais pour Flynn qu'il n'avait pas eu la bonne idée de retenir quand il le pouvait. Vu le temps qui s'était écoulé, il devait probablement déjà avoir été exécuté et à présent, le favori devait se préparer mentalement à voir venir Raven, la mine grave, pour lui annoncer la nouvelle.

Quand la porte s'ouvrit, Karol se leva d'un bond de sa couche et le Nyx sentit son cœur cesser de battre… jusqu'à ce qu'il voit ces épis blonds devenus si familiers, le forçant à retenir un profond soupir de soulagement.

« Tu es revenu ? » demanda le serviteur, à la fois étonné et visiblement heureux.

« J'étais juste parti m'éclaircir les idées. » répondit le soldat avec un léger sourire avant de s'agenouiller pour gratter Repede derrière les oreilles. « Je ne comptais pas abandonner mon poste comme cela. »

Yuri percevait nettement que quelque chose était passé sous silence mais, bien trop occupé à se maîtriser, il ne chercha pas à tirer les vers du nez de Flynn cette fois-ci. Il craignait qu'en ouvrant de nouveau la bouche, il ne puisse plus éviter un dénouement dramatique…

« Tu ne vas pas… parler de quoique ce soit, hein ? » questionna le serviteur, faisant que le favori dut se mordre la langue pour ne pas montrer son agacement face à cette interrogation justifiée mais maladroite. « Je veux dire… »

« Karol. » coupa fermement le Nyx en fixant le plafond. « Tu ne crois pas qu'il serait temps qu'on mange quelque chose ? »

« Ah ? J'y vais tout de suite. »

Après que le jeune adolescent soit parti avec Repede sur ses talons, Yuri tourna la tête vers Flynn qui, sans surprise, le fixait, les bras croisés sur le torse. Cependant, la colère avait disparu de ses yeux bleus qui brillaient avec détermination.

« Ton petit tête à tête avec toi-même t'a fait comprendre que tu t'étais trompé ? » ne put s'empêcher de demander le favori avec son habituel ton sarcastique. « La conversation a dû être assez… »

« Je t'ai déjà dit d'arrêter ce petit jeu. » coupa le soldat avec un calme perturbant. « Et je suis certain de ce que j'avance te concernant. »

Connaissant l'individu, il aurait dû au moins aller en parler à Raven… et son exécution aurait rapidement été planifiée. Donc qu'est-ce qui avait pu le faire changer d'avis ? Ce n'était pas normal du tout…

« Alors pourquoi tu es revenu ici ? » demanda Yuri, son désir d'avoir des réponses étant bien plus grand que tout autre chose.

S'attendant à une réponse verbale ou à un pur silence, le favori fut extrêmement intrigué quand Flynn se rapprocha et vint s'asseoir sur le lit avant de lever le poignet auquel il portait ce bracelet.

« Réponds-moi honnêtement. » fit le soldat avant de désigner le bijou. « Est-ce que ceci t'évoque quoique ce soit. »

« Heu… » lâcha le Nyx, étonné, avant de reporter son attention sur le bracelet. « La joaillerie n'est pas franchement mon truc tu sais… »

« Et si je te dis que c'est ce qui m'a permis de découvrir ton secret ? »

Là, Yuri fut bien plus intéressé par le bijou et l'examina plus attentivement. Après avoir obtenu une permission silencieuse, il l'ôta du poignet de Flynn et le scruta sous toutes les coutures.

En apparence et pour la majorité des gens, ce bracelet n'avait rien de particulier à par sa turquoise, une pierre qui avait été polie jusqu'à former cet ovale lisse au toucher. Cependant, le favori avait vécu avec le sage des Nyx avant de quitter Némésis et, pour avoir déjà observé des objets fabriqués pour communier avec Umbra, il arrivait à deviner ce que les yeux d'un non-initié à ce genre de choses ne pouvait percevoir : au dos de la pierre, de très fins symboles avaient été soigneusement gravés il y avait très certainement pas mal de temps. La lanière de cuir n'était pas d'origine et les légères entailles laissaient supposer qu'au départ, elle était probablement montée sur une bague, très certainement en or vu que l'on était à Hélios mais le hic était que cette pierre n'avait rien à voir avec Sol. Elle avait soigneusement été percée de sorte à ne pas abîmer les écritures, ce qui pouvait plus correspondre à Océan mais là encore, cela ne collait pas car les Krytiens n'utilisaient pas de cuir pour leurs bracelets et, de ce qu'il en savait via Judith, ils les portaient à la cheville.

Sa seule certitude était que ce bracelet devait appartenir à un temple mais si ce n'était pas celui du dieu solaire ou du dieu aquatique, à qui ? Et surtout, comment quelqu'un qui avait, de ce qu'il en avait perçu, un rang social relativement bas avait pu mettre la main dessus ? Aurait-il mal compris le fonctionnement de la société hélienne ?

« D'où te vient cet objet ? » demanda Yuri tout en cherchant à voir si le nom de la divinité associée à ce bijou était encore intact avant de s'apercevoir qu'il était effacé.

« Un cadeau de mon père. » répondit Flynn en plissant les yeux. « Et tu sais ce que c'est... »

« Pas avec certitude mais ton père pourrait peut-être te dire où il l'a obtenu. »

En voyant la mine du soldat s'assombrir, le favori n'eut pas besoin de plus pour savoir que cela ne serait pas possible. Il ne pouvait pas comprendre la douleur de perdre un parent vu qu'il n'avait jamais connu les siens, faute à ces luttes entre les clans à Némésis qui faisaient régulièrement de nombreux orphelins et à laquelle il avait échappé en devenant apprenti du sage nocturne avant de quitter les siens quelques années plus tard.

« Je vois… » soupira Yuri en prenant la main de Flynn dans la sienne, geste qui, à son étonnement, ne fut pas rejeté. « Ça fait longtemps qu'il n'est plus là ? »

« Il est tombé gravement malade quand j'étais enfant et ce bracelet est tout ce qu'il m'a laissé. » répondit le soldat avant de formuler une question silencieuse quand ses yeux azur se fixèrent sur leurs mains jointes.

« Nous ne sommes guère adeptes des multiples condoléances verbales chez les Nyx car nous préférons les actes aux paroles. De plus, je peux difficilement partager ta peine. »

« Parce que tu n'es pas d'ici ? »

« Pas de famille, tout simplement. »

Un « oh » s'échappa des lèvres de Flynn mais, vu son regard, il ne le prenait pas en pitié et ne risquait pas de prononcer des paroles inutiles, ce à quoi il avait déjà eu droit plusieurs fois depuis son arrivée à Hélios. Yuri détestait que l'on s'apitoie sur son sort, ce qui était un trait de caractère typique des Nyx : le peuple de la nuit estimait que des palabres ne soulageait en aucun cas les proches des défunts et que seuls des actes comme leur offrir un soutien moral ou un contact chaleureux pouvait apaiser un minimum leur peine – en même temps, les promesses en l'air ne valaient rien chez les Nyx à cause de leur verbe qui était plus souvent menteur qu'autre chose. Les enfants d'Umbra possédaient cette valeur en commun avec les Krytiens.

« Pour en revenir à ton bracelet, c'est très certainement un objet qui vient d'un temple. » poursuivit le favori en rendant le bijou à son propriétaire. « Le problème, c'est que je n'arrive pas à deviner à quelle divinité il est lié car je doute fortement que ce soit Sol ou même Océan… »

« Et ce n'est pas Topaze. » ajouta le soldat, faisant hausser un sourcil au Nyx. « J'ai une amie qui la prie régulièrement et puis… celui qui m'a parlé était un homme. Il m'a précisé qu'il… risquait de disparaître avec moi si je venais à mourir. »

Ça, c'était très intéressant car elle était la seule autre divinité qui avait, normalement, une forte influence sur Hélios… Il connaissait l'histoire du dieu Sol et de son épouse Topaze, une mortelle divinisée, grâce à Rita qui en savait beaucoup plus qu'elle ne le devrait pour quelqu'un de son âge, principalement parce qu'elle avait fouillé les archives du temple de son village à plusieurs reprises alors qu'elle n'était pas une prêtresse de Sol. La déesse du foyer s'entendait très mal avec Umbra mais aucune histoire ne donnait la même version sur l'origine de leurs rapports plus que tendus. Topaze agissait en parfait accord avec son mari qu'elle soutenait ardemment… mais était-ce toujours le cas actuellement ? Yuri réalisa qu'il ne s'était pas posé la question jusqu'ici, surtout que, de mémoire, Sol avait eu trois fils avec elle : deux qui avaient fondé le royaume d'Hélios et le troisième qui s'était mystérieusement volatilisé des récits juste après sa naissance…

« Le troisième fils de Sol peut-être. » supposa le Nyx à voix haute, ce qui sembla surprendre son interlocuteur. « Ce n'est pas parce que je ne suis pas un Hélien que je ne connais pas vos coutumes tu sais… Et puis j'ai toujours trouvé étrange qu'il y ait un si grand trou dans vos histoires. »

« Mon père m'avait raconté pas mal d'histoires sur Sol et de mémoire, le cadet de la fratrie était maladif… » déclara Flynn, visiblement occupé à fouiller ses souvenirs. « Sol avait demandé à Océan de le guérir je crois… »

Tiens ? Il n'avait jamais eu vent de cette version-ci. L'histoire de la progéniture de Sol variait-elle d'un village à un autre ?

« C'est la première fois que j'entends parler de cela… Que sais-tu d'autre ? » demanda la favori avec un intérêt non dissimulé.

« … Désolé, ça remonte à tellement longtemps… » finit par répondre le soldat avant de lui lâcher la main en détournant brièvement ses yeux bleus avant de le regarder de nouveau avec assurance. « Mais sache que je ne compte pas parler de ton secret. »

Des paroles sincères, sans la moindre once de mensonge. Yuri n'avait pas obtenu toutes les réponses aux questions qu'il se posait mais il allait s'en contenter pour le moment… ce qui impliquait qu'il devait garder Flynn à portée de main.

-§-

Le soleil s'était couché depuis deux bonnes heures quand Raven eut la surprise de recevoir un nouveau message de la part de ses espions. Quand le corbeau s'était posé sur le rebord de sa fenêtre, l'espion achevait de faire une prière à Umbra et il faillit sursauter quand il entendit croasser. Le capitaine se hâta d'ôter le message attaché à la patte du corvidé et le laissa s'installer sur le perchoir qu'il avait dans sa chambre, se préparant à entamer une bonne nuit de sommeil.

Ses yeux bleus lurent la missive… et son sang se glaça quand il eut achevé sa lecture. Barbos était-il devenu fou ? Sauf si…

Raven sortit de ses appartements avec précipitation et se dirigea à toute vitesse vers ceux du roi. Les soldats gardant les portes de la chambre royale cachèrent difficilement leur surprise, plus encore quand il leur fit signe de lui ouvrir et qu'il pénétra dans la pièce sans leur laisser le temps de l'annoncer, attirant sur lui le regard à la fois étonné et intrigué du souverain, simplement vêtu d'un pagne blanc.

« Puis-je savoir ce que tu fais ici à cette heure alors que je m'apprêtais à aller me coucher ? » questionna le roi Thar avec un agacement non feint tandis que les gardes refermaient les portes.

« Lisez-ceci votre Altesse. » répondit l'espion en tendant le message qu'il venait de recevoir, la respiration quelque peu saccadée après sa marche précipitée.

Les sourcils froncés, le souverain prit la missive et s'approcha d'une lampe à huile pour le lire. Quand les yeux de celui-ci s'agrandirent d'effroi et que son teint se mit à pâlir, il était clair que lui aussi venait de saisir la gravité de cette information. Contrairement à ce que pouvait raconter le peuple, leur dirigeant était loin d'être fou…

« Des nouvelles de l'autre chef de clan ? » demanda le roi Thar d'une voix blanche.

« Si la rumeur disant qu'il est plus intelligent que son rival est vraie, il s'est certainement caché quelque part le temps de trouver une solution. » déclara Raven en se remémorant le peu qu'il savait sur l'opposition à l'Alliance de Sang. « Je doute que nous puissions le contacter directement mais je pense qu'il pourrait demander l'asile à Séléné. »

« Tu as le moyen de savoir cela ? »

« Disons que j'ai une connaissance fiable qui, avec un peu de chance, a pu réussir à y pénétrer sans être repérée. »

« Et selon toi, Barbos aurait-il perdu l'esprit ? »

« Malheureusement, je crois que non. »

« Alors dans ce cas, comment pourrait-il savoir ? Qui a découvert cela et nous a trahis ? »

La question se posait… Raven avait des soupçons, le roi Thar aussi, mais tous deux savaient pertinemment que sans preuves formelles, ils ne pouvaient rien faire contre cette personne ou comprendre ses motivations. Leur seule certitude était qu'ils devaient vite renforcer la sécurité au palais car si un raid de Nyx devait se produire, ce serait directement à Aurum, durant la nuit de la nouvelle lune… et très certainement dans le but de mettre la main sur le jeune Nyx qui se trouvait au harem depuis trois ans.


1 : Les getas sont des chaussures traditionnelles japonaises qui, pour nous les occidentaux, s'apparentent à des sandales de bois avec une lanière de tissu. Elles se portent pieds nus ou avec des tabi qui sont des chaussettes japonaises.

Auteur vs Persos :

Orieul (cachée sous une énorme couverture) : Brr… Je hais ce temps…

Kaleiya : Ben c'est de la neige et il était temps.

Belphégor : Je crois que ce sont les températures qui la dérangent…

Kaleiya : Faut qu'elle s'y fasse car il est hors de question que j'aille plus au sud.

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2016-02-13 09:36 pm

Combinaison 2 - Dragon Age Inquisition

 Crossover : Dragon Age Inquisition

Note : Plus court que le précédent mais je ne me voyais pas le faire plus long non plus.


Il était connu dans tout Fort Céleste que le Commandant Flynn Scifo, un Templier des plus respectés, et Yuri Lowell, un mage Altus tévintide craint par une bonne partie de ceux faisant partie de l'Inquisition, entretenaient d'excellents rapports. De plus, suite au fait que le mage n'avait jamais caché ses préférences de partenaires, une rumeur avait été répandue comme quoi ils seraient amants… et qui devint vraie le jour où les deux jeunes hommes entamèrent réellement une relation amoureuse.

Beaucoup jasaient sur le fait que le tévintide passait à présent toutes ses nuits dans la tour du Commandant, imaginant leurs étreintes passionnées sous les draps... mais la vérité était un peu différente.

-§-

Dans un sens, il savait que se servir de Flynn pour éviter d'aller à l'Emprise du lion était stupide – sérieusement, là-bas il neigeait, il faisait froid et il y avait de la glace ! – mais cette fois-ci, Yuri n'avait pas menti en disant qu'il fallait qu'il reste pour jeter un œil à l'état du Templier – en prime, il avait quelques recherches à faire sur les grandes familles de Magisters de Tevinter afin d'essayer de trouver le vrai nom de leur ennemi et, éventuellement, que Raven et ses espions puissent se servir de cela afin de faire un peu pression sur l'empire Tévintide.

Actuellement, le chevalier était allongé sur son lit, complètement nu sur les fourrures et avec une magnifique vue sur ses fesses ainsi que sur son dos dont le mage aurait volontiers profité si son amant n'était pas victime d'une de ses crises due au manque de Lyrium, celle-ci l'ayant visiblement plongé dans une sorte de cauchemar vu le rythme anormal de sa respiration.

Pourquoi avait-il fallut que cela arrive après leur premier round et pile au moment où il était allé récupérer dans son sac une autre bouteille d'huile ?

« Flynn ! » s'exclama Yuri en se précipitant sur le lit pour forcer son ami à s'allonger sur le dos. « Je suis là Flynn ! »

Il vit avec effroi ces yeux azur agrandis dans une expression d'horreur, lui confirmant que quoique voyait le Commandant de l'Inquisition, cela ne lui était pas plaisant du tout. Le mage fit un rapide aller-retour vers son sac pour en ressortir cette rune sur laquelle il avait travaillée via les notes de son mentor et il la posa sur le front de son amant. Il concentra un peu de sa magie à l'intérieur et la rune lui révéla ce qu'il avait déjà deviné : du lyrium était en train de circuler dans cette zone via les vaisseaux sanguins. Certes, il pouvait attendre que celui-ci se déplace pour agir mais c'était repousser le problème jusqu'à la prochaine crise et rien ne lui garantissait qu'il serait de nouveau dans une zone facile d'accès.

Ce qu'il faisait était encore expérimental mais il avait déjà compris une chose : le lyrium qui était pris par les Templiers, en plus d'être éliminé bien plus lentement que pour les mages, se mélangeait au sang et voyageait dans le corps en permanence. Cette substance étant très addictive, elle poussait le Templier à en prendre encore, et encore… ce qui, à terme, avait de graves conséquences allant de l'instabilité émotionnelle au dysfonctionnement des organes vitaux, à commencer par les reins et le foie.

La solution qu'il avait trouvée, pour l'instant, était d'attendre une crise de manque pour utiliser sa rune et ainsi voir à quel endroit une forte dose de lyrium était présente… et de l'y ôter, si cela était possible, en évacuant ce sang contaminé. Ce n'était vraiment pas l'idéal et cela ne fonctionnera pas pour tout le monde, raison pour laquelle il fallait vraiment qu'il mette au point une rune capable d'absorber ce lyrium !

Attrapant le canif sur la table de chevet, Yuri passa quelques secondes sa lame sur la flamme de la bougie puis, non sans appréhension, il s'assit sur le ventre de Flynn afin de le maintenir en place, lui attrapa le menton de sa main libre… avant de lui faire une entaille au-dessus du sourcil droit, arrachant un grognement de douleur à son amant.

Bien que la coupure fût petite, elle saignait abondamment, ce qui était bien dans le sens que le lyrium allait vite être évacué mais moins bien car il dut de nouveau aller fouiller dans ses affaires afin de récupérer une aiguille et du fil. Heureusement qu'il savait faire des points de suture…

« Yuri… »

« Je suis là. » fit le mage en revenant vite aux côtés du Templier. « Laisse-toi faire encore un peu. J'ai bientôt fini. »

Flynn hocha légèrement la tête pour montrer qu'il avait compris et il laissa son ami nettoyer son visage puis recoudre sa plaie. Cela aurait été plus simple avec de la magie ou une potion mais le tévintide ne connaissait pas de sorts de guérison et il n'avait pas pensé à prendre de potions ou bien à en fabriquer.

« Terminé ! » s'exclama-t-il après avoir tranché son fil.

« Où est-ce que tu as appris cela ? » lui demanda son amant, visiblement impressionné. « Ce n'est pas vraiment le genre de savoir qu'un mage possède. »

« Etonnamment, je sais coudre et l'Inquisition possède l'avantage de t'apprendre pas mal de trucs utiles sur le champ de bataille, surtout quand tu as quelques camarades prêts à partager leurs savoirs. »

L'histoire complète, c'était qu'ils étaient en pénurie de potions dans la Plaine Exaltée et que Lavellan avait une vilaine coupure au bras après un nouvel accrochage avec ces fichus zombies qui sortaient d'un peu partout. Comme ils étaient trop loin du camp le plus proche, Duke lui avait fait des points de suture après avoir utilisé une bouteille de whisky trouvée dans les décombres d'une maison en guise de désinfectant. Une fois qu'ils eurent rejoint un camp de l'Inquisition, Yuri avait demandé au Garde des Ombres de lui montrer comment procéder dans l'éventualité où ce cas de figure venait à se reproduire.

Le Templier prit une position assise sur le lit puis il caressa d'une main le visage de son amant, ses yeux azur le fixant avec passion.

« Nous en étions où déjà ? » demanda le chevalier d'une voix où transparaissait tout le désir qu'il éprouvait. « Je me souviens que tu étais allongé sur les fourrures, criant mon nom… »

« Avant cette interruption, j'étais en train de réaliser qu'on allait avoir besoin de ça. » répondit le mage en désignant la bouteille d'huile. « Par contre, ça m'embêterait que tu fasses sauter tes points dans le feu de l'action… »

« Donc il faut que je reste tranquille ? »

« Ca serait mieux oui. »

Ou comment changer brusquement vos projets du moment… Yuri ne voulait pas prendre de risque tant que la plaie était encore récente et vu que ce cher Flynn avait une forte tendance à froncer les sourcils en toutes circonstances, il allait falloir calmer un peu leurs ardeurs. Dommage car il se voyait déjà avec ces jambes musclées par des heures d'entraînement autour du cou pendant qu'il vérifiait consciencieusement si ce soldat avait un cul aussi étroit qu'il se l'imaginait.

Ce fut donc ainsi qu'ils échangèrent des coups de reins plus ou moins rythmés contre une simple séance de baisers où ils laissaient leurs mains se balader sur le corps de l'autre… une idée brillante car elle leur permit à chacun de prendre enfin pleinement le temps d'explorer le corps de leur partenaire, découvrant parfois une zone plus sensible aux caresses qu'une autre.

Oui, ils n'avaient finalement pas perdu leur nuit.


Note : Ah, l'Emprise du Lion… Probablement un des pires coins du jeu car en plus d'y faire très froid, c'est aussi là que se trouvent trois nids de dragons plutôt coriaces et que vous êtes forcés de battre si vous voulez tout explorer et finir une quête annexe. J'oublie aussi le fort ennemi qu'il faut conquérir et qui, à mon sens, est le plus difficile des trois à cause de la charmante surprise qui s'y cache… Autrement, dans le jeu, il n'y a aucun traitement connu pour les addictions au lyrium donc autant dire que celui qui veut arrêter doit être très courageux pour le faire car les effets secondaires sont assez variés.

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2015-12-26 01:34 am

Qui aime bien châtie bien - Tentative 4

 Note : Retour sur le POV de Sodia et bonnes fêtes de fin d'année à tous !

Tentative 4

Quand Sodia fut de retour à Zaphias, elle était encore partagée entre la joie et l'inquiétude concernant Betty. Il était clair pour elle que son amie s'était très bien entendue avec Harry Whitehorse mais elle trouvait quand même un peu irréfléchi de sa part d'avoir accepté cette demande en mariage – Raven avait été aussi étonné qu'elle quand il avait vu le petit-fils du Don prendre ses mains entre les siennes et avait déclaré qu'il souhaiterait l'épouser avant de se raviser en disant qu'il avait peut-être été trop expéditif… Sauf que quiconque connaissait Elisabeth Magnolia savait qu'elle prenait souvent des décisions importantes très rapidement et il ne fut pas si étonnant que cela qu'elle accepte cette proposition avec un sourire qui faillit faire chavirer le pauvre Harry – bon, seule la rouquine n'était pas étonnée car Betty vivait la situation qui l'avait poussée à rejoindre les chevaliers, à savoir un potentiel mariage arrangé avec un homme qui ne s'intéressait qu'à son titre, et vu son caractère, elle devait très nettement préférer être en ménage avec quelqu'un d'un rang différent du sien.

Cette annonce d'un mariage entre un membre éminent de l'Union et une noble de l'Empire avait enchanté l'empereur au plus haut point ainsi que la princesse Estellise et le Commandant. Bien entendu, beaucoup parmi la noblesse avaient râlé, certains rejetant cette alliance en la déclarant comme irrecevable et déshonorante. Cela agaça la rousse ainsi que Flynn qui dut défendre le choix de Lady Magnolia devant le Conseil. Il avait eu du mal à les convaincre jusqu'à ce qu'un des capitaines présents dans l'assemblée ne vienne souligner le fait que bon nombre de jeunes femmes issues de la noblesse qui se trouvaient dans leurs rangs avaient choisi la chevalerie pour échapper à des unions arrangées par avance et non par vocation, ce qui avait des fois des conséquences très fâcheuses pour celles qui ne présentaient aucune aptitudes nécessaire pour se battre. Ceci permit de faire enfin taire la polémique et la réunion put reprendre son cours normal.

Afin de fêter dignement ce mariage, une grande réception avait été souhaitée et Aurnion choisie comme lieu pour la recevoir. Sodia avait participé à tous les préparatifs et avait commencé à voir comment organiser la sécurité des lieux quand il lui fut annoncée qu'elle serait une des demoiselles d'honneur et qu'elle se devait donc de porter autre chose que son uniforme.

C'était donc pour cette raison qu'elle s'était retrouvée à porter cette robe vert anis tandis que, du côté des garçons d'honneur, elle avait dû se retenir de sourire en voyant Yuri Lowell qui essayait discrètement de desserrer la cravate noire de son costume… ce qui échoua quand il eut son pied écrasé par celui de Flynn – lui avait revêtu sa tenue d'apparat pour l'occasion, celle-ci se composant d'une armure plus légère et d'habits aux teintes bleu et or – qui avait apparemment perçu son manège.

Une fois l'union entre Harry Whitehorse et Elisabeth Magnolia prononcée, les festivités en leur honneur purent commencer.

« On ne pouvait rêver meilleure solution pour consolider les liens entre l'Union et l'Empire. » déclara le Commandant qui, tout comme elle, se tenait un peu en retrait. « Même si tout cela aura été un peu précipité. »

« C'est Betty. » soupira Sodia avant de prendre une gorgée du verre de vin rouge qu'elle tenait à la main. « Tant qu'elle est heureuse ainsi … »

Leur conversation fut interrompue par l'arrivée de Yuri qui s'était faufilé entre divers couples qui dansant sur la piste tout en jetant des regards inquiets derrière lui.

« Un problème Lowell ? » demanda la rouquine tout en notant que la cravate noire du jeune homme s'était volatilisée, signe qu'il l'avait certainement ôtée dès qu'il en avait eu l'occasion.

« Il est où ce sale gosse qui vous sert d'empereur ? » questionna l'épéiste en tournant la tête de tous les côtés. « Pas par ici j'espère… »

« Je te prierai de te montrer plus respectueux quand tu parles de son Altesse. » réprimanda Flynn en croisant les bras contre son torse. « Et si ta tenue te dérange autant, tu n'as qu'à aller te changer ! »

« Etant donné qu'une certaine personne m'a dérobé mes vêtements il y a quelques temps et qu'elle refuse toujours de me dire où ils sont, mon seul change possible consiste en un débardeur et un short jaune. Même à Dahngrest, ça passerait pas pour un mariage. »

« Tu ne les as toujours pas récupérés ? » s'étonna Sodia en posant son verre sur une table à moins d'un mètre d'elle. « J'aurais pensé qu'elle les auraient vendus à Kaufman… »

L'histoire de cette soirée bien arrosée à la cité des guildes et ses conséquences était venue aux oreilles de son supérieur qui avait déclaré que son meilleur ami pouvait s'estimer heureux que cela ait eu lieu hors de sa juridiction car autrement, il lui aurait fait passer l'envie de tester de nouveau ses limites avec l'alcool.

« Moi aussi… » soupira l'épéiste avec un agacement aisément perceptible. « Et cette peste de Judy ne veut toujours pas parler ! Si seulement j'avais un moyen de pression sur elle… »

« Dans un sens, tu l'as un peu cherché. » fit le jeune Commandant avant de déglutir, geste qui intrigua sa subordonnée. « Tu sais très bien que tu tiens mal l'alcool. »

A cette phrase, Yuri eut une moue boudeuse et il tourna brusquement la tête sur le côté, faisant voler sa queue de cheval qui vint frapper son épaule gauche. Cependant, à peine avait-il fait ce geste que ses yeux se plissèrent de colère à la vue de quelque chose. En suivant le regard de l'épéiste, la rousse vit Judith, particulièrement difficile à manquer dans cette longue robe noire où il manquait quand même pas mal de tissu pour qu'elle soit considérée comme décente – entre le dos quasi totalement découvert, le décolleté très plongeant sur le devant et la fente sur le côté qui dévoilait beaucoup ses jambes, la majorité des membres de la gente masculine était incapable de poser ses yeux ailleurs que sur la krytienne… au grand dam de pas mal de ces dames.

Quand elle remarqua que Lowell détaillait lui aussi la tenue de sa camarade de guilde, une bouffée de rage s'empara de Sodia…

« Mesdames, mesdemoiselles et messieurs ! » s'exclama Ioder depuis la scène aménagée spécialement pour l'occasion. « Afin de célébrer cette union entre nos deux nations, j'invite chacun de vous, sur cette musique, à danser avec un partenaire de l'autre pays. »

Plusieurs murmures se faisaient dans l'assemblée et, pendant dix bonnes secondes, la femme chevalier craignait qu'il ne soit encore trop tôt pour oser cela. Mais en voyant les couples se former petit à petit, elle soupira de soulagement et vit du coin de l'œil son supérieur arborer un air satisfait.

« Eh bien… On dirait que l'ambiance festive contribue à faire évoluer les mœurs. » fit une voix féminine.

Judith les avaient rejoints, son sourire malicieux sur les lèvres.

« Qu'est-ce que tu veux, traîtresse ? » demanda Yuri avec acidité, n'ayant visiblement toujours pas digéré que ses vêtements aient été dérobés.

« Oh mais ce n'est pas toi que je viens voir. » répondit l'air de rien la manieuse de lance en se tournant vers Flynn. « Le Commandant est-il disponible pour une danse ? »

« Heu… » commença le chevalier, ses yeux bleus n'ayant pu s'empêcher de se poser sur le profond décolleté qui venait d'être placé juste sous son nez et qui lui amena quelques couleurs rosées au niveau de joues. « Certainement, oui. »

Avec un léger rire amusé, la krytienne emmena le soldat avec elle sous les regards déçus de pas mal d'invités de sexe masculin et aussi de quelques femmes qui lorgnaient depuis un moment sur le blond.

« Elle n'a pas peur d'avoir froid habillée comme ça ? » demanda Sodia, n'ayant pu retenir une pique de jalousie envers Judith et le fait qu'elle parvenait à attirer facilement l'attention des hommes sur elle.

« Je peux t'assurer que non. » répondit nonchalamment Yuri en tournant la tête du côté où étaient placés les desserts. « Bon, tu m'excuseras mais… »

« Ah ! Vous voilà Yuri ! »

A la subite apparition de l'empereur Ioder derrière lui, l'épéiste grinça fortement des dents, ce qui fit sursauter la rousse, pas du tout préparée à cette réaction très inhabituelle. Elle vit ce dernier, les yeux luisant d'effroi, se poser avec horreur sur le jeune noble aux cheveux blonds.

« Vous avez perdu votre cravate tout à l'heure. » fit l'Empereur avec le sourire tout en montrant l'objet du délit qu'il tenait dans sa main. « Je peux vous aider à la remettre si vous le souhaitez. »

« Non… ça ira. » répondit le membre de Brave Vesperia avec un frisson, faisant encore plus se questionner la jeune femme sur le pourquoi de ces réactions.

« Dommage. Puis-je échanger quelques pas de danse avec vous ? »

« Ah mais… J'ai déjà une partenaire ! »

Sans prévenir, Yuri lui attrapa le bras et l'entraîna rapidement parmi les autres couples tout en ignorant ses protestations sur le fait qu'elle ne voulait pas du tout danser – c'était une activité qu'elle n'avait jamais appréciée, principalement car à chaque bal, on la forçait à être la partenaire d'un homme qui pouvait potentiellement accepter de l'épouser et que son dernier cavalier en date était Alexander Cumore. Une fois qu'ils s'étaient bien mélangés aux autres, elle jeta un regard noir au jeune homme.

« Lowell… » grogna-t-elle en se plaçant correctement pour entamer la danse.

« Désolé mais fallait que je sauve mon cul ! » s'expliqua-t-il en suivant le mouvement des autres couples. « Il me colle à la première occasion et je suis persuadé que c'est lui qui m'a mis la main aux fesses quand Harry faisait son discours ! »

« Choisis une autre partenaire la prochaine fois ! »

« Dans le cas présent, mes options étaient limitées. »

Le silence se fit entre eux durant une bonne minute, laissant à chacun le temps de se calmer un peu et à la jeune femme d'observer inconsciemment cette peau claire que la chemise blanche, ouverte sur la haut, laissait à découvert. Ce n'était pas comme si elle voyait cela chez lui pour la première fois, surtout d'aussi près, mais déjà à Dahngrest, elle avait eu du mal à ne pas détailler ce torse imberbe et finement dessiné, agrémenté de quelques cicatrices plus ou moins visibles qui montrait qu'elle faisait face à un homme d'action.

« Etonnant que tu saches danser. » laissa échapper Sodia en réalisant qu'il ne lui avait pas marché sur les pieds, ce qui était, elle devait l'admettre, une agréable surprise pour ses orteils.

« Le vieux m'a pas lâché avec ça… » soupira Yuri tout en jetant un coup d'œil vers le dernier endroit où se trouvait Ioder. « Je suis persuadé que c'est ce sale gosse qui a exigé que je sois présent. »

« Tu ne penses pas que tu es un peu paranoïaque Lowell ? »

« Vraiment ? »

Sur ce simple mot, il l'entraîna dans un demi-tour sans la prévenir et, alors qu'elle s'apprêtait à lui faire une réprimande, elle remarqua l'Empereur qui… humait la cravate de l'épéiste ? Elle pensa qu'elle hallucinait jusqu'à ce que son souverain range soigneusement le vêtement dans une poche intérieure de sa veste avant de se diriger vers la table où se trouvaient les desserts.

« Je reconnais qu'il y a de quoi avoir des soupçons… » admit Sodia en reportant son attention sur son cavalier qui faisait la grimace.

« Ce sale gosse en veut à mon cul oui ! » s'exclama Yuri dont le regard se tourna du côté de la table des desserts. « Je rêve ou bien il compte m'appâter avec des gâteaux ? Il est en train d'en remplir une pleine assiette… »

« Tu n'es donc pas gay… »

Le membre fondateur de Brave Vesperia la fixa avec un air choqué… ce qui la fit éclater de rire. Elle se doutait bien qu'il était plutôt intéressé par les femmes mais vu le contexte, elle n'avait pas pu résister.

« Tu devrais avoir honte de rire de mon malheur. » la réprimanda le jeune homme avec une moue boudeuse.

« Ce n'est pas tous les jours que je peux te taquiner un peu. » répliqua-t-elle en se retenant de rire de nouveau. « Et puis là, il n'est pas en train de t'attendre dans ta chambre que je sache. »

Vu la lueur horrifiée qui venait de s'allumer dans le regard anthracite, Sodia jugea qu'elle avait peut-être été un peu loin… avant d'estimer qu'elle aurait mieux fait de se taire quand elle réalisa que l'empereur Ioder était en train de s'éclipser discrètement avec une assiette remplie à ras bord de gâteaux.

« J'ai peut-être parlé un peu vite. » déclara-t-elle avant de sentir la prise sur sa main droite se resserrer douloureusement.

« Ne me dis pas… » commença Yuri en ne dissimulant pas son effroi.

« Tu es prié de me lâcher et oui, tes craintes sont apparemment justifiées. »

Elle ajouterait même qu'elle avait à présent une bonne idée de qui avait pu acheter les vêtements de l'épéiste à Judith mais elle n'avait pas de preuves sur ce point et quelque chose lui disait qu'une perquisition dans les appartements royaux risquait d'être fort… compliquée.

« Pas la peine que je tente de me cacher dans la tente de Flynn sur ce coup. » constata le jeune homme avec dépit. « C'est le premier endroit où il risque d'aller me chercher… »

« J'aurais cru que tu quitterais Aurnion à la fin des festivités. » pointa la jeune femme, trouvant un peu étrange qu'il soit coincé ici. « Un travail dans les parages ? »

« Moi non mais Judy oui… Et elle n'a aucune intention de me prêter Ba'ul pour retourner à Dahngrest. »

Même s'il tentait d'attraper un bateau pour retourner en Illycia, il n'en aurait pas un avant demain matin, ce qui faisait qu'il était coincé ici. Sodia fit rapidement le tour de toutes les options possibles et, à son grand regret, elle n'en voyait qu'une de réalisable…

« Je suis seule dans ma chambre si ça t'intéresse… » commença-t-elle avant de froncer le nez en voyant son interlocuteur la fixer avec suspicion. « Je ne compte pas te tuer et ce n'est pas une proposition pour du sport sous les draps. »

« Dommage ça. » fit-il avec un petit sourire en coin… qui disparut de ses lèvres quand la rousse lui écrasa violemment le pied en lui arrachant un « ouille ! » de douleur.

« Mon offre peut potentiellement ne plus être valable si tu recommences tes bêtises. »

Après un échange de regards noirs, Yuri se mit à réfléchir sérieusement à cette proposition…

-§-

Tu es vraiment une pauvre idiote ma chère sœur ! Si tu avais fait comme convenu, nous aurions un statut bien meilleur que celui que nous avons actuellement mais non, il a fallu que tu brises tes fiançailles pour aller te mettre au service d'un idéaliste ! Qu'est-ce que tu y as gagné au final Sodia ?

Ces paroles, c'était celles que sa sœur aînée, Sarah Devon née O'Daly, lui avait jetées en pleine figure la dernière fois qu'elles s'étaient vues. Elles s'entendaient bien quand elles étaient enfants mais tout cela avait changé quand leur mère était morte. Sa sœur s'était plongée dans les mondanités tandis qu'elle s'était progressivement réfugiée dans une forteresse de solitude.

Là, elle se voyait à Zaude, Sarah près du bord de la plateforme en train de la traiter de tous les noms. Ça, elle pouvait l'encaisser… mais quand sa sœur se mit à insulter leur mère, elle devint folle de rage et elle ne put résister à cette impulsion de lui planter avec violence cette dague en pleine poitrine… avant de réaliser la gravité de son geste…

… puis crier face à l'acte horrible qu'elle venait de commettre.

-§-

« Sodia ! Réveille-toi merde ! »

La jeune femme se réveilla en sursaut et le souffle court, ses yeux s'ouvrant sur le visage inquiet de Yuri. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'elle venait de faire un cauchemar et que le jeune homme, vu où étaient posées ses mains, avait dû la secouer par les épaules afin qu'elle sorte des méandres du sommeil. Qu'est-ce qu'il faisait dans sa chambre au juste ?

« Aurnion, mariage de Betty. » dit-il, comme s'il avait entendu la question qu'elle venait de se poser. « Tu m'as proposé de me cacher ici. »

Ah, oui. Pas très convenable de la part d'une fille issue de la noblesse mais elle avait déjà dû partager sa tente avec des hommes, notamment avec Flynn, quand elle était en dehors de Zaphias donc cela faisait un moment qu'elle avait mis certaines convenances au placard. Par contre, elle devait être encore endormie car depuis quand trouvait-elle que Yuri Lowell avait des yeux magnifiques ?

« Terca Lumireis à Roxy. » fit l'épéiste en claquant des doigts près de son oreille, la sortant brusquement de ses pensées.

« Je suis réveillée, merci. » grommela-t-elle en prenant une position assise tandis que son colocataire de la nuit s'éloignait un peu… et qu'elle finisse par tiquer sur ses dernières paroles. « Tu m'as appelée comment au juste ? »

« Pas fait attention… »

Elle comptait lui sortir une réplique bien acide quand il choisit ce moment pour se tourner dos à elle et, visiblement, ramasser quelque chose au sol. En temps normaux, ça l'aurait pas affectée mais là, il était torse nu et la lune éclairait suffisamment la pièce pour qu'elle puisse avoir une pleine vue sur ce fessier parfaitement mis en valeur par ce pantalon noir. Certes, ce n'était pas anormal qu'elle détaille le physique d'un homme mais ça ne lui prenait que lorsqu'elle le rencontrait pour la première fois. Or, cela faisait un moment qu'elle côtoyait Yuri donc ce n'était pas comme si elle n'avait jamais vu son postérieur.

« Ca t'arrives souvent ce genre de choses ? » demanda-t-il en se tournant vers elle, la ramenant immédiatement à la situation initiale. « Crier dans ton sommeil je veux dire. »

« Je ne sais pas et j'aurais vraiment préféré que ça ne soit pas toi qui t'en aperçoive en premier. » répondit-elle en se levant puis en allant fouiller dans son sac. « Tu veux bien allumer la lampe s'il te plait ? »

Aucune chance qu'elle parvienne à se rendormir dans l'immédiat donc autant être productive, raison pour laquelle elle avait, au cas où, embarqué une partie du courrier du Commandant avec elle, à la fois dans le but de le trier et aussi dans celui de se faire une idée de qui pouvait bien lui courir après en ce moment.

« Sérieux, tu comptes bosser en pleine nuit ? » la questionna Yuri en la regardant retourner dans son lit avec un gros paquet de lettres cachetées.

« Je n'arriverai pas à retrouver le sommeil et j'ai besoin de me changer un peu les idées. » répondit Sodia en vérifiant qu'elle avait assez de lumière avec la lampe à huile sur la table de chevet. « De plus, tu ne vas pas te rendormir tout de suite, ça j'en suis certaine. »

Rien que le langage corporel du jeune homme lui montrait qu'il était très alerte, signe qu'il ne venait pas de se réveiller et qu'il avait, probablement, somnoler ou dormi d'un œil. En même temps, c'était lui qui avait insisté pour s'installer par terre…

« C'est sûr que si… » commença-t-il sur un ton exaspéré avant qu'elle ne le coupe brutalement.

« Il n'y a rien de vital pour l'Empire dans ce courrier et, si tu es toujours intéressé, il est possible qu'il y ait une lettre d'une certaine duchesse aux tendances nymphomanes qui a de nouveau quelques propositions indécentes à faire au Commandant. »

Sans attendre de réponse, elle entama sa lecture, tombant sans surprise sur une nouvelle proposition de fiançailles qui devait surement venir d'une jeune femme un peu trop superficielle vu comme elle soulignait sa soi-disant beauté extérieure. Elle avait presque fini de lire le deuxième paragraphe qu'elle sentit le matelas s'affaisser à côté d'elle et, sans surprise, une mèche de cheveux lui chatouiller le bras. Sodia sortit du paquet la fameuse lettre de la duchesse, aisément repérable de par la couleur rouge de son enveloppe, et la remit à Yuri.

-§-

Cela faisait déjà un moment qu'il voulait s'échapper de ce traquenard mais Flynn savait qu'il était coincé et ce, peu importe ce qu'il ferait. Il ne trouvait pas cela acceptable de manipuler ainsi deux de ses amis et cette nuit, quand il avait entendu crier, il serait immédiatement venu frapper à la porte de la chambre de Sodia si Judith ne l'avait pas arrêté puis forcé à la suivre jusqu'à l'endroit d'où elle avait une pleine vue sur la fenêtre de la chambre en question.

« Tout va bien à présent. » fit la krytienne avec un sourire mystérieux aux lèvres. « Il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. »

« Tu sais aussi bien que moi que ce que nous faisons est mal. » soupira le chevalier en priant intérieurement pour que tout cela cesse enfin. « Et puis que peuvent-ils lire de si intéressant pour que Yuri ne bouge pas ? »

« J'avoue que je me le demande aussi… Ca a l'air amusant en tout cas. »

Ce fut à cet instant que Flynn eut le déclic : cela devait être toutes les demandes en mariage que Sodia prenait soin d'enlever de sa correspondance professionnelle et qu'elle lui synthétisait ensuite oralement. Le jeune homme se pinça l'arête du nez face au constat que ses lettres n'étaient en sécurité nulle part…


NB : Ioder va-t-il revenir jouer un mauvais tour à Yuri ? Vous le saurez au prochain épisode x)

Auteur vs Persos :

Sheen : Que voulez-vous manger ce soir ?

Orieul : Viande grillée.

Kaleiya : Un truc à base de fromage.

Asahi : Légumes sautés.

Sheen : Une pizza pour carnivore, une quatre fromages et une végétarienne donc.

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2015-11-24 02:11 am

Qui aime bien châtie bien - Tentative 3

 Note : POV Yuri à nouveau et, pour une fois, on quitte Zaphias.

Tentative 3

S'il y a bien une chose que Yuri n'aimait pas, c'était les missions stupides – heureusement pour Brave Vesperia, Karol avait le don pour flairer les trois-quarts d'entre-elles et ils avaient assez de fonds pour se permettre de les refuser quand ils les voyaient venir. Certaines avaient été refilées aux nouvelles recrues pour les tester – ils en avaient retenus trois pour le moment, faute d'avoir un bâtiment assez grand pour plus de monde – mais l'épéiste avait été contraint d'accepter celle de Kaufman – il en avait marre de jouer les gardes-du-corps et il ne s'était pas gêné pour le lui dire, comme d'habitude. Heureusement qu'elle le payait bien en contrepartie.

C'était donc en milieu d'après-midi qu'il fut, pour sa plus grande joie, de retour à Dahngrest. Il se dirigeait vers le bâtiment de sa guilde pour aller se reposer un peu quand, en passant près du QG de l'Union, il fut assez étonné de voir Sodia, facile à reconnaître avec sa tignasse rousse et son uniforme de lieutenant, en train de parler vivement avec Raven et Judith. Qu'est-ce qu'elle faisait ici ?

« Tiens, regardez qui est de retour ! » s'exclama le plus vieux avec un rictus moqueur en l'apercevant. « Comment va cette chère Kaufman ? »

« Toi, tu enlèves ce sourire de ton visage ou bien je m'en occupe moi-même. » le menaça Yuri en lui montrant son poing.

« Les grands mots, tout de suite ! Tu n'oserais quand même pas frapper un pauvre vieillard au cœur fragile ? »

« J'aurais plutôt dis « vieux pervers qui se rince l'œil à la première occasion » mais je ne connais pas assez le personnage pour être sure de moi. » répliqua la rousse en plissant les yeux de colère, se souvenant très certainement du jour où elle avait attrapé l'ex-chevalier en train de se faufiler dans le dortoir réservé aux officiers de sexe féminin et dont l'histoire était venue à ses oreilles via Flynn.

« C'est vrai que c'est souvent l'impression qu'il donne au départ. » fit l'épéiste avec nonchalance. « Il faut dire aussi qu'il a tendance à avoir des fourmis dans les mains dès qu'il voit une femme… »

« Hey ! » s'exclama Raven, l'air outré. « Je suis un homme respec… Minute… »

Les sourcils froncés, le plus âgé le regarda lui puis Sodia, comme si quelque chose était suspect chez eux avant de reculer d'un pas en les fixant avec effroi.

« Ca fait une minute que vous êtes ensemble et pas de cris, rien ? » s'étonna l'archer, l'air horrifié. « Mais vous allez bien tous les deux ? »

« T'en as d'autres des questions comme ça ? » répliqua Yuri sur un ton agacé.

« Les miracles arrivent Raven. » tempéra Judith avec un sourire en coin. « Et puis n'oublie pas qu'il a bien été d'accord pour recruter un noble dans la guilde, ce qui fait deux miracles. »

C'est vrai que lors du recrutement, l'épéiste avait été présent ainsi que tous les autres membres de Brave Vesperia. Ils avaient dû avoir environ trente candidatures mais deux avaient retenues leur attention car ils avaient été recommandé par Rita : deux garçons, chacun ayant autour de seize ans, ayant un style de combat similaire mais des compétences magiques différentes. Le premier, spécialisé dans les sorts de soin, avait été pris sans hésitation mais pour le second, un mage de feu originaire de la noblesse de Zaphias, Yuri avait été prêt à dire qu'il n'en voulait pas… jusqu'à ce que le concerné ouvre la bouche – il comprit à cet instant pourquoi leur magicienne préférée le leur avait envoyé : ça avait dû être très explosif entre eux. Sa grande franchise – et aussi sa façon de parler assez familière – lui avait permis d'être recruté.

Par contre, le jeune homme trouvait étrange la façon dont la krytienne le regardait…

« Bah, comme je l'expliquais à notre charmante invitée, son amie ne craint rien avec Harry. » reprit Raven en haussant les épaules. « S'il a envie d'avoir un moment en tête à tête avec elle, c'est son droit et je ne vais pas l'en empêcher. »

« Et moi, j'essayai de lui faire comprendre que son Altesse m'a ordonné d'assurer sa protection et que ce n'est pas en poireautant ici que je vais y parvenir ! » répliqua Sodia, quelque peu énervée.

« Cela fait dix minutes que c'est comme ça. » souligna Judith dans un léger soupir. « Il y a aussi Repede qui est avec Harry et Lady Magnolia. »

Voilà donc pourquoi la subordonnée de Flynn était de mauvaise humeur : elle avait pour mission d'assurer la sécurité de Betty. Même si son amie n'était pas en danger, ça n'allait pas être évident de la calmer vu qu'elle était en service et qu'elle avait l'impression que le plus vieux voulait l'empêcher de faire son travail. La situation n'était pas évidente à gérer…

« Et si on m'expliquait plutôt pourquoi ce voyage de Zaphias jusqu'à Dahngrest ? » demanda Yuri, interrompant ainsi la dispute qui était en cours. « J'imagine que ça a un côté officiel. »

« L'empereur Ioder a proposé à des membres de la noblesse de venir effectuer des séjours à but diplomatiques pour améliorer les relations entre l'Empire et l'Union. » répondit Sodia en employant son ton professionnel tout en gardant le membre de l'Altosk dans son champ de vision. « Comme Lady Magnolia s'était portée volontaire, il m'a été proposé de lui servir d'escorte, ce que j'ai accepté. Sauf que le fait que l'on m'empêche de mener à bien ma mission n'était pas prévu du tout… »

« Je reconnais que de ta part le vieux, ça m'étonne un peu… » admis l'épéiste en fixant avec suspicion son camarade, trouvant tout de même curieux qu'il se comporte ainsi.

« D'accord, d'accord ! » abdiqua Raven, en ayant visiblement assez de subir la mauvaise humeur de la rousse et ne souhaitant pas voir les attaques à son encontre se multiplier. « Si je fais cela, c'est parce que le petit m'a soufflé qu'il trouvait la miss… plutôt mignonne. »

… Il avait décidé de jouer les entremetteurs ? Quoique maintenant qu'il y pensait, Karol lui avait mentionné le fait qu'Harry Whitehorse semblait un peu déprimé ces jours-ci. Ca ne pouvait effectivement pas lui faire de mal que d'avoir une compagnie du style de Betty. Par contre, vu l'expression qu'avait Sodia, elle n'appréciait pas du tout ce qu'elle venait d'apprendre… Pas bon ça.

« Repede n'est pas revenu en catastrophe donc on peut supposer que tout se passe bien. » fit Judith en fixant le bâtiment de l'Union tout en esquissant un léger sourire. « Peut-être même que Lady Magnolia va y rester plus tard que prévu. »

Le grognement de la part de la rouquine en disait long sur ce qu'elle en pensait. Si personne ne la calmait, elle allait sauter à la gorge de quelqu'un et le mordre. Il avait intérêt à être paré…

« Ce serait quand même osé de sa part d'aller aussi vite. » déclara le plus âgé sur un ton un peu malicieux. « Quoique dormir aux côtés d'une belle femme, ça n'a pas de prix. »

A l'instant où il sentit que ça allait exploser, Yuri attrapa Sodia par la taille et plaqua une main sur sa bouche, l'empêchant ainsi d'étrangler Raven et de proférer une bonne série de menaces et, très probablement, de divers jurons.

« Hey ! Il blaguait là ! » tenta le jeune homme pour calmer la rousse qui essayait de se libérer de sa prise. « C'est pas une raison pou- AIE ! »

Honnêtement, vu où était sa main, il aurait dû s'attendre à se faire mordre. Et apparemment, elle ne comptait pas le lâcher avant qu'il l'ait libérée. Il étouffa un autre cri de douleur quand elle lui écrasa violemment le pied, faisant qu'il relâcha légèrement sa prise sur elle.

« Laisse-moi partir Lowell ! » s'exclama la femme chevalier alors qu'elle se faisait tirer en arrière.

« Vous feriez vraiment un charmant couple tous les deux. »

Cette simple petite phrase de Judith calma instantanément la situation : Sodia avait cessé de se débattre, ses oreilles étant devenues rouges de gêne tandis que Yuri, lui, était plus que choqué par ce qu'il venait d'entendre. Lui, en couple avec cette fille ? Certes, il avait compris qu'elle n'était pas sérieuse – enfin, il l'espérait – mais c'était quand même osé de sa part de sortir un truc pareil sans prévenir.

Tandis qu'il s'éloigna d'un pas de la femme soldat, la libérant par la même occasion, la krytienne eut un rire amusé.

« C'est drôle de voir ce qu'il faut dire pour que vous vous calmiez tous les deux. » fit la chevaucheuse de dragons avec les yeux pétillants de malice. « Si seulement cela pouvait arriver plus souvent… »

Pendant que Sodia, remise du choc, argumentait de nouveau avec Raven, cette phrase de Judith piqua l'intérêt de Yuri, ou plutôt le ton qu'elle avait employé. Qu'est-ce qu'elle pouvait manigancer au juste ?

-§-

Après avoir réussi à apaiser la lieutenant concernant le fait que Lady Magnolia ait accepté l'invitation d'Harry, celle-ci était allée à l'auberge tandis que Yuri espérait enfin pouvoir piquer un somme au QG de Brave Vesperia… avant que Raven, pour le remercier du coup de main, ne le traine dans un bar et réussisse à le faire boire plus qu'il n'était capable de tolérer – il tenait mal l'alcool et c'était, malheureusement pour lui, un fait connu parmi ses amis proches. Ses souvenirs d'après son premier verre étaient assez flous mais il était certain de s'être battu ou, au moins, d'avoir reçu un bon coup de poing dans le ventre.

Le seul truc dont il était certain en se réveillant ce matin, c'est qu'il n'était pas dans sa chambre… mais plutôt à l'auberge. Qu'est-ce qu'il foutait ici et qui lui avait fait ces bandages aux mains ?

« Tu sais que tu devrais arrêter l'alcool Lowell ? »

Son sang se figea quand il reconnut la voix de Sodia. Il tourna la tête sur le côté… un peu trop rapidement au goût de la migraine qu'il avait depuis son réveil. Malgré cela, il put constater que la jeune femme n'était pas très habillée, n'étant vêtue que du bas de son uniforme et d'un soutien-gorge noir, et que ceci ne semblait pas vraiment l'émouvoir – il nota qu'elle avait une belle cicatrice sur son flanc gauche, probablement dû à l'attaque d'un monstre vu sa forme irrégulière.

« Tu sais que t'es à moitié à poil là ? » répliqua Yuri, la bouche un peu pâteuse, tandis que ses yeux faisaient le tour des autres cicatrices sur le corps de la jeune femme. « Et je fiche quoi ici moi ? »

« Je t'ai trouvé pas très loin en train de te battre contre un autre ivrogne puis contre un poteau que tu accusais de t'avoir volé ton dessert. » répondit la rouquine en enfilant un tee-shirt noir. « N'étant pas officiellement en service et ne pouvant t'arrêter pour trouble à l'ordre public, je me suis permise de te neutraliser avec un coup de poing bien placé. »

... Soit il avait sacrément bu l'autre nuit, soit elle avait une sacrée droite et pouvait aisément rivaliser avec Judith dans cette catégorie, soit c'était les deux à la fois. Chance pour lui qu'elle n'ait pas choisi de viser plus bas que le ventre…

« Comme je ne savais pas où se trouvait le QG de ta guilde et que Betty est apparemment restée avec Harry Whitehorse toute la nuit, je t'ai ramené ici. » poursuivit Sodia en continuant de mettre son uniforme. « Et je te signale que c'est plutôt moi qui devrais me plaindre de ta tenue vestimentaire. »

Yuri haussa un sourcil, intrigué par cette phrase, puis il baissa les yeux… pour constater qu'il était torse nu ! Il déglutit avec appréhension avant de soulever le drap… et découvrir, comme il le craignait, qu'il était nu comme un ver. Un rire nerveux lui échappa face à cela, surtout quand il se souvint que la cause de cela n'était autre qu'une partie de strip poker avec Judith qu'il avait lamentablement perdue – de ce qu'il avait vu dans un coin de la chambre, il avait seulement réussi à conserver ses bottes – et cette peste de krytienne avait gardé ses fringues.

A tous les coups, elle avait demandé à Raven de le faire boire afin qu'il accepte de jouer avec elle car, sobre, il ne serait pas tombé dans ce piège odieux, surtout parce qu'il savait qu'elle trichait quand c'était à son tour de mélanger les cartes.

Sa vision fut soudainement bloquée par une serviette blanche que la rouquine lui avait jetée au visage.

« Je n'ai rien de mieux à te proposer. » déclara-t-elle tandis qu'il ôtait le morceau de tissu de devant ses yeux. « Au moins tu pourras sortir d'ici avec un minimum de dignité. »

« Merci. » fit-il en s'extirpant des draps, grimaçant face au mal de tête carabiné qu'il avait. « Si t'as un truc contre la gueule de bois, je suis preneur. »

Bon, au final, elle ne lui donna rien contre sa migraine mais elle avait été assez sympathique avec lui pour utiliser une partie de sa solde afin de lui acheter au moins un pantalon et une chemise. La prochaine fois qu'il sera à Zaphias, il faudra qu'il la rembourse, même si elle lui avait dis que ça ne pressait pas – le jeune homme avait noté qu'elle fixait souvent l'endroit où elle l'avait poignardé, ayant très certainement vu la cicatrice lorsqu'elle l'a aidé à aller dans le lit. Il avait insisté et elle avait fini par lâcher quel était son jour de repos et où se trouvaient ses appartements – sans surprise, elle logeait au palais et sa fenêtre n'était pas très éloignée de celle de Flynn.

Comme le chemin était pratiquement le même pour aller au QG de l'Union, Sodia l'accompagnait jusqu'au QG de Brave Vesperia, son masque de chevalier de nouveau en place sur son visage.

« Je dois dire que ça fait un bail que j'ai pas été à poil en face d'une fille. » réalisa Yuri en relevant les manches de la chemise en lin beige qu'il portait. « D'habitude, ça les gêne un minimum. »

« J'ai vu pire quand j'étais une jeune recrue chez les chevaliers impériaux. » répliqua la rousse avec un léger sourire amusé. « Certains de nos camarades masculins avaient tendance à oublier qu'il y avait des femmes avec eux donc j'ai pu en voir plusieurs aller ou sortir des douches sans vêtements. »

« Les joies des douches communes. Me souviens que Flynn se levait toujours aux aurores pour se laver afin de ne croiser personne. Dommage qu'un jour d'autres ait eu la même idée que lui. »

La tête de son meilleur ami était mémorable. Lui qui était plutôt pudique, devoir se savonner devant tout le monde avait été une vraie épreuve pour lui et lui avait permis de prendre sur lui dans ce genre de situation. Ainsi, Yuri n'avait plus jamais été réveillé avant le lever du soleil parce que son ami d'enfance partait se doucher avant les autres afin que personne ne puisse voir ce qu'il cachait sous ses fringues.

« Heu… Lowell ? » fit Sodia en s'arrêtant subitement de marcher. « Tu n'es peut-être pas le seul qui a eu un souci cette nuit. »

Il la fixa quelques secondes sans trop comprendre jusqu'à ce qu'elle pointe du doigt… Raven qui ne semblait pas être au mieux de sa forme… et de son habillement vu que ses cheveux étaient en bataille et qu'il portait uniquement son manteau violet sur lui, signe que lui aussi avait dû y laisser des plumes face à Judith mais qu'il avait été plus malin en choisissant de garder son manteau plutôt que ses chaussures – il devait surtout être plus sobre que lui ce fameux soir. Bon, il avait aussi l'air d'un vrai pervers pour une fois mais il n'était visiblement pas si fier que ça d'être dans cette tenue.

« Lui aussi il s'est fait avoir hein… » soupira Yuri avec dépit avant de faire un signe de la main. « Hey ! Le vieux ! »

« Hein ? » fit Raven en se tournant vers eux, visiblement surpris de les voir. « Vous foutez quoi ici tous les deux ? »

« Elle va récupérer Betty et moi mes fringues. Où est Judy ? »

A cette question, une grimace apparut sur le visage du plus âgé, signe que quelque chose n'allait vraiment pas et que l'épéiste n'allait pas apprécier de l'entendre…

« Juste après qu'elle ait gagné notre petite partie de poker, elle est partie avec ses gains… en précisant qu'elle avait un client qui lui avait promis une belle récompense en échange de tes vêtements… »

… Inspirer… Expirer… Inspirer… Expirer…

Judith allait le lui payer très cher… NON MAIS OSER VENDRE SES AFFAIRES ! Quel culot elle avait celle-là ! Il espérait juste que ce n'était pas à Kaufman parce que là, il pouvait toujours rêver pour revoir ses habits…

-§-

« Ah ! Vous l'avez eu ! Je ne pensais pas que vous l'obtiendrez si tôt. »

Oh mais Judith savait qu'elle arriverait à ses fins, surtout si elle s'arrangeait pour qu'une distraction potentielle soit sur place au bon moment. L'empereur Ioder n'avait pas pleinement compris le pourquoi de son insistance sur ce jour précis mais, en voyant le résultat, il en avait à présent saisi toute l'importance.

« Ai-je à présent votre coopération totale dans cette entreprise votre Altesse ? » demanda-t-elle avec le sourire aux lèvres.

« Mais certainement ! » répondit avec enthousiasme le jeune empereur en jetant un regard en coin sur les vêtements qu'elle avait réussi à dérober à Yuri en trichant au strip poker. « Même si j'ai encore quelques scrupules de participer à ce chantage envers ce cher Flynn, si cela peut permettre de renforcer nos relations avec l'Union, je suis prêt à faire quelques sacrifices. »

« En parlant des relations entre nos nations, puis-je vous souffler une idée ou deux ? »


NB : Au départ, je pensais juste faire accrocher à Judith les fringues de Yuri quelque part… Puis j'ai eue cette idée qui va très certainement porter ses fruits plus tard. Du coup, comment ce cher Yuri va faire pour se vêtir ? x)

Auteur vs Persos :

Kaleiya : Quelqu'un a vu mon chapeau ?

Orieul : Lequel ?

Mélissa : T'en as un paquet…

Kaleiya : Blanc avec une bande orange.

Orieul&Mélissa : Pas vu.

Kaleiya : Mince alors… J'en ai fait quoi ?

kaleiyahitsumei: (Default)
2015-11-14 03:02 am

Combinaisons 1 - Arabian Nights

Titre : Combinaisons

Auteur ou cerveau disjoncté: Kaleiya Hitsumei

Beta complètement désespérée face à cela : Eliandre

Note : Presque le même principe que les Croisements (excepté qu'il n'y aura pas que des crossover je pense) mais… le rating est bien plus élevé dû à un contenu potentiellement bien plus osé et digne du PWP. Y aura pas forcément du lemon mais ça peut potentiellement frôler de très près le lime. Pour être certain que vous pouvez lire ce recueil d'OS/drabbles, vérifiez que vous respectez les conditions suivantes :

- Vous avez plus de 16 ans

- Vous êtes au courant depuis longtemps que le père Noël n'a jamais existé

- Vous savez comment on fait réellement les bébés

- Vous n'êtes pas homophobe

- Vous certifiez avoir lu et approuvé les conditions d'utilisations

- Vous n'avez pas menti à l'une des cinq exigences précédant celle-ci.

C'est tout bon ? Alors vous pouvez poursuivre.

Crossover : Arabian Nights (Tales of Vesperia x Aladdin)

Version alternative du Chapitre 6 : Que se serait-il potentiellement passé si Cumore n'était pas intervenu ? POV Yuri et dérapage potentiel en PWP.

Note dernière minute : Vu ce qu'il y a eu, je poste ceci maintenant pour que certains se changent un peu les idées.


Ses yeux azur s'étaient fixés dans ceux onyx de son compagnon. Sous la lumière du crépuscule, ses prunelles semblaient resplendir, ses longs cheveux de jais étincelaient de multiples nuances chatoyantes et son visage était iridescent. Son ami n'avait pas changé d'apparence mais les dernières lueurs du jour paraissaient vouloir lui donner une magnificence irréelle et éthérée.

Le prince ne sut ni comment, ni pourquoi. Sans même s'en rendre compte, ils avaient tous les deux rapproché leur visage sans cesser de se contempler. Flynn avait laissé son instinct guider sa conduite plutôt que sa raison. Dans un état second, il avait fermé les yeux, ressentant le souffle chaud du brun quand…

A l'instant où ses lèvres entrèrent en contact avec celles de son ami au regard céruléen, Yuri eut comme l'impression de planer dans les airs. Jusqu'ici, il s'était demandé ce que cela pouvait bien avoir d'extraordinaire quand il entendait les filles qui gloussaient entre elles parce que l'une d'elles avait échangé son premier baiser avec celui qu'elle aimait. Ce sentiment de plénitude voulait-il dire qu'il était amoureux de Blondie ? L'idée n'était pas déplaisante, loin de là.

Ce contact se rompit au bout de quelques secondes et, en croisant de ses yeux d'onyx ces orbes saphir qui se rouvraient à demi, le garçon des rues l'embrassa à nouveau, ses mains venant s'agripper à cette cape élimée comme pour se raccrocher à cet inconnu, l'empêchant ainsi de le quitter dans les teintes chaudes du crépuscule. Cependant, la séparation ne sera pas pour tout de suite car le jeune homme aux cheveux blonds avait passé un bras autour de sa taille et le tirait vers lui, faisant que la distance entre leurs corps s'était grandement réduite.

« Que faisons-nous au juste ? » lui demanda Blondie dans un souffle, son visage montrant ses hésitations.

« Aucune idée. » répondit Yuri avec un amusement qu'il avait du mal à contenir. « Une envie commune… »

« Oui… Quelque chose d'irrésistible. »

Un léger gémissement de Repede leur rappela qu'ils n'étaient pas seuls en ces lieux. Ils se tournèrent tous deux vers le chien qui, voyant qu'on ne s'occupait pas de lui, était en train de s'installer pour dormir, sa gueule grande ouverte sur un bâillement.

« Il faudrait que je m'en aille. » déclara l'inconnu aux yeux bleus avec regret. « Si je tarde de trop… »

Son invité ne poursuivit pas sa phrase, se mordant la lèvre, comme s'il craignait de trop en dire. Ceci rappela à Yuri les quelques observations qu'il avait faites sur son ami : très probablement un noble, un désir profond de changer les lois, une tendance à vouloir éviter les gardes… et un père malade ? Maintenant qu'il y réfléchissait, le jour où ils s'étaient disputés, c'était au moment où il avait parlé du sultan que le ton était monté. S'il devait combiner toutes ces informations ensemble… son instinct lui dirait qu'il avait affaire à quelqu'un de bien plus important que ce qu'il avait pu penser au départ.

Et en procédant rapidement par élimination, il réalisa que celui qu'il avait hébergé – ou involontairement caché – était très certainement le prince d'Agrabah ! Sauf que le voleur n'arrivait pas à se souvenir de comment il pouvait bien s'appeler…

« Je peux te raccompagner jusque chez toi si tu le souhaites. » proposa le garçon des rues, à la fois pour confirmer ses soupçons et dans l'espoir de retarder le moment de leur séparation.

« Non ! » s'exclama brusquement Blondie, sans savoir qu'il venait de corroborer les déductions de Yuri. « C'est mieux si je rentre seul, crois-moi. »

… Sauf que cela signifiait qu'ils auraient peu de chances de se revoir en étant aussi libres que maintenant. Si leurs chemins se recroisaient de nouveau – ce que le voleur espérait sincèrement –, cela ne sera plus pareil à cause du poids de cette différence sociale bien trop grande entre eux.

Il ne leur restait donc que cette nuit pour être ce qu'ils étaient actuellement… C'était assez égoïste dans un sens mais auraient-ils d'autres occasions comme celle-ci ?

« Reste encore cette nuit. » dit le garçon des rues, son ton s'étant involontairement fait implorant. « S'il te plait. »

Le regard azur revint se plonger dans le sien, brillant à la fois avec hésitation et passion. Il était évident qu'il était en train de peser le pour et le contre, lui aussi ayant probablement réalisé que leur prochaine rencontre ne leur permettra pas de satisfaire cet étrange désir qui les habitait.

« Juste cette nuit. » fit le prince avant de venir poser de nouveau ses lèvres contre les siennes.

Si leurs premiers baisers étaient impulsifs et emplis de ces sentiments dont le sens venait juste de leur apparaître, celui-ci était d'abord désespéré puis, quand leurs bouches s'entrouvrirent, c'était une curiosité, dictée par leurs instincts, qui se mit à parler. Le contact gagnait en intensité, leurs langues se rencontrant entre elles et permettant à l'un de pleinement apprécier la saveur de l'autre – son partenaire avait un goût très légèrement épicé avec une mince amertume qui n'était pas désagréable. Leurs souffles se mélangeaient avec de plus en plus d'ardeur… jusqu'au moment où l'air commença à manquer et qu'ils durent rompre le baiser.

La lumière déclinant de plus en plus, Yuri tira son ami vers l'endroit où se trouvaient les coussins mais, au lieu de s'y allonger pour dormir, il s'assit sur l'un d'eux et fut imité par le blond qui prit place très près de lui. Quand ce dernier se rapprocha pour l'embrasser de nouveau, il l'arrêta en posant deux doigts sur ses lèvres.

« Yuri. » dit le garçon des rues, son regard onyx ancré dans celui azur face à lui qui le fixait avec étonnement. « Je m'appelle Yuri. »

Il y eut un moment de flottement, passage où le voleur se sentit un peu gêné d'avoir donné cette information comme cela, sans trop réfléchir. Puis, quand il vit ces prunelles saphir s'adoucir et un sourire se montrer sur ce visage, il eut comme l'impression que son cœur venait de rater un battement.

« Flynn. » déclara le prince avant de lui caresser le visage d'une main. « Ravi de te connaître Yuri. »

« Le plaisir est partagé Flynn. » fit le garçon des rues avant d'esquisser une légère moue boudeuse. « Dommage que je n'ai plus de bonne excuse pour t'appeler Blondie. »

« Tant mieux car je n'aimais pas beaucoup ce surnom. »

Un léger rire leur échappa à tous les deux. Yuri fit mine d'aller embrasser de nouveau le blond puis, sans prévenir, il attrapa sa chemise et se laissa tomber en arrière sur les coussins, entraînant son ami avec lui qui se retrouva à quatre pattes au-dessus de lui. Le voleur noua ses bras derrière la nuque de celui aux yeux azur et leurs lèvres vinrent se rejoindre dans un baiser plus long que les précédents, langoureux et passionné. Une de ses mains vint s'égarer dans les courts cheveux blond cendré tandis qu'il sentait des doigts caresser son torse, lui arrachant des soupirs dès qu'il touchait une zone plus sensible qu'une autre.

Leur baiser touchant à sa fin, Flynn se releva légèrement et ôta sa cape, celle-ci devant certainement le gêner. Le garçon des rues, mué à la fois par l'envie et la curiosité, glissa une main sous la chemise de son partenaire, se demandant ce qui pouvait bien s'y cacher. Le prince, comprenant le message silencieux, enleva ce vêtement, montrant aux yeux onyx ce torse musclé qu'il ne pouvait parfaitement distinguer au vu du peu de lumière ambiante. Il lécha ses lèvres avec un désir qu'il ne cherchait pas à cacher et il se redressa, posant ses mains sur ces épaules carrées que, jusqu'ici, il n'avait pu que deviner. Ses paumes caressèrent la peau découverte, effleurant chaque détail et mémorisant soigneusement ceux-ci – Yuri notait dans un coin de son esprit que tous deux n'étaient pas taillés de la même manière, Flynn étant un peu plus large d'épaules que lui et sa taille n'étant pas marquée.

Quand un courant d'air froid s'engouffra dans les lieux, le voleur frissonna, ce qui n'échappa nullement à celui qu'il pouvait à présent considérer comme son amant. Ce dernier se sépara temporairement de lui pour replacer le drap devant l'ouverture dans le mur, faisant qu'à présent, leurs yeux durent s'habituer à la pénombre. En tournant la tête sur le côté, le garçon des rues vit la silhouette de Repede s'éloigner vers les escaliers, probablement pour trouver un coin plus silencieux pour dormir.

« Je crois qu'on a chassé Repede. » fit remarquer Yuri, amusé.

« Il se sentait probablement de trop. » supposa Flynn en s'installant derrière lui.

C'était vrai qu'il y avait de quoi…

Le prince glissa ses mains sous son gilet avant de le lui retirer lentement, au point que le voleur s'en impatienta en jetant le vêtement au loin. Il colla son dos nu contre le torse derrière lui, lâchant un profond soupir de bonheur et d'extase quand il sentit la chaleur qui s'en émanait. Tandis qu'il se laissait aller à savourer ce contact ardent, deux bras vinrent entourer sa taille, amplifiant le sentiment de sécurité qu'il avait.

« Tu n'as pas froid ? » lui demanda son amant avec une pointe d'inquiétude.

« Plus trop depuis qu'on est installés comme ça. » répondit Yuri en calant sa tête contre l'épaule de Flynn.

Jusqu'ici, il n'avait pas trop fait attention au parfum de son compagnon. Certes, avec leur duel, ils avaient beaucoup transpiré mais il aimait bien cette odeur, surtout les notes poivrées qu'il huma avec délice.

« Je ne pense que je sente très bon tu sais. » fit le prince sur un ton amusé. « Nous nous sommes bien dépensés tout à l'heure… »

« Pour avoir déjà eu un ou deux éléments de comparaisons, ton parfum est bien meilleur que celui d'un capitaine de la garde qui doit se baigner dans de l'Eau de Cologne tous les matins ! » répliqua le garçon des rues avant de poser ses lèvres sur la nuque du blond. « Tu ne peux pas imaginer à quel point… »

Un rire échappa à son amant qui resserra un peu sa prise sur lui puis il vint déposer un tendre baiser sur son front. S'il faisait jour, Yuri était certain qu'il verrait le sourire bête qui lui barrait le visage mais là, le manque de luminosité faisait qu'ils devaient surtout se fier à leurs autres sens et, honnêtement, cela avait quelque chose de grisant. Cela changeait la façon de percevoir l'autre et il était curieux de découvrir encore d'autres sensations.

Au moment où son partenaire le tourna pour qu'il soit face à lui, il comprit que cette envie devait être partagée.

De nouveau, ils s'embrassèrent avec passion, adaptant leur position pour être plus à l'aise au point que le garçon des rues se retrouva assis sur les cuisses du prince, leurs corps très proches l'un de l'autre. Il sentit une main descendre le long de son dos avant de se glisser sous le tissu de son sarouel et d'attraper fermement sa fesse droite, lui arrachant un léger gémissement surpris ainsi qu'un mouvement du bassin qui fit qu'il se retrouva collé à celui de son amant. Sauf que ce contact eut pour effet de les faire gémir tous les deux et de réaliser qu'il allait bientôt être temps d'envisager d'enlever le reste de leurs habits.

Cependant, Yuri appréhendait ce moment car s'il savait vaguement, via ce qu'il avait pu entendre dans les ruelles d'Agrabah, comment cela se passait avec une femme, il ne savait absolument pas de quelle manière procéder avec un homme…

« Tu veux continuer ? » lui demanda Flynn, le souffle court.

« Vu ce qu'on a entre les jambes, faudrait… » répondit le garçon des rues en reprenant sa respiration. « Le hic c'est que je ne vois pas trop quoi faire là. On est tous les deux des hommes donc… »

« Cela ne signifie pas qu'il nous est impossible de poursuivre. »

Le voleur admit que son amant n'avait pas tort. En y repensant, ils étaient équipés de la même manière à cet endroit-là donc il y avait au moins une chose que chacun devait savoir faire.

Handicapés par le manque de visibilité, ils jugèrent plus prudent d'enlever eux-mêmes le reste de leurs habits, les laissant dans un coin où ils ne risquaient pas de les gêner. Si l'un d'eux avait un quelconque malaise à être vu nu, dans cette pénombre, il n'avait plus vraiment lieu d'être. Leurs mains et leurs oreilles étaient devenues leurs yeux, ce qui ne posait guère de soucis tant qu'ils restaient à proximité l'un de l'autre.

A tâtons, ils se retrouvèrent, pas forcément exactement comme quand ils s'étaient séparés, puis ils reprirent leur étreinte là où elle s'était arrêtée. Les barrières de tissus s'étant envolées, chacun sentait parfaitement les mains de l'autre sur son corps.

Les doigts de Yuri descendirent lentement le long du torse de son partenaire, prenant parfois quelques détours quand il rencontrait une texture de peau différente qui correspondait très probablement à une cicatrice. Lorsqu'il atteignit les hanches, il hésita un peu puis, dans une lente caresse qui fit s'accélérer le souffle de Flynn, il glissa ses doigts jusqu'à son entrejambe, effleurant de son index le membre tendu tout en savourant les réactions de son amant.

Le garçon des rues embrassa de nouveau le prince… et il prit son sexe dressé dans sa main, lui arrachant un gémissement surpris puis commença à le masturber. Des grognements appréciateurs s'échappaient des lèvres du noble ainsi que des soupirs d'extase tandis que ses doigts se perdaient dans la longue chevelure sombre.

« Plus vite ! » souffla-t-il à son amant qui ne se fit pas prier pour s'exécuter.

Quelques mouvements de bassin accompagnaient les gestes du voleur et, alors que leurs lèvres s'étaient de nouveau rencontrées, le prince atteignit l'orgasme dans un cri étouffé, son sperme se répandant entre leurs corps avant que, épuisé, il ne pose sa tête sur l'épaule du garçon des rues.

Yuri laissa son ami reprendre son souffle quelques instants et, sans prévenir, il se retrouva allongé sur les coussins, Flynn au-dessus de lui. Sans avoir le temps de répliquer, il sentait la bouche chaude de son amant se poser à la jonction de son épaule avec sa nuque, lui arrachant un profond soupir appréciateur. Puis ces lèvres descendirent, touchant parfois des zones plus sensibles de son torse jusqu'à atteindre cette partie négligée de son corps au point qu'elle commençait à en devenir douloureuse… et lui faire pousser un cri d'extase face à ce contact ardent.

-§-

Quand il ouvrit les yeux au lever du jour, Yuri constata avec regret que Flynn n'était plus là. Son ami l'avait prévenu qu'il partirait au plus tard très tôt le matin, ce qui avait certainement été le cas. Les réminiscences de leur dernière nuit ensemble se faisaient encore sentir : les caresses tendres, les mains exploratrices, les bouches chaudes, les soupirs… Malheureusement, il n'y avait aucune chance pour qu'une telle chose se reproduise entre eux car le prince d'Agrabah était destiné à devenir sultan et le peuple avait hâte de le voir épouser une femme digne de lui.

C'était complètement injuste mais il ne pouvait rien y faire.

En voulant se lever, le garçon des rues réalisa que son corps nu était recouvert par la cape élimée que son invité portait depuis le jour de leur rencontre. Il ne put résister à l'envie de la porter à son visage et d'en respirer l'odeur du blond, encore très présente dessus.

Il finit par se faire violence, chassant de son esprit les images de ces quelques jours passés avec cet homme auquel il s'était attaché bien plus qu'il ne l'aurait dû. Il se répéta intérieurement qu'il devait se concentrer sur comment se nourrir aujourd'hui et non revoir encore et encore dans sa tête tous les endroits où ces lèvres étaient venues se poser, rougissant quand il repensa à l'un d'eux en particulier.

Il se donna une bonne claque mentale et enfila rapidement son gilet et son sarouel avant de se tourner vers Re… mais où était Repede ? Habituellement, il était toujours là quand il se réveillait. Avait-il raccompagné Flynn jusqu'au palais pendant qu'il dormait ? C'était probable et dans ce cas, son fidèle compagnon devait être sur le chemin du retour.

Yuri descendit les marches, se baissant pour éviter les poutres et arriva jusqu'en bas… où il eut la surprise de trouver son ami à quatre pattes qui toisait du regard Raven, le type louche de l'autre jour.

« Qu'est-ce que tu fais ici le vieux ? » demanda le garçon des rues, particulièrement méfiant vu qu'il n'avait indiqué à presque personne où il vivait.

« Je t'attendais gamin. » répondit son aîné avec un sourire en coin qui ne lui inspirait pas confiance. « On m'a raconté des trucs très intéressants à ton sujet et je me suis dit que tu serais peut-être apte à me filer un p'tit coup de main. »

« Aucune chance que je t'aide dans tes magouilles… »

« Oh, quel dommage ! Moi qui connais un bon moyen pour rentrer au palais sans être vu… »

Cette phrase piqua fortement l'intérêt du jeune homme… ce qui, il l'avait vu, n'avait pas du tout échappé à son interlocuteur.

« J'avais donc bon. » fit le plus âgé en se grattant le menton. « C'est pas évident d'être ami avec un prince quand on est un voleur, encore moins quand on en est amoureux. »

Le cœur de Yuri se serra fortement à cette phrase. Comment ce type avait-il découvert cela ?

« Qu'est-ce que tu veux le vieux ? » demanda le plus jeune, intérieurement paniqué à l'idée que l'on se serve de cette nuit passionnée contre Flynn.

« Quelque chose que je ne peux pas récupérer moi-même. » répondit Raven en s'étirant. « En échange, je garderai ton petit secret et je te montrerai le passage secret qui mène au palais. Marché conclu, Yuri ? »

Le garçon des rues ne prit que peu de temps pour réfléchir car il le savait très bien : il était coincé.

« Marché conclu. »


NB : Bon… J'ai réussi à écrire ce truc et, honnêtement, l'entraînement était nécessaire vu le temps que j'ai mis à écrire une scène de la première partie de Soleil de Minuit.

kaleiyahitsumei: (Default)
2015-11-01 10:04 pm

Croisements 10 : Dragon age Inquisition

 Crossover : Dragon Age Inquisition x Tales of Vesperia

Note : Ayant abusé des fics sur Dragon Age, j'ai fini par tenter d'imaginer ce que donnerait un crossover entre ce jeu et Tales of Vesperia. Voilà donc ce qui en résulte… Par contre, je précise que je n'ai pas terminé la quête principale sur Dragon Age Inquisition (faute à ma tendance au levelling perpétuel et à un inventaire que je ne pense jamais à vider à fond… le bon côté est que je peux espérer tuer les dragons)

Note 2 : Y a un lexique à la fin, essentiellement pour Eliandre à la base afin qu'elle comprenne un peu mieux l'univers.


Le chaos régnait à Thédas depuis le début de la guerre entre les templiers et les mages rebelles puis l'explosion du Conclave qui causa la mort de dizaines d'innocents, y compris de la Divine Justinia, sainte parmi les saintes. Seulement, suite à ce dernier évènement, la pire des choses se produisit : une énorme faille de l'Immatériel était grande ouverte dans le ciel, à proximité de Darse, et des démons en sortaient au fur et à mesure qu'elle s'agrandissait.

Face à toute cette anarchie et après la découverte de maître Lavellan, apparemment unique survivant de cet évènement tragique, la chercheuse Sodia O'Daly proclama l'Inquisition, s'attirant les foudres des quelques représentants de la Chantrie présents. Afin d'être aidée dans cette grande entreprise qui était de rétablir l'ordre en Thédas et de fermer cette immense faille, elle nomma trois conseillers pour l'Inquisition : le maître espion Raven, la diplomate Estellise Sidos Heurassein qui fut recommandée par ce dernier, et enfin, pour la partie militaire, le Templier Flynn Scifo, un des rares qui ne participait pas à cette guerre insensée avec les mages, très probablement suite aux évènements tragiques de Kirkwall dont il fut l'un des témoins.

Avec maître Lavellan et quelques combattants ayant rejoint l'Inquisition – l'elfe des bas-cloîtres Judith, la mage apostate Rita Mordio, le garde des ombres Duke Pantarei et le mage de cercle Witcher –, la chercheuse O'Daly avait ainsi pu offrir son aide à ceux qui en avaient besoin et fermer les différentes failles de l'Immatériel qui apparaissaient aussi bien à Férelden qu'à Orlaïs. Cependant, un choix devait être effectué afin de faire taire ce conflit qui prenait les vies de nombreux innocents : s'allier avec les mages ou avec les Templiers.

Lors d'un passage à Golefalois, l'élu d'Andrasté – surnom gagné par maître Lavellan quand le peuple de Thédas apprit qu'il était capable de refermer ces failles – découvrit la réelle situation des mages rebelles : le magister Alexei Dinoai, un mage du redoutable empire de Tevinter ayant rejoint les cultistes Venatori, avait pris le contrôle des mages, supplantant la grande enchanteresse Khroma, celle qui avait convaincu ses pairs de se révolter contre leur condition au sein des Cercles. L'Inquisition tenta de négocier avec lui mais sans succès. La discussion fut brusquement rompue quand son fils fut victime d'un malaise… et où ce dernier remit discrètement un message à l'élu d'Andrasté lui donnant rendez-vous ailleurs.

Accompagné de la chercheuse, du garde des Ombres et de la mage apostate, maître Lavellan se rendit à l'endroit désigné et tous furent surpris de se retrouver nez à nez avec une faille de l'Immatériel et Yuri Lowell, un mage Altus tévintide qui essayait tant bien que mal de combattre les démons qui en sortaient. Une fois la faille fermée, il leur dévoila que si Alexei avait réussi à prendre le contrôle des mages rebelles, c'était parce qu'il s'était servi de la magie temporelle pour supplanter Khroma.

Au centre de commandement à Darse, le commandant Scifo, en tant que Templier, avait montré son désaccord concernant ce choix d'alliance avec les mages… puis il se retrouva face à face avec le jeune mage de Tevinter qui ne se gêna pas pour lui dire sa façon de penser. Au grand dam de Flynn, l'élu d'Andrasté prit le parti des mages et, après l'arrestation d'Alexei, les mages rebelles rejoignirent l'Inquisition… ainsi que Yuri Lowell.

Aujourd'hui, les troupes de l'Inquisition s'entraînaient en vue d'êtres prêtes pour aller enfin fermer cette immense faille près de Darse. Après avoir été informé de l'avancement des réquisitions en cours, le commandant Flynn Scifo surveillait ses hommes, majoritairement des volontaires qui n'étaient pas habitués à tenir une arme contrairement à la poignée de Templiers qui leur enseignait l'art du combat.

Des éclats de voix attirèrent son attention du côté du lac gelé où il remarqua la présence de trois soldats et de Yuri Lowell. Il se rapprocha et, de par les postures de chacun, il ne lui fut pas difficile de comprendre que le tévintide n'était pas accepté par tous et qu'il subissait les conséquences de la haine qu'éprouvait le peuple de Férelden envers l'empire de Tévinter ainsi que celle que beaucoup éprouvaient déjà envers les mages.

« Un tévintide n'a rien à faire ici ! » hurla l'un des soldats en pointant son épée en direction du mage. « Vous et votre magie du sang… »

« Oh mais tue-moi si ça t'amuse tant ! » répliqua Yuri avec un sourire forcé aux lèvres tout en préparant une boule de feu dans sa main gauche. « Ou bien si tu es assez courageux pour cela. »

« Saleté de Magister de… »

« Que se passe-t-il ici ? »

La question de Flynn stoppa toute action et ses hommes baissèrent leurs armes tandis que le mage dissipa son sort… en tentant de dissimuler son bras droit aux yeux du commandant. D'ailleurs, pourquoi n'avait-il pas son bâton avec lui ?

« Que faisiez-vous au juste messieurs ? » demanda de nouveau le Templier en fronçant les sourcils.

« Il… Il nous a attaqués commandant ! » répondit un des soldats, peu confiant. « On l'a surpris en train de rôder et il nous a jeté un sort ! »

« C'est étrange car je ne vois pas de bâton et, de ce que j'ai cru entendre, la situation était inverse… »

Sans surprise, les trois hommes déglutirent, ayant apparemment compris que leur mensonge n'était pas passé. Après un regard réprobateur et un rappel concernant leur alliance avec les mages, Flynn leur ordonna de partir. Quand Yuri passa à côté de lui, le Templier lui attrapa le bras droit, lui arrachant un gémissement de douleur qui confirma ses doutes : le mage était blessé et avait essayé de le lui cacher.

« Fasta vass ! » jura le tévintide en tevene avant de s'extirper de la prise du chevalier. « Ca va pas la tête ? Tu sais que ça fait un mal de chien ? »

« C'est eux qui t'ont blessé ? » questionna Flynn en fixant le bras caché sous l'épais vêtement. « Si c'est le cas ils doivent… »

« Je suis tombé en voulant cueillir des elfidées pour Rita. Si tu vas un peu plus loin, tu devrais voir une longue trace dans la neige et mon bâton… ou plutôt ce qu'il en reste vu ce que j'ai entendu lors de ma chute. C'est après que je me sois relevé qu'ils me sont tombés dessus. »

A la vue de l'expression que Yuri avait sur le visage, il ne mentait pas. De plus, Flynn avait noté les quelques elfidées qui dépassaient de sa sacoche, ce qui confirmait la véracité de son témoignage. Vu où cette plante était capable de pousser et le climat dans l'empire de Tevinter, le jeune tévintide avait dû, sans s'en rendre compte, mettre le pied sur une couche de neige instable qui, en se détachant, l'avait emporté.

« Tu n'as pas d'autres blessures ? » demanda le commandant en essayant de voir s'il y avait quoique ce soit d'autre qui clochait.

« Heu… Juste que j'ai cru frôler l'hypothermie à un moment. » répondit Yuri, visiblement un peu surpris par cette attitude avant de se reprendre, affichant un léger sourire sarcastique. « Comment vous faites dans le sud avec toute cette neige ? C'est une galère pour se déplacer et je ne parle pas des températures qui sont si basses qu'il est impossible de dormir sans grelotter ! »

« On s'y fait et pour dormir, le secret quand on est frileux c'est d'avoir beaucoup de fourrures à portée de main. »

A partir de cet instant, la glace avait été brisée entre eux et, par la suite, il n'était pas rare, lorsque tous deux étaient libres, de les voir traîner ensemble à Darse – généralement, c'était parce que le mage avait réussi à convaincre le Templier qu'une pause lui ferait du bien.

Puis arriva le jour où il fallut refermer la faille qui terrorisait le peuple. Avec l'aide des mages, l'élu d'Andrasté avait obtenu le pouvoir nécessaire pour accomplir cette prouesse… mais si les réjouissances étaient de mise après cet exploit, elles furent malheureusement de courte durée car leur ennemi était venu les trouver, en colère de voir que la faille qu'il avait vraisemblablement ouverte lui-même n'était plus et, surtout, parce qu'on lui avait pris les mages qu'il convoitait… En conséquence, les Templiers rouges, des chevaliers sous l'influence du lyrium rouge, étaient à présent sous ses ordres.

Une fille étrange, Patty, était venue les avertir du danger mais elle n'avait pas pu empêcher les Templiers rouges de massacrer les volontaires présents devant les portes de Darse. Cependant, c'était indirectement grâce à elle qu'ils trouvèrent un moyen de fuir le village… avant que l'élu d'Andrasté, servant d'appât, n'ensevelisse Darse en provoquant une avalanche avec l'un des trébuchets. La chance voulut qu'il survive en ayant sauté in extremis dans une galerie qui le conduisit sur la route suivie par les survivants de l'attaque. Après de longues heures de marche dans la neige et face à un vent glacial, il les avait finalement rattrapés et, au moment où il s'écroula, le commandant Scifo le trouva et le ramena au campement pour qu'il soit examiné.

Cela devait faire une petite heure que Yuri observait du coin de l'œil Rita, installée près de maître Lavellan, qui travaillait avec acharnement sur ce qui ressemblait à un livre écrit par les elfes. Ne connaissant pas la langue de ce peuple, le tévintide ne pouvait pas l'aider dans sa tâche.

« Tu devrais rester sur tes gardes tu sais. » lui dit Sodia après avoir fini d'examiner son épée. « Beaucoup ont vu que des Venatori étaient présents dans le camp adverse et ils pourraient penser à nouveau que tu es un espion à leur solde. »

« C'est donc pour ça que j'ai droit en permanence à une chercheuse de vérité ou à un templier… » fit Yuri avec un ton légèrement exaspéré. « Si j'étais vraiment un cultiste Venatori, je serais déjà parti pour aller faire mes incantations macabres et sacrifier des esclaves pour pratiquer ma magie du sang. »

Les derniers mots s'étaient en partie étranglés dans la gorge du jeune Altus, très certainement à cause du très mauvais souvenir qui lui revenait en tête à chaque fois qu'il entendait parler de cette magie et de la raison pour laquelle il avait préféré suivre Alexei plutôt que rester dans le confort de l'empire Tevinter, une société où les mages étaient bien plus libres que dans le reste de Thédas.

« Souviens-toi que maître Lavellan et le commandant Scifo t'ont accordé toute leur confiance. » lui rappela la chercheuse en fronçant légèrement les sourcils.

« Et je ne compte pas les trahir si c'est ce que tu sous-entends. » répliqua Yuri en la regardant droit dans les yeux. « J'ai rejoint l'Inquisition en espérant pouvoir vous aider et pour le moment, je perds du temps à lutter contre ceux qui me confondent avec l'ennemi. Tout ce que je veux, c'est me rendre utile. »

« … Si nous survivons au voyage, je m'assurerai que tous se souviennent que tu es des nôtres. En attendant, il nous faut espérer et prier pour que le Créateur nous guide… »

L'espoir… un sentiment tellement fragile qu'il peut se briser à tout instant… pour mieux renaître par la suite. Ce fut ainsi que le peuple de Darse, dans un chœur mélancolique, reprit confiance et, guidés par l'élu d'Andrasté ainsi que par l'apostate Rita Mordio, ils poursuivirent leur route au lever du jour. Toutes les pensées des survivants allaient vers le Créateur, chacun l'implorant intérieurement de mettre fin à leurs souffrances.

Leurs prières furent entendues quand, avec un étonnement non feint, ils arrivèrent en vue d'une forteresse elfe abandonnée dans les montagnes enneigées : Fort Céleste.

Ainsi, l'Inquisition retrouva une base… et surtout, à l'unanimité, maître Lavellan fut officiellement nommé Inquisiteur. La première décision prise fut de s'atteler à la rénovation de leurs nouveaux quartiers généraux, ce qui donnait du travail à quiconque était capable de tenir un marteau. Là où à Darse la place manquait pour loger tout le monde, Fort Céleste possédait l'espace nécessaire pour que chaque unité puisse évoluer sans marcher sur les pieds d'une autre. Raven et ses espions avaient déniché une volière parfaite pour leurs corbeaux, située juste au-dessus d'une bibliothèque remplie de divers ouvrages. Estellise trouva sa place près de la table de guerre, établissant son bureau dans une salle précédant celle du conseil et proche du grand hall, lui permettant ainsi d'être facilement présente auprès de l'Inquisiteur quand il le fallait bien qu'elle avait hâte que les travaux de rénovation s'achèvent, les courants d'air ne manquant pas. Quant à Flynn, souhaitant être près des remparts, il avait choisi une tour où installer à la fois son bureau et, juste au-dessus, ses appartements… si l'on exceptait le fait que le toit aurait eu besoin de quelques réparations, ce qui ne semblait nullement préoccuper le Templier.

Tous s'investissaient durement pour l'Inquisition, que ce soit à une petite ou à une grande échelle… et parfois en s'oubliant soi-même.

« Depuis combien de temps tu n'y as pas touché Flynn ? » avait demandé Sodia avec inquiétude au commandant et conseiller militaire de l'Inquisition.

« Je ne sais plus exactement… » répondit le templier en essayant d'empêcher sa main de trembler encore plus qu'elle ne le faisait actuellement. « Mais promets-moi que si un jour je venais à ne plus être apte à assumer mes fonctions, tu me laisseras partir. »

La chercheuse de vérité ne put retenir une grimace à cette demande. C'était elle qui avait recommandé Flynn à ce poste, vu son potentiel… et surtout cette volonté qu'il possédait. Sans cette force de caractère, jamais il n'aurait réussi à ne pas prendre de lyrium pendant autant de temps. Cependant, le lyrium restait une substance très addictive et si les mages ne souffraient pas d'en prendre quand cela leur était nécessaire, ce n'était pas la même chose pour les Templiers qui ressentaient tous les symptômes de manque : tremblements, douleurs, migraines, cauchemars… Cesser d'en prendre était donc une véritable épreuve, un parcours du combattant des plus ardus.

Elle espérait sincèrement qu'il allait réussir à s'en remettre…

Après plusieurs opérations menées en Orlaïs et en Férelden, l'influence de l'Inquisition allait en grandissant, lui permettant de localiser son ennemi et de découvrir diverses failles de l'Immatériel que l'Inquisiteur Lavellan put aller refermer, aider par ses plus proches amis. Les trajets se faisaient tantôt dans la chaleur de la Porte du Ponant, tantôt sous le couvert des hauts arbres des Tombes Emeraudes, etc. Il y avait tant à explorer pour s'assurer de la sécurité de Thédas…

Ce jour-là, alors qu'il venait d'entrer dans sa tour, Flynn sentit une présence familière dans son domaine et, au moment où il leva la tête, il entendit un léger bruit en haut, ce qui le fit sourire avec amusement. Faisant comme s'il n'avait rien remarqué, il s'installa à son bureau et commença à lire les différents rapports qui l'attendaient.

Par deux fois, il avait été interrompu : la première fois par Sodia qui était venue voir que tout allait bien pour lui avant de se préparer à partir, la seconde fois par l'Inquisiteur Lavellan qui cherchait Yuri depuis un moment dans le but qu'il les accompagne à l'Emprise du Lion – n'ayant pu mettre la main sur le tévintide, ce fut Rita qui prit sa place et ce, de mauvaise grâce.

Lorsque le soleil commença à disparaître derrière les montagnes enneigées, le Templier demanda à l'un de ses hommes de lui amener de quoi se restaurer en précisant qu'il était affamé et qu'il avait encore beaucoup de travail à finir pour le lendemain. Une fois la collation arrivée, il attendit environ cinq minutes, le temps que l'odeur du poulet tout juste sorti du four embaume bien les lieux. En entendant du bruit à l'étage, Flynn ne fut absolument pas surpris de voir, quelques secondes après, Yuri descendre rapidement de l'échelle.

« Alors maintenant tu essaie d'éviter de partir en mission ? » demanda le commandant sur un ton taquin tout en lisant le dernier rapport qu'il avait reçu. « L'Inquisiteur ne va pas être content quand il sera de retour. »

« Je m'en fiche. » répondit le mage, emmitouflé dans une fourrure qu'il avait prise à l'étage. « Il est hors de question que j'aille encore me les geler à l'Emprise du Lion alors qu'il fait déjà très froid ici. »

De mémoire, cela devait être la quatrième fois que Yuri venait se cacher ici. Flynn n'y voyait pas d'inconvénient, essentiellement parce que cela lui permettait de s'assurer que son ami se portait bien et qu'il n'était pas occupé à faire une farce à quelqu'un – généralement, les idées venaient de Judith mais elle parvenait toujours à convaincre le tévintide de l'aider, comme la fois où elle avait réussi l'exploit de teindre les cheveux de Duke d'un rouge vif dont ce dernier eut bien du mal à se débarrasser.

« Et pourquoi Sodia est venue te demander comment tu allais ? » questionna le jeune Altus avant de mordre avec appétit dans un morceau de poulet. « T'as fini par chopper un rhume avec les trous dans ta toiture ? »

Face à cette question, le Templier grinça légèrement des dents, ce qui, vu la réaction du mage, n'était pas passé inaperçu. Il pesa longuement le pour et le contre, remerciant intérieurement son ami de ne pas le presser de questions sur sa condition, et finit par décider qu'il serait mieux de lui avouer ce qu'il risquait fort de deviner par lui-même.

« J'ai cessé de prendre du lyrium et elle venait vérifier si je n'avais pas besoin de son aide pour atténuer les effets secondaires. » admit Flynn en se passant une main sur le visage. « Même si j'apprécie sa sollicitude à mon égard, je ne compte pas l'appeler à la moindre migraine. »

« Du peu que je sais, il est très difficile d'arrêter le lyrium. » déclara Yuri en fronçant les sourcils, pensif. « De mémoire, Alexei s'y était intéressé dans le but de raccourcir la durée des effets secondaires sur les mages. Si tu veux, je peux aller lui demander ses notes et les étudier avec un arcaniste. Peut-être qu'il avait découvert quelque chose qui peut servir. »

« Ça ira, je peux me débrouiller seul… »

« Je n'ai pas l'intention de te laisser gérer cette saleté par toi-même Flynn. »

Le regard azur du commandant croisa celui gris et déterminé du mage.

« Depuis que j'ai rejoint l'Inquisition, tu m'as aidé quand j'en avais besoin. » poursuivit Yuri en posant brutalement ses mains à plat sur le bureau. « Il est donc hors de question que tu ne me laisse pas faire la même chose pour toi ! »

Le Templier s'apprêtait à répliquer mais une étincelle dans ces yeux anthracite le fit hésiter. Pourquoi avait-il le sentiment que quelque chose n'allait pas avec son ami ?

« Très bien. » abdiqua Flynn, épuisé. « Mais j'accepte à condition que la moindre de tes découvertes puisse aussi aider les autres Templiers. Pas uniquement moi. »

« Entendu. »

Ce fut ainsi qu'une nouvelle routine s'installa entre eux : chaque soir, le mage venait examiner le Templier, vérifiant son état physique et mental. Dans le cas où le chevalier était en proie à une crise de paranoïa, le tévintide restait à ses côtés jusqu'au matin, faisant qu'il avait fini par faire la plupart de ses recherches depuis la chambre du commandant de l'Inquisition. Cela n'aurait pas fait jaser au sein de Fort Céleste si un deuxième lit avait été installé dans cette tour, ce qui fit courir le bruit que les deux hommes étaient amants. Si la rumeur faisait rougir le conseiller militaire, le mage était étrangement sur la défensive quand il l'entendait, comme s'il craignait quelque chose…

… et ce fut l'Inquisiteur qui en découvrit le premier la raison lors d'un rendez-vous à Golefalois auquel lui et le tévintide étaient conviés. Presque personne n'était au courant de cette entrevue à part les concernés car celui qu'ils étaient allés rencontrer souhaitait que cela reste discret.

Après qu'ils furent de retour à Fort Céleste, Yuri avait demandé à être seul un moment, ce qui avait inquiété maître Lavellan. Ce fut pour cette raison que, une fois la réunion avec ses proches conseillers terminée, il demanda à Flynn de venir le voir dans ses appartements puis il lui dévoila ce qui s'était produit à Golefalois.

Suite à cela, le Templier demanda si quelqu'un avait vu le mage tévintide quelque part. Rita et Raven lui confirmèrent qu'il n'était pas venu à la bibliothèque, Sodia ne se souvenait pas l'avoir vu passer près du terrain d'entraînement et Judith confirma qu'il n'avait pas mis un pied à la taverne depuis son retour. Patty était la seule à l'avoir croisé dans les jardins et lui avait précisé que leur ami souffrait beaucoup intérieurement. Puis il alla voir Duke qui, comme à son habitude, était aux écuries…

« Il est en haut. » lui déclara calmement le Garde des Ombres avant qu'il ait pu lui demander quoique ce soit.

Flynn monta donc à l'étage et y trouva Yuri, assis dans un coin et qui avait un air misérable sur le visage. Le Templier ne put qu'en conclure que l'Inquisiteur avait raison d'être inquiet : le mage n'avait pas très bien encaissé le fait de revoir son père, l'homme qu'il avait fui car celui-ci, mécontent d'apprendre que son fils multipliait les aventures avec la gent masculine, avait voulu le faire rentrer de force dans le moule… en utilisant la magie du sang pour changer ce qu'il était. Le choix du jeune Altus était parfaitement compréhensible ainsi que la profondeur de la blessure qui lui avait été infligée le jour où il avait découvert tout cela.

Sans prononcer le moindre mot, Flynn s'installa à côté de son ami et il attendit de longues minutes avant que Yuri, d'une voix terne décide de vider son sac.

Le mage lui décrivit l'empire de Tevinter et son obsession à créer des mages parfaits. Les mariages d'amour n'existaient pas, en particulier chez les Altus. Ce n'était que des unions arrangées, une perpétuelle mascarade à laquelle les tévintides se prêtaient depuis bien longtemps et ce, même si cela ne leur convenait pas. Yuri, lui, avait essayé de cacher qu'il n'avait aucun attrait pour les femmes, acceptant les quelques propositions d'un soir qu'il pouvait trouver. La malchance avait voulu qu'un de ses partenaires d'une nuit soit marié et que sa femme soit jalouse. Quand le père du jeune Altus, le Magister Lowell, l'avait découvert, ils s'étaient disputés et, quelques jours plus tard, le jeune homme l'avait entendu parler de ce rituel sanglant destiné à rectifier l'erreur qu'il était. Il n'avait pas tardé à s'enfuir et il avait trouvé refuge auprès d'Alexei.

Yuri se tourna ensuite vers Flynn et lui dit qu'il était désolé d'avoir provoqué cette rumeur, ce que le Templier contra en déclarant qu'il n'avait pas à l'être et qu'à aucun moment il ne s'était senti honteux que l'on perçoive ainsi leur relation. Intrigué, le mage lui demanda d'être plus précis et, quand il vit l'hésitation du chevalier, il insista, ce qui provoqua un soupir d'appréhension chez son ami… avant que celui-ci ne pose sa main contre sa joue avec douceur et dépose un bref baiser sur ses lèvres.

Ce contact laissa le mage particulièrement confus et, afin de lui laisser le temps de réfléchir, le Templier lui précisa qu'il pourrait le trouver sur les remparts.

A présent, cela devait faire une bonne heure que Flynn avait inspecté cette zone en long et en large. Son regard était fixé sur les montagnes enneigées quand il entendit des pas derrière lui. Il se retourna et vit arriver Yuri, les bras croisés contre son torse et frottant ses mains contre ses épaules pour se réchauffer.

« Heu… » fit le tévintide, ses joues se colorant légèrement. « Je ne sais pas trop si… si c'est une bonne chose qu'on… »

« Vu comme cette rumeur amuse beaucoup tout Fort Céleste, je doute que la rendre vraie pose de souci à quiconque. » le coupa le Templier avec un léger sourire en coin. « Et s'il y en a à qui cela ne convient pas, tant pis pour eux. C'est à moi de choisir qui je veux fréquenter. »

« Donc… tu veux qu'on… »

Soudain, le mage fut secoué d'un rire nerveux. Flynn, perturbé par cette réaction, resta interloqué… jusqu'au moment où Yuri combla rapidement la distance entre eux et l'embrassa sur la bouche.

Ce changement officiel dans leur relation fut accueilli de façon positive par leurs proches, à commencer par Judith qui leur offrit une série d'ouvrages dont le contenu avait fait rougir le Templier jusqu'aux oreilles. Bien que le futur restait incertain à cause de la menace qu'ils avaient à affronter, ils pouvaient s'afficher librement dans Fort Céleste et ce, même si certains détournaient les yeux en voyant leurs démonstrations d'affection en public.

Peu importe ce qui les attendait, ils étaient ensemble pour lutter et c'était ce qui comptait le plus pour eux.


Equivalence personnages :

Sodia - Cassandra Penthagast

Flynn - Cullen Rutherford

Yuri - Dorian Pavus

Raven - Léliana Rossignol

Estelle - Joséphine de Montilyet

Judith - Sera

Duke - Blackwall

Rita - Solas (en partie seulement)

Witcher - Vivienne

Patty - Cole

Sans équivalence avec TOV : Varric, Iron Bull

Maître Lavellan : Si le joueur choisit un elfe comme personnage à incarner, il sera du clan Lavellan.

Darse : Village de Férelden et lieu de pèlerinage.

Thédas : Monde où se déroulent les évènements de Dragon Age. Dans Inquisition, les pays accessibles sont Orlaïs et Férelden.

Empire de Tevinter : Situé au nord d'Orlaïs, cet empire valorise les mages au contraire du reste de Thédas. L'esclavage est encore pratiqué et les non-mages ont peu de chances d'obtenir une place importante dans la société tévintide.

Divine : Leader de la Chantrie, obligatoirement de sexe féminin.

Chantrie : Organisation religieuse qui est dominante à Thédas. Jusqu'à la rébellion des mages, c'était elle qui avait le contrôle sur les cercles de mages, l'ordre des Templiers et les chercheurs de vérité. A Tevinter, suite à une rupture avec Orlaïs, existe la Chantrie Impériale qui est dirigé par un homme choisi parmi les Magisters.

Magister : Dirigeants des cercles de mages de Tevinter. Ce sont aussi eux qui dirigent l'empire de Tevinter.

Altus : Descendants de très anciennes familles de mages tévintides. Les Altus sont des mages qui, dans la société tévintide, occupent les plus hauts rangs.

Immatériel : Lieu où vivent les esprits et les démons. Il est séparé du monde de Thédas par le Voile et quand ce dernier est fragilisé, des failles apparaissent, laissant sortir les démons et les esprits.

Chercheurs de vérité : Organisation prenant ses ordres directement de la Divine et pouvant accomplir diverses missions. Ils peuvent aussi agir contre les templiers. Il n'y a pas de chercheurs de vérité à Tevinter.

Ordre des Templiers : Organisation militaire aux ordres de la Chantrie. Les Templiers sont chargés de traquer les mages apostats et de surveiller les cercles de mages (excepté à Tevinter où ils sont essentiellement une force militaire).

Cercles de mages : Regroupement de mages où les mages sont entraînés à maîtriser leurs pouvoirs sous le contrôle des Templiers. Ils sont dirigés par le premier Enchanteur, sauf à Tevinter où ce sont les Magisters qui en sont les dirigeants.

Gardes des Ombres : Guerriers ayant la capacité de combattre les Engeances, des créatures qui ont plusieurs fois menacé Thédas. La Garde des Ombres ne s'intéresse qu'aux compétences de ses recrues, faisant qu'elle met de côté tout le reste (race, classe, origine sociale, passé…). De plus, le rituel pour les rejoindre peut potentiellement être mortel. Leur nombre est assez réduit.

Mage apostat : Mages n'appartenant pas à un cercle et considéré comme une menace. Les apostats sont fréquents chez les elfes.

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2015-10-17 02:42 am

L'Union des braves - Partie 1

 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas

Titre : L'Union des braves

Arc UA : Super-héros

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta / Acolyte : Eliandre

Genre : UA / Aventure / Friendship / Humour (vu les réactions d'Eliandre, je suis obligée de le faire…)

Rating : T par précaution

Note : Nouvel arc UA, cette fois-ci sur les super-héros. Pour le moment, ce sera essentiellement la présentation des dits-héros qui s'uniront pour devenir « L'Union des Braves » et combattre le mal dans les rues de Zaphias. Je verrai comment organiser mes textes au fur et à mesure que ceci avancera.


A Zaphias, plus grande ville du continent d'Illycia, les forces de l'ordre étaient dépassées par la hausse fulgurante de la criminalité. Heureusement, un groupe de justiciers, certains possédants des capacités hors du commun, était là pour les protéger contre les méchants…

1 : La princesse et son chevalier

A l'origine, Flynn Scifo se destinait à faire carrière dans les forces de l'ordre, tout comme son père avant lui, mais le destin en avait décidé autrement quand, un jour où il patrouillait près du centre spatial de Zaphias, des criminels dérobèrent un morceau d'un astéroïde jugé radioactif et qu'en le récupérant sans protection, le jeune homme avait été gravement exposé aux radiations de cette pierre de l'espace.

Même s'il était triste, il ne s'en plaignait pas car il avait trouvé un travail assez confortable de garde du corps, protégeant Estellise Sidos Heurassein d'un éventuel enlèvement, doublé d'un job peu commun…

« Lâchez cette femme et mettez vos mains en l'air ! »

L'homme, actuellement occupé à brutaliser une femme dont il espérait récupérer le sac à main, s'était bien entendu arrêté en pensant avoir affaire à la police. Il fut très surpris de tomber sur un jeune homme vêtu d'un costume majoritairement blanc – le haut de la tenue possédait deux larges bandes bleues verticales qui encadraient un cercle noir à l'intérieur duquel se trouvait huit petits ronds de bronze qui en encerclait un, plus grand, en or –, dont le haut du visage était caché sous un masque blanc au liseré bleu – on pouvait voir qu'il avait des cheveux blonds en bataille – et qui le menaçait avec une épée dans la main droite tout en tenant un pavois blanc ornés en son centre d'un dessin de deux lames croisées dans sa main gauche.

« Me fais pas rire crétin ! » fit le criminel qui appréciait peu ce qu'il pensait être une plaisanterie avant de sortir une arme à feu de son blouson. « C'est trop tard pour Mardi Gras. »

« Dans ce cas, je me vois forcé de sévir monsieur. »

L'individu n'attendit pas qu'il s'avance et tira sur lui… avant de réaliser qu'il l'avait, curieusement, manqué – seuls cinq mètres au plus devaient les séparer et la ruelle n'était pas si large que cela, bien au contraire. Tandis que l'homme masqué commençait à marcher calmement vers lui, il tira deux autres coups… qui ricochèrent littéralement sur le torse de sa cible. Pris de panique, il ne réfléchit pas et vida son chargeur, espérant ainsi le tuer.

Cependant, il s'effondra au sol quand il reçut un violent coup de poing au thorax de la part de celui en costume.

« Putain mais t'es quoi au juste ? » demanda-t-il, terrorisé en comprenant que ce type était tout sauf normal.

« Le mot « qui » serait plus adapté monsieur. » répondit l'inconnu habillé en blanc avant de s'incliner respectueusement devant la femme qu'il avait sauvé tout en rangeant sa lame dans le fourreau qu'il portait à sa ceinture. « White Knight, au service de la justice. »

White Knight, un des premiers justiciers masqués qui était apparu à Zaphias et, très certainement, le plus populaire. Cette nuit-là, il était encore inconnu du grand public et, excepté en privé, personne n'avait encore pu constater son incroyable résistance physique. La rumeur disait que son corps était indestructible.

Le criminel, lui, avait voulu profité du fait que la femme remerciait son sauveur pour leur fausser compagnie mais un violent coup sur la tête le mit KO, le faisant tomber aux pieds de l'acolyte de White Knight : Lady Silver.

Elle était aisée à reconnaître dans son costume blanc et rose - celui-ci était composé d'un haut du même style que celui de son acolyte, à la différence qu'elle avait un cœur rouge entouré d'une couronne d'argent sur sa poitrine, et d'un bas qui se présentait sous la forme d'une jupe évasée accompagnée de collants blancs - et à son casque évoquant un diadème qui lui couvrait le haut de la tête – les cheveux blond platine qui s'en échappaient lui tombaient en de belles anglaises sur les épaules. Dans ses mains, elle tenait un sceptre argenté, celui-là même dont elle s'était servi pour assommer le bandit.

« J'y ai peut-être été un peu fort non ? » demanda-t-elle, un peu gênée, à son partenaire.

« Vous avez fait votre devoir madame donc n'en soyez pas confuse. » répondit White Knight avec le sourire.

Après avoir escorté la femme qu'ils avaient sauvé du danger jusque chez elle et déposé le malchanceux criminel près du poste de police le plus proche, ils rejoignirent leur véhicule, une berline blanche qui avait deux épées croisées entourées d'une couronne dessinées sur le capot et dont l'intérieur avait été quelque peu modifié. Lady Silver monta à l'arrière et White Knight à l'avant. Ce dernier appuya sur le bouton d'un petit écran sur son tableau de bord, ce qui alluma celui-ci en montrant la tête d'une adolescente aux yeux verts et aux courts cheveux châtain.

« Rien d'autre à signaler Rita ? » demanda le justicier.

« C'est plutôt calme apparemment. » lui répondit sa cadette sur un ton morne. « Vous pouvez rentrer. »

Sur cette phrase, l'écran s'éteignit. White Knight mit le contact et tourna la clé sur l'encoche du mode « pilote automatique » avant d'entrer la destination sur ce qui ressemblait fort à un GPS. Lady Silver, pendant ce temps, avait pris le bouclier de son partenaire pour le ranger sous les sièges arrières, dans une cache secrète qu'elle referma rapidement, puis elle appuya sur un bouton au dessus d'elle, faisant se lever une séparation avec l'avant du véhicule. De son côté, White Knight, en constatant que son acolyte avait mis en place cette séparation, enclencha un bouton gris qui fit se teinter toutes les vitres du véhicule juste avant qu'il ne démarre. Ensuite, il ôta son masque, redevenant le citoyen Flynn Scifo.

Ce n'était pas évident de se changer dans une voiture en mouvement mais, avec de l'entraînement, ils y étaient parvenus assez facilement, leurs costumes n'étant pas très compliqués à enfiler. Vu qu'ils rentraient, ils auraient très bien pu se passer de cette étape mais Rita, en écoutant la fréquence de la police, leur avait signalé des barrages sur la route, ce qui pouvait poser souci.

Justement, cela ne loupa pas : leur véhicule dut s'arrêter à l'un de ces points de contrôle. Flynn baissa donc la vitre du conducteur pour tomber nez à nez avec le sergent Adeccor. Au préalable, le jeune homme avait enclenché une commande pour masquer les modifications internes du véhicule et changer sa couleur extérieur en un noir profond pour passer inaperçu.

« Bonsoir sergent. » lança-t-il à celui qui était un ancien collègue à lui.

« Flynn Scifo ! » s'exclama le sergent Adeccor avec surprise. « Que faites-vous aussi tard en ville ? »

« C'est de ma faute monsieur l'agent ! »

Lady Silver, alias Estellise Sidos Heurassein, avait ouvert la vitre arrière et penché légèrement sa tête vers l'extérieur pour s'adresser au représentant de l'ordre.

« J'étais allée chez des amies et nous n'avons pas vu le temps passer. » mentit-elle avec un sourire désolée tout en remettant en place une mèche de cheveux roses derrière son oreille – étrangement, c'était sa couleur naturelle et, à cause de cela, elle devait porter une perruque quand elle était en Lady Silver afin de ne pas être facilement reconnue.

« Le travail donc. » fit Adeccor avec un léger sourire en se tournant vers son ancien collègue. « Vous pouvez passer. »

« Au fait, vous cherchez quelqu'un en particulier ? » demanda Flynn tandis qu'Estellise remontait sa vitre en écoutant d'une oreille ce qui se disait. « Je ne me souviens pas avoir vu ce barrage quand nous sommes passés par ici en début de soirée. »

« Une fausse alerte probablement mais on n'est jamais trop prudent. »

Vu la façon dont il vit la moustache du sergent frémir, c'était clairement un mensonge. A l'instant même où il remarqua ce détail, la radio d'Adeccor se mit en marche.

« Suspect appréhendé par le lieutenant O'Daly. Vous pouvez enlever tous les barrages. »

Bingo. Et manifestement, son ancienne coéquipière, Sodia O'Daly, était toujours aussi efficace.

« Bien reçu. » répondit le sergent à la radio avant de se tourner vers lui. « Bonne nuit à toi Flynn et à la prochaine ! »

« A bientôt Adeccor et finis bien ton service. »

Flynn et Estellise purent reprendre leur route en direction de la résidence Sidos Heurassein, celle-ci étant plutôt un vaste domaine comprenant un gigantesque manoir avec quelques annexes dont l'une d'elles, la plus grande, était occupée par Rita et ses travaux.

D'ailleurs, ils constatèrent, après avoir franchi la grande grille qui représentait l'entrée du domaine, que celle-ci les attendaient de pied ferme.

« Sortez vite de là-dedans ! » fit-elle une fois que le moteur fut coupé. « J'ai des modifications à faire dessus et ça va me prendre du temps ! »

Flynn et Estellise avaient l'habitude de cela de la part de Rita. Depuis le temps qu'ils travaillaient ensemble…

Quand le jeune homme avait dû quitter les forces de l'ordre, cela avait été un vrai crève-cœur pour lui qui espérait y faire carrière, tout comme son père avant lui. Il avait cherché un moment comment rebondir quand il reçut un coup de téléphone de la part de la riche héritière de la famille Sidos Heurassein. Il avait été une fois assigné à sa protection après que quelqu'un ait tenté de l'enlever contre une rançon et la jeune femme lui en était restée très reconnaissante, si bien que lorsqu'elle avait appris qu'il n'avait plus de travail, elle avait décidé qu'il était temps de l'aider à son tour.

C'était donc grâce à Estellise qu'il avait eu ce job de garde du corps et, honnêtement, il n'aurait jamais imaginé ce qui en découlerait par la suite.

Peu de temps après être entré à son service, il avait dû la protéger d'un homme qui tentait de la tuer et s'était interposé entre elle et la balle. L'individu fut abattu très vite par la sécurité – on découvrit d'ailleurs qu'il s'était récemment fait embaucher comme jardinier et que ses antécédents avaient été mal vérifiés – et, étonnamment, Flynn était indemne alors qu'il était certain d'avoir reçu le tir de plein fouet. En ôtant sa chemise dans sa chambre, il avait constaté que, effectivement, il avait été touché mais aucune blessure n'était visible sur son torse. Par contre, quand il s'était déshabillé, il n'avait pas noté qu'un objet était tombé… et c'est en le ramassant qu'il avait réalisé que c'était une balle de pistolet complètement déformée !

Il ne comprenait pas ce qu'il s'était passé et ne savait pas trop à qui en parler. Cependant, en le voyant aussi troublé, Estellise avait compris que quelque chose le travaillait et il lui avait raconté ses découvertes. Tout de suite, elle l'avait pris au sérieux, s'étant elle-même demandé ce qu'il était advenu de cette balle que personne n'avait retrouvée, puis elle l'avait emmené à l'annexe occupée par Rita Mordio, une surdouée de quinze ans qui vivait recluse et dont les travaux étaient financés par la famille Sidos Heurassein.

Si elle s'était montrée sceptique au début, l'insistance de celle aux cheveux roses – qui était aussi sa meilleure amie – fut ce qui la persuada de faire quelques tests. Flynn n'avait pas bronché face à la prise de sang – il avait dut la faire lui-même quand l'aiguille de la seringue se brisa pour la quatrième fois lorsque c'était sa cadette qui essayait de la lui planter dans le bras – mais quand il dut rester immobile face à des armes à feu pointées sur lui, il avait eu un mal fou à lutter contre ses instincts de policier.

Malgré cela, les expériences de Rita permirent de faire la lumière sur ce qui lui arrivait : l'astéroïde avait légèrement modifié son ADN, faisant que son corps était devenu invulnérable à beaucoup d'éléments pouvant le blesser – s'il ne craignait plus de se couper, cogner ou faire tirer dessus, il pouvait toujours se brûler et ce fut suite à cette constatation que la surdouée lui avait fabriqué un costume résistant au feu.

L'idée de devenir une sorte de super-héros était venue d'Estellise – il avait appris par la suite que la jeune femme, en plus d'avoir une couleur de cheveux inhabituelle, avait elle aussi d'étranges aptitudes qu'elle s'évertuait à dissimuler aux yeux du monde. Il avait trouvé cela un peu tiré par les cheveux au départ mais quand elle lui déclara qu'elle le ferait seule s'il le fallait, il avait cédé et c'était ainsi que White Knight et Lady Silver étaient nés.

Est-ce que Flynn regrettait son choix ? Non car il devait reconnaître qu'il se sentait plus à son aise à patrouiller dans les rues de Zaphias pour lutter contre le crime au lieu d'être cantonné à la protection d'une seule personne.

-§-

« Ces derniers jours, plusieurs délits ont été commis et les coupables ont rapidement été remis aux mains de la justice. D'après plusieurs témoignages, deux individus masqués, un homme et une femme se faisant appelés respectivement White Knight et Lady Silver, seraient spontanément venus à leur secours. Nous ignorons quelle est leur véritable identité mais il est certain que beaucoup de citoyens leur sont reconnaissants pour les avoir aidés. A présent, parlons de… »

« Les médias commencent à parler de nous ! » s'exclama Estellise dont le regard turquoise s'était illuminé.

« Je ne m'emballerai pas trop à ta place. » marmonna Rita qui avait changé de chaîne assez brutalement. « Pour le moment, nous sommes que des petits joueurs et ils le savent très bien. »

« Je suis aussi de cet avis. » approuva Flynn qui lisait quelques articles sur Internet. « Nous sommes surtout intervenus sur des agressions ou des petits larcins. Rien ne nous empêche de tenter des opérations plus ambitieuses mais les risques seront plus élevés et je suis le seul ici qui peut me passer d'un gilet pare-balles. »

« Ce ne sera pas difficile de revoir le costume d'Estelle je pense. » remarqua la surdouée en attrapant son ordinateur portable. « Je devrais même pouvoir y ajouter quelques gadgets très simples comme des fumigènes ou des lunettes à vision nocturne. Bien entendu, ça vaut pour toi aussi Flynn. »

« La sécurité d'Estellise est le plus important. La mienne passe ensuite. »

« Rita, tu crois que tu pourrais aussi… »

Le jeune homme décrocha de la conversation, se doutant déjà de quoi il s'agissait, pour s'intéresser à un article relatant quelques faits étranges à Zaphias : des effractions où strictement rien n'avait été volé. Dans la liste des lieux concernés, il y avait une parfumerie, le zoo, un musée et un antiquaire. Aucun lien n'était visible entre ces différents endroits et Flynn sentait que quelque chose se préparait. Cependant, il manquait encore d'éléments pour savoir quoi exactement.

-§-

Alors qu'il buvait tranquillement un verre dans un bar, il ne s'était pas attendu à entendre aux infos que deux justiciers masqués arpentaient les rues de Zaphias. Il s'en serait probablement moqué si les circonstances avaient été toutes autres mais là, sa curiosité avait été piquée au vif : qui étaient ces deux personnes qui dissimulaient leur identité ?

Il n'avait pas assez de données pour répondre à cette question mais il connaissait un bon moyen d'y remédier… restait juste à faire quelques préparatifs et de guetter le bon moment pour agir.


NB : Voilà ce qu'il en est pour Flynn et Estelle. Les autres vont suivre progressivement.

Auteur vs Persos :

Orieul : T'as abusé de Batman dernièrement toi.

Kaleiya : J'avoue que… oui.

Asahi : Là, c'est plutôt Superman qui a servi d'inspiration.

Kaleiya : Vous impatientez pas car j'ai tellement de taf en perspective que ça ne va pas avancer vite tout cela…

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2015-09-25 04:37 pm

Soleil de Minuit - Partie 1

 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas et certaines idées sont inspirées du Scorpion du Nil.

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Beta : Eliandre

Titre : Soleil de minuit

Genre : AU, Mystery, Romance.

Rating : M

Pairings : Hmm… J'ai décidé de vous laisser la surprise finalement. C'est plus amusant ainsi.

Note: Idée qui m'obsédait depuis un moment, surtout quand j'ai repensé au Scorpion du Nil. Cependant, l'histoire se passe dans un monde imaginaire donc si je me suis grandement inspirée de l'Egypte pour Hélios, vous verrez vite que ce n'est pas le cas pour Séléné.

Playlist :

Kamelot – Kismet

Kamelot – Nights of Arabia

Luca Turilli – Silver Moon

Battle Beast – Touch in the night


Soleil de Minuit – Partie 1

Le soleil était haut dans le ciel, frappant de ses rayons ardents la terre desséchée depuis déjà plusieurs années d'Hélios, royaume qui vénérait l'astre solaire. Auparavant, le sol était plus riche, la végétation plus présente et l'eau moins rare. Mais cela changea lors du couronnement du roi Thar, surnommé « le roi fou » par son peuple. L'année de sa consécration, plusieurs faits étranges se produisirent : la mort subite de sa sœur suite à une morsure de serpent, la disparition de son frère, la pluie qui tombait habituellement environ trente jours par an n'apparut que pendant dix jours à peine, l'assèchement soudain de plusieurs points d'eau qui condamna des villages entiers. Les seuls lieux qui furent à peu près épargnés étaient la capitale Aurum et les villages au bord du grand fleuve Neilos.

La vie du peuple devenant de plus en plus difficile, beaucoup supposèrent que le dieu soleil était en colère contre leur souverain et des révoltes éclatèrent. Cependant, aucune n'aboutit et les rebelles furent pratiquement tous exécutés les uns après les autres. La dernière rébellion eut lieu trois ans auparavant, dans un petit village qui fut rasé par l'armée quelques jours après que le chef de l'insurrection se soit rendu.

Aujourd'hui, plus personne n'osait vraiment s'opposer au roi fou. Les derniers espoirs de changement résidaient en la mort du souverain qui n'avait pas d'héritier et dans une intervention de l'empire de Séléné, situé au-delà de la rive ouest du fleuve Neilos et dont la frontière était en grande partie matérialisée par le cours du fleuve sauvage dont les eaux tourbillonnantes et capricieuses ont dissuadé quiconque de s'installer trop près de celui-ci. Seulement, personne ne croyait que le souverain serait assez imprudent pour ne pas laisser de descendance et Séléné n'était pas un pays adepte de la guerre.

La situation n'irait pas en s'arrangeant si personne ne tentait de comprendre ce qui n'allait pas en Hélios. Elle le savait très bien et c'était pour cela qu'elle et son amie Judith étaient près du fleuve sauvage, à la portion la plus dangereuse de celui-ci mais aussi la seule où il leur était possible de traverser sans passer par le poste de garde.

« N'oublie pas Rita. Tu as peu de temps pour traverser avant que Charybde ne recrache les eaux qu'elle a avalé. » lui rappela la jeune femme aux cheveux bleus.

« Je sais. Si je me rate, soit je finis noyée, soit je rencontre Scylla. »

Charybde et Scylla… Un gouffre qui avalait puis recrachait l'eau, laissant pendant un temps un passage possible pour traverser le fleuve sauvage mais qui, si l'on ne le franchissait pas assez vite, pouvait noyer quiconque sur son passage ou l'envoyer droit sur des rochers aussi pointus que des aiguilles et sur lesquels il était facile de finir empalé puis noyé sous les eaux qui les recouvraient lorsque le cours d'eau était à son plus haut niveau.

« Tiens-toi prête. »

De ses yeux verts, Rita voyait à présent le niveau baisser, révélant de gros rochers plus ou moins plats qui formaient comme un chemin jusqu'à la rive verdoyante de Séléné. Cependant, elle pouvait aussi bien distinguer les restes des pauvres malheureux qui avaient échoué, leurs corps plus ou moins décomposés étant restés piégés dans les griffes rocailleuses de Scylla.

Bien que la vision soit des plus désagréables, elle savait qu'elle devait impérativement réussir à rejoindre l'autre rive…

« Vas-y ! »

La jeune fille sauta dans le lit du fleuve, se hâtant de mettre le pied sur le premier rocher tandis que Charybde avalait les quelques centimètres d'eau qu'il restait. Elle pouvait encore rebrousser chemin si elle le voulait, les rochers s'avérant plus glissants qu'elle ne l'aurait cru, mais son instinct lui disait que plus elle tarderait à aller voir le devin lunaire, plus la vie en Hélios irait en se dégradant. Elle avait atteint le milieu du passage quand Charybde, ayant ingurgité toute l'eau présente, commençait à émettre une sorte de gargouillis sourd, l'incitant à accélérer l'allure.

Puis quand elle atteignit l'avant-dernier rocher, elle eut comme un mauvais pressentiment en réalisant que ce gouffre gourmand n'émettait plus aucun son…

Elle eut tout juste le temps de sauter sur la dernière pierre quand un grondement de plus en plus fort retentit, lui confirmant ce qu'elle craignait : Charybde allait recracher son eau et, vu la hauteur entre elle et la rive de Séléné, elle n'aurait jamais le temps de grimper pour se mettre à l'abri.

La branche basse d'un arbre attira son attention mais, en sautant, elle savait qu'elle ne pourrait jamais l'atteindre. Cependant, elle avait toujours son fouet accroché à sa taille et qui, actuellement, était son seul salut. La lanière de cuir attrapa la branche, s'enroulant solidement autour d'elle et permettant ainsi à Rita de pouvoir commencer à grimper le mur lisse et rocailleux qui lui faisait face.

A peine eut-elle posé une main sur le sol fertile de Sélène que Charybde recracha son eau avec force. De justesse, elle parvint à échapper à la déferlante qui avait faillit l'emporter mais y laissa sa chaussure gauche, cette dernière ayant glissé de son pied quand elle fut touchée par la vague. C'était une perte un peu gênante mais cela aurait pu être pire.

« Rita ! »

« Je vais bien ! »

Judith hocha la tête à sa réponse. A présent, il était temps pour elle de trouver le devin lunaire et à son amie de garder un œil sur la situation et, si possible, savoir si qui elle savait était libérable…

-§-

Aux portes du palais royal à Aurum, Flynn était un peu nerveux. Le capitaine Schwann lui avait dit qu'il lui donnerait une nouvelle affectation plus adaptée à ses talents alors que cela ne devait faire qu'une simple semaine qu'il avait été mis en poste à la capitale. Il avait été muté depuis le poste-frontière entre Hélios et Séléné sur la demande de son supérieur direct après seulement deux semaines de service là-bas. Ce n'était pas plus mal dans un sens car l'atmosphère était quelque peu étrange là-bas, les plus anciens en poste à cet endroit ayant la curieuse manie de se méfier de la moindre feuille tombant d'un des arbres du pays voisin, comme si quelque chose risquait de leur arriver à ce moment précis. Le fleuve lui avait pourtant semblé être la plus grande source de danger, son cours tumultueux étant encadré d'un côté par la ligne d'arbres de Séléné et de l'autre par les Dunes, collines en grande partie rocailleuses qui séparaient le fleuve sauvage du fleuve Neilos.

« C'est déjà la troisième fois en un mois que l'on te change de poste. » lui fit remarquer Sodia.

« Oui mais cette fois, je serais affecté au palais royal. » répliqua-t-il avec une légère tristesse en la regardant. « Ce qui veut dire que tu ne pourras pas venir. »

La jeune rousse lui fit un léger sourire en le fixant de ses yeux violine.

« J'attendrai au village que tu ais une permission ou que tu trouves le temps d'écrire. »

Le jeune homme esquissa un sourire à cette phrase. Lui et la jeune femme se connaissaient depuis leur enfance, lui simple fils de paysan et elle fille d'un membre de la petite noblesse qui s'était retiré loin de la capitale pour goûter au calme de leur modeste hameau. A présent que ses parents étaient morts, Flynn n'avait plus qu'elle comme attache et il s'en voulait un peu de la laisser en arrière cette fois-ci, simplement à cause du fait que les femmes étaient interdites au palais royal.

« Ah ! Les amours de jeunesse ! »

Surpris, il se tourna rapidement et découvrit le capitaine Schwann, un sourire espiègle aux lèvres, qui le regardait de son œil visible, le second étant caché par une mèche de ses cheveux noirs.

« Je devrais peut-être y aller à présent… » fit Sodia, ses joues un peu rougies par la gêne. « Si je tarde trop, il fera nuit quand j'attiendrai le village. »

« La lune sera pleine ce soir donc vous n'aurez rien à craindre des Nyx. » dit le capitaine sur un ton plus sérieux.

Les Nyx… Cela faisait longtemps que plus personne n'en avait vu mais les voyages de nuits étaient toujours peu recommandés, surtout lors de la nouvelle lune. Ce peuple vénérant l'obscurité avait été exterminé il y a une vingtaine d'années afin de faire cesser une bonne fois pour toutes les attaques nocturnes contre les habitants d'Hélios. Certaines rumeurs racontaient qu'il y en aurait encore qui se cachaient dans les dents de Cerbère, une chaîne de montagnes qui se situait au sud d'Hélios et de Séléné. Seulement, le jeune homme doutait quelque peu de leur véracité.

« Je sais me défendre si nécessaire. » précisa la jeune femme à l'attention du plus âgé avant de se tourner vers lui. « Porte-toi bien. »

« Toi aussi. » lui répondit Flynn, un léger sourire aux lèvres.

Elle lui fit un signe de la main avant de s'éloigner, remettant au passage en place la natte rousse qu'elle portait sur le côté. Il la regarda encore quelques instants avant de se tourner vers son supérieur qui l'observait de ses yeux bleus avec un air amusé et nostalgique à la fois.

« Qu'elles sont loin mes belles années… » soupira-t-il avant de se reprendre. « Mais revenons-en à nos affaires. Suis-moi. »

Le jeune homme s'exécuta, suivant le capitaine à l'intérieur du palais.

« Je sais que c'est un peu précipité comme mutation mais je ne m'étais pas attendu à ce qu'il parvienne à se débarrasser aussi vite de celui qui t'a précédé à ce poste. Il est épuisant à faire ça sans arrêt et j'ose espérer que tu tiendras le coup plus de deux semaines… »

S'il se fiait à ce que lui disait le capitaine Schwann, il allait servir de garde du corps à une personne… Mais qui, à part le roi, en aurait besoin au palais ?

« T'es un peu jeune pour travailler comme garde dans le harem mais je n'ai plus vraiment le choix avec lui… »

Le harem… Flynn ne put s'empêcher de grimacer à la mention de ce lieu. Dans son village, il ne connaissait personne qui y était entré mais les rumeurs couraient que si on plaisait suffisamment à son Altesse, on avait la possibilité d'entrer dans ce lieu et d'y vivre une vie facile… en échange de quelques faveurs bien particulières. Ces hommes étaient considérés comme des prostitués de luxe réservés à l'usage exclusif de sa Majesté.

« Actuellement, parmi les trente deux pensionnaires, il y a quatre favoris qui vivent dans cette partie-ci. Tu seras chargé de la protection de l'un d'eux à l'intérieur et en dehors du harem… Bien que j'admette que celui-là est un cas assez… particulier.»

Garde du corps de l'un des favoris du roi ? A quoi cela pouvait rimer ? Quels risques pouvaient bien encourir ces hommes qui ont pour unique rôle de satisfaire les désirs charnels du roi ?

Ils étaient à présent devant une double porte en bois massif dont le battant gauche comportait un judas en or. Le capitaine toqua deux fois puis, après une légère attente, le judas s'ouvrit.

« J'amène le nouveau. »

Après cette phrase, le battant gauche s'ouvrit, révélant un garde qui leur fit signe d'entrer. En s'avançant, Flynn put constater qu'ils étaient dans un couloir de quelques mètres de longueur qui menait à une porte similaire et dont il pouvait voir briller les trois verrous dorés.

« Comme tu peux le voir, le harem est un peu à part du reste du palais. Il est divisé en trois parties mais seules deux sont vraiment pleinement utilisées depuis qu'il n'y a plus de femmes. »

Le garde leur ouvrit la seconde porte et ils pénétrèrent dans ce qui était une immense cour composée d'une grande fontaine près de laquelle de jeunes hommes peu vêtus – certains étaient même totalement dénudés – se prélassaient, lisant un livre ou se faisant dorer au soleil sur les dalles de pierre blanche qui entouraient cette source d'eau, d'un vaste bassin où certains s'y baignaient allègrement, d'une bande d'herbe surplombée de palmiers qui offraient un coin d'ombre agréable par ces températures et d'autres, plus hauts, qui étaient parsemées le long de la cour.

Un grand bâtiment se trouvait sur la gauche et plusieurs personnes y faisaient des allers-retours. Cependant, le capitaine alla droit devant, restant sur le chemin pavé encadré de colonnes de pierre et couvert d'un plafond sur lequel étaient visibles des mosaïques représentant le voyage de l'astre solaire à travers le ciel. En regardant à droite, Flynn vit un autre bâtiment mais, face aux grilles de métal qui en fermaient l'accès et à l'absence totale de vie qui y régnait, il en conclut qu'il devait être à l'abandon.

Quand ils furent arrivés au bout du passage, un portail en or massif leur barrait la route et, derrière celui-ci, se trouvait un troisième bâtiment dont les extérieurs attenants étaient richement décorés, possédant une fontaine surmontée d'une sculpture de poissons, un immense bassin au pourtour en carrelage bleu ciel, un sol entièrement recouvert d'une pelouse bien verte, un espace ombragé avec diverses plantes aux fleurs colorées…

« Ici sont logés les favoris. Sache d'abord que les résidents du harem portent tous un tatouage représentant un soleil à l'avant-bras gauche. » lui expliqua son supérieur tandis qu'un garde vint pour leur ouvrir. « Pour ce qui est des favoris du roi, ils en possèdent un second en bas du dos symbolisant un œil et, généralement, ils doivent porter une chevalière avec ce signe. Sauf une exception, ce sont les seuls qui peuvent aller librement dans le harem et certaines parties du palais. »

Le jeune soldat put constater, une fois qu'ils eurent passé le portail, la différence d'ambiance avec l'autre partie du harem : les favoris étaient entourés de serviteurs et d'au moins deux gardes chacun. Seuls trois d'entre eux étaient visibles mais il était aisé de voir qu'ils étaient richement vêtus, certains d'habits somptueux faits d'étoffes chères et colorées, d'autres de bijoux précieux qu'ils devaient bien avoir du mal à porter vu la quantité qu'ils avaient sur eux. Tous avaient une attitude hautaine, regardant de haut les soldats et le personnel du palais, cela comme s'ils étaient les souverains de ces lieux et que tout leur était dû.

Alors que Flynn fronçait les sourcils face à ce constat, l'un des favoris, initialement occupée à se faire éventer par un serviteur, reçut en plein visage une motte de terre, ce qu'il ne sembla guère apprécier vu son expression furibonde et les exclamations de colère qu'il poussa envers le personnel l'entourant. Un peu plus loin, le soldat repéra une personne se détachant du lot, probablement l'envoyeur de ce projectile qui avait l'air de savourer le spectacle devant ses yeux. Ce personnage était un jeune homme qui devait être du même âge que lui, possédant un regard anthracite qui ressortait sur sa peau claire, de longs cheveux bruns tombant en cascade sur ses épaules et simplement vêtu d'un ensemble en lin noir qui le différenciait de toutes les autres personnes présentes.

C'est en voyant la chevalière en or à sa main gauche qu'il comprit que cet individu était le quatrième favori, manifestement très différent des trois autres autant par son attitude que par son apparence.

« Sale bouseux ! » s'exclama celui qui avait reçu le projectile au visage. « Tu mériterais d'avoir la tête coupée pour ça ! »

« Et dire que je voulais juste t'aider à te maquiller pour ce soir. » répliqua le jeune homme aux longs cheveux bruns sur un ton ironique. « Avec le temps que tu perds devant ton miroir, je suis toujours étonné que tu n'ais pas encore tenté de t'accoupler avec ton reflet. »

« On se calme par ici ! » ordonna le capitaine Schwann en frappant dans ses mains avant de faire signe au quatrième favori de venir vers lui. « Yuri, j'ai quelqu'un à te présenter. »

Le dénommé Yuri se tourna vers eux et son regard anthracite s'arrêta sur Flynn, le détaillant brièvement de bas en haut. Puis il poussa un soupir d'agacement avant de s'exécuter en croisant les bras contre son torse.

« Je peux me passer de nounou le vieux donc tu peux le renvoyer d'où il vient. » fit le favori sur un ton blasé.

« La règle pour toi est que tu dois avoir au moins un garde qui te suis dans chacun de tes déplacements, que tu le veuilles ou non. » contra le capitaine sur un ton ferme. « Tu peux essayer à nouveau d'en changer mais je t'en trouverai un autre, comme à chaque fois. »

Le jeune homme aux longs cheveux bruns grinça des dents à cette remarque puis fixa de nouveau le jeune soldat, cette fois-ci l'air dubitatif.

« Tu l'as pris au berceau celui-là ? J'ai du mal à dire s'il a encore besoin d'un hochet ou non… » déclara Yuri en posant une main sur ses hanches tout en se penchant légèrement en avant. « Faut vraiment chercher pour voir s'il a du duvet au menton. »

Bien que ces remarques ne lui plaisaient absolument pas, Flynn se retint de répliquer, se mordant la langue pour éviter d'ouvrir la bouche et révéler le fond de sa pensée. Il espérait intérieurement que le jeune homme en avait fini avec lui mais, en le voyant commencer à lui tourner autour, il comprit que ce manège était loin d'être terminé.

« Ce type est vraiment un soldat ? On dirait un gamin à qui on a collé un pagne blanc et rouge ainsi qu'une armure… » poursuivit le favori en se replaçant face au blond avant d'esquisser un geste dans la direction de ce dernier.

« Pour votre gouverne, j'ai parfaitement l'âge requis pour porter cette tenue, que cela vous plaise ou non. » finit par répliquer Flynn en repoussant la main de Yuri avant qu'elle ne le touche à l'épaule.

« Ah ! Je commençais à me demander s'il avait une langue ou si elle lui avait été coupée à la naissance. »

Face au sourire satisfait du favori, le soldat se maudit intérieurement, réalisant qu'il venait de répondre aux provocations dont il était victime. Il venait de faire exactement ce que celui aux longs cheveux bruns espérait.

« Bon, maintenant que chacun a bien vu à qui il avait affaire, je fais les présentations. » fit le capitaine en lâchant un léger soupir de dépit. « Yuri, voici Flynn qui sera ton nouveau garde attitré et qui, je l'espère, restera en poste plus de deux semaines car je commence à en avoir assez que tu parviennes à t'en débarrasser aussi vite. Flynn, voici Yuri, favori du roi que tu as pour mission de surveiller et de suivre dans ses moindres déplacements, sauf s'il est appelé pour satisfaire les désirs de son Altesse. J'ajouterai que, sur ordre du roi et étant donné son statut assez spécial, ce cher Yuri n'a pas le droit de sortir du harem s'il n'est pas accompagné par toi ou par moi. »

Les deux jeunes hommes se toisaient du regard, l'un avec un amusement qu'il ne cherchait pas à dissimuler et l'autre avec agacement en pensant qu'il allait devoir travailler dans un lieu qu'il détestait déjà par avance. Une certaine tension commençait à se créer entre eux, ce qui, pour le capitaine Schwann, ne présageait rien de bon pour l'avenir.

« Enchanté, Flinnie. » lança le favori sur un ton provocateur en tendant sa main.

« Moi de même, Yuri. » répliqua le soldat avec fermeté en essayant d'écraser la main de celui face à lui, ce que ce dernier imita sans sourciller.

« Bien… Son Altesse souhaite dîner avec ses favoris ce soir donc je vous reverrais à ce moment-là. » déclara le capitaine qui, au vu de l'absence de réaction de ses cadets, en conclut qu'il n'avait probablement pas été écouté.

Tandis que le plus âgé s'en alla dans un soupir dépité, les deux jeunes hommes continuaient de jauger l'autre du regard, chacun essayant de déterminer tout ce dont il pouvait s'attendre de la part de celui en face.

« Suis-moi. » finit par dire Yuri avec un signe de tête vers le bâtiment. « Que tu saches au moins où tu vas dormir à partir de cette nuit. »

Avec une certaine réticence, Flynn s'exécuta, emboîtant le pas de celui dont il avait à présent la charge. Les autres personnes présentes ne semblèrent guère s'intéresser à eux si l'on exceptait les regards noirs des autres favoris envers leur homologue.

« Il y a deux étages comme tu peux le voir mais la majorité des chambres existantes ne sont pas occupées. » lui expliqua celui aux longs cheveux bruns en montant l'escalier de pierre blanche menant au niveau supérieur. « Au rez-de-chaussée, il y a les bains ainsi que les cuisines de cette partie du harem et quelques chambres. Une seule est occupée par un favori – l'autre abruti qui aime qu'on brasse de l'air pour lui – et les autres servent principalement à loger les serviteurs ou à entreposer les biens matériels des chouchous du roi. »

Le soldat perçut clairement le mépris dans la voix du jeune homme mais il n'y porta que peu d'attention, estimant que cela n'avait rien à voir avec son travail.

« Concernant l'étage, la chambre la plus près de l'escalier est celle de l'arc-en-ciel vivant que tu peux voir en train de se noyer vainement dans une coupe de vin. » continua le favori en désignant d'un geste évasif un homme d'une trentaine d'années vêtu d'habits très colorés et qui houspillait un serviteur tenant une ombrelle blanche au dessus de sa tête. « A droite, c'est celui qui n'est jamais content qui loge ici avec ses deux gardes suite à un incident avec le brasseur d'air au sujet de son oiseau qui est mort il y a six mois plus tôt. »

Ils continuèrent leur route jusqu'à arriver au bout de l'étage, face à la toute dernière chambre qui était fermée, comme toutes les autres, par une porte en bois sombre.

« Et voici ma chambre. » déclara Yuri en ouvrant le panneau de bois. « Je t'aurais bien laissé mon lit mais la dernière fois que j'ai fait cela, l'arc-en-ciel est allé se plaindre et le garde que j'avais à l'époque a été fouetté dans la cour avant d'être renvoyé. On te fera une place de toute façon, comme pour tes prédécesseurs… »

L'emploi du mot « on » intrigua Flynn qui ne comprit sa raison d'être qu'une fois qu'il eut pénétré dans la pièce : en plus du somptueux lit à baldaquins bleu nuit qui trônait dans la chambre, il y avait deux paillasses et un panier en osier. Sur une des paillasses, un jeune adolescent aux cheveux châtain quelque peu rebelles était occupé à raccommoder un vêtement aux teintes sombres tandis que, l'observant de son œil unique, un chien borgne au pelage bleu et blanc se tenait à ses côtés. En voyant sa tenue en lin beige, sa ceinture de tissu marron et l'absence de sandales aux pieds, il était aisé de deviner que ce garçon était un serviteur, vêtu de sorte à passer inaperçu aux yeux de ses maîtres et à se fondre aisément dans le décor.

« J'suis revenu ! » s'exclama le favori en s'asseyant brutalement sur le lit. « Et on a une nouvelle nounou. »

Le soldat se retint de grogner à cette remarque tandis que le garçon leva la tête vers lui, le regardant de ses yeux marron avec surprise et curiosité.

« Déjà ? Mais je… Euh… » bafouilla le cadet avant de se lever précipitamment, imité par le chien. « Je suis Karol et je suis au serv… »

« Je ne t'ai obligé en rien à rester et tu es libre de partir quand tu veux donc tu n'es pas réellement à mon service. » le coupa Yuri de façon brutale.

« Tu n'es pas forcé de me le rappeler à chaque fois ! Et puis j'ai nulle part où aller excepté ici ! »

Flynn resta quelque peu interdit en constatant cette absence de relation maître et serviteur entre le favori et le garçon. La nature de leurs échanges était plutôt celle entre deux frères ou deux amis, ce qui tranchait radicalement avec ce qu'il avait pu voir jusqu'ici dans le harem. Quand il sentit quelque chose d'humide contre ses doigts, il baissa son regard azur pour constater que le chien était face à lui, le fixant en remuant joyeusement la queue.

« Lui c'est Repede. » poursuivit le serviteur tandis que le jeune homme aux longs cheveux bruns s'était affalé paresseusement sur le lit. « Habituellement, il n'apprécie pas beaucoup les gardes qui défilent ici, des fois au point de les mordre. »

« Celui-là t'avait frappé Karol ! » s'exclama Yuri en se redressant, ses yeux fixant son cadet avec sévérité. « Et si Repede n'était pas intervenu, je ne sais pas dans quel état je t'aurais retrouvé. »

L'animal aboya d'un air approbateur, posant son œil sur le plus jeune avant de le tourner de nouveau vers le soldat. Ce dernier décida de s'accroupir face au chien et lui tendit la main, geste auquel le canidé répondit à l'identique avec sa patte.

« Ravi de te connaître Repede. » déclara Flynn avec un léger sourire. « Moi c'est Flynn. »

En réponse, le soldat eut droit à un coup de langue affectueux au visage, ce à quoi il répliqua par une caresse derrière les oreilles du canidé.

« On dirait que t'es apte à rester parmi nous. » lança Yuri en se mettant à plat ventre sur le lit avec les jambes pliées, dévoilant ses jambes finement musclées. « Peut-être que tu arriveras à survivre ici… »

« Je ne vois pas pourquoi il en serait autrement. » répliqua le soldat un peu sèchement en fronçant légèrement le nez. « Ce n'est pas comme si le harem était un champ de bataille. »

« Vraiment ? »

L'expression du visage du favori devint instantanément froide, celui-ci n'ayant manifestement pas apprécié ce qu'il venait d'entendre. Il quitta le matelas tandis que son garde se releva puis il vint se poster face à lui, le fixant droit dans les yeux.

« Pour avoir un mépris pareil envers cet endroit, c'est que tu ne viens pas de la capitale. » fit Yuri avec un rictus quelque peu mauvais. « Crois-moi ou non mais je suis certain que tu vas réviser très vite ton opinion, Flinnie. »

Juste après, le favori le frappa avec force dans le bras gauche, arrachant au soldat un gémissement à la fois de surprise et de douleur, puis sortit de la chambre d'un pas rapide.

« On va aux bains avant que les trois autres abrutis ne les monopolisent ! » s'exclama le jeune homme vêtu de noir alors que Karol puis Flynn se dépêchaient de le suivre. « Saleté de dîner… »

L'allure vive de Yuri les amena rapidement aux bains, reconnaissables à leurs doubles portes sur lesquelles étaient gravées des poissons. Ils les passèrent et entrèrent dans une salle fraîche et humide où, pour compenser le peu de lumière que les ouvertures laissaient passer, des bougies étaient allumées dans quelques niches et, par un savant système de miroirs, la lueur du soleil était amplifiée. La pièce en elle-même était composée de deux bassins, carrelée de blanc aux murs et de gris au sol. Des jarres et des pots d'onguents étaient à la disposition ainsi que des serviteurs visiblement dédiés à ce lieu.

Sans aucune pudeur, le favori ôta ses habits, les laissant tomber au sol avant de les écarter brutalement sur le côté avec son pied. De là où il se trouvait, le garde voyait très bien les longues jambes finement musclées, le fessier visiblement bien ferme et le dos grandement caché par cette longue chevelure sombre, ne laissant voir que le creux des reins, là où se trouvait le tatouage d'œil porté par les favoris du roi. Celui qui apercevait le jeune homme ainsi pour la première fois pouvait aisément le confondre avec une femme face à sa silhouette androgyne.

Tandis qu'il se glissa dans l'eau d'un des bassins, le jeune serviteur alla prendre une jarre qui devait être aussi grande que lui – le soldat esquissa un geste pour aller l'aider mais constata rapidement que son cadet avait assez de force pour la porter seul. Ensuite, il versa son contenu sur la tête du favori.

« Tu devrais venir aussi tu sais. » dit celui aux longs cheveux sombres en se tournant vers celui aux yeux azur. « Il y a assez de place pour deux. »

Un silence répondit à cette invitation, faisant soupirer d'agacement le favori du roi qui reporta son attention sur sa toilette.

Il faut dire que la mission qui avait été confiée à Flynn était de surveiller Yuri, pas d'être à son service. Il se devait donc de le tenir à l'œil, même s'il était contraint de le regarder se nettoyer de la tête aux pieds avec l'aide de Karol. Cependant, lorsque le serviteur commençait à lui laver sa longue chevelure sombre, le soldat crut apercevoir une marque sur le haut du dos du favori. Il pensa l'avoir imaginée puis son regard azur croisa les yeux anthracite de Yuri… et celui-ci, une fois ses cheveux noirs rincés, renoua le contact visuel tout en restant dos au soldat avant de dévoiler l'arrière de sa nuque, révélant ainsi un tatouage représentant un scorpion.

A cet instant, le jeune homme aux cheveux d'or compris pourquoi le quatrième favori n'était pas autorisé à se déplacer seul : il était un prisonnier. Normalement, il devrait se trouver en cellule ou être exécuté mais, pour une raison ou une autre, il était entré au harem, probablement parce qu'il avait plu au roi.

Sa toilette terminée et ne souhaitant pas s'attarder plus longtemps, Yuri se hâta de sortir de l'eau puis de se sécher avant d'essorer autant que possible sa longue chevelure sombre. Flynn était lui aussi pressé de quitter cette pièce quand il remarqua que Karol était allé voir les autres serviteurs. Au bout d'une minute, que le favori utilisa pour enfiler un pagne de lin blanc, le plus jeune revint avec une cuvette et des flacons contenant probablement des onguents.

« Prends une des jarres avec toi. » déclara Yuri en peignant ses cheveux avec ses doigts. « Vu que tu ne veux pas te laver ici, il faudra bien que tu le fasses quelque part. »

« Cet endroit n'est pas conçu pour que quelqu'un comme moi l'utilise. » s'expliqua Flynn en allant prendre la jarre la plus proche.

« Alors on a qu'à échanger nos places. Ça permettra peut-être de virer ce qui est coincé dans ton… »

« YURI ! » coupa Karol, les joues légèrement rosies. « Il vient juste d'arriver… »

« Pas une raison valable. »

Après un échange de regards noirs entre les deux plus âgés, ils quittèrent les bains et prirent la route menant à leur chambre. Devant la porte de cette dernière, un serviteur attendait, tenant entre ses mains un vêtement sombre qu'il vint poser sur le lit une fois que le battant de bois fut ouvert. Il repartit ensuite tandis que le regard du favori se posa sur la tenue, détaillant chaque partie de ce qui était vraisemblablement un jupon de lin noir accompagné d'une tunique sur laquelle avait été cousue des dizaines et des dizaines de petites perles noires qui brillaient légèrement à la lumière ainsi que des petites perles d'argent, bien plus rares sur le vêtement mais qui avait un éclat intense, comme des étoiles dans un ciel nocturne.

« Je préfèrerai de loin aller dîner avec juste le pagne… » marmonna Yuri en secouant sa chevelure humide. « Je n'ose imaginer le prix de cette chose… »

Si Karol lui fit la morale concernant le fait qu'il allait être en présence du roi et de plusieurs personnalités importantes du palais, Flynn observait la scène d'un œil tout en enlevant son armure de cuir avant de commencer à se nettoyer le visage, ôtant ainsi la poussière qui était présente sur sa peau. Il prenait soin de ne pas en mettre sur le bracelet qu'il portait, cadeau de son défunt père et qui était composé d'une lanière de cuir et d'une pierre turquoise.

« Tu n'auras qu'à dire au vieux que j'ai mal au ventre ou un truc du genre ! » s'exclama le favori avec de grands gestes. « Je déteste quand il m'exhibe comme ça comme un trophée… »

« Tu as déjà manqué deux repas avec son Altesse. » rappela le serviteur sur un ton sévère. « Raven a dit qu'il t'y traînerait lui-même si tu lui donnais de nouveau une excuse bidon ! »

Pendant que la querelle se poursuivait, Repede vint se placer à côté du soldat et observa la scène en émettant un léger grognement. Ceci attira l'attention du jeune homme aux cheveux d'or qui se tourna vers l'animal, intrigué par sa réaction. Puis il leva les yeux vers la porte et remarqua la présence d'un serviteur qui essayait de les espionner tout en restant caché derrière le mur. Flynn s'apprêtait à se lever pour aller tirer cela au clair mais fut précédé par le chien qui, profitant que leur voyeur était concentré sur Yuri et Karol, s'avança jusqu'à l'intrus et…

« OUARGH ! » hurla l'espion quand Repede planta ses crocs dans son mollet, attirant ainsi l'attention de tous sur lui.

« Hey ! Qu'est que vous fichez ici vous ? » demanda sévèrement le jeune serviteur. « Les appartements de Narcisse sont en bas ! »

« Dites-lui de me lâchez ! »

« Alors tirez-vous d'ici et dites au brasseur d'air que s'il veut me voir, il n'a qu'à venir en personne. » ajouta le favori sur un ton sec. « Du vent ! »

Le serviteur s'éloigna, d'abord difficilement puis, dès que l'animal l'eut relâché, il partit en courant. Face à cela, Yuri poussa un soupir agacé.

« Ils ne perdent pas de temps… » souffla-t-il avant de tourner son regard anthracite vers Flynn. « Si tu veux survivre ici, tu ferais mieux de nous écouter avec Karol. On risque d'avoir assez vite de très mauvaises surprises à contrer. »

Même s'il voyait parfaitement que le favori et son serviteur étaient sérieux, le soldat ne pouvait s'empêcher d'être sceptique, se demandant quels genres de dangers pouvaient bien se terrer dans le harem. Dans le doute, il allait rester vigilant.

-§-

Si Hélios était un royaume vénérant Sol, dieu du soleil ainsi que de la lumière et du feu, Séléné était un empire dont les habitants priaient essentiellement Luna, déesse de la lune et de la nature. Ce choix s'expliquait en partie par la végétation verdoyante et luxuriante qui s'y épanouissait, faisant de ces terres un lieu riche en vie – la légende voulait que le pays devait sa flore abondante à l'union de Luna avec Océan, dieu des eaux et de la mer Azurée vénéré par les krytiens ainsi qu'époux de la déesse de la lune. Sa capitale était Tsuki, une cité prospère où l'harmonie régnait, que ce soit avec autrui ou avec l'environnement lui-même.

L'empereur était décédé l'année dernière suite à une longue maladie, laissant sa place à son jeune fils, Ioder, un garçon ayant parfaitement intégré les valeurs de son peuple et qui pouvait compter sur le soutien de sa cousine Estellise ainsi que sur celui du devin lunaire, Duke.

Si la princesse était une jeune femme souriante et pleine d'esprit, le devin, comme tous ceux ayant exercé cette fonction avant lui, était un homme mystérieux qui vivait en ermite dans un pavillon situé derrière le palais impérial et qui faisait face à un bel étang. Bien souvent, il était assis au bout du ponton surplombant cette étendue d'eau, communiant silencieusement avec Luna tout en admirant le reflet de l'astre lunaire. Beaucoup le trouvait curieux avec sa longue chevelure blanche et bouclée ainsi que ses yeux rouge sang mais peu savaient qu'il était en partie Nyx, ce qui lui donnait la capacité de voir dans l'obscurité sans pour autant être doté de leur incroyable capacité de persuasion. Il ne priait presque jamais Umbra, divinité des ténèbres, de la nuit ainsi que de la ruse, essentiellement parce qu'il avait été rejeté par les Nyx à cause de sa couleur de cheveux, ce qui l'avait poussé à s'installer à Séléné.

Cette nuit-là, les choses étaient un peu différentes. Estellise faisaient des rêves étranges et répétitifs depuis plusieurs jours, ce qui inquiétait de plus en plus Ioder. Il était allé en parler à Duke qui en avait conclu que c'était un message de la déesse de la lune à leur intention. Cependant, le déchiffrer était difficile, les songes de la princesse étant bien trop chaotiques pour qu'elle se les remémore parfaitement. Se souvenant d'une cérémonie que lui avait apprise Elucifer, son prédécesseur, le devin lunaire l'avait recherchée dans ses manuscrits et aujourd'hui était venu le moment de la mettre en pratique.

« Etes-vous prête votre Altesse ? » demanda Duke de sa voix grave et profonde.

La jeune femme, reconnaissable à ses courts cheveux roses et ses grands yeux vert d'eau, acquiesça d'un signe de tête. Pour l'occasion, elle avait revêtu un yukata blanc sur lequel avaient été peintes de belles fleurs de cerisiers, un serre-tête en argent auquel avaient été accroché des fleurs de pommier et, entre ses mains, elle tenait une fleur de lotus. A ses côtés, dans son simple kimono bordeaux et son hakama noir, le devin lunaire pouvait presque paraître quelconque en comparaison.

« Il faut que nous sachions ce que Luna veut nous dire. » déclara Estellise, sûre d'elle. « Je suis persuadée que c'est important. »

« Très bien princesse. »

Sur ces mots, Duke prit une fiole de verre et se baissa au dessus de l'étang, la remplissant avec l'eau sur laquelle se reflétait la pleine lune. Il remit ensuite le récipient à la princesse puis attrapa le shakuhachi qu'il porta à sa bouche. Il souffla dans la flute de bambou, bougeant ses doigts sur celle-ci pour en sortir les notes appropriées tandis que la jeune fille but l'eau de l'étang. Le devin se mit ensuite à bouger légèrement sa tête, permettant à d'autres sons d'être émis par l'instrument.

Soudain, le cœur de la fleur de lotus scintilla et une sorte de poussière bleutée s'en échappa, entourant progressivement Estellise. Celle-ci ferma les yeux et inspira profondément, aspirant du même coup l'air chargé de cette poudre dans ses narines. Quand elle expira, sa peau claire se mit à luire faiblement d'une lumière laiteuse, donnant ainsi l'impression qu'elle était plus blanche qu'elle ne l'était réellement. La princesse ouvrit ensuite ses yeux, leur teinte vert d'eau brillant dans la nuit.

Ce fut à cet instant que Duke posa son instrument et porta son regard sur la jeune femme, celle-ci servant à présent d'enveloppe charnelle temporaire à Luna, déesse de la lune.

« Je m'excuse d'avoir tant tardé à faire cette cérémonie. » déclara le devin lunaire en inclinant légèrement la tête.

« Ne vous excusez pas. » lui dit Luna avec douceur. « Même si j'avais compris plus tôt qu'il y avait un problème, je n'aurais pas pu vous contacter avant que la princesse n'ait atteint ses seize ans. »

« Racontez-moi. »

« J'avoue m'inquiéter pour mes frères, Sol et Umbra. Je sais que cela n'a rien d'étrange mais même Océan pense qu'il s'est passé quelque chose de très grave entre eux… »

Il fallait savoir que Sol, Umbra et Luna étaient frères et sœurs, enfants du dieu du néant qu'ils avaient tous trois emprisonné afin de sauver l'humanité et les autres dieux d'une destruction assurée. Luna, plus jeune de la fratrie, était très appréciée de ses frères mais ces derniers étaient réputés pour ne pas être capables de se supporter, raison pour laquelle Umbra s'était exilé dans le ciel nocturne. L'une de leurs querelles les plus connues fut lors de l'anniversaire de la déesse : sa sœur étant timide, Sol lui avait offert un peu de sa lumière afin qu'elle puisse elle aussi briller dans la voûte céleste mais Umbra, lui, avait dérobé une partie de la lumière de son frère afin d'éclairer le ciel nocturne de millions d'étoiles pour sublimer la beauté de sa sœur. Le dieu solaire en tenait encore rigueur à son frère mais, de mémoire, Duke ne se souvenait pas avoir entendu dire qu'Umbra s'entendait bien avec les autres dieux…

« Océan et moi avons ressenti une rage immense émaner d'Hélios. » poursuivit Luna dont les yeux étincelants fixaient le devin lunaire. « Sol n'a jamais été aussi en colère et c'est son pays qui est en train d'en subir les conséquences. J'ai essayé de demander à Umbra s'il savait quelque chose mais il refuse de me parler. Mon époux a essayé de parler à Topaze mais mon frère aîné ne l'a pas laissé faire. Si cette situation perdure, le royaume d'Hélios va disparaître. »

« J'ai effectivement entendu des rumeurs disant que le dieu soleil était devenu bien plus sévère ces dernières années. » fit Duke, la mine sombre.

« C'est fort possible. Océan et moi n'avons que peu d'influence sur Hélios mais nous souhaitons comprendre les raisons de Sol pour infliger un tel châtiment à ce peuple et je ne suis pas certaine qu'Umbra soit à blâmer. »

« Je ne possède guère les moyens d'élucider ce mystère mais je ferai de mon mieux pour cela. »

« Merci à vous. »

Sur cette phrase, Luna quitta le corps de la princesse sous la forme de la poussière bleutée et disparut dans l'air. Estellise, à nouveau maîtresse de son corps, laissa couler une larme le long de sa joue.

« Elle était si triste… » dit-elle en regardant le disque lunaire avec mélancolie. « Que faire pour l'aider ? »

« Ce ne sera pas évident votre Altesse. » déclara Duke, l'air pensif. « Il nous sera difficile d'aller en Hélios sans mettre votre sécurité en péril, ce que votre cousin pensera aussi. »

« Peut-être… pourrions-nous y aller en douce ? »

« Vous autant que moi n'y passerons pas inaperçus. De plus, je ne peux me permettre de quitter cet endroit trop longtemps. L'idéal serait… »

Soudain, un cri retentit dans la forêt. Tous deux se tournèrent vers le côté gauche de l'étang, là d'où venait le son qu'ils venaient d'entendre et où, plus loin, se trouvait le fleuve sauvage, frontière naturelle entre Hélios et Séléné.

« Qu'est-ce que c'était ? » demanda la princesse, inquiète.

« Nous allons bientôt le savoir. » répondit Duke en prenant en main son kagura suzu, un instrument composé de multiples cloches.

Le devin lunaire se leva et pointa son kagura suzu vers la forêt puis, dans un geste souple du poignet, il le fit retentir à trois reprises. Un silence de quelques secondes se fit avant que, soudainement, les arbres ne s'écartent, laissant ainsi passer deux énormes lianes qui enserraient une jeune fille aux cheveux châtain, apparemment inconsciente. La végétation vint poser l'adolescente avec délicatesse sur le ponton de bois puis retourna d'où elle venait, laissant ensuite la forêt reprendre sa forme d'origine.

La princesse vint s'installer près de leur mystérieuse invitée, la regardant avec curiosité – il faut dire que cette tunique rouge et noire n'était pas vraiment dans le style vestimentaire des habitants de Séléné.

« Qui est-ce ? » demanda Estellise, visiblement très intriguée. « Elle ne semble pas être d'ici. »

« Comme j'allais vous le dire votre Altesse, l'idéal pour nous serait de faire venir ici quelqu'un d'Hélios. » répondit Duke en reposant son instrument. « Il semblerait que cela soit fait. »

-§-

A Hélios, le dîner avec le roi avait dû être annulé à la dernière minute, celui-ci ayant apparemment une affaire urgente à régler. Si les favoris s'étaient plaints d'avoir fait tant de préparatifs pour rien, Yuri, au contraire, s'était enchanté de cette nouvelle. Cependant, Flynn avait remarqué que, au lieu de se changer pour dormir, il observait l'entrée du harem avec une certaine appréhension… ou alors le rat qui se promenait sur la terrasse et qui ne serait visiblement pas contre un petit casse-croûte.

« Il commence à se faire vraiment tard. » fit remarquer le soldat qui commençait à avoir faim, le favori ayant attendu longtemps avant de demander à son serviteur d'aller leur chercher à manger. « Il est plus que temps de dormir. »

« Je n'ai pas sommeil. » répliqua le jeune homme vêtu de noir en se tournant vers son interlocuteur. « Libre à toi de dormir si tu en as envie. »

« Pas tant que je serai certain que tu dors toi aussi. »

« Tu vas attendre un bon moment dans ce cas. »

Le garde grogna un peu mais quand, enfin, leur cadet arriva en bâillant avec un plateau chargé de nourriture, il eut du mal à ne pas baver, sa faim lui étant revenue en mémoire. A l'instant où les mets furent posés sur le sol de la chambre, il tendit la main…

« Attendez ! »

Face à cet ordre de Karol, Flynn stoppa son geste vers le plateau tandis que Yuri se figea, l'air à la fois inquiet et furieux.

« Que se passe-t-il ? » demanda le soldat, intrigué.

« Un truc cloche sur le plateau… » fit le cadet, observant attentivement chaque plat qu'il avait pris. « Je suis certain qu'on y a touché mais je n'arrive pas à savoir ce qui a changé. »

Un long silence perdura dans la pièce, perturbé par de léger gargouillis d'estomacs. Celui vêtu de noir s'approcha d'eux, détaillant le plateau en serrant la mâchoire.

« Les fruits… » souffla le favori dont les yeux sombres s'étaient fixés sur les figues. « Pourquoi il y en a quatre ? »

Aux yeux de Flynn, cela ne semblait guère anormal mais visiblement, cela ne l'était pas aux yeux des deux autres. Quand Repede se mit à renifler la partie suspecte du plateau et qu'il poussa un léger grognement, il comprit qu'il y avait quelque chose de pas très net avec ces figues.

« Yuri ne mange pas de figues. » expliqua Karol en se tournant vers Flynn. « Je n'en prends généralement que pour moi et Repede mais jamais plus d'une par personne. On en a rajouté une quand je ne regardai pas… »

« Même si le raisonnement est logique, il est difficile de prouver que tu n'en a pas prise une par erreur. » fit le soldat, toujours intrigué par ce manège. « Et puis j'avoue avoir du mal à comprendre ce qui vous inquiète tant. »

« S'il te faut une preuve, on va t'en donner une. » déclara Yuri sur un ton glacial.

Sur cette phrase, le favori prit la coupe de fruits puis la posa sur le rebord de la terrasse. A peine une minute après qu'il se soit éloigné, le rat qu'ils avaient observés plus tôt arriva et vint mordre allègrement dans l'un des fruits avant de partir avec vers son repaire. Il revint ensuite faire de même avec le suivant mais, cette fois-ci, il se figea subitement et, après avoir poussé un petit cri strident, tomba raide mort au sol.

« Quand je te parlais de monsieur jamais content, je t'avais mentionné qu'il avait un oiseau à une époque. » fit le jeune homme aux longs cheveux bruns en fixant le soldat droit dans les yeux. « Il est mort de la même façon que ce rat et le coupable est quelqu'un du harem. »

Yuri, le regard glacial, vint se planter face à Flynn.

« Donc quand je te disais que cet endroit était plus dangereux qu'il n'y paraissait et que tu ne voulais visiblement pas me croire, ceci devrait te permettre de revoir ton opinion. »

Sur cette phrase, le favori alla s'allonger sur son lit, la mine particulièrement sombre. Tandis que Repede alla le rejoindre, Karol poussa un soupir de dépit.

« Deux de tes prédécesseurs sont morts pour ne pas nous avoir écoutés. » expliqua le serviteur en s'asseyant au sol. « On ne sait pas qui a fait ça mais on se doute que c'est quelqu'un d'ici. »

« Personne n'a cherché à enquêter sur ces morts ? » demanda le soldat, à la fois intrigué et indigné. « Et pourquoi le roi accepte de les laisser impunies ? »

« Parce que ce qui se passe au harem doit y rester. »

A l'entente de cette voix, Flynn tourna la tête vers l'encadrement de la porte et y vit le capitaine Schwann. Ce dernier ne semblait guère ravi d'être ici et, entre ses mains, il tenait une fiole en terre cuite.

« C'est une règle en vigueur depuis des générations et elle n'est pas prête d'être abolie. » poursuivit le plus âgé en tournant son regard vers le favori. « J'imagine que tu n'as pas mangé. »

« Et si t'es là le vieux, c'est que ce soir, c'est moi qui m'y colle. » répliqua Yuri en prenant une position assise sur le lit. « Elle va être longue cette nuit… »

« Que se passe-t-il au juste ? » demanda le soldat, ayant du mal à comprendre la situation.

« Il y a que le roi veut que je fasse mon travail. »

Quittant le lit, le favori s'approcha du capitaine, l'air résigné. Il fixa ensuite la fiole en fronçant le nez de dégout.

« Je le ramènerai quand il aura terminé. » précisa le plus âgé à Flynn avant de se tourner vers l'entrée du harem. « Son Altesse doit commencer à s'impatienter. »

Yuri les salua d'un geste évasif avant de quitter le harem.

-§-

Dès qu'il avait vu l'habit, Yuri avait compris : il n'allait pas dormir très longtemps cette nuit, voire pas du tout – bon, il n'était pas un matinal donc ça ne changerait pas grand chose. En tant que favori, il était supposé avoir des privilèges que n'avaient pas les autres pensionnaires du harem. Cependant, son statut était aussi celui de prisonnier, lui ôtant le droit d'avoir des terres et celui d'être libre de ses mouvements. Il pouvait se passer de ces avantages mais s'il pouvait quitter le harem définitivement, il le ferait sans hésiter.

Seulement, c'était impossible et il le savait très bien…

Les portes des appartements du roi étaient reconnaissables à leurs dorures et aux deux gardes postés en permanence devant celles-ci. Par contre, ce qui n'enchanta pas le favori, c'était la présence de cet homme aux longs cheveux blond platine et vêtu du long manteau pourpre du sorcier solaire. Même avec ces lunettes rectangulaires, Yuri voyait parfaitement la lueur mauvaise au fond du regard de Garista.

« Bonsoir Schwann. » salua le sorcier avant d'adresser un signe de tête poli au favori. « Yuri. »

« Que désires-tu aussi tard Garista ? » demanda le capitaine, laissant échapper un léger soupir agacé.

« Je m'apprêtais en fait à partir… et à te remettre ceci en cas de besoin. »

En voyant le sorcier sortir une fiole en terre cuite d'une des poches de son manteau, le favori eut du mal à cacher sa grimace, se doutait qu'elle devait contenir une mixture qui n'allait certainement pas lui plaire. Il prit aussi une bande de tissu sombre qu'il présenta à l'un des gardes de la porte.

« Bandez-lui les yeux. » ordonna Garista.

Yuri aurait été étonné d'y échapper à cette heure de la nuit. Ce traitement singulier auquel il avait droit ne venait pas de son statut de prisonnier mais plutôt de ce qu'il était et dont très peu de personnes avaient connaissance au palais : il était un Nyx. Si cela se savait, ce serait à la fois le condamner à mort à Hélios mais aussi avec son propre peuple car, même s'il n'avait pas vécu longtemps à Némésis, le jeune homme savait que les traîtres n'y étaient pas du tout les bienvenus – il n'en était pas un sauf qu'être le favori du roi était équivalent à leurs yeux.

La plupart des gens pensait que le peuple de l'obscurité avait totalement disparu mais c'était sous-estimer la progéniture du dieu Umbra, créée à l'image de celui-ci : les Nyx pouvaient voir dans les ténèbres comme en plein jour et étaient malins, une qualité qui avait permis au favori de vivre en Hélios sans éveiller de soupçons sur sa vraie nature. Quoiqu'il faille peut-être aussi mentionner le plus grand talent des enfants du dieu des ténèbres : dès que la nuit régnait, les Nyx pouvaient hypnotiser les humains et les persuader de faire bien des choses. Yuri avait grandement usé de ce talent au début puis il l'avait ensuite délaissé, n'en ayant plus une très grande utilité.

A présent, les rares fois où il se servait de ses capacités étaient pour lutter contre les coups bas des autres favoris du harem – certains des soldats qui avaient été assignés à sa garde avaient découvert ce qu'il était et menacé de le révéler au peuple… ce qui leur avait valu d'avoir la tête brusquement séparée du corps. En plus du roi ainsi que du capitaine Schwann et de Garista, Karol était au courant et ce dernier avait accepté de garder le secret – il faut dire que son cadet se sentait redevable envers lui et qu'il ne voulait pas risquer de perdre un ami.

Avec réticence, il se laissa bander les yeux – Yuri jeta un dernier regard noir au sorcier qui semblait prendre un malin plaisir à occulter la source de son pouvoir – et, une fois qu'il perdit la vue, il ouvrit grand ses oreilles, celles-ci allant être l'un des deux sens qui compenserait celui dont il était temporairement privé.

« Il serait peut-être plus judicieux de lui faire boire mon breuvage avant de poursuivre. » suggéra Garista d'une voix légèrement sifflante au fond de laquelle il percevait toute la perfidie que le personnage s'évertuait à dissimuler. « Qui sait s'il ne va pas nous faire une entourloupe… »

« Son Altesse souhaite qu'il soit apte à réfléchir donc le droguer maintenant serait contre-indiqué. » répliqua la capitaine Schwann sur un ton sec et quelque peu suspicieux, indiquant qu'il n'était pas prêt à faire confiance au sorcier. « Et n'oublie pas que je serais présent. »

« Très bien. Alors à demain Schwann. »

Les pas de l'homme au manteau pourpre s'éloignèrent, Yuri percevant aussi un léger son de frottement, typique de celui d'un vêtement trop long qui traine sur le sol. Il entendit aussi un très léger tintement à côté de lui, juste après que les gardes aient commencés à ouvrir les portes des appartements du roi. La sensation de la main du capitaine de la garde dans son dos lui indiqua qu'il pouvait avancer.

Le favori fut stoppé au bout d'une dizaine de pas et, à l'instant où les portes se refermèrent, il perçut un léger soupir de soulagement.

« Ce qu'il ne faut pas faire… » marmonna son aîné à voix basse. « Remercions Umbra que tu ais échappé à sa drogue cette nuit. »

Yuri s'en était douté : quand il avait quitté sa chambre au harem, il avait bien vu le plus vieux ranger la fiole dans une poche qui n'était probablement pas censée exister sur l'uniforme d'un capitaine et, en constatant qu'elle était identique à celle de Garista, il les avaient discrètement échangées – vu le personnage, le sorcier allait très certainement vouloir la récupérer et vu sa vigilance, il espérait la revoir vide.

« Ça le fait pas pour un capitaine de vénérer un dieu autre que Sol. » murmura le jeune Nyx sur un ton taquin. « Tu te trahis là. »

« N'oublie pas à qui tu dois les quelques nuits où tu n'es pas revenu malade dans ta chambre. »

Le dieu des ténèbres n'était pas vénéré que par ses enfants : les espions et les voleurs lui faisaient souvent des offrandes, ce que Yuri avait appris avec un certain Raven… aussi connu sous le nom de Schwann Oltorain et qui était aussi celui qui était en partie responsable de la situation dans laquelle il se trouvait actuellement. Le jeune homme s'était demandé un bon moment comment il avait pu ne pas se méfier de cet homme à l'époque. S'il avait su à qui il avait réellement affaire, il n'aurait jamais tenté de profiter de la venue du roi à son village pour essayer de l'hypnotiser et ne serait pas tombé dans le piège qui lui avait été tendu.

Mais Raven était aussi celui qui le protégeait face à Garista. Le sorcier concoctait toutes sortes de drogues à son intention et une bonne partie avait été interceptée par l'espion. Elles étaient conçues pour le rendre docile, au point de parfois le plonger dans un état léthargique des plus désagréables quand il en sortait. A cause de son statut, il était contraint de les prendre quand elles lui étaient prescrites afin d'éviter toute tentative de s'en prendre au souverain.

L'écho d'une paire de sandales sur le sol de marbre se fit entendre à environ cinq mètres d'eux puis s'arrêta face à lui. L'odeur épicée qui lui vint aux narines, un mélange de safran, de cardamone et de cannelle, était amplement suffisant pour savoir qui se tenait à cet endroit : le roi Thar.

« Bonsoir Yuri. » fit son Altesse d'une voix chaude tout en lui caressant la joue du dos de la main, un geste qu'il faisait toujours avec lui en privé. « Encore une fois, tu es d'une beauté à couper le souffle ce soir. »

« Je pourrais en dire autant de sa Grandeur si je pouvais la voir dans toute sa splendeur. » répliqua un peu sèchement le jeune homme.

Tout autre pensionnaire du harem aurait évité de mal parler au souverain mais le favori n'était pas comme eux. Contrairement à eux, il ne cherchait pas à s'attirer les faveurs royales via de permanentes courbettes et des flatteries incessantes. Il ne se gênait pas pour dire le fond de sa pensée quand il en avait l'occasion et, en échange de cette liberté d'expression, il se pliait plus ou moins sagement aux envies de son amant.

« Ha ha ha ! J'admets que c'est un vrai gâchis de cacher un si beau regard mais il m'est très difficile de te convoquer à des heures où Sol brille dans le ciel. » fit le roi en glissant sa main sous son menton avant de rapprocher son visage du sien. « Quoique te garder ici jusqu'à l'aube ne me déplairait point. Te voir après nos étreintes, avec les teintes du levant éclairant la pièce, doit être un spectacle des plus grandioses. »

« C'est un nouveau fantasme ? » osa demander Yuri sur un ton légèrement sarcastique. « A ce rythme, nous n'en ferons jamais le tour votre Altesse. »

Un léger rire amusé lui répondit. Il sentit ensuite les lèvres du roi contre les siennes durant à peine deux secondes puis l'une de ses mains puissante se refermer sur son poignet.

« Nous avons le temps avant de s'attaquer à cette étape. » déclara le souverain en l'emmenant avec lui jusqu'au lit puis en le faisant s'y s'asseoir. « J'ai cru entendre que tu avais un nouveau garde. Te convient-il ? »

« Je dois admettre qu'il est le premier à être tout de suite accepté par Repede. » fit le favori sans entrer dans les détails. « Autrement, ça change d'avoir quelqu'un qui ne vient pas de la ville… »

« Ce qui n'est pas une raison valable pour déjà tester ses limites. » coupa le capitaine Schwann sur un ton de reproche. « Pardonnez-moi votre Altesse mais s'il pouvait cesser de dégoûter ses gardes, cela me faciliterai grandement la tâche car trouver des remplaçants devient de plus en plus compliqué… »

Le jeune homme n'entendit pas de réponse, probablement parce qu'elle avait dû se faire par un hochement de tête. Cependant, il ne tarda pas à sentir une main chaude et légèrement rugueuse se glisser dans l'ouverture de sa tunique, venant explorer son buste dans un geste plus possessif qu'affectif.

Un nouveau venu au harem sursauterait face à cette action, n'ayant pas encore connaissance des habitudes et préférences du souverain quand il s'agissait de l'acte sexuel et des préliminaires. Yuri était là depuis suffisamment longtemps pour savoir qu'elles variaient d'un favori à un autre ainsi que suivant les humeurs du roi – il avait parfaitement compris que Raven faisait souvent exprès de le choisir lorsque le roi Thar était d'une humeur exécrable car, dans ces cas-là, son partenaire n'avait pas intérêt à jouer la carte de la flatterie s'il voulait éviter une séance de sexe des plus brutales où le seul but était de déverser sa rage.

Avant d'entrer physiquement au harem, le jeune Nyx avait dû suivre le roi dans le reste de son voyage près du fleuve Neilos, période qu'il avait essentiellement passée attaché dans les appartements royaux. La première nuit où il avait dû se plier aux exigences de l'accord conclu entre eux – à savoir la survie de ceux de son village contre son entrée au harem –, il s'était quelque peu rebellé en mordant avec force le souverain, ce qui lui avait valu d'être « maté » dans un grand coup de reins particulièrement douloureux. Dans un murmure à son oreille, Thar lui avait bien fait comprendre qu'il n'appréciait pas du tout qu'on cherche à le dominer et Yuri, après avoir difficilement ravalé sa fierté, avait accepté d'être plus docile. Les fois suivantes furent moins brutales, plus particulièrement quand Raven lui donnait à boire un aphrodisiaque qui le rendait plus sensible aux caresses qu'il recevait tout en le plongeant dans un état légèrement euphorique – l'alcool présent dans la mixture en était très certainement à l'origine, le jeune homme ayant une faible tolérance aux boissons en contenant au point qu'il essayait d'éviter d'en boire quand il le pouvait.

« Cet après-midi a été épuisant et assez ennuyeux. » lui susurra Thar à l'oreille. « Je suis curieux de voir comment tu comptes me divertir. »

Effectivement, il avait intérêt à être apte à réfléchir ce soir car il allait avoir besoin de son imagination. Heureusement pour lui qu'il en avait à revendre.

« Si son Altesse m'y autorise, je peux l'aider à évacuer la tension qu'elle a tendance à avoir au niveau des épaules. » suggéra le Nyx en posant ses longues mains sur la partie du corps concernée avant de légèrement la palper, sentant clairement que les muscles étaient tendus à cet endroit.

Un grognement appréciateur se fit entendre tandis qu'il commençait à masser cette zone avec précaution – c'était Karol qui lui avait appris comment faire certains massages un jour où il s'ennuyait. Il fut brusquement interrompu quand il se retrouva plaqué contre le corps du roi et qu'il colla son visage contre sa nuque, humant son odeur avec un plaisir non dissimulé tout en lui arrachant des soupirs de plaisir en lui mordillant cette partie qui était assez sensible chez lui. Par réflexe et aussi par habitude, il pencha la tête sur le côté, facilitant la tâche du roi qui était concentré à lui faire un suçon, ce dont le jeune homme n'eut aucune difficulté à deviner via le mouvement des lèvres sur sa peau – son épiderme ne frottant contre rien de particulier, il en conclut que le souverain devait s'être rasé aujourd'hui.

« Au cas où sa Majesté l'aurait oublié, elle n'a pas pris le temps de dîner ce soir. » rappela le capitaine avec neutralité, ce qui fit se décaler le roi Thar de son amant. « Je peux lui faire apporter une collation pour elle et son favori si elle le désire. »

« Un repas léger sera parfait. » approuva le souverain en posant une main au creux des reins de Yuri. « Le dessert n'en sera que meilleur après. »

Le geste était possessif, le jeune Nyx le savait parfaitement. S'il était connu que les pensionnaires du harem s'échangeaient des faveurs sexuelles, ils devaient cependant se montrer discrets vis-à-vis de cela quand ils quittaient cette partie du palais, surtout s'ils étaient parmi les favoris. Le roi tolérait difficilement ce fait et, si par malheur, il arrivait à ses oreilles qu'un de ses amants venait à le tromper avec un serviteur ou un garde, les concernés finissaient décapités. Pour cette raison, personne ne parlait des évènements du harem en face du souverain car, suivant son humeur du jour, il pouvait aussi punir celui qui lui rapportait l'information.

« Avant que nous ne commencions, y-a-t-il quoique ce soit que tu souhaites pour toi ? » lui demanda le roi Thar tout en lui ôtant sa tunique.

« Je suis là pour satisfaire vos désirs et non… »

« … les tiens. » compléta le souverain avec un léger amusement. « De tous mes favoris, tu es le seul dont les demandes tiennent sur les doigts d'une seule main. »

Cela était vrai. Yuri était l'unique pensionnaire du harem à ne jamais rien demander en faveurs, faisant que ce qu'il obtenait en vêtements et bijoux étaient uniquement des présents directs du roi – la majorité du temps, ces cadeaux coïncidaient avec les soirs où il était désigné pour aller aux appartements royaux mais il les refusait fréquemment ou les renvoyaient une fois venu le lendemain. Les deux seules requêtes qu'il avait formulées furent pour faire de Karol son serviteur personnel et faire rentrer Repede au harem.

Cependant, jamais il n'avait demandé sa liberté car il se souvenait encore parfaitement des conséquences dramatiques de sa seule tentative d'évasion : en guise de punition, le garde et le serviteur qu'il avait à l'époque avaient été exécutés sous ses yeux.

« Si c'est pour cette raison que vous videz les caisses en babioles sans intérêt que vous me faites amener sans arrêt, utilisez plutôt l'argent des impôts pour financer autre chose. » lança le jeune Nyx avec une pointe d'ironie. « J'ai pas besoin de votre aide pour encombrer ma chambre. »

« Je cru le remarquer. » répliqua le roi Thar tandis que des bruits de pas discrets, probablement ceux de serviteurs, se firent entendre. « En tant qu'hôte, il est de mon devoir de m'assurer que mes invités n'aient besoin de rien. »

« Oh ? Ce n'est pourtant pas ce que raconte le charmant tatouage que j'ai en haut du dos… »

Se fiant aux sons qu'il percevait, Yuri comprit que le repas de son Altesse était arrivé. A tâtons, il se déplaça jusqu'à être face au dos du souverain puis plaça ses mains sur ses épaules et commença à palper la zone à masser. Le silence régna tandis qu'il se concentrait à sa tâche.

Ses pensées vagabondèrent jusqu'à le ramener trois ans en arrière, au jour où il avait violemment chassé le percepteur royal et convaincu les habitants de son village de se révolter. Rita, une amie à lui, envisageait à l'époque de monter à la capitale pour y consulter différents registres. Avait-elle trouvé les réponses qu'elle cherchait ? Quant à Judith, une krytienne qui s'était récemment installée parmi eux, priait-elle toujours ardemment Océan afin qu'il partage ses bienfaits avec le peuple d'Hélios ou était-elle retournée à Myorzo ?

Dans ces moments-là, il regrettait vraiment d'être ainsi en captivité, n'ayant que de vagues échos de ce qu'il se passait dans le royaume…

« Je vais devoir m'absenter pour deux jours. » déclara le roi Thar en se tournant légèrement vers lui. « Un nouveau vent de révolte commencerait à souffler parmi le peuple. »

« Et en quoi cela me concerne ? » demanda Yuri un peu brutalement, cessant par la même occasion de masser les épaules du souverain.

Le son d'un flacon que l'on ouvrait ainsi qu'une légère odeur d'huile d'olive vint à ses narines. Le jeune Nyx n'eut pas besoin de plus pour savoir que le temps des dialogues constructifs était fini et il s'allongea sur le dos, les jambes à moitié pliées et attendant la suite des évènements. Elle ne tarda pas : le reste de ses vêtements lui furent ôtés, le laissant complètement nu sur les draps en lin. En sentant les mains du roi se poser sur ses pieds et remonter lentement le long de ses jambes, il écarta ses cuisses au même rythme, stoppant une fois que les doigts atteignirent l'aine. Il laissa échapper un léger soupir quand le souverain vint effleurer de ses lèvres l'intérieur de chacune ses cuisses, laissant ses longs doigts s'agripper aux draps en lin tandis qu'il sentit un souffle chaud sur ses parties intimes, provoquant un frisson le long de sa colonne vertébrale.

Un froissement de tissu lui indiqua que le roi devait probablement ôter son pagne, seul vêtement que le favori était certain qu'il portait. L'odeur de l'huile d'olive revint à ses narines, plus puissante, et il n'eut pas à attendre longtemps pour que deux doigts poisseux viennent se poser contre son anus puis s'y glisser en lui arrachant un grognement d'inconfort.

Yuri s'était depuis longtemps accommodé à ce genre de traitement. Les premiers jours, en plus des douleurs en bas du dos, il lui arrivait de vomir en repensant à ce qu'il avait dû faire – aujourd'hui, les rares fois où il rendait ce qu'il avait avalé étaient quand il était obligé de boire une des mixtures de Garista. Il s'estimait souvent heureux de ne pas être une femme car vu le temps qu'il passait avec les cuisses écartées, c'était certain qu'il aurait déjà eu plusieurs enfants et qu'il serait encore plus paranoïaque qu'actuellement dans le harem.

En sentant cette décharge familière à l'intérieur de son corps, le favori lâcha un gémissement de volupté et il se laissa aller à ces sensations si plaisantes…

-§-

N'arrivant pas à dormir, Flynn avait discrètement quitté les appartements du favori pour marcher un peu et en profiter pour se familiariser un peu plus avec les lieux. La nuit régnant, l'ambiance et les températures étaient totalement différentes, au point que la fraîcheur nocturne lui donnait la chair de poule. Excepté quelques serviteurs qui nettoyaient la cour et un garde, le jeune homme ne vit personne, que ce soit dans la partie de favoris ou dans le reste du harem. Tous ceux qui habitaient ici étaient très certainement en train de dormir.

En revenant sur ses pas, le jeune garde passa de nouveau en vue du troisième bâtiment et dont l'accès était totalement fermé par des grilles de métal. L'obscurité lui donnait un air des plus sinistres, comme s'il était hanté.

Peu enthousiaste à l'idée de rester dans les parages, il retourna d'où il venait sans s'apercevoir que la pierre de son bracelet s'était mise à luire faiblement tandis qu'il observait cet endroit…


NB : Pfiou… Enfin fini… Depuis le temps qu'il traînait ce projet, je me demandais si j'arriverais enfin à achever le début.

Auteur vs Persos :

(Suite à la canicule, Kaleiya a préféré déménager dans un pays bien plus frais le temps que les températures redeviennent supportables chez elle)

kaleiyahitsumei: (Default)
2015-09-07 03:55 pm

Par Osiris et par Apis

 Titre : Par Osiris et par Apis…

Auteur contaminée par la folie de sa comparse : Kaleiya Hitsumei

Beta forcée de constater que sa folie est contagieuse : Eliandre

Disclaimer : Ni Tales of Vesperia, ni Les douze travaux d'Astérix ne sont ma propriété.

Note : Ceci est une tentative de suite de ma part de « L'île du Plaisir » écrite par ma comparse et qui, bien entendu, m'a donné son autorisation.


 

Par Osiris et par Apis…

Quelque part à Desier, il était possible de trouver la demeure d'un hypnotiseur, reconnaissable à son entrée triangulaire et aux personnes qui en sortaient… en se comportant comme s'ils étaient devenus des animaux. Personne n'avait résisté au regard envoûtant de cet être hors du commun et, pour cette raison, l'empereur Ioder avait estimé qu'il serait une excellente épreuve pour savoir si leurs deux invités étaient d'une étoffe divine ou non. S'ils venaient à échouer et à succomber eux aussi à cette influence mystique, cela lui ferait une nouvelle distraction des plus intéressantes…

« Ce n'est parce qu'ils ont vaincu les prêtresses de l'île du Plaisir et nos meilleurs soldats qu'ils… » commença Alexei avant de froncer le nez en entendant quelques soupirs rêveurs de la part des autres conseillers ainsi que quelques murmures vantant les mérites des femmes vivant au milieu du lac de Sharess. « Au lieu de penser à votre retraite messieurs, concentrez-vous sur la situation actuelle ! Ils ont déjà vaincu quatre des obstacles que nous leur avions préparés ! »

« Laissez-les donc faire. » lui déclara le jeune souverain avec un sourire amusé. « Ils ne sont pas aussi tenace que vous et moi face aux charmes féminins et puis n'oubliez pas que nos amis ont encore huit épreuves à réussir pour remporter le petit pari que nous avons fait avec eux. »

« Cela est exact. Rien que de penser à certaines d'entre elles, j'avoue avoir un peu pitié d'eux… »

« Justement, vous souvenez-vous de cet hypnotiseur à Desier ? »

« Comment l'oublier ? Une dizaine de nos hommes se prennent encore pour des chiens et aboient dès que l'on s'approche trop près d'eux… Ne me dites-pas que c'est cela l'épreuve que vous leur avez réservée ensuite ? »

Le sourire de l'empereur Ioder s'accentua à cette phrase et, face à cette vision, Alexei ne put que frémir face au génie machiavélique qui se cachait derrière ce visage d'ange et avoir une pensée pour celle qu'ils avaient désignée pour accompagner les deux hommes – elle avait longuement protesté contre ce voyage imposé mais c'était ça ou les lions vu qu'elle était en sursis pour avoir accidentellement brûlé sa demeure et celle d'un de ses voisins – en tant que témoin et arbitre pour valider leurs réussites ou leurs échecs.

Rita arriverait-elle à les ramener jusqu'à Zaphias s'ils échouaient à Desier ? Le conseiller avait quelques doutes sur la chose…

-§-

Si tout s'était passé comme prévu et sans encombre, Flynn aurait été de retour à Danhgrest et aurait fait le rapport sur ses découvertes à Don Whitehorse, le chef de son village. Cependant, lui et Raven ignoraient qu'un piège redoutable les attendait dans les bois de Quoi, plus précisément au milieu du lac de Sharess en la personne des prêtresses de l'île du Plaisir. Si son aîné y avait immédiatement succombé en entendant les chants mélodieux de ces demoiselles, le plus jeune avait réussi à conserver ses esprits mais, en voulant s'échapper, il s'était retrouvé nez à nez avec le seul habitant des lieux qui n'était pas une femme…

Durant un mois entier, il avait été retenu captif sur l'île. On pouvait supposer qu'il avait réussi seul à s'évader avec le temps et ainsi poursuivre sa mission mais en réalité, cela s'était passé bien différemment…

Assis sur un banc de pierre dans ce qui servait apparemment de salle d'attente au responsable de cette épreuve, Flynn attendait patiemment leur tour en compagnie de Rita, une adolescente aux cheveux châtain et aux yeux verts dont la tunique rouge et noire était légèrement brûlée par endroits, et de… Yuri, demi-frère de la Grande Prêtresse de l'île du Plaisir qui, de par le bâillement qui lui avait échappé, s'ennuyait ferme – s'il l'avait voulu, il aurait pu au moins penser à changer de vêtements avant qu'ils n'embarquent sur ce bateau pour Desier car cette toge sombre était loin d'être faite pour voyager et le guerrier était forcé de se retenir à chaque fois de baisser les yeux quand il devait lui parler.

Pour pleinement comprendre cette bizarrerie, il fallait revenir en arrière dans le temps… plus précisément dans les dix derniers jours de sa captivité.

L'île du Plaisir était loin d'être un lieu tenu secret et il arrivait que, de temps à autre, quelques hommes viennent volontairement s'y égarer. Cela n'avait rien d'anormal… sauf que le nombre « d'invités » explosa subitement à cette période, faisant que le seul autochtone mâle des lieux se retrouva avec bien plus de choses à faire que ce dont il était habitué, ce qui n'était pas du tout de son goût. Il s'était bien entendu plaint auprès de sa sœur… mais celle-ci lui avait répliqué qu'elles aussi étaient débordées et qu'il n'avait qu'à utiliser son « séduisant guerrier blond » pour l'aider.

Cependant, quand il avait constaté l'intérêt un peu trop marqué des prêtresses sur la personne du guerrier de Danhgrest, cela éveilla en lui une forte jalousie qui fit qu'il eut une violente dispute avec Judith sur ce sujet…

Tôt le lendemain matin, Yuri avait préparé des vivres pour deux personnes puis, après avoir pris une carte des bois de Quoi trouvée dans les affaires de sa sœur, il avait embarqué Flynn – les effets du nectar commençaient à se dissiper à ce moment-là vu que celui aux longs cheveux noirs avait cessé de lui en donner le soir précédent – et dérobé une barque afin de pouvoir quitter l'île du Plaisir.

Bien évidemment, quand le guerrier avait enfin pleinement retrouvé ses esprits, ils étaient au milieu des bois et il avait voulu revenir en arrière pour aller chercher Raven tandis que Yuri, lui, refusait obstinément de le laisser retourner là-bas. Agacé par cette situation et aussi par son nouveau compagnon de voyage dont il se serait bien passé, Flynn et lui avaient fini par se quereller verbalement puis en venir aux mains… ce qui, de par le boucan qu'ils faisaient et le fait qu'ils étaient plus proches de la sortie côté Zaphias qu'ils ne le pensaient, avait attirés les soldats de l'empereur jusqu'à eux, faisant qu'ils furent tous deux faits prisonniers et conduits dans les cellules de la capitale.

Le lendemain matin, l'empereur Ioder les avaient fait amenés dans sa salle d'audience où ils furent reçus par lui et ses plus proches conseillers. Le guerrier avait ainsi appris que lui et son aîné avaient bel et bien été piégés mais, se déclarant fondamentalement bon, le souverain avait décrété qu'il était prêt à passer l'éponge sur cette tentative d'espionnage de la part de Danhgrest à condition que le jeune homme accepte le pari qu'il lui proposait – il savait aussi que Yuri venait en fait de l'île du Plaisir, cela parce qu'il venait de recevoir un message de Judith qui souhaitait ardemment voir son cher frère lui revenir, ce qui n'était pas du goût du concerné. Si le jeune homme aux cheveux d'or refusait cette proposition, alors son redoutable village serait rasé par l'armée impériale.

Flynn avait donc ouvert grand ses oreilles et accepté cette proposition en grinçant des dents.

Après cela, l'empereur lui expliqua que certains de ses conseillers, impressionnés de voir qu'il avait résisté aux charmes de l'île du Plaisir, avaient émis la supposition que lui et ses compatriotes n'étaient pas des êtres humains, une idée qui l'avait beaucoup amusé et qu'il avait décidé de creuser en lui imposant une douzaine d'épreuves à réussir avant de gagner une paix durable entre Zaphias et Danhgrest – son évasion de l'île du Plaisir avait été comptée comme le premier défi réussi. Bien entendu, en cas d'échec, la guerre serait déclarée, ce qui plaçait un lourd fardeau sur les épaules du jeune homme.

L'après-midi, il fut placé dans une arène et fit face à sa deuxième épreuve, avec l'empereur et ses plus proches conseillers en guise de spectateurs ainsi que Yuri, ce dernier ayant obtenu le statut d'invité vu qu'il avait exprimé le souhait de ne pas retourner d'où il venait.

Les trois défis qui lui avaient été préparés dans ce lieu étaient de vaincre le maître d'une discipline particulière au sein de l'armée. Le premier étant un duel à l'épée, il le remporta sur la technique, désarmant son adversaire en profitant d'une faille dans sa défense dû à un excès de confiance. Le deuxième fut un concours de tir à l'arc et là, il dut remercier Raven de lui avoir enseigné ses méthodes de chasse et aussi dame Chance qui était de son côté. Par contre, la dernière fut un combat au corps à corps, un domaine où il aurait normalement dû mener mais en plus de se retrouver face à un adversaire plus petit que ce à quoi il s'était attendu, il s'était, par trois fois, fait mettre au tapis d'une manière totalement inattendue.

Alors qu'il s'était relevé pour un quatrième essai, à sa plus grande surprise, Yuri avait sauté dans l'arène… pour demander à son adversaire s'il pouvait lui expliquer comment il avait fait pour envoyer plus fort que lui à terre. Très pédagogue, le maître avait enseigné les mouvements au jeune homme aux longs cheveux noirs en lui servant de cobaye pour vérifier qu'ils les avaient bien assimilés. Ainsi, Flynn constata que le frère de la Grande Prêtresse de l'île du Plaisir apprenait très vite… et qu'il n'avait rien à envier à Raven dans le domaine de la ruse car, au bout d'un certain temps, celui que le guerrier n'avait pas pu vaincre était habilement neutralisé, battu par ses propres techniques de combat.

Face à cela, plusieurs conseillers avaient crié au scandale et déclaré que cette épreuve n'était pas valide mais Yuri, le regard sombre fixé sur l'empereur, avait rappelé à tous qu'il y avait deux espions en route pour Zaphias – lors de son séjour sur l'île du Plaisir, le guerrier aux cheveux d'or, dans son délire dû au nectar, avait vaguement parlé de Danhgrest et évoqué la mission qui lui avait été confiée, ce qui avait ensuite été confirmé par les déclarations du souverain – et que tant que l'un d'eux était retenu au milieu du lac de Sharess, il était tout à fait en droit de le remplacer. Ioder accepta très facilement ces arguments, ce qui ne plut guère à ses collaborateurs… jusqu'au moment où il leur rappela qu'ayant lui aussi résisté aux charmes des prêtresses, ce jeune homme était tout à fait apte à prendre part à ces épreuves.

Et voilà donc comment, après que Rita leur fut attribuée comme témoin, Flynn pouvait continuer à affronter les défis qu'on lui avait réservés afin de s'assurer de la sauvegarde de son village. Il avait une énorme dette envers Yuri, ce dont il se serait bien passé – bon, son compagnon d'infortune avait lui aussi intérêt à ce qu'ils réussissent car l'idée de rentrer chez lui ou d'être au service exclusif de l'empereur ne semblait pas du tout lui plaire.

« Bon, pour résumer votre défi du jour, vous allez devoir réussir à résister à Iris, un hypnotiseur qui fait pas mal de dégâts dans la région. » leur exposa l'adolescente en lisant les documents qu'on lui avait fourni avant leur départ en bateau. « Personne n'a réussi à lutter contre son emprise et le nombre de ses victimes se compterait par milliers si la zone n'était pas aussi peu peuplée. Quelques-uns viennent ici volontairement mais ils ne doivent pas être très sains d'esprit… »

« Comme la fille qui est assise là ? » demanda nonchalamment Yuri en désignant une femme trop maquillée qui était déjà là avant eux et dont les habits avaient dû lui coûter une petite fortune.

« Oui, et certainement celui qui est actuellement en rendez-vous… »

A peine ces mots furent prononcés par la jeune fille qu'un son clair retentit derrière la porte de pierre menant au salon de l'hypnotiseur. L'iris de l'œil peint sur celle-ci se mit à émettre une faible lueur orangée et, quand une voix rauque commença à se faire entendre, son intensité se mit à varier suivant les paroles prononcées…

« Par Osiris et par Apis, regarde-moi, regarde-moi bien… Tu es maintenant un chat, par Osiris et par Apis, oui… Un chat. Par Osiris et par Apis… »

Flynn échangea un regard intrigué avec Yuri, tous les deux se posant quelques questions sur ce qu'il était en train de se produire. Etaient-ils témoins d'un tour de magie ?

-§-

Il n'aurait peut-être pas dû quitter l'île sur un coup de tête mais entre être ici, s'occuper des corvées en espérant qu'une des filles ne tenterait pas de forcer la porte de sa chambre – en même temps, il aurait quand même dû rendre tous ses vêtements à Flynn ce jour-là au lieu de l'exposer quasi-nu aux regards des jeunes prêtresses qui n'avaient pas encore très bien intégré leurs coutumes – ou devoir servir ce gamin – le jeune homme ne pouvait pas s'empêcher de s'en méfier, très certainement à cause du sourire qu'il lui avait fait tout en le détaillant du regard –, Yuri ne regrettait nullement son choix, surtout qu'il n'avait jamais rien connu d'autre que l'île du Plaisir.

Accompagner le guerrier de Danhgrest dans ces épreuves promettait d'être une aventure des plus intéressantes et, qui plus est, cela lui donnait tout le loisir de profiter de sa compagnie, même si celui-ci prétendait qu'il n'était pas d'accord pour qu'il se montre aussi collant avec lui.

Un fait dont le frère de la Grande prêtresse était certain, c'était que son compagnon de voyage s'était montré très résistant face aux effets du nectar et que s'il avait trop attendu pour quitter l'ile, il aurait été contraint de le faire seul car celui aux cheveux d'or aurait probablement fini par succomber, comme les autres avant lui. Certes, il existait un autre moyen de lui faire reprendre ses esprits mais c'était sa chère sœur qui l'avait en sa possession et jamais elle ne le lui aurait fourni…

Dans tous les cas, le jour où il reverrait Judy, ça allait barder pour lui…

Cependant, Yuri avait suffisamment bien étudié Flynn sur l'île du Plaisir pour savoir qu'il ne voyait pas quand une personne avait de l'intérêt pour lui, ce qui pouvait expliquer une partie de sa ténacité vu qu'il était incapable de comprendre que quelqu'un était en train d'essayer de flirter avec lui. Son côté un peu pudique lui faisait éprouver de la gêne en voyant des personnes très légèrement vêtues mais ce n'était pas à prendre pour une possible attirance physique car la vraie raison de sa forte résistance face aux charmes des prêtresses était que, tout comme le seul habitant masculin des lieux, la gent féminine n'avait pas le moindre effet sur lui.

Bon, ce n'était pas la première fois que Yuri avait dû s'occuper d'hommes qui étaient dans ce cas mais généralement, ils tombaient tous sous ses charmes avec une facilité déconcertante, au point qu'il les délaissait rapidement pour les abandonner aux soins des femmes de l'île.

Mais Flynn, lui, avait été le premier à ne pas pleinement lui succomber alors qu'il était sous l'influence du nectar… Le guerrier avait été son premier réel défi et maintenant qu'il était de nouveau maître de lui-même, le véritable challenge était en cours : réussir à le séduire sans utiliser le moindre artifice.

Pour en revenir à leur situation actuelle, Yuri ne savait pas trop comment appréhender cette épreuve pour le moment. Qu'est-ce qui pouvait bien se cacher derrière cette porte et, surtout, comment parvenir à résister à l'hypnose ? Si seulement il savait ce qu'il se passait réellement dans cette pièce…

« Par Osiris et par Apis… Tu es un chat, oui un chat… Par Osiris et par Apis… Cha c'est un joli matou cha ! Maintenant va t'en ! »

Sur ces mots, la porte de pierre s'ouvrit et laissa sortir un homme… qui se déplaçait à quatre pattes et en miaulant. Il s'arrêta à un moment donné pour se lécher la main… avant de tendre une de ses jambes au sol et passer soigneusement sa langue dessus, comme le ferait un chat pour faire sa toilette.

Estomaqué, Yuri échangea un regard choqué avec Flynn avant de se tourner vers Rita, celle-ci ayant suivi la scène avec une exaspération très facile à percevoir.

« Vous comprenez maintenant pourquoi je disais qu'il ne faut vraiment pas avoir toute sa tête pour vouloir finir ainsi ? » leur demanda-t-elle dans un soupir de dépit.

« Existe-t-il un moyen d'inverser cela ? » questionna le guerrier avec une pointe d'inquiétude dans la voix, ce qui était parfaitement compréhensible de par la situation.

« Si c'était le cas, je peux vous garantir que cela se sau… »

La jeune fille s'était brusquement interrompue au milieu de sa phrase, très certainement à cause de l'homme chat qui, ayant achevé sa toilette corporelle, était venu se frotter contre elle en ronronnant de bonheur. Un grondement résonna dans la gorge de l'adolescente et, ses yeux verts luisant de fureur, elle se tourna vers celui qui l'avait interrompue pour lui coller avec violence son pied droit sur son postérieur, le projetant deux mètres plus loin. L'hypnotisé poussa un gémissement plaintif avant de vite sortir des lieux…

« Je vous attendrai dehors… » grommela Rita tout en se dirigeant vers la sortie d'un pas rapide.

Juste après que leur arbitre les ait quittés, la femme trop maquillée fut appelée à voir l'hypnotiseur et la porte de pierre se referma derrière elle, laissant les deux jeunes hommes complètement seuls dans cette salle d'attente.

« Comment parvient-il à… » commença Flynn avant de s'interrompre puis de lâcher un soupir d'agacement. « Je te prierai de poser ta main ailleurs… »

Yuri fit mine de n'avoir rien entendu du tout et laissa glisser ses doigts le long de la cuisse du guerrier, se délectant des frissons qu'exprimait son homologue face à ce contact qui était loin d'être innocent et savourant la vision de ses joues qui prenaient une teinte rosée. Cela aurait été plus amusant s'il ne portait pas ce pantalon marron ainsi que cette tunique bleue mais il trouverait bien une occasion de les lui enlever de nouveau.

A l'instant même où son compagnon de voyage tourna la tête vers lui, certainement pour lui dire d'arrêter de le tripoter de cette manière, il en profita pour lui dérober un baiser en posant sa bouche contre la sienne. Bien que cela n'ait duré que quelques secondes, il avait bien pu sentir que celui aux cheveux d'or s'était figé face à ce geste et en constatant que son visage avait viré au cramoisi, il ne put retenir un sourire victorieux, admirant ces yeux bleus qui essayaient tant bien que mal de ne pas se baisser vers la partie de sa toge qu'il avait écartée à l'instant, découvrant ainsi un peu plus son corps. N'étant pas sur l'île du Plaisir, il n'était pas forcé de le persuader de s'abandonner aux sensations qu'il était prêt à lui offrir… mais cela ne l'empêcherait pas de tenter sa chance dès qu'il voyait une ouverture.

Il s'apprêtait à l'embrasser de nouveau quand le même son clair retentit, signifiant qu'il allait devoir retenter cela plus tard et qu'il devait se concentrer sur ce qu'il allait entendre…

« Par Osiris et par Apis, regarde-moi bien ! Tu es maintenant une poule, par Osiris et par Apis, une poule. »

Cette fois-ci, la porte de pierre s'ouvrit plus rapidement et la femme trop maquillée en sortit… se déplaçant de la même manière que la gallinacée cité par l'hypnotiseur. Elle s'arrêta à leur hauteur en les regardant curieusement puis, quand elle tenta de picorer les pieds du guerrier, Yuri fit un grand « BOUH ! » qui la fit sursauter puis s'enfuir en criant. En voyant le regard réprobateur de Flynn, le jeune homme aux longs cheveux noirs se contenta de hausser les épaules et de remettre sa toge en place.

« Au suivant ! »

C'était donc leur tour et ils n'avaient toujours aucun indice sur ce qu'il allait se passer. Ils auraient donc très peu de temps pour trouver comment résister à l'hypnotiseur…

En parlant du loup, une fois que la porte de pierre se soit fermée derrière eux, ils purent constater que la pièce dans laquelle ils étaient était seulement éclairée par des bougies et que, derrière un bureau sur lequel se trouvait une sacrée pile de parchemins et de tablettes en pierre, se trouvait un homme vêtu d'un long manteau jaune et portant une coiffe bleue avec, au niveau du front, une petite lampe à huile qui éclairait son teint basané, ses yeux immenses, son grand nez busqué et la fausse barbe qu'il portait au menton. Voilà donc à quoi ressemblait Iris…

« Qu'est-ce que c'est ? Ah oui ! Je vous attendais ! » s'exclama l'hypnotiseur avec une satisfaction plus que visible. « Normalement, je fais passer un petit entretien à mes patients pour mieux les connaître mais comme vous le voyez, j'ai un carnet de rendez-vous plutôt chargé. »

Il désigna la fameuse pile de parchemins sur son bureau qui attestait, comme l'avait dit Rita, qu'il avait pas mal de personnes qui venaient le voir de leur plein gré.

« Bien, lequel d'entre vous va se prêter en premier à cette petite expérience ? » demanda Iris en souriant de toutes ses dents.

A cet instant, Yuri eut enfin un plan pour affronter cet homme mais, pour le mettre en action, il n'avait pas d'autre choix que de prendre un sacré risque et espérer que son idée allait fonctionner. Il fit donc un pas en avant et leva la main.

« Moi je veux bien essayer. »

-§-

S'il y avait bien une chose qui agaçait Flynn, c'était ce jeu que Yuri avait trouvé et qui consistait à essayer de l'embrasser à la moindre occasion qui se présentait. Dès qu'il sentait le contact, loin d'être désagréable, de ces lèvres douces et sucrées contre les siennes, il ne pouvait s'empêcher de revoir certains passages de son séjour sur l'île du Plaisir et de se souvenir à quel point il avait apprécié d'être collé à ce corps à la peau claire et aux senteurs parfumées – quoique depuis qu'ils avaient quitté les bois de Quoi, le parfum du jeune homme à la longue chevelure sombre n'était plus masqué par les odeurs des diverses huiles qu'il avait utilisé pour le masser, lui permettant ainsi de percevoir, quand il se tenait très près de lui, cette légère fragrance à la fois boisée et acidulée.

Quand ils furent appelés par l'hypnotiseur, le guerrier avait retenu un soupir de soulagement et s'était pleinement concentré sur comment réussir cette épreuve… jusqu'au moment où Yuri se porta volontaire pour subir l'hypnose.

Il fixa son compagnon d'infortune à la fois avec étonnement et crainte. Celui-ci dut percevoir sa peur car il lui fit un sourire confiant, très certainement pour le rassurer mais Flynn avait bien vu que ce regard sombre était rempli d'incertitudes. Respectant sa décision, il le laissa aller à l'endroit où deux chaises étaient l'une face à l'autre, prenant place sur l'une d'elles tandis qu'Iris s'assit avec cérémonie sur l'autre.

« Vous êtes prêt ? Je commence ! »

Le mystérieux son clair retentit et Flynn comprit à quoi il correspondait : au regard de l'hypnotiseur qui s'allumait et projetait une lumière dorée sur le visage de sa future victime.

« Par Osiris et par Apis, regarde-moi… » commença Iris de cette voix rauque qu'ils avaient entendue dans la salle d'attente.

« Comment vous arrivez à faire ça avec vos yeux ? » demanda subitement Yuri en penchant la tête sur le côté et, de ce qu'en voyait le guerrier, en essayant comme il le pouvait de ne pas éclater de rire.

C'était osé de faire cela mais, en constatant que l'hypnotiseur avait arrêté de parler et que son regard s'était éteint dans ce même son clair, Flynn songea que son compagnon de voyage avait peut-être trouvé comment lui résister… mais fallait-il encore que ce coup de bluff fonctionne jusqu'au bout.

« Silence ! » ordonna Iris avec une pointe d'agacement avant de rallumer ses grands yeux. « Concentre-toi ! »

C'était certain à présent : leur adversaire avait été déconcentré. Cependant, cela allait-il suffire ? Le guerrier n'avait aucune idée de ce que le frère de la Grande Prêtresse pouvait bien avoir comme stratégie pour venir à bout de cet homme.

« Par Osiris et par Apis, regarde-moi, regarde-moi bien… Par Osiris et par Apis tu es un… » reprit l'hypnotiseur de sa voix rauque avant de s'interrompre et d'éteindre à nouveau son regard. « Un quoi au juste… Quels genres d'animaux avez-vous donc à Danhgrest ? »

« Nous avons des bois très riches en gibier. » répondit Flynn, sachant pertinemment que Yuri ne saurait pas répondre à cette question vu qu'il lui avait avoué n'avoir jamais quitté l'île du lac de Sharess. « Il y a des cerfs, des faisans, des lapins, pas mal de sangliers… »

« Un sanglier ! Parfait ! »

« Heu… Il y a juste un souci. » déclara Yuri en faisant la moue. « Ça ressemble à quoi un sanglier ? Il n'y en a aucun sur l'île du Plaisir. »

Maintenant qu'il y réfléchissait, le guerrier avait effectivement vu beaucoup d'animaux sur l'île mais rien qui ressemblait de près ou de loin à un sanglier… Il se souvenait en avoir vu quelques-uns dans les bois de Quoi mais c'était quand ils les avaient traversés avec Raven.

« Aucune importance ! » s'exclama Iris avec un agacement de plus en plus palpable avant de rallumer ses yeux. « Par Osiris et par Apis, tu es maintenant un sanglier… »

« Vous êtes sûr que votre spectacle sons et lumières va marcher si je ne sais même pas ce qu'est cet animal ? » le coupa Yuri avec une interrogation tout à fait légitime.

« Assez silence ! On recommence ! » fit l'hypnotiseur d'un ton sec avant de reprendre de sa voix. « Tu es un sanglier m'entends-tu ! Un sanglier… »

« Vous pouvez allumer juste un seul œil à la fois ? »

« On se concentre ! »

… Phrase qu'Iris devrait d'abord appliquer à lui-même, son regard commençant à avoir une drôle de réaction : la lumière dorée qui l'illuminait se mit à aller de ses oreilles à ses yeux par intermittence, comme s'il en avait perdu le contrôle. Le son clair retentit et, manifestement épuisé, l'hypnotiseur se passa une main sur le visage.

« Où en étais-je ? Ah oui ! » fit-il avant de se reprendre. « Tu es un sanglier, par Osiris et par A… »

« Ça doit être pratique pour lire la nuit. » l'interrompit à nouveau Yuri qui semblait lutter pour ne pas montrer à quel point cette situation l'amusait, ce qui rompit de nouveau la concentration d'Iris.

« Mais silence ! On recommence ! »

L'hypnose reprit de nouveau… si on pouvait appeler cela ainsi car, de par le fait que l'hypnotiseur ne semblait plus du tout contrôler l'intensité de la lumière dorée qu'émettait son regard, Flynn avait plutôt tendance à penser qu'il s'était tellement énervé face à Yuri qu'il n'en avait plus les idées claires.

« Tu es un sangler, par Asoris et Opis… par Asopis et par… Oh ! Et puis zut ! »

Oui, il s'était totalement emmêlé les pinceaux sans se rendre compte que, depuis le départ, c'était lui qui se faisait mener par le bout du nez, exactement comme cela était arrivé dans l'arène quand le jeune homme à la toge sombre avait retourné les techniques de son adversaire contre lui.

« Répète après moi : Je suis un sanglier, je suis un sanglier… »

Le grand sourire victorieux sur les lèvres de Yuri était plus que facile à comprendre : il avait obtenu ce qu'il voulait. Ils avaient gagné.

« Tu es un sanglier, tu es un sanglier… » répéta l'autochtone de l'île du Plaisir en hochant la tête.

« C'est ça ! » confirma Iris, une expression de folie sur son visage. « Je suis un sanglier ! Groin ! Un sanglier ! Groin-groin ! Un sang… Groin-groin ! »

A l'instant où la porte de pierre s'ouvrit, Flynn s'écarta très vite du passage et suivit des yeux l'hypnotiseur qui sortit de la pièce en courant à quatre pattes droit devant lui. En entendant pouffer dans son dos, il voulut se retourner mais fut bloqué par Yuri qui s'était collé contre lui et qui enfouissait son visage dans le creux de son épaule pour y cacher, sans grand succès, son hilarité face à cette situation.

« Il s'est hypnotisé lui-même ! » s'exclama celui aux longs cheveux sombres en s'agrippant à son bras pour ne pas s'écrouler de rire sur le sol. « Qui aurait cru que ce serait aussi facile ? »

« Tu réalises que s'il avait été plus maître de lui-même que toi, tu serais très certainement à sa place actuellement ? » lui demanda le guerrier en commençant à avancer. « C'était très risqué de faire ce que tu as fait ! »

« Parce que toi tu aurais fait mieux ? Vu ce que j'ai observé jusqu'ici, je suis persuadé que tu ne lui aurais pas résisté plus de dix secondes. »

Flynn grogna face à cette remarque qui, il le savait, était vraie. Il n'aurait pas été capable de faire cette prouesse, la ruse n'étant pas un domaine qu'il maîtrisait bien qu'il avait plus d'une fois l'occasion d'observer cet art avec attention. Il finit donc par lâcher un soupir de dépit, jugeant que ce n'était pas une bonne idée de se battre avec Yuri…

« Et ça ressemble à quoi un sanglier ? » demanda subitement celui originaire de l'île du Plaisir. « C'est comestible ? »

« Etant donné qu'ils sont nombreux là d'où je viens, nous en mangeons beaucoup. » répondit le guerrier qui s'enchanta intérieurement de ce changement de sujet. « Leur viande est plutôt ferme et nous avons pas mal de plats où nous nous en servons comme ingrédient principal. »

« D'accord… Et c'est bon ? »

« Personnellement, j'aime bien. »

Pendant quelques secondes, Yuri resta silencieux. Puis quand ils n'étaient plus qu'à deux mètres de la sortie…

« Tu penses qu'il aurait essayé de te changer en quel animal ? » lui demanda de but-en-blanc son compagnon de voyage avec une note… légèrement sarcastique dans la voix.

« Aucune idée. » répondit le guerrier en évitant de tourner la tête. « Pourquoi cette question ? »

« Parce que pour avoir vu tout ce qui se cachait sous ces vêtements, j'aurai misé sans hésiter sur un taureau ou bien un étalon sauvage. »

… L'île du Plaisir avait apparemment bien perverti son esprit et il dut se forcer à chasser certaines images de son cerveau tout en se persuadant qu'il n'avait pas du tout perçu le sous-entendu dissimulé sous cette voix devenue chaude et séduisante…


 

Note de Kaleiya : J'ai gardé ce cher Iris car je n'avais rien de mieux sous la main. Eliandre m'a tannée pendant un moment sur l'animal que j'allais choisir mais j'ai décidé de garder le sanglier car je me suis souvenue de comment Obélix avait réussi à résister à l'île du Plaisir et qu'une petite référence à cela était de rigueur. Par contre, je n'ai pas osé conserver l'oiseau car je me voyais mal expliquer comment il arrivait à voler…