kaleiyahitsumei: (Default)
 Mélodie Funèbre - 4

Fluristelle Month : Day 4 : Anniversary – Illness

Notes : Bon, très en retard sur celui-ci et ça va faire pareil pour tout le reste… Le manque d'inspiration et le fait que j'ai jeté aux orties plus de 2000 mots car l'idée ne me plaisait pas ont contribué à creuser le retard. Bonne lecture !


C'était le 31 octobre, jour d'Halloween, et Yuri s'estimait heureux de ne pas travailler aujourd'hui car il était plus que crevé. Déjà, il avait été contraint de jeter des restes de nourriture à la poubelle car ce qu'il avait mangé la veille avait fini dans la cuvette des toilettes ce matin en plus de lui couper l'appétit un bon moment. En prime, il devait avoir de la fièvre vu qu'il avait chaud alors que le thermomètre affichait à peine dix-huit degrés et qu'il était en t-shirt. Il était donc en pyjama, à moitié somnolant devant son bol de riz et sa pomme qui, tant qu'il n'était pas fixé sur ce qu'il avait bien pu attraper, seraient son seul repas du jour.

Ces rêves étranges et ces absences avaient continué, lui montrant d'autres moments de la vie de cette Lilith qu'il commençait à bien connaître et apprécier : elle aimait jouer du piano, s'habiller comme elle le désirait – il avait vu la mode des femmes ainsi que son évolution au XIXème siècle et il devait reconnaître que les robes étaient de moins en moins pratiques avec le temps –, être libre de ses faits et gestes… Il était certain qu'elle aurait adoré vivre au XXIème siècle. Par contre, il n'arrivait toujours pas à comprendre ce qu'il lui était arrivé la nuit où elle a été vraisemblablement assassinée ainsi que la signification de ce morceau joué au piano.

Après son repas frugal, il s'accorda une sieste pour essayer de récupérer…

-§-

Le soleil brillait ce jour-là et Lilith jouait au piano « Lettre à Elise » avec Repede à ses côtés comme spectateur. Seulement, le chien n'était visiblement pas au mieux de sa forme : il avait un bandage autour de la tête qui couvrait son œil gauche et, à son attitude, il était clair que quiconque entrerait pour faire du mal à la jeune femme risquait de subir son courroux.

Soudain, l'animal se mit à grogner, attirant l'attention de sa maîtresse qui cessa de jouer… lui permettant d'entendre ce qu'il se passait derrière les portes.

Vous avez… commença la voix de sa tante, manifestement choquée. Et vous croyez vraiment que cela va changer qui vous êtes ? Vous n'êtes qu'un moins que rien !

Faites très attention Lady Greed, l'avertit son interlocuteur. Cette demeure ne vous appartient pas à ce que je sache…

Sortez d'i-

Refusez encore une fois ce mariage et je me verrai contraint de révéler à tous vos intentions réelles vis-à-vis de votre nièce ainsi que la longue liste de vos crimes.

Très intéressée, Lilith se rapprocha de la porte pour écouter, percevant ainsi le cri étranglé de sa tante quand leur visiteur lui énonça tous les évènements inhabituels ayant eu lieu au manoir ainsi qu'une dizaine de noms.

Je vois laisse le choix Lady Greed, déclara l'homme sur un ton glacial. Soit vous quittez cette maison et abandonnez l'idée de mettre la main sur l'héritage, soit je me verrai dans l'obligation de vous conduire devant la justice. Dans les deux cas, ce mariage se fera, que ce soit avec ou sans votre accord.

Lorsque ces mots résonnèrent à ses oreilles, la jeune femme ne put s'empêcher de sourire, incapable de cacher sa joie de savoir qu'enfin, sa tante allait quitter cet endroit. Elle était enfin libérée de ce tyran…

-§-

Des coups à la porte réveillèrent Yuri qui constata qu'il était bientôt cinq heures du soir. Difficilement, il se leva et alla ouvrir… à une pré-ado aux longues nattes blondes qui était en avance pour la chasse aux bonbons. Son déguisement de pirate lui allait très bien, il le reconnaissait, mais là, il n'avait vraiment pas envie de la voir.

—Bisou ou friandise nanoja ? lui demanda-t-elle en tendant son panier en forme de crâne tout en le fixant d'une manière qui ne lui inspirait guère confiance.

—Patty, comment tu sais où j'habite et comment tu es arrivée jusqu'ici ? la questionna-t-il, suspicieux. Tu ne m'as quand même pas suivi ?

Patty Fleur, une ado qui, à son plus grand désarroi, avait flashé sur lui et passait à l'épicerie une fois par semaine pour le voir tout en essayant de le convaincre de sortir avec elle, ce qui amusait grandement un certain Flynn qui avait faillit se prendre un coup de poing dans la figure pour avoir ricané alors qu'elle lui offrait un gâteau sur lequel elle avait réussi à faire son portrait en chocolat – il reconnaissait cependant qu'elle avait un certain talent en cuisine. Cette fille était têtue et quand il croyait qu'il en était débarrassé, elle lui prouvait vite le contraire.

—Hummm, fit-elle, l'air pensive. Peut-être ?

—C'est pas vrai, grogna Yuri en se passant une main sur le visage. Rentre chez toi.

—Attends ! Bisou ou friandise nanoja ?

En guise de réponse, il lui claqua la porte au nez… puis il nota dans un coin de sa tête qu'il ferait bien de déménager au plus vite car il avait au moins un voisin qui laissait entrer n'importe qui dans l'immeuble.

-§-

Ce jour-là, il pleuvait à l'extérieur mais cela n'empêchait en rien Lilith de jouer du piano, plus particulièrement le deuxième mouvement de la sonate Clair de Lune qui emplissait les lieux d'une musique joyeuse contrastant avec la grisaille qui régnait dehors. Assis sur la causeuse, un homme aux cheveux blonds consultait des documents éparpillés sur la table basse avec grand intérêt.

Visiblement, elle a dépensé une partie de ton héritage, lui déclara-t-il en classer les papiers qui étaient devant lui. Heureusement, elle n'avait pas accès à l'intégralité de celui-ci grâce aux instructions très claires de Robert Blackwood.

Grand-père avait spécifié que je ne pourrais me servir de l'argent qu'à partir de mes dix-huit ans, précisa la jeune femme en terminant de jouer le morceau. En plus, il m'avait montré où il avait caché certains de ses biens de valeur au cas où. Cette demeure est un vrai coffre au trésor quand on sait où regarder.

Je l'avais constaté quand tu m'avais montré que l'on pouvait passer de ta chambre à celle d'à côté en tirant sur la bonne applique. Sans ça, tu serais peut-être…

Je le sais oui.

Lilith attaqua ensuite le troisième mouvement de la sonate avec vigueur, concentrée sur ce qu'elle jouait…

-§-

La sonnette de la porte le tira de ce nouveau rêve. Yuri constata qu'il était presque six heures et alla ouvrir pour tomber sur un adolescent déguisé en grenouille et une jeune femme dont la tenue de diablesse ne laissait nullement place à l'imagination – elle n'avait pas froid avec juste un short ultra-court et un soutif ?

—Farces ou friandises ? demandèrent-ils en tendant chacun la citrouille qu'ils avaient en main.

—C'est toi cap'tain ? s'étonna-t-il en reconnaissant la voix de Karol, un adolescent avec qui il discutait souvent à l'épicerie de sujets divers et variés.

—Ouais, confirma le plus jeune en enlevant la tête de son costume, révélant ses cheveux châtains en bataille. Je m'y suis pris trop tard donc c'était ça ou me déguiser en fille…

—Je ne vois pas ce que tu as contre les robes, fit la jeune femme, ses cheveux bleus attachés en chignon étant surmontés d'une paire de cornes rouge vif. Elle t'allait à ravir !

—Judith ! Au moindre coup de vent, on voyait tout !

Elle par contre, c'était la première fois qu'il la voyait… quoiqu'il était prit d'un doute car il lui semblait l'avoir déjà aperçue quelque part mais cela devait dater d'avant son déménagement car jamais elle n'était venue à l'épicerie et c'était le seul endroit à Halure où il voyait passer du monde.

—J'imagine que t'es la baby-sitter, supposa Yuri en jetant un rapide coup d'œil au tour de poitrine de la jeune femme.

—C'est exact, confirma la dénommée Judith avec un sourire en coin. Ses parents ont peur de le laisser sortir tout seul la nuit et j'aime bien me déguiser donc je l'accompagne. C'est plus amusant de chasser les bonbons en groupe.

—Si tu veux, tu peux venir avec nous, proposa Karol avant de remettre correctement son costume.

—Désolé mais ce ne sera pas possible, s'excusa Yuri en baîlant. L'année prochaine peut-être.

Après leur avoir donné quelques bonbons, le jeune homme leur souhaita bonne chance pour leur collecte de sucreries et referma la porte.

-§-

C'était un beau matin de printemps dans le salon. Lilith venait visiblement de se lever, étant encore vêtue de sa robe de chambre et ses cheveux étant un peu en désordre, signe qu'elle ne s'était pas coiffée. Assise sur la causeuse, elle contemplait l'anneau en métal sombre à sa main.

Me voilà mariée… souffla-t-elle comme si elle semblait avoir du mal à y croire.

Tu as des regrets ?

Un peu surprise, la jeune femme se tourna vers le jeune homme aux cheveux blonds qui, contrairement à elle, avait pris la peine de s'habiller. Il vint la rejoindre, appréhendant visiblement la réponse de sa compagne.

Non, répondit Lilith en lui souriant. C'est juste que je vais avoir du mal à m'habituer à ne plus être seulement Lady Blackwood…

Je peux comprendre cela, la rassura son époux. Moi-même je ne me suis pas encore fait à ce titre que j'ai dû acheter…

La jeune femme rit légèrement en entendant ces mots, son regard anthracite étincelant de malice.

A ce sujet Flynn, je dois me présenter comme la comtesse Scifo ou comme Elisabeth Scifo ?

A cette question, son compagnon eut un léger rire puis la fixa de ses yeux azur avec intensité.

Fait comme bon te semble. Si tu es heureuse, alors je le suis aussi.

-§-

Cette fois-ci, Yuri se réveilla en sursaut, l'image du mari de Lilith lui ayant provoqué un choc auquel il ne s'était pas attendu : était-ce son imagination ou c'était LE Flynn Scifo qu'il connaissait, son ami, qui était apparu dans ses songes ? Jusqu'ici, il n'avait jamais pu voir ses traits mais là, il était certain d'avoir reconnu son visage donc soit son cerveau lui jouait de sacrés tours, soit… il y avait un truc pas clair chez cet homme et il était temps qu'il s'intéresse à lui de beaucoup plus près.

Il était presque sept heures et demie quand il se mit à activement rechercher sur internet tout ce qu'il pouvait sur le nom Scifo, ne sachant pas trop sur quoi il pourrait tomber. Ce qui le frappa très vite, c'était que personne sous ce nom n'était inscrit sur les réseaux sociaux et ce, quels qu'ils soient. Une recherche plus approfondie lui confirma qu'il n'y avait personne avec ce nom de famille avec un profil accessible, faisant qu'il se rabattit sur les sites de généalogie.

Bien qu'il ignorait la date exacte de cet évènement dans ses songes, il chercha la trace d'un acte de mariage au nom de Scifo ou de Blackwood… et en trouva un datant de 1866 – bien entendu, il devait payer pour pouvoir le consulter en entier mais l'aperçu lui serait amplement suffisant – qui lui confirma qu'une certaine Elisabeth Blackwood avait bien épousé un dénommé Flynn Scifo le 13 avril 1866 dans la région d'Halure.

Perplexe face à cela, Yuri finit par réaliser une chose : et si le lieu où se déroulaient ses songes existait toujours ? De ce qu'il avait compris, c'était un manoir mais il n'avait rien vu d'aussi vieux les quelques fois où il s'était perdu en ville.

Il allait entamer une nouvelle recherche quand tout son appartement fut victime d'une coupure de courant, le plongeant dans la pénombre. Le temps que ses yeux s'habituent au peu de luminosité qu'il avait grâce aux réverbères, tous ses voisins étaient en train de râler, signe que c'était les plombs de tout l'immeuble qui avaient dû sauter pour une raison ou une autre.

Après quelques secondes d'hésitation, Yuri finit par chercher ses vêtements avec la lumière de son téléphone portable et il s'habilla rapidement avant d'attraper ses clés et son manteau pour sortir d'ici. Sans surprise, il croisa un ou deux faisceaux de lampes torches qui cherchaient visiblement à rétablir la lumière mais visiblement, la panne était grave vu que quelqu'un était en train de chercher à joindre le propriétaire des lieux – le jeune homme, en arrivant au rez-de-chaussée, entendit deux hommes dire que bizarrement, il y avait eu une surtension dans tout leur bâtiment mais pas dans le reste du quartier alors que les derniers travaux sur les lignes électriques remontaient au printemps et que personne n'avait entendu le tonnerre.

Une fois dehors, il grimaça en découvrant que quelques gouttes de pluie commençaient à tomber mais il décida de faire avec le temps de trouver ce qu'il cherchait. Il marcha environ cinq minutes, le temps d'arriver dans une zone un peu moins résidentielle, et il finit par repérer un panneau avec le plan de la ville. Certes, cela ne lui disait pas où était ce qu'il cherchait mais cela pouvait lui donner des pistes… et il tendait à penser que si ce manoir existait, il était à l'extérieur d'Halure. Il concentra son attention sur les limites de la ville mais rien ne lui sauta aux yeux, lui faisant lâcher un soupir de dépit.

—Ca aurait été trop facile, se dit-il en se grattant l'arrière du crâne.

Les mains dans les poches de son manteau, Yuri fit demi-tour pour rentrer chez lui quand soudain, il se sentit observé. Il regarda discrètement autour de lui pour essayer de savoir qui pouvait l'espionner, voyant passer quelques personnes en costumes d'Halloween mais qui étaient trop occupées à récupérer leur butin en friandises – il repéra d'ailleurs au loin un chapeau de pirate qu'il espérait fortement ne pas appartenir à Patty.

Rien ne lui sauta aux yeux jusqu'à ce qu'il repère un type étrange déguisé en zombie et qui le fixait avec insistance. Son instinct lui disait que quelque chose n'allait pas, surtout quand il repéra une autre personne avec la même attitude un peu plus loin et qui risquait fort de lui bloquer le passage s'il empruntait cette route pour rentrer.

Afin de vérifier ses soupçons, le jeune homme alla dans une direction opposée à celle de son appartement… puis au premier tournant, se mit à courir dans le dédale de ruelle.

-§-

—Non mais tu aurais pu faire gaffe ! C'est les plombs de tout l'immeuble qui ont sautés !

—J'avais un poil surestimé leur réseau électrique faut croire…

—Un poil ? BEAUCOUP OUI !

Là, Judith devait le reconnaitre : Raven s'était bien loupé sur ce coup mais bon, c'était ça ou bien leur cible trouvait où était le manoir Blackwood et, sauf cas extrême, Flynn leur avait clairement dit qu'il préférait éviter que Yuri y mette les pieds. Si elle avait eu une chance réelle de lier une amitié avec ce dernier, elle était sure qu'elle aurait pu contrôler un minimum ses faits et gestes mais malheureusement, sa mort remontait à une vingtaine d'années – elle ne remerciait pas les deux autres alpinistes qui l'avaient sciemment laissée faire une chute d'une bonne trentaine de mètres afin de se livrer tranquillement à leur trafic d'œufs d'oiseaux… auquel elle avait mis un terme en se vengeant d'eux à la première occasion – et son corps avait été retrouvé puis identifié seulement cinq ans plus tôt, faisant que sa photo avait pas mal circulé dans les médias et qu'elle était contrainte de se faire discrète. Si le Faucheur ne lui avait pas demandé d'emménager au manoir, elle aurait probablement fait des ravages auprès de ceux qui ne respectaient pas la cause animale.

Pour l'instant, elle se contentait d'observer Sodia engueuler copieusement leur aîné mais elle restait très attentive au reste de leur environnement…

—Ma jolie, j'peux pas savoir si c'est vétuste ! s'exclama Raven, un trentenaire vêtu d'un immonde manteau violet et dont le décès devait remonter au milieu du XIXème siècle si sa mémoire était juste. Et puis t'sais aussi bien qu'moi que l'gamin est pas bête !

—C'est justement pour ça qu'il aurait mieux valut ne PAS plonger tout le bâtiment dans le noir ! répliqua la rousse qui semblait se retenir d'étrangler son aîné. Il va finir par se douter de quelque chos-

—Silence ! leur intima Judith en repérant des sons suspects dans le couloir. Quelqu'un vient par ici.

Ils passèrent vite à travers les portes d'un placard pour se cacher et attendirent. Seulement, un bruit plutôt étrange se fit entendre puis un râle qui ne semblait pas humain résonna dans l'appartement. Il y avait quelqu'un qui était entré mais celui-ci devait plus tenir de l'ectoplasme qu'autre chose vu que la porte n'avait pas grincé… Elle tendit l'oreille pour essayer de savoir à quoi ils avaient affaire exactement et ne perçut que deux ou trois respirations fortes, ce qui n'était pas forcément positif.

—Fantômes, murmura Raven, confirmant ainsi qu'ils avaient des visiteurs surnaturels. Par contre, y a un truc pas clair là…

—Ils ne parlent pas entre eux, nota Sodia à voix basse. Et puis ce n'est pas un ancien cimetière ici…

Ce n'était pas normal… Le jour d'Halloween, c'était généralement celui où les fantômes étaient de sortie pour se mêler aux humains – du moins, ceux qui pouvaient se le permettre – ou pour retrouver leurs comparses pour faire quelques farces et s'amuser. Seulement là, leur attitude était à l'opposé de ce qu'elle devrait être et ce n'était pas une bonne nouvelle. Judith ne savait pas comment expliquer cela vu qu'elle ne connaissait pas tous les types de spectres qui existaient mais elle trouvait que c'était une coïncidence plus que douteuse…

—Ca sent pas bon ça, murmura Raven tandis que leurs mystérieux invités étaient toujours dans l'appartement. De mémoire, Flynn nous a rien dit sur comment traiter des intrus…

—Je vais retrouver Karol pour le prévenir, leur dit Sodia en s'éloignant. Empêchez-les de me suivre.

—Ca marche.

La rousse s'en alla tandis qu'eux deux sortirent de leur cachette, découvrant trois fantômes vêtus de loques et qui ne semblaient pas être en très grande forme contrairement à eux – Judith aurait juré qu'ils étaient tous morts affamés à cause de leurs visages où la peau leur collait sur les os mais elle savait qu'il ne fallait en aucun cas se fier aux apparences avec les morts.

—J'comprends mieux pourquoi j'ai raté mon coup, fit son aîné en désignant un ectoplasme sur la gauche dont les cheveux étaient en partie dressés sur sa tête. Lui il a dû mourir électrocuté et si j'me fis aux flaques d'eau, les deux autres sont des noyés.

—C'est moi ou bien ils ont un regard un peu… vide ? se demanda-t-elle en constatant leur absence de réaction. On dirait qu'ils attendent quelque chose…

—Ou quelqu'un… comme celui qui vit ici peut-être ?

Ce serait effectivement l'explication logique… et signifierait donc que leurs intentions vis-à-vis de Yuri sont loin d'être amicales. Pour en avoir le cœur net, Judith usa de ses pouvoirs et provoqua un violent courant d'air, faisant claquer la porte de la salle d'eau… et attirant immédiatement l'attention des fantômes sur eux.

A présent, ils allaient pouvoir s'amuser un peu…

-§-

Au manoir Blackwood, Flynn était revenu de sa tournée des défunts et, comme chaque 31 octobre, était allé s'enfermer dans le petit salon, la pièce préférée de Lilith, pour broyer du noir. L'anniversaire de la mort de sa compagne lui minait toujours le moral et cette année plus que n'importe quelle autre car il craignait que l'histoire ne se répète avec Yuri. Pour cette raison, il avait demandé à ses amis fantômes d'aller le surveiller, profitant d'Halloween pour se fondre plus facilement dans la masse mais les plus dangereux pour les humains étaient restés ici. Avait-il raison en l'empêchant à tout prix de trouver ce lieu ?

Brusquement, les portes s'ouvrirent sur Estellise qui semblait paniquée.

—Flynn ! s'exclama-t-elle en lui désignant le téléphone portable qu'elle avait en main. Il y a un problème !

—Quoi donc ? demanda-t-il en se levant de la chaise à bascule puis en attrapant son téléphone. Que se passe-t-il au juste ?

—Des types bizarres sont à Halure ! lui répondit Karol au téléphone. Personne ne les remarquent à cause d'Halloween mais ils suivent Yuri et il essaie de les semer !

—Il n'a aucune chance, ajouta Patty qui devait être à côté de lui. Ce sont tous des fantômes, nanoja.

Qu'est-ce que cela signifiait au juste ? Que les morts profitent de ce jour pour faire quelques frayeurs aux humains n'était pas anormal mais pourquoi se focaliser sur un seul ? Ce n'était pas normal…

—Flynn ! fit Sodia qui avait dû rejoindre ses camarades. D'autres fantômes sont dans l'appartement de Lowell. Raven et Judith se chargent de leur cas.

—T'es sérieuse ? demanda Karol. Mais il se passe quoi au juste ?

—Je n'en sais rien mais à priori, ils ont une idée fixe et leur attitude n'est pas celle qu'ils devraient avoir, un peu comme s'ils étaient des zombies ou quelque chose de ce style.

… Ou bien ils étaient sous l'emprise de quelqu'un, ce qui signifierait qu'une personne ne voulait pas que l'on puisse remonter jusqu'à elle. Le Faucheur devait vite prendre une décision mais s'il voulait sauver Yuri, il n'en voyait qu'une seule à prendre… et le regard suppliant d'Estellise finit par le convaincre qu'il n'avait pas d'autre choix.

—… Emmenez Yuri au manoir, leur ordonna Flynn. Tout de suite.

—Entendu !

L'appel était terminé. Le Faucheur se sentait à présent extrêmement fébrile et dut retourner s'asseoir dans la chaise à bascule. Seulement, à peine fut-il assit que Rita entra à son tour dans la pièce.

—Quelqu'un sait ce qui lui prend au cleb's ? demanda-elle, visiblement perplexe. C'est pourtant pas la pleine lune…

—Je n'entends pas Repede pourtant, fit remarquer Estellise en se tournant vers son amie.

—C'est normal. Tout à l'heure, il est parti comme une fusée à travers un mur! C'est bien la première fois que je le vois faire un truc pareil !

Même Flynn devait reconnaître que c'était surprenant de la part de Repede qui était très calme depuis la mort de sa maîtresse… mais qui avait déjà eu ce genre de comportement du temps où Lilith était menacée. Se pourrait-il qu'il ait senti le danger ? Si c'était le cas…

-§-

Après avoir bien tourné dans les ruelles d'Halure, Yuri s'était arrêté pour écouter et n'avait entendu aucun pas venir dans sa direction… mais quand il repéra ces deux types louches sur ses talons, il reprit sa course en se demandant comment ils avaient réussi à le suivre alors qu'il avait tout fait pour les semer.

Il arriva sur une place pavée avec une grande fontaine en son centre et où de la brume s'était formée, rendant les lieux assez sinistres. Bizarrement, il ne semblait y avoir personne dans les parages mais peut-être était-ce dû au fait que tous les commerces étaient fermés à cette heure-ci. Alors qu'il allait tourner à gauche, sa poisse décida de lui jouer un mauvais tour : son pied se posa sur un pavé qui n'était plus en place, ce qui le déséquilibra et le fit chuter au sol… et permis à ses poursuivants de le rattraper.

—Qu'est-ce que vous me voulez au juste ? leur demanda Yuri en se relevant, prêt à se battre.

Pour toute réponse, il n'eut droit qu'à de profonds râles qui lui donnèrent froid dans le dos… et il réalisa soudain que le costume de ces types était bien trop réaliste quand il vit que l'œil qui manquait à l'un d'eux n'était en aucun cas du maquillage ou que l'odeur putride qu'ils dégageaient était bel et bien authentique.

Il voulut fuir mais un troisième zombie lui barra la route, réduisant ses options de façon drastique – il se serait bien battu contre eux mais il avait vu suffisamment de films dans ce style pour savoir qu'une morsure d'un de ces trucs était potentiellement risquée.

Soudain, un grondement animal se fit entendre, attirant leur attention à tous sur une forme menaçante dans la brume. Celle-ci s'avança, révélant un chien borgne au pelage bleu et blanc qui fit avoir un choc au jeune homme : c'était Repede, le chien de Lilith.

Sans crier garde, l'animal se jeta sur l'un des zombies, lui arrachant un bras avec aisance. Les deux autres tentèrent de l'attraper mais Yuri donna un violent coup de pied au plus proche pour le repousser, ce qui eut une efficacité assez discutable bien qu'il entendit clairement des os fragiles se briser sous le choc. Une main décharnée lui saisit la cheville et il s'en débarrassa en donnant un coup de poing dessus, la faisant voler en éclats… et grogner de douleur – en regardant sa main gauche, il vit qu'un morceau d'os s'était logé dedans et il le retira très vite.

Concentré sur comment repousser ces choses, il perçut à peine les sons derrière lui, faisant que lorsqu'il se retourna, il constata in extremis que leur nombre d'assaillants avait doublé. Il crut que c'était fichu quand il entendit un grand PLOUF du côté de la fontaine qui ne perturba nullement les morts-vivants… jusqu'à ce qu'une espèce de tentacule fait d'eau sortit du bassin et attrapa l'un d'eux pour le jeter violemment contre un mur, poussant les autres à s'écarter. Cependant, un autre vit sa tête se faire éclater par une batte de baseball tandis que le plus proche de lui perdit ses jambes après que celles-ci aient été fauchées par une hache.

—Beurk ! fit une voix qu'il reconnut comme celle de Karol. Il y avait des insectes dans celui-là !

—Crois-moi, il y a pire, lui lança Sodia avant de donner une bonne série de coups de batte au mort-vivant qu'elle venait de décapiter.

Mais que se passait-il ici au juste ? Yuri se le demandait mais vu que leurs ennemis ne semblaient pas renoncer à leur idée fixe, il décréta que cela allait attendre que ce bordel soit terminé.

L'adolescent essayait visiblement de s'assurer qu'une fuite était possible seulement, d'autres zombies apparurent, bloquant toute possibilité de quitter la place. Face à ce constat, il grinça des dents, ce que le jeune homme ne pouvait que comprendre. Il fut cependant surpris de voir Patty à leurs côtés, se demandant d'où elle pouvait bien venir.

—Ca sent mauvais… déclara Karol d'une voix blanche.

—Combien ils sont au juste ces zombies ? questionna le jeune homme avant de retenir un grognement de douleur, sa main gauche se mettant à le lancer fortement.

—Ce ne sont pas des zombies nanoja, répondit Patty en faisant la moue. Plutôt des fantômes qui ont piqué des cadavres…

Brusquement, Sodia lui attrapa le bras gauche. Yuri allait lui demander quel était son problème quand il vit l'état de sa main : des lignes violacées venant de sa blessure apparaissaient, expliquant ainsi pourquoi il avait mal. De plus, il fut frappé par la présence d'un anneau en métal sombre à son annulaire sur lequel des lettres gravées en une langue qui lui était inconnue brillaient d'une lueur argentée.

—Et certains sont morts empoisonnés, grogna la jeune femme en le lâchant avant de le regarder droit dans les yeux. Si tu en touches encore un autre, tu es condamné à mort.

—Sympa… dit-il en grimaçant à cause de sa blessure. Et comment tu sais ça au juste ?

—J'crois pas qu'ils vont nous laisser l'occasion de l'expliquer… constata Karol avec crainte.

Et il n'avait pas tord : leurs ennemis se rapprochaient d'eux dangereusement et aucune fuite n'était possible. Face à cela, Sodia lui donna sa batte de baseball pour se munir d'un couteau à la lame bien aiguisée tandis que Patty s'arma d'un bilboquet et que lui ainsi que l'adolescent se tenaient prêts à défendre leurs vies. Enfin, Repede se mit en position d'attaque et lâcha un hurlement… avant que ne commence le combat.

-§-

En apprenant que Repede était parti en trombe, Flynn n'avait pas mis longtemps à comprendre que la nature du danger était probablement plus grave que prévue et s'il fallait combattre des fantômes, un vivant n'avait aucune chance de s'en tirer, ce qui signifiait que Yuri allait mourir ce soir. Même si ses amis intervenaient à temps, seuls Patty, Judith et Raven pouvaient efficacement lutter contre des ectoplasmes car ils avaient acquis en mourant des pouvoirs qui pouvaient aussi affecter les fantômes, ce qui n'était pas le cas de Karol ou de Sodia – il avait d'ailleurs des inquiétudes pour cette dernière et espérait qu'elle n'allait pas aller au combat.

Dans tous les cas, il était à présent convaincu d'une chose : depuis le début, son enquête sur la mort de Lilith était condamnée à ne pas avancer car il n'avait pas envisagé que le coupable n'était pas un mortel… ce qui plaçait les autres faucheurs dans sa nouvelles liste de suspects.

Rapidement, il avait demandé à Estellise et Rita de garder les lieux en son absence puis il était parti dans l'immeuble où vivait Yuri pour récupérer Raven et Judith… qui avaient eu le dessus sur leurs adversaires – c'était plutôt logique car Raven était mort électrocuté, ce qui lui donnait un gros avantage contre des fantômes de noyés, et Judith, contrainte de rester au manoir en quasi permanence, tuait le temps en s'entrainant au combat avec Patty le plus souvent.

Une fois qu'il eut envoyé ces trois âmes dans l'au-delà, il dut réfléchir à comment localiser Yuri car Karol ne répondait pas sur son téléphone, ce qui était plutôt mauvais signe. Il allait partir dans la direction indiquée par ses amis quand il entendit le hurlement de Repede…

-§-

C'était très mauvais pour eux et leurs chances de survie devait approcher de zéro. Tous se défendaient comme des diables contre ces assaillants surnaturels mais Yuri savait qu'ils allaient tous y rester si cela continuait ainsi. Son bras le lançait terriblement, faisant qu'il ne pouvait plus se servir de sa main gauche… et cela lui aurait coûté cher si Sodia n'avait pas réagi en recevant le coup à sa place, laissant le temps à Repede de régler son compte à l'ennemi le plus proche.

Seulement, s'ils avaient réussi à en repousser une dizaine, ils étaient épuisés, blessés ou dans le cas de la rousse, dans un état inquiétant face à encore une vingtaine de ces choses qui ne semblaient pas vouloir renoncer.

Alors qu'un de ces zombies voulait profiter que Sodia était inconsciente pour l'attaquer, Yuri s'interposa et ferma les yeux, attendant le coup fatal… mais à la place, sentit un courant d'air devant lui puis un bruit métallique. En ouvrant les yeux, il reconnut, devant lui, la silhouette de Flynn… qui tenait en main une longue faux en métal sombre.

—Tout le monde va bien ? demanda-t-il sans les regarder tandis que leurs ennemis, étrangement, semblaient reculer, comme s'ils craignaient le jeune homme aux cheveux d'or.

—T'en fais pas pour nous ! lui répondit Karol qui alla auprès de la rousse, rejoint par Judith et un homme avec un manteau violet.

—Yuri, lui dit Flynn qui s'était légèrement tourné vers lui. Je…

—On en parlera plus tard, le coupa Yuri en grimaçant à cause de cette fichue douleur. C'est pas trop le moment là.

D'un signe de tête, son ami lui signifia qu'il avait compris puis il reporta son attention sur cette armée de mort-vivants. Il avança de quelques pas avant de brandir son arme vers eux.

—J'imagine qu'il n'est pas nécessaire que je vous rappelle que vous ne pouvez pas me tuer, leur déclara le jeune homme aux cheveux d'or sur un ton glacial.

Visiblement, leurs ennemis étaient au courant car tout dans leur attitude indiquait qu'ils craignaient celui tenant la faux – Yuri lui-même commençait à ne pas être à son aise en voyant cette brume noire qui en émanait.

—J'imagine aussi que vous êtes tous parfaitement au fait qu'aucun de vous ne pourra m'échapper, poursuivit Flynn tandis que cette brume noire se mit à l'envelopper, donnant des frissons à toute l'assemblée.

—Flynn-chan est pas content… souffla Patty en se collant à Repede, le seul d'entre eux qui ne semblait pas gêné par tout cela.

Soudain, Yuri vit son ami s'élancer vers les morts-vivants, fauchant d'un coup trois d'entre eux. Une vague de panique se créa au sein des zombies qui tentèrent de fuir mais la redoutable faux et son porteur ne leur laissa pas la moindre chance, les réduisant tous en poussière dès qu'ils en entrèrent en contact avec ce métal sombre. Ses gestes étaient précis et sa technique impeccable… mais il réalisa vite, en voyant l'aspect à présent squelettique des mains de son ami, ce que celui-ci était réellement : la Mort.

Le dernier ennemi éliminé, Flynn fit disparaître sa faux ainsi que la brume qui était avec elle puis il vint vite les rejoindre. Ses yeux bleus s'agrandirent d'horreur en voyant l'état dans lequel était sa main gauche mais ce n'était pas lui qui était le plus amoché ici…

—Sodia est bien atteinte, lui dit Judith en désignant la rousse dont les veines des bras étaient devenues fortement violacées. Je n'arrive pas à la réveiller.

—… Raven, fit son ami en se tournant vers l'homme au manteau violet. Vous êtes prié de ne rien faire d'indécent…

—J'suis quelqu'un d'bien élevé ! s'offusqua le plus vieux avant d'afficher un sourire quelque peu… pervers. Depuis le temps que j'attends cela…

En soupirant d'exaspération, Karol aida Judith à allonger Sodia et à déboutonner son haut, révélant que les veines au niveau de son torse étaient elles aussi atteintes. Yuri allait vérifier l'avancement chez lui quand Flynn lui prit le bras pour soulever la manche de son manteau, visiblement pour s'assurer de la même chose que lui. Chance ou non, ce truc n'avait quasiment pas progressé mais il lui faisait toujours très mal.

—… Sans l'anneau, tu serais déjà mort, constata son ami en pointant l'endroit où s'était stoppée la propagation de cette saleté. Tu es entré en contact avec le fantôme d'une personne morte empoisonnée et, généralement, aucun humain n'y survit.

—Dans ce cas Sodi- réalisa Yuri en reportant toute son attention sur la jeune femme.

—Elle n'est plus humaine mais elle aura besoin de beaucoup de repos pour s'en remettre.

En entendant cela, il reporta son attention sur celle-ci. Elle était allongée au sol, son chemisier ouvert et laissant pleine vue sur un soutien-gorge noir et l'étendue de l'empoisonnement. Assit à côté d'elle, Raven inspira un bon coup en se frottant rapidement les mains l'une contre l'autre… créant de légers éclairs. Puis il expira et posa ses paumes au niveau du cœur de la rousse, créant un choc, comme si elle avait été en contact avec un défibrillateur. Cette dernière ouvrit brièvement les yeux, cette fois-ci, sa poitrine se soulevant clairement pour indiquer qu'elle respirait. Le plus vieux voulu répéter l'opération mais Judith lui donna un bon coup de poing dans la mâchoire pour lui en faire passer l'envie.

Les yeux de Yuri se posèrent tour à tour sur chaque personne présente, essayant de comprendre ce qu'il se passait exactement...

-§-

Même s'il regrettait de ne pas avoir laissé un de ces fantômes pour l'interroger, Flynn savait qu'il aurait pu ne rien en tirer et risquer d'avoir plus de blessés de son côté. Bien que Judith et Raven ait pu stabiliser l'état de Sodia, il n'était pas tranquille vu ce par quoi elle était passée avant sa mort et les séquelles qu'elle en avait, ce qui allait nécessiter qu'elle soit mise à l'écart des vivants pendant un certain temps.

Le plus urgent à présent, c'était Yuri qui, visiblement, était complètement perdu suite aux derniers évènements. Dans son cas de figure, l'empoisonnement était freiné par l'anneau, ce qui laissait pleinement le temps de traiter cela avant que cela n'atteigne le cœur. Seulement, cela nécessitait de l'amener au manoir…

—Qui es-tu au juste ? lui demanda son ami, l'air méfiant. Et ne me ment pas cette fois…

—Je n'ai pas menti sur mon nom et mon âge, répondit le Faucheur tandis que Patty vérifiait que Repede n'avait rien. J'ai juste omis de préciser que c'était l'âge que j'avais quand je suis devenu ce que je suis à présent.

Aux réactions du jeune homme, il savait que celui-ci n'était pas terrifié : il voulait des réponses à ses questions, exactement comme Lilith à l'époque. Seulement, il n'était pas persuadé qu'il allait bien les prendre…

—Tu as aussi omis de préciser que tu connaissais cette fille qui est morte, souligna l'employé sur un ton sec, signe qu'il n'était pas très content.

Flynn allait lui répondre quand Yuri sembla soudainement aller mal. Il eut juste le temps de réagir pour l'empêcher de tomber au sol, le tenant entre ses bras. Un coup d'œil à son bras gauche lui confirma que le poison n'était pas la cause de cela vu qu'il n'avait pas progressé mais quand il posa sa main sur le front de son ami, il réalisa que celui-ci était brûlant.

Vu les évènements, il n'avait pas d'autres choix que de l'emmener au manoir sans son consentement… et prier pour qu'il passe la nuit.


NB : Bon, vu mon temps libre, la suite va se faire attendre un peu…

kaleiyahitsumei: (Default)
 Fluristelle Month 2017 : Separation – Reunion

Note : Là, on va plutôt s'intéresser à Flynn et répondre aux questions qui le concerne… donc pas de passages dans le monde des rêves pour ce chapitre.


Fin septembre dans les environs d'Halure un an plus tôt. L'été laissait place à l'automne, teintant les arbres de teintes chaudes qui créaient progressivement un beau festival de couleurs sur les collines et les montagnes aux alentours, tandis que venait le moment de commencer à ratisser les feuilles mortes avant que celles-ci n'envahissent les pelouses et qu'elles ne deviennent plus difficiles à rassembler avec la pluie.

Dans le jardin du manoir Blackwood où il vivait depuis pas mal de temps, Flynn enlevait les quelques feuilles qui étaient tombées sur une pierre tombale où était gravé « Elisabeth Blackwood, 1849 – 1870 ». Ses yeux azur lurent ce nom pour la énième fois et, comme à chaque fois, il avait une douleur dans la poitrine, comme si on lui avait arraché le cœur… ce qui était à peu près ce qu'il s'était produit cette nuit fatidique où, à son retour, il l'avait trouvée dans le petit salon, gisant sur le parquet et avec un foulard fermement serré autour de sa nuque délicate. En sentant son corps glacé contre ses doigts, il avait cru mourir une seconde fois…

Sa première mort remontait bien des siècles plus tôt quand, jeune chevalier, il avait participé aux Croisades et où il avait combattu de toutes ses forces. Mais un jour, son épée s'était attaquée à ce qu'elle n'aurait jamais dû toucher : un Faucheur d'âmes en train d'accomplir sa besogne. Il l'avait tué en un coup… et s'était condamné par la même occasion à devoir prendre la place qui était à présent vacante, que cela lui plaise ou non. Il avait gagné l'immortalité mais celle-ci avait un goût bien amer en bouche…

Pendant des décennies, il avait envoyé bon nombres d'âmes là où elles le méritaient, que ce soit dans un lieu meilleur ou dans un endroit digne de l'Enfer, tout en se mêlant discrètement à la population, évoluant en même temps qu'elle, s'adaptant aux modes, aux avancées scientifiques ou techniques… Il avait perdu goût à la vie, se considérant comme étant un mort parmi les vivants.

Puis un jour, il avait croisé la route de Lilith.

C'était en hiver en l'an 1863 : il s'était rendu au manoir Blackwood en tant qu'artiste pour accompagner un comte qui avait été invité par Lady Greed qui gérait les lieux depuis la mort de Robert Blackwood, le beau-père de sa sœur défunte. Seulement, il n'était pas resté longtemps car peu avant son arrivé, elle s'était disputée avec sa nièce et cela avait quelque peu gâché la soirée. Mais quand il s'était aperçu qu'il avait oublié un de ses gants dans le petit salon, il avait rebroussé chemin. Sa première idée avait été d'user de ses pouvoirs de Faucheur pour entrer et récupérer discrètement son bien, ce qu'il comptait faire lorsque, en arrivant, il vit à travers la fenêtre que quelqu'un l'avait déjà trouvé : une jeune fille aux cheveux de jais qui était vêtue d'une robe de chambre d'homme aux tons violacés qui semblait un peu grande pour elle.

Ce n'était pas la première fois qu'il l'apercevait, ayant déjà eu l'occasion de la voir à l'automne suite à la mort de son grand-père, évènement qu'elle avait très mal vécu – il était malheureusement habitué à voir la peine des proches au point d'en devenir presque totalement indifférent. Seulement, cette fois-ci, quelque chose chez elle le captivait…

Sans vraiment réfléchir, il avait toqué à la fenêtre, la faisant sursauter elle et son jeune chien. Réalisant à son regard qu'il lui avait probablement fait peur, il fit quelques gestes pour lui faire comprendre la raison de présence, faisant que, un peu soulagée, elle lui avait ouvert.

—Pardon, s'était-il excusé en restant à l'extérieur. Je ne voulais pas vous faire peur mais comme j'ai vu du mouvement…

—Je m'en remettrai, avait-elle dit à voix basse avant de lui tendre le gant. C'est à vous je présume ?

—Oui, merci. Je suis vraiment désolé pour le dérangement.

Il s'était avancé d'un pas pour récupérer son bien puis avait baissé la tête vers le jeune chien qui l'observait attentivement. Il s'était accroupit pour se mettre au niveau de l'animal et avait attendu un peu, laissant le temps au chien de le renifler avec attention. Son examen finit, le jeune chien avait remué joyeusement la queue et Flynn lui avait caressé affectueusement la tête avant de se relever.

—Il n'aime pas les étrangers d'habitude, avait remarqué l'adolescente, étonnée.

—Il protège sa maîtresse, ce qui est normal, lui avait-il répondu. Par contre, je vais devoir vous laisser…

—Vous reviendrez ?

Surpris par cette question, il avait marqué un temps d'arrêt, captivé par ce regard anthracite et cette peau claire qui luisait sous le clair de lune.

—Uniquement si vous le désirez.

Il avait prononcé ces mots sans réfléchir et ce ne fut que plusieurs jours plus tard qu'il avait réalisé que cette nuit-là, il avait commencé à tomber amoureux d'elle alors qu'il savait très bien qu'elle n'avait que quatorze ans à cette époque. Pendant un bon moment, il avait essayé de se convaincre que c'était mal d'être attiré par elle, une simple mortelle qu'il serait bien contraint d'envoyer un jour dans l'au-delà. Cela avait marché et il avait évité le manoir Blackwood avec soin…

Jusqu'à un soir en 1864 : c'était le mois d'août et le soleil ainsi que la chaleur étaient au rendez-vous, faisant que la nuit, les fenêtres étaient souvent laissées ouvertes pour faire rentrer la fraicheur. Seulement, il avait été contraint de retourner dans la demeure qu'il évitait, plus précisément dans le salon, car sa funeste besogne l'attendait : une employée du manoir était morte, vraisemblablement suite à un empoisonnement.

Arrivé sur les lieux, Flynn avait revêtu sa tenue macabre et n'avait pas eu longtemps à attendre avant que l'âme de la défunte ne prenne forme. Elle était désorientée au début mais en comprenant ce qu'il lui était arrivé, elle se mit à paniquer et le Faucheur avait été contraint d'user de ses pouvoirs pour la calmer afin de l'envoyer dans un lieu où elle pourrait reposer en paix. Mais à peine avait-il terminé que le son du parquet qui grinçait lui avait fait brusquement tourner la tête vers la double-porte du salon… et qu'il avait découvert que Lilith l'avait vu, visiblement choquée par ce qui se trouvait devant ses yeux.

La capuche qu'il avait sur la tête ne permettait pas de voir son visage… mais c'était sans compter sur Repede, le chien de l'adolescente, qui, profitant de sa surprise, avait attrapé son long manteau noir avec ses crocs et l'avait tiré d'un coup, révélant ses traits à la jeune fille sans qu'il ait eut le temps de réagir. Flynn allait lui expliquer quand elle lui avait fait signe de se taire… et qu'il eut entendu du bruit venant de l'étage.

Ses yeux azurs avaient rapidement observé l'ensemble du tableau et il en avait conclu que s'il fuyait, certaines personnes pourraient penser que l'adolescente de quinze ans avait tué son employée, ce qui était faux. Or, vu ce que ce comte lui avait raconté, Lady Greed avait plutôt intérêt à ce que sa nièce ne soit plus dans ses pattes pour espérer mettre la main sur l'héritage… et il en était venu à se demander si le poison n'était pas en fait destiné à cette jeune héritière.

D'autres sons se faisant entendre, Flynn avait vite récupéré son manteau noir et, tandis que Repede avait sauté par une fenêtre ouverte en aboyant, il avait enveloppé Lilith et lui-même avec le tissu puis usé de sa magie… pour les transporter dans la chambre de la jeune fille. Il n'avait ensuite pas perdu plus de temps et avait quitté les lieux… pile au moment où le corps de l'employée de maison avait été découvert par sa collègue qui avait poussé un cri déchirant, alertant la demeure toute entière.

Ce ne fut que le lendemain qu'il revint sur place, cette fois-ci en tant que photographe mandaté par le comte qui l'avait invité ici l'hiver précédent. Lady Greed avait facilement gobé ce prétexte, peu mécontente d'apprendre que ce cher comte voulait montrer un portrait de sa nièce à certains de ses amis. C'était donc en toute confiance qu'elle l'avait laissé seul au manoir, ayant apparemment des choses à faire en ville.

Il avait facilement trouvé Lilith au son du piano, le premier mouvement de la sonate Clair de Lune résonnant dans le petit salon tel un chant funèbre. Sa façon de jouer de cet instrument était remarquable : il sentait toute la tristesse qu'elle insufflait dans les notes de ce morceau, intensifiant cette lamentation musicale. Il était limpide pour lui que si elle connaissait ce passage sur le bout des doigts, elle savait comment transmettre ses émotions à travers les sons qu'elle tirait des touches du piano.

—Est-ce qu'elle m'entend jouer ? avait soudain demandé la jeune femme sans lui jeter un regard.

—Qui do-, commença Flynn avant de comprendre ce qu'elle venait de lui demander. Je ne sais pas. J'ignore ce qu'il se passe de l'autre côté.

Comment avait-elle deviné qu'il était derrière elle ? Il avait cherché et vite compris en notant que Repede était installé à côté d'elle et que l'animal avait réagi en le voyant, signalant ainsi à sa maîtresse que quelqu'un était entré ainsi que si la personne était ou non un ami.

Avec précaution, le jeune homme avait posé son matériel dans un coin discret puis s'était assit sur la causeuse, écoutant la fin du premier mouvement de la sonate. Elle enchaîna ensuite directement avec le suivant, cette fois-ci en y mettant de la joie, ce qui se voyait au sourire qu'elle avait sur les lèvres.

—Je n'étais pas sure de vous revoir, lui dit Lilith en continuant de jouer. Ce qu'il s'est passé cette nuit était si étrange que j'ai pensé un temps l'avoir rêvé…

—Vous étiez parfaitement éveillée, lui confirma Flynn. J'aimerai d'ailleurs m'excuser de la frayeur que je vous ai faite et… vous demander de garder cela pour vous.

—Ce n'est pas comme si nous allions le crier sur tous les toits. N'est-ce pas Repede ?

A sa question, le chien répondit par un aboiement affirmatif, ce qui fit sourire le Faucheur.

—Par contre, j'avoue me poser quelques questions… admit la jeune femme en approchant de la fin du deuxième mouvement. Si j'ai bien compris, vous êtes la mort…

—Plutôt un de ses nombreux émissaires, la corrigea le jeune homme. Nous sommes plusieurs à assumer cette fonction à travers le monde depuis des décennies.

Lilith acheva le deuxième mouvement sans problème… puis il la vit se mordre la lèvre inférieure et entamer le dernier mouvement avec maladresse, ce qui l'étonna quelque peu car il l'avait déjà entendu jouer ce passage et elle n'avait pas ces difficultés. Son manque d'assurance se ressentait et très vite, elle fit des fausses notes puis arrêta de jouer, visiblement agacée par cet échec.

—Inutile que je continue ce… massacre, dit-elle en soupirant de dépit. Je suis une bien piètre pianiste…

—Absolument pas, lui dit-il avec conviction. Vous êtes capable de jouer ce morceau.

—Je sais… Mais je n'y arrive plus depuis que cette chose qui me sert de tante veut gérer ma vie !

Brusquement, elle se leva de son banc puis vint s'asseoir à côté de lui en soupirant, ce qui n'était pas vraiment une attitude que devait avoir une jeune femme de son âge mais qui, lui, ne le dérangeait pas. Pour lui remonter le moral, il avait beaucoup parlé avec elle et celle-ci s'était beaucoup intéressée à lui. Ils avaient échangé sur leurs passés respectifs sans trop entrer dans les détails mais suffisamment pour avoir un meilleur aperçu de l'autre. Flynn l'avait ensuite prise en photo dans le jardin afin de rendre son mensonge plus crédible et il était reparti quand il avait senti que du travail l'attendait.

Régulièrement, il était revenue la voir et avait ainsi découvert qu'elle s'était liée d'amitié avec une jeune fille plus jeune qu'elle : Estellise Sidos Heurassein qui était issue d'une famille noble. Il leur arrivait de prendre le thé tous les trois pour bavarder, surtout en l'absence de Lady Greed. Lorsqu'il devait partir, Lilith l'aidait toujours à trouver une bonne excuse pour cela.

Puis, après qu'elle ait eu seize ans, elle lui avait posé des questions sur les anneaux qu'elle avait vus autour de son cou et il lui avait répondu… sans se douter qu'elle profiterait de l'occasion pour en passer un à son doigt et lui déclarer qu'elle voulait se marier avec lui. Il avait d'abord essayé de lui faire comprendre qu'elle n'aurait jamais une vie normale mais ce n'était pas ce qu'elle désirait. Son souhait, c'était d'être libre et il comprit qu'il était le seul à pouvoir l'exaucer, même si cela impliquait que leur idylle serait à la fois brève et compliquée. Par amour pour elle, il avait accepté de se fiancer avec elle…

Seulement, comme il s'y était attendu, Lady Greed n'avait pas vu cela d'un bon œil car Flynn était un simple artiste et n'avait rien. Elle avait donc précipité sa nièce dans un mariage arrangé… qui avait vite tourné court avec le pouvoir des anneaux des Faucheurs lorsque le marié, un vieux bourgeois fortuné, n'a jamais pu arriver à temps aux noces : il avait fait une mauvaise chute de cheval et en était mort. D'autres prétendants avaient saisi l'occasion pour prendre la main de la belle Elisabeth Blackwood mais le malheur s'abattit aussi sur eux, au point que la rumeur courait comme quoi la jeune femme était maudite, ce qui n'arrangeait pas les affaires de sa tante… qui opta pour d'autres solutions afin de se débarrasser de celle qu'elle considérait comme un problème.

Lilith était intelligente et avait donc réussi à esquiver toutes les tentatives d'empoisonnements la visant, principalement en usant de la maison elle-même qui, de ce que le Faucheur avait compris, recelait de recoins cachés que feu Robert Blackwood avait aménagés et dont seule sa petite-fille connaissait les emplacements exacts. Seulement, elle était passée à d'autres méthodes comme payer quelqu'un pour tuer sa nièce. Là encore, elle avait échoué mais cela avait coûté un œil à Repede qui, suite à cela, ne laissait presque plus personne s'approcher de sa maîtresse.

C'était suite à cet évènement que Flynn avait travaillé plus dur pour amasser une énorme somme d'argent tout en négociant avec le comte qui lui avait permis de passer inaperçu. Ce dernier était un bon vivant mais les dettes dont il avait hérité ainsi que son titre étaient un handicap pour lui, faisant que le Faucheur avait réussi à le convaincre de lui vendre son titre de noblesse et à entamer une nouvelle vie dans une autre ville.

Quand il fut revenu au manoir Blackwood mais en tant que comte Flynn Scifo, Lady Greed était loin d'être ravie et avait encore tenté de le chasser mais le jeune homme avait une autre carte dans sa manche : les témoignages de ceux qui avaient été engagés pour assassiner Elisabeth Blackwood et qui avaient échoués ainsi que des preuves prouvant qu'elle avait tout intérêt à voir sa nièce disparaître pour avoir accès à l'héritage de Robert Blackwood. Il lui avait donné le choix entre le laisser épouser Lilith ou bien faire face à la justice. Le choix avait été rapide et elle avait quitté la demeure.

Quelques jours plus tard, il avait enfin pu célébrer son mariage avec celle qu'il aimait durant le printemps de l'année où elle allait avoir ses dix-sept ans. Le comité avait été très restreint avec pour seuls invités, leurs témoins respectifs : Estellise, Repede et un Faucheur que Flynn avait rencontré deux siècles plus tôt. Seulement, il avait tenu à ce que leur nuit de noces attende qu'elle ait dix-huit ans, principalement car ils n'avaient encore jamais vécu sous le même toit et qu'il leur fallait donc s'habituer à vivre ensemble.

A cause des manigances de Lady Greed et du fait qu'il fallait que le jeune homme garde ses secrets, il n'y avait plus aucun domestique au manoir Blackwood, faisant que c'était à eux d'entretenir la demeure. Avec les horaires chaotiques du Faucheur, Lilith avait vite prit en main la cuisine, ce qu'elle avait déjà commencé à faire avant que sa tante ne s'installe. Même si jouer les femmes au foyer la faisait souvent grimacer, elle pouvait s'organiser comme elle le désirait et, surtout, elle se sentait vraiment libre de ses mouvements chez elle, y compris quand elle invitait son amie qui appréciait beaucoup la nouvelle ambiance des lieux.

Un jour, en revenant d'une matinée passée à envoyer des âmes dans l'au-delà, il avait trouvé sa compagne en train de s'occuper du jardin… vêtu de l'un de ses pantalons de travail et d'une de ses vieilles chemises. Elle avait attaché ses cheveux à la va-vite en un chignon assez brouillon mais qui lui correspondait à merveille. Elle avait un peu de terre sur les bras et le visage, signe qu'elle avait été très occupée en son absence. Quand elle avait réalisé qu'il était là en train de la regarder, elle lui avait demandé ce qui n'allait pas… et il l'avait embrassée avec fougue, ce à quoi elle lui avait répondu qu'elle savait à présent qu'elle pouvait continuer à lui piquer ses vêtements.

Bien entendu, il leur arrivait de se disputer sur des sujets divers et variés mais chacun avait son exutoire à sa propre colère : lui dessinait ou peignait tandis qu'elle jouait du piano, généralement le troisième mouvement de la sonate Clair de Lune qu'elle sublimait avec sa frustration et sa rage. Une fois, ils avaient eu un désaccord assez violent alors qu'il essayait de peindre une nature morte et ils en étaient venus à se jeter de la peinture à la figure jusqu'au moment où sa compagne lui avait sauté dessus pour essayer de le plaquer au sol… ce qui n'avait pas vraiment fonctionné vu qu'il l'avait vite dominée… et qu'il n'avait pas pu s'empêcher de rire en voyant l'état de son visage, mettant fin à leur querelle du moment.

Jusqu'aux dix-huit ans de Lilith, ils avaient fait chambre à part pour limiter les tentations et aussi parce qu'il avait besoin de peu d'heures de sommeil à cause de son statut de Faucheur. Le soir de l'anniversaire de son épouse, cette dernière l'avait rejoint dans sa chambre… uniquement vêtue de sa robe de chambre mauve qu'elle avait ensuite ouverte en grand puis laissée tomber au sol, le laissant face à une vision qui lui donnait l'impression de contempler une œuvre d'art. Elle était tellement belle avec ses longs cheveux de jais qui lui tombaient sur la poitrine qu'il osait à peine la toucher.

Aucun d'eux ne regrettait d'avoir attendu pour leur nuit de noces. Flynn ne se lassait pas de sentir sa peau nue sous ses doigts ou de la voir endormie, ses longs cheveux noirs étalés sur les draps. Les étreintes passionnées qu'ils avaient partagées n'avaient fait que lui confirmer son amour pour cette femme et son désir de partager le plus de moments possibles avec elle.

Après cette délicieuse nuit, il s'était mis en tête de faire quelques tableaux de sa compagne et ce, bien qu'il avait déjà pas mal de photos d'elle, que ce soit vêtue de ces robes style empire qu'elle aimait tant ou d'une tenue masculine, bravant les codes vestimentaires des femmes de l'époque. Il s'était surtout appliqué à faire un portrait d'elle puis, sur la suggestion de cette dernière, une toile où elle était assise de façon aguicheuse et ce, entièrement nue…

Ils avaient été heureux… jusqu'au 31 octobre 1870, le jour où leur bonheur vola en éclats.

Ce soir-là, Flynn était allé envoyer de nombreuses âmes dans l'au-delà, le choléra ayant fait des ravages dans une ville de la région. Il venait de terminer sa besogne quand son instinct de Faucheur l'avait appelé… à rentrer chez lui car quelqu'un y était mort. Son sang s'était immédiatement glacé et il était vite retourné au manoir pour s'assurer qu'il s'était trompé. Mais à son retour, aucun son ne se faisait entendre… et Repede était étendu au sol, baignant dans son sang. Avec précipitation, il avait cherché sa compagne dans toute la demeure… pour la trouver dans le petit salon, morte après avoir été étranglée.

Bien qu'il savait qu'un jour, ils devraient se séparer, jamais il n'aurait pu imaginer que cela se produirait si tôt et d'une manière si douloureuse. Il avait hurlé jusqu'à en perdre la voix, ses larmes ruisselant le long de ses joues et venant s'écraser sur le visage figé de son aimée. Sa peine était immense… au point qu'il n'avait réalisé que bien plus tard qu'étrangement, l'âme de Lilith n'était pas présente.

Le cœur lourd, il s'était résolu à enterrer son épouse dans le jardin du manoir et avait ensuite usé de ses pouvoirs de Faucheur sur cette demeure, faisant en sorte que personne ne puisse y entrer sans sa permission.

Plus d'un siècle plus tard en ce mois de septembre, il s'était rendu dans la ville d'Halure pour accomplir sa macabre besogne et venait de finir quand il s'était rendu à l'épicerie de la ville pour acheter de quoi manger. Son esprit était à nouveau obnubilé par ce drame et, surtout, d'essayer d'en déterminer l'auteur. Il avait depuis longtemps écarté Lady Greed car celle-ci avait succombé au choléra l'année avant la mort de Lilith et il en avait fait de même avec tous ceux qui auraient eu l'héritage comme mobile, aucun ne s'étant trouvé dans la région le jour du meurtre. Quelque chose lui échappait…

—Ce serait possible de vous décaler ?

Sortant de ses pensées, Flynn s'écarta pour laisser passer l'employé de l'épicerie… et il crut frôler la crise cardiaque en voyant son visage : il ressemblait trait pour trait à Lilith !

Essayant de se montrer plus rationnel, le Faucheur l'observa de loin, supposant qu'il était un descendant de la famille Blackwood qu'il avait peut-être raté en faisant leur généalogie. Seulement, en voyant les expressions de son visage, l'étincelle dans ses yeux anthracite et sa façon de râler, il avait eu un sérieux doute car cet inconnu et feu sa compagne avaient bien trop en commun.

En remarquant que l'employé semblait galérer pour trouver dans quel rayon il devait ranger les boîtes de conserves qui avaient manifestement été déplacées par un petit malin, il se dit que c'était peut-être l'occasion idéale…

—Besoin d'aide ? proposa Flynn, attirant sur lui ce regard anthracite qui l'intéressait tant.

—Ouais, admit l'employé en grimaçant. Je viens de commencer ce job et je dois déjà ranger tout le magasin alors que je viens d'arriver… en retard.

Amusé, il lui avait expliqué où allaient certains articles pour lui faciliter la tâche et ils avaient un peu discuté. Ainsi, il avait appris que ce jeune homme se nommait Yuri et qu'il venait d'emménager à Halure. Ils avaient fait connaissance au fil des jours, le Faucheur ayant fait en sorte de passer le plus souvent possible à l'épicerie, leur permettant de se lier d'amitié bien qu'ils ne se voyaient pas beaucoup en dehors de ce lieu, lui parce qu'il savait qu'il risquait de devoir partir à l'improviste et l'employé car il lui semblait qu'il maintenait volontairement une légère distance entre eux.

Un jour où Yuri était un peu distrait, Flynn en avait profité pour vérifier quelque chose… et avait confirmé ses soupçons en voyant apparaître brièvement cette alliance au doigt du jeune homme, lui révélant la vraie cause des malheurs affectifs de son ami : Elisabeth Blackwood, sa compagne qu'il avait tant aimée, s'était réincarnée en tant que Yuri Lowell.

Le Faucheur était sincèrement heureux d'avoir retrouvé l'âme de son amour… mais lorsque, après avoir fêté ses vingt-et-ans, son ami se mit à faire ces rêves où il voyait la scène du meurtre de Lilith, il eut des sueurs froides à l'idée de perdre à nouveau cette personne. Il avait tenté de reprendre l'anneau et ainsi briser le mariage mais à chaque fois, c'était un échec car, consciemment ou non, Yuri refusait de briser ce lien.

En voyant la date fatidique se rapprocher dangereusement et suite aux remarques de Sodia, Flynn en avait convenu qu'il ne pouvait plus se permettre de garder cela pour lui. Il avait besoin d'aide pour à la fois résoudre ce meurtre vieux de plus d'un siècle et empêcher un drame de se produire de nouveau.

Or, durant toutes les années s'étant écoulées depuis le jour où son cœur avait été brisé, il avait rassemblé dans sa demeure quelques âmes qui ne souhaitaient guère quitter le monde des vivants et qui, en échange, lui rendaient divers services. Dans une des chambres à l'étage, il y avait justement trois d'entre elles qui étaient présentes… et plus particulièrement Repede, le chien de Lilith qui refusait de l'abandonner, et Estellise Sidos Heurassein, empoisonnée quelques mois après la mort de son amie par un membre de sa famille et qui souhaitait élucider le meurtre ayant eu lieu au manoir Blackwood avant de trouver le repos éternel. A ses côtés, il y avait Rita Mordio, un autre fantôme qui avait refusé de rejoindre l'au-delà après avoir été brûlée vive pour sorcellerie alors qu'elle était une scientifique – celui qui s'était occupé de son cas au départ avait préféré la laisser errer en pensant qu'elle ne ferait pas plus de dommages qu'un feu follet… sans se douter qu'elle provoquerait des incendies sur son passage, faisant que Flynn avait rendu un grand service aux habitants de la région en la ramenant chez lui.

—Oh ? fit Estellise en le voyant entrer. Bonsoir Flynn. Il y a un problème ?

—C'est deux heures du matin, remarqua Rita en jetant un œil à l'horloge. Ca ne peut pas attendre que le soleil se lève ?

—Pas vraiment non, déclara le Faucheur avant de se tourner vers la jeune femme aux grands yeux turquoise. Il faut que je te parle en privé au préalable.

Soupirant d'exaspération, celle aux yeux verts quitta la pièce tandis qu'Estellise s'était mise à le fixer avec curiosité, tout comme Repede qui sentait que quelque chose n'allait pas.

—Lilith s'est réincarnée, révéla Flynn, provoquant la joie de la jeune femme. Seulement, il n'a aucun souvenir de sa vie antérieure.

—Il ? questionna-t-elle, intriguée. Elle est devenue un garçon ? Ce serait logique en même temps…

—Oui, c'est un homme à présent mais depuis quelque temps, il rêve de la nuit du meurtre et ces derniers jours, cela a empiré au point que cela en affecte son quotidien. Je… ne sais pas quoi faire et le 31 est de plus en plus proche…

Il lui avait tout avoué : sa rencontre avec Yuri, la surveillance discrète qu'il faisait du jeune homme… il ne lui avait caché aucun détail, estimant qu'elle méritait de savoir ce qu'il se passait. Elle l'avait patiemment écouté, ne lui faisant aucun reproche pour lui avoir dissimulé tout cela jusqu'à ce jour.

—Ne t'en fais pas, lui dit Estellise avec un sourire emplit de douceur. Nous serons ravis de t'aider.


NB : C'était important que j'introduise au plus tôt Estelle vis-à-vis du Fluristelle Month… Rita n'était pas essentielle mais je la voyais mal sans Estelle et vice versa.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Fluristelle Month 2017 : Day 2 : Constellation – Home

Note : Plus compliqué celui-là et là, ça va sentir un peu donc j'ai rebondi sur ce que je connaissais en astronomie. Au départ, je ne comptais pas faire ce thème mais après vérification de ce que j'avais cassé, me suis aperçue que je pouvais faire Home et ainsi éviter l'insertion trop brusque de certains personnages… tout en préservant un peu mon suspense d'origine qui a pris un coup lors du cassage.

Bonne lecture !


 

C'était un jour de printemps. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les fleurs coloraient et embaumaient les jardins… et une petite fille aux cheveux de jais tenait la main d'un homme d'une cinquantaine d'années.

A partir de maintenant Elisabeth, tu vas habiter avec moi, lui dit l'homme avec bienveillance. Ma demeure est la tienne.

D'accord… répondit la petite fille, visiblement intimidée par celui qui, à ses yeux, était un géant. Où sont papa et maman ?

—… Ils sont partis très loin et ne peuvent pas revenir.

Ils arrivèrent sur le perron d'un manoir et grimpèrent les trois marches menant à la porte d'entrée en bois massif. Celle-ci fut ouverte de l'intérieur par une femme qui était vêtue d'un uniforme, indiquant qu'elle était une employée dans cette maison. Elle les laissa entrer puis referma derrière eux avant de retourner vaquer à ses occupations.

Le hall d'entrée était sombre à cause des tapisseries rouges et du parquet foncé. Il était long, comportant un escalier en bois massif menant à l'étage et des portes desservant les différentes pièces du rez-de-chaussée.

Je t'ai fait préparer ta chambre en haut, lui dit l'homme avant de lui désigner une porte sur leur gauche. Ici, c'est ma pièce favorite. Tu veux la voir ?

Elisabeth lui fit un oui timide de la tête et, avec le sourire, il ouvrit les doubles portes, révélant un petit salon sobrement décoré avec un magnifique piano noir. Il l'invita s'asseoir sur la causeuse et, une fois qu'elle fut installée, il prit place sur la banquette et commença à jouer le premier mouvement de la sonate Clair de Lune, puis le second et, enfin, le troisième. Durant toute la prestation, la petite fille avait été très attentive, ses oreilles écoutant les sons produit par l'instrument massif et ses yeux suivant les doigts qui appuyaient sur les touches.

A la fin du morceau, une larme lui échappa, signe de l'émotion que lui avait fait ressentir ce morceau en la transportant de la tristesse à la joie avant de finir sur une note épique et puissante dont elle ne saisissait pas tout à fait l'impact sur elle-même.

Grand-père ? demanda-t-elle à l'homme. Tu peux m'apprendre ?

J'en serais ravi, lui répondit-il en lui faisant signe de le rejoindre.

-§-

Encore une fois, Yuri avait eu une absence et au travail qui plus est. Heureusement, les clients ne semblaient pas s'en être aperçu mais il était de plus en plus fatigué ces derniers jours et ce, au point qu'il lui arrivait de ne plus se souvenir de ce qu'il avait fait la veille. En prime, c'était la dernière semaine d'octobre donc pas mal de monde commençait à se préparer pour Halloween donc il allait devoir penser à se mettre des bonbons de côté avant que ceux-ci ne soient tous partis.

Avant que son patron ne se rende compte qu'il tirait au flanc, l'employé alla réapprovisionner les rayons qui en avait besoin mais à peine eut-il atteint les rayonnages pour les produits sucrés qu'il grimaça en réalisant que, durant son moment d'égarement, il n'avait pas fait attention qu'une certaine personne était entrée, ce qui n'était pas son cas à elle vu le regard qu'elle lui jetait. C'était quand même difficile de la manquer pourtant : ses ballerines rouge vif avec ses collants à pois noirs se mariaient bien avec sa minijupe blanche et son chemisier ample noir – il suspectait qu'elle cherchait à cacher le fait qu'elle n'avait pas beaucoup de formes car jamais il ne l'avait vue avec un décolleté ou avec autre chose qu'une jupe – ainsi qu'avec ses cheveux roux noués en une natte sur le côté.

—Bonjour Roxy, grommela-t-il en regardant ce qu'il manquait.

—Tu sais très bien que c'est Sodia mon prénom, répliqua-t-elle d'un ton sec. Si tu arrêtais de dormir derrière ton comptoir, peut-être que tu t'en souviendrais enfin…

Cette fille n'était autre qu'une voisine de son ami. Il la détestait et c'était réciproque… Au moins, sur ce point-là, ils étaient toujours d'accord.

—Et Flynn m'a demandé de lui faire quelques achats, précisa-t-elle en lui sortant une liste de courses, ce qui n'était pas inhabituel vu qu'elle lui rendait souvent de genre de service quand il était trop occupé. Il vous en reste encore en stock ?

—Voyons… fit-il en regardant ce qui était marqué sur le papier. Il n'achète pas de bonbons pour le 31 ?

A sa question, la mine de Sodia s'assombrit.

—Non, répondit-elle en détournant le regard. Il n'aime pas ce jour-là.

Maintenant que Yuri y repensait, Flynn lui avait mentionné détester le mois d'octobre mais il ne lui avait jamais demandé pourquoi. Si un jour l'occasion se présentait, il essaierait de la saisir…

N'ayant plus d'autres raisons de parler avec elle tant qu'elle ne passait pas en caisse, l'employé s'attela à remplir les rayons vides, pestant intérieurement contre cette vieille peau qui lui avait encore fait le coup de tout déplacer pour l'enquiquiner. Autant dire qu'il avait hâte de finir son service…

-§-

Les rayons du soleil éclairaient le salon du manoir, permettant ainsi de bien voir le beau piano noir qui trônait fièrement dans cette pièce. Assise sur le banc, Elisabeth, âgée d'une dizaine d'années, jouait le premier mouvement de la sonate « Clair de Lune » de Beethoven, cela sous l'œil attentif de son grand-père qui lui servait de professeur. Les longs doigts fins de l'enfant semblaient caresser les touches de l'instrument tandis qu'elle en tirait progressivement les notes désirées et ce, jusqu'à parvenir à la fin de ce mouvement.

C'est très bien, la félicita le vieil homme. Maintenant, montre-moi où tu en es avec le deuxième mouvement.

D'accord.

La fillette s'exécuta, moins sure d'elle. Quelques fausses notes se glissèrent dans sa prestation, la faisant grimacer tandis qu'elle s'évertuait à poursuivre le morceau.

Bien, nous allons travailler cela tous les deux, déclara calmement le vieil homme en venant s'asseoir près de sa petite fille. Regarde bien.

A ces mots, il montra à sa petite fille comment jouer les passages qui lui posaient problème…

-§-

Un son brutal le ramena à la réalité : celui de Sodia qui avait frappé le comptoir du poing, certainement car il ne réagissait pas au fait qu'elle avait posé son panier de courses devant son nez depuis un bon moment.

—Sur quelle planète tu étais pour ne pas être fichu d'entendre quand on te parle Lowell ! s'exclama-t-elle en voyant qu'il était enfin redescendu sur Terre.

—Pas tes oignons Roxy, répliqua Yuri en faisant la moue, mécontent d'avoir eu une absence à ce moment précis.

—Quelque part entre Orion et la Grande Ourse donc…

Il grogna un peu pour la forme, étant concentré sur scanner tous les articles qu'elle avait pris et s'assurer qu'elle avait de quoi payer – pour cela, il n'était pas inquiet car Sodia avait toujours l'appoint, ce qui lui rendait plutôt service quand elle passait après quelqu'un qui venait de lui prendre presque tous ses centimes. Une fois obtenu ce qu'elle voulait, elle s'en alla et il put s'occuper des autres clients tout en notant que le ciel était en train de se dégager.

-§-

C'était un après-midi de printemps dans le salon. Elisabeth était une jeune adolescente à présent et ses longs cheveux noirs étaient rassemblés en un chignon tressé qui allait bien avec sa jolie robe bordeaux. Assise devant son piano, elle entama le deuxième mouvement de la sonate « Clair de Lune » de Beethoven avec une aisance qu'elle n'avait pas enfant.

Cependant, elle n'était pas seule : à côté de son banc, il y avait un chiot au pelage bleu et blanc qui l'écoutait jouer avec attention. Dès que les longs doigts fins jouaient une note bien précise, l'animal lâchait un bref aboiement bien sonore, comme pour accompagner la musique de sa maîtresse tout en faisant rire cette dernière.

Sciemment, la jeune fille appuya de façon répétée sur cette note, faisant que le chiot aboya jusqu'à ce qu'elle cesse.

Tu as fait des progrès Repede, dit-elle en caressant la tête de l'animal. On dirait que tu t'es habitué au piano.

En guise de réponse, elle reçut un aboiement joyeux et un coup de langue affectueux sur sa main.

-§-

Cinq minutes avant la fermeture, il avait eu une nouvelle absence, cette fois-ci vue par son patron qui l'avait sermonné un bon coup avant de lui dire de dégager car il n'avait pas besoin d'un employé qui dormait debout pour fermer les lieux. Ce fut donc avec l'arrière de son crâne douloureux et un bon coup de fatigue qu'il quitta son travail en bâillant.

Mais à peine eut-il tourné à l'angle de la rue que Yuri eut la mauvaise surprise d'être victime de vertiges. Il s'adossa contre le mur le plus proche en se tenant la tête, attendant que cela passe. Il se laissa glisser jusqu'au sol et ferma les yeux…

-§-

C'était un soir d'automne dans le salon et, cette fois-ci Elisabeth, approchant visiblement des quinze ans, jouait difficilement le dernier mouvement de la sonate Clair de Lune, ses yeux étant embuées par les larmes. Elle était vêtue en noir des pieds à la tête et ses cheveux étaient en partie décoiffés, comme si elle avait ôté un chapeau à la hâte. Repede semblait aussi triste qu'elle et restait à ses côtés, n'ayant pas d'autre moyen de la réconforter.

Grand-père… dit-elle dans un sanglot. Pourquoi ?

Son dernier parent était mort et elle venait d'assister à son enterrement. Elle avait le cœur en miettes après avoir perdu un être si cher à ses yeux…

Pourquoi… POURQUOI !

Elle posa brutalement ses coudes sur les touches du piano, faisant sursauter Repede, puis elle se tint la tête entre les mains, laissant les larmes couler sur son visage. Aveuglée par le chagrin, elle ne vit pas l'ombre qui était dans la pièce et qui s'approcha doucement d'elle… jusqu'à s'arrêter à ses côtés.

Son heure était venue.

-§-

Yuri ouvrit les yeux en grognant, sortant ainsi de sa dernière vision. Il voulut se relever… et réalisa que sa main n'était pas en contact avec le trottoir froid mais avec des draps tièdes. Il se mit d'un coup en position assise et regarda tout autour de lui, constatant qu'il était dans son studio et, vu les quelques étoiles qu'il apercevait par sa fenêtre, la nuit était tombée depuis un moment – d'ailleurs, l'éclairage de sa rue était visiblement en panne car il ne voyait pas la lumière orangée des lampadaires qui, habituellement, empêchait de voir autre chose que la lune dans le ciel nocturne. Comment était-il rentré chez lui au juste ?

Seulement, quelques détails lui indiquèrent très vite qu'il n'était pas arrivé seul ici : son tas de linge sale avait disparu, sa vaisselle était faite et n'attendait que d'être rangée, les papiers qu'il avait laissé en vrac avait tous été soigneusement classés dans des piles bien nettes, le parquet venait clairement d'être lavé, ça sentait la lavande… et la pendule en forme d'étoile qu'on lui avait donnée indiquait qu'il était dix heures du soir passées, ce qui signifiait que cela devait faire trois heures qu'il dormait.

Alors qu'il se levait de son lit, la porte d'entrée s'ouvrit puis se referma. Deux secondes après, Sodia était dans son champ de vision, un tas de linge plié dans les bras.

—Je peux savoir ce que tu fiches ici toi ? demanda Yuri, assez surpris de voir la rousse chez lui. J'ai pas souvenir que tu connaisses mon adresse…

—Je l'ai trouvée en fouillant dans ton portefeuille, lui répondit la jeune femme en posant le linge propre sur la table basse. Tu as d'ailleurs eu de la chance que je t'ai vu perdre connaissance car certains auraient pu en profiter…

—Normalement, une personne saine d'esprit appelle les pompiers…

—Tu dormais et c'était impossible de te réveiller. Je suis même étonnée que tu n'ais pas bronché quand je t'ai mis dans ma voiture.

… Vu qu'à priori, la police n'était pas venue ici, c'était qu'elle ne l'avait pas mit dans le coffre, chose dont il l'estimait parfaitement capable. Par contre, elle avait dû s'amuser pour l'amener seule ici...

—Tu m'as monté seule jusqu'ici ? demanda-t-il, intrigué vu la corpulence de la jeune femme.

—J'ai demandé un coup de main à une connaissance, répondit Sodia en ouvrant les tiroirs de la commode pour ranger les vêtements qu'elle avait apportés avec elle. Elle m'a aidée avec la lessive et la vaisselle.

—D'acc- Heu attends, t'as aussi lavé mes sous-vêtements ?

—Tu devrais t'en racheter. Excepté un ou deux boxers, ils ont tous des trous mais comme ça ne m'appartient pas, je me suis retenue de les jeter.

En jetant un œil dans les tiroirs, il réalisa que le bazar qui était à l'intérieur avait été soigneusement rangé et plié, ce qui le fit quelque peu flipper en comprenant qu'elle avait dû ranger TOUT son appartement et qu'il ne s'était pas réveillé pour autant.

Parce qu'il n'avait rien mangé depuis un moment, il jeta un œil au contenu de son frigo et en sortit un fondant au chocolat qu'il avait fait ce matin.

—T'en veux ? proposa-t-il en montrant le gâteau.

—Pourquoi pas…

Ce fut donc comme ça qu'ils se retrouvèrent tous les deux à manger du fondant au chocolat et à boire une infusion aux fruits rouges qu'il avait achetée en promo, le tout dans une ambiance un peu bizarre. En même temps, c'était logique : ils n'étaient pas amis et leurs rapports avaient toujours été tendus donc la situation actuelle était un peu… inconfortable.

—T'as vraiment fait ça avec un micro-ondes ? lui demanda Sodia, étonnée après avoir goûté le gâteau.

—Faut pas croire mais c'est pas mal comme outil quand on sait s'en servir, répondit-il en désignant l'appareil. C'est pas mal aussi pour faire cuire des pâtes quand t'as pas de casserole propre pour ça.

Yuri devait admettre qu'il était étonné de voir que, pour la première fois, il n'avait aucun souci diplomatique avec la rousse bien que cela restait bizarre de discuter avec elle. Il la trouvait même très détendue par rapport à ce dont il était habitué avec elle. Est-ce que c'était la situation qui faisait cela ou bien autre chose ?

—Je suis surprise de voir que l'on voit assez bien les étoiles de chez toi, lui fit remarquer Sodia alors qu'elle avait tourné la tête vers la fenêtre.

—Sans l'éclairage public, ça aide, admit-il avant de se souvenir de la phrase qu'elle lui avait sortie plus tôt. Et Orion, elle est visible actuellement ?

A sa question, la jeune femme observa le ciel avec attention, cherchant la fameuse constellation dans le morceau de voûte céleste qui lui était visible.

—J'en doute, fit-elle en prenant une bouchée de sa part de fondant. Il me semble apercevoir le Sagittaire et il est proche du Scorpion…

—Traduction pour les non-passionnés d'astronomie ? demanda-t-il, ne comprenant pas trop ce qu'elle voulait dire.

—Dans la mythologie grecque, Orion était un chasseur redoutable mais un jour, une divinité a envoyé un scorpion pour le tuer puis Orion et le Scorpion ont été changés en constellations, chacun placés à un bout du ciel. En d'autres termes, quand le Scorpion est visible, Orion ne l'est pas.

Il allait dormir moins bête cette nuit… Par contre, l'ambiance était moins tendue donc peut-être était-ce une bonne occasion pour tenter de briser un peu la glace mais encore fallait-il qu'il trouve comment faire.

—Sinon, qui est Elisabeth ? lui demanda Sodia, curieuse. Je t'ai entendu dire cela quand je cherchais les chaussettes ales sous ton lit.

—T'as aussi…. fit-il, estomaqué avant de se recentrer sur le sujet initial. Si je te le dis, tu vas me croire fou…

—Et si je te dis un truc sur moi en échange ? Ca te convient comme deal ?

Là, elle venait de piquer son intérêt…

—Ca marche, accepta Yuri sans hésiter. En fait, depuis quelques temps, je n'arrête pas de faire des rêves bizarres. Celui qui revient le plus souvent est celui d'une fille morte dans un salon avec un piano qui joue toujours le même morceau. Seul Flynn est au courant.

—C'est assez… glauque, lui dit Sodia en grimaçant. Et Elisabeth, c'est son nom ?

—Je pense oui mais je ne sais toujours pas pourquoi elle est morte ou qui l'a tuée.

Vu les réactions de la rousse, elle ne le prenait pas pour un déséquilibré, ce qui était déjà un bon point.

—Toujours le même morceau… dit-elle, l'air pensive. Une signification cachée peut-être ?

—Si c'est le cas, je la cherche encore, déclara Yuri en soupirant. Et sinon, c'est quoi ton problème avec moi au juste ? Je suis quasi certain que tu m'as détesté au premier regard.

—Ca c'est parce que tu es un homme. Mais maintenant que j'ai vu ton charmant calendrier des Dieux du Stade, je suis convaincue que tu n'es pas attiré par les femmes.

Il l'avait oublié celui-là… En même temps, en temps que célibataire, il avait le droit de se rincer l'œil de temps en temps… Mais la façon dont elle avait formulé cela l'interpella.

—Mauvaise expérience avec un mec ? demanda-t-il tandis qu'elle prenait une gorgée de son infusion.

—Très, dit-elle sur un ton extrêmement froid qu'il ne lui connaissait pas, lui laissant penser qu'il avait du toucher un point sensible. J'ai mis du temps à m'en remettre.

—Désolé. Je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs.

—C'est rien. Ce n'est pas comme si cela allait se reproduire un jour…

Vraiment étrange comme formulation… Qui plus est, le regard vide qu'elle avait eu à ce moment-là lui avait fait froid dans le dos. Qu'est-ce qu'elle ne lui disait pas sur ce sujet ? Il n'était pas sûr de vouloir le savoir…

—Donc j'imagine que tu en pinces pour Flynn, supposa Sodia en posant sa tasse vide.

—Oui mais je ne compte pas entamer de relation pour le moment, lui avoua Yuri en jouant avec sa petite cuillère. Je n'ai pas eu de chances à Zaphias avec mes ex et je ne me sens pas encore prêt à retenter le coup.

—D'accord. De toute façon, je doute qu'il ait en tête d'entamer une relation amoureuse, surtout en ce moment.

La rousse semblait en grande réflexion et le jeune homme préféra ne pas l'interrompre, de crainte qu'elle ne se ferme totalement à lui. Après une bonne vingtaine de secondes, elle le fixa avec prudence.

—Flynn t'as déjà parlé de ses relations passées ? demanda-t-elle avec précaution.

—Jamais, répondit-il, se souvenant que son ami avait toujours éludé ce sujet.

—Tu ne le sais pas par moi. Il a été marié par le passé mais sa compagne est morte et depuis, il est veuf. Je ne crois pas qu'il s'en soit remis vu qu'il va tous les jours sur sa tombe… Elle est décédée un 31 octobre.

Le beau blond était donc hétéro, ce dont il aurait dû se douter. Et il comprenait mieux maintenant pourquoi Flynn ne fêtait pas Halloween ou pourquoi il était discret sur sa vie privée.

—Tu la connaissais ? demanda Yuri, un peu curieux.

—Non, je suis arrivée à Halure après son décès, répondit Sodia en soupirant. J'ai juste vu quelques photos d'elle chez lui…

Alors qu'il allait lui demander si elle savait comment s'appelait l'ex-épouse de Flynn, la chanson Harley Davidson de Brigitte Bardot se fit entendre. Brusquement, la jeune femme fouilla dans son sac pour sortir son téléphone puis s'excusa pour aller répondre. Pendant qu'elle était occupée, il en profita pour mettre les tasses et les assiettes dans l'évier pour les laver plus tard.

—Il faut que j'y aille, lui dit Sodia en raccrochant. Tu t'en sortiras tout seul ?

—Sans problème, lui répondit Yuri avant de lâcher un bâillement. On se revoit à l'épicerie et…

—Cette conversation privée n'a jamais eue lieu et tout reprendra exactement comme avant. Compris ?

—Cinq sur cinq.

Retour à la case départ donc mais bon, si cela permettait d'éviter les ragots, il acceptait cela sans broncher.

-§-

C'était un jour d'hiver dans le salon et Elisabeth semblait contrariée. Il y avait du monde autour d'elle et une femme d'une quarantaine d'années essayait de la convaincre de parler à quelques hommes qui étaient présents. Seulement, elle n'en avait pas la moindre envie et semblait vouloir partir dès que possible.

Chère nièce, ces messieurs sont venus exprès pour vous voir ! finit par s'exclamer, très agacée, celle qui était sa tante.

Et je ne veux pas les voir ! répliqua la jeune fille avec force. Je ne veux pas me marier avec l'un d'eux !

Le son d'une gifle fit taire toutes les conversations, les yeux se tournant tous vers la jeune fille dont la joue venait d'être frappée par la main de sa tante.

Feu Lord Blackwood était bien trop coulant avec vous, déclara la femme plus âgée sur un ton glacial. Montez dans votre chambre et ressortez-en quand vous aurez appris où est votre place !

Après un regard noir à sa parente, l'adolescente quitta la pièce… et n'y revint que bien plus tard, à la nuit tombée. Plus personne ne s'y trouvait et, Repede à ses pieds, elle s'installa devant le piano et attrapa une partition qu'elle lue au clair de lune. Une page lui glissa des mains et s'envola sous la table basse, la forçant à se baisser pour la récupérer.

Seulement, elle fut surprise de sentir contre ses doigts, en plus de la feuille de papier, un tissu qui ne devrait pas se trouver là. Curieuse, elle attrapa cette mystérieuse étoffe et découvrit que c'était en fait un gant noir qui avait probablement été oublié par l'un des invités de sa tante. Comment avait-il atterrit là ?

Elle sursauta en entendant de légers coups derrière elle. Elisabeth se retourna, Repede grognant doucement, et vit une ombre derrière la fenêtre. A la silhouette, c'était certainement un homme mais la pleine lune l'éclairait de dos, faisant qu'il lui était impossible de distinguer ses traits. Elle avait le cœur qui battait la chamade et ne savait quoi faire… puis l'inconnu lui montra sa propre main qu'il plongea dans une poche de sa veste pour en sortir un unique gant.

Hésitante, elle avança prudemment vers la fenêtre et l'ouvrit avant de reculer très vite.

Pardon, s'excusa l'inconnu en restant à l'extérieur. Je ne voulais pas vous faire peur mais comme j'ai vu du mouvement…

Je m'en remettrai, dit-elle à voix basse avant de lui tendre le gant. C'est à vous je présume ?

Oui, merci. Je suis vraiment désolé pour le dérangement.

Il s'avança d'un pas pour récupérer son bien puis baissa la tête vers Repede qui l'observait attentivement. L'inconnu se baissa pour se mettre au niveau de l'animal et attendit un peu, laissant le temps au chien de le renifler avec attention. Son examen finit, le jeune chien remua joyeusement la queue et l'homme lui caressa affectueusement la tête avant de se relever.

Il n'aime pas les étrangers d'habitude, remarqua l'adolescente, étonnée.

Il protège sa maîtresse, ce qui est normal, lui répondit l'inconnu. Par contre, je vais devoir vous laisser…

Vous reviendrez ?

Il marqua un temps d'arrêt, visiblement surpris par la question.

Uniquement si vous le désirez.

-§-

Il était près de minuit quand, profitant que Yuri dormait d'un sommeil de plomb, quelqu'un s'introduisit chez lui… en passant à travers la porte d'entrée. Un fantôme entra dans son studio avec aisance puis s'arrêta, l'observant dormir.

—Il ne se réveillera pas avant l'aube. J'ai déjà vérifié.

Sortant de l'ombre, Flynn rejoignit l'ectoplasme… qui n'était autre que Sodia O'Daly, une jeune femme morte depuis l'année 1967 dans des circonstances peu enviables… Normalement, il aurait dû l'envoyer dans l'au-delà mais dans son cas, il avait fait une exception, ce qui lui rendait bien service.

—C'est effarant la ressemblance entre Lowell et le portrait d'Elisabeth Blackwood, lui déclara la rousse dont le regard violine fixait toujours le jeune homme endormi. S'il ne m'avait pas parlé de ses rêves étranges, j'aurais continué de penser qu'il était son descendant.

—Je peux te certifier que Lilith n'a aucune descendance directe, précisa-t-il avec amertume. Elle était enfant unique et j'ai personnellement vérifié si elle avait un demi-frère ou une demi-sœur quand j'ai rencontré Yuri. J'ai beau chercher, je ne comprends pas pourquoi elle s'est réincarnée…

—Moi ce qui me choque, c'est qu'elle soit passée de femme à homme…

—Vu comment était la société à l'époque, je ne suis pas surpris. Son âme n'a jamais vraiment aimé qu'on l'empêche de vivre.

Flynn trouvait cela plus que logique que Lilith soit devenue Yuri : elle avait tellement détesté le statut des femmes à son époque qu'elle devait désirer ardemment être aussi libre de ses faits et gestes que pouvait l'être un homme. De toute manière, peu importe qu'elle soit fille ou garçon, c'était l'âme d'Elisabeth Blackwood qui l'avait séduit et jamais il n'en avait trouvé d'aussi belle à ses yeux.

—Oh et désolée d'avoir été indiscrète, s'excusa Sodia, penaude. Je voulais essayer de comprendre ce que tu nous cachais et si je ne lui donnais pas de grain à moudre…

—Tu as eu raison, la rassura-t-il. C'est moi qui aurais dû vous dire à tous ce que je faisais au lieu de garder cela pour moi. Mais j'avoue que je crains un peu ce que peuvent faire certains d'entre eux…

Il allait devoir les canaliser un peu mieux s'il leur disait toute la vérité sur Yuri, surtout ceux qui étaient susceptibles de faire une gaffe…

—Que se passera-t-il quand il aura retrouvé toute sa mémoire ? demanda la jeune femme, curieuse.

—Je l'ignore, avoua Flynn qui se sentait impuissant depuis le moment où ces cauchemars avaient commencés. Techniquement, le manoir Blackwood lui revient car c'est sa maison mais… j'ai peur que l'histoire se répète.

Non, il ne voulait pas que Yuri vienne au manoir tant que le 31 octobre n'était pas passé. Lilith avait vingt-et-un ans à sa mort, tout comme lui. Il était plus prudent qu'il le surveille de loin et s'assure personnellement que ce drame n'allait pas se reproduire sous ses yeux… tout en essayant de comprendre la raison de cette réincarnation.


NB : Le suivant sera plus simple à écrire logiquement mais pas forcément rendu dans les temps vu mon planning (sauf si je parviens à m'isoler tout le week-end et que la connexion internet est correcte)

kaleiyahitsumei: (Default)
Disclaimer : Tales of Vesperia ne m’appartient (sinon j’aurais déjà fait une suite du jeu…)

Titre : Mélodie funèbre

Auteur : Kaleiya Hitsumei

Rating : T (pour l’instant… Je me méfie avec moi…)

Genre : Heu… Mystery/ Romance c’est certain.

Fluristelle 2017 : Day 1 : Flower Crown – Promises

Note : A l’origine, j’avais écris une fic avec Yuri qui avait eu une mauvaise surprise dans un manoir mais… j’ai abandonné le projet car je n’y accrochais plus (10000 mots pourtant…) et je l’ai remanié mais là, ça partait un peu trop dans tous les sens à cause du format choisi donc vu que je voulais quand même garder ce scénario, j’ai profité du Fluristelle Month pour casser ce projet, quitte à prendre le risque d’anéantir quelques éléments de suspense. Je ne sais pas si j’arriverai à faire tous les thèmes mais je vais essayer quand même. Bonne lecture !

 



Cette nuit-là, des notes de piano résonnaient, jouant furieusement le dernier mouvement de la sonate « Clair de lune » de Beethoven. Les doigts bougeaient rapidement sur les touches, suivant scrupuleusement la partition, faiblement éclairée par les rayons de l’astre lunaire qui passaient à travers la vitre… du moins, quelqu’un devait bien être en train d’en jouer si l’on était logique donc… pourquoi le piano semblait-il jouer lui-même ces notes ?

Une vieille chaise à bascule se balançait d’elle-même dans un coin de la pièce, faisant grincer le plancher massif. Un courant d’air glacé soufflait dans la pièce, soulevant les rideaux blancs qui encadraient les fenêtres. Sur une table basse, un plateau en argent était présent et, posé sur celui-ci, il y avait une théière de porcelaine, une petite cuillère, un petit sucrier et une petite soucoupe de porcelaine. Cependant, sur la surface métallique et sur le meuble, il y avait des gouttes de thé qui, si on les suivaient, amenaient aux débris de la tasse correspondant à ce service éparpillés sur le sol… à environ un mètre d’un guéridon renversé, d’un fauteuil qui avait été déplacé, d’une lampe brisée… et du corps sans vie d’une femme dont la main gauche était fermement agrippée à un foulard de soie déchiré.

Ses longs cheveux noirs entouraient son visage au teint pâle et sans vie, tranchant avec la blancheur de sa robe de style empire qui laissait ses épaules découvertes. Elle ne portait pas de chaussures et aucun bijou excepté une bague en métal sombre à sa main gauche…

-§-

Une violente tape derrière la tête réveilla Yuri, endormi sur le comptoir de l’épicerie de la ville d’Halure. Il se frotta l’arrière du crâne, peu enchanté de ce réveil brutal et très désagréable. Il croisa le regard noir de son patron et afficha un air désolé en enlevant ses fesses du tabouret puis en allant dans les rayons pour faire un peu de rangement tout en lâchant un bâillement sonore, avant de passer sa main droite dans ses longs cheveux de jais pour se masser l’arrière de la tête.

Encore ce rêve… Il le faisait depuis qu’il avait fêté ses vingt-et-un ans cet été et à chaque fois qu’il le faisait, celui-ci gagnait en précision – au départ, tout était flou et il était impossible de savoir quelle musique était jouée au piano. Le détail de la bague était nouveau mais les couleurs restaient encore difficiles à distinguer. Peut-être qu’il arrivera à savoir la couleur exacte de ce foulard lors de sa prochaine sieste ?

Le jeune homme nota que certains articles n’étaient plus à leur place – encore un coup de cette vieille peau qui aimait bien tout déplacer pour l’enquiquiner – donc il se mit au travail en pestant contre ça ainsi que contre cette chemise à rayures oranges qu’il détestait porter.

—Je serais toi, je garderai ce genre de pensée pour moi.

A l’entente de cette voix masculine, Yuri eut un sourire amusé et, après avoir remis à la bonne place un pot de moutarde, il se tourna vers un de ses clients réguliers qui le fixait de ses yeux azur en tenant un panier contenant ses courses du jour.

—S’il n’y a que toi pour les entendre, je ne vois pas où est le mal, répliqua-t-il en prenant un paquet de biscuits qui avait été laissé avec les conserves. Tu les veux Flynn ?

Le dénommé Flynn leva les yeux au ciel avant de prendre les gâteaux et de les mettre dans son panier avec la bouteille de lait et le sachet de pâtes qui s’y trouvaient déjà.

Tous les deux avaient le même âge et, depuis que Yuri avait emménagé à Halure et commencé son travail à l’épicerie l’année précédente, il avait fait la connaissance du jeune homme au regard azur et aux cheveux blonds avec qui il discutait presque tous les jours – à force, ils étaient devenus amis bien qu’ils ne se voyaient que très peu en dehors de cet endroit à cause de l’emploi du temps variable du blond. Auparavant, Yuri vivait à Zaphias mais il était parti après ce qu’il était arrivé à son dernier petit ami…

—Tu fais toujours ce rêve étrange ? lui demanda Flynn, l’air soucieux.

—Ouais, répondit l’employé en continuant son travail. Comme d’hab’, il gagne de plus en plus en précision. Ce coup-ci, j’ai vu que cette fille devait être mariée mais je ne sais toujours pas qui l’a tuée…

Ce songe qu’il faisait sans arrêt, il n’en avait parlé qu’à son ami, ayant peur d’être prit pour un fou. Celui-ci ne l’avait pas jugé et l’avait même aidé à mieux comprendre ce qu’il voyait – par exemple, il lui avait amené plusieurs vieux CD de musique classique, lui permettant ainsi de découvrir quel morceau était joué sur ce piano. D’après ce qu’ils avaient réussi à savoir via les éléments de ce rêve et les différentes recherches effectuées, la période où cette scène avait eu lieu se situait entre 1860 – le style de la chaise à bascule indiquait qu’elle n’avait pas pu être fabriquée avant cette année-là – et maintenant. Par contre, il était compliqué de l’identifier car il n’avait toujours pas pu distinguer les traits de son visage. Qui était-elle au juste ?

—A part ça, comment vas-tu ? demanda Yuri en prenant un paquet de pâtes qu’il glissa dans le panier de son ami. Toujours occupé par le travail ?

—C’est plus calme pour l’instant, répondit Flynn en remettant en place un bocal d’olives que l’employé avait glissé parmi ses courses. J’espère juste que ça va continuer à l’être à la fin du mois car ce sera déjà assez agité comme ça avec Halloween.

Ils étaient actuellement à la mi-octobre, une période où la ville fleurie d’Halure prenait surtout des teintes orangées avec les feuilles qui tombaient des arbres. Il commençait à faire froid, signe que l’été était parti et que l’automne préparait le terrain pour l’hiver à venir. Si le jeune homme aux cheveux de jais appréciait de pouvoir porter ses vieux jeans sombres et une veste noire bien confortable, son ami, souvent vêtu d’un pantalon bleu clair léger avec un haut blanc, allait devoir commencer à sortir les pulls et autres habits chauds.

Un bip sonore retentit et, en grognant, Flynn sortit son téléphone portable de la poche de sa veste en coton beige.

—Je vais devoir y aller en urgence, déclara-t-il après avoir regardé le message qu’il avait reçu. Ca te dérange si je te laisse…

—C’est moi qui fait la fermeture donc pas de souci, coupa Yuri avec un sourire en coin. Passe chercher tout ça quand tu auras fini.

Ce n’était pas une première : son ami pouvait être appelé n’importe quand pour une urgence et il devait partir au plus vite, plaquant du coup tout ce qu’il était en train de faire. L’employé de l’épicerie s’y était adapté et lui gardait souvent ses courses quand cela arrivait ici pour qu’il puisse venir les récupérer plus tard ou demander à un voisin de le faire pour lui. Il l’aurait bien invité à un rencard s’il était certain que c’était possible et qu’il n’avait pas eu ces petits soucis à Zaphias avec ses ex…

Après le départ de Flynn, Yuri vérifia que son patron ne pouvait pas le voir et sortit son vieux téléphone de sa poche. L’appareil ne lui servait qu’en cas de problème, le jeune homme ayant renoncé à sa vie sociale pour éviter de se retrouver en couple et de relancer cette série de malchance qui s’enclenchait dès qu’il commençait à fréquenter quelqu’un. Sans surprise, il n’y avait aucun message – il avait changé de numéro en déménageant – donc il remit l’appareil dans sa poche et reprit son travail.

Les minutes défilèrent, tout comme les clients. Il avait vu passer pas mal de monde : des adolescents qui avaient tenté d’acheter de l’alcool sans avoir l’âge légal pour cela, quelques accros au sucre, une ou deux pâtissières en herbe qui étaient en panne d’ingrédients, la kleptomane du quartier qui avait tenté de lui piquer des pots pour bébés, un mec qui semblait assez perplexe devant ce qu’il avait acheté – manifestement, il avait dû faire les courses de sa copine et découvert pour la première fois ce qu’était une boîte de tampons – et une mère dont la fille avait flashé sur la longueur de ses cheveux – l’employé avait grincé des dents quand elle avait commencé à mentionner le film Raiponce et, plus particulièrement, le passage où les cheveux de cette dernière avaient été coiffés par des petites filles et qu’elles y avaient ajouté pleins de fleurs.

—C’est dommage que ce soit finit les pâquerettes, lui dit la petite fille alors que sa mère était en train de payer ses articles. Ca aurait été trop joli dans vos cheveux…

—Une prochaine fois peut-être, avait répondu Yuri en espérant intérieurement que cette idée de se servir de lui comme tête à coiffer allait lui passer d’ici le printemps. Merci à vous et bonne soirée.

Au moment même où la mère passa la porte de l’épicerie, Flynn revint et, manifestement, il n’avait pas manqué le regard peiné de la fillette.

—Qu’est-ce que tu lui as fait au juste ? demanda son ami en haussant un sourcil.

—Elle voulait faire un remake de Raiponce sur moi, répondit l’employé en récupérant le panier de courses qu’il avait mis de côté. La scène avec la tresse et les fleurs pour être exact…

—Celle-là… C’est vrai que ce serait réalisable sur toi.

En entendant ces mots, Yuri jeta un regard noir à son ami, lui promettant mille souffrances pour avoir osé dire cela… ce qui amusait beaucoup ce dernier.

—Toi, je te jure que tu vas me le payer…

Il dut se retenir de lui faire payer le double pour ses articles…

Alors qu’il venait de scanner une boîte en métal contenant du thé, dernier objet présent dans le panier, Yuri eut comme une drôle de sensation. Il mit cela sur le compte de la fatigue et ferma brièvement les yeux...

… mais quand il les rouvrit, il vit ce salon dont il rêvait pratiquement toutes les nuits sauf que, cette fois-ci, il le voyait en plein jour. Les rayons du soleil filtraient à travers les grandes fenêtres, éclairant le beau piano noir, la table basse en bois sombre, la causeuse en tissu mauve, la chaise à bascule, les murs recouverts d’un papier peint clair aux motifs fleuris…

Assise sur la banquette du piano, il y avait une jeune femme vêtue d’une robe bordeaux style empire qui ne cachait en rien ses épaules et dévoilait grandement ses bras. Ses longs cheveux de jais étaient libres de toute entrave, encadrant un visage aux traits fins et au teint clair tandis que ses yeux gris étaient concentrés sur la partition, ses doigts jouant avec soin la mélodie au piano qui était le premier mouvement de la sonate Clair de Lune…

—Yuri ?

Brutalement, le jeune homme revint au moment présent et s’aperçu que Flynn le fixait avec inquiétude.

—Désolé, s’excusa l’employé en soupirant. Je dois être plus crevé que ce que je pensais.

—Tu as déjà eu d’autres absences comme ça ? lui demanda son ami en lui donnant l’argent qu’il lui devait.

—Nan, c’est la première fois à ce que je sache. Faut juste que j’aille me coucher.

—Fais attention en rentrant chez toi.

—Promis.

Pendant un instant, Flynn avait eu l’air sceptique et il lui aurait certainement proposé de rester si son cher téléphone n’avait pas de nouveau sonné, le contraignant à repartir. Yuri resta donc durant l’heure qu’il lui restait à s’occuper des derniers clients, veillant à ce que certains ne tentent pas de piquer quoique ce soit et râlant intérieurement contre ceux qui n’avaient pas l’appoint – la spécialiste de la chose et qui venait toujours quand sa caisse n’avait quasiment plus de centimes était une vieille de soixante ans qui ne pouvait pas l’encadrer. Puis enfin, il put fermer l’épicerie et compter cette fichue caisse – il grogna en constatant qu’il lui manquait de l’argent, surement à cause de cette histoire d’appoint vu que la somme était petite mais cela allait lui valoir un bon sermon demain.

Il était près de vingt heures quand il put enfin partir, une veste noire sur le dos pour le protéger du vent froid qui s’était mis à souffler. Il devait compter au moins un bon quart d’heure de marche à pied pour rentrer chez lui s’il allait vite sauf que pour atteindre son immeuble, le chemin le plus court était une montée méchamment raide qui était loin d’être agréable à faire quand on était déjà crevé à la base. Seulement, il n’avait pas envie de faire tout le tour et de perdre encore plus de temps donc il se résolu à l’emprunter, ce qu’il fit sans se presser pour éviter d’être essoufflé à la moitié du parcours.

Mais même en prenant son temps, aux deux tiers de la montée, il fut obligé de s’asseoir sur une des marches pour récupérer… Il avait vraiment sous-estimé sa fatigue et le fait qu’il commençait à avoir des vertiges lui laissait penser qu’il ferait mieux de manger quelque chose dès que possible.

Sortant une barre de céréales de sa poche, Yuri en ôta l’emballage et en croqua un bon morceau – de mémoire, cela devait être la dernière qu’il avait donc il faudra qu’il pense demain à en racheter tout en se demandant s’il essayait celles aux fruits rouges ou non. Son esprit vagabonda vers ce salon dont il rêvait si fréquemment puis s’attarda sur cette femme…

Bien qu’il avait eu une vision des lieux en plein jour, impossible pour lui de se souvenir des traits du visage de cette inconnue qui était vraisemblablement celle dont il voyait le corps inerte chaque nuit. L’époque se précisait de plus en plus et il était à présent quasi certain que cette personne avait vécu durant la deuxième moitié du XIXème siècle bien que le mobilier et son style vestimentaire correspondaient plus au début de cette période. S’il pouvait obtenir plus d’indices ou voir d’autres pièces de cette demeure, il lui serait possible de confirmer son hypothèse.

Il ferma les yeux pour essayer de visualiser à nouveau cette pièce… et il y fut de nouveau précipité. Cette fois-ci, cette femme portait une robe blanche assez simple dans sa coupe sur laquelle étaient brodées des fleurs violettes. Ses cheveux de jais avaient été rassemblés en un chignon bas orné de quelques fleurs mais quelques mèches étaient laissées libres, encadrant son visage. Elle était assise sur la causeuse avec un homme aux cheveux blonds vêtu d’une chemise claire sur laquelle il y avait des tâches de peinture et d’un pantalon marron qui n’avait rien d’extraordinaire. Seulement, impossible de distinguer leurs traits.

Entre ses doigts, la femme tenait un anneau en métal sombre qu’elle regardait sous tous les angles.

—Qu’est-ce qu’il représente au juste ? demanda-t-elle, curieuse. Je n’arrive pas à lire ce qui est gravé à l’intérieur…

—La promesse d’un engagement mutuel, lui répondit l’homme en sortant un deuxième anneau qui était attaché à une chaine autour de son cou. Quant à l’inscription, c’est plutôt une sorte… de sortilège.

—De sortilège ? Donc si l’un trompe l’autre…

—En fait, les anneaux symbolisent le lien créé entre les deux âmes et il ne peut être rompu que si l’un des deux désire profondément casser celui-ci. Et s’il y a adultère, c’est plutôt l’amant qui devrait s’inquiéter…

—C’est à partir du mariage ?

—A partir des fiançailles plutôt.

Après quelques secondes, la femme prit le bijou entre son pouce et son index avant de le passer à son annulaire gauche, provoquant une réaction paniquée chez son interlocuteur.

—Lilith ! s’exclama-t-il avec surprise. Mais qu’est-ce que tu fais ?

—Je me fiance avec toi, dit-elle avec désinvolture. Pourquoi ?

—Mais… Tu réalises ce que cela va impliquer ? Je sais que tu veux fuir un mariage arrangé mais…

—C’est pour toi que je veux faire ça, pas pour moi.

En entendant ces mots, l’homme ne sut visiblement pas quoi répondre. Il restait figé, stupéfait par cette réponse tandis que Lilith agitait sa main devant ses yeux pour le faire réagir.

—Je… commença-t-il avant de s’interrompre. Tu es folle. Je ne vois que ça.

—Apprend moi quelque chose que j’ignore car j’entends déjà ça tous les jours, répliqua la femme en lâchant un soupir exaspéré.

—Je veux dire… T’engager avec moi comme ça n’est pas une bonne chose. Jamais je ne pourrais t’offrir une vie normale…

—Si j’avais voulu finir mariée avec le premier type venu et devoir lui pondre pleins de gosses pendant qu’il dilapide l’argent que m’a léguée mon grand-père ou qu’il se tape je ne sais qui dans mon dos, ce serait déjà fait. Je ne t’aurais pas rencontré, j’aurais déjà fugué depuis un moment.

Sans laisser le temps à l’homme de lui répondre, Lilith combla rapidement la distance entre eux et posa ses lèvres sur les siennes…

Ce fut des gouttes de pluie qui sortirent Yuri de son rêve éveillé, le poussant à vite rentrer chez lui s’il ne tenait pas à finir tremper. Il ne mit pas longtemps à atteindre son immeuble, pressé qu’il était de se mettre au sec. Arrivé à son studio, il avait balancé dans un coin sa veste et s’était affalé sur son lit.

-§-

Lilith rompit le contact, s’écartant un peu tandis que l’homme aux cheveux blonds portait sa main tremblante à sa bouche.

—Je sais que tu n’es pas heureux d’être ce que tu es, lui dit-elle avant de lui sourire. C’est pour ça que j’aimerai alléger un peu ton fardeau en t’offrant ma compagnie, même si, pour toi, elle ne sera certainement qu’éphémère. Et puis tu es le seul homme que je connaisse qui ne veut pas m’empêcher de vivre.

—Parce que c’est ce que j’aime chez toi, avoua-t-il en prenant sa main entre les siennes. J’aime ton côté rebelle, j’aime t’entendre rire, j’aime t’écouter jouer du piano nuit et jour, j’aime te voir te promener pieds nus, j’aime quand tu ne veux pas suivre les modes, j’aime…

Il fut interrompu dans sa tirade quand Lilith l’embrassa à nouveau, un geste auquel il répondit sans hésiter. Quand il se rompit, il détacha la chaîne autour de son cou et en libéra l’anneau qu’il déposa dans le creux de sa main.

—Ta famille ne va pas être ravie, constata-t-il avec un léger sourire.

—Je ne fais que leur rendre la monnaie de leur pièce, répondit-elle en prenant le bijou avant de le passer au doigt de son amant. Et puis comme ça, je pourrais enfin récupérer tout ce que mon grand-père m’a laissé.

—Ils y seront contraints et si jamais ils refusent, alors j’userai de certains atouts que j’ai dans ma manche.

—Oh ? Tu as donc tant de secrets que cela Flynn ? Moi qui croyais les avoir tous découverts…

A ces mots, il lui sourit, plantant ses yeux bleus dans son regard anthracite, puis il lui baisa amoureusement la main…

-§-

Profondément endormi sur son lit, Yuri n’avait pas réalisé qu’il n’était pas seul dans son studio : quelqu’un l’observait depuis un bon moment déjà et, une fois certain qu’il ne réveillerait pas l’occupant des lieux, était sorti de sa cachette.

Soupirant face au bazar des lieux, Flynn dut se retenir de tout ranger et s’approcha du lit avec précautions, enjambant un tas de vêtements qui auraient bien besoin d’être lavés. Prudemment, il s’assit sur le lit et prit la main gauche du jeune homme dans la sienne. Il posa son annulaire gauche sur celui de son ami… dévoilant un anneau en métal sombre autour de chacun d’eux.

—Ca empire de jour en jour… murmura-t-il avec inquiétude.

Il tenta d’ôter la bague au doigt de Yuri mais à peine eut-il essayé de bouger le bijou que son porteur se mit à gémir dans son sommeil, lui faisant stopper son geste.

—Flynn… souffla l’endormi. Reste…

—… Je ne peux pas te faire cette promesse, dit-il en lui lâchant la main avant de le recouvrir avec la couverture abandonnée au pied du lit.

Avec réticence, il se leva et s’éloigna. Il ne pouvait pas rester plus longtemps car il avait à faire. Octobre était le pire mois de l’année, à la fois à cause de sa charge de travail qui était plus forte et aussi parce que le dernier jour était très éprouvant pour lui au niveau moral.

—Ne meurs pas de nouveau, lui dit Flynn avant de commencer à disparaître dans un nuage de fumée noire. Je ne le supporterai pas cette fois-ci…

 


 

NB : Pas certaine d’avoir réussi à caser les deux thèmes… Vais essayer de faire mieux pour les suivants.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Notes : Pour le passage au chant, les paroles correspondent à la chanson « Veil of Elysium » de Kamelot, plus précisément à sa version acoustique (il n'y a pas de guitare électrique dans cette fic donc je prends les versions acoustiques quand elles existent).

Playlist :

Emmanuel Moire – Etre à la hauteur

Sofia Essaidi – Tout sera stratagème

Kamelot – Veil of Elysium (acoustic)

Halestorm – Familiar taste of poison

Battle Beast – Familiar Hell


Partie 4

Illuminée par des torches et par les derniers rayons du soleil, la salle de banquet du palais royal était grandiose. Avec son sol de marbre blanc, ses colonnes sur lesquelles étaient gravées des scènes de la vie quotidienne et son plafond où était peint un ciel azuré, cette pièce était une des plus belles qu'il était possible de voir. Concernant son ameublement, il était sobre, se limitant aux tables en bois laqué dont le bord était plaqué or et aux sièges fait de bois d'ébène venu tout droit de Séléné avec des coussins colorés sur lesquels s'asseyaient les convives – seul le roi avait un fauteuil avec un haut dossier dont les bras étaient plaqués or et qui lui permettait de clairement se démarquer par rapport à ses invités.

Cependant, lorsque cette salle était remplie et ses tables richement garnies de mets divers et variées, ce bel endroit était à la fois celui où toute personne de la haute société souhaitait ardemment se trouver mais aussi celui qui pouvait donner mal au crâne à n'importe quel Nyx qui était assis sur l'un de ces sièges.

Yuri avait l'habitude d'occulter les manigances et faux-semblants au sein du harem pour s'éviter des migraines face à tous les mensonges qu'il percevait mais pour faire cela, il fallait qu'il soit en pleine possession de ses moyens. Or, l'idéal pour lui aurait été d'être en bout de table ou juste à côté du roi mais la présence de notables et des autres favoris le contraignait à être placé face à Orpin et Narcisse et à côté d'un noble qui s'était bien trop parfumé – il ne détestait pas les odeurs fleuries mais celle-ci était bien trop entêtante à son goût. Normalement, Lucrèce devrait être assis à sa gauche mais il n'était toujours pas arrivé, ce qui signifiait qu'il n'aurait personne pour faire la conversation à sa place si nécessaire.

Heureusement, un divertissement était offert aux invités : des jongleurs, des joueurs de luth et des cracheurs de feu animaient la soirée, de quoi occuper ceux qui ne s'intéressaient pas aux affaires du royaume. De plus, il savait que, debout derrière lui, il y avait Flynn, très certainement droit comme un i et qui allait garder les deux yeux sur lui.

Cependant, un détail avait attiré son attention lors de son arrivée : le nombre de gardes qui était plus élevé qu'auparavant. Même s'il n'évoluait pas librement hors du harem, il avait déjà été assez souvent dans ce genre de mondanités pour savoir que cela était inhabituel. Peut-être y avait-il une crainte d'une tentative d'assassinat sur le roi d'Hélios…

« Dites-moi, que pensez-vous des… » commença son voisin de droite sur un ton un peu trop doucereux à son goût.

« Rien du tout. » coupa abruptement le favori avant de boire une gorgée de sa coupe de vin.

Officiellement, cette boisson venait de Séléné mais il reconnaissait le goût du vin blanc légèrement sucré et fruité produit dans les Terres des Nyx – il suspectait que le roi Thar le faisait importer à Aurum uniquement pour lui car excepté Raven, personne ne s'en était fait servir. Seulement, comme il ne souhaitait absolument pas être pris dans ces toiles de mensonges, il préférait encore obscurcir ses sens plutôt que de supporter consciemment les manières de la haute société – certes, il aurait pu prendre de la bière mais il avait toujours détesté la saveur de cette boisson.

Côté nourriture, il avait jeté son dévolu sur le canard à l'orange, un plat assez populaire sur les côtes de la mer Azurée où les agrumes poussaient en grand nombre. Il aurait volontiers opté pour des gâteaux aux dattes si ceux-ci n'avaient pas déjà été monopolisés par Orpin qui était connu pour en raffoler. Heureusement, pour ce qui était des desserts, il avait encore pas mal de choix – dans tous les cas, il bouderait ceux aux figues, même ceux où elles étaient noyées dans du miel – mais avant de s'attaquer à du sucré, il hésitait entre accompagner sa viande de lentilles ou de fèves – à Némésis, il n'aurait jamais pu avoir un tel choix de plats à cause des conflits réguliers mais il lui arrivait de regretter les truites fraichement pêchées du Lymna ou encore les lapins accompagnés de carottes et de pommes de terre.

Yuri regarda rapidement les convives, remarquant quelque chose d'un peu curieux concernant l'ambiance des lieux. S'il ne voyait rien d'inhabituel du côté des invités et des autres favoris – Narcisse avait toujours adoré les commérages et ce genre d'occasion était parfaite pour en apprendre de nouveaux –, il trouvait le roi ainsi que le capitaine de la garde plutôt tendus tandis que Garista semblait contrarié. Le maître des lieux, comme à chaque apparition publique, portait un Némès aux rayures horizontales jaunes et bleu roi qui masquait intégralement sa chevelure. S'il était vêtu d'une simple toge blanche à manches longues faite avec le lin le plus précieux qui soit, celle-ci était accessoirisée d'une ceinture épaisse composée des multiples perles bleues, turquoises et ocres ainsi que d'un collier plastron composé des mêmes perles colorées mais comportant un soleil en or en son centre.

Les yeux mordorés du souverain croisèrent les siens avant de se poser sur la place vide de Lucrèce avec un léger mécontentement… ou peut-être même de la suspicion – les sens du Nyx étaient un peu perturbés par le peu d'alcool qu'il avait bu et tout ce qui l'entourait donc il avait un peu de mal à décrypter cette expression qui n'avait duré qu'à peine deux secondes. Il le vit se pencher vers le soldat à sa droite et lui murmurer quelque chose à l'oreille.

Pour une raison ou pour une autre, il sentait qu'il n'allait pas tarder à quitter sa place.

Le favori s'intéressa à sa coupe en or gravée de motif fleuris et la tourna légèrement entre ses doigts avant de prendre une nouvelle gorgée de vin blanc. Ayant eu une sensation bizarre à sa lèvre inférieure, il examina plus attentivement le rebord de cet objet, notant qu'il avait un défaut : d'une manière ou d'autre autre, le métal avait été abîmé sur une petite zone, si bien que seul un examen approfondi ou, comme à l'instant, un contact sur cette partie bien précise permettait de savoir qu'elle était légèrement ébréchée.

Le notable à sa droite allait tenter à nouveau d'engager la conversation avec lui quand Raven vint se placer entre eux avec une mine grave, ce qui convainquit le noble de changer d'idée.

« Son Altesse veut te parler maintenant. » lui déclara le soldat à voix basse avant de s'écarter.

Bingo… Yuri se retint de soupirer de soulagement car il doutait fort d'obtenir la place du vieux jusqu'à la fin du banquet et qui lui aurait permis d'avoir une paix royale – par le passé, il n'avait été assis à côté du roi que lors de deux occasions similaires mais dans les deux cas, Garista était absent faisant que, dans ces cas-là, son siège était offert à un membre du harem qui était soit un favori, soit un nouveau venu au harem qui avait plu au souverain.

Le Nyx posa sa coupe de vin puis se leva et jeta un coup d'œil rapide à Flynn, remarquant ainsi que le capitaine de la garde s'était placé à côté de celui-ci et qu'il avait engagé la conversation – cela n'avait rien d'anormal en soit entre un soldat et son supérieur. Sous les regards de quelques curieux, le favori rejoignit la place vacante à droite du roi Thar et s'y assit en croisant les jambes, dévoilant en partie l'une d'elle quand le lin noir et fin glissa contre sa peau claire. A peine deux secondes plus tard, le souverain était penché vers lui et avait posé une main chaude sur sa cuisse.

« Tu portes toujours cette couleur à merveille. » lui susurra le dirigeant d'Hélios en glissant ses doigts jusqu'aux deux pans de tissus qui s'étaient séparés en haut de son genou. « Si nous étions seuls, cet habit serait déjà plus ouvert que maintenant. »

« Et moi qui vous croyais capable de me baiser devant un large public. » répliqua Yuri à voix basse pour que seul son interlocuteur l'entende. « Je suis déçu. J'avais bu du vin exprès pour m'y préparer ! »

« Je préfères un bien plus petit comité pour admirer le spectacle mais trêve de plaisanteries. »

Le roi Thar enleva sa main de sa cuisse pour la placer derrière sa nuque. Il sentit les doigts du souverain se refermer sur son cou, prêts à écraser sa gorge si nécessaire, ainsi que le contact du métal sur sa peau, là où le maître des lieux portait ses bagues.

« Qu'est-ce que c'est que cela ? » demanda le roi en le forçant à regarder en direction de l'endroit où se tenaient Flynn et Raven. « C'est un nouveau jeu que de faire porter un masque à ton garde ? »

« J'ai naïvement pensé que vous feriez un bal masqué ce soir. » répondit le Nyx qui ne comptait pas dévoiler la vraie raison de ce petit manège. « Il semblerait que je me sois trompé. »

Un petit soupir agacé lui indiqua que le maître des lieux n'était pas satisfait de ce qu'il venait d'entendre mais il n'avait eu aucune autre réaction. Puis le jeune homme eut la tête tourné vers le siège vide, probablement la vraie raison de son geste.

« Où est Lucrèce ? » questionna le souverain sur un ton beaucoup moins agréable.

« Je ne suis pas sa nounou. » répliqua Yuri avant de sentir les doigts du roi appuyer brièvement sur sa gorge, lui faisant comprendre que le temps des sarcasmes était passé. « Je ne l'ai pas croisé en partant. »

Du coin de l'œil, le favori apercevait Flynn qui avait serré les dents et à côté de lui, Raven qui, certainement, lui avait conseillé de se tenir à carreau vu que le soldat se forçait à regarder devant lui.

« Autre chose votre Altesse ? » demanda le Nyx en tournant son visage vers celui du souverain, plantant ses yeux anthracite dans ceux mordorés.

« Oui, mais pas ici. » répondit sèchement le roi Thar. « Nous en discuterons dans un autre lieu quand cela sera possible. Et tu es prié d'amener ton garde du corps avec toi que je vois ce que tu caches exactement… »

« Rassurez-vous, je ne couche pas avec lui. »

La pression des doigts sur sa gorge s'accentua, signe qu'il avait, sans surprise réelle, réveillé la part de jalousie et de possessivité du souverain. Il aurait pu se passer de le provoquer ainsi, surtout en public, mais il n'avait pas pu s'en empêcher, à croire qu'il avait des pulsions suicidaires cachées pour allumer une flamme de colère dans ces yeux aux teintes dorées.

Lorsqu'un serviteur vint pour remplir la coupe du maître des lieux, ce dernier lâcha enfin le favori mais continua de le fixer avec intensité, laissant pleinement le temps au Nyx de déceler quelques détails et micros-expressions : un léger froncement de sourcils, des signes de fatigues dissimulés avec les talents d'un bon maquilleur, le mouvement des iris…

Manifestement, quelqu'un avait des soucis en ce moment…

« Courte nuit ? » fit Yuri avec un léger sourire, cherchant à détendre un peu l'atmosphère en réalisant qu'il ne percevait pas beaucoup de sons provenant du banquet. « Vous devriez essayer la camomille… »

« Ça ne m'a jamais vraiment réussi. » répliqua le roi Thar, un peu plus calme à présent. « Cependant, je ne serai pas contre une berceuse… »

La main chaude du souverain vint chercher la sienne puis l'amena à ses lèvres afin d'y déposer un bref baiser accompagné d'un regard où luisait une étincelle de défi.

« Depuis quand ne t'ai-je pas entendu faire résonner ta voix à mes oreilles ? » questionna le maître des lieux avec envie.

« A peine quelques secondes ? » répondit le favori avec ironie. « Si vous voulez que je joue les pipelettes... »

« Je pensais plutôt à une chanson. »

Exactement ce que redoutait le Nyx. Certes, il savait chanter mais il n'avait que peu de chansons à son répertoire et le souci était qu'elles venaient toutes de son pays d'origine – certaines étaient aussi connues à Séléné sauf qu'à Hélios, il était probable que celles-ci ne soient pas au goût de ce public…

« Vous savez très bien que je n'en connais aucune de ce pays. » déclara Yuri à voix basse. « Qui plus est, rien ne me dit que vos musiciens pourront m'accompagner s'ils n'en connaissent pas la mélodie. »

« Cela sera aisé à vérifier. » répliqua le souverain avant de faire signe aux deux joueurs de luth.

Intrigués, les convives stoppèrent leurs conversations, suivant du regard les deux musiciens qui vinrent s'agenouiller près de leur roi tandis que le favori observa plus attentivement ces artistes : si le premier était assurément un hélien d'une trentaine d'années dont la peau avait enduré pendant longtemps la puissance des rayons du soleil, le second semblait plus jeune mais il était difficile de déterminer son âge exact à cause du turban qui couvrait sa tête et du foulard qui masquait son visage, ne laissant voir que ses yeux verts et une partie de son teint qui était bien pâle pour un citoyen d'Hélios.

« Quels sont vos désirs votre Altesse ? » demanda le plus âgé des joueurs de luth, la tête baissé avec respect.

« Je souhaiterais que vous accompagnez de vos notes le chant de mon favori ici présent. » répondit le roi Thar en faisant signe qu'il n'avait pas terminé. « Cependant, il ne connaît aucune chanson d'Hélios mais quelques-unes de Séléné. Cela vous poserait-il un problème ? »

« Personnellement, j'ai peur de ne pouvoir satisfaire votre demande mais peut-être que mon partenaire en est capable. Il n'en a pas l'air mais il a beaucoup voyagé. »

Les sens de Nyx de Yuri sentirent immédiatement le mensonge qui venait d'être dit mais il eut beau observer attentivement le plus âgé des musiciens, celui-ci n'avait aucun tic nerveux ou micro-expression qui pourraient le trahir. Or, il était certain que cet homme avait menti… mais était-il possible qu'il n'en ait même pas eu conscience ? Si c'était le cas, soit il était un menteur pathologique, soit il avait été envoûté par un Nyx.

Face à cette constatation, il tourna ses yeux gris vers le second joueur de luth, réalisant que celui-ci le fixait à la fois avec intérêt et étonnement. Ce regard vert n'avait rien d'extraordinaire en soi mais son instinct lui disait que si cette personne dissimulait son apparence, c'était parce qu'elle était probablement du peuple de la nuit.

« Connais-tu « Voile de l'Elysée » ? » demanda le favori, guettant les réactions du mystérieux musicien.

« Oui. » fut la seule réponse verbale qu'il obtint mais elle lui fut suffisante pour estimer qu'il devait avoir affaire à une femme.

De toutes les chansons qu'il connaissait, il n'avait pas choisi celle-ci au hasard : très populaire chez les Nyx, elle plaisait aussi à Séléné bien qu'ils n'en saisissaient pas pleinement le sens. Le peuple de la nuit se transmettait l'air et les paroles depuis toujours ainsi que la légende qui serait qu'elle avait été écrite par Umbra et Topaze – personne ne savait réellement pourquoi car leur relation avait, au final, été de courte durée et l'on pouvait légitimement supposer à qui elle s'adressait réellement.

Sans précipitation, Yuri suivit les deux joueurs de luth jusqu'à leur place. Après avoir pris une bonne inspiration, il fit signe au mystérieux musicien de commencer à jouer. Les premières notes retentirent, envoûtantes, mélancoliques… puis il entama le premier couplet d'une voix puissante et pleine d'émotion.

Hear my promise of blistering light

Sowing a rose of obsidian

My dear I promise

Death comes to all

In a heartbeat only silence

Let's play with the fire that runs in our veins

Trust in the might of a miracle

Now winter has come and I'll stand in the snow

I don't feel the cold

And it's all that I will ever need to believe

Juste avant d'entamer le refrain, il s'accorda un rapide coup d'œil sur l'assemblée, constatant que tous avaient les yeux rivés sur lui, plus particulièrement le roi Thar qui semblait plus apaisé qu'au début du banquet.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will I know you then?

Ce mystérieux musicien connaissait très bien cette chanson, ce qui suffit à Yuri pour confirmer que c'était bel et bien un Nyx qui l'accompagnait au luth. Il n'y avait pas la moindre fausse note, ce qui était un peu surprenant quand on savait que cet instrument à cordes n'était pas très courant chez le peuple de la nuit. Cette personne avait très certainement dû apprendre à en jouer grâce à un musicien hélien ou sélénite. Il n'était cependant pas à exclure que cet individu soit un autodidacte et dans ce cas, il – ou plutôt elle – était doué.

Now bring down your fortress and swallow your pride

Don't break in your moments of ignorance

Existence will capture a spark of life

Just a fragment, but it's all that I will ever need to revive

Du coin de l'œil, il aperçut Raven regagner sa place, les sourcils légèrement froncés. Il fixait le mystérieux musicien avec suspicion, se doutant très certainement que quelque chose n'était pas très clair. Le plus inquiétant, c'était que Garista semblait penser la même chose.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will you be there in that darkness

Of the shadow that comes over all?

Dear friend will I know you then?

Will I know you then at all?

Toujours à son poste, Flynn l'écoutait attentivement, ses yeux bleus croisant son regard anthracite. Pour une raison qui échappait au favori, quelque chose l'attirait chez le soldat, ce qui était totalement nouveau pour lui. Il reconnaissait qu'il avait un certain charme, de la personnalité et qu'il avait pas mal d'autres atouts mais il lui tapait aussi sur les nerfs par moments…

Sauf que sans cet idiot de blond, il risquait fort de s'ennuyer, s'étant habitué à sa présence à ses côtés.

One day I know we will meet again

In the shade of a life to die for

Watching the world through the eyes of a child in Elysium

Will I find you then?

La chanson se termina sur les dernières notes de luth. Lorsque revint le silence, celui-ci fut rompu par les applaudissements du roi, vite imité par ses convives. Yuri et le musicien saluèrent avec respect leur public puis le Nyx fit de même avec le joueur de luth qui l'imita… leur permettant ainsi de lui parler sans risquer d'être entendu.

« A ta place, je ne m'éterniserai pas. » dit-il au musicien dans la langue du peuple de la nuit à voix basse. « Je ne suis pas le seul à t'avoir repéré et quitte à choisir, j'éviterai de me faire capturer par le sorcier solaire. Il est du genre sadique, surtout avec les Nyx. »

« Compris. » se contenta de lui répondre celle qui était une Nyx avant de se redresser.

Peu importe qui était cette fille, il ne voulait pas qu'elle soit faite prisonnière par Garista car autrement, elle allait certainement y passer. Le roi Thar n'était pas plus recommandable donc il valait mieux qu'elle puisse s'enfuir avant qu'il ne soit trop tard et ce peu importe ce qu'elle était venue chercher au palais.

« Portons un toast en l'honneur du roi ! » s'exclama l'un des convives en levant sa coupe alors que Yuri regagnait sa place. « Remercions-le pour cette magnifique table et ces splendides divertissements ! »

Plusieurs invités approuvèrent vivement cette idée et, à l'instant où le favori se rassit sur son siège, le souverain avait fini par céder et prit en main sa coupe en or et en lapis-lazuli.

« A Hélios ! » déclara le maitre des lieux en levant son verre, vite imité par ses invités.

Tout le monde porta sa coupe à ses lèvres et le Nyx allait faire de même…

« NON ! »

La main de Flynn lui attrapa vivement le poignet, l'empêchant de finir son geste et renversant une partie du vin blanc sur la table. Yuri regarda le soldat avec surprise et quand il vit l'expression de son visage, il sut tout de suite que quelque chose clochait avec ce qu'il tenait dans sa main.

« Que signifie ceci ? » questionna la voix emplie de colère du roi Thar.

Immédiatement, le jeune homme aux cheveux d'or lâcha le favori et s'agenouilla, baissant la tête avec respect.

« Pardonnez-moi votre Altesse. » s'excusa-t-il. « Il m'a semblé voir un fait curieux avant que votre favori ne rejoigne sa place et je n'en ai compris l'importance que maintenant. »

Rapidement, le Nyx examina sa coupe, cherchant ce qui avait bien pu alerter son ami… et découvrit un détail qui lui glaça le sang : le défaut qu'il avait remarqué sur le rebord n'était plus là. Ceci n'était pas son verre.

« Quel est-il au juste ? » demanda Raven qui essayait de masquer comme il le pouvait son inquiétude.

« Quand les serviteurs sont passés resservir les invités, Yuri a été le seul dont la coupe a été changée. » expliqua Flynn calmement en fixant son supérieur droit dans les yeux.

« Je confirme ses dires. » fit le favori en se levant tout en montrant l'objet du délit. « Ma coupe avait un défaut et celle-ci n'en a aucun. »

Jamais un serviteur n'aurait dû lui donner une nouvelle coupe à moins qu'il ne l'ait demandé. La remplir était tout ce qu'ils étaient censés faire mais la sienne n'était pas vide car il n'avait bu que deux gorgées de son contenu. Il ne restait donc qu'une possibilité : c'était une tentative d'empoisonnement.

Un coup d'œil rapide lui permit de constater que la musicienne Nyx s'était volatilisée, ayant certainement profité de l'agitation pour filer – elle n'était pas à suspecter car si elle avait voulu le tuer, elle l'aurait poignardé ou égorgé dans un recoin sombre. Le sorcier solaire n'avait pas l'air surpris et cherchait quelque chose du regard – Garista pourrait être le coupable mais il n'était pas le genre à faire cela devant témoins, surtout que l'usage de poisons faisait automatiquement de lui le suspect principal. Quant aux autres favoris, si Orpin était aussi outré que les autres invités, Narcisse cachait mal sa rage.

En d'autres termes, si quelqu'un avait voulu le tuer dans cette pièce, c'était certainement le brasseur d'air mais en l'absence de preuves ou d'aveux, ce serait la parole de Flynn contre la sienne, ce qui plaçait le soldat dans une très mauvaise posture : si le serviteur ou le poison n'étaient pas identifiés, il allait être exécuté pour avoir troublé le banquet.

Or, il le savait, jamais cet égoïste n'avouerait cela, surtout qu'il y laisserait assurément sa tête s'il admettait son crime. Qui plus est, celui qu'il avait chargé de placer la coupe avait déjà dû quitter les lieux, emportant avec lui ce qui avait contenu le poison.

La seule solution qu'il avait à sa portée pour sauver son ami d'une mort certaine, c'était d'user de ses pouvoirs de Nyx, ce qui, à cette heure-ci où la nuit était à présent tombée, était parfaitement possible… même si cela signifiait qu'il allait être à coup sûr découvert et que le roi ne pourrait jamais empêcher qu'il soit décapité à l'aube.

« Cela ne prouve rien ! » s'exclama un noble avant de se faire tout petit face au regard noir du roi Thar.

« Si cela est vrai, qui est ce serviteur au juste ? » questionna Garista dont les yeux semblaient fouiller la pièce en long et en large.

En voyant Flynn se mordre la lèvre inférieure, Yuri devina qu'il ne le connaissait pas, certainement parce que celui-ci ne travaillait pas au harem, seule partie du palais dont le soldat avait vu le personnel. Même s'il le décrivait physiquement, le reconnaître allait être compliqué s'il n'avait pas un signe particulier qui le faisait sortir du lot mais malheureusement, les serviteurs étaient souvent choisis pour être capables de se fondre aisément dans le décor…

« Ce n'est qu'un tissu de mensonges ! » vociféra un noble plus âgé que les autres. « Qui pourrait croire à cela ? »

Résigné, le Nyx se tourna vers Narcisse pour user de son pouvoir de persuasion…

« Moi je pense qu'il dit la vérité. »

A l'entente de cette voix posée, tout le monde se tourna vers les portes de la salle de banquet, y découvrant Lucrèce dans ses habits plus sobres que ceux des autres invités et qui tenait dans la main un rouleau de papyrus. Le favori taciturne s'inclina avec respect.

« Pardonnez mon retard votre Majesté mais alors que je m'apprêtais à rejoindre le banquet, quelque chose de suspect a attiré mon regard et il me fallait tirer ça au clair en urgence. » s'expliqua-t-il en fixant le roi avec ses yeux marrons. « Cela concerne à la fois le harem et cette coupe dont je me garderai bien de boire le contenu. »

« Il m'a semblé avoir précisé que je ne voulais en aucun voir ces histoires de rivalités sortir de cette partie du palais. » répliqua le souverain avec colère bien que son regard mordoré était très intéressé par ce que tenait le nouveau venu. « Cependant, je suis extrêmement curieux de savoir ce que tu as découvert donc parle librement. »

Des quatre favoris du harem, il était connu que ce n'était pas par ses charmes que Lucrèce avait gagné sa place mais grâce à son intelligence et à son savoir, des qualités qu'il ne montrait pas toujours au grand jour mais qui faisait du jeune homme un érudit des plus intéressants à écouter quand il daignait partager ses connaissances – lui et Rita se seraient très certainement bien entendu bien qu'ils n'avaient pas tout à fait le même caractère.

D'un pas rapide, la favori taciturne s'avança jusqu'au siège du roi Thar tandis qu'imperceptiblement, les soldats bloquèrent les sorties – Raven avait surement dû leur faire un signe pour qu'ils empêchent quiconque de sortir… et d'ailleurs, depuis quand le capitaine s'était-il absenté ? Peut-être était-il parti à la recherche du serviteur en question.

« Vous trouverez là-dedans la liste de toutes les plantes, quelque soit leur forme, qui ont été apportées au palais ces dix derniers jours ainsi que leur provenance, leur quantité et à qui elles étaient destinées. » informa Lucrèce en remettant son rouleau de papyrus au souverain qui le déroula pour le lire. « J'ai mis une croix sur les importations suspectes. »

« Des cactus ? » demanda le maître des lieux, intrigué, tandis que le sorcier solaire lisait par-dessus son épaule. « Qui aurait l'idée de vouloir cela ? »

« Des cactus Peyotl. (1) » précisa Garista après avoir rapidement regardé le contenu du papyrus. « Ce n'est pas anormal en soit car il m'arrive d'en utiliser mais j'avais trouvé curieux que l'on m'en livre dix fois plus que nécessaire. Qui plus est, les symptômes dont avaient souffert ceux qui avaient mangé cette possible nourriture empoisonnée au harem correspondraient sans problème à cette plante. »

Des murmures résonnèrent dans la pièce, les convives étant à la fois curieux d'entendre la suite et se demandant si le sorcier solaire était responsable de ces mystérieux empoisonnements. A contrario, Yuri suspectait grandement qu'il avait déjà eu l'occasion de goûter à cette plante à plusieurs reprises…

« Et tu n'as pas jugé bon de m'en aviser ? » reprocha le roi Thar à celui qui représentait le culte de Sol.

« Je range ce genre d'ingrédients dans une pièce à part et je ne m'y suis pas rendu ces deux derniers jours. » s'expliqua calmement Garista. « N'importe quel serviteur qui avait connaissance de cela pouvait venir se servir dans mes réserves. Cependant, j'imagine que c'est le second que tu as noté qui t'avait interpellé Lucrèce. »

« Le laurier rose (2), oui. » confirma le favori taciturne avec un hochement de tête.

Cette fois-ci, plusieurs personnes ouvrirent de grands yeux d'effroi et d'autres fixaient la coupe de vin blanc avec horreur. Visiblement, quelle que soit cette plante, elle était connue et n'avait pas une bonne réputation.

« Qu'est-ce que c'est au juste ? » demanda Yuri à voix basse au soldat.

« Je n'en ai jamais vu mais mon père m'a raconté que c'est un arbuste dont la plantation avait été interdite sur les bords du Neilos car il empoisonne l'eau qu'il touche. » répondit Flynn de la même manière. « A présent, on ne peut en trouver que dans les villes de la Mer Azurée à condition qu'il ne soit en contact avec aucun point d'eau potable. Il m'avait aussi dit qu'on le reconnaissait à ses feuilles allongées et à ses fleurs… »

Le jeune homme aux cheveux d'or ne poursuivit pas sa phrase et, du coin de l'œil, le Nyx le vit subitement observer Narcisse avec attention, semblant chercher quelque chose… tout comme l'avait fait Garista un peu plus tôt.

« Qui a demandé cette plante maudite au juste ? » demanda un noble d'une voix blanche.

« Il n'y avait pas de nom malheureusement. » répondit calmement Lucrèce avant de se tourner vers le brasseur d'air qui n'était visiblement pas tranquille. « Cependant, il a été indiqué que des fleurs de celle-ci ont été livrées au harem. »

« Ceci ne prouve rien ! » finit par riposter Narcisse en se levant brutalement de son siège, frappant ses mains contre la table. « N'importe quel idiot a pu en demander pour décorer les jardins ou bien sa chambre ! »

« Dans ce cas, cet idiot doit vraiment détester les animaux, plus particulièrement les chiens, les petits singes et les oiseaux. »

Cette phrase eut pour effet de faire réagir Orpin – il était, jusqu'ici, plus intéressé par son assiette que par l'arrivée tardive de Lucrèce – qui, à présent, avait les oreilles grandes ouvertes bien qu'il était encore difficile de savoir ce qu'il ferait ensuite. Cependant, ce n'était pas le cas de Yuri qui avait bien l'intention de profiter de cette occasion pour mettre les choses au clair avec ce crétin de brasseur d'air.

« C'est toi qui a tenté de tuer Repede ? » questionna le Nyx avec une rage non dissimulée.

« Ton sale clébard plein de puces ? » répliqua Narcisse sur un ton venimeux. « Je n'en ai rien à cirer de ce truc miteux avec lequel tu te trimballes, tout comme de ce gamin qui est à ton service ! »

« Vraiment ? C'est étrange car quelqu'un passe beaucoup de temps à empoisonner ma nourriture quand je suis au harem et heureusement pour mon chien qu'il a du flair car autrement, il aurait fini comme les rats à qui je donne tous les plats qui me paraissent douteux ! »

« Il est vrai que notre empoisonneur a au moins eu l'avantage de nous débarrasser des nuisibles. » fit Lucrèce avec ironie. « Mes livres ne sont plus mangés par les rongeurs. »

Personne parmi les invités n'osait réagir, observant la situation et plus particulièrement le roi Thar dont les yeux mordorés luisaient de colère, attendant visiblement de voir la suite des évènements pour décider des sentences à appliquer.

« Pourquoi je perdrai mon temps avec vous deux ? » lança Narcisse avec agacement. « Je n'ai aucun intérêt à vous empoisonner. »

« Vraiment ? » répliqua le favori taciturne en croisant les bras contre sa poitrine, un sourcil haussé. « Combien de fois as-tu été appelé dans les appartements royaux ce mois-ci ? »

Cette question fit pâlir le brasseur d'air, rappelant au Nyx les dernières rumeurs que Karol leur avaient apprises : la favori égocentrique était en disgrâce et risquait fort de perdre sa place vu que cela faisait une année entière qu'il n'avait pas quitté le harem pour satisfaire les désirs du souverain. C'était un mobile plus que suffisant pour éliminer la concurrence…

« Personnellement, j'ai été mandé trois fois auprès de son Altesse. » déclara Lucrèce après quelques secondes de silence. « Pour Orpin, il me semble que c'est une fois. »

« Deux fois. » rectifia immédiatement le roi Thar d'une voix sèche, le favori aux habits très colorés n'étant visiblement pas en état de répondre. « La deuxième fois, je l'ai brièvement convoqué pour lui remettre en personne un singe en guise de cadeau pour son anniversaire. »

« Sept fois dans mon cas. » dit Yuri, confirmant ainsi qu'il était certainement le pensionnaire du harem le plus demandé par le maître des lieux. « Qui plus est, j'étais souffrant ces derniers jours avec interdiction de quitter ma chambre. »

Il était inutile de révéler à tous pourquoi il était alité, sauf s'il voulait rediriger la colère royale contre lui. Dans tous les cas, le silence du brasseur d'air en disant suffisamment long pour que tout le monde devine qu'il était dans une position précaire au harem.

« Pour en venir enfin au fameux détail qui m'a titillé… » commença Lucrèce en fixant le favori égocentrique avec assurance. « Qu'est devenue cette couronne de fleurs roses que tu avais dans les cheveux en quittant le harem Narcisse ? »

A cet instant, le Nyx comprit la réaction de Flynn en entendant parler du laurier rose : posté comme il l'était à l'étage du bâtiment occupé par les favoris, il avait été très bien placé pour voir comment chacun était vêtu et l'absence de cet accessoire au banquet l'avait interpellé. Seulement, qu'était devenue cette couronne de fleurs ? Sans elle, il serait difficile de confirmer une tentative d'empoisonnement et c'était déjà un miracle en soi que le roi Thar se soit montré si patient…

« Si je puis émettre une hypothèse… » fit Garista qui lançait un regard assassin vers Narcisse. « Si j'étais lui, je me serais hâté de remettre cet objet à un serviteur, ce qu'il me semble l'avoir vu faire un peu après qu'il se soit installé. Orpin ? »

La voix du sorcier solaire sembla sortir le favori amateur de couleurs vives de la transe dans laquelle il était depuis que Lucrèce avait parlé des animaux empoisonnés. Le jeune homme aux boucles blondes se tourna vers celui qui l'avait appelé, la lèvre inférieure tremblante.

« Qu'as-tu vu exactement ? » demanda le sorcier de sa voix sifflante.

Le plus simplet des pensionnaires du harem était aussi le plus imprévisible des quatre favoris, ce qui posait problème car avait-il seulement fait attention à ce qu'il s'était produit ? C'était difficile à dire avec lui et Yuri suspectait que le bariolé ne devait pas être tout seul dans sa tête à cause de l'impossibilité de déceler le vrai du faux chez lui.

« Jamais il ne met de fleurs. » dit Orpin, contredisant l'hypothèse émise par Garista.

Le Nyx n'avait décelé aucun mensonge chez lui, réduisant ainsi à néant les chances de retrouver ces fleurs ou encore le serviteur qui avait échangé les coupes de vin. Cependant, il s'aperçut que le favori aux boucles blondes n'avait pas terminé, s'étant brusquement levé de son siège en pointant un doigt tremblant en direction de Narcisse.

« C'est pour ça que je n'ai pas compris pourquoi tu avais ces fleurs roses sur la tête ! » s'exclama le bariolé avec force, l'air complètement affolé. « Je t'ai vu donner cette couronne à un serviteur ! J'étais juste à côté de toi et… et tu aurais pu me tuer ! »

« Espèce de… » grogna le brasseur d'air, visiblement dans une colère noire.

« Tous les jours on t'entend dire à quel point tu nous hais ! Tu comptais tous nous empoisonner ! »

« LA FERME ! »

Avec brutalité, Narcisse prit sa coupe en or et allait s'en servir pour frapper Orpin au visage… quand Flynn, ayant dû sentir venir la chose, traversa la table de banquet pour attraper fermement les deux bras du favori égocentrique, laissant le temps à d'autres gardes du palais de venir l'aider.

Seulement, le brasseur d'air ne se laissait pas faire et se débattait avec force afin de se libérer de la prise du soldat, au point qu'il lui donna un coup de tête au visage, faisant légèrement glisser le masque ainsi que le casque et dévoilant une des mèches or qui, jusqu'ici, était soigneusement cachée à tous ceux présents dans la pièce.

« ASSEZ ! » tonna le roi Thar, sa patience ayant certainement atteint ses limites, tout en toisant le favori égocentrique du regard. « Pour qui te prends tu pour oser afficher une telle attitude devant nos invités ? Qui plus est, tu es une honte pour Hélios et cela suffira amplement à justifier ton exécution ! »

Toute couleur avait quitté le visage de Narcisse, à présent agenouillé de force par un membre de la garde royale tandis que Garista faisait respirer le contenu d'un flacon à un Orpin dans tous ses états et que Lucrèce aidait Flynn à stopper le saignement de nez provoqué par le coup de tête qu'il avait reçu quelques secondes plus tôt.

« Mensonges… » mentit le brasseur d'air sans aucune conviction. « Il n'y a pas de preuves… »

« Votre Majesté ! »

D'un pas rapide, un serviteur arriva dans salle de banquet en tenant une boule de tissu entre ses mains. Il se dirigea vers la place occupée par le souverain et se prosterna à ses pieds en lui tendant ce qu'il avait avec lui.

« Le sieur Narcisse m'a ordonné de faire cela contre de quoi nourrir les miens ! » s'exclama l'homme sans lever les yeux. « Je jure que j'ignorais que c'était du poison ! Le capitaine Schwann m'a dit que vous épargneriez ma famille si j'avouais tout ! »

Sur un signe du roi, un des gardes prit la boule de tissu et l'ouvrit, révélant aux yeux de tous des fleurs roses un peu écrasées qui avaient visiblement étaient reliées entre elles avec des fils de lin.

La preuve manquante était là mais même si Yuri reconnaissait les talents d'espion de Raven, il doutait fort que celui-ci ait trouvé si vite l'individu recherché seul et, en prime, l'ait convaincu d'avouer cela… mais encore fallait-il qu'il sache à quel moment le capitaine s'était volatilisé : était-ce avant ou après l'arrivée de Lucrèce ? Sa seule certitude était que la dernière fois qu'il l'avait vu, c'était juste avant qu'il ne remarque que la musicienne Nyx était partie.

« Pour un crime dont tu es le seul coupable, c'est toi seul qui mérite un châtiment. » déclara le roi Thar au serviteur. « Cependant, pour avoir avoué ton délit et apporté de quoi prouver les fautes de la créature perfide qui se cachait dans ma demeure, je t'accorde ma clémence en te laissant la vie sauve mais tu es prié de quitter mon palais sur-le-champ. Tu n'es plus digne d'y travailler. »

Après un faible « merci », l'homme quitta la salle de banquet, gardant la tête baissée. Puis le souverain se leva de son siège, fixant Narcisse avec rage. Seulement, au lieu de se diriger vers ce dernier, il alla en direction des deux autres favoris – vu les deux serviteurs qui étaient près de Garista, Orpin avait probablement été drogué car il devenait trop agité – et s'arrêta face au Nyx. D'un geste de la main, il fit signe aux soldats d'amener le brasseur d'air et celui fut jeté à ses pieds avec brutalité.

« Quant à toi… » commença le maître des lieux sur un ton cruel en fixant le favori égoïste avec froideur. « J'avais juste pensé te rétrograder au sein du harem mais apprendre que tu as osé faire tes petits coups perfides sous mon nez m'a écœuré au plus haut point. Une chose telle que toi n'a pas sa place en Hélios et mérite une sentence adéquate aux affronts qu'elle a osé commettre. »

Yuri vit le roi Thar lui faire signe de lui donner la coupe empoisonnée, ce qu'il fit sans discuter – quand il était dans cet état, il valait mieux se taire et obéir car dans le cas inverse, les conséquences pouvaient être fâcheuses, ce qu'il avait plusieurs fois expérimentés à ses dépens.

« Maintenez-lui la bouche ouverte. »

Les gardes exécutèrent cet ordre malgré les protestations de Narcisse qui ne voulait pas se laisser faire. Cependant, face à deux hommes bien mieux entraînés que lui, il ne faisait pas le poids et il se retrouva à genoux au sol, la tête levée et la mâchoire fermement maintenue ouverte.

« Tu passeras la nuit au cachot et, si Sol décide de te laisser survivre à cette boisson, tu seras exécuté à l'aube. »

Après cette déclaration et sous des exclamations horrifiées de la part des personnes présentes, le souverain força le favori égocentrique à boire le vin empoisonné, ignorant les larmes qui perlaient aux yeux de celui-ci. La coupe vide, l'un des soldats maintint la bouche du brasseur d'air fermée jusqu'à ce qu'il ait avalé la dernière goutte d'alcool. Une quinte de toux saisit Narcisse avant qu'il ne soit traîné hors de la salle de banquet, telle une poupée de chiffon.

Il était plus que clair que toute potentielle bonne humeur ou envie de se divertir qui aurait pu subsister s'était envolée à l'instant même où le brasseur d'air avait commis l'erreur de tenter de frapper Orpin, faisant comprendre à tous que le roi Thar était dans une colère noire. Si la majorité des personnes présentes était choquée, d'autres arrivaient à afficher un sang-froid à toute épreuve – Yuri faisait partie de ceux-là avec Garista et Lucrèce.

« Tout cela m'a coupé l'appétit. » déclara le souverain d'une voix glaciale. « Ce banquet est terminé ! J'exige que l'on me nettoie ce harem de tous les complices de ce misérable qui a gâché cette soirée ! »

Les membres de la garde royale firent un signe d'affirmation et une partie d'entre eux sortirent de la pièce pour exécuter les ordres reçus, suivis par les invités qui commençaient à quitter les lieux, tout comme les favoris qui s'apprêtaient à les imiter.

« Je n'ai pas fini avec vous deux. » fit le souverain sur un ton ferme, retenant Yuri, Lucrèce et Flynn dans la pièce. « Vous mériteriez vous aussi une sentence publique pour ce désordre mais vu les circonstances, je me contenterai d'un avertissement. »

« Nous ne recommencerons pas votre Altesse. » déclarèrent les trois jeunes hommes en s'inclinant avec respect.

« J'ose l'espérer. Allez m'attendre tous les deux dans les appartements de la reine et emmenez le soldat avec vous. Lucrèce, tu en connais le chemin donc je te fais confiance. Je vous y retrouverai quand j'aurais réglé certaines choses.»

-§-

Quand il l'avait vue se faufiler hors de la salle de banquet, profitant de la confusion, Raven avait été assez pessimiste sur ses chances de l'attraper, faisant qu'il s'était reporté sur l'idée de mettre la main sur le serviteur qui avait été complice de Narcisse avant qu'il ne quitte le palais. Cependant, jamais le capitaine n'aurait cru mettre si facilement la main sur les deux personnes qui l'intéressait… tout cela parce que la joueuse de luth, une Nyx, avait trouvé ce domestique avant lui et qu'elle était en train d'user de son pouvoir pour lui faire tout avouer.

Quand elle l'avait repéré, il s'était immédiatement adressé à elle dans la langue d'Umbra en se désignant comme un ami de Yuri puis il l'aida à persuader le serviteur d'avouer son crime.

Une fois celui-ci partit, il s'était hâté d'embarquer cette fille, Droite, dans un lieu où personne n'irait les chercher, pas même Garista : le bâtiment des enfants du harem, aujourd'hui à l'abandon suite à l'incendie qui l'avait ravagé avant le couronnement du roi Thar – son souverain lui avait confié, lors d'un de leurs rares entretiens privés, qu'il lui arrivait encore d'entendre les cris des femmes et des enfants morts cette nuit-là.

Les murs en pierre tenaient encore debout malgré les larges fissures que certains avaient mais la majorité des étages s'étaient effondrés, le sol ayant soit été dévoré par les flammes, soit ayant été endommagé par la chaleur. Tout avait été laissé en état : les parois noircies par la fumée, les plafonds éventrés, les vestiges des rares meubles qui n'avaient pas été entièrement consumés… et les os calcinés des malheureux qui s'étaient retrouvés prisonniers de cet horrible brasier.

« Ici, personne d'indésirable n'osera venir. » précisa Raven à la jeune Nyx.

« Pas même ces soldats que j'entends fouiller les environs ? » demanda Droite, une adolescente aux yeux verts et aux cheveux vert anis coiffées en couettes.

« Aucun n'aura ce courage, croyez-moi. »

D'un signe de tête, il montra ce qui devait être un berceau à l'origine et dont les quelques ossements intacts qui étaient autour en disait assez long pour savoir qui avait dû se retrouver piéger ici.

« Effectivement… » fit Droite avant de déglutir, prouvant ainsi que même un Nyx n'était pas à l'aise face à ce genre de scène. « Il y a de quoi en faire des cauchemars. »

« Vous ne croyez pas si bien dire. »

La jeune fille se mit immédiatement en position offensive en entendant cette voix mais l'espion lui fit signe de rester calme. Sans surprise pour lui, le roi Thar les rejoignit, débarrassé de sa coiffe qu'il avait dû déposer quelque part. Des signes de contrariété étaient visibles sur son visage, probablement dus aux évènements du banquet.

« Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda la jeune Nyx, manifestement prête à en découdre s'il le fallait.

« Un entretien secret. » répondit calmement le dirigeant d'Hélios, semblant avoir mis de côté sa rage de tout à l'heure qu'il avait certainement dû assouvir d'une manière ou d'une autre. « Il s'avère que nous avons peut-être des intérêts communs avec les Griffes de Léviathan… »

« La fin de l'Alliance de Sang j'imagine. » répliqua Droite en croisant les bras contre sa poitrine. « Maître Yeagar n'a pas besoin de vous pour éliminer Barbos ! »

A l'entente de cette phrase et en se remémorant le temps nécessaire pour aller de Nomos à Aurum, Raven comprit instantanément que cette fille n'avait pas eu vent de la mort du sage nocturne. Depuis quand était-elle dans leur pays au juste ?

« Tu n'es donc pas au courant des dernières nouvelles. » fit le roi Thar avec neutralité, étant probablement arrivé à la même conclusion que lui.

« Quoi donc ? » demanda la Nyx, sur la défensive.

« Barbos a tué votre sage nocturne. La nouvelle nous est parvenue il y a quelques jours. »

A ces mots, le visage de Droite se décomposa et l'agressivité qu'elle affichait au départ s'était changée en une profonde détresse. Ses yeux verts les fixaient avec intensité, cherchant le moindre signe de mensonge mais face à l'absence de ceux-ci, elle tourna la tête vers le sol calciné, murmurant des phrases en Nyx – via les bribes qu'il parvenait à comprendre, l'espion sut qu'elle était tout aussi horrifiée qu'eux par cet acte abject qui condamnait tout un peuple.

« J'en conclus que vous êtes à présent disposée à nous écouter. » dit le capitaine avec neutralité.

« Que voulez-vous au juste ? » demanda-t-elle, la voix tremblante. « Comment ça se fait que Yuri soit à Hélios ? »

« Il a été fait prisonnier il y a trois ans de cela alors qu'il fomentait une rébellion contre moi. » répondit calmement le roi Thar. « Je l'ai placé au harem en tentant de cacher au mieux qu'il était du peuple de la nuit car je n'ai aucun intérêt à ce qu'il meure. »

« Vraiment ? Pourtant, vous seriez débarrassé de nous. »

« Exact mais Umbra est nécessaire à l'équilibre des choses et votre fin ne profiterait à personne. Qui plus est, je n'ai jamais apprécié Barbos et il m'a été rapporté avant le banquet que ses hommes avaient massacré un village, femmes et enfants compris. »

La nouvelle était tombée juste avant que le roi n'aille accueillir ses invités et Raven n'avait absolument pas été ravi de la lui transmettre, surtout en sachant ce qu'elle signifiait : l'Alliance de Sang se dirigeait vers Aurum.

Visiblement, cette annonce avait eu le même effet sur Droite, celle-ci ayant grimacé de dégoût mais le bref froncement de sourcils qu'elle avait eu lui laissait penser qu'il y avait peut-être autre chose.

« Que faites-vous au palais au juste ? » demanda le capitaine, désirant enfin savoir la raison de sa présence.

« On avait repéré vos espions donc maître Yeagar voulait savoir ce que vous prépariez contre nous. » répondit la Nyx sans détours. « Il nous avait secrètement envoyé à Aurum pour essayer de tirer ça au clair. »

Le « nous » fit tiquer Raven ainsi que la façon dont cette fille l'avait prononcé. Il s'était passé quelque chose…

« Cependant, sur les cinq que nous étions au départ, nous ignorions que l'un d'entre nous avait changé de camp. Il a tué mes trois camarades pendant que je m'étais introduite chez un noble puis il a pris la fuite. J'ai enterré mes amis comme j'ai pu et décidé de poursuivre ma mission coûte que coûte. »

Très mauvaise nouvelle. Si la jeune Nyx avait réussi à entrer au palais sous l'identité d'un joueur de luth, alors celui qui l'avait trahie était déjà à la capitale, probablement en train d'attendre les renforts qui avaient fait un carnage à Hamil – il y avait aussi fort à parier qu'ils avaient dérobé tout ce qui pourrait réduire leur temps de trajet comme des chevaux ou des barques pour descendre le Neilos jusqu'aux quais d'Haria qui étaient les plus proches d'Aurum. En sachant que la nouvelle lune était dans deux jours, il n'était pas compliqué de deviner à quel moment une attaque risquait d'avoir lieu et aussi que, même avec un renforcement du nombre de soldats, l'Alliance de Sang serait tout de même avantagée par le décuplement de ses capacités ainsi que leur vision nocturne.

Leur seule solution était de barricader les portes le plus solidement possible pour gagner du temps et user de leur avantage au niveau du terrain.

Restait le problème de la protection de Yuri qu'il fallait revoir en conséquence, Flynn n'étant pas du tout apte à lutter contre une menace pareille.

« Ton verdict Raven ? » lui demanda le roi Thar, celui-ci ayant probablement lui aussi analysé la situation sous tous les angles.

« Il faudra vite convaincre les habitants de se barricader la nuit et faire de même au palais. » répondit le capitaine, ayant achevé sa réflexion. « L'ennui, cela reste le harem qui est la partie la plus compliquée à protéger, surtout avec qui-vous-savez dedans. »

« Ils veulent Yuri, n'est-ce pas ? »

A cette question de Droite, l'espion répondit par un hochement de tête affirmatif.

« Serais-tu intéressée à l'idée de nous aider ? » questionna le souverain, ayant visiblement une idée derrière la tête. « Nous avons des intérêts communs à ce que Barbos ne reste pas le dirigeant des Nyx… »

« Qui vous dit que j'accepterai ? » répliqua sèchement la jeune Nyx. « Vous retenez en otage notre seul espoir de nous en sortir et rien ne dit que vous allez le libérer. »

« Et si je te dis que suite aux agissements de l'Alliance de Sang, je prévois de faire très prochainement un voyage le long du Neilos et que je compte emmener avec moi l'un des pensionnaires du harem ? »

Cette déclaration intéressa grandement leur invitée qui cherchait tout signe de mensonge dans les paroles du roi. Raven, quant à lui, réalisa que cela devait bien faire trois ans que son souverain n'avait pas fait le tour des villages, certainement à cause de l'arrivée de Yuri qui nécessitait une attention très particulière.

« Que voulez-vous que je fasse exactement ? »

-§-

Ils avaient suivi Lucrèce dans les couloirs du palais, celui-ci les guidant vers une zone qui leur était complètement inconnue. Flynn notait qu'ils croisaient moins de gardes que lors de leur allée dans la salle de banquet et que cette zone semblait moins bien entretenue – c'était plutôt logique vu que le roi Thar n'avait jamais pris d'épouse et qu'en conséquence, personne ne devait occuper cette partie du bâtiment excepté, peut-être, des serviteurs. Qui plus est, même s'il restait choqué par les évènements du banquet, marcher lui faisait du bien – par contre, il avait remarqué que Yuri était étrangement silencieux, ce qui l'avait poussé à se placer derrière lui au cas où.

A un moment, ils arrivèrent devant de grandes et épaisses doubles portes en bois sombre sur lesquelles des scènes avec Topaze avaient été soigneusement sculptées – la poussière ternissait grandement la beauté de ce travail – et dont les poignées étaient en or. Une serrure du même métal était visible, maintenant les deux battants de bois fermés. Le favori taciturne se mit à fouiller dans une poche intérieure de sa toge blanche et il en sortit une grosse clé ouvragée.

« Comme presque personne ne vient par ici, le roi Thar m'a donné une des clés permettant d'entrer ici. » expliqua l'érudit en insérant la clé dans la serrure. « Cette pièce est reliée à la chambre du roi par une autre porte qui est cachée et dont seul lui possède la clé. »

« Et il n'y a aucun garde d'assigné à cette zone ? » s'étonna tout de même le soldat, voyant ici une grosse faille de sécurité.

« Une poignée tout au plus et je pense qu'il ne doit y avoir qu'un seul serviteur. »

Lucrèce ouvrit les portes qui grincèrent avec force, révélant une grande chambre au sol de marbre clair dominée par un large lit au sommier en bois avec des draps en lin blanc qui semblaient être d'une qualité exceptionnelle et munis de colonnes en bois incrustées d'ivoire et de topazes colorées, soutenant un cadre auquel étaient accrochés des rideaux blancs quasiment transparents. Le reste du mobilier était tout aussi inestimable : deux fauteuils en bois sculptés dont les pieds et les bras avaient été dorés à l'or fin, un tabouret dans le même style installé à côté d'une table sur laquelle trônaient de multiples flacons en terre cuite, deux guéridons de chaque côté du lit, une table basse magnifiquement décorée, un tapis aux couleurs vives représentant une scène de la vie quotidienne, une grande broderie accrochée au mur et montrant des femmes en train de semer le blé, des vases en métal précieux ou en faïence soigneusement travaillées, d'autres rideaux très fins qui encadraient un accès à une terrasse privée…

La pièce était magnifique, surtout avec l'éclat des quelques bougies qui avaient été allumées par le vieux serviteur présent dans la chambre et qui s'inclinait respectueusement devant eux – il était clair que cet endroit était parfaitement entretenu contrairement au reste de la partie du palais réservée à une éventuelle reine.

« Le roi tient à ce que cette chambre reste en bon état. » dit Lucrèce en s'asseyant calmement sur un fauteuil. « De plus, elle a la plus belle vue qui soit sur le soleil couchant. »

« Et tu es le seul favori à avoir eu le droit de venir ici ? » demanda Yuri, manifestement très étonné.

« Toi et moi ne sommes pas convoqués pour fournir les mêmes services. »

Flynn se souvint que cela lui avait déjà été mentionné : le favori taciturne était réputé pour son savoir et c'était la raison principale de son entrée au harem ainsi que de son statut. Manifestement, il avait des privilèges différents de ses pairs.

« A ta place, je m'allongerai. » déclara Lucrèce en fixant le Nyx. « Tu as une très mauvaise mine. »

Le soldat s'était attendu à ce que Yuri réplique qu'il allait bien mais il réalisa que le jeune homme à la chevelure de jais semblait lutter pour ne pas tomber. Il s'apprêtait à le retenir quand les jambes du favori finirent par céder, lui laissant tout juste le temps de se jeter sous lui pour amortir sa chute et l'empêcher de cogner sa tête contre la table basse. Il regarda ensuite s'il allait bien, entendant sa respiration saccadée, puis il vit les yeux du Nyx : si l'œil droit était toujours gris anthracite, le gauche s'était à demi teinté de rouge et cette couleur progressait de plus en plus dans l'iris.

« Ce n'est pas vraiment une bonne idée de lutter contre un dieu aussi puissant qu'Umbra. » dit calmement l'érudit. « S'il veut te posséder, il le fera, peu importe que tu le veuilles ou non. »

Yuri était en train d'empêcher le dieu des ténèbres de prendre le contrôle ? Comment Lucrèce pouvait-il le savoir ? Et pourquoi Umbra avait décidé de se montrer maintenant au lieu d'attendre comme c'était convenu au départ ?

Le Nyx s'écarta de lui pour s'asseoir contre le lit et, à l'instant même où il ferma les yeux, un courant d'air glacé vint éteindre toutes les bougies, exactement comme cette fameuse nuit aux bains. Les yeux rouges luisants d'Umbra vinrent percer les ténèbres qui n'étaient éclairée que par l'ouverture de la terrasse.

« Li tiaçnemmoc à m'recaga… » déclara la voix rauque de la divinité dans la langue du peuple de la nuit.

En essayant de bouger, Flynn constata qu'encore une fois, il avait été paralysé, ce qui devait être aussi le cas de Lucrèce. Sans son bracelet, il lui serait impossible de lutter.

Le dieu des Nyx le fixa intensément avant de se rapprocher de lui. Si le soldat ne pouvait qu'à peine distinguer ses gestes, il pouvait parfaitement sentir que la divinité s'installait sur lui, s'asseyant à califourchon sur son bassin avant de se baisser jusqu'à ce que leurs nez se touchent. Son cœur battait la chamade quand il sentit ce souffle tiède sur sa peau puis un doigt venir caresser sa lèvre inférieure.

« Sesilaér-ut tnemelues à leuq tniop ut seriséd ressarbme'l ? » fit Umbra sur un ton étrange. « Tse'c à es rednamed leuqel tse el sulp elgueva. »

Alors qu'il essayait de trouver un sens aux paroles qu'il venait d'entendre, la réflexion de Flynn s'arrêta net quand il sentit les lèvres du dieu sur les siennes. Les yeux à l'éclat carmin étaient fixés dans les siens, analysant toutes ses réactions et semblant s'amuser de sa stupeur.

Le contact fut bref mais suffisant pour que ses sens soient dominés par le parfum entêtant qui émanait de Yuri depuis sa sortie du harem – était-ce l'odeur de la lavande qui était la plus puissante ou bien celle d'une autre fleur ? –, la douceur de sa bouche contre la sienne et par sa mémoire qui lui montrait bon nombre d'images du favori à la beauté indéniable. Son imagination s'emballa, créant des scènes où tous deux partageaient des moments intimes dans divers lieux : l'un donnant une datte à manger à l'autre, une séance de massage, une baignade au clair de lune – il sentit le rouge lui monter aux joues en se voyant en train de coucher avec le Nyx dans la chambre de ce dernier ou encore face à une scène se déroulant aux bains et où la bouche du bel éphèbe semblait très occupée entre les cuisses de son gardien.

Soudain, une vive lumière apparut au dessus d'eux et Umbra, surpris, se tourna vers son origine. Sa vue étant à présent dégagée, Flynn réalisa que le plafond était sculpté et qu'en son centre, un soleil était à présent en train de briller vivement, ce qui n'était visiblement pas du goût de la divinité des ténèbres. A peine ce dernier tenta de s'en éloigner qu'un rayon de lumière le frappa de plein fouet dans le dos, assommant le dieu des Nyx qui s'écroula à côté du soldat tandis que les ténèbres s'estompèrent enfin.

Encore estomaqué par ce qu'il venait de se produire, le soldat vit à peine Lucrèce s'approcher et placer ses doigts contre la nuque de Yuri.

« Il devrait reprendre conscience assez vite. » déclara le favori taciturne avec un calme extraordinaire. « Par contre, il a eu de la chance que ce soit Topaze et non Sol qui ait placé cette défense car autrement, ce n'est pas un mal de tête qu'il aurait eu. »

Flynn allait lui demander des précisions quand le Nyx émit un grognement avant de commencer à se relever en se massant le crâne. En l'aidant avec Lucrèce à s'asseoir sur le lit, il constata que si le bel éphèbe avait repris le contrôle, son œil gauche était resté rouge sang.

« Ça va aller ? » questionna le soldat en essayant de ne pas croiser le regard anthracite, les images montrées par Umbra étant encore très vives dans son esprit.

« Ouais… » grogna Yuri qui évitait de le fixer, très certainement pour des raisons similaires. « Par contre… »

Sans prévenir, le Nyx attrapa la toge du favori taciturne et le tira vers lui jusqu'à ce que leurs visages soient face l'un de l'autre. Ses yeux remplis de colère se vissèrent dans ceux marron qui eux, exprimaient un étonnement non feint et de la peur.

« Qu'est-ce que tu fabriques au juste ? » demanda le membre du peuple de la nuit avec méfiance.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » répondit Lucrèce avant de déglutir.

A ces mots, Yuri, visiblement plus fort physiquement que le favori taciturne, força ce dernier à s'allonger sur le lit, ignorant Flynn qui vit à quel point le jeune homme ne semblait pas avoir de mal à maîtriser son camarade du harem. Ensuite, il plongea sa main sous la toge de l'érudit qui tenta de résister mais qui se faisait écraser par le poids qui était sur lui puis, quand cette main pâle réapparut, elle tenait entre ses doigts une lanière en cuir très familière.

« Et ça, c'est quoi ? » questionna le Nyx avec froideur en montrant le bracelet du soldat.

Sa couleur tranchant avec les teintes de la pièce, il lui était impossible de ne pas reconnaître la turquoise qu'il avait porté au poignet depuis le jour où son père lui en avait fait cadeau et qui était censée être au harem, à l'abri des regards.

« Pourquoi as-tu ceci en ta possession ? » demanda Flynn, encore sous le coup de la surprise.

« Je vous ai vu le cacher et je l'ai pris juste avant de rejoindre le banquet. » avoua Lucrèce en serrant les dents. « Je savais que mes accusations risquaient de mener à une fouille du harem et je ne voulais pas que Garista tombe là-dessus. »

« Et ? » insista Yuri, son ton étant étrange à l'oreille du soldat, comme s'il était en train de réprimer une émotion – un coup d'œil à ses lèvres lui fit réaliser que celles-ci tremblaient légèrement.

« Il voulait juste me parler. »

Le son de la voix éthérée leur fit réaliser à tous les trois que la divinité était avec eux, une légère lumière bleutée émanant de la turquoise. Le Nyx s'écarta brutalement du lit, jetant le bracelet sur les draps tandis que l'érudit lâcha un soupir de soulagement avant de se mettre à genoux devant le bijou.

« Mes excuses pour tout cela vénérable. » déclara Lucrèce en s'inclinant avec respect. « J'ai été si concentré sur le fait d'arriver à temps pour contrer Narcisse que j'en ai oublié mes bonnes manières. J'espère pouvoir racheter mes fautes… »

« Je ne suis pas fâché contre toi. Tu étais dans l'urgence. » répliqua le dieu mystérieux tandis que la lumière bleutée semblait s'être légèrement accentuée. « Cependant, il faudrait que l'un de vous aille calmer Yuri car je ne pense pas que mon oncle se soit contenté de lui dire que j'étais avec vous. »

A l'entente de ces mots, Flynn chercha le favori du regard et constata vite qu'il n'était plus dans la pièce. Ne se souvenant pas d'avoir entendu les portes grincer, il se dirigea directement vers la terrasse cachée derrière les fins rideaux blancs qui ondulaient sous la légère brise nocturne.

Cet espace extérieur était plus petit que la chambre mais assez grand pour y installer un banc en bois sculpté, des plantes décoratives et une petite table avec un vase en terre cuite – il suspectait que cet emplacement était parfait pour lire ou simplement pour admirer le soleil dans sa course vers le couchant.

Malgré le peu de lumière que les étoiles lui offraient avec le fin croissant de lune, il repéra Yuri assis dans un coin, ses cheveux sombres et ses habits se confondant avec les ténèbres alors que sa peau captait en partie le scintillement des astres. Seulement, il ne vit pas ce dernier bouger, comme s'il n'avait pas remarqué sa présence.

Avec précaution, il s'accroupit devant le favori pour être au même niveau que lui et ôta ce fichu masque qui lui cachait une partie du visage.

« Yuri ? »

Un léger sursaut secoua le Nyx qui leva brusquement les yeux vers lui – depuis cette fameuse nuit aux bains, il n'avait plus eu autant l'impression que le jeune homme face à lui était si fragile.

« Ça va aller ? » demanda le soldat avec inquiétude avant de poursuivre face au silence du favori. « Est-ce que… »

« Non. » coupa Yuri en baissant la tête. « J'aimerai vraiment que ça s'arrête enfin mais… »

Pendant un moment, aucun d'eux ne prononça le moindre mot, l'un semblant perdu dans ses pensées et l'autre attendant que son interlocuteur soit prêt à lui parler de ce qu'il avait sur le cœur – en temps normal, il l'aurait certainement brusqué mais face aux évènements du banquet et aux images que le dieu de la nuit lui avait mises en tête, il avait plus envie d'aller enfin se coucher que de hausser le ton. Puis le regard sombre croisa le sien.

« Aide-moi à me lever. »

Le soldat s'exécuta, tendant une main au favori une fois qu'il se fut remis debout puis il le tira vers lui. Une main pâle se posa sur son épaule pour éviter de perdre l'équilibre avant que les yeux anthracite viennent chercher les siens avec une certaine urgence.

« Umbra est un menteur, n'est-ce pas ? » lui demanda soudainement Yuri dont le ton trahissait une angoisse qu'il peinait à dissimuler.

« C'est ce qu'il se dit oui. » répondit Flynn dont l'inquiétude grandissait, surtout en se souvenant des paroles prononcées par la voix éthérée. « Qu'est-ce qu'il t'a dit au juste ? »

Le Nyx déglutit avant d'ouvrir la bouche mais, avant même qu'un mot n'en sorte, un grincement se fit entendre, coupant net leur conversation quand ils reconnurent celui-ci : la porte de la chambre avait été ouverte.

Rapidement, le favori lui prit le masque qu'il tenait dans sa main gauche pour le lui remettre en place, y glissant au passage une mèche blonde qui avait réussi à s'échapper du casque. Ils mirent ensuite très vite de la distance entre eux : le soldat se posta à côté de l'ouverture de la chambre tandis que le bel éphèbe alla se placer contre le muret en pierre, faisant mine d'admirer la vue qui lui était offerte sur les jardins du palais.

Quelques secondes après, Flynn entendit Lucrèce indiquer où ils se trouvaient et, un instant plus tard, il vit le roi Thar passer à côté de lui puis s'arrêter en voyant Yuri. Le regard du souverain s'attarda sur la silhouette du favori, semblant en détailler la moindre courbe, avant de se tourner vers lui.

« Laisse-nous seuls. » ordonna le maître des lieux avec dureté. « Je m'occuperai de ton cas après. »

Des images de cette fameuse nuit où le Nyx était revenu dans un sale état lui revinrent en mémoire. La marque de morsure sur la nuque, le coup reçu en bas du visage, les griffures sur le dos, le sang qui coulait le long des jambes, l'horreur qui l'avait saisie face à cette vision… et la colère qu'il avait éprouvée envers le roi pour ce qu'il avait fait.

A contrecœur, il obéit à l'ordre qui lui avait été donné mais une fois de retour à l'intérieur, il resta près de l'ouverture menant à la terrasse, paré à intervenir au moindre signe de danger. Ses yeux bleus se posèrent sur le lit où Lucrèce était assis face au capitaine Schwann – le bracelet n'était plus là, signe que l'érudit avait certainement dû le cacher en entendant la porte grincer. Son supérieur, l'air visiblement épuisé, le fixa d'un air grave.

« J'ai prévenu Karol que vous resteriez ici cette nuit. » déclara le trentenaire dont le regard bleu glissa avec suspicion vers le favori taciturne. « La fouille du harem va être longue mais rien de suspect n'a été trouvé dans vos appartements. »

« Yuri et moi n'avions rien à cacher de toute manière. » souligna Lucrèce, ses yeux marron allant du capitaine au soldat. « Mais pour les autres… »

S'il y avait bien une chose dont Flynn était à présent convaincu, c'était que l'érudit leur avait bien caché son jeu à tous. A priori, il n'était pas leur ennemi car il aurait très bien pu les dénoncer au roi dès qu'il avait compris ce qu'était le bracelet… ou réalisé que Yuri était un Nyx. D'ailleurs, depuis quand savait-il cela au juste ?

« Concernant demain matin, il se peut que l'exécution ait lieu. » poursuivit le capitaine avec gravité. « Je doute que les connaissances de Narcisse dans les poisons soient assez poussées pour qu'il ait pu mettre la dose mortelle dans le vin et puis… »

« Il n'est pas commun d'user du cactus Peyotl. » compléta Lucrèce en fronçant le nez. « Sauf s'il on a eu les enseignements nécessaires à cela, je ne vois pas comment il aurait pu connaître ses effets. Cela limite pas mal la liste de ses complices potentiels, surtout qu'il n'était pas du genre à batifoler avec son personnel… »

Ces quelques mots suffirent à faire rougir le soldat, se souvenant de ce que le Nyx lui avait raconté sur ce que faisaient les pensionnaires du harem entre eux et de sa prudence vis-à-vis de ses faits et gestes – il se rappela notamment de ce massage des épaules qu'il avait reçu et où Repede montait la garde pour, justement, éviter qu'ils ne soient aperçus dans une position qui pourrait être mal interprétée. Sa mémoire lui rappela aussi qu'il n'était pas aussi insensible aux charmes du favori qu'il aurait aimé l'être, s'étant laissé plusieurs fois séduire par sa beauté physique et les visions d'Umbra ne l'ayant pas laissé aussi indifférent qu'il aurait aimé l'être.

« Pour ce qui est de… »

Le son d'un vase brisé interrompit le capitaine Schwann. Des cris venant de la terrasse suivirent très vite et Flynn se hâta d'aller voir ce qu'il se passait.

-§-

Après leur conversation avec Droite, Raven et le roi Thar étaient revenus dans la partie principale du palais via le passage secret qu'il avait emprunté et qui débouchait tout droit dans sa salle de travail – l'espion savait via le souverain qu'il existait une dizaine de couloirs cachés dont seule la famille royale connaissait l'emplacement pour chacun d'entre eux et qu'ils avaient différents rôles comme permettre de sortir en cachette ou de rejoindre discrètement le harem si nécessaire, une fonction qui avait été grandement prisée par le précédent roi dont la reine était connue pour sa jalousie envers les concubines de son époux.

Ils n'avaient quasiment échangé aucune parole sur leur route vers les quartiers de la reine, un lieu où son maître n'avait pas d'excellents souvenirs – quand on savait qu'il était le fils d'une des favorites et non de la reine, il était aisé de comprendre d'où venait le problème, surtout quand l'on avait discuté avec Rowen, le plus vieux des serviteurs officiant au palais, et que celui-ci avait mentionné de quelle manière elle punissait les enfants de ses rivales ainsi que la façon dont elle élevait sa fille. Ils avaient été stoppé par un des soldats venu leur faire un compte-rendu de la fouille du quartier des favoris au harem – s'il était soulagé que rien n'ait été trouvé contre Yuri, le fait que Lucrèce n'avait rien d'étrange dans sa chambre l'étonnait quelque peu vu d'où sortait l'individu – qu'ils avaient ensuite congédié – il lui avait cependant été demandé de transmettre aux serviteurs concernés que leurs maîtres ne dormiraient pas au harem cette nuit.

A leur arrivée, le doyen des serviteurs leur ouvrit les portes grinçantes des appartements de la reine. Seul Lucrèce était visible, sa toge quelque peu en désordre et sa respiration plus rapide qu'à l'accoutumée, ce qui était hautement suspect aux yeux de l'espion. Seulement, le roi ne s'en formalisa pas et demanda où se trouvait Yuri, l'érudit désignant rapidement la terrasse avant de s'asseoir dans une position plus confortable sur le lit.

Quand le souverain fut sorti puis Flynn rentré, Raven engagea la conversation, observant de près ce favori dont il se méfiait grandement pour guetter la moindre réaction suspecte… mais il fut interrompu par du bruit venant de la terrasse.

Le jeune soldat s'y était tout de suite précipité, imité par le capitaine qui avait immédiatement posé la main sur la garde de son sabre. Sauf qu'à peine eurent-ils mis un pied à l'extérieur qu'il leur fallut retourner dans la chambre, le roi y conduisant le jeune Nyx qui semblait en état de choc.

Il n'en fallait pas plus pour que l'espion comprenne que le souverain venait d'annoncer à son favori la mort du sage nocturne… et que ce dernier prenait très mal la nouvelle – cela était logique vu qu'il était le plus à même de savoir les conséquences de cela sur son peuple.

« Rowen ! » appela le roi Thar tandis qu'il laissait Yuri entre les mains de Lucrèce qui commença immédiatement à l'examiner. « Amenez tout de suite ce qu'il faut ! »

A peine le vieux serviteur eut vu la situation qu'il se hâta de sortir chercher le nécessaire. Pendant ce temps, l'érudit avait forcé le Nyx à s'asseoir sur le lit avec l'aide du jeune soldat qui essayait de calmer le favori en lui parlant. Seulement, quelqu'un n'avait pas oublié l'autre raison de sa venue…

« Toi, debout ! » fit le souverain d'un ton sec en attrapant brutalement le bras de Flynn pour le forcer à se lever. « Qu'est-ce que tu me caches au juste ? »

Pendant un instant, les deux hommes se toisèrent du regard, tout cela sous les yeux effarés de l'espion et des deux favoris – de ce qu'il pouvait en juger, Lucrèce était le plus calme d'entre eux à l'inverse de Yuri qui était littéralement terrifié, ce qui était plus que surprenant chez lui. Puis, sans un mot, le jeune soldat ôta le masque qu'il portait et le laissa tomber au sol avant de faire de même avec son casque, dévoilant aux yeux du roi des cheveux blonds en épis et un regard azur qui n'avait absolument pas peur de soutenir ces yeux mordorés le fixant avec étonnement… et un intérêt loin d'être feint.


1 : Le cactus peyotl a des propriétés hallucinogènes ainsi que des effets secondaires peu agréables…

2 : Le laurier rose est une plante décorative qui est certes très belle mais aussi très toxique ! Il est effectivement déconseillé de la planter près d'une source d'eau car elle peut contaminer celle-ci.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Titre : Le cuisinier des… enfers ?

Auteur : Kaleiya

Beta : Eliandre

Disclaimer : Tales of Vesperia et les Douze travaux d'Astérix ne m'appartiennent pas.

Note : Là, impossible de garder l'épreuve d'origine et, en revoyant Fort Boyard cet été, je me suis dit qu'on pouvait modifier cette épreuve, tout simplement en changeant le cuisinier ! Eliandre m'a traitée de folle mais c'est le seul moyen pour que notre duo réussisse ce défi. On peut dire que c'est un double crossover…


A Zaphias, les conseillers s'inquiétaient depuis qu'il leur avait été confirmé que l'hypnotiseur Iris n'était plus en état de continuer d'envoûter quiconque venait le voir, que ce soit des volontaires ou non. Certains d'entre eux étaient aussi de très mauvaise humeur, ayant parié plus ou moins gros que cette épreuve aurait raison de ce duo qui commençait sérieusement à les agacer… tandis que l'empereur Ioder semblait grandement s'amuser.

« Un problème messieurs ? » leur demanda le jeune souverain lors de leur réunion.

Le silence se fit dans l'assemblée, aucun d'eux n'ayant très envie de répondre à leur cadet, d'autant plus qu'il avait parié contre eux précédemment et qu'il fallait à présent discuter de cette sixième épreuve… et de ce que chacun était prêt à proposer.

« Je pense qu'ils n'ont pas tous digéré que vous les ayez délestés d'une partie de leur argent et de certaines de leurs propriétés votre Altesse. » répondit Alexei, conseiller militaire qui, lui, avait choisi de s'abstenir de toute mise, un choix qui s'était avéré des plus sages. « Il faut aussi comprendre que cette victoire fut assez… surprenante à leurs yeux. »

« Pas tellement je trouve. » déclara Ioder avec un sourire énigmatique. « Vu ce que ce cher Yuri nous avait montré dans l'arène, je me doutais qu'il possédait les ressources nécessaires pour réussir. Cependant, je pense que le sixième défi ne sera pas du tout de son goût… »

« Quel est-il cette fois-ci pour que vous soyez certain de cela ? »

« Disons qu'il se peut que j'ai cru ouïr certaines rumeurs venant de Yurzorea au sujet d'un individu assez haut en couleurs… »

Cette simple phrase fit s'étrangler l'un des conseillers, celui-ci ayant apparemment compris de quoi il allait en retourner. Ses confrères le regardèrent à la fois avec interrogation et inquiétude, se demandant ce qui avait bien pu provoquer cette réaction.

« Non… » déclara le concerné avec terreur. « Vous n'avez quand même pas osé les envoyer devant LUI ? C'est inhumain ! »

« Voyons, n'exagérez rien. » répliqua l'empereur sur un ton empli d'une bienveillance feinte. « Cet individu est parfaitement humain de ce que j'en ai entendu donc les envoyer face à lui n'a absolument rien de cruel. Je dirais même que, vu ce qui leur reste encore comme épreuves, ceci est un acte de clémence de ma part. »

« Pourriez-vous développer votre Altesse afin que nous comprenions tous de quoi il s'agit exactement. » coupa Alexei avant que d'autres de ses confrères ne se mettent à paniquer pour rien.

« Oh ? Juste une petite dégustation de mets… peu communs dirons-nous. »

Vu l'expression qu'arborait son souverain, le conseiller militaire se doutait qu'il y avait un piège dans ce défi et, vu la réaction d'un de ses collaborateurs, cette épreuve culinaire dissimulait quelque chose de peu agréable… Qu'était-ce donc et en quoi était-elle un échec certain pour celui qui était originaire de l'île du Plaisir ?

« Messieurs, commençons les paris ! »

-§-

Décidemment, Flynn ne se faisait pas aux trajets par bateau. Le tangage du navire finissait toujours par avoir raison de son estomac et, à moins de voyager le ventre vide, il était certain que son repas allait finir jeté dans l'eau salée d'une manière très peu élégante. Etre sensible au mal de mer n'était vraiment pas une partie de plaisir pour lui…

Si le reste du voyage avait été plus aisé pour lui, c'était principalement grâce à Yuri qui le forçait à prendre l'air dès qu'il se sentait un peu nauséeux et qui s'était arrangé pour faire la cuisine pour lui – il avait déjà constaté sur l'île du Plaisir que son compagnon de voyage se débrouillait bien dans ce domaine mais il n'avait pas pleinement savouré ses talents auparavant. Une fois arrivés sur la terre ferme de Yurzorea, sa faim n'était pas pleinement revenue mais ça ne l'avait pas empêché de chasser dans les bois – d'après Rita, ils avaient au moins trois jours de marche avant d'arriver à destination, ce qui était plus qu'assez pour profiter des lieux.

Lors d'une escale à Yumanju, Flynn put enfin convaincre, suite à quelques accrochages à des branches basses, ce cher Yuri d'échanger sa toge – celle-ci avait souffert après avoir été prise dans un buisson de ronces – contre une tenue plus adaptée au voyage, c'est-à-dire un pantalon sombre et une tunique sans manches en laine noire… contre laquelle le jeune homme aux cheveux longs pesta un moment car elle le démangeait énormément. Ses plaintes cessèrent lorsque le guerrier finit par avoir pitié en le voyant frotter son dos contre un arbre et, lors de leur dernier arrêt de la journée, avait offert de lui passer un onguent sur sa peau afin de le soulager un peu, une proposition qui fut très vite acceptée… et qu'il regretta en partie quand il entendit les profonds soupirs de soulagement que son compagnon poussait dès qu'il posait les mains sa peau.

Bien entendu, Yuri avait poursuivi son jeu favori consistant à l'embrasser à la moindre occasion. Sur les trois dernières tentatives, il était parvenu à esquiver la seconde, essentiellement grâce à Rita qui avait poussé un juron après avoir marché dans les déjections d'un animal.

Autant dire que lorsque leur arbitre, après qu'ils aient passé un petit village, leur annonça qu'ils n'étaient plus très loin de la prochaine épreuve, Flynn avait eu du mal à cacher son soulagement. Il allait enfin pouvoir se concentrer sur quelque chose d'autre qu'éviter les avances du bel éphèbe qui… ahem… du jeune homme à la longue chevelure sombre.

« Avant de continuer, on pourrait éventuellement manger, non ? » suggéra Yuri avec justesse, leur dernier repas commençant à être bien lointain…

« Vu ce qu'est la prochaine épreuve, ce n'est pas utile. » répondit leur cadette en regardant ses documents. « Quelques mètres plus loin, il y a un restaurant assez connu dans la région et c'est là-bas qu'a lieu votre sixième tâche. »

« Dans un restaurant ? » s'étonna Flynn, trouvant ce choix étrange… et l'emplacement de ce lieu quelque peu suspect maintenant qu'il y réfléchissait. « Pourquoi un lieu où l'on se restaure est si éloigné des habitations ? Ce serait plus logique qu'il soit au sein même du village que nous avons traversé il y a peu. »

« C'est vrai que ce n'est pas très commun… » approuva l'autochtone de l'île du Plaisir en observant les alentours. « Et si l'endroit est si connu, pourquoi sommes-nous les seuls à nous y rendre ? »

Le guerrier repensa aux précédentes épreuves et la première chose qui lui vint en tête était de se demander où pouvait bien être le piège cette fois-ci. Ils n'allaient probablement pas devoir faire la vaisselle vu que Rita leur a dit qu'il était inutile de manger, signe qu'ils allaient donc se restaurer là-bas. La nourriture était-elle empoisonnée ? Il espérait que non car cela signifierait qu'à aucun moment l'empereur n'avait souhaité la paix. Donc où était le problème ?

-§-

Bientôt la moitié. Une fois cette épreuve réussie, il n'en resterait plus que six et Yuri espérait qu'il parviendrait à les réussir, essentiellement parce qu'il ne souhaitait pas qu'une guerre se déclenche parce qu'il avait décidé sur un coup de tête de quitter l'île du Plaisir en embarquant Flynn avec lui – en même temps, il aurait dû se douter que, lorsque le guerrier reprendrait ses esprits, celui-ci chercherait à le neutraliser d'une manière ou d'une autre. Bon, leur petit combat avait tourné court quand sa toge, absolument pas faite pour être portée dans ce contexte, se défit en dévoilant grandement son anatomie, ce que son adversaire n'avait pas manqué vu la couleur que son visage avait prise ce jour-là.

Suite à cela, Flynn avait fait demi-tour et Yuri, après s'être vite rhabillé, s'était hâté de l'en empêcher, ce qui avait provoqué cette dispute… et leur capture. Si le guerrier avait été conduit directement en cellule, celui originaire de l'île du Plaisir avait dû faire comprendre aux soldats lui servant « d'escorte » qu'il n'était pas du tout disposé à satisfaire leurs désirs avant de pouvoir enfin être amené en prison – entre se faire tripoter par des types aux mains baladeuses et jeté ans un cachot humide, la deuxième option lui avait immédiatement paru très alléchante. Même s'il avait connu mieux question confort, la vue qu'il avait sur un jeune homme aux cheveux d'or lui avait fait revoir son appréciation des lieux à la hausse.

Le lendemain, ils furent amenés devant l'empereur et Yuri, qui avait déjà réussi à arracher quelques informations de Flynn sur les raisons de sa présence en Illycia, eut les quelques renseignements qui lui manquaient en se contentant de tendre l'oreille – le seul moment où il avait pris la parole fut quand il sut que Judy avait demandé à ce qu'il revienne et qu'il avait déclaré en grimaçant qu'il ne comptait pas rentrer chez lui.

Quand Ioder proposa son « pari » au guerrier – en vérité, cela ressemblait plutôt à un odieux chantage déguisé par un grand sourire faussement innocent –, celui à la longue chevelure sombre en avait bien mémorisé les termes, lui permettant ainsi de s'apercevoir que le souverain avait précisé ceux-ci au pluriel et non au singulier, certainement parce qu'à la base, il y avait deux espions. A ce moment-là, il ne savait pas vraiment quoi faire de cela mais ce dont Yuri était certain, c'était qu'il n'approuvait pas ce jeu qui pouvait fort s'avérer être plus pervers qu'il ne le semblait au premier abord.

Cependant, après que l'empereur lui ait proposé le statut d'invité, il put assister aux premières épreuves qui attendaient Flynn… tout en gardant un œil sur Ioder depuis qu'il avait remarqué la façon très déplaisante dont il le détaillait du regard.

Si les deux premiers défis avaient été remportés par le guerrier, la situation changea avec le troisième et, après un nouvel échec du guerrier pour vaincre son adversaire, Yuri avait trouvé comment exploiter cette faille dans les règles énoncées par le souverain et, à la surprise générale, il avait sauté dans l'arène et, grâce à sa longue observation du combat, renversé la situation à son avantage très aisément. Une fois victorieux et face aux cris consternés des conseillers, il avait exprimé son souhait d'être le remplaçant de Raven pour ces épreuves, une proposition qui fut acceptée par l'empereur.

Cette décision de s'embarquer dans cette aventure sans être certain de réussir – il n'avait pas envie de retourner dans l'immédiat sur l'île du Plaisir et devenir le serviteur personnel de ce gamin en cas de défaite était une idée qui le répugnait fortement – pouvait sembler irréfléchie voire impulsive mais en fait, Yuri était persuadé que seul, Flynn ne pouvait pas gagner. Afin que le guerrier de Danhgrest ait toutes ses chances, il lui fallait un partenaire capable de compenser les lacunes qu'il possédait.

Et puis bon, le jeune homme aux cheveux d'or avait fortement éveillé son intérêt, faisant que l'idée de parvenir à le séduire sans utiliser de nectar l'attrayait fortement.

De ce qu'il avait pu observer, Yuri savait que si Flynn ne répondait pas à ses multiples avances, il n'y était pas forcément indifférent. Avec de la persévérance, il pouvait donc réussir à le faire tomber sous ses charmes.

Pour le moment, il avait surtout eu pitié de son compagnon de voyage lors de leur trajet en bateau… ce qui fut vite oublié quand il eut ce gilet en laine qui le démangeait fortement. Comment était-il possible pour un vêtement d'être aussi désagréable à porter ? Sa chance fut que le guerrier avait trouvé de quoi stopper son calvaire – le jeune homme avait ainsi pu ajouter « peau fragile » aux inconvénients liés à sa vie sur l'île du Plaisir.

A présent, sa préoccupation était de savoir ce qui pouvait bien se cacher derrière cette épreuve-ci…

« Disons que le menu est assez… unique en son genre. » déclara Rita avec une grimace qui lui laissait penser qu'il risquait fort de perdre l'appétit. « Très peu d'amateurs pour cette cuisine doivent exister… s'il en existe. »

… Le restaurant était mauvais à ce point-là ? Comment des plats pouvaient être aussi répugnants pour que la réputation de cet établissement ait atteinte Zaphias ?

Ils arrivèrent devant une bâtisse en bois devant laquelle plusieurs pancartes avaient été plus ou moins bien plantées dans le sol. Sur celles-ci, Yuri pu lire des choses comme « N'y allez pas, même si vous mourrez de faim ! », « PLUS JAMAIS ! », « ARGH ! », « Pitié, pitié, pitié ne le laissez pas me resservir ! » ou encore « Mais qu'ai-je fait au bon Dieu pour mériter un tel supplice ? », ce qui ne fit qu'amplifier ses craintes sur la nourriture servie à cet endroit – la palme revenait au « Faites demi-tour, FAITES DEMI-TOUR ! » qui était écrit en très gros et souligné trois fois.

« La prochaine épreuve consiste à finir les plats cuisinés par le chef de ce restaurant. » commença à expliquer l'adolescente tout en désignant une ardoise sur laquelle était marqué le menu du jour. « En d'autres termes, manger le contenu de la carte qui est indiqué juste ici. »

« C'est à moitié effacé. » constata Flynn en montrant les mots illisibles. « Qui plus est, c'est assez mal écrit… »

Ce n'était pas vraiment ce qui était le plus inquiétant aux yeux de celui aux cheveux de jais mais plutôt l'odeur douteuse qui émanait des lieux. Ça sentait comme un mélange de légumes fermentés et de poisson pourri…

« Dans ce cas, ce sera une surprise totale. » fit Rita avant de tirer sur la corde de la cloche de l'entrée. « Bonne chance ! »

Et rapidement, leur cadette prit ses distances, les laissant seuls devant la porte du restaurant. A peine fut elle hors de leur vue que des pas précipités se firent entendre de l'autre côté du panneau de bois et que celui-ci s'ouvrit sur un homme plus petit qu'eux aux courts cheveux bruns bouclés, aux yeux noirs et vêtu d'une tenue blanche de cuisinier.

« Bienvenue mes amis ! Bienvenue chez Willy Rovelli ! » s'exclama celui qui était manifestement le propriétaire des lieux avec un grand sourire. « Je vous attendais. Venez, entrez ! Entrez ! »

Si Flynn pénétra calmement à l'intérieur du bâtiment, Yuri eut un gros moment d'hésitation lorsqu'une odeur encore plus nauséabonde arriva à ses narines et qu'il entendit des bruits très suspects. Il emboîta prudemment le pas de son compagnon de voyage en se pinçant le nez, son regard anthracite examinant les murs en bois sur lesquels il y avait des tableaux un peu étranges, la seule table présente qui était recouverte d'une nappe à carreaux et sur laquelle étaient posés des assiettes, des couverts ainsi qu'une bougie.

Le dénommé Willy Rovelli les installa à cette fameuse table et une fois qu'ils furent assis, il sortit un petit calepin et un crayon de la poche de son tablier.

« J'imagine que vous prendrez tous deux la formule du jour qui, je dois vous le dire, est à la fois la plus complète et la plus exquise ! » leur déclara le cuisinier en griffonnant quelque chose sur son carnet.

« A vrai dire, nous n'avons pas réussi à la lire sur le tableau à l'extérieur. » signala le guerrier pendant que son camarade d'infortune avait pris sa serviette pour essayer de protéger son nez. « C'était en partie effacé. »

« Ah, c'est vrai qu'il a plu l'autre jour. Toutes mes excuses pour cela. Alors la formule complète comprend l'entrée, le plat, le fromage et le dessert. Je vous apporte le début d'ici cinq petites minutes ! »

Sans crier gare, Willy Rovelli s'éclipsa en vitesse dans ses cuisines, les laissant seul dans la petite salle du restaurant. Habituellement, Yuri aurait tenté de dérober un baiser à Flynn mais l'odeur des lieux l'incommodait beaucoup trop pour ça.

« Comment tu fais pour supporter cette puanteur ? » demanda-t-il en réalisant que le guerrier tolérait bien mieux que lui les effluves nauséabonds de cet endroit. « J'ai l'impression d'être dans une poubelle tellement ça sent mauvais ! »

« Je sais mais crois-moi, il y a pire. » lui répondit calmement son compagnon d'infortune. « J'ai déjà eu droit à du fumier, l'auge des cochons élevés au village, la viande oubliée dans le fumoir, le poisson pourri vendu au marché… »

« Ça va, j'ai compris… »

En d'autres termes, à Dahngrest, ils avaient le nez bouché. Dans le cas présent, il y avait de quoi être jaloux.

-§-

Excepté l'auberge de son village, Flynn n'avait jamais été dans un restaurant mais il doutait fort que l'odeur qui régnait ici soit normale. Il commençait à mieux comprendre les pancartes qu'ils avaient lues avant d'entrer ici et pourquoi ce lieu était celui de leur sixième épreuve. Restait à savoir ce qui allait leur être servi mais déjà, il se doutait que Yuri allait avoir du mal à user de sa ruse – déjà, il le voyait regarder avec suspicion le contenu de la carafe d'eau, ce qui était compréhensible.

Le guerrier voulu observer un peu plus attentivement les lieux quand il sentit quelque chose sur sa cuisse qui le fit légèrement sursauter. Il ne lui fallut pas très longtemps pour en trouver l'origine : en soulevant la nappe, il vit le pied de son camarade qui se frottait contre sa jambe. Il lui répliqua en lui jetant un regard agacé avant de lui donner une pichenette au pied, arrachant un « aïe ! » au jeune homme.

« Assieds-toi correctement au lieu de faire n'importe quoi. » lui fit-il remarquer sur un ton un peu sec.

« Pas de ma faute si tu es le seul élément ici qui me permet de patienter. » répliqua du tac au tac son interlocuteur.

A cette remarque, Flynn lâcha un soupir exaspéré et il s'apprêtait à aller voir le chef pour lui demander encore combien de temps ils allaient attendre quand celui-ci sortit rapidement de sa cuisine avec deux assiettes en main.

« Voilà, voilà ! » s'exclama Willy Rovelli en posant les entrées sur la table. « Voici une petite entrée pour commencer : des sushis faits maison ! Je vous laisse déguster le temps de préparer le plat. Bon appétit ! »

Sur ces mots, le propriétaire des lieux repartit rapidement derrière ses fourneaux, laissant ses deux invités observer ce qu'il venait de leur servir… et constater que ces sushis n'avaient rien de classique car si le riz était bien présent, sur le dessus de chacun se trouvait non pas une tranche de poisson frais mais des tarentules et des criquets. En résumé, ils avaient deux sushis chacun : deux aux tarentules et deux aux criquets, ce qui semblait ne pas enchanter du tout Yuri.

« C'est une blague j'espère ? » dit-il en regardant le contenu de leurs assiettes avec une grimace.

« J'ai bien peur que non. » confirma Flynn qui, après avoir observé les entrées, fut certains que les insectes étaient morts. « J'ai l'impression qu'ils ont été grillés au préalable. Ça pourrait être pire. »

Manifestement, son camarade avait l'air de penser la même chose vu comme il avait blêmi, s'étant certainement souvenu que ceci n'était que le début du repas.

L'épreuve consistant à manger le contenu des assiettes qui leur étaient servies, le guerrier n'attendit pas plus longtemps : il prit dans sa main un des sushis au criquet et mordit dedans, l'insecte craquant dans sa bouche. Il ne s'attarda pas à savourer le mets et mangea l'autre morceau avant de faire de même avec son second sushi, tout cela sous le regard médusé de Yuri qui, après un instant d'hésitation, se mit à l'imiter.

« Beurk ! » fit son compagnon d'infortune en grimaçant. « Je commence sérieusement à regretter l'Ile du Plaisir… »

« Il y a plus ignoble à manger. » dit-il après avoir fini son assiette. « Une fois, je me suis perdu en forêt et j'ai dû manger des insectes vivants faute de trouver du gibier. Quand tu as faim, tu apprends à faire des concessions. »

En l'occurrence, celui originaire de Dahngrest avait souffert de mal de mer pendant un moment et son estomac criait famine depuis un moment déjà donc il n'allait pas faire le difficile. Cependant, il avait intérêt à convaincre celui qui venait de l'Ile du Plaisir d'au moins goûter au contenu de son assiette car seul, il doutait d'arriver à tout finir en sachant qu'ils avaient un menu complet à déguster.

Heureusement, même s'il avait eu du mal, Yuri avait fini son entrée et avalé un grand verre d'eau pour faire passer le goût. C'était déjà ça de gagné.

A peine une minute plus tard, le chef arriva avec le plat : de la cervelle bouillie accompagnée de natto (1), un mets dont l'odeur ne passa pas du tout inaperçue. L'aspect était certes répugnant mais ce parfum de soja fermenté agressait les narines à un tel point qu'il vit son camarade faire un mouvement de recul.

« Tout s'est bien passé ? » leur demanda Willy Rovelli en débarrassant les assiettes des entrées.

« C'était immonde. » répondit le bel éphèbe avant de plaquer une main contre son visage, se sentant visiblement mal.

« C'est la cervelle de quel animal au juste ? » questionna le guerrier, faisant abstraction de la puanteur émise par les plats face à eux.

« Du porc qui est élevé dans un village pas très loin et livrée ce matin… ou la veille, je ne sais plus. Bonne dégustation ! »

Et encore une fois, leur hôte s'éclipsa rapidement en cuisine.

Comme Flynn était habitué à manger de la viande, la cervelle bouillie ne lui faisait pas peur car il connaissait – il avait toujours préféré les abats aux fruits de mer, ayant une aversion pour les moules et les huîtres depuis l'enfance. Par contre, le natto était un aliment qu'il n'avait jamais goûté mais il savait par Raven ce que c'était et que ce n'était pas aussi mauvais qu'on pouvait le penser.

Prenant sa fourchette en main, il décida de tester ce natto et il tenta d'en prendre un morceau… réalisant ainsi que celui-ci faisait des fils gluants, ce qui n'encouragea nullement Yuri à l'imiter vu l'expression de son visage.

« C'est quoi cette chose encore ? » demanda son camarade qui n'appréciait vraiment pas ce qu'il voyait.

« Des graines de soja fermentés. » répondit-il en toute simplicité avant de goûter cela… et de constater que ça n'avait pas une saveur extraordinaire. Il trouvait cela même plutôt fade, surtout après qu'il eut mangé un morceau de cervelle bouillie.

Après une longue hésitation, son compagnon d'infortune se décida à essayer le plat mais après une bouchée de chaque, il était clair qu'il n'aimait pas du tout le natto et qu'il n'allait certainement pas faire l'effort de le finir. Il reconnaissait que la texture était très particulière en bouche et lorsqu'il vit qu'il avait terminé, difficilement certes, sa part de cervelle bouillie, le guerrier lui prit son assiette pour finir le natto, même si lui-même n'aimait guère cet aliment mais plus à cause de son manque de saveurs.

« Comment t'arrives à manger un truc aussi infect ? » lui demanda Yuri après avoir de nouveau avalé un grand verre d'eau.

« D'une, ce n'est pas aussi mauvais et de deux, je n'ai pas envie de perdre mon village. » répondit Flynn en finissant son assiette. « Qui plus est, après la longue diète que j'ai eu, je meurs de faim ! J'avalerai un sanglier entier s'il y en avait un. »

Le bel éphèbe eut un rire amusé en entendant cette phrase et le jeune homme aux cheveux d'or réalisa que sa présence ne le gênait plus. Il s'y était habitué à force de voyager ensemble et même s'ils avaient des origines différentes, il ne trouvait pas sa compagnie désagréable, bien au contraire. D'ailleurs, en repensant aux épreuves qu'ils avaient déjà effectuées, il constata qu'ils étaient complémentaires : là où l'un avait des difficultés, l'autre était là pour les compenser et inversement.

En d'autres termes, à eux deux, ils avaient une chance de réussir à gagner le pari fait avec l'empereur Ioder.

« Au fait, si on venait à réussir toutes les épreuves, que comptes-tu faire ? » se demanda subitement le guerrier en se souvenant que seuls les conséquences d'un échec avaient été évoquées pour son camarade. « Tu vas rentrer chez toi ? »

« Je n'y ai pas réfléchi. » avoua Yuri, visiblement un peu surpris par cette question. « Je sais juste que je ne veux pas retourner dans l'immédiat sur l'Ile sur Plaisir ou finir en serviteur particulier pour ce gamin… »

Leur conversation, qui était très agréable, fut brusquement interrompue par le retour de leur hôte, venu pour débarrasser leurs plats et leur amener la suite : le fromage. Certes, la portion était petite mais elle était dans la même veine que les mets précédents, c'est-à-dire peu appétissante pour le commun des mortels.

« Mes chers amis, ceci est du Casgiu Merzu(2), une spécialité locale très réputée. » leur expliqua le cuisinier tandis que, de la préparation fromagère se mouvaient des asticots qui, cela ne faisait aucun doute, étaient bel et bien vivants. « C'est un fromage pourri aux larves de mouches que vous avez la chance de pouvoir déguster ici aux frais de l'empire. Bon appétit et je vous retrouve pour le dessert. »

Encore une fois, Willy s'éclipsa rapidement, leur laissant tout le temps d'observer ce qui venait de leur être servi.

-§-

Il allait étrangler ce sale gosse d'Ioder s'il venait à le recroiser. Cet endroit était tout bonnement affreux au point qu'il en était venu à regretter l'Ile du Plaisir et son excellente nourriture – certes, c'était surtout lui qui cuisinait là-bas mais c'était clairement meilleur que ce qu'il y avait dans ce boui-boui !

Sincèrement, Yuri se serait arrêté à l'entrée si Flynn n'avait pas été là. Sans lui, il n'aurait jamais réussi à se convaincre d'avaler ces horribles sushis aux insectes et de faire de même avec la cervelle bouillie – il avait tenté avec le natto mais l'odeur l'avait beaucoup trop dérangé et s'il avait continué, il aurait probablement vomi le contenu de son estomac, leur faisant échouer cette épreuve à tous les deux par la même occasion.

Là, le coup du fromage pourri, il aurait quand même dû le voir venir, surtout qu'il en avait entendu parler quand il était sur l'Ile du Plaisir mais jamais il n'en avait vu jusqu'ici. Lui qui n'aimait déjà pas le fromage à la base, là, il était servi…

Un coup d'œil au guerrier lui permit de voir que les asticots vivants ne semblait pas du tout le déranger : il avait pris un morceau de pain pour le tartiner de cette chose vraiment pas appétissante et il croquait dans sa tartine comme si de rien n'était.

Avec la pointe du couteau, le bel éphèbe goûta ce mets… et fut dégoûté par cette saveur très amère et piquante. Ce fromage, en plus d'être pourri, était très fort, au point qu'il en venait à regretter le natto qui leur avait été servi plus tôt. Sans hésitation, il laissa sa part à Flynn en priant intérieurement pour que le dessert n'ait rien de vivant à l'intérieur car sinon, il risquait de rendre tout ce qu'il avait avalé juste avant.

Le seul point positif qu'il avait noté pour le moment était que leur hôte semblait moins guilleret qu'au départ, signe qu'il ne s'était probablement pas attendu à ce qu'ils parviennent jusque-là. Avec de la chance, il n'aura pas le temps de leur faire un sale coup pour le dernier plat… mais il n'y croyait pas trop.

De plus, un détail de taille commençait à le titiller : s'il savait à présent d'où venait l'odeur de légumes fermentés, il n'avait toujours pas trouvé l'origine de celle de poisson pourri, ce qui lui laissait penser que le dessert risquait fort d'en contenir. Qui plus est, son nez commençait enfin à s'habituer à ces senteurs désagréables et il pouvait maintenant se concentrer sur autre chose que sur son odorat qui se faisait plus que malmener depuis leur entrée dans ce restaurant.

« Je crois qu'il nous réserve le pire pour la fin. » déclara Yuri à son camarade. « Ça sent le poisson pourri depuis un moment déjà et on a rien eu à base de poisson pour le moment. »

« Cela se tient. » approuva Flynn en grimaçant une fois qu'il eut fini son assiette. « Mais un dessert à base de poisson ? »

« C'est étrange oui mais comparé à ce qu'on a eu avant… »

Qu'allaient-ils donc avoir à manger en dernier ? Les fruits de mers étant trop fragiles comme produits, il aurait tendance à les exclurent, doutant fort que leur hôte veuille les empoisonner car techniquement parlant, tout ce qui leur avait été servi était certes loin d'être appétissant mais cela restait des produits comestibles et donc, en théorie, non destinés à causer une intoxication alimentaire. Le plus probable, vu l'odeur, était un poisson fort et qui était dans la même veine que tout ce qu'ils avaient eu auparavant.

En fouinant dans ses souvenirs de l'Ile du Plaisir, le bel éphèbe se souvint d'un homme qui venait d'un pays loin au nord et qui avait posé quelques soucis aux prêtresses car celui-ci n'aimait que des poissons forts en goût. Au final, elles avaient réussi à le faire tomber sous leurs charmes et cet homme avait évoqué une spécialité de son pays – le seul truc qu'il avait retenu du nom de ce plat était son côté imprononçable – qui, justement, était du poisson fermenté.

Si c'était bien ça, sous quelle forme allait-elle leur être présentée ?

La réponse ne tarda pas à arriver en la personne du cuisinier qui, après avoir débarrassé leurs assiettes et leurs couverts, vint leur apporter des cuillères ainsi qu'une coupe en cristal en fredonnant une chanson d'amour. A l'intérieur, il y avait deux boules de glace d'une couleur indéfinissable et qui sentaient le poisson bien pourri.

« Ah, mes chers amis… » commença Willy Rovelli, la voix chargée d'émotion. « C'est avec une immense joie que je vous annonce que vous êtes les premiers à être parvenus jusqu'à cet instant fatidique : ce dessert ! Qui plus est, c'est aussi mon mets favori et vous ne pouvez pas imaginer à quel point de suis fier de vous présenter la spécialité de mon restaurant : la glace au surströmming (3)! »

Yuri reconnut ce nom bizarre qui lui confirma qu'ils avaient affaire à une crème glacée au poisson. En théorie, lui qui aimait bien les desserts, il ne devrait pas avoir de souci mais en pratique, il se demandait sérieusement si ce truc était bel et bien mangeable…

En levant son regard sombre vers son partenaire, il constata que celui-ci était plus pâle que tout à l'heure. En cherchant dans sa mémoire, il se rappela que Flynn n'avait jamais été très enthousiaste face à des plats à base de fruits de mer et il comprit instantanément que celui-ci n'arriverait jamais à se forcer à finir ce dernier mets.

La ruse qu'il aurait été possible de faire était de jeter discrètement la nourriture mais si elle aurait pu être tentée avec les plats précédents, ce coup-ci, elle était impossible car le propriétaire des lieux n'avait visiblement pas l'intention de retourner en cuisine.

« Mangez ! Mangez ! » s'exclama vivement Willy avec un grand sourire. « Ne faites surtout pas attention à moi ! »

Facile à dire… mais face au conflit interne plus qu'évident chez le guerrier, c'était à son tour de sacrifier son haleine et ses papilles gustatives. Haut les chœurs…

« T'as de la chance que je t'aime… » dit-il à voix basse avant de prendre une cuillère de glace et de la mettre rapidement dans sa bouche.

A l'instant où il sentit le froid envahir son palais, Yuri réalisa qu'il avait eu une très mauvaise idée en mettant autant de crème glacée dans sa bouche d'un seul coup car il s'était presque gelé le cerveau. Le pire restait tout de même le goût qui, certes, le dérangeait moins que celui du fromage mais le natto gardait tout de même sa grande préférence. C'était TRES salé pour un dessert et sincèrement, il avait l'impression de manger une crème dans laquelle un énorme bloc de sel avait été jeté ainsi qu'une bouteille d'un vinaigre bien acide, tout cela avec en plus la saveur du hareng qui avait été très longuement oublié. Le plus dur allait être de ne pas vomir…

Il voulut prendre un verre d'eau pour faire passer le goût… mais il réalisa avec horreur que la carafe était vide, ce qui n'arrangeait vraiment pas leurs affaires. Cependant, en un clin d'œil, le cuisinier leur en avait ramené une pleine… ou du moins, il avait déjà vu la chose et s'était préparé à leur ramener de quoi boire.

Flynn tenta sa chance lui aussi… et l'expression de son visage en disant suffisamment long pour que son compagnon d'infortune sache qu'il avait certainement la même opinion que lui sur cette glace, voire même pire…

Et encore, ils devaient s'estimer heureux de ne pas avoir le produit de base car il avait l'étrange impression que ce serait mille fois pire.

« Alors, quel goût ça a ? » leur demanda leur hôte avec un intérêt quelque peu sadique aux yeux de Yuri.

« C'est infect ! » répondirent les deux camarades au même moment avant de rassembler leur courage pour essayer de finir cette chose immonde.

Sérieusement, ce prétendu cuisinier le faisait exprès ou bien il ne goûtait jamais ses plats ? A tous les coups, c'était les deux et le jeune homme aux cheveux de jais se jura que si un jour il revoyait cet énergumène, il lui ferait avaler son menu entier à la première occasion !

A force de volonté et avec beaucoup d'efforts, ils arrivèrent difficilement à terminer ce dernier plat. Ils étaient au bord du malaise mais ils étaient, pour l'instant, encore vivants. Par contre, leurs papilles gustatives risquaient fort de leur faire défaut pendant un moment et leurs haleines… non, il ne valait peut-être mieux ne pas y penser, surtout que rien ne garantissait que leurs estomacs puissent se remettre de tout ça.

« Bravo ! Bravissimo ! » s'exclama avec émotion le propriétaire des lieux en applaudissant avec force tout en reniflant. « Jamais personne n'avait réussi à finir mon menu en entier et… excusez-moi une seconde. »

Sur ces mots, le chef se moucha bruyamment dans son tablier avant d'essuyer quelques larmes de joie qui menaçaient de couler.

« Vous avez vraiment été un formidable duo ! » poursuivit Willy en s'approchant… avant de reculer d'un pas, certainement à cause des deux regards assassins dirigés contre lui. « Revenez quand vous voudrez ! »

Intérieurement, Yuri et Flynn pensaient la même chose : ça ne risquait pas d'arriver !

Après leurs adieux à leur hôte, ils sortirent avec joie du restaurant, respirant à plein poumons l'air extérieur… avant d'aller chercher où pouvait bien se planquer Rita afin de lui faire savoir qu'ils avaient réussi cette épreuve.


Notes :

1 : Le natto est fait à base de graines de soja fermentées et est un aliment très populaire au Japon mais généralement peu apprécié par les occidentaux.

2 : Le Casgiu Merzu est un fromage corse fort qui est pourri avec des larves de mouches. Il peut être mangé avec ou sans les asticots.

3 : Le surströmming est du hareng fermenté et est très populaire en Suède. Son odeur est, paraît-il, une des pires qui existe et il serait interdit dans les avions à cause du risque d'explosion des boîtes de conserve dans lequel il fermente.

kaleiyahitsumei: (Default)
Fluri Month 2016 : May 27 – 28 Viscaria: “Will you dance with me?”

Beta : Eliandre

UA : Dragon Age Inquisition. Assez court, j’avoue, mais la scène est courte dans le jeu donc…

 


A Orlaïs, la réception organisée au palais d’hiver pour faire cesser cette guerre entre l’impératrice Célène et le duc Gaspard touchait à sa fin. Or, si l’Inquisition s’y était rendue, ce n’était pas seulement pour permettre de trouver un accord entre les deux protagonistes de cette histoire mais surtout pour déjouer la tentative d’assassinat envers Célène dont elle avait eu vent.

Flynn, Estelle et Raven étaient présents en tant que conseillers de l’Inquisiteurs tandis que Sodia, Judith et Yuri étaient chargés de se mêler aux invités pour trouver des indices, à la fois sur leur assassin et aussi sur comment réussir à instaurer la paix en Orlaïs. Le noble jeu n’était pas inné pour certains d’entre eux et seul Lavellan l’avait amplement travaillé afin de mieux se fondre dans le décor bien qu’il était un elfe dalatien – Judith était une elfe de la ville mais elle ne s’intéressait absolument pas aux intrigues de la cour, contrairement à Raven dont les oreilles avaient tendance à traîner et qui se délectait un peu trop des ragots de la noblesse au goût de ses camarades et aussi des nobles qui étaient assez nerveux en sa présence.

Durant la recherche de l’assassin, Yuri avait constaté que tout le monde l’évitait, ce qui n’était pas une surprise vu qu’il était un mage tévintide, alors que toutes les femmes harcelaient littéralement ce pauvre Flynn qui commençait à avoir quelques soucis pour garder son calme. Sodia, trop concentrée sur sa mission, n’avait pas le temps de venir l’aider à se débarrasser de ses admiratrices et le commandant de l’Inquisition dut attendre que l’assassin se dévoile enfin pour pouvoir se défaire d’elles.

L’impératrice saine et sauve, l’Inquisiteur lui avait dévoilé le coup d’Etat préparé par Gaspard et Orlaïs était à présent en mesure de pouvoir tenir contre leur ennemi commun.

Ces évènements passés, un certain calme était revenu au palais d’hiver et Yuri avait décidé de prendre un bol d’air frais sur un balcon, admirant les jardins éclairés par la lueur de la lune. Ce genre d’évènements ne le changeait pas vraiment de Tevinter et il trouvait quand même osé de la part de ces gens de considérer son peuple comme barbare alors qu’ils n’étaient pas mieux.

—J’espère que tu n’as pas trop forcé sur le vin.

Avec un sourire, le tévintide se tourna pour voir arriver Flynn, toujours vêtu de la tenue d’apparat que tous les membres de l’Inquisition portait.

—Même si je sais qu’il est meilleur que celui qu’ils servent à Fort Céleste, je n’en ai pas bu une seule goutte, déclara le mage tandis que le commandant de l’Inquisition venait se placer à côté de lui. Et toi ? Tes adoratrices t’ont laissé le temps de profiter de la soirée ?

—Je ne suis pas taillé pour ce genre d’évènements, avoua le soldat avec une légère gêne. De plus, j’ai été invité mille fois à danser mais impossible pour moi de quitter mon poste.

—Moi par contre ils m’ont tous évité comme si j’avais la peste. Dommage car je connais une danse qui aurait pu les choquer à vie.

—Pourquoi cela ne m’étonne-t-il pas de toi ?

Yuri eut un léger rire à cette remarque. Un léger silence régna entre eux avant que Flynn ne tourne la tête vers la salle de bal où était joué un des derniers morceaux de musique de la soirée.

—C’est peut-être un peu tard mais je doute d’avoir de nouveau l’occasion, déclara-t-il avant de le regarder droit dans les yeux en lui tendant sa main droite. M’accordes-tu cette danse ?

Le mage hésita un instant puis il finit par accepter, faisant visiblement le bonheur du templier. Ils placèrent correctement leurs mains et ils commencèrent à esquisser les premiers pas, le tout en garant leurs yeux vissés dans ceux de l’autre. Aucun mot n’était échangé, uniquement des regards et une valse sans faux pas ou maladresse avec la lune comme unique spectatrice.

Combien de temps dansèrent-ils exactement ? Difficile à dire mais une fois la valse terminée, tous deux avaient rejoint leur chambre dans l’aise du palais dédiée aux invités pour exécuter une toute autre chorégraphie à l’abri des regards…

kaleiyahitsumei: (Default)
Fluri Month 2016 : May 25 – 26 Daylily: “Flirtation”

Beta : Eliandre

UA : Miraculous

 


 

En se levant ce matin-là, Yuri grogna, ayant rêvé que son partenaire pour combattre le crime lui avait fait une cour interminable sur la terrasse et qu’il l’avait littéralement inondé de cadeaux – il se souvenait encore parfaitement des nombreux baisemains qu’il avait reçus dans son songe, un écho à ceux auquel il avait eu droit pendant quelques combats contre des akumas. Le pire fut quand une certaine phrase lui revint en mémoire et le fit rougir jusqu’aux oreilles… avant qu’il ne plonge sa tête dans son oreiller pour crier.

—Quinze minutes d’avance sur ton réveil ? C’est exceptionnel ! fit remarquer Tikki en le rejoignant sur la mezzanine où était son lit. Tu as fait un cauchemar ?

—En quelque sorte… dit-il en sortant la tête de son oreiller pour regarder son kwami. J’ai rêvé que Chat Noir me draguait et qu’il m’offrait sans arrêt des cadeaux.

—C’est plutôt mignon je trouve et puis c’est tout à fait ce qu’il serait capable de faire.

—Le pire, c’est qu’à un moment, il m’a sorti des phrases si mielleuses que j’en ai encore le goût sur la langue…

C’était à croire que son coéquipier sortait tout droit d’un de ces romans à l’eau de rose dégoulinant de sentiments. Il ne manquait plus qu’une sérénade au clair de lune ou une croisière en péniche sur la Seine et il aurait eu la totale. Cependant, ce qui le gênait le plus, c’était la manière dont il l’avait regardé, comme s’il était l’être le plus merveilleux au monde, et qu’il lui avait déclaré son amour… C’était hautement perturbant, surtout quand il se posait des questions sur ce qu’il ressentait exactement pour cet individu dont il ne connaissait pas grand-chose excepté sa morphologie très… attrayante.

—Tu es tout rouge, fit Tikki, le sortant brusquement de ses pensées. Ton songe n’était pas si horrible que cela visiblement.

—J’aimerais surtout ne pas avoir fait ce rêve, grogna Yuri en sortant de son lit. Comment on fait quand on pense aimer deux personnes à la fois ?

—Malheureusement, j’ai peur que tu ne doives faire un choix, aussi pénible soit-il.

Après s’être douché puis habillé, il alla prendre son petit-déjeuner, surprenant Raven qui n’avait pas l’habitude de le voir aussi tôt sorti du lit. Il mangea rapidement et s’en alla au lycée avec vingt bonnes minutes d’avance par rapport à l’heure où il partait habituellement. Sur son court trajet, il se repassa en boucle certains passages de son rêve, peu attentif à son environnement… et ce fut à cet instant que les lacets de sa basket gauche choisirent de se défaire, faisant qu’il marcha accidentellement dessus alors qu’il était au pied des marches.

Son esprit serait douloureusement revenu sur terre s’il était tombé sur les marches de pierre et non sur quelqu’un qui avait amorti sa chute.

—Désolé, fit Yuri en s’écartant du torse contre lequel il était, constant avec gêne que c’était Flynn sur qui il était à présent allongé. Je t’ai pas fait mal au moins ?

—Ce n’est rien, déclara son camarade avec le sourire. Tu as de la chance que j’étais assis là.

Pour le coup, il fut incapable de répondre, captivé par ce regard azur, cette belle mâchoire, ces cheveux d’or… avant de réaliser qu’il était actuellement en partie allongé sur son camarade de classe et que celui-ci avait une main sur son bras et une autre au niveau de sa taille. Extrêmement embarrassé, il bredouilla des excuses et se releva brusquement.

Il se serait probablement rendu directement en classe si Flynn ne l’avait pas retenu par le poignet.

—Le professeur de mathématiques est absent ce matin, déclara celui-ci en lui faisant signe de s’asseoir avec lui. J’ai prévenu Chester et Natalia pour leur dire qu’ils n’avaient pas besoin de venir car on commence à neuf heures.

—Il aurait pu prévenir qu’on dorme une heure de plus, grommela Yuri en s’asseyant sur les marches. Il est au courant le vieux Lester qu’il a nos numéros de téléphone à tous ?

—Sa femme a prévenu le proviseur il y a cinq minutes. De ce que j’ai compris, il est malade.

—T’étais chez le proviseur ? Toi ? Qu’as-tu bien pu faire pour être convoqué si tôt ?

—Je l’ai juste croisé quand j’étais allé prévenir que je serais absent demain après-midi.

Ceci expliquait cela. Et pour que Flynn doive prévenir d’une absence, c’était que cela devait probablement être important mais ça, il n’allait pas chercher à le savoir car ce n’était pas vraiment ses affaires.

—Une heure à tuer du coup, réalisa Yuri avant de lâcher un bâillement. J’aurais bien pioncé plus longtemps…

—Avec tous les retards que vous avez accumulés parce que vous dormiez monsieur Lowell, j’en suis à me demander ce que vous pouvez bien faire de vos nuits pour manquer autant de sommeil.

Le jeune homme grinça des dents en entendant cette voix qu’il connaissait un peu trop bien à son goût et il se retourna, nullement surpris de voir le proviseur Dinoai qui le toisait d’un œil sévère. A côté de lui, il y avait une fille aux longs cheveux châtain clair avec une longue mèche du côté droit et aux yeux bleus que Yuri ne connaissait pas.

—Bonjour monsieur le proviseur, dit le jeune homme en se levant, grimaçant à l’idée de ce qui allait lui tomber dessus. Belle journée n’est-ce pas ?

—Elle le sera réellement si vous parvenez enfin à arriver à l’heure en classe, répliqua le proviseur avant de se tourner vers Flynn qui s’était levé à son tour. Comme monsieur Lester ne viendra pas assurer son cours aujourd’hui, mademoiselle Grants ici présente est elle aussi venue pour rien donc je compte sur vous messieurs pour lui montrer où votre classe en est dans le programme scolaire.

Une nouvelle élève en milieu d’année ? Curieux ça. Yuri aurait bien refusé de lui servir de guide mais vu le regard assassin du proviseur, il avait intérêt à s’occuper d’elle s’il ne voulait pas être de nouveau dans le collimateur de monsieur Dinoai.

-§-

L’absence imprévue du professeur de mathématiques avait pris Flynn de cours mais cela lui avait laissé le temps de faire passer le mot à ceux de sa classe dont il avait le numéro. Alors qu’il hésitait à prévenir son garde du corps, Yuri était arrivé, visiblement perdu dans ses pensées. Il s’apprêtait à le saluer quand il le vit trébucher, lui laissant juste le temps de se préparer à amortir sa chute.

Il s’était habitué aux coups de malchance de son camarade et il lui arrivait souvent d’être plus alerte en sa présence dans le cas où ce genre de mésaventure viendrait de nouveau à se produire. A plusieurs reprises, il l’avait rattrapé avant qu’il ne tombe ou aidé à récupérer quelque chose qu’il avait perdu… et depuis qu’il connaissait ses préférences, il avait longuement réfléchi à la possibilité de tenter sa chance avec lui, surtout parce que ses avances perpétuelles envers Ladybug ne donnaient absolument rien.

Il comptait profiter de l’occasion pour lui proposer de passer un peu de temps ensemble quand le proviseur Dinoai les avait interrompus pour leur demander de s’occuper de Tear Grants, une nouvelle élève qui allait intégrer leur classe.

A présent, ils étaient tous trois au café La Corneille qui était à côté de leur lycée et qui était aussi là où vivait Yuri avec Raven, son tuteur légal âgé d’une trentaine d’années et qui était un peu… louche au premier abord.

—Je n’ai pas encore fini d’ouvrir mais pour ces beaux yeux, je suis prêt à commencer tout de suite à servir, fit le dénommé Raven en faisant un sourire charmeur à Tear. Vos désirs sont des ordres ma toute belle.

—Elle est mineure le vieux, répliqua Yuri en forçant son aîné à s’écarter de la jeune femme. Garde ton numéro de Don Juan pour tes autres clientes.

Sur un signe de leurs camarades, ils s’installèrent à une table tandis que le gérant du café alla chercher une carte sur le comptoir.

—Commander ce que vous voulez les jeunes, déclara Raven en leur faisant un clin d’œil. Ce sera retenu sur l’argent de poche du gamin de toute manière.

—Tu veux qu’on cause de la fois où t’as maté à fond le décolleté de Judy ? fit Yuri, visiblement contrarié. Y a des fois où je me demande si tu connais vraiment le code pénal…

—Tant que je me contente de regarder, c’est légal !

Un profond soupir d’agacement échappa à leur camarade, ce qui rappela involontairement à Flynn ceux de Ladybug quand il le trouvait un peu trop collant à son goût. D’ailleurs, pas mal des tics du jeune homme à la longue chevelure de jais lui évoquait son partenaire. Se mettait-il à les superposer l’un à l’autre ?

Après avoir choisi des boissons, Yuri les laissa pour aller chercher ses cours, faisant qu’il était seul avec Tear. Sur le chemin, ils s’étaient présentés mais ils n’avaient pas eu le temps de poser plus de questions à son sujet.

—Ta famille a déménagé à Paris pour que tu arrives dans notre lycée en cours d’année ? demanda Flynn, un peu intrigué par ce fait.

—Nous déménageons assez souvent, répondit la jeune femme avec une neutralité déconcertante. Mes parents étaient militaires et mon frère aîné l’est aussi. Quand il est muté ailleurs, je le suis mais comme je ne peux pas pratiquer d’activités extrascolaires dans ces conditions, je lui demandé de me laisser à Paris cette fois-ci.

—Pas évident comme situation. Moi j’ai été scolarisé à domicile pendant des années avant que mon père accepte de me laisser aller au lycée.

Tear avait hoché la tête, l’air un peu triste en apprenant cela. En attendant Yuri, Flynn décida de sortir une feuille vierge de son sac et il lui montra où chacun était assis en classe ainsi que des photos de ses camarades qu’il avait sur son téléphone.

—Il y a une place libre à côté d’Arche, expliqua-t-il tandis que Raven posait leurs consommations sur la table. Elle est très sympa mais fait juste attention car elle est un peu pipelette. Natalia est la déléguée de classe donc si tu as un problème, n’hésite pas à lui demander. Chester est mon meilleur ami et Judith est celle de Yuri.

—D’accord, dit la jeune femme en regardant attentivement tous les visages qu’elle voyait défiler. Et lui, il est dans notre classe ?

—Luke Fon Fabre. C’est le fils du maire et… il n’est pas très facile à vivre.

—C’est un crétin fini oui !

Yuri était de retour, tenant entre ses mains des cahiers et un trieur un peu trop plein… qui fini par craquer à l’instant où son propriétaire passa à côté du comptoir, faisant ainsi tomber lourdement une bonne partie de son contenu au sol. Dans un grognement agacé, son camarade se baissa pour ramasser ce qui était par terre sous le regard amusé de Raven.

—Il me semblait t’avoir dit de vider ce truc de temps en temps, fit remarquer le plus âgé tandis que des clients commençaient à arriver. Je t’achèterai de quoi remplacer ça tout à l’heure.

—Ca va aller ? demanda Flynn en ramassant ce qui était à sa portée, imité par Tear.

—J’ai l’habitude donc oui, répondit Yuri en se grattant l’arrière du crâne. Ca aurait peut-être été mieux de monter dans ma chambre en fait.

Sur ces mots, leur camarade les invita à le suivre avec leurs boissons. Il les amena à un appartement situé à l’étage et les laissa dans la pièce à vivre le temps de ranger rapidement ses affaires.

—Vous êtes mignons ensemble, fit Tear, provoquant un sursaut chez Flynn. Vous êtes des amis ?

—Heu… Oui, répondit-il, pris par surprise.

—Pas un peu plus ?

Là, il se sentait rougir sous le regard amusé de la jeune femme. Il avait du mal à dire si elle était sérieuse ou si, comme Judith serait capable de le faire, elle le taquinait. Il comptait lui demander ce qu’elle sous-entendait exactement quand Yuri leur dit qu’ils pouvaient monter. Ils empruntèrent donc l’escalier et arrivèrent à la modeste chambre de leur camarade aux murs en grande partie bordeaux – un seul était peint en noir et il était possible d’y voir pas mal de posters de groupes de musique plus ou moins connus.

—C’est pas un palace mais c’est chez moi, fit le jeune homme aux cheveux de jais en leur indiquant une banquette avec des coussins rouges et noirs. Mettez-vous à l’aise.

—Je ne vois pas de lit ici, dit Tear en tournant la tête de tous les côtés avant de noter la présence d’une mezzanine. Tu dors là-haut ?

—Yep ! Par contre, vaut mieux être réveillé car autrement, c’est la dégringolade assurée.

Flynn les laissa échanger des banalités, occupé à détailler cette pièce qu’il trouvait bien plus chaleureuse que sa propre chambre alors qu’elle était largement plus petite. S’il pouvait dormir ici, il le ferait volontiers.

Ils restèrent trois quart d’heures à discuter tout en montrant à Tear où ils en étaient dans chaque matière – si elle n’avait visiblement pas d’inquiétudes sur l’anglais et le français, elle s’était montrée moins tranquille face à leur avancée en physique-chimie et en histoire-géographie. Une fois qu’elle eut noté ce dont elle aurait besoin et emprunté quelques polycopiés, ils quittèrent le bâtiment pour retourner au lycée. Cependant, après qu’ils eurent traversé la rue, une grande explosion retentit plus loin et des cris se firent entendre. En apercevant une personne étrangement vêtue avec des grands yeux d’insecte, il était devenu clair qu’un nouvel akuma venait d’apparaître.

—Cachez-vous dans le lycée ! s’exclama Yuri en partant vers le café. Je vais m’assurer que le vieux s’en sort !

N’ayant pas eu le temps d’arrêter son camarade, il prit Tear par le bras et se hâta de l’emmener avec lui tout en se demandant comment il allait parvenir à la laisser seule pour se transformer. Alors qu’il cherchait Judith ou Chester du regard, il sentit la jeune femme le tirer en arrière et il se tourna vers elle.

—Personne ne te verra ici, dit-elle en désignant un coin à l’abri des regards. Si tu veux te changer en Chat Noir, c’est un bon emplacement.

… Que venait-elle de lui dire au juste ?

-§-

A peine transformé en Ladybug, Yuri se précipita dans le parc pour retrouver cet homme insecte qui, dans le cas, présent, lui tournait le dos, trop occupé à… C’était son imagination où Luke avait encore provoqué une akumatisation à cause d’un de ses caprices ? Il allait devenir chèvre à force de réparer les bêtises de ce crétin…

—Sale petit vermisseau, fit l’akumatisé avec une voix qui était horriblement familière aux oreilles du héros. Je vais t’apprendre à oser te moquer de mon génie !

… Jamais Yuri n’aurait osé imaginer que le professeur Dist se ferait akumatiser à cause d’un autre que le professeur Jade Curtiss – leurs « querelles » étaient un fait connu dans tout le lycée, en partie à cause du fait que si l’un enseignait la physique-chimie, le domaine de l’autre était plutôt l’informatique voire, selon certaines rumeurs, la robotique. Comme quoi, tout était possible…

Le héros s’apprêtait à l’attaquer avec son yoyo quand une dizaine de gros scarabées robotisés sortirent de sous la cape de l’ennemi, certains tenant un filet. La moitié d’entre eux fonça sur lui et l’autre sur Luke, faisant qu’il eut tout juste le temps de les esquiver quand le rouquin se fit capturer par les insectes. Il tenta de les détruire avec son yoyo mais d’autres étaient apparus et l’encerclaient, lui laissant peu de chances de se sortir seul de ce traquenard. Il essaya de sauter par-dessus… et réussit à se faire attraper dans un filet qui l’attendait.

—HA HA HA ! rit aux éclats la version akumatisée du professeur Dist. Je t’ai bien eu Ladybug ! Maintenant, donne-moi ton Miraculous et je libèrerai peut-être ce sale petit rat !

Il lui dirait bien que non, il n’a aucune envie de le lui donner mais Yuri préférait s’abstenir de répondre, ignorant l’étendue des pouvoirs de son ennemi et craignant que celui-ci possède des gadgets plus meurtriers que ceux qu’il possédait déjà.

—Pas si vite Sauterelle-man !

Quelque chose dut heurter les insectes maintenant le filet fermé car le héros fut soudainement libéré. En tournant la tête, il vit Chat Noir dont le bâton lui revint dans la main.

—Si j’avais su, j’aurais prévu une grosse dose d’insecticide, fit le héros en noir en regardant la grande quantité de scarabées. Cependant, je ne veux pas risquer de perdre ma coccinelle préférée donc on va y aller à l’huile de coude.

—Au lieu de causer, va chercher une grosse tapette à mouches qu’on écrase tout ça ! s’exclama Yuri en rejoignant son partenaire, agacé par la situation et par le sourire séducteur qu’il lui lançait. Et si tu pouvais arrêter de me faire la grimace, ça m’arrangerait…

Sauf que c’était mal connaître Chat Noir qui, au lieu de cesser de sourire, combla d’un coup la distance entre eux et passa un bras autour de ses épaules en lui jetant un regard charmeur… ce à quoi le héros coccinelle répondit en lui posant brutalement sa main sur le visage et en le repoussant le plus loin possible. Ce n’était pas le moment pour une séance de drague douteuse.

Face à une volée d’insectes mécaniques fonçant droit sur eux, au lieu de se servir de leurs armes pour se protéger, ils choisirent tous deux d’esquiver, ce qui était plus prudent vu que leur adversaire avait les moyens de les capturer s’il le désirait.

Soudain, un son étrange arriva aux oreilles de Yuri. Sur le coup, trop occupé à éviter une série de scarabées qui tentait de le ligoter avec une corde gluante, il ne s’était pas demandé ce que cela pouvait être mais en le réentendant, il réalisa que c’était des notes de musiques, plus particulièrement celles qu’une flûte pourrait émettre. Il en aurait cherché l’origine… si un de ses « pires cauchemars » n’était pas actuellement devant ses yeux : une bonne dizaine de Chat Noir entourait l’ennemi ainsi que le même nombre de Ladybug.

C’était quoi ce bordel au juste ?

—Mais c’est une blague ? fit l’homme-insecte en regardant avec effarement la subite multiplication de ses opposants. Comment ce prodige est-il possible ?

—Personnellement, je trouve que c’est un rêve qui devient enfin réalité, fit un des Chat Noir avec bonheur. Des Ladybugs partout !

—Et moi je sens venir le mal de crâne avec cette invasion de sacs à puces, répliqua Yuri avec agacement, cherchant encore à comprendre ce qu’il se passait. Si aucun de vous n’est à l’origine de ça, qui a fait ça ?

La réponse ne tarda pas à venir car, profitant du fait que tous les robots scarabées étaient désorientés, une silhouette en blanc et orange sauta avec souplesse sur chacun d’eux, les brisant avec aisance sous les cris d’horreur de leur créateur avant d’atterrir sur un banc public. Yuri vit ainsi que leur élément perturbateur était une jeune femme qui, manifestement, portait un costume basé sur le renard et dont l’arme était une longue flûte.

—Rends-toi, dit-elle à la victime de l’akuma avec fermeté. Nous sommes plus nombreux et plus fort que toi.

Le héros coccinelle comprit ainsi qu’elle était de leur côté… mais il trouva curieux qu’elle opte pour cette solution alors que, d’expérience, il savait que ça ne fonctionnerait pas. Il observa le clone de lui-même qui était le plus proche… et nota vite qu’il n’avait pas d’ombre. Une illusion ? Cela expliquerait son choix… mais signifierait aussi que le combat n’est pas son point fort contrairement à lui et Chat Noir. Sa ruse allait-elle fonctionner longtemps ?

Malheureusement, la réponse arriva vite quand l’un des doubles fut accidentellement détruit lorsque Luke, en cherchant à fuir les lieux, en toucha un, faisant se dissiper celui-ci sous le regard de leur ennemi. Vu le sourire de leur adversaire, il était clair qu’il avait compris le subterfuge.

—On a essayé de me rouler ? fit l’homme-insecte avec un sourire mauvais. Ca va se payer !

Puis une énorme nuée d’insectes robotisés fondit sur l’ensemble des clones. Yuri vit Chat Noir foncer sur lui et lui prendre le poignet pour l’entraîner à l’écart tandis que la fille renarde faisait de même avec Luke. Tous les quatre se retrouvèrent derrière le carrousel, cachés du regard de leur ennemi qui semblait les avoir perdus de vue.

—Merci pour le temps gagné Volpina, dit le héros en noir à leur nouvelle camarade.

—J’aurais aimé avoir son attention plus longtemps mais je ne connais pas vos gestuelles ou vos façons de parler, répondit la dénommée Volpina, visiblement un peu contrariée d’avoir été percée si vite à jour. Si je savais comment capter durablement son intérêt…

—A part ce fou de Curtiss, personne ne l’intéresse, sortit Luke en pianotant sur son téléphone. Ce type est un pur sadique et Dist est un vrai masochiste.

... Flash spécial : Luke Fon Fabre venait, pour une fois dans sa vie de fils à papa pourri gâté, de dire quelque chose d’intelligent et, qui plus est, risquait fort de leur être très utile vu les compétences de leur nouvelle camarade. Jamais Yuri ne l’admettrait mais ce sale rouquin venait de lui donner juste ce qu’il lui fallait pour mettre au point un plan pour neutraliser leur ennemi.

-§-

Quand Flynn avait découvert que Tear était elle aussi en possession d’un Miraculous, il avait été agréablement surpris. Plagg avait émis une certaine méfiance avant que le kwami de la jeune femme, un certain Kitsu, ne vienne leur expliquer qu’ils ne faisaient équipe que depuis peu, ayant utilisé le peu de jours passés ensemble pour qu’elle s’entraîne à utiliser ses pouvoirs. Puis d’un commun accord, ils se transformèrent en Chat Noir et Volpina, prêtant main forte à Ladybug qui était en mauvaise posture.

Même si les illusions de l’héroïne renarde n’avaient pas berné l’ennemi longtemps, cela avait été suffisant pour qu’ils puissent se cacher de lui le temps de mettre au point une stratégie, ce que Ladybug ne tarda pas à faire quand Luke mentionna le professeur de physique-chimie. Flynn, se souvenant que son camarade avait été plusieurs réprimandé pour avoir filmé avec son téléphone durant les cours, lui subtilisa l’appareil au moment où son partenaire retint le rouquin pour l’empêcher de récupérer son bien ou d’alerter leur adversaire avec ses cris. Il trouva très vite une vidéo de son professeur avec M. Dist et laissa celle-ci aux soins de Volpina pour qu’elle la visionne.

Maintenant, le héros en noir devait remplir son rôle et, comme souvent, il allait jouer les appâts.

—Hey Sauterelle-man ! cria-t-il une fois hors de sa cachette. Tu veux jouer à chat avec moi ?

—Je ne suis pas une sauterelle ! répliqua avec force son ennemi en lui envoyant une nuée d’insecte.

Bingo. Il avait pleinement son attention, ce qui devrait laisser assez de temps à ses coéquipiers pour exécuter le reste du plan. Leur problème principal était cette cape car c’était de là que sortaient tous ces scarabées robotisés. Leur ennemi évitant le corps-à-corps, il était fort probable qu’il n’était pas doué dans ce domaine et il fallait donc détruire cette cape pour le rendre vulnérable. Or, comment l’atteindre s’il savait comment se protéger ? Ca, c’était le travail du Lucky Charm de Ladybug et de la prochaine illusion de Volpina.

Par contre, ce serait bien qu’ils se dépêchent car il commençait à avoir du mal à éviter ces fichus insectes…

—Dist, tu es désespérant.

L’homme-insecte, à l’entente de cette voix, s’était immédiatement tourné vers son origine : l’illusion particulièrement réussie du professeur Jade Curtiss. Ses scarabées continuaient à poursuivre Flynn mais un énorme filet à papillons rouge à pois noirs en attrapa une bonne partie.

—Ma Lady, fit-il à son partenaire en croisant son regard. Mo cœur chavire à chaque fois que je croise tes jolis yeux !

—… Là, je dois reconnaitre que je m’attendais à ce que tu me fasses un autre de tes trucs bien pourris, déclara Ladybug avant de lâcher un soupir exaspéré. Sauf que c’était pas celui-là que j’avais vu venir…

—J’aime te surprendre ma coccinelle d’amour !

Les iris gris de celui dont il était amoureux se mirent à lancer des éclairs, faisant qu’il jugea préférable d’activer son Cataclysme pour aller détruire la cape de leur ennemi avant qu’il… Etait-il en train de rêver où leur adversaire était en train de pleurnicher ? Il préféra ne pas chercher à résoudre ce mystère et alla réduire en cendres l’objet du délit avec une facilité déconcertante. Ladybug n’avait eu ensuite qu’à briser la broche en forme de rose du professeur Dist pour révéler l’akuma afin de le purifier et de réparer les dégâts causés.

Les trois héros se séparèrent une fois leur mission accomplie, leurs Miraculous les alertant qu’ils ne leur restaient pas beaucoup de temps devant eux.

Ce fut donc après une dizaine de minutes que Flynn retrouva Tear en classe, occupée à parler avec Natalia tandis que Luke l’observait avec curiosité. En tournant la tête, il nota qu’excepté Yuri, tout le monde était présent.

—Bonjour Flynn, fit la déléguée de classe quand elle le vit. Je viens d’apprendre que tu t’étais occupé de notre nouvelle.

—Je n’ai pas fait grand-chose, dit-il avec honnêteté. C’est Yuri qui lui a montré ses cours et où nous en étions actuellement donc c’est surtout à lui que revient le mérite.

—Moui… En parlant de Lowell, où est-il passé cette fois ? Si je le trouve encore à dormir…

La réponse arriva vite quand le concerné arriva en classe, l’air visiblement choqué par quelque chose qu’il avait dû voir sur son trajet.

—Ca va Yuri ? demanda Flynn, inquiet pour son camarade. On dirait que tu as vu un fantôme…

—Juste un truc que j’aurais préféré pas voir, répondit le jeune homme aux cheveux de jais en s’installant à sa place sous les regards intrigués de Judith, Chester et Arche.

Personne ne comprit vraiment ce qu’il se passait et lorsque la sonnerie retentit, tout le monde alla s’asseoir. En passant à côté de lui, Tear lui glissa discrètement un morceau de papier dans la main qu’il rangea vite dans une poche de sa veste. Puis entra le professeur Curtiss…

—Bonjour jeunes gens, leur dit l’enseignant en posant sa sacoche sur le bureau. Aujourd’hui, nous allons poursuivre notre cours de physique…

—JADE !

Subitement, la porte de la classe s’ouvrit sur le professeur Dist qui était littéralement essoufflé. Il tendit un gobelet de café à son collège qui portait le logo du café de la Corneille. M. Curtiss prit l’objet du délit comme si de rien n’était et en but en gorgée… avant de le rendre avec une grimace à son collège de travail.

—Il me semblait avoir demandé un café noisette avec un demi-sucre, fit le professeur de physique-chimie d’un ton sec. Je suis extrêmement désappointé…

—Je ramène ça tout de suite ! s’exclama le professeur d’informatique en quittant la classe en trombe.

Tous les élèves étaient ébahis par la scène qui venait de se produire sous leurs yeux… excepté Yuri que Flynn pouvait entendre parler à voix basse des pulsions sadiques de M. Curtiss et déclarer qu’il préférait encore voir son tuteur parler du dernier numéro de Playboy avec M. Lester qu’assister à une séance de dressage en direct.

Le jeune homme en conclut que ce n’était peut-être pas le bon moment pour lui proposer une sortie tous les deux, estimant que son séduisant camarade risquait fort de ne pas être très réceptif à son environnement dans l’immédiat. Il préféra jeter discrètement un œil au mot de Tear.

« Si tu veux que je t’aide à séduire Ladybug, préviens-moi. »

Un coup de main ne serait effectivement pas de trop, surtout qu’il venait de gagner une amie à qui il pouvait parler sans devoir lui cacher un pan entier de sa vie.

kaleiyahitsumei: (Default)
Fluri Month 2016 : May 21 – 22 Jonquil: “Affection returned”

Beta : Eliandre

Note : Suite de l’UA avec Peau d’âne.

 


 

La nouvelle avait fait tout le tour du royaume : le prince Flynn allait se marier avec celle qui pourrait enfiler un anneau que l’on disait si fin et étroit que seul un doigt mince et délicat parviendrait à s’y glisser. N’importe qui, quelque soit sa condition sociale, était invité à se rendre au palais dans trois jours afin d’essayer ce bijou.

Occupé comme souvent à nettoyer ce fichu poulailler, Yuri observait discrètement les villageoises sous sa peau de loup. Celles-ci, habituellement occupées à le critiquer sur son apparence ou son odeur, étaient à présent toutes excitées par l’idée d’éventuellement devenir l’épouse du beau prince aux cheveux d’or. Les lavandières jacassaient en lavant leur linge, certaines se voyant déjà au bal au bras de celui qu’elles espéraient épouser. Quelques paysannes, cependant, comparaient leurs mains, s’inquiétant de comment elles parviendraient à mettre cet anneau si étroit et se plaignant de leurs gros doigts abîmés par le travail.

Lorsque des charlatans vinrent pour proposer moult potions et onguents dont ils vantaient les propriétés, la majorité des femmes se jetèrent dessus, se hâtant d’utiliser ces étranges mixtures afin d’avoir un annulaire capable d’enfiler la bague qui pourrait changer leur vie à jamais. Yuri, de son côté, s’évertuait à salir ses mains plus qu’à son habitude, tout cela pour éviter qu’une femme plus observatrice qu’une autre ne s’aperçoive qu’il possédait des doigts très fins pour un homme.

Le lendemain, il dut se retenir de rire quand il entendit ces bécasses geindre car leur annulaire ne s’était pas affiné. Les plus chanceuses avaient juste leur doigt qui avait grossi mais quelques malheureuses avaient vu leur peau se couvrir de verrues ou bien les démanger horriblement. Si elles s’étaient acceptées comme elles étaient au lieu de croire le premier escroc venu, elles n’auraient pas eu ces mauvaises surprises. Tout ce qu’elles auront gagné dans cette mésaventure, c’était une bourse allégée de quelques écus.

Quand arriva le grand jour, toutes les femmes du royaume et des contrées voisines vinrent au palais, si nombreuses qu’elles étaient obligées de se serrer dans les couloirs afin que passent passer les serviteurs et la garde royale. Dans la salle de bal, le prince Flynn était assis aux côtés de ses parents, ses yeux azurs cherchant ce bel éphèbe dont il s’était épris en revenant de la chasse. Malheureusement, il n’apercevait point cette belle chevelure de jais et il fit donc signe de commencer ce qui promettait d’être une longue séance d’essayage.

Les premières à se présenter furent les princesses de tous âges, certaines encore plus fraîches qu’un bouton de rose et d’autres qui avaient au moins le double d’années que possédait le prince aux cheveux d’or. Leurs doigts ne parvenant point à enfiler cet anneau, les marquises et les duchesses tentèrent leur chance puis vinrent les comtesses, les baronnes et toutes les représentantes de la noblesse.

Le temps défilait et aucune femme n’avait encore réussi à mettre la bague quand le tour des servantes fut achevé. Le prince cachait de plus en plus difficilement sa déception, ne pouvant s’empêcher de se demander s’il n’avait pas mal interprété les intentions de l’être qu’il aimait. Allait-il venir se présenter à lui ?

Les dernières femmes de la plus basse condition sociale échouèrent elles aussi à enfiler cet anneau étroit. Tous pensèrent que tout cela était terminé quand, du fin fond des cuisines, Peau de Loup demanda à tenter sa chance, tout cela sous les regards outrés de l’assemblée. Le roi s’apprêtait à le renvoyer quand le prince Flynn s’interposa, demandant pourquoi cet homme ne pourrait pas essayer de passer la bague. Des murmures surpris et intrigués résonnèrent mais le jeune homme aux cheveux d’or ne les entendait point, son cœur battant la chamade dans sa poitrine tandis que son aimé s’agenouillait avec grâce devant lui.

Une main blanche, fine et délicate lui fut tendue. Il la prit dans la sienne, savourant sa douceur contre sa peau. Ses yeux azur avaient trouvé ceux, gris anthracite, de ce bel éphèbe qui se dissimulait sous cet habit puis descendirent sur ces lèvres fines qui dessinaient à présent un sourire en coin emplit de malice qu’il trouva des plus séduisants.

Si l’assemblée s’était tue en voyant cette main immaculée, elle avait lâché un « oh » surpris quand elle vit que l’anneau étroit épousait à la perfection cet annulaire si fin. Quand le prince lui ôta la peau de loup dont il était vêtu, tous ceux qui étaient présents eurent une exclamation émerveillée en découvrant que cet affreux vêtement avait révélé un magnifique jeune homme aux longs cheveux de jais et vêtu d’un somptueux habit aux couleurs de la nuit. Certains représentants de la noblesse furent choqués en reconnaissant les traits fins du prince Yuri, probablement celui qui avait été le plus beau parti d’un puissant royaume voisin et qui avait brusquement disparu quelques mois plus tôt.

Si le roi avait craint une mésalliance, il ne put qu’être enchanté de découvrir les atouts que possédait son gendre. Dès la minute qui suivit, les préparatifs du mariage furent entamés et tous les monarques des royaumes alentours y furent conviés. Les princes Flynn et Yuri se jurèrent un amour éternel lors de ce grand jour et à partir de cet instant, il était fréquent de les apercevoir chevauchant ensemble dans les bois de Quoi et s’échangeant des regards emplis de l’affection immense que chacun possédait envers l’autre.

kaleiyahitsumei: (Default)
May 19 – 20 Milkvetch : “Your presence soften my pains”

Beta : Eliandre

UA : Une grande première pour moi car c’est un UA avec Kingdom Hearts 358/2 days.

 


 

Un vide immense se trouvait au fond de lui quand il avait rencontré cet homme, un certain Alexei, qui lui avait proposé de rejoindre son organisation. Qui était-il ? Il l’ignorait mais il n’avait pas envie de le suivre alors il avait refusé son invitation et était parti. L’ennui, c’était qu’il ne connaissait absolument pas cette ville… et puis comment s’appelait-il au juste ?

Pendant deux, peut-être même trois jours, il avait parcouru les rues de la Cité du Crépuscule, observant ses habitants en restant le plus possible à l’abri de leurs regards. Très souvent, il ne pouvait s’empêcher d’aller voir ce groupe d’adolescents qui jouaient ensemble et de ressentir quelque chose de fort qu’il ne parvenait pas très bien à identifier…

—Yo !

Il sursauta en entendant cette voix derrière lui. Vivement, il se retourna pour tomber nez à nez avec un jeune homme à la longue chevelure de jais, aux yeux gris anthracite et au long manteau noir qui était en tous points similaire à celui que portait ce dénommé Alexei qu’il avait rencontré il y a quelques temps. Se connaissaient-ils ?

—Pas un bavard hein, fit l’inconnu avec un sourire sarcastique. C’est souvent comme ça avec les similis quand ils viennent de naître mais ça ne dure généralement pas.

—Qui êtes-vous ? demanda-t-il, ne comprenant absolument pas ce que lui racontait cet homme.

—Un membre de l’organisation XIII.

Il était donc dans le même groupe qu’Alexei lui avait proposé de rejoindre. Cependant, il ne lui donnait pas la même impression que cet homme au regard dur…

—T’as un nom ou je dois t’appeler Blondie faute de mieux ? questionna son interlocuteur en s’adossant contre un mur avec nonchalance.

—Non… avoua-t-il, n’ayant pas le moindre souvenir d’avant le moment où il était devant ce curieux manoir. J’ignore qui je suis.

—T’inquiètes pas trop pour ça. C’est pas forcément une perte que tu ne rappelles pas de ta vie précédente.

Il hocha la tête bien qu’il ne comprenait toujours pas tout. Qui que soit ce jeune homme aux cheveux de jais, il se sentait plutôt à l’aise en sa présence.

—Je peux répondre à tes questions si tu veux mais ce sera pas gratuit, fit l’inconnu en croisant les bras contre son torse.

—D’accord, dit-il en regardant son interlocuteur droit dans les yeux. Dis-moi ce que je dois faire.

A cette réponse, celui à la chevelure de jais eut un sourire satisfait. Il lui fit signe de le suivre et tous deux allèrent jusqu’à un marchand de glace où il acheta deux glaces à l’eau de mer avant de l’emmener tout en haut de la tour de la gare. Jamais il n’était allé à cet endroit et il devait reconnaître que la vue était superbe.

Pendant une bonne heure, ils avaient parlé en dégustant leurs glaces. Il apprit que l’inconnu se nommait Yuri et que lui aussi était un simili. Il en existait d’autres comme eux et il sut que s’il était là, c’était que d’une manière ou d’une autre, son cœur avait sombré dans les ténèbres et que seule sa volonté avait permis à une parcelle de lui-même de venir à la Cité du Crépuscule. Puis celui aux cheveux de jais lui offrit une chose qu’il n’avait pas : un nom.

Après cela, Flynn lui demanda s’il pouvait toujours rejoindre l’Organisation XIII et ce fut ainsi qu’il fut conduit auprès d’Alexei pour devenir un membre officiel.

Il s’habitua assez vite à cette nouvelle vie, alternant les missions avec les différents membres de l’Organisation puis rejoignant Yuri à la fin de chacune d’entre elles au sommet de la tour de la gare.

Certes, ils n’avaient plus leurs cœurs mais ces moments passés ensemble leur faisait du bien. Les quelques fois où ils n’avaient pas pu se retrouver dans leur endroit favori, ce vide revenait au fond de lui ainsi qu’une profonde tristesse. Le mieux restait quand ils faisaient leurs missions ensemble car ils s’amusaient comme des fous en explorant les différents mondes – encore fallait-il que Flynn aille réveiller Yuri car celui-ci avait une forte tendance à piquer un somme dès qu’il en avait l’occasion ou à faire la grasse matinée.

Il y avait encore beaucoup de travail à faire avant de compléter Kingdom Hearts de récupérer un jour leurs cœurs mais ils y arriveront un jour… Ce n’était qu’une question de temps.

kaleiyahitsumei: (Default)
May 15 – 16 Pink Camelia: “I long for your touch”

Beta : Eliandre

UA : Miraculous

 


 

Combattre le mal dans Paris était épuisant, surtout face à des adversaires aussi tirés par les cheveux les uns que les autres – quelle idée aussi de créer un ennemi capable de contrôler les pigeons ! Jamais Flynn n’avait autant souffert de cette encombrante allergie aux plumes que ce jour-là. Le Chevalier Noir avait aussi posé quelques soucis mais cette fois, le jeune homme s’estima heureux d’être un bon escrimeur car cela lui avait permis de comprendre comment parer cette botte secrète.

Leur dernier combat avait été contre Animan, un redoutable animorphe qui avait causé une très grosse frayeur au héros en noir quand il vit Ladybug se jeter dans sa gueule. Après avoir réussi à purifier l’akuma, Flynn n’avait pas pu résister à la brusque envie de serrer son partenaire dans ses bras et il s’en était excusé après coup.

Par contre, depuis ce combat, le jeune homme avait un souci : il avait attrapé des puces et impossible pour lui de s’en débarrasser. Il suspectait fortement Plagg d’en être à l’origine car il s’était douché, lavé les cheveux, avait nettoyé sa chambre à fond et il avait toujours ces fichues puces qui lui donnaient la furieuse envie de se gratter ! Quel enfer…

—Tu ne me feras pas prendre de bain ! s’exclama le kwami en partant se cacher à la vue de la bouteille de shampooing pour animaux. J’aime mon odeur corporelle, merci !

—Et moi j’en ai assez d’avoir des puces, répliqua Flynn en se grattant derrière la nuque. Tu es la seule chose ici qui n’a pas vu du savon de près ou de loin.

—Es-tu seulement certain que ce sont des puces ? Car je te signale que moi, je n’en ai pas !

Là, Plagg venait de marquer un point. Le jeune homme ne l’avait jamais vu se gratter et il n’avait pas vu de ses yeux ces sales petits insectes, juste supposé que cela pouvait être la cause de ses démangeaisons.

—Dans ce cas, qu’est-ce que ça peut être ? demanda Flynn qui dut se retenir d’essayer de se gratter le dos. C’est depuis qu’on a vaincu Animan que j’ai ça.

—Sur ce coup, je donne ma langue au chat, fit le kwami avant d’aller s’installer sur le canapé.

Comme toujours, ce cher Plagg lui était d’une aide inestimable…

Il retourna dans sa salle de bains et ôta sa chemise. Il se tourna vers le miroir et examina son reflet, cherchant le moindre indice sur ce qui pouvait causer ces démangeaisons. Malheureusement, il ne vit ni piqûre d’insecte, ni quelconque signe qu’il faisait une réaction allergique. C’était à croire que tout cela n’était que le fruit de son imagination…

-§-

Un jour, Yuri allait attraper Luke à un moment où Natalia n’était pas dans les parages et lui coller sa tête dans la cuvette des toilettes… Le fils à papa lui avait encore mené la vie dure et comme toujours, la déléguée de classe le défendait, tout simplement parce qu’ils étaient amis depuis l’enfance. Or, cette saleté de rouquin lui avait cassé les pieds toute la journée au point qu’il avait perdu un temps précieux au lieu de travailler sur ce devoir de physique qu’il devait rendre demain – de tous les profs du collège, M. Curtiss était celui qu’il valait mieux ne pas contrarier…

Il devait être près de onze heures du soir lorsqu’il eut achevé le tiers de son travail, ce qui ne l’enchantait guère en constatant à quel point son professeur avait été sadique dans ses questions. Même avec une nuit blanche, il n’était pas persuadé d’arriver à le finir, surtout qu’il n’excellait pas dans cette matière – s’il arrivait à avoir la moyenne partout, la physique-chimie lui posait plus de soucis et sa meilleure note était, sur toute l’année, un onze qu’il avait réussi à décrocher après d’intenses révisions et qui lui avait valu le seules félicitations que M. Curtiss lui avait accordées.

Alors qu’il relisait une énième fois son cours pour comprendre pourquoi il ne trouvait jamais le même résultat à son opération, un grand bruit retentit au-dessus de lui, lui faisant se demander ce qu’il pouvait bien se passer sur la terrasse.

Yuri prit en main le premier truc à sa portée – il aurait aimé une batte de baseball mais il n’avait rien de mieux que son vieux parapluie – et monta l’escalier menant à l’extérieur. Après avoir pris une bonne inspiration, il ouvrit rapidement la trappe et se rua dehors… pour constater avec stupéfaction que le responsable de ce raffut n’était autre que Chat Noir qui… se frottait le dos contre le mur ?

—Hé hé… fit le héros en noir, l’air gêné. Salut…

—Je peux savoir ce qu’un chat de gouttière fiche ici ? demanda l’habitant des lieux, un peu agacé par cette visite imprévue. On n’a pas pour habitude de les nourrir ici.

—Je fais juste une patrouille et je passais dans le coin. J’allais part…

Chat Noir ne termina pas sa phrase, ses oreilles de chat se dressant d’un coup et ses dents se mettant à grincer. Puis, sans prévenir, il se mit à se gratter la tête avec force, grognant avec exaspération tout en tentant d’atteindre le milieu de son dos avec ses mains griffues.

—Mais c’est pas vra… grommela le héros en se contorsionnant. RHAAA !

—Heu… Tu as des puces ? demanda Yuri en faisant un pas en arrière. Parce que si c’est le cas…

—NON ! C’est juste que ça me démange sans arrêt depuis plusieurs jours et c’est infernal !

Yuri regarda la scène durant une bonne vingtaine de secondes. Il ne savait pas trop comment gérer cette situation, surtout qu’il ne tenait pas trop à trahir son secret. De plus, il fallait vraiment qu’il finisse ce devoir s’il voulait être tranquille demain…

—Tu m’excuseras mais j’ai mes cours de physique à bosser, fit-il en lâchant un bâillement. J’en ai pour un bon moment donc si tu pouv…

—Tu veux de l’aide ?

La proposition de son partenaire le prit de cours. A l’origine, il avait pensé tenter de demander à Flynn de lui réexpliquer le dernier chapitre mais à cause de Luke qui avait tout fait pour le faire chier, il n’avait même pas pu l’approcher avant que le beau blond ne doive partir pour son cours de chinois. Après, ce n’était pas la première fois qu’il croisait Chat Noir sans être Ladybug : la première fois, c’était parce qu’une fille qui en pinçait pour lui avait été akumatisée et que Yuri avait estimé qu’il avait plus de chances de réussir à lui prendre son akuma sous son identité civile qu’en étant transformé, ce qui l’avait poussé à quelque peu tromper son coéquipier.

—Ca ne me gêne pas, poursuivit le héros en noir qui se retenait visiblement de se gratter une énième fois. La physique-chimie est ma matière préférée.

—Et moi je suis une des deux têtes de turcs de mon sadique de prof, lâcha le jeune homme à la chevelure de jais en se souvenant des horribles interrogations surprises de M. Curtiss et du fait qu’il allait certainement en avoir une demain. Sincèrement, c’est bien parce que je suis coincé que j’accepte…

Au bout de cinq minutes, Yuri avait monté ses cours sur la terrasse ainsi que de quoi grignoter, des coussins et une source de lumière. Il avait ensuite montré à Chat Noir à quel endroit de son devoir il coinçait et celui-ci, avec application, lui expliqua l’énoncé tout en l’aidant à comprendre pourquoi il ne trouvait jamais le même résultat à ses calculs.

A un moment, il nota que son partenaire bougeait son épaule de façon bizarre tout en grimaçant…

—Ca te démange où exactement ? demanda-t-il en posant ses affaires devant lui.

—En plein milieu du dos et c’est une pure horreur, répondit le héros qui recommençait à se contorsionner. J’ai l’impression parfois que j’ai du poil à gratter dans mon costume !

Honnêtement, il ignorait pourquoi il avait fait ça sur le coup mais Chat Noir qui bougeait dans tous les sens le perturbait beaucoup. C’était donc probablement pour cette raison qu’il avait posé ses mains sur son dos et qu’il avait commencé à le gratter dans la zone citée, faisant d’abord se figer le héros en noir avant que celui-ci ne lâche un soupir de délice tout en savourant ce contact.

—Juste là, oui, ronronna son partenaire en se rapprochant un peu de lui. Si tu pouvais y aller un peu plus fort…

—Comme ça ? fit Yuri en intensifiant son geste tout en se demandant à quel point le tissu de leurs costumes était fin.

Le hochement de tête affirmatif qu’il reçut fut une réponse suffisante et il commença à bouger ses mains par rapport aux indications qui lui étaient fournies… tout en faisant de son mieux pour ignorer à quel point son cher partenaire était bien foutu d’un point de vu physique.

-§-

Cette patrouille nocturne en solitaire aura finalement tourné autrement pour Flynn qui, à la base, n’arrivait pas à dormir à cause de ces fichues démangeaisons. Il était le premier de sa classe en physique-chimie – accessoirement, il était aussi le chouchou de son professeur qui appréciait son implication en classe et son sérieux – donc donner un coup de main à Yuri ne le dérangeait absolument pas.

Par contre, il ne s’était pas attendu à recevoir ce genre de traitement en retour. Lui qui n’avait guère l’occasion d’avoir des contacts physiques avec les autres en dehors du lycée, c’était totalement nouveau pour lui, surtout qu’il devait reconnaître que son camarade soulageait admirablement bien son problème. S’il pouvait rester ainsi toute la nuit, il le ferait volontiers.

Cependant, il s’était engagé à autre chose et après avoir dit à Yuri que ça ne le grattait plus – ce qui était vrai –, ils reprirent leur séance de révisions.

—Bon, avec ça, j’ai enfin fini ! s’exclama avec une joie non dissimulée le jeune homme aux cheveux de jais. Je vais pouvoir dormir tranquille maintenant.

—Tu n’avais pas quelqu’un dans ta classe qui aurait pu t’aider ? demanda Flynn, intrigué de ne pas avoir été approché sur le sujet. Je suis pourtant certain qu’une charmante demoiselle ou qu’une âme généreuse serait volontiers venu à ton secours !

—Pour les filles, j’en ai peut-être pas mal dans mes amies mais elles ne m’intéressent pas plus que ça et aucune de celles qui auraient pu me filer un coup de pouce n’en aurait vraiment été capable car elles arrivent à peine à se maintenir à la moyenne parfois. Sinon, j’avais bien quelqu’un qui pouvait m’aider mais le crétin de fils à papa de ma classe m’a pourri la vie et fait perdre le peu de temps libre que j’avais…

Le héros n’eut pas de mal à comprendre que Luke avait encore dû faire de Yuri sa cible privilégiée. Il avait déjà demandé à Natalia si elle pouvait le canaliser un peu mais ça n’avait eu aucun résultat, à croire que personne au lycée Bernard d’Andrésy(1) ne parvenait à le remettre durablement à sa place.

Cependant, Flynn réalisa après coup ce que son camarade avait sous-entendu au départ…

—J’ai peut-être mal interprété mais… commença le héros, ses yeux bleus fixant ceux gris de son interlocuteur. Tu es gay ?

—Yep, confirma Yuri avec un léger sourire. Je ne le crie pas partout mais je ne m’en cache pas pour autant.

Il comprenait mieux à présent pourquoi certains garçons de la classe restaient éloignés de celui à la chevelure de jais et que Chester était le seul avec qui il avait de vrais rapports amicaux – son meilleur ami était le seul avec Natalia à qui Flynn avait avoué ses préférences et cela ne l’avait pas du tout choqué.

—J’imagine que c’est aussi ton cas vu tes avances envers Ladybug, poursuivit Yuri avant de baisser les yeux vers ses affaires. Enfin… C’est pas mes affaires…

—Effectivement, je suis plutôt intéressé par les hommes, confirma le héros en se grattant nerveusement l’arrière du crâne. Cependant, je suis beaucoup moins ouvert que toi au quotidien et j’avoue que je profite d’être en costume pour me lâcher un peu.

Que penserait son père s’il savait que son fils parfait n’avait aucune attirance pour les femmes ? Vu le milieu dans lequel il évoluait, ce ne serait peut-être pas le pire drame qui soit mais il ne voulait pas prendre le risque de fragiliser encore plus leur relation. Le jour où il serait vraiment prêt à assumer cela dans sa vie civile, il irait lui en parler.

En tout cas, il était plutôt content de pouvoir en parler un peu avec quelqu’un qui pouvait comprendre un peu sa situation.

-§-

Lui et Chat Noir avaient parlé ensemble durant une bonne vingtaine de minutes avant que son partenaire ne s’en aille, réalisant qu’il se faisait tard et qu’il devait de rentrer chez lui. Ce n’était pas désagréable et il aimerait qu’il soit ainsi quand ils combattent ensemble. Il repensait encore au moment où il avait posé ses mains sur lui, se demandant pourquoi cela lui avait paru tout à fait normal alors que ce n’était pas vraiment le genre de choses que l’on faisait avec des amis mais plutôt avec… un amant ? Rien que d’imaginer ce que cela aurait été s’il n’avait pas porté son costume faisait monter sa température corporelle.

A présent, il était en cours de physique-chimie et, comme il s’y était attendu, le professeur Curtiss avait préparé une interrogation surprise de son cru et Yuri constatait qu’il en profitait pour commencer à corriger leurs devoirs. Cette première heure se termina avec leurs copies ramassées et tous n’étaient pas très sereins car les questions ne portaient pas seulement sur le chapitre en cours mais certains des précédents. Excepté Flynn, beaucoup sentaient visiblement venir la mauvaise note…

—Bien jeunes gens, fit le professeur de physique-chimie en remettant en place ses lunettes. J’ai terminé de corriger vos devoirs qui, comme je vous le rappelle, comptent double dans votre moyenne.

M. Curtiss eut un sourire à glacer le sang, faisant frémir la moitié de l’assemblée. Yuri se mit à déglutir en croisant son regard, sentant comme une aura sadique émaner de ce personnage.

—Je vous les rendrais avant la pause de dix heures, déclara l’enseignant en fixant avec suspicion le jeune homme ainsi que d’autres élèves dont Luke qui, visiblement, avait très envie de disparaître sous la table. Je vais m’absenter quelques minutes pour régler une petite affaire et vous laisser le temps de… décompresser.

La manière dont il avait prononcé ses derniers mots avait donné des sueurs froides à quasiment tout le monde et tous le regardèrent sortir de la salle en se demandant ce qu’il allait bien leur réserver à son retour.

—Comment un pareil psychopathe a pu devenir prof ? fit Chester en se tournant vers eux. Il me fout les jetons !

—Estime-toi heureux qu’il n’enseigne pas la biologie, répliqua Judith avec malice, faisant frissonner l’archer à ces mots. Il serait capable de disséquer un élève…

—C’est peut-être un peu exagéré non ? dit Flynn, les sourcils haussés. Je sais qu’il est sévère mais il est très bon je trouve.

Ca, c’était difficile à contester car il était réputé que ceux qui avaient à peine la moyenne auraient de très bons résultats avec un autre prof. Mais bon, s’il pouvait enfin cesser son règne de terreur…

Au retour de leur professeur, ils reprirent le chapitre en cours et, comme convenu, il leur rendit leurs devoirs avant la fin de l’heure. Sans surprise, Flynn avait eu les félicitations et Arche, qui avait beaucoup participé en classe, avait vu ses efforts être récompensés. Puis arriva Luke qui, face au regard acéré de M. Curtiss, tremblait sur sa chaise.

—Monsieur Fon Fabre, commença l’enseignant avec un rictus qui ne promettait rien de bon. C’est curieux ce paradoxe que j’ai constaté entre votre excellent devoir maison et l’interrogation de tout à l’heure. Auriez-vous été victime d’une brusque amnésie durant la nuit pour en oublier comment vous aviez répondu à la question numéro 3 qui était absolument identique dans les deux énoncés ?

Yuri put voir avec clarté le visage de celui qu’il détestait le plus devenir aussi blanc que la blouse de leur professeur. Il était clair à présent que le fils à papa n’avait pas fait lui-même le travail et d’après les mots qui sortaient de sa bouche, sa défense n’était pas très solide.

—Lorsque vous m’aurez expliqué ce curieux phénomène, je déciderai si je dois diviser votre note par deux ou la réduire à un simple cercle, déclara M. Curtiss avant d’aller vers la table de Yuri qui ne se sentait pas en grande forme tout à coup. Pour ce qui vous concerne Monsieur Lowell, très bel effort. J’espère qu’il se poursuivra car il serait fâcheux que votre moyenne dégringole.

Ses oreilles le trompaient ou bien son professeur venait de le féliciter ? Il regarda la feuille qu’il venait de lui rendre et, en rouge, il vit sa note : quatorze sur vingt, la plus élevée qu’il ait eue cette année en physique-chimie.

-§-

Du coin de l’œil, Flynn observait attentivement les réactions de Yuri et il avait eu du mal à cacher un sourire en le voyant agréablement surpris face à sa note. Honnêtement, il n’avait douté aucun instant que son camarade réussirait car il s’était bien appliqué à lui réexpliquer ce qu’il n’avait pas compris et il savait que c’était quelqu’un d’intelligent.

Cependant, le jeune homme n’arrivait pas à se sortir de la tête le moment qu’ils avaient partagé ensemble et le contact de ses mains sur son dos. Etrangement, depuis cette nuit, ses démangeaisons avaient totalement disparues et quand il en avait parlé à Plagg, celui-ci avait rétorqué que tout était peut-être dans sa tête depuis le départ et qu’il ferait mieux de passer à autre chose au lieu de l’ennuyer avec ça. Sauf que c’était plus facile à dire qu’à faire car maintenant qu’il savait que Yuri était gay, il avait fini par noter que c’était quelqu’un de physiquement très attirant… ce qui posait un gros souci à Flynn car il était amoureux de Ladybug.

Que devait-il faire ? Continuer à courir après son coéquipier ou bien tenter sa chance avec quelqu’un qui lui était plus facilement accessible ?

(1) : Fallait que je nomme mon lycée donc vu que le collège a le nom de la vraie identité de Fantomette, j’ai choisi de faire pareil avec un autre « héros » de la littérature française en utilisant un de ses noms d’emprunt…

kaleiyahitsumei: (Default)
May 13 – 14 Fern : “Discretion; secret bond of love”

Beta : Eliandre

UA : Crossover avec Arsène Lupin bien que j’admette qu’il est peu perceptible pour les non-connaisseurs de ce héros de Maurice Leblanc.

 


 

Encore une fois, les gros titres des journaux ne faisaient pas honneur à la police qui, encore une fois, n’avait pas réussi à coincer le célèbre gentleman-cambrioleur – il fallait dire que ce dernier s’était copieusement moqué, via une lettre envoyée à l’Echo de France, de l’inspecteur Cumore qui avait réussi à se faire piéger en beauté par le malfrat. Le vol incroyable d’une collection de tableaux faisait sensation, essentiellement parce que personne ne parvenait à comprendre comment il avait pu y parvenir.

Cependant, les petits mystères de ce genre, Flynn s’était habitué à les résoudre, accédant aux lieux en se faisant passer pour un journaliste ou un photographe – tout dépendait de qui acceptait de lui rendre service ou non. Il avait ainsi réussi à en éclaircir un certain nombre mais face au dédain de la police à son égard, il les gardait pour lui dans un petit carnet à la couverture de cuir marron qu’il rangeait dans un tiroir du bureau du petit meublé où il logeait.

Il y a quelques temps, alors qu’il rentrait chez lui, il eut la surprise de découvrir que quelqu’un y était déjà, visiblement en train de l’attendre en lisant le journal du jour. Bien entendu, il demanda à cet intrus au regard anthracite comment il avait pu pénétrer dans son appartement et pour toute réponse, il eut un sourire narquois puis l’inconnu lui avait montré son carnet de notes. Flynn Scifo avait alors compris qu’il avait face à lui le célèbre Yuri Lowell, voleur de renom qui s’était fraîchement évadé de la prison de la Santé.

Le cambrioleur lui avait proposé de rejoindre sa bande, offre que le jeune homme avait refusée poliment. Il préférait jouer les détectives amateurs pour passer le temps entre l’écriture de deux nouvelles plutôt que de franchir la ligne, une décision que celui qui devint un très bon ami respecta et il se contenta donc de lui conter ses différentes aventures à travers la France ainsi qu’à d’autres endroits du globe.

Ils se voyaient régulièrement, leurs rendez-vous n’étant jamais planifiés d’avance mais toujours des plus appréciés.

Puis un soir, leurs rapports se firent plus qu’amicaux, probablement en partie à cause de l’excellente bouteille de vin rouge qui avait accompagné leur dîner. Les regards se croisaient plus souvent qu’à l’accoutumée, leurs mains se frôlaient plus que les convenances ne le toléraient et lorsque que la fin du repas arriva, au lieu de prendre congé, le cambrioleur resta et lui proposa de lui conter une autre de ses aventures.

En tout honnêteté, l’écrivain ne se souvenait plus lequel d’eux deux avait initié ce baiser mais il se rappelait avec clarté de la nuit qu’ils avaient passé ensemble et du fait que le malfrat avait disparu au petit matin.

Cette liaison, Flynn la gardait secrète, d’une part car il ne souhaitait pas que les ennemis de Yuri se servent de cela contre lui et d’autre part car il savait pertinemment que malgré la grande popularité du gentleman-cambrioleur, personne n’accepterait qu’il ait un homme pour amant. Il acceptait donc les quelques aventures sentimentales que son aimé pouvait avoir au cours de ses escapades, même si cela lui était parfois difficile.

Cependant, l’écrivain oubliait tout cela quand son cher et tendre venait le voir lui faisant le récit de ses dernières péripéties ou partageant avec lui quelques moments d’intimité. Il avait même osé frapper à sa porte déguisé en femme, tout cela parce qu’un de ses voisins commençait à poser des questions sur qui pouvait bien venir le voir à cette heure du soir.

Récemment, ce souci de voisinage ne se posa plus car Flynn, grâce à un roman qui s’était bien vendu et suite à un héritage, avait acquis un modeste pavillon près d’Etretat où il pourrait avoir tout le loisir d’écrire au calme et où Yuri passait régulièrement le voir, restant parfois plusieurs jours d’affilé sous prétexte de vacances qu’il avait besoin de prendre.

Même s’ils ne pouvaient pas se montrer ensemble au grand jour, cela ne les empêcherait pas pour autant de s’aimer en secret…

kaleiyahitsumei: (Default)
May 11 – 12 White Heather : “Protection; wishes will come true”

Beta : Eliandre

UA : Pokémon

 


 

Après quelques semaines de tourisme et une bonne série de combats de pokémons, Flynn et Yuri étaient arrives à Rosalia, la ville de Johto qui était la plus intéressante d’un point de vue historique.

—Je tenterai bien l’arène, déclara le jeune homme à la longue chevelure de jais dont le Noctali le suivait comme une ombre.

—Tu dis ça dans chaque ville Yuri, fit remarquer celui aux cheveux blonds indisciplinés, son Mentali occupé à fixer l’immense tour Ferraille qui dominait la ville. Rappelle-toi que tu as failli te faire massacrer à Doublonville.

Oh oui… Flynn s’était à présent suffisamment bien familiarisé avec l’équipe de son meilleur ami pour savoir que la moitié de celle-ci était du type ténèbres, ce qui n’était pas le meilleur choix face à une championne d’arène qui possédait des pokémons de type normal dont un Ecremeuh particulièrement redoutable. Le Noctali de Yuri avait dû battre en retraite tout comme son Grahyena qui avait frôlé le KO. Ce fut Absol qui réussi à vaincre ce redoutable adversaire grâce à un coup critique bien placé.

—Et toi t’as eu un souci à Mauville il me semble, rétorqua Yuri en le fixant, les bras croisés sur son torse. Tu n’aurais pas eu ton Draco, tu n’aurais pas gagné.

Ah ça, il était clair qu’il n’avait pas la bonne équipe face à des pokémons volants et rapides. Il avait exclu d’office son Insecateur et son Arcanin car ce dernier n’aurait pas tenu la cadence. Son Locklass avait usé de ses attaques de type glace tout le long mais il n’était pas parvenu à toucher le plus rapide de ses ennemis et avait fini KO sans que son dresseur ne puisse prévenir cela. Son Draco lui avait finalement permis de gagner le combat mais il regrettait encore d’avoir mal calculé son coup, une erreur qu’il n’avait pas refaite à Ecorcia où il avait privilégié son Arcanin et son Roucarnage.

—Dois-je parler du concours de capture d’Insecte ? répliqua Flynn, s’attirant un grognement agacé de la part de son meilleur ami.

—Oui bon…

Là encore, Yuri avait été désavantagé par la nature de son équipe car s’il avait un Noarfang et un Elecsprint qui auraient été parfaits pour ce genre d’occasion, ceux-ci étaient trop puissants et il ne pouvait prendre un de ses pokémons ténèbres, ceux-ci étant vulnérables aux insectes, ou son Goupix car celui-ci n’était pas assez habitué à lui. Il avait finalement opté pour son pokémon électrique et ce qui devait arriver se produisit : tous les pokémons qu’il aurait pu capturer avaient été mis KO et il avait dû se contenter d’un prix de participation tandis que Flynn avait gagné une baie.

Après un passage au centre pokémon, ils se promenèrent un peu dans les rues, trouvant assez vite l’arène qui, malheureusement, était fermée car le champion était absent. Ils continuèrent donc leur tourisme jusqu’à ce que leurs Mentali et Noctali ne deviennent étrangement nerveux…

Les deux dresseurs échangèrent des regards interrogatifs en voyant leurs compagnons à quatre pattes fixer intensément un monument en ruine : la Tour Cendrée.

—Ô premier de la classe, dis-moi pourquoi ce truc à l’air d’avoir cramé, lança Yuri avec une pointe d’ironie.

—Si tu avais écouté en cours, tu saurais qu’il est comme ça depuis longtemps, répondit Flynn avec un soupir agacé. La tour a pris feu il y a plus d’un siècle et il n’en reste que son rez-de-chaussée. Les visites y sont limitées à cause du sol instable et de quelques accidents.

—Y a pas une légende ou un truc comme ça des fois comme des pokémons qui auraient péri dans l’incendie et qui auraient été ressuscités par un autre ?

—Je note qu’encore une fois, tu n’avais écouté que ce qui t’intéressait…

Connaissant son cher ami d’enfance, il n’avait dû retenir cette histoire que parce qu’il avait envisagé de peut-être aller l’explorer pour découvrir si cette légende était véridique ou non – certes, tous deux, enfants, avaient souhaité voir de près des pokémons légendaires mais la probabilité pour que cela arrive était très faible. Même s’il appréciait son goût pour l’aventure, Flynn préfèrerait qu’il ne s’amuse pas à prendre des risques inconsidérés comme il l’avait fait à Ecorcia lorsqu’ils avaient eu la surprise de tomber sur la Team Rocket.

—Justement, ça vaudrait le coup de vérifier si c’est vrai, finit par dire Yuri en s’avançant vers la tour en ruine. Ca nous changera de ces abrutis qui veulent piquer les pokémons des autres.

… Mieux valait le suivre car avec sa chance, il était fichu de passer à travers le sol…

A peine entrés dans la Tour Cendrée, les deux dresseurs tombèrent nez à nez avec le champion d’arène de Rosalia et un homme, visiblement obsédé par l’idée de trouver Suicune, un pokémon légendaire qui aurait péri dans ce fameux incendie. Yuri tenta évidemment de négocier un combat avec Mortimer mais celui-ci leur précisa que tant que quelqu’un était dans la tour, il ne pouvait pas s’en absenter, faisant que tant que son ami Eusine voulait fouiller celle-ci, il ne retournera pas à son arène.

Résignés, ils profitèrent d’avoir accès aux lieux pour les explorer, leurs Mentali et Noctali les guidant dans l’obscurité qui régnait.

—Il fait grand soleil dehors et ici, on voit à peine à un mètre ! s’exclama le dresseur aux cheveux de jais en suivant la lumière émise par son pokémon ténèbres. Comment tu veux trouver un pokémon là-dedans autre qu’un Nosferapti ?

—J’admets que là, je souhaiterais qu’on sache une bonne fois pour toutes s’il y a bien Suicune dans cette tour car tu vas être infernal si tu ne peux pas combattre Mortimer, déclara Flynn qui n’appréciait pas du tout le son du plancher sous ses pieds. Par contre, je ne suis pas certain que le sol supportera notre poids partout.

—Dans ce cas, autant sortir mon détecteur de catastrophes.

Sur ces mots, Yuri appela son Absol, un pokémon ténèbres qui avait la mauvaise réputation de porter malheur, faisant que beaucoup de personnes s’en méfiaient. Or, la vérité était que les Absol avaient la capacité de sentir le danger, une chose que Yuri avait bien comprise lorsqu’il avait capturé le sien à Hoenn et, grâce à lui, échappé de justesse à un raz-de-marée ou réussi à contourner une tempête de sable. Pour cette raison et aussi pour son poids plus proche du leur, il était le mieux indiqué pour savoir ce qui pouvait tant stresser Noctali et Mentali.

Avec précaution, Absol posa une patte sur en avant, cherchant visiblement à vérifier si le sol pouvait supporter son poids. Il continua à progresser lentement puis d’un coup, il s’arrêta. Il recula d’un pas et lança une attaque en direction du sol… créant un trou béant en face de lui.

—J’en conclus qu’il ne fallait pas passer par là, déduisit Yuri en voyant l’étendue des dégâts occasionnés par une attaque qui n’était pas aussi puissante qu’elle aurait pu l’être. Reste qu’à…

—Attends, l’arrêta Flynn, les yeux fixés sur l’ouverture nouvellement créée. On dirait qu’il y a un sous-sol.

C’était très difficile à distinguer avec l’obscurité mais en regardant attentivement, il leur fut confirmé que la Tour Cendrée possédait bel et bien un niveau souterrain qui avait résisté à ce fameux incendie. Or, si ces pokémons légendaires étaient bien dans la tour, ils ne pouvaient être qu’en bas.

Se félicitant d’avoir pensé à embarquer une corde – c’était principalement à cause du fait que Yuri avait littéralement sauté dans le Puits Ramoloss à Ecorcia et qu’il avait failli se faire très mal –, Flynn l’attacha solidement à une poutre qui avait résisté aux flammes. Ils descendirent ensuite dans l’ouverture après avoir rappelé leurs pokémons dans leurs pokéballs puis une fois arrivés en bas, ils firent ressortir leur Mentali et Noctali afin d’éclairer les lieux… et ceux-ci n’étaient absolument pas tranquilles.

A peine les deux dresseurs eurent-ils une source de lumière qu’ils virent la cause de la nervosité de leurs compagnons : trois gros pokémons étaient présents et l’aura puissante qui émanait d’eux était des plus intimidantes.

Cette fois-ci, leur souhait d’aventure venait de se réaliser…

Soudain, un bruit horrible retentit au dessus d’eux et en levant la tête, Flynn aperçut une ombre qui grandissait très vite : quelque chose venait de se détacher du plafond et allait les écraser. Il se hâta de pousser Yuri pour qu’il ne soit plus en danger et, alors qu’il aurait dû recevoir de plein fouet de qui était tombé, un cri retentit et ce qui était un énorme bloc de bois fut projeté loin de lui par une boule de feu.

Deux autres cris de pokémons se firent entendre et il reporta son attention sur les fameux chiens légendaires. Entei, qui était visiblement celui l’ayant sauvé, fut le premier à s’élancer et à utiliser les rochers du sous-sol pour se hisser en quelques bonds jusqu’à une ouverture béante dans le plafond. Raikou l’imita en effectuant des sauts puissants et agiles. Quant au fameux Suicune, au lieu de suivre ses deux comparses, il fit un tour autour d’eux, les observant avec curiosité avant de s’élancer à son tour vers la sortie.

—Alors ça… lâcha Yuri qui n’avait pas perdu une miette de ce qu’il venait de se produire. Jamais je n’aurais cru les voir de si près.

—Moi non plus, avoua Flynn, encore sous le choc de ce qu’il venait de se passer.

Ca pour une rencontre, c’était une sacrée rencontre ! Qui plus est, ils étaient bons pour les remercier car sans les trois chiens légendaires, ils seraient probablement morts mais comment allaient-ils retrouver des pokémon aussi rapides ?

kaleiyahitsumei: (Default)
 May 9 – 10 Marvel of Peru : "Flame of love; timidity"

Beta : Eliandre

Note : Suite de l'UA Miraculous, toujours pour le Fluri Month 2016.


 

Demain, au grand dam de Yuri, c'était la Saint-Valentin, le jour de l'année qu'il détestait le plus. Soi-disant le jour des amoureux mais aussi d'une fête devenue purement commerciale qui lui donnait mal au cœur rien que d'y penser.

Seulement cette année, il allait être contraint d'y participer car Judith lui mettait la pression à lui ainsi qu'à Arche, une fille de sa classe, pour que tous deux se décident à avouer leurs sentiments aux personnes qu'ils aimaient…

—Judy, c'est stupide ton idée d'envoyer une carte, grommela-t-il en se repenchant sur ses devoirs de géographie. Tu sais que je déteste écrire en plus.

—C'est horriblement cliché, ajouta Arche, reconnaissable à ses longs cheveux roses noués en queue de cheval et à ses vêtements un peu amples qui masquaient le fait qu'elle n'avait pas de formes. Comme si j'allais envoyer une carte à l'obsédé de service alors que je lui ai balancé un seau dans la figure car je l'ai surpris en train de se rincer l'œil en cachette dans le vestiaire des filles.

—C'était d'ailleurs un tir magnifique de ce que j'ai entendu.

—Merci, j'en suis très fière !

—Dois-je vous rappeler les raisons exactes de vos célibats respectifs ? questionna Judith avec un grand sourire.

Yuri grogna à cette remarque, accompagné par Arche qui se mit ensuite à faire la moue en croisant les bras contre sa poitrine. Si le jeune homme n'avait jamais réussi à aborder Flynn à cause de sa poisse infinie, sa camarade aux cheveux roses ne parvenait pas à trouver comment déclarer ses sentiments à Chester à cause des rapports explosifs qu'ils entretenaient depuis toujours… et peut-être aussi parce qu'elle avait été possédée par un akuma il y a peu, la changeant en une sorcière qui adorait balancer des boules de feu un peu partout – même si elle avait récupéré sa confiance en elle après cet évènement, elle ne savait toujours pas si elle souhaitait prendre le risque ou non d'inviter à un rencard celui qu'elle aimait depuis un bon moment.

—Avec la chance que j'ai, le facteur va la perdre, déclara-t-il en rangeant ses affaires dans son sac à dos. Ne compte pas sur moi pour faire ça Judy.

—Et moi je préfère lui rendre la monnaie de sa pièce en allant l'épier sous la douche plutôt que de lui envoyer une carte qu'il ne va peut-être même pas lire, ajouta Arche en haussant les épaules. Je sais qu'il me déteste donc…

—Là, ma belle, je ne suis pas de ton avis, contra Judith avec fermeté. Si la carte vient de toi, il va forcément la lire !

—Pendant que vous discutez, je vais aller là où vous pouvez pas me suivre, fit le seul homme du groupe en quittant calmement la bibliothèque.

Bien qu'il ait sous-entendu qu'il allait aux toilettes, la vérité était qu'il comptait s'installer deux minutes dans un recoin tranquille à l'abri des regards. Une fois certain que personne ne risquait de venir le trouver là, il laissa sortir Tikki de la poche de sa veste.

—Sérieusement, c'est vraiment un truc de filles la Saint-Valentin, grommela Yuri, repensant encore à l'idée de cette carte que Judith lui avait suggérée. Pourquoi faudrait-il un jour bien spécifique pour déclarer sa flamme à quelqu'un ?

—Certains garçons sont romantiques tu sais, lui répondit son kwami avec un sourire. Après, si tu n'aimes pas écrire, tu peux toujours faire des biscuits ou un gâteau. Tu adores faire des pâtisseries !

—Serait-ce une façon déguisée d'exiger plus de cookies de ma part ?

—C'est surtout ma manière de te dire que j'aime beaucoup ta cuisine et de te remercier pour toutes les bonnes choses que tu prépares.

Le compliment lui faisait plaisir et il ne le cacha pas. Tikki vint lui faire un bisou sur la joue, un geste adorable qui fit germer une idée dans sa tête.

—Peu importe comment tu le formuleras, je ne suis toujours pas fan de la Saint-Valentin, dit Yuri avec le sourire. Cependant, rien ne m'empêche de décider de faire plaisir à tous ceux que j'aime en leur faisant de quoi grignoter.

—C'est une très bonne idée ! approuva vivement le kwami dont les yeux bleus pétillaient. Mais comptes-tu faire quelque chose de spécial pour Flynn ?

—Lui faire un cadeau sera déjà bien je pense. Je demanderai demain ses goûts à Chester pour être certain de viser juste.

Manifestement, ce plan convenait à Tikki qui hocha la tête avant de retourner se cacher dans la poche de sa veste. A présent, Yuri allait devoir expliquer au vieux qu'il aurait besoin de la cuisine pendant un bon moment… et réfléchir à s'il lui offrait ou non des biscuits sachant que son cher tuteur légal n'aimait pas ce qui était sucré et que lesdits biscuits risquaient fort d'être utilisés comme appâts afin de se dégoter un rencard à la dernière minute – connaissant Raven, il doutait fort que cela se passerait autrement.

-§-

Cela devait faire au moins une bonne demi-heure que Flynn était assis seul dans la classe, en avance pour le cours d'anglais. Bien qu'il ait prétexté qu'il finirait un devoir, en réalité, il se creusait les méninges pour écrire un poème de Saint-Valentin pour Ladybug, tout cela sous le regard ennuyé de Plagg qui profitait que personne ne soit là pour manger son camembert.

—Tu es quand même au courant que Ladybug a deux yeux, deux bras et deux jambes comme tout le monde ? questionna le kwami avec un certain agacement. Pas de quoi fouetter un chat !

—L'amour ça ne se contrôle pas, répondit Flynn en cherchant une rime à son poème. La Saint-Valentin est une parfaite occasion pour lui déclarer mes sentiments…

—Et te faire à nouveau jeter ?

… Plagg avait réussi à le déconcentrer. Le jeune homme poussa un soupir dépité et, pour la huitième fois depuis qu'il s'était installé là, il froissa sa feuille de papier puis la jeta dans la corbeille.

—A ce rythme, tu vas détruire une forêt entière, observa le kwami avant de manger en une bouchée sa part de camembert. Comment comptes-tu lui envoyer ton poème dégoulinant d'amour qui plus est ? Tu ne sais même pas qui il est réellement.

—Je lui remettrai en main propre, répondit Flynn avant de réaliser le problème qui se posait à lui. Mais encore faut-il que je le croise…

—Ah ben tu as enfin compris l'absurdité de ton idée ! Il était temps !

—Rien ne m'empêche d'aller lui dire en…

Soudain, un cri retentit à l'extérieur de la pièce. Plagg alla vite se cacher sous le col de sa veste tandis qu'il ouvrit la porte pour voir ce qu'il se passait. A peine eut-il mis le nez dehors qu'une flèche sombre passa à côté de sa tête et se planta dans le mur derrière lui avant de disparaître dans un nuage de fumée noire.

Il était aisé de deviner ce qu'il se passait : quelqu'un au lycée venait de se faire akumatiser.

Flynn se hâta de retourner dans la salle de classe après avoir vérifié que personne ne se trouvait à l'étage où il était. Plagg sortit en grommelant de sa cachette.

—Je n'ai même pas pu faire ma sieste digestive ! râla-t-il.

—Dis-toi qu'après tous ces efforts, tu dormiras très bien cette nuit, lui lança le jeune homme avec un sourire en coin avant de tendre sa main portant la chevalière en argent. Plagg, transforme-moi !

A contrecœur, le kwami se laissa absorber par le bijou, le Miraculous du Chat Noir, permettant ainsi à son porteur de revêtir le costume ainsi que le masque du héros Chat Noir. Certes, la tenue était moulante et les oreilles de chat sur sa tête ainsi que la longue ceinture qui pendait derrière étaient un peu gênant mais personne ne savait qui se cachait derrière cette identité, faisant que Flynn n'avait aucun problème pour dire ou faire tout ce dont il avait envie.

Il ressortit de la salle, son bâton extensible en main, puis il chercha où pouvait se trouver la victime du jour. Son ouïe très fine lui indiqua que sa cible avait dû semer pas mal de chaos derrière elle mais aucun bruit de flèches tirées ne provenait du lycée, signifiant que l'ennemi du jour avait quitté le bâtiment.

Avec l'aide de son bâton, il rejoignit les toits et scruta attentivement les alentours… pour repérer un homme vêtu d'un costume noir et rouge qui possédait aussi des ailes de cette même couleur. Face à lui, il y avait un de ses camarades de classe qu'il menaçait de son arc – à la longue tignasse rousse bien flamboyante, Flynn n'eut aucun mal à reconnaître Luke et vu le caractère de ce dernier ainsi que la situation dans laquelle il se trouvait, il ne devait pas être très innocent dans cette histoire. L'heure du sauvetage avait sonnée.

-§-

—Tikki, transforme-moi !

Chance qu'il s'était déjà caché car en plus de lui avoir donné un coin où se transformer sans attirer l'attention, cela lui avait permis d'éviter de recevoir une de ces flèches maléfiques et d'en subir les effets. Or, Yuri avait pu constater que quiconque en recevait une se retrouvait empli de haine envers ses proches et que l'ennemi du jour était donc une sorte de Cupidon inversé qui était très doué au tir à l'arc…

Un déclic se fit dans son esprit et, devenu Ladybug, il jeta un rapide coup d'œil à cet adversaire tandis qu'il prenait en chasse cet abruti de Luke Fon Fabre – Yuri n'avait jamais pu le piffer et ils étaient ennemis depuis qu'ils se connaissaient.

Pas de doute : la victime de Papillon était un homme et le seul garçon qui se débrouillait aussi bien avec un arc au sein du lycée était Chester Burklight – l'autre meilleur archer était une fille, Natalia Kimlasca Lavender, leur déléguée de classe et aussi l'autre personne que Yuri ne pouvait pas encadrer.

Il se dépêcha de retrouver l'ennemi du jour et n'eut pas beaucoup de distance à couvrir : Chester avait en joue Luke et s'apprêtait à lui faire subir le même sort qu'à tous ceux qui avaient été victimes de ses flèches…

—Prépare-toi à haïr tous ceux qui te sont chers, déclara la victime de Papillon. Tu vas payer…

—C'EST PAS VRAI, MES CHEVEUX ! hurla Luke en tenant sa tignasse entre ses mains. D'abord ce crétin de Lowell me renverse son jus de chaussette sur mes fringues et toi tu me ruines une heure de coiffage ! Donc tu sais quoi ? Tires-la ta foutue flèche, vas-y !

… Là, Yuri était estomaqué, ce qui était aussi le cas du cupidon maléfique qui ne savait visiblement pas comment réagir à cela. Cependant, le super-héros hésitait entre profiter de l'occasion pour tenter de piquer l'arc de son ennemi avec son yoyo, coller son poing dans la gueule de cet abruti de rouquin afin de lui apprendre à apprécier le café au lait et aussi pour lui rappeler qu'il n'était pas le seigneur de ces lieux ou attendre la suite.

—Finalement, ce serait du gâchis d'utiliser une flèche sur toi, conclut la victime de Papillon en baissant son arc. Avec ton caractère pourri, qui pourrait t'apprécier ?

—HEIN ? fit le principal concerné, l'air ahuri.

Profitant de cette ouverture, Yuri se servit de son yoyo et l'envoya droit sur le bras gauche de sa cible avant de tirer de toutes ses forces… puis de réaliser son erreur car s'il empêchait à présent Chester d'utiliser son arc, celui-ci avait bien compris qu'il n'avait qu'à s'envoler pour lui poser de sérieux soucis, ce qu'il n'avait pas hésité à faire. Le héros avait beau tirer, celui en face avait plus de force et il aurait récupéré son yoyo si son adversaire ne tenait pas fermement celui-ci.

Soudain, un éclair métallique vint frapper l'archer volant, lui faisant lâcher prise sur le fil.

—Besoin d'aide Buginette ? demanda Chat Noir qui vint le rejoindre en un bond, son bâton lui revenant dans la main.

—T'as mis le temps ! répliqua Yuri en récupérant son arme. Et arrête avec ce surnom !

Une volée de flèches maléfiques vint interrompre leur échange et les deux super-héros eurent juste le temps d'esquiver en sautant sur le côté.

—Où est caché son akuma ? questionna Chat Noir avant de faire tourner rapidement son bâton entre ses doigts pour se protéger d'une nouvelle attaque. Je ne crois pas qu'il soit dans son arme.

Bonne question ça. L'arc ou le carquois étaient effectivement à exclure car Chester ne venait jamais au lycée avec son équipement pour le tir à l'arc. Yuri évita à nouveau une attaque puis, tout à coup, il nota un objet brillant sur la bretelle du carquois. Qu'est-ce que c'était au juste ?

-§-

De tous ceux qui auraient pu être pris pour cible par Papillon, il avait fallu que ce soit son ami Chester. Flynn connaissait Luke et il avait dû s'en prendre méchamment à quelqu'un pour réussir à le faire sortir de ses gonds mais même cela n'aurait pas suffit à attirer un akuma vers l'archer… sauf si Natalia était impliquée. Son meilleur ami lui avait avoué avoir un faible pour elle et il n'était pas à exclure qu'elle ait rejeté ses avances et que Luke, en ayant été témoin, en ait rajouté.

Cependant, ce n'était pas sa principale préoccupation car à présent, le nouveau super-vilain les avait remarqués, ce qui signifiait qu'ils étaient devenus ses proies et qu'il ne désirait qu'une chose : leurs Miraculous.

—Il a un truc qui brille sur la bretelle de son carquois, lui signala Ladybug avant d'esquiver une nouvelle série de flèches.

—Je vais essayer de le distraire !

Sur ces mots, Flynn s'écarta rapidement de son partenaire et partit en arc de cercle, faisant attention à ne pas se rapprocher trop de l'ennemi.

—Hey Robin des Bois ! s'exclama-t-il en sautant sur un lampadaire. Tu veux jouer à chat avec moi ?

Manifestement, la réponse était oui vu que la victime du Papillon fonça droit sur lui et qu'il dut se dépêcher de fuir pour éviter un nouveau projectile. Cependant, l'archer prenait bien garde à rester en hauteur et en mouvement, empêchant toute tentative de saut. Ladybug en était certainement arrivé à la même conclusion car il ne retenta pas de l'attraper avec son yoyo.

Pendant un instant, il envisagea d'utiliser son superpouvoir, le Cataclysme, mais il n'avait rien à détruire à portée de main, excepté peut-être ce carquois mais c'était à condition de réussir à le toucher, ce qui n'était pas gagné. Le Lucky Charm de son partenaire pourrait peut-être compenser ce qui lui manquait…

—Chester, espèce de crétin !

Cette voix les fit tous deux se stopper et l'archer, flèche prête à être tirée, se tourna vers son origine… avant de se figer de stupeur.

—Arche ?

-§-

Profitant qu'il avait un peu de répit, Yuri utilisa son Lucky Charm… et il obtint un mégaphone rouge à pois noirs. Honnêtement, il aurait préféré des bolas ou un autre truc qui aurait pu lui permettre de clouer l'ange de la haine au sol mais c'était toujours moins ridicule que la serviette de bain ou la cuillère. Par contre, comment il allait se servir de ça au juste ?

—Ladybug !

A l'entente de son nom de super-héros, le jeune homme se tourna et fut surpris de voir arriver Arche vers lui, l'air complètement affolée. Pourquoi Judith n'était-elle pas avec elle ?

—Je ne sais pas exactement comment Chester est devenu comme ça mais quasiment tout le monde au lycée se déteste maintenant ! s'exclama-t-elle, faisant comprendre au héros que sa meilleure amie avait dû recevoir une flèche elle aussi. Il est passé devant moi sans me voir je crois et il a tiré sur Natalia avant de se barrer.

—Ecoute, tu devrais aller te mettre à l'abri dans un bâtiment, conseilla-t-il à la jeune fille. Ce serait plus…

Soudain, un déclic se fit dans l'esprit de Yuri. Le problème avec cet ennemi, c'était qu'il volait et qu'il était difficile à immobiliser – ce point-là, il l'avait compris à ses dépends. Chat Noir avait le pouvoir de neutraliser ses flèches mais tant qu'il bougeait, impossible pour lui de le plaquer au sol, même en utilisant son bâton. Cependant, une certaine personne savait très bien comment attirer l'attention de leur adversaire…

—Attends, fit-il en lui faisant signe de ne pas bouger. Tu le connais bien ?

—On se prend la tête une fois par jour minimum, répondit Arche sans hésiter. Pourquoi ?

—Fais-toi plaisir et vide ton sac.

Avec un grand sourire, il lui tendit le mégaphone… qu'elle fixa avec étonnement avant de le prendre entre ses mains. Puis, après une seconde d'hésitation, elle prit une inspiration et Yuri se hâta de s'écarter d'elle tandis qu'elle se servit enfin de l'appareil.

—Chester, espèce de crétin !

Dissimulé derrière un arbre, le héros nota que l'archer avait tourné la tête vers Arche et qu'il semblait étonné de la voir. La flèche qu'il avait encochée fut tirée mais elle rata la jeune fille d'au moins trois mètres, ce qui était inhabituel de la part d'un champion comme lui. Il était perturbé.

—Nan mais je rêve ! hurla sa camarade, visiblement en colère. Ca va pas la tête ! Comme si je pouvais pas te détester plus que maintenant espèce d'obsédé !

—Ca te va bien de me dire ça planche à pain ! cria l'archer, à présent bien énervé. Je me demande encore pourquoi tu te fatigues à mettre un soutif alors que t'as pas de seins !

—Et toi alors ? T'as peut-être de sacrés biscottos mais t'as un sacré pois chiche dans le cerveau par moment !

Là, ils étaient lancés et par expérience, Yuri savait qu'ils n'étaient absolument plus attentifs à ce qui les entourait. Il profita donc d'une nouvelle série de répliques cinglantes pour attraper l'arc avec son yoyo pendant que Chat Noir, ayant eu tout le temps de préparer son Cataclysme, sauta sur l'archer en un bond puissant.

Pris par surprise, l'ennemi se retrouva plaqué au sol et le héros en noir n'eut qu'à toucher son carquois pour détruire celui-ci, ne laissant que l'objet brillant qui se trouvait dessus.

—Fin des entrechats ! s'exclama son partenaire en attrapant l'objet du délit. A toi de jouer Buginette !

—La ferme chaton ! répliqua Yuri en attrapant le bijou que lui avait lancé Chat Noir.

Il laissa tomber ce qui s'avérait être une broche par terre et l'écrasa violemment avec son pied, libérant un papillon noir : l'akuma. Avec son yoyo, il le captura puis le purifia, laissant à sa place un papillon blanc. Ensuite, il n'eut qu'à récupérer le mégaphone et le lancer en l'air, libérant la magie se trouvant à l'intérieur qui répara tous les dégâts occasionnés par l'akuma.

Libéré de l'emprise du papillon maléfique, Chester était redevenu normal et était visiblement désorienté, n'ayant plus de souvenirs de son akumatisation.

—Mais qu'est-ce que je fiche ici moi ? demanda-t-il en regardant de tous les côtés avant de voir Arche qui venait vers lui. Il s'est passé quoi au juste ?

—Oh, t'as juste été encore plus crétin que d'habitude, répondit la jeune fille avec un sourire taquin. Je peux te donner plus de détails si tu veux.

Le bip que Yuri perçut dans ses oreilles lui indiqua qu'il était temps qu'il file : il n'allait pas tarder à se dé-transformer. Il s'apprêtait à partir quand Chat Noir s'interposa, lui faisant signe d'attendre.

—Qu'est-ce que tu veux au juste ? demanda le jeune homme en fronçant les sourcils.

—Je… répondit difficilement son partenaire, l'air penaud. J'aimerais te dire un truc… Je…

—C'est peut-être pas le bon moment.

D'un geste, il désigna la bague au doigt du héros en noir : elle n'avait plus que trois coussinets et se mettait elle aussi à bipper.

—Une prochaine fois peut-être ? proposa Yuri avec un sourire amical. Ce n'est pas comme si on ne risquait pas de se revoir tous les deux.

Et sur ces mots, il se hâta d'utiliser son yoyo pour partir.

-§-

C'était la Saint-Valentin et Flynn n'avait qu'une envie : se taper la tête contre la table pour ne pas avoir été fichu de déclarer sa flamme à Ladybug. Evidemment, Plagg s'était bien moqué de lui quand ils étaient rentrés et le jeune homme avait passé sa nuit à ruminer son échec.

Le bon côté, c'était que grâce à une idée diabolique de son partenaire, Chester était sauvé et était, comme tous les jours, assis à sa gauche en classe. La seule différence était qu'au lieu de discuter avec lui, il était occupé à papoter avec Arche, profitant que le cours n'avait pas encore commencé. Au ton de leur conversation, il était clair que ces deux-là s'étaient rapprochés dans le bon sens.

Au moment où il comptait entamer une discussion avec Judith, Yuri entra dans la salle de classe, les bras chargés de boîtes en carton. Flynn, par réflexe, se leva pour venir l'aider mais Luke, qui se tenait contre le bureau du professeur pour parler en face de Natalia, eut l'indélicatesse de pousser leur camarade, ce qui le déséquilibra et lui fit lâcher ce qu'il tenait.

—Attention !

De justesse, Flynn avait empêché la chute de Yuri et rattrapé les boîtes qu'il avait failli perdre, cela sous les yeux ébahis de certains de leurs camarades.

—Ceci est un jour à marquer d'une pierre blanche, déclara Judith. Un énième épisode poisse de Yuri fut évité grâce au courageux Flynn !

La remarque attira des applaudissements et quelques sifflements de la part de leurs camarades, ce qui, à la vue des rougeurs sur les joues de Yuri, le gênait autant que lui.

—C'est pas utile d'en faire un tel évènement Judy, déclara le jeune homme aux cheveux de jais en s'installant à sa place. Et si tu continues, tu n'auras pas le cadeau que je t'ai préparé.

—Toutes mes excuses dans ce cas, dit l'administratrice du Ladyblog en fixant les boîtes avec intérêt. C'est tout pour moi ?

—Pas seulement.

Yuri remit une boîte avec un ruban bleu à Judith qui se hâta de l'ouvrir… et dont les yeux se mirent à briller en voyant le contenu. Arche reçut une boîte avec un ruban rose tandis que en eut Chester une avec un ruban vert et tous deux furent visiblement très contents de leur contenu. Puis Flynn réalisa que son camarade lui en tendait une à lui aussi.

—On m'a dit que tu n'aimais pas le sucré mais j'espère que ça ira quand même.

Agréablement surpris de recevoir un cadeau, il murmura un « merci » timide puis ouvrit cette boîte avec le ruban blanc… pour découvrir qu'elle contenait une bonne dizaine de cookies entièrement au chocolat noir et dont l'odeur lui indiqua qu'ils étaient certainement faits maison. Tenté, il en goûta un et savoura le goût du chocolat ainsi que la saveur épicée qui vint ensuite en bouche.

—J'ai pris le risque de mettre du piment dans le chocolat, précisa Yuri en voyant son expression surprise. J'avoue que je ne suis pas très sûr de mon coup…

—C'est parfait, furent les seuls mots que Flynn prononça, savourant le biscuit avec délice.

—Je vais tous les mangers si je ne referme pas ça ! s'exclama Judith qui reposa un cookie aux raisins dans sa boîte. Ils sont exquis !

—Merci Yuri ! firent Arche et Chester avec leurs pouces en l'air.

Le concerné haussa les épaules comme si de rien n'était mais Flynn pouvait distinctement voir qu'il souriait, signe qu'il était probablement heureux de leur avoir fait plaisir.

kaleiyahitsumei: (Default)
May 7 – 8 Azalea : “Take care of yourself for me”

UA : Pokémon (j’y jouais quand j’y ai écrit donc…)

Beta : Eliandre

 


 

Bourg Geon, un village de Johto qui représentait le commencement de bien des aventures. Habituellement, les jeunes dresseurs se rendaient au laboratoire pour recevoir leur premier pokémon avant de quitter leur ville natale. Cependant, certains n’avaient pas commencé ainsi…

Se tenant devant ce qui avait été sa maison durant toute son enfance, Flynn ressentait une bouffée de nostalgie, se souvenant de sa mère qui s’était occupée de lui ainsi que de l’Arcanin de son père qui l’avait consolé après la mort de son maître. C’était vers ses onze ans que sa famille avait déménagé au Bourg Palette puis deux ans plus tard, son dernier parent l’avait quitté et il avait décidé de partir à l’aventure, n’ayant plus vraiment d’attaches.

En tournant la tête sur le côté, il vit son Arcanin humer l’air avec insistance, probablement pour se familiariser de nouveau avec toutes les odeurs de ce qui avait longtemps été sa demeure. L’âge commençait à se faire sentir chez le pokémon feu, devenu plus calme avec les années et probablement ayant gagné en sagesse vu à quel point les autres pokémons de l’équipe de son jeune maître le respectait. Cependant, techniquement parlant, Arcanin n’était pas le premier compagnon de voyage du jeune homme aux cheveux d’or…

Quand il vivait encore à Bourg Geon, il y avait un très bon ami avec qui il passait beaucoup de temps à jouer. Un jour, ils s’étaient un peu éloignés du village et ils avaient découvert par hasard un membre de la Team Rocket qui planifiait de s’introduire dans le laboratoire pour y voler des pokémons. Ils avaient attendu qu’il ait le dos tourné pour lui prendre le sac qui contenait les plans du bâtiment et le sbire a bien failli réussir à les avoir… sauf qu’il avait eu la malchance de déranger une famille de Mimigal qui n’avait manifestement pas apprécié cela. Arcanin était ensuite venu les trouver et la police était arrivée pour emmener le sbire.

Seulement, le sac qu’ils avaient dérobé contenait aussi deux œufs de pokémon qui avaient été volés à Rosalia. Leur propriétaire légitime, ayant appris comment son voleur avait été arrêté, avait décidé d’en faire cadeau aux deux jeunes justiciers en leur précisant de bien s’en occuper. Ce fut quelques jours plus tard que les œufs avaient fini par éclore, révélant deux Evoli qui, avec le temps, s’étaient révélés être deux vraies petites canailles. Lui et son meilleur ami en gardèrent chacun un et tous les quatre, ils avaient passé pas mal de bon temps jusqu’au jour du déménagement.

Aujourd’hui, l’Evoli de Flynn avait évolué en un magnifique Mentali, un pokémon très recherché par les collectionneurs. Son partenaire l’avait bien aidé dans le Kanto et malgré une ou deux insubordinations, il était devenu un pokémon très sérieux et extrêmement fiable. Ensemble, ils avaient combattus pas mal de dresseurs et capturés pas mal de pokémons : un Roucool qui avait évolué depuis longtemps en Roucarnage, un Insecateur, un Electrode et un Tétarte. Les deux derniers avaient été échangés contre un Locklass et un Draco quand il était repassé à Safrania puis à Parmanie.

Un coup d’œil à son Pokématos lui confirma ce dont il se doutait déjà : l’heure du rendez-vous était passée depuis trente minutes.

Flynn n’était pas revenu à Bourg Geon pour un retour aux sources mais parce qu’il y avait donné rendez-vous ce jour à son ami d’enfance qu’il n’avait pas revu en chair et en os depuis le jour de son déménagement. Ayant prévu un éventuel retard ou souci technique du Train Magnétique, il était parti avec quelques jours d’avance, prenant ainsi le temps de profiter du Parc Naturel près de Doublonville ou de visiter la Tour Chétiflor à Mauville.

Un son attira l’attention de son Mentali qui eut tout juste le temps d’éviter une charge d’une boule noire qui, une fois arrêtée, s’avéra être un Noctali.

Le dit-Noctali ne s’avoua pas vaincu et les deux pokémons entamèrent un jeu de poursuite qui était étrangement familier au jeune homme…

—Salut ! Désolé pour l’attente !

A l’entente de cette voix, Flynn tourna la tête et vit Yuri, son ami d’enfance, dont la chevelure de jais était plus longue que dans son souvenir. De plus, il était accompagné d’un Absol dont la corne noire portait des traces d’anciennes cicatrices.

—Je me doutais que tu ne serais pas à l’heure tu sais, déclara le jeune homme aux cheveux blonds tandis que son vieil ami venait le rejoindre. La ponctualité n’a jamais été une de tes qualités.

—Pour ma défense, la petite canaille qui joue avec la tienne m’a retardé vers Rosalia quand il a eu un coup de foudre pour une belle madame Goupix, se défendit Yuri en montrant une Honor ball, une Poké ball qui avait la particularité d’être entièrement blanche. J’ai été contraint de la capturer car autrement, je ne sais même pas s’il aurait accepté de me suivre jusqu’à Mauville.

—Je m’étais plutôt attendu à un retard de train ou de bateau…

—Y a pas de train magnétique à Hoenn et pour le bateau, y a eu un souci à Nénucrique car une bande de petits malins avait bloqué le port avec des Wailmer.

La poisse légendaire de son ami d’enfance était donc toujours présente…

Flynn n’avait pas été le seul à avoir déménagé : Yuri aussi y avait été contraint quand celui qui était son tuteur légal, un scientifique, avait été muté à Bourg Geon. Pendant tout le temps de cette longue séparation, les deux garçons avaient échangé des lettres et s’étaient appelés certains soirs via leurs Pokématos. Lorsque chacun a envisagé de commencer à combattre les champions d’Arène et battre la Ligue Pokémon, ils s’étaient juré de se revoir dans leur ville d’origine…

—Avant de continuer sur les banalités, ça te dirait un p’tit aperçu de nos équipes respectives ? demanda le jeune homme aux longs cheveux bruns avec un sourire en coin.

—Tu sais que tu vas encore perdre ? répliqua Flynn en sortant une de ses pokéballs, celle contenant son Insecateur.

—Faut bien que je vois si t’as toujours la forme depuis tout ce temps.

Oh ça, il n’avait aucun doute que son cher meilleur ami avait tout fait pour venir le retrouver. Chacun avait laissé derrière leur nouvelle ville, n’y ayant pas de réelle attache, pour revenir là d’où ils étaient originaires. Certes, ils n’y avaient techniquement plus de foyer mais rien ne les empêchaient de démarrer un nouveau voyage ensemble à Johto puis de s’établir ensuite quelque part.

Car après tout, tous deux étaient revenus ici après plus de cinq ans d’absence en un seul morceau, comme ils se l’étaient promis le jour de leur séparation.

kaleiyahitsumei: (Default)
May 5 – 6 Daisy : “Loyal love; I’ll never tell”

Beta : Eliandre (qui m’a accuse de vouloir sa mort… elle va me faire le coup à chaque fic de ce genre je pense…)

UA : J’ose tenter le crossover avec Miraculous vu que je suis à fond dedans… Par contre, pas possible de coller Yuri en Chat Noir car Flynn porte mieux la bague que les boucles d’oreilles. De plus, à cause du casting de base de Vesperia, je suis obligée de piocher dans d’autres Tales of pour compléter certains rôles (dans le cas présent, c’est Chester de Tales of Phantasia qui va s’y coller)

_________________________

Sincèrement, Yuri avait hâte que le cours se termine. Il était crevé et ce n’était pas à cause du café où il vivait avec son tuteur légal mais plutôt de la longue nuit qu’il avait eue la veille et du fait qu’il s’ennuyait royalement. Certes, il avait une belle vue sur son voisin de devant dont il croquerait bien un morceau mais à chaque fois qu’il avait tenté de l’aborder, d’une manière ou d’une autre, ça avait foiré : son parapluie s’était refermé sur lui, il avait trébuché sur un sac qui était sur son passage, un abruti lui avait jeté une bombe à eau sur la tête, il avait accidentellement renversé son café noisette sur sa seule chemise blanche, quelqu’un était venu le déranger pour une bricole… Oui, Yuri avait fini par se faire, assez difficilement, à l’idée que lui et Flynn, ça ne risquait pas de dépasser le stade de la simple camaraderie.

Un coup de coude dans son bras gauche le força à se réveiller un peu. Il tourna discrètement la tête vers Judith, sa voisine de table et meilleure amie qui lui glissa un morceau de papier pendant que leur vieux prof d’histoire-géo avait le dos tourné. Il le prit entre ses doigts et le déplia :

« Quand est-ce que tu vas te décider à l’inviter à prendre un verre avec toi après les cours au lieu d’admirer sa nuque ? »

Vérifiant que personne ne le regardait faire, il attrapa son stylo et lui écrivit rapidement une réponse :

« Le jour où l’univers cessera de s’en prendre à moi dès que je tente quoique ce soit. »

Yuri savait qu’il avait la poisse et il vivait très bien avec mais depuis qu’il connaissait Flynn, il avait l’impression que sa malchance avait empiré. Instinctivement, il avait passé son index sur les boucles d’oreilles noires qu’il portait…

Enfin, la sonnerie de fin des cours retentit et la majorité des lycéens présents eurent du mal à retenir un soupir de soulagement – en même temps, demandez à des ados de seize ans de rester le cul vissé sur une chaise durant des heures quand il faisait grand soleil dehors et qu’en prime, il faisait chaud…

—J’ai bien cru que cette heure ne se finirait jamais ! s’exclama Judith en s’étirant, attirant sur elle les regards de la majorité des mâles de la classe sur son décolleté. J’ai plein de commentaires qui m’attendent sur mon blog et une chasse aux super-héros qui m’attend.

—Me semble que t’as une alerte sur ton téléphone en cas d’attaque de super-vilain, fit remarquer Yuri en rangeant ses affaires dans son vieux sac à dos noir et rouge. T’as le temps de prendre au moins un goûter, nan ?

—Hmm… C’est vrai que je n’ai pas encore testé le nouvel arrivage… Chester, Flynn, ça vous dit de venir vous détendre un peu ?

Leurs deux voisins de devant se retournèrent en entendant leurs noms. Le premier, Chester, était un jeune homme aux longs cheveux argent noués en catogan et au regard perçant. C’était un bon ami et Yuri appréciait bien sa compagnie. De plus, Chester faisait du tir à l’arc depuis tout petit et il participait à des compétitions depuis son entrée au collège. Il était aussi très bon au bras de fer, ce que beaucoup dans leur classe avaient appris à leurs dépens.

Le second, Flynn, était considéré comme le plus beau garçon du lycée avec ses cheveux blonds et ses yeux azur. Sa famille travaillait dans le milieu de la mode et il portait toujours des habits venant des collections créées par son père – le bonus était qu’il faisait souvent des séances photos pour des campagnes de publicité. C’était aussi l’un des meilleurs élèves de la classe sachant qu’en plus, il faisait de l’escrime, prenait des cours de chinois depuis plusieurs années et de piano.

Et Yuri en pinçait pour lui depuis un bon moment déjà…

—Si vous servez toujours vos limonades maisons, je viens, déclara Chester avec le sourire. Et toi vieux ?

—Je vais devoir décliner cette invitation, dit Flynn avec regret. Mon professeur de piano était souffrant la semaine précédente donc j’ai un cours ce soir. Désolé.

—Dommage, fit Judith, visiblement déçue. Demain peut-être ?

—Sauf séance photo de dernière minute, ça devrait être bon pour moi. Et pour toi Yuri ?

Il s’apprêtait à répondre quand son vieux sac décréta qu’après environ six ans de bons et loyaux services, il était temps pour lui d’arrêter les frais : il choisit ce moment précis pour se déchirer sur le côté et faire tomber une bonne partie de son contenu au sol et ce, sous les grognements agacés de son propriétaire. Mais qui avait-il bien pu énerver là-haut pour que ce genre de choses arrive à lui ?

—Rappelle-moi de t’offrir un exorcisme pour ton anniversaire, lui lança Judith avec une pointe de malice.

—J’y manquerai pas…

-§-

Il était environ huit heures du soir quand Yuri monta dans sa chambre après avoir aidé Raven a fermer le café puis manger rapidement un morceau et faire la vaisselle. Une fois la trappe qui lui servait de porte refermée, une petite créature rouge avec des pois noirs sortit de la poche de sa veste pour s’installer sur son bureau, plus précisément à côté d’une boîte contenant exclusivement des cookies.

—Comment vas-tu faire pour transporter tes affaires de classe demain ? lui demanda le petit être, un kwami nommé Tikki. Tu n’as pas d’autre sac à dos.

—Le vieux me prêtera le sien mais je pense que je vais tenter de m’en fabriquer un nouveau, répondit Yuri en fouinant dans une vieille boîte en bois sombre. L’avantage, c’est qu’il sera peut-être plus solide et que je ferais des économies d’argent.

—C’est vrai que tu n’as pas beaucoup de côté et puis comme cela, tu es certain qu’il sera à ton goût.

—C’est l’idée. Par contre, même avec un patron, ça va me prendre un bon moment.

—N’hésite pas à prendre ton temps pour faire les choses bien et surtout, n’oublie pas que tu as besoin de dormir.

Yuri sourit à son kwami. Il aimait l’optimisme de Tikki et le fait qu’elle lui donnait souvent de bons conseils. Certes, il lui arrivait de ne pas l’écouter mais il comprenait après son erreur. De plus, elle lui avait offert de quoi bien rythmer sa vie un peu monotone par moment.

—Le but est surtout d’éviter d’avoir de nouveau ce genre d’accident face à Flynn, soupira-t-il en jetant un œil aux pièces de tissu nécessaires pour son sac. C’est à croire des fois que l’univers ne veut pas que je m’approche de lui…

—Dans certains cas, tu étais simplement distrait, répliqua Tikki en prenant un des cookies dans la boîte. Toi et Flynn vous avez beaucoup de choses en commun de ce que j’ai vu.

—Même groupe favori, même jeux favoris… Si j’étais certain de ses préférences de partenaire, je foncerai.

—Il y en a un par contre qui ne cache pas son jeu de ce côté.

A cette remarque, Yuri fit une grimace. Il savait parfaitement de qui elle parlait et, honnêtement, il ne tentera pas sa chance avec ce chat de gouttière... Les jeux de mots pourris qu’il sortait lui donnait parfois envie de vomir.

—Je ne suis pas contre le flirt mais s’il pouvait arrêter ses blagues, ça m’arrangerait, déclara-t-il tout en fronçant le nez en constatant quelles étaient les parties les plus techniques pour le sac à dos. Je meurs d’envie de le frapper par moment…

—Tu ne t’en es pas privé hier soir, fit remarquer Tikki en prenant une bouchée du biscuit.

Ca, Yuri en était assez fier : l’autre abruti l’avait encore dragué lourdement en plein combat contre un méchant et, exaspéré par ses avances, il avait fini par craquer et avait « accidentellement » fait tomber son yoyo sur sa tête, ce qui lui avait remis les pieds sur terre.

Le vrai rôle de Tikki était de le transformer en super-héros et de lui offrir des superpouvoirs. Dans son cas à lui, c’était la création et il devait faire marcher sa tête pour comprendre comment utiliser les objets qu’il faisait apparaître – il restait quand même quelques secondes à se demander quoi faire de ce qu’il avait obtenu car parfois, ça relevait du ridicule… Son arme était un yoyo au fil incassable et s’il était resté perplexe quand il l’avait obtenu, maintenant, il se débrouillait très bien avec.

—Je sais que mon nom de super-héros n’est pas l’idéal mais je n’en peux plus de l’entendre m’appeler « Ma Lady » comme si j’étais une fille ! s’exclama-t-il en détachant le semblant de chignon qu’il portait. Et honnêtement, si je pouvais demander à Judy d’enlever son fichu sondage sur la possibilité d’une relation amoureuse entre lui et moi…

—Tu ne peux pas lui dire qui tu es ! le coupa vivement Tikki qui en était à la moitié de son cookie. Personne ne doit le savoir.

Ca, malheureusement, il le savait. Même son partenaire ignorait qui il était sous le masque et l’inverse était vrai. Ses seules certitudes étaient qu’il pouvait avoir une totale confiance en lui et que s’il n’avait pas connu Flynn, il aurait peut-être accepté ses avances…

-§-

Après cette journée, Flynn était épuisé et il se félicita d’avoir profité de son heure de permanence pour s’avancer dans ses devoirs. Cependant, il savait parfaitement qu’il n’aurait pas la possibilité de se reposer dans l’immédiat car il avait un « petit détail » à régler avant…

Arrivé dans son immense chambre, il se passa une main dans les cheveux, sentant ceux-ci se heurter à la chevalière en argent qu’il portait, tandis qu’un petit être noir dont l’apparence évoquait celle d’un chat se hâta de sortir de son sac et de se jeter sur le sofa blanc.

—Mon royaume pour du camembert… fit le kwami en s’affalant sur un coussin. Je suis affamé !

—N’exagère pas Plagg, le réprimanda Flynn, un peu agacé par ce petit goinfre. Je t’ai laissé largement de quoi tenir toute la journée.

—Que nenni ! Il n’y avait que des miettes dans cette boîte !

Le jeune homme leva les yeux au ciel face à tant de mauvaise foi. Son kwami était un ventre sur pattes et cela ne le dérangerait pas s’il acceptait de manger de tout. Or, ce petit être magique n’acceptait qu’un seul type d’aliment : du fromage bien puant, plus particulièrement du camembert bien odorant qu’il était contraint de mettre dans une boîte étanche s’il ne voulait pas que toutes ses affaires sentent comme une véritable fromagerie ou comme s’il sortait d’un intensif cours de sport.

—C’est bien parce que tu as été sage pour une fois, capitula Flynn en sortant la boîte de camembert qu’il avait cachée la veille. Et essaie de ne pas tout manger d’un coup.

Il savait très bien qu’il parlait à un mur en posant le mets tant désiré sur la table basse car dès qu’il vit son aliment favori, Plagg se jeta dessus et commença à le dévorer avec gourmandise. Dans un soupir de dépit, le jeune homme s’installa devant son ordinateur et se mit à regarder les dernières mises à jour du Ladyblog.

Manifestement, Judith n’avait pas progressé dans son enquête pour découvrir la vraie identité de Ladybug, ce qui était une bonne chose bien que cela l’empêchait du même coup de trouver plus d’indices sur qui pouvait bien se cacher derrière ce masque rouge à pois noirs. Certes, Flynn avait accepté leur accord de ne pas révéler qui ils étaient réellement mais de temps à autre dans les combats, il tentait d’en savoir un peu plus sur son séduisant partenaire…

—Je ne sais pas pourquoi tu t’entêtes à vouloir tant te rapprocher de lui, déclara Plagg en venant s’installer sur son bureau avec un morceau de camembert. Il y a quand même mille fois plus intéressant et puis il ne répond pas vraiment à tes avances. Passe à autre chose.

—Tu sais très bien que c’est encore nouveau pour moi et que le peu que je connais à l’amour vient de films ou de romans, répliqua le jeune homme en commentant le nouvel article qui avait été posté. Il est hors de question que j’abandonne maintenant !

—Dois-je te rappeler le nombre de râteaux que Chat Noir a reçu ?

Flynn grogna à cette remarque de son kwami. Certes, il était Chat Noir, un super-héros détenant le pouvoir de la destruction mais il avait tendance à attirer la malchance quand il était transformé – c’était mieux dans un sens car seul Ladybug pouvait purifier les akumas et il lui fallait parfois un coup de pouce pour vaincre des ennemis ou les distraire. Il avait Plagg dans les pattes, un être magique qui lui donnait plus de fil à retordre qu’autre chose à cause des bêtises qu’il faisait régulièrement : fouiner en douce dans le sac d’un de ses camarades en classe, voler des objets brillants, se cacher quand il avait besoin de se transformer… Régulièrement, il le sermonnait sur sa conduite ou devait ruser pour obtenir de lui ce dont il avait besoin.

—Je m’en fiche, fit-il tout en validant son commentaire sur le Ladyblog. Peu importe qui est le garçon sous ce masque, je l’aime.

—Beurk ! s’exclama le kwami avec une moue dégoutée. Tu vas finir par me couper l’appétit avec ces bêtises !

Vu que Plagg avala en une bouchée son morceau de camembert, il lui en fallait bien plus pour perturber son repas. Flynn se remit à parcourir le Ladyblog quand un rôt sonore retentit à sa gauche.

—Plagg !

—Quoi ? Tu m’as dit de ne plus faire ça au musée donc faut bien que je le fasse ailleurs !

Décidément, ce kwami ne respectait vraiment rien. Il lui tenait encore rigueur d’avoir causé la chute de Yuri l’autre jour car il avait voulu regarder ce qui se cachait dans le sac d’une fille de la classe et qu’il avait fait tomber celui-ci dans le passage juste avant que son camarade ne vienne rejoindre sa place. Déjà qu’ils avaient du mal à avoir des rapports normaux entre eux, si en plus les bêtises de Plagg aggravaient la situation… D’ailleurs…

—A tout hasard, tu es bien resté au fond de mon sac tout l’après-midi ?

A cette question, le kwami, qui venait juste de revenir après être allé chercher un morceau de camembert, cessa tout mouvement et ses grands yeux verts se tournèrent sur le côté.

—Comment te dire… commença Plagg, l’air gêné. J’avais besoin de faire une petite promenade après ma sieste digestive et… Je ne suis pas allé très loin mais j’avais vu ce truc brillant dépasser du sac de derrière…

—Dis-moi que tu ne l’as ni mangé, ni volé, espéra Flynn, exaspéré par la conduite de l’être magique.

—Mais pour quoi me prends-tu ? Une chèvre ? Non non non ! C’était un truc en métal avec deux pieds et une pointe… Comment ça s’appelle déjà cet instrument ?

—Un compas ? proposa le jeune homme, se souvenant qu’il avait fait de la géométrie l’heure précédant le cours d’histoire.

—C’est ça ! Je m’ennuyais donc j’ai… peut-être un peu joué avec…

Face à cette confirmation, Flynn se frappa le front avec sa main et ne put s’empêcher de se sentir en partie coupable des malheurs de Yuri. Si seulement il pouvait trouver un moyen de réparer cette bêtise et discipliner un peu son kwami…

-§-

Le lendemain matin, Flynn fut déposé devant le lycée par son chauffeur. Il avait pensé, au préalable, à laisser de quoi manger à son kwami dans son sac et espérait qu’il se tiendrait tranquille pour aujourd’hui. A présent, il n’avait plus qu’à passer à son casier pour poser quelques affaires et rejoindre Chester en classe.

Cependant, avant qu’il ne commence à grimper les marches, un bruit attira son attention et en tournant la tête, il repéra Yuri qui avait les cheveux détachés et qui regardait de travers un chat tigré tenant un élastique noir dans sa gueule.

—Rends-moi ça sac à puces ! ordonna le jeune homme au félin. J’ai pas envie de retourner dans ma chambre et d’être encore en retard alors que j’habite à côté !

Visiblement, l’animal n’en avait rien à faire et lorsque Yuri tenta de récupérer son bien, le chat l’esquiva avec aisance et garda une distance d’un mètre entre eux. Flynn dut se retenir de rire en entendant les jurons de son camarade qui n’était, à priori, pas très doué avec les félins. Il finit par intervenir lorsqu’il le vit tenter de sauter sur sa cible et que celle-ci lui échappa de nouveau, faisant qu’il se retrouva à genoux par terre.

—Besoin d’un coup de main ? demanda-t-il en tendant sa main au jeune homme. Tu n’es pas très doué avec les chats il semblerait.

—Celui-là a trouvé très drôle de me voler mon élastique alors que j’essayais de me coiffer en chemin, grogna Yuri en attrapant la main qui lui était présentée et en se relevant. En plus, cette sale bête me nargue…

A ces mots, un regard gris se mit à jeter des éclairs en direction du félin qui les observait, l’élastique toujours dans sa gueule. Flynn fit signe à Yuri de le laisser faire puis, doucement, il s’agenouilla et tendit sa main en avant.

—Viens minou, dit-il avant de faire claquer sa langue, prenant garde à ne pas regarder l’animal dans les yeux.

Au bout de quelques secondes, le chat combla la distance qui les séparait et vint lui renifler la main. Puis il se frotta au dos de celle-ci et laissa tomber l’élastique au sol, permettant ainsi à son propriétaire de venir le récupérer.

—J’aurais pu le faire… grommela Yuri, visiblement un peu gêné pendant que le félin s’en alla en trottinant. Merci en tout cas.

—Ce n’est rien, fit Flynn en se relevant tandis que son camarade se concentrait à présent sur sa coiffure. Tu veux que je t’aide ?

—Ca ira. Je compte pas me casser la tête.

Effectivement, au bout de trente secondes, Yuri avait terminé : au lieu de son habituel chignon décoiffé, il avait opté pour une queue de cheval, une coiffure simple qu’il pouvait effectivement réaliser sans miroir. Cependant, cette manière de nouer les cheveux évoquait à Flynn celle de Ladybug…

La sonnerie se mit à retentir, les ramenant tous deux à la réalité : ils allaient être en retard s’ils ne se dépêchaient pas !

—Merde ! jura Yuri en attrapant le sac à dos marron qu’il avait posé au sol pour se coiffer. Fichu chat !

Tous deux se dépêchèrent de courir pour franchir les portes du lycée et ainsi débuter une nouvelle journée de cours.

kaleiyahitsumei: (Default)
May 3 – 4 Stock : “You’ll always be beautiful to me”

Titre : Après l’enfer

Beta : Eliandre

Note : Deuxième thème du Fluri Month 2016. Par contre, si vous permettez, je vais aller me chercher une nouvelle cachette...

__________________________________

D’eux deux, jamais Yuri n’aurait imaginé que Flynn serait celui qui aurait besoin d’aller voir un psychiatre. Il avait honnêtement envie de dire que cela ne servait à rien et aurait voulu croire que son compagnon parviendrait à surmonter cela, comme il avait toujours réussi à le faire jusqu’à présent face aux coups durs de la vie.

Mais cette fois-ci, la douleur de la blessure à la fois physique et morale était plus difficile à supporter que prévu et il avait fallu se rendre à l’évidence : s’ils ne parvenaient pas à le convaincre de se faire aider, il risquait de faire une grave dépression.

Dans l’appartement, tous les miroirs que Yuri n’avait pas eu le temps de dissimuler avaient été brisés avec rage et toutes les surfaces réfléchissantes qu’il avait repérées avaient été recouvertes avec une bombe de peinture pour éviter une nouvelle crise. S’il pouvait éviter de jouer encore une fois les femmes de ménage, ça l’arrangerait grandement car il servait déjà d’infirmier depuis quelques jours et il craignait que cela dure encore un moment.

Sans surprise, il retrouva Flynn dans le noir sur leur vieux sofa, assis avec les genoux pliés contre son torse et ses mains tenant ses jambes. Ses yeux bleus avaient perdu leur éclat depuis qu’il avait été sorti de cet enfer et son visage d’ange était caché sous des bandages et des pansements qui dissimulaient le carnage d’en-dessous.

—Tu sais qu’il va falloir que j’allume pour te changer tes pansements ?

Sa seule réponse fut un faible hochement de tête, ce qui lui donnait quelque peu la nausée en repensant à leurs échanges avant que son compagnon n’ait été capturé puis torturé par ce fou. Il avait échappé à la mort car la police l’avait retrouvé à temps et abattu ce psychopathe alors qu’il essayait de s’enfuir. Cependant, si Yuri le pouvait, il sortirait volontiers cet enfoiré de sa tombe pour lui infliger un supplice plus cruel que celui qu’il avait fait subir à son conjoint.

Il alluma la lumière, s’attirant un grognement de mécontentement de Flynn. Il n’était que trois heures de l’après-midi mais ouvrir les rideaux risquait de faire fuir son compagnon et ce n’était pas ce dont il avait besoin, surtout quand il faisait déjà appel au peu de patience qu’il possédait pour le gérer alors qu’il était dans un état pire que lamentable.

Ca le faisait vraiment chier d’avoir dû devenir l’adulte responsable de ce couple.

Yuri posa la boîte contenant tous les bandages propres, pansements et produits pour désinfecter sur la table basse puis il s’assit à coté de Flynn. Ce dernier, avec réticence, s’assit correctement, son regard fixé au sol et la mâchoire serrée. Depuis son retour, il ne parlait presque plus et s’il continuait ainsi…

Doucement, il commença à ôter les bandes blanches qui ne servaient plus à cacher qu’autre chose puis il s’attela à la partie la moins évidente : décoller les pansements avec délicatesse. Le premier sur la joue gauche partait assez facilement et révéla les dégâts les moins graves qui étaient une série de cinq coupures peu profondes faites délibérément et qui cicatrisaient très bien. Pour ce qui recouvrait le côté droit du visage, il prit plus de précautions car il se doutait d’avance que même si ce n’était plus aussi horrible que le premier jour, jamais ces marques ne disparaîtraient complètement.

A présent, le carnage était visible en plein lumière : les multiples brûlures faites avec une cigarette, d’autres coupures peu profondes mais plus nombreuses et d’autres blessures dont une, vue sa forme, avait probablement été faite avec un morceau de métal chauffé. Il avait aussi été battu mais ce taré, apparemment un tueur en série qui s’attaquait aux hommes homosexuels, aimait défigurer ses victimes avant de les tuer. Son compagnon avait échappé de peu au pire mais les dommages physiques et émotionnels ne seraient jamais complètement réparés.

Yuri essaya, comme souvent, de caresser sa joue mais Flynn écarta la tête en grognant, détournant ses yeux sur le côté. Là, sa patience atteignait ses limites…

—Flinnie, regarde-moi, ordonna-t-il avec fermeté.

—Laisse-moi, répondit son compagnon avec une voix éraillée.

—Si tu n’obéis pas, je ne vais plus tenir compte des recommandations qu’on m’a faites et te coller mon poing là où je pense.

—Alors fais-le. Ca ne va pas changer gran…

Si Flynn avait été dans un état autre que celui-ci, il l’aurait bel et bien frappé pour lui remettre les idées en place mais là, c’était loin d’être une solution à ce problème. Pour cette raison, Yuri avait opté pour l’option opposée : il lui a attrapé le menton pour le forcer à tourner la tête vers lui puis il l’embrassa sur la bouche. Son compagnon tenta de se libérer de sa prise mais il ne le laissa pas faire et passa sa main libre derrière son crâne pour l’empêcher de rompre trop tôt ce contact.

Il s’écarta légèrement, ses yeux gris fixés dans les iris bleus qui étaient emplis de stupéfaction et de regrets.

—Pourquoi tu fais ça ? demanda Flynn avec étonnement.

—Parce que je refuse de te laisser tomber et que je t’aime espèce d’abruti ! répondit Yuri avec véhémence. Tu as besoin de moi et je compte bien te coller aux basques jusqu’à ce que tu ailles mieux, peu importe le temps que ça prendra.

—Et si…

Il ne le laissa pas continuer sa phrase et le coupa en l’embrassant à nouveau. Cette fois-ci, il ne chercha pas à se retirer et au bout d’une bonne seconde, il répondit timidement au baiser.

—C’est pas pour ta belle gueule que je te supporte depuis tout ce temps, fit Yuri avec un sourire taquin. Depuis le temps qu’on se connait, tu devrais le savoir.

Ces quelques mots firent apparaître un léger sourire sur les lèvres de son compagnon. Ce n’était pas grand-chose mais c’était toujours mieux que de le voir broyer du noir. Avec du temps et avec le soutien nécessaire, il parviendra peut-être à reprendre sa vie en main mais pour le moment, il devait absolument l’aider à remonter la pente et veiller à ce qu’il ne dégringole pas de nouveau.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Crossover : Dragon Age Inquisition x Tales of Vesperia

Note : Ayant abusé des fics sur Dragon Age, j'ai fini par tenter d'imaginer ce que donnerait un crossover entre ce jeu et Tales of Vesperia. Voilà donc ce qui en résulte… Par contre, je précise que je n'ai pas terminé la quête principale sur Dragon Age Inquisition (faute à ma tendance au levelling perpétuel et à un inventaire que je ne pense jamais à vider à fond… le bon côté est que je peux espérer tuer les dragons)

Note 2 : Y a un lexique à la fin, essentiellement pour Eliandre à la base afin qu'elle comprenne un peu mieux l'univers.


Le chaos régnait à Thédas depuis le début de la guerre entre les templiers et les mages rebelles puis l'explosion du Conclave qui causa la mort de dizaines d'innocents, y compris de la Divine Justinia, sainte parmi les saintes. Seulement, suite à ce dernier évènement, la pire des choses se produisit : une énorme faille de l'Immatériel était grande ouverte dans le ciel, à proximité de Darse, et des démons en sortaient au fur et à mesure qu'elle s'agrandissait.

Face à toute cette anarchie et après la découverte de maître Lavellan, apparemment unique survivant de cet évènement tragique, la chercheuse Sodia O'Daly proclama l'Inquisition, s'attirant les foudres des quelques représentants de la Chantrie présents. Afin d'être aidée dans cette grande entreprise qui était de rétablir l'ordre en Thédas et de fermer cette immense faille, elle nomma trois conseillers pour l'Inquisition : le maître espion Raven, la diplomate Estellise Sidos Heurassein qui fut recommandée par ce dernier, et enfin, pour la partie militaire, le Templier Flynn Scifo, un des rares qui ne participait pas à cette guerre insensée avec les mages, très probablement suite aux évènements tragiques de Kirkwall dont il fut l'un des témoins.

Avec maître Lavellan et quelques combattants ayant rejoint l'Inquisition – l'elfe des bas-cloîtres Judith, la mage apostate Rita Mordio, le garde des ombres Duke Pantarei et le mage de cercle Witcher –, la chercheuse O'Daly avait ainsi pu offrir son aide à ceux qui en avaient besoin et fermer les différentes failles de l'Immatériel qui apparaissaient aussi bien à Férelden qu'à Orlaïs. Cependant, un choix devait être effectué afin de faire taire ce conflit qui prenait les vies de nombreux innocents : s'allier avec les mages ou avec les Templiers.

Lors d'un passage à Golefalois, l'élu d'Andrasté – surnom gagné par maître Lavellan quand le peuple de Thédas apprit qu'il était capable de refermer ces failles – découvrit la réelle situation des mages rebelles : le magister Alexei Dinoai, un mage du redoutable empire de Tevinter ayant rejoint les cultistes Venatori, avait pris le contrôle des mages, supplantant la grande enchanteresse Khroma, celle qui avait convaincu ses pairs de se révolter contre leur condition au sein des Cercles. L'Inquisition tenta de négocier avec lui mais sans succès. La discussion fut brusquement rompue quand son fils fut victime d'un malaise… et où ce dernier remit discrètement un message à l'élu d'Andrasté lui donnant rendez-vous ailleurs.

Accompagné de la chercheuse, du garde des Ombres et de la mage apostate, maître Lavellan se rendit à l'endroit désigné et tous furent surpris de se retrouver nez à nez avec une faille de l'Immatériel et Yuri Lowell, un mage Altus tévintide qui essayait tant bien que mal de combattre les démons qui en sortaient. Une fois la faille fermée, il leur dévoila que si Alexei avait réussi à prendre le contrôle des mages rebelles, c'était parce qu'il s'était servi de la magie temporelle pour supplanter Khroma.

Au centre de commandement à Darse, le commandant Scifo, en tant que Templier, avait montré son désaccord concernant ce choix d'alliance avec les mages… puis il se retrouva face à face avec le jeune mage de Tevinter qui ne se gêna pas pour lui dire sa façon de penser. Au grand dam de Flynn, l'élu d'Andrasté prit le parti des mages et, après l'arrestation d'Alexei, les mages rebelles rejoignirent l'Inquisition… ainsi que Yuri Lowell.

Aujourd'hui, les troupes de l'Inquisition s'entraînaient en vue d'êtres prêtes pour aller enfin fermer cette immense faille près de Darse. Après avoir été informé de l'avancement des réquisitions en cours, le commandant Flynn Scifo surveillait ses hommes, majoritairement des volontaires qui n'étaient pas habitués à tenir une arme contrairement à la poignée de Templiers qui leur enseignait l'art du combat.

Des éclats de voix attirèrent son attention du côté du lac gelé où il remarqua la présence de trois soldats et de Yuri Lowell. Il se rapprocha et, de par les postures de chacun, il ne lui fut pas difficile de comprendre que le tévintide n'était pas accepté par tous et qu'il subissait les conséquences de la haine qu'éprouvait le peuple de Férelden envers l'empire de Tévinter ainsi que celle que beaucoup éprouvaient déjà envers les mages.

« Un tévintide n'a rien à faire ici ! » hurla l'un des soldats en pointant son épée en direction du mage. « Vous et votre magie du sang… »

« Oh mais tue-moi si ça t'amuse tant ! » répliqua Yuri avec un sourire forcé aux lèvres tout en préparant une boule de feu dans sa main gauche. « Ou bien si tu es assez courageux pour cela. »

« Saleté de Magister de… »

« Que se passe-t-il ici ? »

La question de Flynn stoppa toute action et ses hommes baissèrent leurs armes tandis que le mage dissipa son sort… en tentant de dissimuler son bras droit aux yeux du commandant. D'ailleurs, pourquoi n'avait-il pas son bâton avec lui ?

« Que faisiez-vous au juste messieurs ? » demanda de nouveau le Templier en fronçant les sourcils.

« Il… Il nous a attaqués commandant ! » répondit un des soldats, peu confiant. « On l'a surpris en train de rôder et il nous a jeté un sort ! »

« C'est étrange car je ne vois pas de bâton et, de ce que j'ai cru entendre, la situation était inverse… »

Sans surprise, les trois hommes déglutirent, ayant apparemment compris que leur mensonge n'était pas passé. Après un regard réprobateur et un rappel concernant leur alliance avec les mages, Flynn leur ordonna de partir. Quand Yuri passa à côté de lui, le Templier lui attrapa le bras droit, lui arrachant un gémissement de douleur qui confirma ses doutes : le mage était blessé et avait essayé de le lui cacher.

« Fasta vass ! » jura le tévintide en tevene avant de s'extirper de la prise du chevalier. « Ca va pas la tête ? Tu sais que ça fait un mal de chien ? »

« C'est eux qui t'ont blessé ? » questionna Flynn en fixant le bras caché sous l'épais vêtement. « Si c'est le cas ils doivent… »

« Je suis tombé en voulant cueillir des elfidées pour Rita. Si tu vas un peu plus loin, tu devrais voir une longue trace dans la neige et mon bâton… ou plutôt ce qu'il en reste vu ce que j'ai entendu lors de ma chute. C'est après que je me sois relevé qu'ils me sont tombés dessus. »

A la vue de l'expression que Yuri avait sur le visage, il ne mentait pas. De plus, Flynn avait noté les quelques elfidées qui dépassaient de sa sacoche, ce qui confirmait la véracité de son témoignage. Vu où cette plante était capable de pousser et le climat dans l'empire de Tevinter, le jeune tévintide avait dû, sans s'en rendre compte, mettre le pied sur une couche de neige instable qui, en se détachant, l'avait emporté.

« Tu n'as pas d'autres blessures ? » demanda le commandant en essayant de voir s'il y avait quoique ce soit d'autre qui clochait.

« Heu… Juste que j'ai cru frôler l'hypothermie à un moment. » répondit Yuri, visiblement un peu surpris par cette attitude avant de se reprendre, affichant un léger sourire sarcastique. « Comment vous faites dans le sud avec toute cette neige ? C'est une galère pour se déplacer et je ne parle pas des températures qui sont si basses qu'il est impossible de dormir sans grelotter ! »

« On s'y fait et pour dormir, le secret quand on est frileux c'est d'avoir beaucoup de fourrures à portée de main. »

A partir de cet instant, la glace avait été brisée entre eux et, par la suite, il n'était pas rare, lorsque tous deux étaient libres, de les voir traîner ensemble à Darse – généralement, c'était parce que le mage avait réussi à convaincre le Templier qu'une pause lui ferait du bien.

Puis arriva le jour où il fallut refermer la faille qui terrorisait le peuple. Avec l'aide des mages, l'élu d'Andrasté avait obtenu le pouvoir nécessaire pour accomplir cette prouesse… mais si les réjouissances étaient de mise après cet exploit, elles furent malheureusement de courte durée car leur ennemi était venu les trouver, en colère de voir que la faille qu'il avait vraisemblablement ouverte lui-même n'était plus et, surtout, parce qu'on lui avait pris les mages qu'il convoitait… En conséquence, les Templiers rouges, des chevaliers sous l'influence du lyrium rouge, étaient à présent sous ses ordres.

Une fille étrange, Patty, était venue les avertir du danger mais elle n'avait pas pu empêcher les Templiers rouges de massacrer les volontaires présents devant les portes de Darse. Cependant, c'était indirectement grâce à elle qu'ils trouvèrent un moyen de fuir le village… avant que l'élu d'Andrasté, servant d'appât, n'ensevelisse Darse en provoquant une avalanche avec l'un des trébuchets. La chance voulut qu'il survive en ayant sauté in extremis dans une galerie qui le conduisit sur la route suivie par les survivants de l'attaque. Après de longues heures de marche dans la neige et face à un vent glacial, il les avait finalement rattrapés et, au moment où il s'écroula, le commandant Scifo le trouva et le ramena au campement pour qu'il soit examiné.

Cela devait faire une petite heure que Yuri observait du coin de l'œil Rita, installée près de maître Lavellan, qui travaillait avec acharnement sur ce qui ressemblait à un livre écrit par les elfes. Ne connaissant pas la langue de ce peuple, le tévintide ne pouvait pas l'aider dans sa tâche.

« Tu devrais rester sur tes gardes tu sais. » lui dit Sodia après avoir fini d'examiner son épée. « Beaucoup ont vu que des Venatori étaient présents dans le camp adverse et ils pourraient penser à nouveau que tu es un espion à leur solde. »

« C'est donc pour ça que j'ai droit en permanence à une chercheuse de vérité ou à un templier… » fit Yuri avec un ton légèrement exaspéré. « Si j'étais vraiment un cultiste Venatori, je serais déjà parti pour aller faire mes incantations macabres et sacrifier des esclaves pour pratiquer ma magie du sang. »

Les derniers mots s'étaient en partie étranglés dans la gorge du jeune Altus, très certainement à cause du très mauvais souvenir qui lui revenait en tête à chaque fois qu'il entendait parler de cette magie et de la raison pour laquelle il avait préféré suivre Alexei plutôt que rester dans le confort de l'empire Tevinter, une société où les mages étaient bien plus libres que dans le reste de Thédas.

« Souviens-toi que maître Lavellan et le commandant Scifo t'ont accordé toute leur confiance. » lui rappela la chercheuse en fronçant légèrement les sourcils.

« Et je ne compte pas les trahir si c'est ce que tu sous-entends. » répliqua Yuri en la regardant droit dans les yeux. « J'ai rejoint l'Inquisition en espérant pouvoir vous aider et pour le moment, je perds du temps à lutter contre ceux qui me confondent avec l'ennemi. Tout ce que je veux, c'est me rendre utile. »

« … Si nous survivons au voyage, je m'assurerai que tous se souviennent que tu es des nôtres. En attendant, il nous faut espérer et prier pour que le Créateur nous guide… »

L'espoir… un sentiment tellement fragile qu'il peut se briser à tout instant… pour mieux renaître par la suite. Ce fut ainsi que le peuple de Darse, dans un chœur mélancolique, reprit confiance et, guidés par l'élu d'Andrasté ainsi que par l'apostate Rita Mordio, ils poursuivirent leur route au lever du jour. Toutes les pensées des survivants allaient vers le Créateur, chacun l'implorant intérieurement de mettre fin à leurs souffrances.

Leurs prières furent entendues quand, avec un étonnement non feint, ils arrivèrent en vue d'une forteresse elfe abandonnée dans les montagnes enneigées : Fort Céleste.

Ainsi, l'Inquisition retrouva une base… et surtout, à l'unanimité, maître Lavellan fut officiellement nommé Inquisiteur. La première décision prise fut de s'atteler à la rénovation de leurs nouveaux quartiers généraux, ce qui donnait du travail à quiconque était capable de tenir un marteau. Là où à Darse la place manquait pour loger tout le monde, Fort Céleste possédait l'espace nécessaire pour que chaque unité puisse évoluer sans marcher sur les pieds d'une autre. Raven et ses espions avaient déniché une volière parfaite pour leurs corbeaux, située juste au-dessus d'une bibliothèque remplie de divers ouvrages. Estellise trouva sa place près de la table de guerre, établissant son bureau dans une salle précédant celle du conseil et proche du grand hall, lui permettant ainsi d'être facilement présente auprès de l'Inquisiteur quand il le fallait bien qu'elle avait hâte que les travaux de rénovation s'achèvent, les courants d'air ne manquant pas. Quant à Flynn, souhaitant être près des remparts, il avait choisi une tour où installer à la fois son bureau et, juste au-dessus, ses appartements… si l'on exceptait le fait que le toit aurait eu besoin de quelques réparations, ce qui ne semblait nullement préoccuper le Templier.

Tous s'investissaient durement pour l'Inquisition, que ce soit à une petite ou à une grande échelle… et parfois en s'oubliant soi-même.

« Depuis combien de temps tu n'y as pas touché Flynn ? » avait demandé Sodia avec inquiétude au commandant et conseiller militaire de l'Inquisition.

« Je ne sais plus exactement… » répondit le templier en essayant d'empêcher sa main de trembler encore plus qu'elle ne le faisait actuellement. « Mais promets-moi que si un jour je venais à ne plus être apte à assumer mes fonctions, tu me laisseras partir. »

La chercheuse de vérité ne put retenir une grimace à cette demande. C'était elle qui avait recommandé Flynn à ce poste, vu son potentiel… et surtout cette volonté qu'il possédait. Sans cette force de caractère, jamais il n'aurait réussi à ne pas prendre de lyrium pendant autant de temps. Cependant, le lyrium restait une substance très addictive et si les mages ne souffraient pas d'en prendre quand cela leur était nécessaire, ce n'était pas la même chose pour les Templiers qui ressentaient tous les symptômes de manque : tremblements, douleurs, migraines, cauchemars… Cesser d'en prendre était donc une véritable épreuve, un parcours du combattant des plus ardus.

Elle espérait sincèrement qu'il allait réussir à s'en remettre…

Après plusieurs opérations menées en Orlaïs et en Férelden, l'influence de l'Inquisition allait en grandissant, lui permettant de localiser son ennemi et de découvrir diverses failles de l'Immatériel que l'Inquisiteur Lavellan put aller refermer, aider par ses plus proches amis. Les trajets se faisaient tantôt dans la chaleur de la Porte du Ponant, tantôt sous le couvert des hauts arbres des Tombes Emeraudes, etc. Il y avait tant à explorer pour s'assurer de la sécurité de Thédas…

Ce jour-là, alors qu'il venait d'entrer dans sa tour, Flynn sentit une présence familière dans son domaine et, au moment où il leva la tête, il entendit un léger bruit en haut, ce qui le fit sourire avec amusement. Faisant comme s'il n'avait rien remarqué, il s'installa à son bureau et commença à lire les différents rapports qui l'attendaient.

Par deux fois, il avait été interrompu : la première fois par Sodia qui était venue voir que tout allait bien pour lui avant de se préparer à partir, la seconde fois par l'Inquisiteur Lavellan qui cherchait Yuri depuis un moment dans le but qu'il les accompagne à l'Emprise du Lion – n'ayant pu mettre la main sur le tévintide, ce fut Rita qui prit sa place et ce, de mauvaise grâce.

Lorsque le soleil commença à disparaître derrière les montagnes enneigées, le Templier demanda à l'un de ses hommes de lui amener de quoi se restaurer en précisant qu'il était affamé et qu'il avait encore beaucoup de travail à finir pour le lendemain. Une fois la collation arrivée, il attendit environ cinq minutes, le temps que l'odeur du poulet tout juste sorti du four embaume bien les lieux. En entendant du bruit à l'étage, Flynn ne fut absolument pas surpris de voir, quelques secondes après, Yuri descendre rapidement de l'échelle.

« Alors maintenant tu essaie d'éviter de partir en mission ? » demanda le commandant sur un ton taquin tout en lisant le dernier rapport qu'il avait reçu. « L'Inquisiteur ne va pas être content quand il sera de retour. »

« Je m'en fiche. » répondit le mage, emmitouflé dans une fourrure qu'il avait prise à l'étage. « Il est hors de question que j'aille encore me les geler à l'Emprise du Lion alors qu'il fait déjà très froid ici. »

De mémoire, cela devait être la quatrième fois que Yuri venait se cacher ici. Flynn n'y voyait pas d'inconvénient, essentiellement parce que cela lui permettait de s'assurer que son ami se portait bien et qu'il n'était pas occupé à faire une farce à quelqu'un – généralement, les idées venaient de Judith mais elle parvenait toujours à convaincre le tévintide de l'aider, comme la fois où elle avait réussi l'exploit de teindre les cheveux de Duke d'un rouge vif dont ce dernier eut bien du mal à se débarrasser.

« Et pourquoi Sodia est venue te demander comment tu allais ? » questionna le jeune Altus avant de mordre avec appétit dans un morceau de poulet. « T'as fini par chopper un rhume avec les trous dans ta toiture ? »

Face à cette question, le Templier grinça légèrement des dents, ce qui, vu la réaction du mage, n'était pas passé inaperçu. Il pesa longuement le pour et le contre, remerciant intérieurement son ami de ne pas le presser de questions sur sa condition, et finit par décider qu'il serait mieux de lui avouer ce qu'il risquait fort de deviner par lui-même.

« J'ai cessé de prendre du lyrium et elle venait vérifier si je n'avais pas besoin de son aide pour atténuer les effets secondaires. » admit Flynn en se passant une main sur le visage. « Même si j'apprécie sa sollicitude à mon égard, je ne compte pas l'appeler à la moindre migraine. »

« Du peu que je sais, il est très difficile d'arrêter le lyrium. » déclara Yuri en fronçant les sourcils, pensif. « De mémoire, Alexei s'y était intéressé dans le but de raccourcir la durée des effets secondaires sur les mages. Si tu veux, je peux aller lui demander ses notes et les étudier avec un arcaniste. Peut-être qu'il avait découvert quelque chose qui peut servir. »

« Ça ira, je peux me débrouiller seul… »

« Je n'ai pas l'intention de te laisser gérer cette saleté par toi-même Flynn. »

Le regard azur du commandant croisa celui gris et déterminé du mage.

« Depuis que j'ai rejoint l'Inquisition, tu m'as aidé quand j'en avais besoin. » poursuivit Yuri en posant brutalement ses mains à plat sur le bureau. « Il est donc hors de question que tu ne me laisse pas faire la même chose pour toi ! »

Le Templier s'apprêtait à répliquer mais une étincelle dans ces yeux anthracite le fit hésiter. Pourquoi avait-il le sentiment que quelque chose n'allait pas avec son ami ?

« Très bien. » abdiqua Flynn, épuisé. « Mais j'accepte à condition que la moindre de tes découvertes puisse aussi aider les autres Templiers. Pas uniquement moi. »

« Entendu. »

Ce fut ainsi qu'une nouvelle routine s'installa entre eux : chaque soir, le mage venait examiner le Templier, vérifiant son état physique et mental. Dans le cas où le chevalier était en proie à une crise de paranoïa, le tévintide restait à ses côtés jusqu'au matin, faisant qu'il avait fini par faire la plupart de ses recherches depuis la chambre du commandant de l'Inquisition. Cela n'aurait pas fait jaser au sein de Fort Céleste si un deuxième lit avait été installé dans cette tour, ce qui fit courir le bruit que les deux hommes étaient amants. Si la rumeur faisait rougir le conseiller militaire, le mage était étrangement sur la défensive quand il l'entendait, comme s'il craignait quelque chose…

… et ce fut l'Inquisiteur qui en découvrit le premier la raison lors d'un rendez-vous à Golefalois auquel lui et le tévintide étaient conviés. Presque personne n'était au courant de cette entrevue à part les concernés car celui qu'ils étaient allés rencontrer souhaitait que cela reste discret.

Après qu'ils furent de retour à Fort Céleste, Yuri avait demandé à être seul un moment, ce qui avait inquiété maître Lavellan. Ce fut pour cette raison que, une fois la réunion avec ses proches conseillers terminée, il demanda à Flynn de venir le voir dans ses appartements puis il lui dévoila ce qui s'était produit à Golefalois.

Suite à cela, le Templier demanda si quelqu'un avait vu le mage tévintide quelque part. Rita et Raven lui confirmèrent qu'il n'était pas venu à la bibliothèque, Sodia ne se souvenait pas l'avoir vu passer près du terrain d'entraînement et Judith confirma qu'il n'avait pas mis un pied à la taverne depuis son retour. Patty était la seule à l'avoir croisé dans les jardins et lui avait précisé que leur ami souffrait beaucoup intérieurement. Puis il alla voir Duke qui, comme à son habitude, était aux écuries…

« Il est en haut. » lui déclara calmement le Garde des Ombres avant qu'il ait pu lui demander quoique ce soit.

Flynn monta donc à l'étage et y trouva Yuri, assis dans un coin et qui avait un air misérable sur le visage. Le Templier ne put qu'en conclure que l'Inquisiteur avait raison d'être inquiet : le mage n'avait pas très bien encaissé le fait de revoir son père, l'homme qu'il avait fui car celui-ci, mécontent d'apprendre que son fils multipliait les aventures avec la gent masculine, avait voulu le faire rentrer de force dans le moule… en utilisant la magie du sang pour changer ce qu'il était. Le choix du jeune Altus était parfaitement compréhensible ainsi que la profondeur de la blessure qui lui avait été infligée le jour où il avait découvert tout cela.

Sans prononcer le moindre mot, Flynn s'installa à côté de son ami et il attendit de longues minutes avant que Yuri, d'une voix terne décide de vider son sac.

Le mage lui décrivit l'empire de Tevinter et son obsession à créer des mages parfaits. Les mariages d'amour n'existaient pas, en particulier chez les Altus. Ce n'était que des unions arrangées, une perpétuelle mascarade à laquelle les tévintides se prêtaient depuis bien longtemps et ce, même si cela ne leur convenait pas. Yuri, lui, avait essayé de cacher qu'il n'avait aucun attrait pour les femmes, acceptant les quelques propositions d'un soir qu'il pouvait trouver. La malchance avait voulu qu'un de ses partenaires d'une nuit soit marié et que sa femme soit jalouse. Quand le père du jeune Altus, le Magister Lowell, l'avait découvert, ils s'étaient disputés et, quelques jours plus tard, le jeune homme l'avait entendu parler de ce rituel sanglant destiné à rectifier l'erreur qu'il était. Il n'avait pas tardé à s'enfuir et il avait trouvé refuge auprès d'Alexei.

Yuri se tourna ensuite vers Flynn et lui dit qu'il était désolé d'avoir provoqué cette rumeur, ce que le Templier contra en déclarant qu'il n'avait pas à l'être et qu'à aucun moment il ne s'était senti honteux que l'on perçoive ainsi leur relation. Intrigué, le mage lui demanda d'être plus précis et, quand il vit l'hésitation du chevalier, il insista, ce qui provoqua un soupir d'appréhension chez son ami… avant que celui-ci ne pose sa main contre sa joue avec douceur et dépose un bref baiser sur ses lèvres.

Ce contact laissa le mage particulièrement confus et, afin de lui laisser le temps de réfléchir, le Templier lui précisa qu'il pourrait le trouver sur les remparts.

A présent, cela devait faire une bonne heure que Flynn avait inspecté cette zone en long et en large. Son regard était fixé sur les montagnes enneigées quand il entendit des pas derrière lui. Il se retourna et vit arriver Yuri, les bras croisés contre son torse et frottant ses mains contre ses épaules pour se réchauffer.

« Heu… » fit le tévintide, ses joues se colorant légèrement. « Je ne sais pas trop si… si c'est une bonne chose qu'on… »

« Vu comme cette rumeur amuse beaucoup tout Fort Céleste, je doute que la rendre vraie pose de souci à quiconque. » le coupa le Templier avec un léger sourire en coin. « Et s'il y en a à qui cela ne convient pas, tant pis pour eux. C'est à moi de choisir qui je veux fréquenter. »

« Donc… tu veux qu'on… »

Soudain, le mage fut secoué d'un rire nerveux. Flynn, perturbé par cette réaction, resta interloqué… jusqu'au moment où Yuri combla rapidement la distance entre eux et l'embrassa sur la bouche.

Ce changement officiel dans leur relation fut accueilli de façon positive par leurs proches, à commencer par Judith qui leur offrit une série d'ouvrages dont le contenu avait fait rougir le Templier jusqu'aux oreilles. Bien que le futur restait incertain à cause de la menace qu'ils avaient à affronter, ils pouvaient s'afficher librement dans Fort Céleste et ce, même si certains détournaient les yeux en voyant leurs démonstrations d'affection en public.

Peu importe ce qui les attendait, ils étaient ensemble pour lutter et c'était ce qui comptait le plus pour eux.


Equivalence personnages :

Sodia - Cassandra Penthagast

Flynn - Cullen Rutherford

Yuri - Dorian Pavus

Raven - Léliana Rossignol

Estelle - Joséphine de Montilyet

Judith - Sera

Duke - Blackwall

Rita - Solas (en partie seulement)

Witcher - Vivienne

Patty - Cole

Sans équivalence avec TOV : Varric, Iron Bull

Maître Lavellan : Si le joueur choisit un elfe comme personnage à incarner, il sera du clan Lavellan.

Darse : Village de Férelden et lieu de pèlerinage.

Thédas : Monde où se déroulent les évènements de Dragon Age. Dans Inquisition, les pays accessibles sont Orlaïs et Férelden.

Empire de Tevinter : Situé au nord d'Orlaïs, cet empire valorise les mages au contraire du reste de Thédas. L'esclavage est encore pratiqué et les non-mages ont peu de chances d'obtenir une place importante dans la société tévintide.

Divine : Leader de la Chantrie, obligatoirement de sexe féminin.

Chantrie : Organisation religieuse qui est dominante à Thédas. Jusqu'à la rébellion des mages, c'était elle qui avait le contrôle sur les cercles de mages, l'ordre des Templiers et les chercheurs de vérité. A Tevinter, suite à une rupture avec Orlaïs, existe la Chantrie Impériale qui est dirigé par un homme choisi parmi les Magisters.

Magister : Dirigeants des cercles de mages de Tevinter. Ce sont aussi eux qui dirigent l'empire de Tevinter.

Altus : Descendants de très anciennes familles de mages tévintides. Les Altus sont des mages qui, dans la société tévintide, occupent les plus hauts rangs.

Immatériel : Lieu où vivent les esprits et les démons. Il est séparé du monde de Thédas par le Voile et quand ce dernier est fragilisé, des failles apparaissent, laissant sortir les démons et les esprits.

Chercheurs de vérité : Organisation prenant ses ordres directement de la Divine et pouvant accomplir diverses missions. Ils peuvent aussi agir contre les templiers. Il n'y a pas de chercheurs de vérité à Tevinter.

Ordre des Templiers : Organisation militaire aux ordres de la Chantrie. Les Templiers sont chargés de traquer les mages apostats et de surveiller les cercles de mages (excepté à Tevinter où ils sont essentiellement une force militaire).

Cercles de mages : Regroupement de mages où les mages sont entraînés à maîtriser leurs pouvoirs sous le contrôle des Templiers. Ils sont dirigés par le premier Enchanteur, sauf à Tevinter où ce sont les Magisters qui en sont les dirigeants.

Gardes des Ombres : Guerriers ayant la capacité de combattre les Engeances, des créatures qui ont plusieurs fois menacé Thédas. La Garde des Ombres ne s'intéresse qu'aux compétences de ses recrues, faisant qu'elle met de côté tout le reste (race, classe, origine sociale, passé…). De plus, le rituel pour les rejoindre peut potentiellement être mortel. Leur nombre est assez réduit.

Mage apostat : Mages n'appartenant pas à un cercle et considéré comme une menace. Les apostats sont fréquents chez les elfes.

kaleiyahitsumei: (Default)
 Titre : Par Osiris et par Apis…

Auteur contaminée par la folie de sa comparse : Kaleiya Hitsumei

Beta forcée de constater que sa folie est contagieuse : Eliandre

Disclaimer : Ni Tales of Vesperia, ni Les douze travaux d'Astérix ne sont ma propriété.

Note : Ceci est une tentative de suite de ma part de « L'île du Plaisir » écrite par ma comparse et qui, bien entendu, m'a donné son autorisation.


 

Par Osiris et par Apis…

Quelque part à Desier, il était possible de trouver la demeure d'un hypnotiseur, reconnaissable à son entrée triangulaire et aux personnes qui en sortaient… en se comportant comme s'ils étaient devenus des animaux. Personne n'avait résisté au regard envoûtant de cet être hors du commun et, pour cette raison, l'empereur Ioder avait estimé qu'il serait une excellente épreuve pour savoir si leurs deux invités étaient d'une étoffe divine ou non. S'ils venaient à échouer et à succomber eux aussi à cette influence mystique, cela lui ferait une nouvelle distraction des plus intéressantes…

« Ce n'est parce qu'ils ont vaincu les prêtresses de l'île du Plaisir et nos meilleurs soldats qu'ils… » commença Alexei avant de froncer le nez en entendant quelques soupirs rêveurs de la part des autres conseillers ainsi que quelques murmures vantant les mérites des femmes vivant au milieu du lac de Sharess. « Au lieu de penser à votre retraite messieurs, concentrez-vous sur la situation actuelle ! Ils ont déjà vaincu quatre des obstacles que nous leur avions préparés ! »

« Laissez-les donc faire. » lui déclara le jeune souverain avec un sourire amusé. « Ils ne sont pas aussi tenace que vous et moi face aux charmes féminins et puis n'oubliez pas que nos amis ont encore huit épreuves à réussir pour remporter le petit pari que nous avons fait avec eux. »

« Cela est exact. Rien que de penser à certaines d'entre elles, j'avoue avoir un peu pitié d'eux… »

« Justement, vous souvenez-vous de cet hypnotiseur à Desier ? »

« Comment l'oublier ? Une dizaine de nos hommes se prennent encore pour des chiens et aboient dès que l'on s'approche trop près d'eux… Ne me dites-pas que c'est cela l'épreuve que vous leur avez réservée ensuite ? »

Le sourire de l'empereur Ioder s'accentua à cette phrase et, face à cette vision, Alexei ne put que frémir face au génie machiavélique qui se cachait derrière ce visage d'ange et avoir une pensée pour celle qu'ils avaient désignée pour accompagner les deux hommes – elle avait longuement protesté contre ce voyage imposé mais c'était ça ou les lions vu qu'elle était en sursis pour avoir accidentellement brûlé sa demeure et celle d'un de ses voisins – en tant que témoin et arbitre pour valider leurs réussites ou leurs échecs.

Rita arriverait-elle à les ramener jusqu'à Zaphias s'ils échouaient à Desier ? Le conseiller avait quelques doutes sur la chose…

-§-

Si tout s'était passé comme prévu et sans encombre, Flynn aurait été de retour à Danhgrest et aurait fait le rapport sur ses découvertes à Don Whitehorse, le chef de son village. Cependant, lui et Raven ignoraient qu'un piège redoutable les attendait dans les bois de Quoi, plus précisément au milieu du lac de Sharess en la personne des prêtresses de l'île du Plaisir. Si son aîné y avait immédiatement succombé en entendant les chants mélodieux de ces demoiselles, le plus jeune avait réussi à conserver ses esprits mais, en voulant s'échapper, il s'était retrouvé nez à nez avec le seul habitant des lieux qui n'était pas une femme…

Durant un mois entier, il avait été retenu captif sur l'île. On pouvait supposer qu'il avait réussi seul à s'évader avec le temps et ainsi poursuivre sa mission mais en réalité, cela s'était passé bien différemment…

Assis sur un banc de pierre dans ce qui servait apparemment de salle d'attente au responsable de cette épreuve, Flynn attendait patiemment leur tour en compagnie de Rita, une adolescente aux cheveux châtain et aux yeux verts dont la tunique rouge et noire était légèrement brûlée par endroits, et de… Yuri, demi-frère de la Grande Prêtresse de l'île du Plaisir qui, de par le bâillement qui lui avait échappé, s'ennuyait ferme – s'il l'avait voulu, il aurait pu au moins penser à changer de vêtements avant qu'ils n'embarquent sur ce bateau pour Desier car cette toge sombre était loin d'être faite pour voyager et le guerrier était forcé de se retenir à chaque fois de baisser les yeux quand il devait lui parler.

Pour pleinement comprendre cette bizarrerie, il fallait revenir en arrière dans le temps… plus précisément dans les dix derniers jours de sa captivité.

L'île du Plaisir était loin d'être un lieu tenu secret et il arrivait que, de temps à autre, quelques hommes viennent volontairement s'y égarer. Cela n'avait rien d'anormal… sauf que le nombre « d'invités » explosa subitement à cette période, faisant que le seul autochtone mâle des lieux se retrouva avec bien plus de choses à faire que ce dont il était habitué, ce qui n'était pas du tout de son goût. Il s'était bien entendu plaint auprès de sa sœur… mais celle-ci lui avait répliqué qu'elles aussi étaient débordées et qu'il n'avait qu'à utiliser son « séduisant guerrier blond » pour l'aider.

Cependant, quand il avait constaté l'intérêt un peu trop marqué des prêtresses sur la personne du guerrier de Danhgrest, cela éveilla en lui une forte jalousie qui fit qu'il eut une violente dispute avec Judith sur ce sujet…

Tôt le lendemain matin, Yuri avait préparé des vivres pour deux personnes puis, après avoir pris une carte des bois de Quoi trouvée dans les affaires de sa sœur, il avait embarqué Flynn – les effets du nectar commençaient à se dissiper à ce moment-là vu que celui aux longs cheveux noirs avait cessé de lui en donner le soir précédent – et dérobé une barque afin de pouvoir quitter l'île du Plaisir.

Bien évidemment, quand le guerrier avait enfin pleinement retrouvé ses esprits, ils étaient au milieu des bois et il avait voulu revenir en arrière pour aller chercher Raven tandis que Yuri, lui, refusait obstinément de le laisser retourner là-bas. Agacé par cette situation et aussi par son nouveau compagnon de voyage dont il se serait bien passé, Flynn et lui avaient fini par se quereller verbalement puis en venir aux mains… ce qui, de par le boucan qu'ils faisaient et le fait qu'ils étaient plus proches de la sortie côté Zaphias qu'ils ne le pensaient, avait attirés les soldats de l'empereur jusqu'à eux, faisant qu'ils furent tous deux faits prisonniers et conduits dans les cellules de la capitale.

Le lendemain matin, l'empereur Ioder les avaient fait amenés dans sa salle d'audience où ils furent reçus par lui et ses plus proches conseillers. Le guerrier avait ainsi appris que lui et son aîné avaient bel et bien été piégés mais, se déclarant fondamentalement bon, le souverain avait décrété qu'il était prêt à passer l'éponge sur cette tentative d'espionnage de la part de Danhgrest à condition que le jeune homme accepte le pari qu'il lui proposait – il savait aussi que Yuri venait en fait de l'île du Plaisir, cela parce qu'il venait de recevoir un message de Judith qui souhaitait ardemment voir son cher frère lui revenir, ce qui n'était pas du goût du concerné. Si le jeune homme aux cheveux d'or refusait cette proposition, alors son redoutable village serait rasé par l'armée impériale.

Flynn avait donc ouvert grand ses oreilles et accepté cette proposition en grinçant des dents.

Après cela, l'empereur lui expliqua que certains de ses conseillers, impressionnés de voir qu'il avait résisté aux charmes de l'île du Plaisir, avaient émis la supposition que lui et ses compatriotes n'étaient pas des êtres humains, une idée qui l'avait beaucoup amusé et qu'il avait décidé de creuser en lui imposant une douzaine d'épreuves à réussir avant de gagner une paix durable entre Zaphias et Danhgrest – son évasion de l'île du Plaisir avait été comptée comme le premier défi réussi. Bien entendu, en cas d'échec, la guerre serait déclarée, ce qui plaçait un lourd fardeau sur les épaules du jeune homme.

L'après-midi, il fut placé dans une arène et fit face à sa deuxième épreuve, avec l'empereur et ses plus proches conseillers en guise de spectateurs ainsi que Yuri, ce dernier ayant obtenu le statut d'invité vu qu'il avait exprimé le souhait de ne pas retourner d'où il venait.

Les trois défis qui lui avaient été préparés dans ce lieu étaient de vaincre le maître d'une discipline particulière au sein de l'armée. Le premier étant un duel à l'épée, il le remporta sur la technique, désarmant son adversaire en profitant d'une faille dans sa défense dû à un excès de confiance. Le deuxième fut un concours de tir à l'arc et là, il dut remercier Raven de lui avoir enseigné ses méthodes de chasse et aussi dame Chance qui était de son côté. Par contre, la dernière fut un combat au corps à corps, un domaine où il aurait normalement dû mener mais en plus de se retrouver face à un adversaire plus petit que ce à quoi il s'était attendu, il s'était, par trois fois, fait mettre au tapis d'une manière totalement inattendue.

Alors qu'il s'était relevé pour un quatrième essai, à sa plus grande surprise, Yuri avait sauté dans l'arène… pour demander à son adversaire s'il pouvait lui expliquer comment il avait fait pour envoyer plus fort que lui à terre. Très pédagogue, le maître avait enseigné les mouvements au jeune homme aux longs cheveux noirs en lui servant de cobaye pour vérifier qu'ils les avaient bien assimilés. Ainsi, Flynn constata que le frère de la Grande Prêtresse de l'île du Plaisir apprenait très vite… et qu'il n'avait rien à envier à Raven dans le domaine de la ruse car, au bout d'un certain temps, celui que le guerrier n'avait pas pu vaincre était habilement neutralisé, battu par ses propres techniques de combat.

Face à cela, plusieurs conseillers avaient crié au scandale et déclaré que cette épreuve n'était pas valide mais Yuri, le regard sombre fixé sur l'empereur, avait rappelé à tous qu'il y avait deux espions en route pour Zaphias – lors de son séjour sur l'île du Plaisir, le guerrier aux cheveux d'or, dans son délire dû au nectar, avait vaguement parlé de Danhgrest et évoqué la mission qui lui avait été confiée, ce qui avait ensuite été confirmé par les déclarations du souverain – et que tant que l'un d'eux était retenu au milieu du lac de Sharess, il était tout à fait en droit de le remplacer. Ioder accepta très facilement ces arguments, ce qui ne plut guère à ses collaborateurs… jusqu'au moment où il leur rappela qu'ayant lui aussi résisté aux charmes des prêtresses, ce jeune homme était tout à fait apte à prendre part à ces épreuves.

Et voilà donc comment, après que Rita leur fut attribuée comme témoin, Flynn pouvait continuer à affronter les défis qu'on lui avait réservés afin de s'assurer de la sauvegarde de son village. Il avait une énorme dette envers Yuri, ce dont il se serait bien passé – bon, son compagnon d'infortune avait lui aussi intérêt à ce qu'ils réussissent car l'idée de rentrer chez lui ou d'être au service exclusif de l'empereur ne semblait pas du tout lui plaire.

« Bon, pour résumer votre défi du jour, vous allez devoir réussir à résister à Iris, un hypnotiseur qui fait pas mal de dégâts dans la région. » leur exposa l'adolescente en lisant les documents qu'on lui avait fourni avant leur départ en bateau. « Personne n'a réussi à lutter contre son emprise et le nombre de ses victimes se compterait par milliers si la zone n'était pas aussi peu peuplée. Quelques-uns viennent ici volontairement mais ils ne doivent pas être très sains d'esprit… »

« Comme la fille qui est assise là ? » demanda nonchalamment Yuri en désignant une femme trop maquillée qui était déjà là avant eux et dont les habits avaient dû lui coûter une petite fortune.

« Oui, et certainement celui qui est actuellement en rendez-vous… »

A peine ces mots furent prononcés par la jeune fille qu'un son clair retentit derrière la porte de pierre menant au salon de l'hypnotiseur. L'iris de l'œil peint sur celle-ci se mit à émettre une faible lueur orangée et, quand une voix rauque commença à se faire entendre, son intensité se mit à varier suivant les paroles prononcées…

« Par Osiris et par Apis, regarde-moi, regarde-moi bien… Tu es maintenant un chat, par Osiris et par Apis, oui… Un chat. Par Osiris et par Apis… »

Flynn échangea un regard intrigué avec Yuri, tous les deux se posant quelques questions sur ce qu'il était en train de se produire. Etaient-ils témoins d'un tour de magie ?

-§-

Il n'aurait peut-être pas dû quitter l'île sur un coup de tête mais entre être ici, s'occuper des corvées en espérant qu'une des filles ne tenterait pas de forcer la porte de sa chambre – en même temps, il aurait quand même dû rendre tous ses vêtements à Flynn ce jour-là au lieu de l'exposer quasi-nu aux regards des jeunes prêtresses qui n'avaient pas encore très bien intégré leurs coutumes – ou devoir servir ce gamin – le jeune homme ne pouvait pas s'empêcher de s'en méfier, très certainement à cause du sourire qu'il lui avait fait tout en le détaillant du regard –, Yuri ne regrettait nullement son choix, surtout qu'il n'avait jamais rien connu d'autre que l'île du Plaisir.

Accompagner le guerrier de Danhgrest dans ces épreuves promettait d'être une aventure des plus intéressantes et, qui plus est, cela lui donnait tout le loisir de profiter de sa compagnie, même si celui-ci prétendait qu'il n'était pas d'accord pour qu'il se montre aussi collant avec lui.

Un fait dont le frère de la Grande prêtresse était certain, c'était que son compagnon de voyage s'était montré très résistant face aux effets du nectar et que s'il avait trop attendu pour quitter l'ile, il aurait été contraint de le faire seul car celui aux cheveux d'or aurait probablement fini par succomber, comme les autres avant lui. Certes, il existait un autre moyen de lui faire reprendre ses esprits mais c'était sa chère sœur qui l'avait en sa possession et jamais elle ne le lui aurait fourni…

Dans tous les cas, le jour où il reverrait Judy, ça allait barder pour lui…

Cependant, Yuri avait suffisamment bien étudié Flynn sur l'île du Plaisir pour savoir qu'il ne voyait pas quand une personne avait de l'intérêt pour lui, ce qui pouvait expliquer une partie de sa ténacité vu qu'il était incapable de comprendre que quelqu'un était en train d'essayer de flirter avec lui. Son côté un peu pudique lui faisait éprouver de la gêne en voyant des personnes très légèrement vêtues mais ce n'était pas à prendre pour une possible attirance physique car la vraie raison de sa forte résistance face aux charmes des prêtresses était que, tout comme le seul habitant masculin des lieux, la gent féminine n'avait pas le moindre effet sur lui.

Bon, ce n'était pas la première fois que Yuri avait dû s'occuper d'hommes qui étaient dans ce cas mais généralement, ils tombaient tous sous ses charmes avec une facilité déconcertante, au point qu'il les délaissait rapidement pour les abandonner aux soins des femmes de l'île.

Mais Flynn, lui, avait été le premier à ne pas pleinement lui succomber alors qu'il était sous l'influence du nectar… Le guerrier avait été son premier réel défi et maintenant qu'il était de nouveau maître de lui-même, le véritable challenge était en cours : réussir à le séduire sans utiliser le moindre artifice.

Pour en revenir à leur situation actuelle, Yuri ne savait pas trop comment appréhender cette épreuve pour le moment. Qu'est-ce qui pouvait bien se cacher derrière cette porte et, surtout, comment parvenir à résister à l'hypnose ? Si seulement il savait ce qu'il se passait réellement dans cette pièce…

« Par Osiris et par Apis… Tu es un chat, oui un chat… Par Osiris et par Apis… Cha c'est un joli matou cha ! Maintenant va t'en ! »

Sur ces mots, la porte de pierre s'ouvrit et laissa sortir un homme… qui se déplaçait à quatre pattes et en miaulant. Il s'arrêta à un moment donné pour se lécher la main… avant de tendre une de ses jambes au sol et passer soigneusement sa langue dessus, comme le ferait un chat pour faire sa toilette.

Estomaqué, Yuri échangea un regard choqué avec Flynn avant de se tourner vers Rita, celle-ci ayant suivi la scène avec une exaspération très facile à percevoir.

« Vous comprenez maintenant pourquoi je disais qu'il ne faut vraiment pas avoir toute sa tête pour vouloir finir ainsi ? » leur demanda-t-elle dans un soupir de dépit.

« Existe-t-il un moyen d'inverser cela ? » questionna le guerrier avec une pointe d'inquiétude dans la voix, ce qui était parfaitement compréhensible de par la situation.

« Si c'était le cas, je peux vous garantir que cela se sau… »

La jeune fille s'était brusquement interrompue au milieu de sa phrase, très certainement à cause de l'homme chat qui, ayant achevé sa toilette corporelle, était venu se frotter contre elle en ronronnant de bonheur. Un grondement résonna dans la gorge de l'adolescente et, ses yeux verts luisant de fureur, elle se tourna vers celui qui l'avait interrompue pour lui coller avec violence son pied droit sur son postérieur, le projetant deux mètres plus loin. L'hypnotisé poussa un gémissement plaintif avant de vite sortir des lieux…

« Je vous attendrai dehors… » grommela Rita tout en se dirigeant vers la sortie d'un pas rapide.

Juste après que leur arbitre les ait quittés, la femme trop maquillée fut appelée à voir l'hypnotiseur et la porte de pierre se referma derrière elle, laissant les deux jeunes hommes complètement seuls dans cette salle d'attente.

« Comment parvient-il à… » commença Flynn avant de s'interrompre puis de lâcher un soupir d'agacement. « Je te prierai de poser ta main ailleurs… »

Yuri fit mine de n'avoir rien entendu du tout et laissa glisser ses doigts le long de la cuisse du guerrier, se délectant des frissons qu'exprimait son homologue face à ce contact qui était loin d'être innocent et savourant la vision de ses joues qui prenaient une teinte rosée. Cela aurait été plus amusant s'il ne portait pas ce pantalon marron ainsi que cette tunique bleue mais il trouverait bien une occasion de les lui enlever de nouveau.

A l'instant même où son compagnon de voyage tourna la tête vers lui, certainement pour lui dire d'arrêter de le tripoter de cette manière, il en profita pour lui dérober un baiser en posant sa bouche contre la sienne. Bien que cela n'ait duré que quelques secondes, il avait bien pu sentir que celui aux cheveux d'or s'était figé face à ce geste et en constatant que son visage avait viré au cramoisi, il ne put retenir un sourire victorieux, admirant ces yeux bleus qui essayaient tant bien que mal de ne pas se baisser vers la partie de sa toge qu'il avait écartée à l'instant, découvrant ainsi un peu plus son corps. N'étant pas sur l'île du Plaisir, il n'était pas forcé de le persuader de s'abandonner aux sensations qu'il était prêt à lui offrir… mais cela ne l'empêcherait pas de tenter sa chance dès qu'il voyait une ouverture.

Il s'apprêtait à l'embrasser de nouveau quand le même son clair retentit, signifiant qu'il allait devoir retenter cela plus tard et qu'il devait se concentrer sur ce qu'il allait entendre…

« Par Osiris et par Apis, regarde-moi bien ! Tu es maintenant une poule, par Osiris et par Apis, une poule. »

Cette fois-ci, la porte de pierre s'ouvrit plus rapidement et la femme trop maquillée en sortit… se déplaçant de la même manière que la gallinacée cité par l'hypnotiseur. Elle s'arrêta à leur hauteur en les regardant curieusement puis, quand elle tenta de picorer les pieds du guerrier, Yuri fit un grand « BOUH ! » qui la fit sursauter puis s'enfuir en criant. En voyant le regard réprobateur de Flynn, le jeune homme aux longs cheveux noirs se contenta de hausser les épaules et de remettre sa toge en place.

« Au suivant ! »

C'était donc leur tour et ils n'avaient toujours aucun indice sur ce qu'il allait se passer. Ils auraient donc très peu de temps pour trouver comment résister à l'hypnotiseur…

En parlant du loup, une fois que la porte de pierre se soit fermée derrière eux, ils purent constater que la pièce dans laquelle ils étaient était seulement éclairée par des bougies et que, derrière un bureau sur lequel se trouvait une sacrée pile de parchemins et de tablettes en pierre, se trouvait un homme vêtu d'un long manteau jaune et portant une coiffe bleue avec, au niveau du front, une petite lampe à huile qui éclairait son teint basané, ses yeux immenses, son grand nez busqué et la fausse barbe qu'il portait au menton. Voilà donc à quoi ressemblait Iris…

« Qu'est-ce que c'est ? Ah oui ! Je vous attendais ! » s'exclama l'hypnotiseur avec une satisfaction plus que visible. « Normalement, je fais passer un petit entretien à mes patients pour mieux les connaître mais comme vous le voyez, j'ai un carnet de rendez-vous plutôt chargé. »

Il désigna la fameuse pile de parchemins sur son bureau qui attestait, comme l'avait dit Rita, qu'il avait pas mal de personnes qui venaient le voir de leur plein gré.

« Bien, lequel d'entre vous va se prêter en premier à cette petite expérience ? » demanda Iris en souriant de toutes ses dents.

A cet instant, Yuri eut enfin un plan pour affronter cet homme mais, pour le mettre en action, il n'avait pas d'autre choix que de prendre un sacré risque et espérer que son idée allait fonctionner. Il fit donc un pas en avant et leva la main.

« Moi je veux bien essayer. »

-§-

S'il y avait bien une chose qui agaçait Flynn, c'était ce jeu que Yuri avait trouvé et qui consistait à essayer de l'embrasser à la moindre occasion qui se présentait. Dès qu'il sentait le contact, loin d'être désagréable, de ces lèvres douces et sucrées contre les siennes, il ne pouvait s'empêcher de revoir certains passages de son séjour sur l'île du Plaisir et de se souvenir à quel point il avait apprécié d'être collé à ce corps à la peau claire et aux senteurs parfumées – quoique depuis qu'ils avaient quitté les bois de Quoi, le parfum du jeune homme à la longue chevelure sombre n'était plus masqué par les odeurs des diverses huiles qu'il avait utilisé pour le masser, lui permettant ainsi de percevoir, quand il se tenait très près de lui, cette légère fragrance à la fois boisée et acidulée.

Quand ils furent appelés par l'hypnotiseur, le guerrier avait retenu un soupir de soulagement et s'était pleinement concentré sur comment réussir cette épreuve… jusqu'au moment où Yuri se porta volontaire pour subir l'hypnose.

Il fixa son compagnon d'infortune à la fois avec étonnement et crainte. Celui-ci dut percevoir sa peur car il lui fit un sourire confiant, très certainement pour le rassurer mais Flynn avait bien vu que ce regard sombre était rempli d'incertitudes. Respectant sa décision, il le laissa aller à l'endroit où deux chaises étaient l'une face à l'autre, prenant place sur l'une d'elles tandis qu'Iris s'assit avec cérémonie sur l'autre.

« Vous êtes prêt ? Je commence ! »

Le mystérieux son clair retentit et Flynn comprit à quoi il correspondait : au regard de l'hypnotiseur qui s'allumait et projetait une lumière dorée sur le visage de sa future victime.

« Par Osiris et par Apis, regarde-moi… » commença Iris de cette voix rauque qu'ils avaient entendue dans la salle d'attente.

« Comment vous arrivez à faire ça avec vos yeux ? » demanda subitement Yuri en penchant la tête sur le côté et, de ce qu'en voyait le guerrier, en essayant comme il le pouvait de ne pas éclater de rire.

C'était osé de faire cela mais, en constatant que l'hypnotiseur avait arrêté de parler et que son regard s'était éteint dans ce même son clair, Flynn songea que son compagnon de voyage avait peut-être trouvé comment lui résister… mais fallait-il encore que ce coup de bluff fonctionne jusqu'au bout.

« Silence ! » ordonna Iris avec une pointe d'agacement avant de rallumer ses grands yeux. « Concentre-toi ! »

C'était certain à présent : leur adversaire avait été déconcentré. Cependant, cela allait-il suffire ? Le guerrier n'avait aucune idée de ce que le frère de la Grande Prêtresse pouvait bien avoir comme stratégie pour venir à bout de cet homme.

« Par Osiris et par Apis, regarde-moi, regarde-moi bien… Par Osiris et par Apis tu es un… » reprit l'hypnotiseur de sa voix rauque avant de s'interrompre et d'éteindre à nouveau son regard. « Un quoi au juste… Quels genres d'animaux avez-vous donc à Danhgrest ? »

« Nous avons des bois très riches en gibier. » répondit Flynn, sachant pertinemment que Yuri ne saurait pas répondre à cette question vu qu'il lui avait avoué n'avoir jamais quitté l'île du lac de Sharess. « Il y a des cerfs, des faisans, des lapins, pas mal de sangliers… »

« Un sanglier ! Parfait ! »

« Heu… Il y a juste un souci. » déclara Yuri en faisant la moue. « Ça ressemble à quoi un sanglier ? Il n'y en a aucun sur l'île du Plaisir. »

Maintenant qu'il y réfléchissait, le guerrier avait effectivement vu beaucoup d'animaux sur l'île mais rien qui ressemblait de près ou de loin à un sanglier… Il se souvenait en avoir vu quelques-uns dans les bois de Quoi mais c'était quand ils les avaient traversés avec Raven.

« Aucune importance ! » s'exclama Iris avec un agacement de plus en plus palpable avant de rallumer ses yeux. « Par Osiris et par Apis, tu es maintenant un sanglier… »

« Vous êtes sûr que votre spectacle sons et lumières va marcher si je ne sais même pas ce qu'est cet animal ? » le coupa Yuri avec une interrogation tout à fait légitime.

« Assez silence ! On recommence ! » fit l'hypnotiseur d'un ton sec avant de reprendre de sa voix. « Tu es un sanglier m'entends-tu ! Un sanglier… »

« Vous pouvez allumer juste un seul œil à la fois ? »

« On se concentre ! »

… Phrase qu'Iris devrait d'abord appliquer à lui-même, son regard commençant à avoir une drôle de réaction : la lumière dorée qui l'illuminait se mit à aller de ses oreilles à ses yeux par intermittence, comme s'il en avait perdu le contrôle. Le son clair retentit et, manifestement épuisé, l'hypnotiseur se passa une main sur le visage.

« Où en étais-je ? Ah oui ! » fit-il avant de se reprendre. « Tu es un sanglier, par Osiris et par A… »

« Ça doit être pratique pour lire la nuit. » l'interrompit à nouveau Yuri qui semblait lutter pour ne pas montrer à quel point cette situation l'amusait, ce qui rompit de nouveau la concentration d'Iris.

« Mais silence ! On recommence ! »

L'hypnose reprit de nouveau… si on pouvait appeler cela ainsi car, de par le fait que l'hypnotiseur ne semblait plus du tout contrôler l'intensité de la lumière dorée qu'émettait son regard, Flynn avait plutôt tendance à penser qu'il s'était tellement énervé face à Yuri qu'il n'en avait plus les idées claires.

« Tu es un sangler, par Asoris et Opis… par Asopis et par… Oh ! Et puis zut ! »

Oui, il s'était totalement emmêlé les pinceaux sans se rendre compte que, depuis le départ, c'était lui qui se faisait mener par le bout du nez, exactement comme cela était arrivé dans l'arène quand le jeune homme à la toge sombre avait retourné les techniques de son adversaire contre lui.

« Répète après moi : Je suis un sanglier, je suis un sanglier… »

Le grand sourire victorieux sur les lèvres de Yuri était plus que facile à comprendre : il avait obtenu ce qu'il voulait. Ils avaient gagné.

« Tu es un sanglier, tu es un sanglier… » répéta l'autochtone de l'île du Plaisir en hochant la tête.

« C'est ça ! » confirma Iris, une expression de folie sur son visage. « Je suis un sanglier ! Groin ! Un sanglier ! Groin-groin ! Un sang… Groin-groin ! »

A l'instant où la porte de pierre s'ouvrit, Flynn s'écarta très vite du passage et suivit des yeux l'hypnotiseur qui sortit de la pièce en courant à quatre pattes droit devant lui. En entendant pouffer dans son dos, il voulut se retourner mais fut bloqué par Yuri qui s'était collé contre lui et qui enfouissait son visage dans le creux de son épaule pour y cacher, sans grand succès, son hilarité face à cette situation.

« Il s'est hypnotisé lui-même ! » s'exclama celui aux longs cheveux sombres en s'agrippant à son bras pour ne pas s'écrouler de rire sur le sol. « Qui aurait cru que ce serait aussi facile ? »

« Tu réalises que s'il avait été plus maître de lui-même que toi, tu serais très certainement à sa place actuellement ? » lui demanda le guerrier en commençant à avancer. « C'était très risqué de faire ce que tu as fait ! »

« Parce que toi tu aurais fait mieux ? Vu ce que j'ai observé jusqu'ici, je suis persuadé que tu ne lui aurais pas résisté plus de dix secondes. »

Flynn grogna face à cette remarque qui, il le savait, était vraie. Il n'aurait pas été capable de faire cette prouesse, la ruse n'étant pas un domaine qu'il maîtrisait bien qu'il avait plus d'une fois l'occasion d'observer cet art avec attention. Il finit donc par lâcher un soupir de dépit, jugeant que ce n'était pas une bonne idée de se battre avec Yuri…

« Et ça ressemble à quoi un sanglier ? » demanda subitement celui originaire de l'île du Plaisir. « C'est comestible ? »

« Etant donné qu'ils sont nombreux là d'où je viens, nous en mangeons beaucoup. » répondit le guerrier qui s'enchanta intérieurement de ce changement de sujet. « Leur viande est plutôt ferme et nous avons pas mal de plats où nous nous en servons comme ingrédient principal. »

« D'accord… Et c'est bon ? »

« Personnellement, j'aime bien. »

Pendant quelques secondes, Yuri resta silencieux. Puis quand ils n'étaient plus qu'à deux mètres de la sortie…

« Tu penses qu'il aurait essayé de te changer en quel animal ? » lui demanda de but-en-blanc son compagnon de voyage avec une note… légèrement sarcastique dans la voix.

« Aucune idée. » répondit le guerrier en évitant de tourner la tête. « Pourquoi cette question ? »

« Parce que pour avoir vu tout ce qui se cachait sous ces vêtements, j'aurai misé sans hésiter sur un taureau ou bien un étalon sauvage. »

… L'île du Plaisir avait apparemment bien perverti son esprit et il dut se forcer à chasser certaines images de son cerveau tout en se persuadant qu'il n'avait pas du tout perçu le sous-entendu dissimulé sous cette voix devenue chaude et séduisante…


 

Note de Kaleiya : J'ai gardé ce cher Iris car je n'avais rien de mieux sous la main. Eliandre m'a tannée pendant un moment sur l'animal que j'allais choisir mais j'ai décidé de garder le sanglier car je me suis souvenue de comment Obélix avait réussi à résister à l'île du Plaisir et qu'une petite référence à cela était de rigueur. Par contre, je n'ai pas osé conserver l'oiseau car je me voyais mal expliquer comment il arrivait à voler…

kaleiyahitsumei: (Default)
 Disclaimer : Tales of Vesperia ne m'appartient pas

Auteur : Kaleiya Hisumei

Beta : Eliandre

Titre : Off, the third one ! XD (et peut-être le dernier parce que faut quand même envisager de boucler cette chose un jour…)

Rating : M

Note : Je ne pensais pas en faire un troisième, je vous le jure ! Mais l'image de Flynn avec des oreilles de chat a hanté mon esprit…

Note 2 : Je voulais le poster plus tard à l'origine mais j'ai vu qu'une certaine personne (nous l'appellerons Mademoiselle S. ou Miss ToB pour préserver son anonymat) fêtait son anniversaire donc comme Flynn est présent, je le poste plus tôt que prévu en pensant fortement à elle.

Playlist :

Adam Lambert – If I had you

Scorpion – No one like you


 

Usant, c'était le mot. La journée de travail de Yuri avait été particulièrement longue et il en avait assez de devoir tenir une caisse – ça allait étant donné qu'il faisait rarement des erreurs mais l'une de ses collègues, un peu trop bavarde, avait tendance à les cumuler. Comme il avait fini tard, il avait mangé un sandwich lors de sa pause afin de ne pas être affamé en rentrant et pouvoir directement aller s'écrouler quelque part pendant deux jours… tout en essayant de se rappeler ce qu'il avait l'impression d'avoir oublié depuis ce matin.

Sa priorité était surtout de rentrer à l'appartement et d'y retrouver un Flynn probablement en train de travailler. Ça l'énervait de le voir ramener du boulot à domicile en permanence, surtout quand il avait la sensation qu'il ne recevait pas beaucoup de reconnaissance derrière. A chaque fois, il prenait un malin plaisir à l'interrompre, soit en débranchant d'un coup le chargeur de son ordinateur portable quand la batterie était encore faible, soit en le distrayant d'une manière ou d'une autre – suite à une fois où il lui avait carrément fait une fellation alors qu'il était en train de taper un long mémo, son cher meilleur ami gardait à présent l'ordinateur sur ses genoux pour éviter que cela n'arrive de nouveau.

Honnêtement, la situation affective dans laquelle il était lui pesait sur le cœur depuis un bon moment mais si cela rendait service à son ami d'enfance, il continuerait sans hésiter et ce, jusqu'à ce que ce dernier ait trouvé quelqu'un digne de lui. Il avait longuement espéré être cette personne mais il s'était finalement résigné à aller tenter sa chance ailleurs lors de ses années lycées. Puis quand il avait commencé à voir que le comportement de Flynn avait changé, il avait compris qu'il avait peut-être une ouverture possible… avant de se coller une claque mentale en se souvenant qu'il risquait de foutre en l'air leur amitié s'il jouait au con.

Sauf que quand il l'avait mis au pied du mur et qu'il avait vu la détresse dans son regard, il lui avait machinalement proposé de coucher avec lui.

Dans sa tête, Yuri s'était traité de tous les noms pour avoir osé sortir cette phrase à celui qui était son premier amour mais en voyant que celui-ci réfléchissait à cette idée au lieu de s'indigner, il ne lui présenta pas ses excuses, attendant de voir sa réponse. Il se souvenait qu'il avait failli s'évanouir quand Flynn lui avait dit qu'il acceptait… avant de pester pendant plusieurs heures car celui-ci, prudent comme ce n'était pas permis, l'avait contraint et forcé à faire cette putain de prise de sang afin de savoir s'il avait choppé une saloperie avec ses coups d'un soir – suite à cela, il avait appris par cœur les emplacements de tous les endroits en ville où il pouvait trouver ces fichus trucs caoutchouteux pour éviter de renouveler cette expérience…

En tout cas, il avait passé une semaine très… sportive si l'on peut dire. S'il avait surtout utilisé le premier jour pour expliquer à son ami comment il devait s'y prendre, le reste avait été de la pratique où les draps de leurs chambres avaient fini extrêmement froissés à la fin – ils avaient d'ailleurs eu une pensée pour les femmes de ménage à un moment… avant de tester une nouvelle position.

Son ami d'enfance était-il un bon coup ? Oh que oui. Au point qu'il n'avait plus été tenté de vérifier comment c'était ailleurs, surtout après qu'ils mirent leur arrangement tordu au point et où il s'estimait particulièrement satisfait au niveau sexuel.

Cependant, avec le temps, il s'était mis à en vouloir plus et même vivre avec Flynn ne lui suffisait plus. Il commençait sérieusement à en avoir assez de cette situation mais ne savait pas trop comment s'en dépêtrer sans laisser son meilleur ami tout seul. Il avait la trouille qu'en lui avouant son désir d'une vraie relation, celui-ci décide de couper les ponts car il ne voulait vraiment pas le perdre.

Mais ces derniers temps, avec la routine qui s'était installée et les multiples remarques de leurs voisins, il se demandait si, à présent, cela pouvait fonctionner car au final, ça ne changerait pas grand-chose pour eux.

Il était enfin rentré et fut peu surpris de voir que Flynn n'était pas dans la pièce à vivre. Yuri déposa son manteau en vrac sur le sofa et, en voyant de la lumière dans la chambre de son colocataire, se douta qu'il devait être encore réveillé et, à tous les coups, en train de travailler.

Puis il ouvrit la porte dans le but de lui souhaiter une bonne nuit… quand il tomba sur une vision bien différente de celle à laquelle il s'était attendu au départ.

Flynn était assis sur le bord du lit… uniquement vêtu un string blanc – Yuri se posa brièvement la question si le vêtement n'était pas un poil trop petit – qui était assorti aux oreilles de chat qui étaient sur sa tête ainsi qu'aux mitaines qu'il avait aux mains. Autour du cou, il avait un collier en cuir bleu auquel pendait un grelot ainsi qu'une pancarte sur laquelle était marquée « joyeux miaouversaire ! », lui faisant ainsi réaliser ce qu'il avait oublié : demain, c'était son anniversaire…

« Tu… sais que tu as un jour d'avance ? » demanda-t-il en essayant de se remettre du choc qu'il venait d'avoir.

« Oui mais techniquement parlant, tu es né vers une heure du matin donc j'ai plutôt cinq heures d'avance environ. » lui répondit son colocataire, les joues légèrement roses.

C'était curieux… Sauf si…

« Tu travailles demain, n'est-ce-pas ? » questionna Yuri, voyant le truc venir gros comme une maison.

« Je pars en milieu d'après-midi et je reviens la semaine prochaine. » confirma Flynn, l'air désolé.

Bingo : voyage d'affaire. Même si cela le rendait triste, il n'allait pas le retenir car après tout, ils étaient juste des amis et puis le fait que son meilleur ami ait accepté de l'attendre dans une tenue où il n'était visiblement pas à l'aise pour se faire pardonner était… touchant.

« Et tu as eu l'idée de ce charmant accoutrement dans quel film pour adultes que je sache quoi regarder durant ton absence ? » demanda-t-il sur un ton joueur tout en venant s'asseoir à côté de son colocataire, lui permettant ainsi de découvrir qu'au dos de son seul vêtement, une queue blanche et touffue était accrochée.

« Je commence sérieusement à me dire que c'était une mauvaise idée. » fit son meilleur ami en se levant.

Il ne lui laissa pas le temps de s'éloigner, lui attrapant le bras pour le tirer en arrière. Il le regarda d'un air méfiant, craignant probablement des moqueries, mais au lieu de cela, Yuri désigna ses cuisses d'un geste de la main, faisant ainsi comprendre à son partenaire qu'il comptait bien profiter de cette surprise… tout en ne se gênant pas pour admirer cette belle paire de fesses dont il allait bien profiter.

« Donc on fait du cosplay maintenant ? » demanda Yuri une fois que son amant se soit assis sur ses cuisses. « Rappelle-moi pourquoi on a pas fait ça avant ? »

« Parce que tu as dit que tu refusais de faire l'infirmière. » répondit Flynn du tac-au-tac en croisant les bras contre son torse. « Et puis il me semble que l'on ne voulait pas risquer d'attirer l'attention de tu-sais-qui… »

Ah oui… C'est vrai qu'ils avaient des voisins qui auraient flairé le costume à trois kilomètres à la ronde et qui, rien que pour en avoir un aperçu, seraient capables de faire un trou dans le mur – il se demandait d'ailleurs si cela n'était pas déjà fait depuis le temps… Mais bon, c'était tout de même dommage d'avoir attendu si longtemps avant l'étape des déguisements, surtout qu'il était prêt à changer d'avis sur ce point précis.

« Je pense que l'on va revoir cela très vite… »

Sur cette phrase, il entraîna son partenaire dans un baiser passionné en tirant sur la pancarte qu'il avait autour du cou. Il détacha cette dernière alors qu'il sentait une main passer derrière sa tête et une autre se poser sur son épaule. Ils se séparèrent un instant pour recommencer plus fougueusement par la suite, son bras gauche venant enserrer la taille de son compagnon pour approfondir ce contact. Le son du grelot commença à l'agacer, agressant un peu trop ses oreilles à son goût, et il s'attela vite à tenter de le décrocher du collier, sans autre succès que de le rendre encore plus bruyant qu'il ne l'était – avec le boucan que ça faisait, il ne serait pas étonné d'apprendre que ses deux chers voisins les épiaient avidement. Il opta donc pour l'autre solution : enlever, un peu à regret, cette lanière de cuir bleu du cou de son compagnon.

« Est-ce une impression ou bien tu aurais aimé que je garde le collier ? » lui demanda Flynn, quelque peu suspicieux.

« Pour montrer que tu n'étais pas disponible, oui. » répondit machinalement Yuri avant de se mordre la langue, réalisant trop tard ce qu'il venait de dire. « Mais si tu préfères, je peux prendre un marqueur et te laisser un autographe sur ton noble postérieur. »

« Et après, je suis obligée de savonner deux fois plus cette zone car l'encre ne part pas. Tu m'as déjà fait ce coup-là il y a deux ans. »

« Ah. Il va donc falloir que je me renouvelle. Une ceinture de chasteté peut-être ? »

Un léger pouffement se fit entendre… sauf qu'aucun d'eux n'en était à l'origine. Ils échangèrent un regard inquiet, comprenant tous deux que les deux voyeurs qui vivaient près d'eux devaient les observer d'une manière ou d'une autre. Un soupir leur échappa et Yuri se dit que, décidément, il n'était pas possible d'avoir un minimum d'intimité dans cet appartement…

-§-

« Oups ! » fit Judith en décollant son oreille du verre qu'elle tenait contre le mur en carrelage gris de la salle de bain de Raven. « J'ai l'impression qu'ils m'ont entendue… »

Le plus âgé acquiesça… bien qu'il était plus concentré sur les formes de sa voisine, magnifiquement mises en valeur par ce caraco aux tons orangés et ce… était-ce donc un de ces fameux tangas dont il avait entendu parler ? La confusion avec le string était facile mais il fallait reconnaître que la dentelle était très belle à regarder et qu'elle encadrait joliment ces superbes…

« Hm ? Peut-être que non… »

Son imagination lui jouait-elle des tours ou bien avait-elle un petit grain de beauté en haut de sa fesse droite ? Pour en être certain, il lui faudrait soulever délicatement cette bande de tissu coloré et frôler de ses doigts abîmés cette peau qui semblait si douce… De plus, c'était l'une des parties du corps de la jeune femme qui était la plus ronde et cela, peu importe ce qu'elle…

« Fausse alerte. Ils se sont mis à simuler. »

Il faudra peut-être qu'il envisage de jeter un œil à son plafond car il avait l'étrange impression d'avoir quelque chose qui gouttait sur son bras. Mais bon, cela pouvait attendre qu'il ait fini d'admirer ces belles cuisses finement musclées et qui, très certainement, devaient ouvrir les portes de ce petit paradis que chaque femme en ce bas-monde cachait en son sein…

« Raven ? »

Oh oui. Cet Eden que tout homme rêve de visiter en entendant le chant mélodieux de la sirène qui le possède. Tel Ulysse, il ligotera sa conscience au mât du navire de son esprit pour ne pas chercher à rejoindre cette créature enchanteresse mais la lutte sera difficile et il doutait d'avoir assez de courage pour oser tenter de résister à ces sons divins qui donnaient envie de s'y noyer…

« Je vois… »

Un claquement de doigts sortit Raven de sa rêverie et il réalisa ainsi que Judith était face à lui. Elle lui désigna son mention de son index avant de s'en aller en lui faisant un signe de la main. Il la regarda jusqu'à ce qu'il entende sa porte d'entrée se refermer puis il se tourna vers son miroir, constatant ainsi qu'il avait une sacré trace de bave qui partait du coin gauche de ses lèvres pour descendre en bas de son menton. Une goutte était actuellement retenue par un de ses poils de barbe et menaçait de se faire la belle à son tour.

Il était bon pour se nettoyer le visage à présent… et rebrancher ses neurones.

-§-

Ce qu'il ne fallait pas faire des fois… Mais apparemment, cela avait fonctionné et, après quelques minutes pour s'assurer que tout était bon, ils avaient pu reprendre leurs activités puis dormir à poings fermés.

En se levant, Yuri fut à peine surpris de constater que Flynn était déjà parti – ce n'était pas rare qu'il quitte l'appartement sans faire un seul bruit le matin – sauf qu'il ne s'attendait pas à trouver un petit paquet cadeau de couleur dorée posé sur la table de la pièce à vivre. Il l'observa sous toutes les coutures avant de défaire le ruban pourpre l'entourant et d'ôter le papier… dévoilant un petit écrin noir qui lui fit rater un battement de cœur.

La main tremblante, il l'ouvrit et y découvrit un anneau composé d'une bande d'or blanc et d'une autre en or jaune ainsi qu'un morceau de papier plié. Il prit le mot et le déplia, y lisant cette simple phrase :

« Acceptes-tu de rester encore un peu avec moi ? »

Un rire nerveux s'échappa des lèvres du jeune homme quand il réalisa ce que cela signifiait. Il ne parvenait pas à y croire et il dut relire plusieurs fois ces quelques mots écrit à l'encre noire pour pleinement prendre conscience que Flynn lui proposait de partager une véritable relation avec lui.

Il chercha son téléphone portable du regard et le repéra près du pot de géranium qu'Estelle leur avait offert l'année dernière. Il se dépêcha d'écrire un message et l'envoya à son colocataire…

« T'aurais au moins pu avoir le courage de me demander ça en face crétin ! »

La réponse ne se fit pas attendre et c'est après un léger « bip » que Yuri put la lire :

« Pas eu le temps à cause de l'interruption de cette nuit. Dois-je en conclure que c'est oui ? »

Le jeune homme s'apprêtait à confirmer quand une meilleure idée lui vint à l'esprit. Il mit l'anneau à son annulaire gauche et prit une photo avec son téléphone avant de l'envoyer à son compagnon… tout en essayant de retenir le sourire d'imbécile heureux qui menaçait d'apparaître sur ses lèvres.

Maintenant, il ne lui restait plus qu'à faire son petit-déjeuner, prendre le courrier du jour… et allez voir Raven pour lui donner ses revues cochonnes qui, encore une fois, auront mystérieusement atterri dans la mauvaise boîte à lettres…


 

NB : Il semblerait que Raven ait souffert d'un grave trouble de l'attention… Etrange n'est-ce pas ?

Auteur vs persos :

Orieul (occupée à faire des calculs très compliqués)

Kaleiya : Que fait-elle depuis tout à l'heure ?

Salomé : Elle essaie de déterminer combien de coups de reins elle a reçu depuis qu'elle est avec Sheen. Rien de bien étonnant donc. Je lui ai aussi proposé de calculer le nombre de kilomètres tant qu'elle y était.

Kaleiya : … Je comprends pourquoi Belphégor est soudainement absent…

Profile

kaleiyahitsumei: (Default)
Kaleiya Hitsumei

August 2017

S M T W T F S
   1234 5
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Syndicate

RSS Atom

Most Popular Tags

Style Credit

Expand Cut Tags

No cut tags
Page generated Sep. 21st, 2017 01:54 pm
Powered by Dreamwidth Studios